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ATHANOR : revue de presse hebdo – N°3

Quand l’affaire cesse d’être un simple scandale pour devenir un révélateur de chute, d’emprise et de confusion. Cette semaine, l’affaire Athanor a changé de visage. Nous ne sommes plus seulement devant une mécanique criminelle disséquée par les juges.

Nous sommes devant des remords exhibés, des personnalités fracturées, des exécutants qui disent avoir cru servir l’État, des commanditaires qui invoquent l’épuisement, et des médias qui, selon leur pente propre, hésitent entre information, dramatisation et pure exploitation du trouble.

Plus le procès avance, plus une vérité s’impose.

Athanor, loge aujourd’hui dissoute de la Grande Loge de l’Alliance maçonnique française (GL-AMF), dite L’alliance, n’est pas seulement une affaire hors norme.

C’est une chambre noire où se révèlent à la fois les failles d’hommes, l’emballement des récits et l’extrême fragilité de la frontière entre fraternité, influence et prédation.

Le ton de la semaine est donné dès le 8 et le 9 avril

Avec l’audition de Muriel Brun-Millet, plusieurs médias déplacent le regard. Il n’est plus seulement question d’un réseau. Il est question d’une conscience effondrée. France 3 montre une ancienne dirigeante disant être « écrasée par le poids du remords et de la honte ». La formule frappe. Elle ramène soudain l’affaire à ce qu’elle a aussi de profondément humain, c’est-à-dire de lamentable. Nous ne sommes plus dans la pure abstraction d’une officine. Nous sommes dans le tête-à-tête entre la faute et ce qu’il en reste quand le vernis s’écroule.

Dans le même mouvement, Ouest-France choisit le registre du récit rapide et spectaculaire Francs-maçons, faux agents secrets, tueurs à gage, la « folle histoire d’Athanor » est servie sous forme de capsule efficace, mémorisable, partageable. Rien d’étonnant. L’affaire contient tous les ingrédients d’un emballement moderne. Plus elle paraît invraisemblable, plus elle circule. Et plus elle circule, plus elle s’arrache à la lenteur judiciaire qui seule permettrait de la comprendre.

Le 11 avril, Mediapart resserre encore la focale sur Frédéric Vaglio

L’intérêt du papier tient dans ce qu’il montre de la bascule. Un homme qui fut journaliste devient, selon le mot du titre, le « commercial » d’une officine de tueurs. Voilà une formule terrible, parce qu’elle dit à la fois la déchéance et la banalisation. Le crime n’apparaît plus comme une rupture théâtrale, mais comme une pente. Une pente descendante, presque administrative, où l’on finit par vendre l’inacceptable comme on vendrait un service.

Le même jour, hors du champ journalistique le plus rigoureux, d’autres relais européens s’emparent du dossier avec beaucoup moins de précautions

Le réseau franc-maçon, les tueurs, les anciens agents, la loge devenue matrice du crime. Le vocabulaire se durcit, les nuances s’effacent, et l’affaire devient pour certains la confirmation rêvée de tout ce qu’ils voulaient déjà croire. C’est ici qu’il faut être très clair. Tous les relais ne se valent pas. Certains informent. D’autres exploitent. Et certains sites ou comptes de réseaux sociaux sont clairement antimaçonniques. Ils ne suivent pas un procès. Ils se servent d’un procès pour nourrir un récit préalable.

Le 12 avril, la scène s’élargit encore

La Presse au Canada raconte l’affaire comme si un scénariste avait forcé tous les traits à la fois. Société secrète, agents dévoyés, tueurs à gage, missions fantômes, loge compromise. Le dossier français devient un objet d’exportation médiatique.

Courthