Une initiative face à la solitude des aîné(e)s maçon(ne)s
Dans un monde où la solitude touche de plus en plus de personnes âgées, une association locale du Var, Mathusalem Var, s’engage à lutter contre cet isolement en offrant un accompagnement spécifique aux anciens francs-maçons. Comme le rapporte Var-Matin dans un article publié récemment, cette initiative vise à renouer les liens fraternels au sein de cette communauté souvent discrète, tout en répondant à des besoins humains universels.
À une époque où les valeurs de solidarité et de fraternité sont mises à l’épreuve, cette démarche illustre une facette méconnue de la franc-maçonnerie : son rôle social au-delà des temples. Cet article explore les origines de Mathusalem Var, ses actions, son impact, et les enjeux qu’elle soulève pour les obédiences maçonniques comme le Grand Orient de France (GODF).
Contexte : La solitude, un fléau silencieux
La solitude des personnes âgées est un phénomène croissant en France, amplifié par le vieillissement de la population et les bouleversements sociaux. Selon l’INSEE, environ 1,5 million de personnes de plus de 75 ans vivent isolées, un chiffre qui ne cesse d’augmenter avec l’urbanisation et la diminution des réseaux familiaux traditionnels. Dans ce contexte, les anciens francs-maçons, souvent retirés des activités de leurs loges après des décennies d’engagement, se retrouvent particulièrement vulnérables. La discrétion imposée par leurs anciens vœux maçonniques, combinée à l’âge et parfois à des problèmes de santé, peut accentuer leur retrait social. Mathusalem Var, née de cette prise de conscience, s’efforce de combler ce vide en s’appuyant sur les valeurs fondamentales de la franc-maçonnerie.
Les origines de Mathusalem Var
Fondée il y a plusieurs années dans le département du Var, Mathusalem Var est une association qui s’inspire directement des principes de fraternité et de soutien mutuel chers à la franc-maçonnerie. Selon Var-Matin, l’initiative a été lancée par d’anciens membres et sympathisants des obédiences locales, qui ont constaté une montée de l’isolement parmi leurs pairs. L’association tire son nom de Mathusalem, figure biblique symbolisant la longévité, un clin d’œil aux aînés qu’elle cherche à accompagner. Son objectif est clair : maintenir un lien social et émotionnel avec ces hommes et femmes qui ont consacré une partie de leur vie aux idéaux maçonniques, qu’ils soient encore actifs ou en retrait.
L’association collabore étroitement avec les loges varoises, qui identifient les membres âgés en difficulté, et s’appuie sur un réseau de bénévoles formés pour offrir visites à domicile, appels réguliers et organisation d’événements conviviaux.
Ces activités permettent de raviver le sentiment d’appartenance à une communauté, un pilier central de l’expérience maçonnique.
Les actions concrètes de Mathusalem Var
Mathusalem Var déploie une gamme d’actions adaptées aux besoins spécifiques de ses bénéficiaires :
Visites et accompagnement personnel : Des bénévoles rendent visite aux anciens francs-maçons, souvent isolés par la maladie ou la perte de proches. Ces rencontres permettent d’échanger sur leurs expériences passées en loge, renforçant leur estime de soi.
Événements sociaux : Des repas fraternels, des conférences sur l’histoire maçonnique et des ateliers culturels sont organisés régulièrement. Ces moments favorisent les retrouvailles et créent un espace de dialogue intergénérationnel.
Soutien logistique : L’association aide à résoudre des problèmes pratiques, comme l’accès aux soins ou les démarches administratives, soulageant ainsi les aînés confrontés à la dépendance.
Un exemple marquant rapporté par Var-Matin concerne un ancien Vénérable de 85 ans, désormais confiné chez lui, qui a retrouvé le sourire grâce aux visites hebdomadaires d’un jeune frère. Ces anecdotes illustrent l’impact humain de l’initiative, bien au-delà des simples aspects logistiques.
Impact et réception dans la communauté maçonnique
L’accueil réservé à Mathusalem Var est largement positif au sein des obédiences varoises. Le GODF, qui met en avant son engagement sociétal, a salué cette démarche comme un prolongement naturel de ses valeurs humanistes. Des loges locales ont même intégré des contributions financières ou des bénévoles pour soutenir l’association, témoignant d’une volonté de concrétiser la fraternité au-delà des rituels. Cependant, certains membres traditionalistes estiment que cette initiative risque de « profaner » la discrétion maçonnique en rendant visible un aspect privé de leur engagement.
Pour les bénéficiaires, l’impact est tangible. Beaucoup témoignent d’une redécouverte de leur identité maçonnique, renforçant leur lien avec une communauté qu’ils pensaient avoir perdue. Les familles des aînés saluent également cette attention, qui allège leur propre charge émotionnelle.
Enjeux et perspectives pour la franc-maçonnerie
Famille heureuse dans la cuisine à table
Mathusalem Var soulève des questions plus larges pour la franc-maçonnerie contemporaine. Dans un contexte où les effectifs vieillissent – le GODF compte une proportion croissante de membres de plus de 60 ans – l’accompagnement des aînés devient une priorité stratégique. Cette initiative pourrait inspirer d’autres régions ou obédiences à développer des programmes similaires, renforçant ainsi l’image publique de la franc-maçonnerie comme une force sociale active.
Cependant, des défis subsistent. Le financement de telles associations repose souvent sur des dons et des subventions locales, ce qui limite leur portée. De plus, la formation des bénévoles pour gérer des cas complexes (démence, conflits familiaux) nécessite des ressources supplémentaires. Enfin, l’équilibre entre ouverture et discrétion reste délicat : trop de visibilité pourrait attirer des critiques ou des accusations infondées, comme celles récemment portées par Aminata Bakaga (voir article précédent).
Un modèle à suivre ?
Mathusalem Var incarne une réponse humaine et pragmatique à un problème universel : la solitude des aînés. En s’appuyant sur les valeurs maçonniques de fraternité et de solidarité, cette association redonne un sens concret à l’engagement des francs-maçons, tout en ouvrant la voie à une réflexion sur l’avenir de leurs obédiences. À l’heure où la société cherche des modèles d’entraide, cette initiative varoise pourrait servir d’exemple, à condition que les ressources et la prudence accompagnent son développement. Pour les anciens francs-maçons du Var, briser l’isolement grâce à Mathusalem Var, c’est aussi raviver la flamme d’une fraternité qui transcende les années.
Lors du 160e convent du GODF, les 37 Conseillers de l’Ordre se sont prononcés en faveur du Grand Trésorier sortant, Pierre Bertinotti. Souhaitons qu’en vertu de sa haute expertise financière, il remette, d’abord, de l’ordre dans les comptes de l’Obédience, comptes que d’expérience, il connaît bien… et qu’ainsi, il ouvre la voie à un choix réellement démocratique pour le choix de ses successeurs.
Tel que nous l’annoncions dans nos colonnes du 12 juillet dernier, c’est donc bien un proche du Grand Maître sortant qui gouvernera le navire GODF pendant les 12 prochains mois. Parmi les 37 Conseillers de l’Ordre, 27 voix pour Pierre Bertinotti – 9 voix pour Daniel Puiboube et 1 vote nul.
Grands Maîtres adjoints : 1er GMA, Gérard Sabater ; 2e, Christian Brebion ; 3e, Fabrice Millon
Grand Orateur : Michel Schmitt
Grand Secrétaire aux Affaires Intérieures (GSAI) : Edouard Ramaroson
GSAI adjoint : Bernard Bos
Grand Secrétaire aux Affaires Extérieures (GSAE) : Gloria Guerra
GSAE adjoint : Patrick Jacquemart
Grand Trésorier : Olivier Cortet
Grand Trésorier adjoint : Jérôme Brezillon
Garde des sceaux : Bertrand Sade
Grand Hospitalier : Anita Granier de Cassagnac
Le Grand Orient de France (GODF) annonce l’élection de Pierre Bertinotti à la charge de Grand Maître pour la période 2025-2026. Succédant ainsi à Nicolas Penin dont le mandat de 12 mois avait succédé à ceux de Guillaume Trichard, assurant ainsi une continuité dans l’administration de cette maison. Pierre Bertinotti apporte une expérience maçonnique et une expertise professionnelle reconnue en matière de gouvernance économique et financière. Cette transition s’inscrit dans la continuité des orientations qui président, depuis quelques années, aux destinées du GODF.
Voici un aperçu détaillé du parcours maçonnique et profane de ce nouveau Grand Maître, dont les éléments ont été puisés dans sa biographie « officielle ».
Présentation de Pierre Bertinotti : Un profil d’engagement et de compétence
Pierre Bertinotti
Pierre Bertinotti, initié en 2003 au sein de la Respectable Loge Saint-Jean au Temple de la Paix, à l’Orient de Metz, incarne une carrière maçonnique exemplaire marquée par un dévouement constant envers l’Obédience. Depuis son initiation, il a gravi les échelons avec rigueur, occupant des charges significatives telles que Vénérable Maître (2016-2018), Orateur (2013-2016) et Couvreur (2018-2020) au sein de sa loge. Sa participation active aux instances régionales et nationales, en tant que délégué au Congrès régional et au Convent depuis 2016, témoigne de son engagement collectif. Entre 2019 et 2022, il a assumé la présidence de la Commission Conventuelle du Budget, rôle qu’il a exercé avec compétence, mettant à profit ses années d’expérience comme contrôleur général économique et financier honoraire au ministère de l’Économie et des Finances.
Pierre Bertinotti
Son parcours professionnel, riche et diversifié, renforce sa légitimité. Après des études prestigieuses à HEC (1975), à l’IEP de Paris (1977) et à l’ENSPTT (1981, promotion Voltaire), il a occupé des postes clés, notamment conseiller technique au cabinet de Pierre Bérégovoy (1989-1993) et chargé de mission auprès de Louis Besson (1997-1998). Il a également supervisé le contrôle financier du Fonds de Réserve pour les Retraites (FRR) et des organismes consulaires, démontrant une maîtrise des enjeux économiques et organisationnels. Depuis 2009, il enseigne la macroéconomie et l’économie d’entreprise à CentraleSupélec et, depuis 2016, il dispense des cours à l’Université de Lorraine en Master 2 Conseil Économique et Contrôle Organisationnel. Par ailleurs, depuis fin 2018, en tant que président de Theetete Concept SAS, société apparemment monocéphale de « conseil en stratégie, formation et enseignement, et maïeutique », il accompagne « celles et ceux qui veulent comprendre, décrypter, décoder le monde actuel pour mieux agir au quotidien », les aidant à « développer et [à] argumenter [leurs] points de vue ».
Sur le plan électif, Pierre Bertinotti a servi comme conseiller municipal de Metz et conseiller communautaire de Metz Métropole de 2001 à 2008, illustrant son engagement citoyen. Sa lettre de candidature au Conseil de l’Ordre reflète une volonté de servir l’Obédience avec disponibilité et écoute, en s’appuyant sur une méthode maçonnique guidée par l’engagement et la transmission.
Vision et Engagements pour 2025-2026
Nicolas Penin ancien Grand Maître du GODF
Pierre Bertinotti succède à Nicolas Penin avec une ambition claire : renforcer le lien entre les loges et l’Obédience, particulièrement dans les régions éloignées ou transfrontalières, comme celles s’étendant jusqu’à Berlin. Il s’engage à promouvoir les principes de tolérance mutuelle, de respect et de liberté absolue de conscience, en encourageant des événements destinés à faire connaître le GODF, notamment auprès de la jeunesse. Face aux défis numériques – algorithmes et plateformes contrôlant l’information –, il plaide pour un débat démocratique revitalisé. Sa présidence promet également d’attacher une attention particulière à la défense de la République laïque et à l’amélioration des rouages administratifs, en s’appuyant sur son expertise pour assurer un fonctionnement serein des loges.
Temple Lafayette – réservé à la CSJM – situé au siège de la rue Cadet à Paris -Crédit Photo GODF
Une Transition Fraternelle
L’élection de Pierre Bertinotti marque une étape pour le GODF. Avec son parcours maçonnique solide, son expérience professionnelle reconnue et son engagement envers une Franc-maçonnerie libérale et adogmatique, il incarne un leadership prêt à relever les défis du XXIe siècle.
Souhaitons un mandat apaisé à ce nouveau Grand Maître
Si l’Apprenti est tenu au silence pour des raisons symboliques et initiatiques, il est surprenant de constater que, lorsque les maçons retrouvent leurs voix, nombreux sont ceux qui choisissent de se taire et adoptent une attitude lâchement muette lorsqu’il faudrait prendre la parole. Probablement par crainte d’être repérés ou jugés lorsqu’il faudrait l’ouvrir et se manifester. Comme chacun le sait, la Franc-maçonnerie n’est pas une religion. Le maçon « ordinaire » n’est donc pas contraint par les critères de bien et de mal propres aux religions, mais plutôt par celles de juste et de non-juste. Dans le cadre religieux, il suffit de se conformer aux lois du livre sacré, les péchés étant clairement listés. L’obéissance et le respect des règles suffisent. Il en va de même pour les trois religions du Livre.
Pour le maçon, en revanche, l’approche est radicalement différente : il doit sonder sa conscience et son cœur pour poser le geste juste. Ce geste n’est pas nécessairement synonyme de bien dans le sens moral. La notion de juste est abstraite et adaptable à chaque situation.
Sur le plan sémantique, le péché dérive du latin peccatus, qui signifie « fauter ». en grec, ce mot évoquait surtout « Viser à côté de la cible ».
En d’autres termes, il s’agit de ne pas être aligné avec le centre, ce qui renvoie au fil à plomb, à la loi de la gravité et à une adaptation consciente à la situation, appelant la réflexion personnelle du maçon plutôt qu’une obéissance aveugle. Mais combien la pratique en loge ?
Une dérive vers la soumission au religieux
Force est de constater que, de nos jours, de nombreux maçons semblent davantage catholiques que maçonniques dans leur comportement, quelle que soit leur obédience d’appartenance ou le rite pratiqué. Ils se montrent particulièrement dociles et évitent de provoquer des vagues, car enfreindre les numéros 4 et 9 des Dix Commandements risquerait de compromettre leur entrée au paradis : « Tu ne te laisseras pas aller à des pensées ou des désirs impurs » et « Tu honoreras ton père et ta mère ». Ainsi, nombre de maçons se soumettent sans condition à leur loge « mère » et, pour rien au monde, ne se risqueraient à générer du chaos au sein de l’atelier… même si le prix consiste à se taire face à l’intolérable.
Cette tendance s’explique par deux raisons principales.
La première, le conformisme, trouve un éclairage pertinent dans les travaux de Solomon Asch. Ces expériences, menées dans les années 1950, consistaient à placer des individus dans un groupe où la majorité donnait délibérément une réponse erronée à une question simple (par exemple, comparer des longueurs de lignes). Résultat : une majorité des participants se conformait à l’opinion du groupe, même en sachant qu’elle était fausse, par peur d’être exclus. À une époque lointaine, l’humain devait respecter les règles du groupe pour survivre, l’exclusion signifiant un péril mortel.
Aujourd’hui, ce mécanisme persiste : combien d’enfants se renient pour rester intégrés à leur bande de copains ? La mode exploite précisément ces ressorts : il faut porter les bonnes baskets, posséder la bonne console de jeux, regarder la bonne émission télévisée ou fréquenter les bons lieux, sous peine de marginalisation.
En loge, il en va de même. Combien de Frères ou de Sœurs se soumettent à des contraintes insupportables pour obtenir la reconnaissance espérée ?
C’est sur ces mécanismes que certains Vénérables et autres Officiers manipulateurs fondent leur petit pouvoir. Car, avouons-le, une fois sorti du Temple, le cordon ou le sautoir n’a plus aucun effet auprès des voisins de la rue, qui ignorent totalement nos codes. Il est regrettable de constater que l’anéantissement de notre dignité pour un morceau de tissu ou de cuir de chèvre soit à la fois illusoire et ridicule. Pourtant, cela fonctionne suffisamment pour que ce système s’institutionnalise jusqu’aux plus hauts niveaux de la hiérarchie maçonnique, instaurant une omerta qui pousse les victimes à se trouver de bonnes excuses pour continuer à chausser le tablier et participer au système qu’elles exécrent pourtant.
La seconde raison : la soumission à l’autorité
La seconde raison est la soumission à l’autorité. Chacun affirme qu’il refuse de se soumettre à quiconque cherchant à le dominer. Pourtant, l’expérience de Stanley Milgram, menée à la fin des années 1950, révèle une réalité nettement plus troublante. Sur 1 000 participants, deux tiers sont allés jusqu’à une « agentisation » totale sous l’autorité d’une figure médicale, administrant des chocs électriques fictifs de 450 volts (voyez la reconstitution de cette expérience ci-dessus).
Peut-être pensez-vous être plus éveillé ou rebelle que vos parents ou grands-parents ?
Détrompez-vous : en 2010, une reproduction de cette expérience a démontré que 88 % des participants ont obéi comme de bons soldats (voyez la reconstitution de cette expérience ci-dessous). En loge ou au sein de l’obédience, il en va de même. Combien sont capables de se lever, de s’indigner ou de dire simplement non, au risque d’être ostracisés et de perdre un plateau promis ?
Un constat amer : la lâcheté en loge
Lorsque la franc-maçonnerie devient un tremplin pour la lâcheté, on en vient à regretter le monde profane.
Les témoins de l’après-guerre 1939-1945 deviennent rares, mais certains écrits mentionnent des cas de maçons collaborateurs, comme René Château (1906-1970), Adrien Marquet (1884-1955) ou Marcel Déat (1894-1955). Dans le contexte de paix actuel, ces époques ne sont pas comparables. Toutefois, le courage semble devenir une denrée rare dans les loges. Les petites lâchetés d’aujourd’hui confirment que le désir d’ascension dans les degrés maçonniques n’est pas toujours synonyme de courage ou d’audace.
Main sur la Bible lors du serment
Chacun se souvient de son serment : « Je promets d’aimer mes Frères, de les secourir et de leur venir en aide. Je préférerais avoir la gorge coupée plutôt que de manquer à mon serment… » Si vous avez déjà traversé des situations conflictuelles au sein de votre loge ou de votre obédience, vous avez sans doute gardé en mémoire des visages fraternels dont les yeux se sont détournés au moment où vous cherchiez un appui ou une assistance. Peut-être pourriez-vous aussi tenter de vous souvenir la fois où vous avez, vous-même détourné le regard ?
Je dois avouer que je ne suis pas certain de pouvoir compter sur plus de cinq Frères ou Sœurs en cas de problème, tant mes observations des dérives m’ont désillusionné sur l’efficacité de la fraternité, en loge comme à l’extérieur. La peur est devenue le sentiment dominant : tout est désormais sécurisé, le Temple bénéficie de son assurance, les extincteurs attendent à leur place, les bougies électriques ont remplacé celles de cire… et surtout, les maçons sont tétanisés par le flux incessant d’informations anxiogènes.
Je ne vous parle pas du Règlement Général de votre Obédience, qui doit probablement constituer un exemple édifiant de document destiné à une soumission servile aux lois de la maison à laquelle vous « appartenez ».
Dans ces conditions, les deux tenues mensuelles ne suffisent pas à contrebalancer cette charge émotionnelle… et légale, qui paralysent les maçons et anéantit tout désir de rébellion en cas d’injustice.
Une loge vidée de sens
Maçon suffisant
Ainsi, chacun vient en loge, propre, bien nourri et et serein, pour disserter sur la liberté du maçon. Avouez que cela prête à rire. Il est logique dans ces conditions que chacun souhaite prendre la parole pour faire profiter la noble assemblée des bons conseils issus « très modestement en qualité d’éternel Apprenti » de nos 40 ans de pratique assidue. Avec beaucoup de modestie bien sûr.
Mais au moindre problème, à la moindre inquiétude sécuritaire, 90 % des Frères et Sœurs fuiraient, laissant leurs bas instincts prendre le dessus. Une phrase du Second Surveillant de ma période d’Apprentissage me revient alors :
« Nous venons ici faire des progrès par la maîtrise des passions. »
Lorsque les mots se vident de leur sens et de leur mise en pratique, on se demande ce que l’on vient faire en loge.
Alors quelle est la solution ?
Julie Gayet dans le rôle de Olympe de Gouges
Il est évident que tout le monde ne peut pas devenir Olympe de Gouges, Pierre Brossolette ou Jean Moulin, mais entre la lâcheté habituelle et le sacrifice suprême de notre Frère Arnaud Beltrame, il y a un fossé, que dis-je, un canyon.
Un thérapeute de ma connaissance affirme que lorsqu’une oie est attaquée par un renard, dans la quasi-totalité des cas, le renard l’emporte. Cependant, lorsque ce sont les oisons qui sont menacés par le renard, l’oie déploie une force décuplée pour protéger sa progéniture.
Ainsi, nous sommes tous plus forts et plus courageux que nous ne le pensons lorsque le sens que nous attribuons à nos efforts s’associe à quelque chose de plus grand que nous-même.
Il ne s’agit évidement pas de se transformer en coq de combat, mais de devenir tout simplement un maçon qui sait « Prendre sa Place » et qui sait avoir une « Parole Juste». Cela signifie être en mesure, selon la formule de Stéphane Hessel, de répondre à l’injonction : « Indignez-vous ». Pour le dire autrement : Devenir un maçon debout.
Stéphane Hessel
Combien d’entre-nous sont en mesure d’utiliser un verbe harmonieux pour le mettre au service de la justesse et de la justice ? Combien sont assez courageux pour dire avec calme et Fraternité : NON ? Pourtant, l’être humain qui ne sait pas dire NON, annule toute la valeur de ses OUI. Au même titre que le maçon qui aura appris à intégrer la mort permanente de la palingénésie tout au long de sa vie aura su donner à celle-ci une intensité aucunement comparable avec celui qui aura fuit cette échéance si effrayante pour le profane.
En conclusion, le verbe est paraît-il créateur, mais créateur de quoi ? Tout au long de l’histoire des hommes l’ont utilisé soit pour semer la haine (les dictateurs), soit pour partager l’amour (Martin Luther King, Nelson Mandela…).
Si le maçon se soumet à l’injustice par son silence, s’il n’utilise pas son verbe pour rectifier, c’est à dire mettre en rectitude, il n’est pas digne de son tablier et par respect pour ceux qui veulent travailler, il devrait retourner au café du commerce disserter sur les décisions politiques de notre Président.
Bonne route et bon vent pour ceux qui resteront en Loge.
Il est des œuvres collectives qui, au-delà de leurs pages et de leurs mots, forment un véritable Temple de papier, dont chaque pierre est un texte, chaque colonne une pensée, chaque voûte l’écho d’une quête commune.
Le maillon juin 2025
Ce numéro du maillon, sous le signe profond de « Se lier-Se délier-Se relier », s’ouvre comme une loge imaginaire où se rencontrent les voix, les visages et les parcours. Le lecteur y chemine de pierre en pierre, guidé par la lumière d’un Frère passé à l’Orient éternel, Marcel Bolle De Bal, dont la silhouette se dresse en seuil d’ouvrage, comme le gardien bienveillant d’une œuvre vouée à la reliance.
Marcel Bolle De Bal – Source Trédaniel
Dès l’édito de Christine Ribes, la tonalité est donnée. Il ne s’agit pas d’un simple hommage, mais d’une parole qui respire la continuité du lien et la profondeur de l’engagement. Elle évoque ce que fut Marcel Bolle De Bal, le père du concept de reliance, mais aussi un sociologue existentiel, refusant la froideur d’une science coupée de l’humain. Ici, la Franc-maçonnerie devient miroir d’un idéal de justice et de fraternité, où chaque fracture peut devenir point d’ancrage pour rebâtir l’unité perdue. Nous entendons dans ces lignes l’écho des travaux maçonniques : recherche d’harmonie, quête de sens, refus du repli individualiste au profit d’une solidarité concrète et incarnée.
Puis vient l’hommage de Françoise Leclerc-Bolle de Bal, qui déploie la vie et le chemin de cet homme enraciné dans la recherche, mais toujours tourné vers l’autre. On y voit défiler ses engagements académiques, ses responsabilités, ses voyages, et cette manière unique de relier des mondes apparemment éloignés. De la sociologie à la maçonnerie, de l’université à la fraternité, Marcel Bolle De Bal a tracé une route qui ne séparait jamais la pensée de l’action, ni la rigueur de la tendresse. Dans ses lignes de vie, il y a l’idée qu’aucun savoir ne vaut s’il ne se met au service de l’élévation humaine.
Didier Ozil
À peine refermé cet hommage, le lecteur entre dans un autre cercle, celui des pages « À l’extérieur du Temple ». Didier Ozil y conduit un entretien avec Guillaume Wickham sur la justice restaurative, dont le titre même – « La Justice restauratrice, une forme de reliancesociale » – semble prolonger le souffle de Marcel Bolle De Bal. Il ne s’agit pas seulement d’un processus judiciaire alternatif, mais d’une démarche profondément initiatique : replacer au centre la rencontre entre victime et auteur, redonner voix à ce qui fut brisé, transformer la sanction en réparation. Ici, les symboles maçonniques se devinent en filigrane : le cercle qui réunit, la parole qui libère, l’écoute qui polit la pierre brute des consciences. Guillaume Wickham décrit les étapes, les difficultés, les résistances, mais aussi les fruits de ce travail de patience et de vérité. Ce n’est pas seulement une technique judiciaire, c’est un art de tisser à nouveau le lien que la faute avait rompu.
Sisyphe poussant sa pierre
Le chemin du sommaire conduit ensuite vers le domaine du symbolisme. Trois textes forment autant de portes vers l’intérieur : « La triangulation » de Sophie Berecz, « Laisser nos Métaux à la porte du Temple » de C.A., et « Sisyphe et sa pierre » d’Élisabeth Rochlin. Chacun, à sa manière, rappelle que l’initiation est un art du dépouillement et de l’effort consenti. La triangulation évoque la perfection vivante du triangle, figure de stabilité et d’élévation ; le dépouillement des métaux rappelle la nécessité de se libérer des attaches profanes avant d’entrer dans la lumière ; Sisyphe, enfin, devient le compagnon silencieux de nos travaux, image de la persévérance et du labeur sacré.
Frédéric Vincent
De là, le lecteur est invité à franchir le seuil de la philosophie. Frédéric Vincent explore « La tentation existentielle de la sociologie », tissant un dialogue avec les thèmes chers à Marcel Bolle De Bal. Claude Delbos, quant à lui, livre « Ma conception de la Franc-maçonnerie », méditation personnelle sur l’essence initiatique et la portée universelle de notre Ordre. Ces réflexions, en écho aux travaux précédents, approfondissent le socle intellectuel et spirituel de la revue.
Vient ensuite l’histoire, avec « Utopie, un regard libéré » de M.B., qui rappelle que les grandes visions humaines naissent toujours de cette tension entre rêve et action, entre idéal et réalité. Les utopies sont les pierres d’angle invisibles sur lesquelles se bâtissent les architectures durables, pour peu que la volonté sache les incarner.
Les « Pages du Compagnon» s’ouvrent avec « La Rencontre » de Gilbert Garibal, où la figure du Compagnon se déploie comme un voyageur qui apprend autant du chemin parcouru que des haltes où il s’assoit pour écouter. Puis viennent les « Pages du Maître », avec « En deçà et au-delà du ternaire» de Marcel Bolle De Bal lui-même, «Le Franc-maçon accompli » de Claude Degrèzes, et « Hiram Abi » de C.J.D. Ces textes portent la marque de la maturité initiatique : conscience de l’œuvre collective, fidélité à la tradition, et engagement à transmettre.
Enfin, les dernières pages ouvrent l’espace aux lectures, aux vies de loges et aux récapitulatifs des numéros passés, prolongeant la chaîne d’un numéro à l’autre, comme une planche ininterrompue. Car Le maillon ne se conçoit pas comme une revue close sur elle-même, mais comme une partie vivante d’une chaîne qui nous dépasse et nous relie.
Ainsi, ce numéro ne se contente pas de juxtaposer des articles. Il est une architecture de pensée et d’émotion, où chaque contribution s’emboîte dans l’autre comme les pierres d’un édifice invisible. L’hommage à Marcel Bolle De Bal en est la clef de voûte ; l’entretien sur la justice restaurative en est la colonne du milieu ; les textes de symbolisme, de philosophie et d’histoire en sont les piliers. Et le lecteur, parcourant ces pages, ne peut que sentir que la véritable maçonnerie se joue autant dans les Temples que dans la cité, autant dans les rites que dans les rencontres humaines, autant dans la mémoire que dans l’avenir que nous bâtissons.
Le maillon de la chaîne maçonnique – Se lier-Se délier-Se relier
Revue indépendante d’information et de documentation inter-obédientielles
Fondamentalement le rituel maçonnique initial, inspiré des anciennes traditions, se fonde sur la symbolique de la mort et de la réincarnation. Nous mourrons deux fois symboliquement. Une première fois c’est la mort au monde profane ; la deuxième fois c’est la mort de l’initié sous les coups des « mauvais » compagnons qui sont en fait ceux qui vont permettre la réincarnation. Comme d’habitude le rituel nous tend des pièges dans lesquels les ignorants vont tomber.
Ensuite, par la réincarnation, nous devenons un autre être qui n’a plus de limite temporelle
Contrairement à la réincarnation vécue dans le bouddhisme, la réincarnation maçonnique nous élève et nous projette dans un monde de perfection. Théoriquement, une fois le processus réalisé et effectué, nous somme autre chose et le rituel n’a plus d’intérêt.
Cette compréhension du rituel maçonnique explique l’originalité de notre démarche et la difficulté que l’on peut avoir à la vivre. Dans un monde rationnel, la mort signifie la fin et le néant. Les catholiques vivent la résurrection du Christ comme une espérance pour eux-mêmes.
La réincarnation maçonnique a un effet immédiat. Lorsque le processus s’est réalisé l’initié est sur la voie. Il n’a besoin de personne car il sait.
Le seul problème provient du respect du rituel. Si le rituel n’est pas respecté, il ne se passera rien. En revanche, si le rituel est suivi à la lettre, c’est le merveilleux qui se manifeste ! La première condition c’est naturellement la préparation du candidat (de la candidate).
L’ordre social disparaît, les valeurs sociétales n’ont plus d’intérêt, notre destin nous oriente sur un autre chemin : nous sommes destinés à vivre l’éternel.
Vivre c’est attendre la mort. La mort, si le rituel est bien appliqué, s’avère salvatrice. J’imagine certains d’entre vous s’exclamer « Mais qui peut croire ces fadaises » « Encore un délirant mystique »
Effectivement, cela peut sembler incroyable et pourtant c’est le sens profond du rituel maçonnique initial avant qu’il n’ait dérivé vers une fausse ressemblance avec l’aventure christique.
La perte de sens que l’on a pu observer explique le mal être ressenti par nombre de maçonnes et de maçons devant les chamailleries entre les soi-disant dynamiques symbolique et sociale.
Faux problème que tout cela.
A la vérité le contenu symbolique des deux morts suivies par une réincarnation donne un véritable sens au processus initiatique. Non pas un sens à l’eau de rose tel qu’on peut l’entendre. Le sens de la libération pour vivre l’essentiel.
Le changement peut devenir une réalité qui éblouit. Tout s’arrête et l’être nouveau apparaît. Au diable, les contingences matérielles, l’être nouveau n’a pas besoin de convaincre, il est. C’est cette potentialité explosive de l’initiation maçonnique qui a fait peur à tous les potentats de dogmes transformant les candidats en esclaves.
Le côté extraordinaire de cette réflexion, c’est son adéquation avec une pensée moderne qui rejette les faux semblants d’une société industrielle sans âme.
Le philosophe Alain aborde ce sujet à sa manière mais il me semble intéressant de le citer :
« L’homme est courageux ; non pas à l’occasion, mais essentiellement. Agir c’est oser. Penser c’est oser. Le risque est partout ; cela n’effraie point l’homme. Vous le voyez chercher la mort et la défier ; mais il ne sait point l’attendre. Tous ceux qui sont inoccupés sont assez guerriers par l’impatience. Ce n’est pas qu’ils veuillent mourir, mais c’est plutôt qu’ils veulent vivre. Et la vraie cause de la guerre est certainement l’ennui d’un petit nombre, qui voudraient des risques bien clairs, et même cherchés et définis, comme aux cartes. Et ce n’est point par hasard que ceux qui travaillent de leurs mains sont pacifiques ; c’est qu’aussi ils sont victorieux d’instant en instant. Leur propre durée est pleine et affirmative. Ils ne cessent pas de vaincre la mort, et telle est la vraie manière d’y penser. Ce qui occupe le soldat, ce n’est pas cette condition abstraite d’être sujet à la mort, mais c’est tel danger et puis tel autre. II se pourrait bien que la guerre fût le seul remède à la théologie dialectique. Tous ces mangeurs d’ombres finissent toujours par nous conduire à la guerre, parce qu’il n’y a au monde que le danger réel qui guérisse de la peur. »
Sources : Propos sur le bonheur, 1928, XV « Sur la mort »
Les Rendez-vous de l’Histoire de Blois constituent un festival annuel dédié à l’histoire, fondé en 1998 par Jack Lang, alors maire de Blois, sur une idée de Francis Chevrier, inspirée du Festival international de géographie de Saint-Dié-des-Vosges.
Les Rendez-vous de l’Histoire
Organisé par le Centre européen de promotion de l’histoire (CEPH), cet événement se déroule chaque année au mois d’octobre à Blois, sur cinq jours. Il vise à rendre l’histoire accessible au grand public, à favoriser les échanges entre historiens, chercheurs, enseignants et citoyens, et à réfléchir à la place de l’histoire dans la société contemporaine.
« La France », thème des Rendez-vous de l’histoire de Blois 2025
Avec plus de 1000 intervenants, environ 600 débats, conférences et rencontres gratuites, il attire entre 30 000 et 50 000 festivaliers chaque année, ce qui en fait la plus grande université populaire d’Europe.Le festival met en lumière des thèmes annuels pour éclairer le présent à la lumière du passé, en croisant perspectives historiques, philosophiques, économiques et culturelles. Il inclut également des prolongements tout au long de l’année, comme les Cafés historiques en région Centre-Val de Loire.
Thématique de l’édition 2025 et programme général
RVH 2025
L’édition 2025, la 28e, se tiendra du 8 au 12 octobre à Blois, sous le thème « La France ? ». Ce thème interroge l’identité, l’histoire et les défis actuels de la France, à travers des débats sur la République, la laïcité, la démocratie, les symboles nationaux et les crises contemporaines. Le programme, riche et gratuit, propose plus de 600 événements : tables rondes, conférences, expositions, concerts, spectacles, cafés historiques et dîners thématiques. Il met l’accent sur l’interdisciplinarité, avec des historiens, écrivains, économistes, journalistes et politiques.
Parmi les temps forts, on trouve des cartes blanches proposées par des associations partenaires, des projections cinématographiques, un grand salon du livre avec 250 éditeurs et 300 auteurs en dédicace, ainsi que des ateliers pédagogiques. Le festival se déroule dans divers lieux emblématiques de Blois, comme la Halle aux Grains, le Château Royal, la Maison de la Magie, le Conseil départemental et la Fondation du Doute. Des expositions prolongent l’événement, comme « C’est notre histoire » au Centre de la Résistance, de la Déportation et de la Mémoire, jusqu’au 2 novembre 2025.
Rendez-vous de l’histoire de Blois 2025
Les différentes séquences du festival
Le programme des Rendez-vous de l’Histoire est structuré autour de plusieurs séquences complémentaires, qui permettent d’explorer l’histoire sous divers angles. Voici une présentation de chacune :
– L’Histoire en débats : Cette séquence centrale regroupe des conférences, tables rondes et débats animés par des experts (historiens, sociologues, philosophes). Elle aborde le thème de l’année de manière approfondie, avec des interventions sur des sujets actuels et historiques. Elle inclut des « cartes blanches » proposées par des partenaires, favorisant des perspectives variées. C’est un espace de confrontation d’idées, ouvert aux questions du public, pour faire avancer la recherche et la compréhension collective.
– Le Salon du livre d’histoire : Plus grand salon européen du livre d’histoire, il s’étend sur 2 800 m² à la Halle aux Grains. Avec plus de 200 exposants (éditeurs, librairies, sociétés savantes), il présente des nouveautés, des ouvrages scientifiques, des romans historiques, des bandes dessinées et des livres anciens. Près de 300 auteurs participent à des séances de dédicaces, cafés littéraires, entretiens et tables rondes. Des prix sont décernés, comme le Grand Prix des Rendez-vous de l’Histoire ou le Prix du roman historique jeunesse.
– L’Atelier pédagogique (ou Rencontres Pédagogiques) : Destiné aux enseignants et éducateurs, ce cycle propose des ateliers, conférences et tables rondes pour relier la recherche historique à l’enseignement. Il inclut des mises en perspective didactiques, des ateliers numériques et des formations par les pairs, en collaboration avec le Ministère de l’Éducation nationale. L’objectif est de former les professeurs à transmettre l’histoire de manière innovante, avec des parcours comme « Recherche et enseignement ».
– L’Économie au rendez-vous de l’Histoire : Lancé en 2014, ce cycle analyse les enjeux économiques à travers une approche interdisciplinaire (histoire, géographie, sociologie, philosophie). Des économistes, historiens et décideurs débattent des grands équilibres mondiaux, des crises et des politiques économiques. Il vise à rendre l’économie intelligible et à décloisonner les savoirs, avec des grands entretiens et des analyses complexes.
Les Cafés Historiques
– Le Cycle cinéma : Présidé par une personnalité du cinéma, ce volet projette une soixantaine de films (fictions, documentaires, films d’époque ou récents), en lien avec le thème. Il confronte l’histoire aux regards cinématographiques, avec des avant-premières, des débats avec réalisateurs et des analyses. C’est un espace d’échange pour cinéphiles et novices, explorant l’histoire comme objet filmique.
– L’Histoire sous d’autres formes : Cette séquence explore l’histoire à travers des expressions artistiques et culturelles variées : expositions, concerts, spectacles, performances, cafés historiques et dîners thématiques. Elle inclut des innovations numériques et des événements immersifs, pour divertir et instruire de manière ludique, en prolongeant le festival au-delà des débats traditionnels.
La Carte Blanche Maçonnique 2025 : Table ronde « France, qu’as-tu fait de ton idéal républicain ? »
Dans le cadre de la séquence « L’Histoire en débats » des Rendez-vous de l’Histoire de Blois, l’association Culture et Patrimoine Maçonnique en Région Centre (CPMRC) propose une carte blanche dédiée à la Franc-Maçonnerie.
Fondée en décembre 2014 et officiellement déclarée en janvier 2015 sous le régime de la loi 1901, cette organisation basée à Blois est reconnue d’intérêt général.
La CPMRC vise à promouvoir la Franc-Maçonnerie dans toute sa diversité, en favorisant les échanges entre le public et les maçons, en encourageant la réflexion sur leur rôle sociétal et historique, et en facilitant les dialogues entre initiés et non-initiés. Parmi ses activités phares figuraient les Rendez-vous Maçonniques de Blois et participe également chaque année aux Rendez-vous de l’Histoire de Blois via des cartes blanches, telles que celle de 2024 sur « La ville et les francs-maçons : des hommes et des lieux ».
RDV de l’Histoire de Blois
Pour cette édition 2025, la CPMRC organise une table ronde intitulée « France, qu’as-tu fait de ton idéal républicain ? », prévue le samedi 11 octobre, de 14h00 à 15h30, au Conseil Départemental de Blois, dans la Salle Capitulaire. Inspirée par la célèbre phrase de Ferdinand Buisson en 1903 – « Le premier devoir d’une République, c’est de faire des républicains » –, cette discussion interroge l’état actuel de la République française. Elle explore des enjeux comme la perte de sens civique, le délitement du lien social, le déclin de l’appartenance à la communauté nationale, ainsi que l’attrait croissant pour des régimes autoritaires ou des partis extrêmes.
RDV Histoire
Les intervenants chercheront à identifier les voies d’un renouveau républicain : comment raviver les principes constitutionnels d’une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ? Les thèmes abordés incluront la crise de la représentation politique, le rôle des médias dans la perception de la démocratie, les leviers pour relancer la participation civique, les défis posés à l’indivisibilité républicaine – notamment liés à la laïcité et à la montée des communautarismes –, et le rôle pivotal de l’école pour reconstruire un imaginaire collectif partagé.
Philippe FOUSSIER
Les intervenants sont :
– Philippe Foussier : Journaliste et essayiste, spécialiste de l’histoire politique, sociale et culturelle de la France depuis le XVIIIe siècle. Auteur de nombreux articles (Humanisme, La Chaîne d’Union)et d’ouvrages (chez Conform édition), dont un volume sur Marianne (collection « Les symboles de notre histoire » chez Dervy) et un prochain sur le drapeau tricolore.
Nathalie ZENOU
– Nathalie Zenou : Consultante en communication, médiatrice et formatrice, Secrétaire Générale d’une association d’éducation populaire. Elle propose des actions sociales, sportives, culturelles et éducatives, et est habilitée pour le plan « Valeurs de la République et Laïcité ».
– Corinne Prezelj (modératrice) : Écrivaine, journaliste indépendante, membre du Conseil d’administration du Press Club de France et de Gens de Confiance, elle se passionne pour la société en évolution, le monde animalier (lévriers, chats, chevaux) et les valeurs d’honnêteté et de bienveillance. Elle est déjà intervenu aux Rendez-vous de l’Histoire : en 2023 sur « Vivre et mourir en franc-maçon » et en 2024 sur « La ville et les francs-maçons : des hommes et des lieux ».
Blois, Rendez-vous de l’Histoire
Cette carte blanche s’inscrit dans une tradition maçonnique d’engagement républicain et laïque, en lien avec le thème « La France ? ».
Réservez la date !
Événement : Table ronde « France, qu’as-tu fait de ton idéal républicain ? » – Carte Blanche Maçonnique des Rendez-vous de l’Histoire de Blois 2025.
Le château de Blois, aile François Ier, façade des Loges, place Victor-Hugo.
Date et heure : Samedi 11 octobre 2025, de 14h00 à 15h30.
Lieu : Conseil Départemental de Blois, Salle Capitulaire / Intervenants : Philippe Foussier, Nathalie Zenou, modérée par Corinne Prezelj / Entrée : Gratuite, dans le cadre du festival / Pour plus d’informations sur le programme complet, consultez https://rdv-histoire.com/programme.
Rejoignez-les pour débattre de l’avenir de la République !
Dans une vidéo largement diffusée sur les plateformes sociales ces derniers jours, Aminata Bakaga, une ex-membre de la Grande Loge Mixte de France (GLMF), a relancé une polémique sulfureuse en accusant les francs-maçons d’être impliqués dans des actes criminels d’une gravité extrême. Selon elle, cette organisation séculaire serait une « pédocriminelle » qui tue des bébés et pratique des rituels impliquant la consommation de sang. Ces allégations, présentées avec une assurance troublante, s’inscrivent dans une longue tradition de théories complotistes visant la franc-maçonnerie.
Cet article examine les origines de ces accusations, le parcours troublé d’Aminata Bakaga, et les implications de telles déclarations dans un contexte où la désinformation prospère.
Le parcours d’Aminata Bakaga : Une trajectoire marquée par la frustration.
Aminata Bakaga, résidant dans l’Est parisien, s’était présentée par le passé comme une coach personnelle, spécialisée dans le développement personnel. Initiée au sein de la loge Ar∴ en C∴ de la GLMF, elle a été radiée en 2015, avant d’accéder au grade de Maître. Cette radiation, selon des sources internes à l’obédience, serait liée à des tensions croissantes et à son incapacité à respecter les règles et les engagements maçonniques. Elle a elle-même attribué cette exclusion à une frustration personnelle, affirmant que son parcours initiatique avait été injustement interrompu. Cette rupture semble avoir marqué un tournant dans sa vie, la poussant à se tourner vers les réseaux sociaux pour exprimer son ressentiment.
Depuis, Bakaga s’est métamorphosée en une figure controversée, utilisant des plateformes comme YouTube, TikTok et Twitter/X pour diffuser ses accusations. Dans ses vidéos, elle cible des individus spécifiques, dévoilant noms, adresses et détails personnels, tout en dénonçant des actes qu’elle qualifie de « barbares ». Parmi ses cibles principales : les francs-maçons, qu’elle accuse d’organiser des réseaux pédocriminels et de perpétrer des rituels macabres. Elle prétend également avoir été victime d’abus sexuels pendant des années au sein de la Franc-maçonnerie, une affirmation qui n’a jamais été corroborée par des preuves tangibles ni par une enquête officielle. Chaque vidéo se conclut par une formule percutante, « J’ai dit », qui semble sceller ses déclarations comme une vérité absolue.
Les accusations : Un écho aux mythes antimaçonniques
Les allégations d’Aminata Bakaga reprennent des stéréotypes anciens, souvent véhiculés par des courants antimaçonniques ou conspirationnistes. L’idée que les francs-maçons seraient impliqués dans des meurtres rituels de bébés et la consommation de sang trouve ses racines dans des légendes médiévales, comme celles associées aux Templiers ou aux accusations de « sangliers » contre les juifs. Ces récits ont été repris et amplifiés au XXe siècle par la propagande nazie, qui présentait la franc-maçonnerie comme une organisation secrète menaçant l’ordre social. Plus récemment, des théories du complot modernes, notamment celles liées à QAnon, ont intégré ces motifs, accusant des élites mondiales – souvent associées à la maçonnerie – de pratiques sataniques.
Bakaga s’appuie sur ces narratifs pour construire son discours, mêlant des anecdotes personnelles présumées à des généralisations hâtives. Elle affirme avoir été témoin ou victime de ces actes, mais ses déclarations manquent de preuves concrètes, se limitant à des témoignages subjectifs et des insinuations. Cette approche, bien que spectaculaire, s’aligne sur une stratégie courante dans les cercles complotistes : susciter l’émotion pour compenser l’absence de faits vérifiables.
Des indices suggèrent qu’Aminata Bakaga a déjà fait l’objet d’un suivi médical, possiblement psychiatrique, avant ou après sa radiation. Bien que cela ne puisse être confirmé sans accès à des dossiers privés, son discours erratique, ses accusations non étayées et son obsession croissante pour des thèmes conspirationnistes laissent penser à une détérioration de son état mental. Cette hypothèse soulève des questions éthiques : faut-il considérer ses déclarations comme un cri de détresse plutôt qu’une attaque délibérée ? Si tel est le cas, une prise en charge médicale renouvelée pourrait être bénéfique, non seulement pour elle, mais aussi pour limiter les dommages collatéraux de ses propos.
Impact sur les victimes et les réseaux complotistes
Les conséquences de ces vidéos sont loin d’être anodines. En ciblant des individus par leurs noms et adresses, Bakaga expose ses « victimes » – qu’elles soient maçonniques ou non – à des risques de harcèlement ou de violences de la part de ses partisans. La communauté maçonnique, déjà habituée aux attaques infondées, se trouve une fois de plus sous pression, tandis que des profanes ignorant les réalités de la franc-maçonnerie pourraient être influencés par ces récits. Les complotistes, souvent attirés par des narratifs simples et sensationnalistes, risquent de prendre ces accusations au sérieux, amplifiant la désinformation. Une pensée particulière va aux victimes de ces dénonciations publiques, dont la vie privée est brutalement mise à nu sans justification.
Réponse de la GLMF et perspective maçonnique
La Grande Loge Mixte de France n’a pas encore publié de communiqué officiel concernant ces allégations. Historiquement, le GODF et d’autres obédiences ont toujours réagi aux accusations similaires en réaffirmant leur engagement pour les valeurs humanistes et en soulignant l’absence de preuves liant la franc-maçonnerie à de tels crimes. Dans le cas de Bakaga, sa radiation préalable renforce l’idée que ses propos relèvent d’une vendetta personnelle plutôt que d’une critique fondée.
Un appel à la raison face à la désinformation
L’affaire Aminata Bakaga illustre une fois de plus la vulnérabilité de la franc-maçonnerie face aux théories conspirationnistes, amplifiées par la viralité des réseaux sociaux. Si sa détresse personnelle ne peut être ignorée, ses accusations contre les francs-maçons comme « tueurs de bébés et buveurs de sang » relèvent du fantasme et non de la réalité. Il est temps de proposer à cette ex-Sœur un accompagnement médical adapté, tout en condamnant fermement les dérives qui nuisent à des innocents. Dans un monde saturé d’informations, la raison et la vérification des faits restent les meilleurs remparts contre de tels délires. La franc-maçonnerie, avec son histoire de résistance aux persécutions, mérite mieux que d’être réduite à ces calomnies.
Réfléchissons un peu à ce qu’est une démonstration : c’est une suite d’arguments implacables qui filent d’une hypothèse supposée vraie jusqu’à une conclusion, comme un train express sans arrêts imprévus. Si vous voulez démontrer le théorème de Pythagore, par exemple, il faut bien partir de quelque chose, disons le théorème de Thalès, parce que… Pourquoi pas ? Et pour démontrer Thalès, vous devrez repartir d’autre chose, et ainsi de suite, comme un jeu de dominos infini qui refuse de tomber.
À un moment donné, il faut bien s’arrêter et planter un drapeau sur une vérité qu’on affirme vraie sans la démontrer, parce que sinon, on y passerait l’éternité. C’est obligé ! On appelle ça un axiome, ce petit malin qui se la joue «je suis vrai, point final». Un peu comme l’ouverture des travaux rituels maçonniques qui font passer du profane au sacré !
Alors, vous me direz : «En quoi les axiomes sont-ils vrais, hein ?» Eh bien, il y a plusieurs espèces de mathématiciens, comme des races de chats capricieux. Il y en a qui s’en fichent royalement : «Peu importe si c’est vrai, du moment que c’est cohérent !» Eux, ce qui les branche, c’est la chaîne logique, la démonstration qui claque comme un fouet.
Par exemple, voici une démonstration célèbre que 1 + 1 = 2, planquée en bas de la page 379 d’un bouquin de Russell et Whitehead – oui, il leur a fallu 378 pages pour en arriver là, ces farceurs
Mais d’autres mathématiciens, plus terre-à-terre, disent qu’un axiome est vrai s’il colle à ce qu’on voit ou ressent dans le monde réel, genre «ça rend compte de la réalité, comme un miroir sans buée».
Du coup, à travers les axiomes, les maths flirtent avec le monde physique, un peu comme un rendez-vous galant avec la physique.
Prenez la géométrie qu’on nous bassine à l’école : cercles, triangles, et tout le tintouin. Il y a plus de 2300 ans, Euclide a compilé un livre génial, Les Éléments, où il a entassé toutes les maths de son époque. Bien sûr, il avait besoin d’axiomes. La plupart sont incontestables, style «deux quantités égales à une troisième sont égales entre elles» – waouh, Sherlock, merci pour l’info !
Mais il y en a un qui a semé la zizanie : le cinquième. Imaginez : une droite bleue dans un plan, un point rouge à côté. L’axiome dit qu’il existe une seule droite parallèle à la droite bleue passant par ce point rouge. Évident, non ? Pas besoin de démontrer, c’est un axiome, point barre !
Pendant des siècles, personne n’a moufté. C’était clair comme de l’eau de roche. En 1196, Maïmonide va même jusqu’à dire que Dieu, malgré sa toute-puissance et sa liberté infinie, ne pourrait pas créer quelque chose qui contredise la logique d’Aristote ou la géométrie d’Euclide. Vous voyez ? Les mathématiciens plus balèzes que Dieu lui-même ! Kant, plus tard, enseigne que cette géométrie est câblée dans notre cerveau, innée, comme un logiciel préinstallé – pas de mise à jour nécessaire.
Mais creusons un peu ces parallèles. Mettez-vous à la place des Grecs anciens : ils voyaient le monde comme une boule finie, limitée par une sphère des étoiles fixes, genre un globe de Noël cosmique. Deux parallèles qui osent se couper au-delà ? Impossible, vu que le point de croisement n’existe même pas ! Le concept de parallèles présuppose un espace infini, ce que les Grecs refusaient poliment – «Non merci, on est bien dans notre petit monde clos».
Il a fallu attendre le début du 19e siècle pour que trois mathématiciens rebelles – Gauss, Bolyai et Lobatchevski, des esprits libres genre rockstars des maths – osent tout chambouler. Indépendamment, à peu près en même temps, ils pondent un axiome alternatif : par un point extérieur à une droite, il existe une infinité de parallèles ! Et boum, ils bâtissent une géométrie aussi jolie que celle d’Euclide, cohérente, pleine de théorèmes… mais où Pythagore se prend une claque, car son théorème ne tient plus la route. Bolyai écrit à son papa : «À partir du néant, j’ai créé un nouveau monde !» Plus fort que Dieu, je vous dis – et sans budget effets spéciaux !
Évidemment, les contemporains ont fait la grimace : «Un nouveau monde ? Pff, on n’en veut pas !» Gauss, lui, garde sa découverte secrète, persuadé que c’est trop dangereux – imaginez, casser la philosophie de Kant ? C’est comme dire à un chef que sa recette est périmée !
Il faut attendre la fin du 19e, début 20e siècle, pour que ça devienne «raisonnable». Et qui rend ça digeste ? Poincaré, en 1902, avec un texte de vulgarisation hilarant. Il dit : «Imaginez un monde enfermé dans un grand cercle, avec une température qui chute du centre vers les bords, jusqu’au zéro absolu aux limites. Les objets rapetissent en s’approchant du bord.» Pour les habitants, ce monde semble infini : plus ils avancent vers le bord, plus ils rétrécissent, leurs pas deviennent minuscules, impossible d’atteindre la limite ! Ils ne s’en rendent pas compte – leur mètre ruban rapetisse aussi. Mais pour nous, observateurs extérieurs, c’est clair comme du cristal. Dans ce monde, le plus court chemin est un arc de cercle perpendiculaire au bord – leurs «droites» sont nos cercles ! Et l’axiome d’Euclide ? Kaput ! Une infinité de parallèles par un point. Ces gens sont raisonnables, ils vivent normalement, ignorant qu’ils rapetissent – comme nous, qui ignorons probablement des tas de trucs absurdes.
La morale de Poincaré ? On peut inventer plein de mondes géométriques raisonnables, chacun avec sa logique, et en piocher un pour éclairer notre réalité. Comme un artisan qui choisit son outil : «Une géométrie n’est pas plus vraie qu’une autre, elle est juste plus commode.» Moi, j’y vois un message de liberté : adieu le carcan d’Euclide, bonjour la création de mondes ! Eddington l’a dit :
«La libération de l’espace-temps est un rêve de poète et mystique, mais ce sont les mathématiciens qui l’ont fait !»
Aujourd’hui, les maths jonglent avec des géométries sans sourciller – il y a 100 ans, c’était impensable. Ce vent de liberté a débordé : Einstein mélange espace et temps dans une géométrie non-euclidienne pour sa relativité. Les artistes s’en emparent : fini les perspectives forcées des Beaux-Arts ! Regardez ce tableau de Max Ernst en 1942 : «Jeune homme intrigué par une mouche non-euclidienne» – oui, même les mouches se rebellent !
Et Internet ? Un projet génial, l’Internet Mapping Project. demande aux gens de dessiner leur vision d’Internet. Des centaines de croquis fous, et beaucoup ressemblent au disque de Poincaré : tout rapetisse vers les bords ! Un internaute a crayonné Internet comme un monde où les sites s’entassent au centre et s’éloignent en miniaturisant – non-euclidien pur jus !
Une élucubration pour finir : quand j’étais gamin, mon monde était un cercle de 5 km autour de la maison, et Euclide suffisait amplement pour mes bêtises enfantines. Mais nos gosses d’aujourd’hui naviguent dans des géométries multiples : Internet, Facebook, et même le réseau SNCF, où Paris est plus «proche» de Lyon que de certaines banlieues ! Pourquoi ne pas leur enseigner un peu de géométrie des réseaux à l’école ? Ça forcerait à zapper un peu d’Euclide et son Pythagore poussiéreux – et franchement, ça ne me dérangerait pas du tout.
Pour clore, profitez des conférences Ernest : je parie que Gauss, Bolyai et Lobatchevski ont, à leur façon tordue, un peu chamboulé votre vision du monde. Et si vous n’êtes pas d’accord, eh bien, prouvez-le avec un axiome humoristique !
Masonica Nice 2025, la première édition du salon du livre et de la culture maçonniques, se tiendra sur la Côte d’Azur. Cet événement culturel réunira amateurs d’histoire, de littérature et de patrimoine maçonnique.
Collage de Nice – Wikimedia Commons
L’entrée sera entièrement gratuite et ouverte à tous les publics !
Cet événement se déroulera les samedi 25 et dimanche 26 octobre 2025, à l’Espace Laure Ecard, situé au 50 Boulevard Saint-Roch à Nice, de 9h à 18h30.
Que vous soyez Franc-maçon, Franc-maçonne, ou simplement un profane curieux – c’est-à-dire non initié à la Franc-maçonnerie – vous êtes les bienvenus.
Affiche Masonica Nice
Pas besoin d’invitation spéciale, pas de frais d’entrée : venez découvrir, échanger et vous enrichir librement dans une atmosphère conviviale et accessible. Cet événement est conçu pour favoriser le dialogue entre tous, sans barrières, en respectant les valeurs universelles de liberté, égalité, fraternité et tolérance.
Masonica Nice s’inscrit dans une belle tradition culturelle, héritier de Masonica Bruxelles (créé en 2013), en dialogue avec Masonica Lille (depuis 2005) et Masonica Tours (lancé en 2024). Ces salons forment un véritable archipel culturel qui met en valeur le livre maçonnique comme un outil de connaissance, d’ouverture et de débat.
À Nice, cette première édition réunit auteurs, éditeurs, chercheurs, obédiences maçonniques, loges et lecteurs de tous bords. Ce n’est pas une foire commerciale, mais un espace d’échanges dynamique – une agora moderne – où se croisent littérature symbolique, histoire de la Franc-maçonnerie, philosophie, ésotérisme, sciences humaines et enjeux actuels comme l’écologie, l’intelligence artificielle ou les défis sociétaux. Organisé par l’association Les Rencontres de l’Acacia, avec l’engagement bénévole de membres passionnés, cet événement est préparé avec soin pour offrir une expérience enrichissante et inclusive à tous.
Nice, baie des Anges
Pourquoi venir ?
Parce que Masonica Nice est bien plus qu’un salon : c’est une opportunité rare de plonger dans la richesse de la culture maçonnique de manière ouverte et non élitiste. Vous pourrez assister à des débats stimulants, découvrir des expositions innovantes, assister à un spectacle théâtral, rencontrer des auteurs pour des dédicaces, explorer des stands de libraires et d’artisans, et bien plus. Et rappelez-vous : tout est gratuit et accessible à tous, sans restriction. Que vous veniez seul, en famille ou entre amis, vous trouverez des activités adaptées à tous les niveaux de curiosité, du novice au connaisseur.
Programme détaillé : Un week-end riche en découvertes
Le programme est varié et pensé pour tous les publics, avec des tables rondes, conférences, expositions, un spectacle et des rencontres. Voici un aperçu complet, en mettant l’accent sur les moments forts.
Conférences et tables rondes : Des débats ouverts et éclairants
Les conférences et tables rondes sont au cœur de l’événement, offrant un espace d’échange où la culture maçonnique rencontre les grands enjeux contemporains. Elles explorent l’histoire des loges, la transmission symbolique et rituelle, ainsi que des thèmes universels comme la spiritualité, l’écologie, l’intelligence artificielle ou l’héritage méditerranéen. Des chercheurs, écrivains et acteurs du terrain partagent leurs analyses et témoignages pour stimuler la réflexion et le débat. Toutes ces sessions sont gratuites et ouvertes à tous, sans inscription préalable – venez simplement vous installer et participer !
Espace Laure Ecard
Voici le programme complet des interventions, avec tous les détails disponibles :
Samedi 25 octobre
– À 9h : Ouverture de Masonica Nice
Cérémonie d’ouverture officielle marquant le lancement de cette première édition, invitant tous les participants à explorer la richesse de la culture maçonnique dans une atmosphère d’échange et de découverte.
– À 10h : Table Ronde – « Nice, carrefour secret de la Franc-Maçonnerie »
Cette table ronde explore Nice comme un hub historique et discret de la franc-maçonnerie, mettant en lumière ses influences locales, ses figures emblématiques et son rôle dans l’histoire maçonnique méditerranéenne, favorisant un dialogue sur les secrets et les contributions cachées de la ville à cette tradition.
Pierre-PELLE-LE-CROISA
– À 11h30 : Table Ronde – « Spiritualité en liberté : Franchir les frontières des Ddogmes – Une quête intérieure affranchie des croyances imposées »
Peut-on vivre la transcendance sans enfermement ? Comment approcher l’Invisible sans religion instituée ? Cette rencontre ouvre un espace de dialogue où l’esprit se délie des chaînes dogmatiques pour retrouver une essence commune, celle d’une spiritualité ouverte, vivante et universelle.
Intervenants : Anne Amis, Jacques Azot, Pierre Pelle Le Croisa.
Modérateur : Jean Dumonteil.
– À 12h30 : Cérémonie – Remise des Prix Littéraires Masonica Nice
Moment solennel de reconnaissance des œuvres littéraires exceptionnelles liées à la culture maçonnique, avec remise de prix à des auteurs et éditeurs pour leurs contributions à la littérature symbolique, historique et philosophique.
– À 13h30 : Table Ronde – « Le Sacré dans le polar maçonnique – Messages codés, ayahuasca, masculin et féminin sacrés, symboles oubliés dans Les Éveillées d’Éric Giacometti »
Explorez Les Éveillées, le dernier opus d’Éric Giacometti dans lequel les traditions immémoriales résonnent avec la science. Cette session plonge dans l’univers des thrillers maçonniques, où le sacré se cache dans les intrigues policières, révélant comment la fiction ésotérique intègre des éléments symboliques et spirituels profonds.
Intervenant : Éric Giacometti.
Animateur : Patrick Weslinck.
– À 14h30 : Table Ronde – « Nouvelles générations et Franc-Maçonnerie : Le futur en héritage – Entre quête de sens, désir d’authenticité, soif de partage et besoin de fraternité »
Dominique Segalen
Les 20-30 ans interrogent les traditions sous un regard neuf. Comment la démarche maçonnique offre-t-elle aux jeunes un espace de réflexion, de transmission et d’engagement collectif ? Cette table ronde inclut des témoignages de jeunes participants pour un débat vivant et intergénérationnel, soulignant l’adaptation de la franc-maçonnerie aux aspirations contemporaines.
Intervenants : Dominique Ségalen, jeunes Frères et Sœurs, un profane.
Modérateur : Yonnel Ghernaouti.
– À 16h : Table Ronde – « Rituels et modernité : Des traditions en mouvement – Et si les gestes d’hier pouvaient éclairer les chemins de demain ? »
Dans un monde qui accélère sans cesse, les rituels offrent une respiration, une profondeur, un temps suspendu où le symbole parle au-delà des mots. Sont-ils de simples souvenirs d’un passé révolu ou des phares qui guident encore nos consciences ? Cette rencontre invite à découvrir comment la tradition maçonnique, loin d’être immobile, reste vivante, en constante résonance avec les enjeux de notre époque, et nous aide à penser autrement la modernité.
Intervenants : Roger Dachez, Lucien Millo, Jean Solis.
Modérateur : Alain-Noël Dubart.
Eau
– À 17h30 : Table Ronde – « L’Eau, miroir des traditions – Symbole universel irriguant mythes, rites et sagesse de l’humanité »
Présente au cœur d’innombrables traditions initiatiques et spirituelles, l’eau lave les impuretés, franchit les seuils, reflète l’âme et réconcilie les forces contraires. Aujourd’hui, ce langage millénaire se double d’un impératif nouveau : préserver et protéger cette ressource essentielle, pour qu’elle continue d’abreuver la vie et d’inspirer l’esprit. Cette session explore les liens entre symbolisme et écologie contemporaine.
Jean-René Dalle – Crédit Instagram : @odieuxboby
Modérateur : Jean-René Dalle.
– Dimanche 26 octobre à 11h30 : L’Intelligence Artificielle (IA) – Un miroir pour l’Humain ?
Quand les algorithmes bousculent la conscience et le symbole ! Que devient la quête initiatique dans un monde où la machine pense et prédit ? L’IA est-elle une menace pour l’esprit ou un révélateur de ce qui nous rend profondément humains ? Une réflexion inédite sur la place du sacré, de la symbolique et du libre arbitre face à la démesure technologique.
Intervenants : Patricia May, Josselin Morand.
Modérateur : À définir
Nice et la Méditerranée
depuis la colline du château
– Dimanche 26 octobre à 15h : Méditerranée initiatique – Passerelles entre Orient et Occident
Berceau des mythes grecs, de la sagesse latine, des sciences arabes et des mystères hébraïques, la Méditerranée relie depuis toujours les cultures de Provence, du Maghreb, du Levant et du Machrek. Entre héritage soufi, pensée grecque, humanisme latin et profondeur kabbalistique, la Franc-maçonnerie y a tissé des ponts fraternels au-delà des rives, unissant les traditions d’Orient et d’Occident dans une même quête de lumière.
Intervenants : Joël Grégogna (et d’autres à compléter – vérifiez le site pour les mises à jour).
Jean Dumonteil
Modérateur : Jean Dumonteil.
Attention, à cette heure, ce programme est susceptible de modification. Consultez régulièrement le site pour les éventuelles évolutions (changement d’horaires, etc.).
– À 17h : Table Ronde – « La Franc-Maçonnerie, un chemin de vie »
Cette conclusion explore la franc-maçonnerie comme une voie personnelle et collective d’épanouissement, intégrant philosophie, éthique et engagement social pour guider les individus vers une existence plus éclairée et fraternelle, en reliant les thèmes de l’événement à des applications quotidiennes.
Intervenants : Michel Barrat, Christophe Calame.
Auteurs invités : Rencontres et dédicaces
Une vingtaine d’auteurs seront présents pour dédicacer leurs ouvrages et échanger avec le public. Leur diversité reflète les multiples facettes de la franc-maçonnerie : approches historiques, sociologiques, pédagogiques, littéraires ou testimoniales. Voici la liste complète, avec des détails sur certains d’entre eux basés sur les informations disponibles (pour plus de bios, consultez https://www.masonicanice.fr/auteursculture-maconnique) :
– Michel Barat : spécialiste en histoire maçonnique / Pierre-Yves Beaurepaire : historien universitaire, expert en réseaux et pratiques maçonniques / Philippe Benhamou : coauteur de spectacles et ouvrages sur la franc-maçonnerie, connu pour son approche ludique / Alex Carol : auteur de travaux pédagogiques accessibles /
– Lina Chelli : exploratrice de thèmes symboliques et ésotériques / Roger Dachez : historien renommé de la franc-maçonnerie, intervenant dans plusieurs conférences / Alain-Noël Dubart : ancien Grand Maître de la Grande Loge de France / Jean Dumonteil : modérateur expérimenté, auteur sur la spiritualité / Florence Ferara : auteure de romans historiques / Frédéric Béatrix : architecte diplômé de l’INSA de Strasbourg.
Yonnel Ghernaouti : auteur, chroniqueur littéraire et président ou coordinateur de prix littéraires maçonniques / Éric Giacometti : écrivain de polars maçonniques, comme Les Éveillées, son dernier opus / Joël Grégogna : expert en traditions méditerranéennes / Henry May : contributeur à des réflexions philosophiques / Lucien Millo : Spécialiste du symbolisme et des traditions / François Morel : illustrateur et auteur reconnu pour son style humoristique et ironique mêlant humour et références maçonniques / Pierre Pelle Le Croisa : explorateur de spiritualité / Dominique Ségalen : engagée dans la transmission aux jeunes / Patrick Simon : auteur de témoignages critiques / Jean Solis : expert en philosophie et rituels / Jean-Claude Stilbon : contributeur à des analyses historiques.
Ces auteurs dédicaceront leurs livres sur place – une chance unique de discuter avec eux gratuitement !
Les Prix littéraires de Masonica Nice 2025 seront décernés lors du premier Salon Maçonnique du Livre et de la Culture de Nice, les 25 et 26 octobre 2025 à l’Espace Laure Ecard. Le président du jury est notre frère Yonnel Ghernaouti.
Organisé par l’association loi de 1901 Les Rencontres de l’Acacia, il récompense des œuvres liées à la franc-maçonnerie dans plusieurs catégories : « Transmission », « Symbolisme » et un « Prix spécial du jury ».
Spectacle et expositions : Des moments culturels inoubliables
– Spectacle : « Les Colonnes sont Muettes chez les Argonautes»
Samedi 25 octobre à 10h30, Masonica Nice donnera le spectacle « Les colonnes sont muettes chez les Argonautes », une création de François Morel, Philippe Benamou et leurs amis.
Déjà saluée à Tours et à Lille/Ronchin, cette pièce originale mêle humour, poésie et esprit maçonnique dans une mise en scène à la fois légère et empreinte de solennité. À travers un univers onirique et pseudo-rituel, le spectacle invite à voyager entre lyrisme et satire, tout en célébrant des valeurs essentielles de fraternité et de partage artistique. Contrairement au reste de l’événement Masonica Nice, ce spectacle est payant avec cocktail dînatoire (25 €).
– Expositions :
Expo IA -Jiri Pragman
– FM & IA : Une exposition inédite sur la Franc-Maçonnerie et l’Intelligence Artificielle, avec une quarantaine d’œuvres numériques. Portraits animés de figures comme Louise Michel, Maria Deraismes, Jean-Théophile Desaguliers ou Albert Pike, évocations d’Hiram, et motifs symboliques. Créée par Jiri Pragman, elle mélange art digital, inspirations de maîtres comme Caravage ou Léonard de Vinci, et styles variés (comics, BD, photographie). Un espace pour interroger comment les technologies renouvellent le regard sur les traditions.
– François Morel : Exposition de ses illustrations humoristiques et subtiles sur la franc-maçonnerie, mettant en lumière son univers graphique unique.
Ces expositions sont gratuites et ouvertes à tous, idéales pour une découverte visuelle et interactive.
Le Chat sous l’acacia, Catherine Didon
Exposants : Librairies, éditeurs, obédiences et artisans
Découvrez des stands variés pour acheter livres, objets et antiquités :
– Obédiences maçonniques : L’Alliance (GL-AMF), Le Droit Humain (FFDH), Grande Loge de France (GLDF), Grande Loge Féminine de France (GLFF), Grande Loge Mixte de France (GLMF), Grande Loge Traditionnelle et Moderne de France (GLTMF), Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra (GLTSO), Ordre Initiatique Traditionnel de l’Art Royal (OITAR).
Clemens Hontong
– Artisans & antiquités : Le Chat sous l’Acacia, Clemens Hontong, Olivier Pauquet (bijoutier), Lionel Peyrot (Temple de Salomon), Olivier Yaiche.
Tous ces stands sont accessibles gratuitement pour explorer et acheter.
Ne manquez pas cette première édition à Nice – un événement culturel gratuit, inclusif et passionnant qui ouvre les portes de la franc-maçonnerie à tous. Nous vous attendons nombreux pour partager, débattre et découvrir ensemble !
Dpt 06
Infos Pratiques : Tout pour faciliter votre venue
– Lieu : Espace Laure Ecard, 50 Boulevard Saint-Roch, Nice. Accessible en transports en commun (tram 1 depuis la gare de Nice ou lignes 1 et 2 depuis l’aéroport, avec correspondances à Jean Médecin ou Garibaldi). Parking disponible sur place (limité).
– Horaires : Samedi 25 et dimanche 26 octobre, 9h-18h30. Spectacle le samedi 25 à 19h30.
Dpt 06
– Entrée : Gratuite pour tout le salon (sauf spectacle). Ouvert à tous les publics, sans exception – venez comme vous êtes !
– Sur place : Bar et petite restauration pour vous sustenter.
– Contact : masonica.nice@gmail.com pour recevoir les infos ou poser des questions. Site web : https://www.masonicanice.fr/ pour toutes les mises à jour, y compris les bios complètes des auteurs, les intervenants supplémentaires et la réservation du spectacle. Le Facebook.
De toutes façons, personne ne sait plus très bien quoi mettre dans le GADLU, alors pourquoi pas de l’IA ? À la fin de l’article, on répondra à cette question mais certains lecteurs vont se sentir frustrés.
Qu’est-ce que le GADLU ?
Au début c’était un autre nom pour Dieu . Selon Frédéric Lenoir dans Petit Traité de l’histoire des religions la naissance des dieux remonte au fond des âges, les âges des hommes. On découvre les premières pratiques funéraires chez Néandertal il y a 100 000 ans environ. Elles témoignent d’une conscience de la mort (bon, on la trouve aussi chez les animaux) mais aussi une espérance dans un au-delà, ce qui est plus nouveau. À partir de la sédentarisation, du passage du mode de vie des chasseurs-cueilleurs à celui de l’agriculture il y a 10 000 ans, on voit naître les premières cultures animistes. Apparaît donc la notion d’âme qu’on prête aux êtres vivants, animaux ou végétaux, et aussi à des lieux : une rivière, une source, une montagne…. Petit à petit vont apparaître des divinités, qui vont prendre des formes humaines et devenir les causes explicatives des phénomènes naturels ou des évènements.
Dans l’Antiquité, la plus grande civilisation du monde connu de nous-mêmes est l’Égypte. Les croyances prennent la forme de mythologies, c’est-à-dire de grands récits construits pour expliquer la naissance du monde et son fonctionnement, pour donner à chacun sa place. Le pharaon, mi-homme mi-dieu, incarne le lien entre l’humain et le divin, et aussi entre le monde d’ici et celui de l’au-delà. Tout autour de la Méditerranée comme dans les terres plus reculées, chez les Grecs, les Romains, les Celtes, les dieux, les cultes religieux, les mythologies, sont reliées à un territoire et aux gens qui vivent là. Ces dieux ne sont pas en concurrence entre eux, sauf en cas de guerre de territoire ou de domination.
Mais il y a 2000 ans environ apparaît le judaïsme, la première grande religion monothéiste. Elle a pour particularité de se doter d’un dieu nomade. Unique et jaloux. Il n’est pas attaché à une terre mais à un peuple . Cet attachement passe par une loi : la Torah, censée fonder l’unité de la communauté et dont le respect conditionne la protection divine. C’est le principe de l’Alliance. Ce dieu n’est ni bon ni mauvais, à l’instar de tous les dieux de l’Antiquité. Il lui arrive de se montrer colérique, violent, injuste, désinvolte.
Ce n’est pas le “Bon Dieu” des Chrétiens, lesquels arrivent à partir du 1er siècle. Le christianisme est une forme dérivée du judaïsme avec des caractéristiques différentes. La première c’est l’universalisme, c’est une religion prosélyte, elle s’adresse à tous les peuples qu’elle rencontre, elle va même au devant d’eux. La deuxième caractéristique ce sont les valeurs fondées sur l’amour du prochain et la fraternité, censés constituer le ciment de la communauté (= Eglise). Au début du VII è siècle est né l’islam, prolongement direct dans le monde arabe des deux religions précédentes, il va développer ses propres dogmes. Le siècle des Lumières va remettre en cause la mainmise des églises, particulièrement la catholique, contester son pouvoir temporel, opposer la raison au dogme, ouvrir un espace libre pour y développer la science, prôner la liberté de penser.
D’où vient alors la notion de Grand Architecte de l’Univers ?
Dès l’Antiquité, Cicéron émet l’idée qu’il y aurait un principe organisateur du monde. Il utilise le terme d’architecte au sens où on l’entend à son époque c’est-à-dire à la fois concepteur et maître d’œuvre. Pour Calvin le terme d’architecte est un autre nom pour Dieu, il représente une des fonctions de Dieu, celle de créateur et d’organisateur du monde sans qu’on puisse le résumer à cela. Au siècle des Lumières, dans les Cabales Voltaire préférera parler d’horloger : « je ne puis concevoir que cette horloge existe n’est point d’horloger ». Il met l’accent sur la mécanique plutôt que sur le construit. Chez Leibniz, et Wolf son disciple, Dieu est décrit comme un être de raison. On peut y entendre à la fois la logique du raisonnement rationnel et la “raison” au sens d’explication, de cause ultime de toute chose.
En franc-maçonnerie l’appellation Grand Architecte de l’Univers apparaît dans les Constitutions d’Anderson en 1723. Elle recouvre le principe créateur, le système logique et rationnel qui s’exprime à travers les lois de la nature, mais aussi la raison, l’explication ultime. Elle ouvre néanmoins un espace où peut s’exprimer la science, sans être tributaire du dogme. En 1848 le Grand Orient de France continue de proclamer comme obligatoire la croyance en l’existence de Dieu est l’immortalité de l’âme. Mais en 1877 s’opère un schisme chez les francs maçons et le GODF abandonne cette obligation au profit de la liberté absolue de conscience.
Le GADLU incarne ce principe organisateur du monde, il laisse de côté les questions téléologique ou eschatologique portant sur la finalité de la “Création du Monde” ou sur les éventuelles intentions du “Créateur”. Dans un article paru dans 450.fm en août 24, on postulait que cette conception du GADLU était peut-être obsolète. D’où l’idée : peut-on le remplacer par une IA ?
D’où vient l’intelligence artificielle ?
On peut faire remonter son origine à l’invention de la première machine à calculer par Blaise Pascal en 1645: la Pascaline. Pour la première fois on remplace l’intelligence humaine par une mécanique, pour réaliser des opérations de calcul, qui jusqu’alors étaient faites par les humains. On peut se donner comme seconde référence l’invention du métier Jacquard en 1801. Véritable ancêtre de l’ordinateur, Il s’agit de la première machine capable d’exécuter un programme. Elle lit une série de feuilles cartonnées à trous et exécute les consignes encodées, elle compose une image tissée sur une trame de fils. C’est presque le même mouvement que le bombardement du tube cathodique qui parcourt, cinquante fois par secondes, les 819 lignes de l’écran 150 ans plus tard pour donner : la télévision.
La troisième étape est la machine de Turing en 1936. Alan Turing est considéré comme le père de l’informatique. Son invention avait pour objectif de faire reproduire par une machine un raisonnement intellectuel, mécaniser le fonctionnement du cerveau. L’avant dernière étape est la création en 1959 du General Problem Solver, par Herbert Simon, Cliff Shaw et Allen Navel : un économiste, un ingénieur programmeur, un chercheur en psychologie cognitive. Le GPS pousse plus loin la recherche sur l’intelligence artificielle. Il repose sur le principe d’une base de données sur laquelle viennent se greffer des stratégies de résolution de problèmes. Son principe de fonctionnement est heuristique. La machine a pour consigne de rechercher la meilleure solution possible pour résoudre un problème. Ce sont exactement ces fonctions qu’on demande aujourd’hui à l’intelligence artificielle. Mais dans sa version récente des améliorations majeures ont été apportées.
d’abord une base de données quasiment infinie. Les moteurs de recherche sur lesquels se basent les IA permettent de recueillir à peu près tous les contenus disponibles aujourd’hui sur le web .
la deuxième transformation est la connexion totale de tous les opérateurs entre eux grâce à la toile du web : toutes les bases de données, tous les ordinateurs, du moins en théorie
la troisième amélioration c’est une puissance de calcul prodigieuse produite par l’application de la loi de Moore : la capacité de calcul double tous les deux ans depuis 70 ans.
le quatrième progrès est récent et décisif : les robots conversationnels sont capables de gérer l’interface homme/machine en langage naturel de manière satisfaisante (avec un taux d’erreur très faible).
Quel rapport avec le GADLU ?
S’il reste un principe organisateur du monde, un cadre général permettant d’y inscrire tous les schémas explicatifs, en laissant de côté les questions eschatologiques, en tant que tel il pourrait conserver de la pertinence. Mais l’image de l’architecte sur laquelle il s’appuie n’a plus guère de pertinence aujourd’hui. Elle a été conçue dans le monde méditerranéen puis dans le monde occidental, et puis dans les limites de la planète Terre. Elle n’est pas faite pour une cosmogonie qui parle de multivers, avec 2000 milliards de galaxies détectables, et dont l’espace est composé à 5% seulement de matière et à 95% d’énergie noire et de matière noire. Un architecte ? Qu’est-ce qu’il vient faire là-dedans ?
Il ne s’agit pas de bâtir de la pierre mais de comprendre le mystère de l’univers et, sur notre planète, de comprendre le mystère de le vie. Pour tenter d’y parvenir, on s’est mis à la recherche d’un langage universel,on croit l’avoir trouvé, il est fait de nombres, il est mathématique et comme c’est lui qui informe et qui organise on l’appelle : ”informatique”. C’est de ce côté-là qu’il faudrait chercher le GADLU du XXIème siècle. Un langage de nombres. Au Moyen Âge parmi les Arts Libéraux, on distinguait les arts du langage : grammaire, dialectique et rhétorique ; des arts des nombres : arithmétique, musique, géométrie, astronomie.
Les arts des nombres ont définitivement vaincu les arts du langage. La bascule s’est amorcée avec les humanistes. Elle s’est parachevée avec la numérisation généralisée, nous y avons perdu les sens et le sens, puisque le langage ne vaut plus rien. Un GADLU réinventé permettrait-il de raccrocher les branches à l’arbre et le tronc aux branches ? L’IA est un candidat intéressant pour nous y aider. Elle tente de rassembler toutes les connaissances du monde (à nous de savoir comment les utiliser). Elle est un formidable outil de recherche de la vérité (à condition qu’on lui dise ce qu’est la vérité).
Et, -comme c’est curieux !-, on lui prête déjà des pouvoirs qu’on attribuait autrefois au divin : tout savoir, tout comprendre, tout expliquer. Et puis encore : résoudre tous les problèmes qui dépassent l’humanité, comme gérer le dérèglement climatique, comprendre et soigner toutes les maladies, mieux répartir les ressources de la planète, etc…Tout cela sans jamais poser de questions eschatologiques.
Reste à savoir si l’IA est capable de proposer une nouvelles conception du GADLU qui corresponde à notre époque…mais ce sera l’objet d’un prochain article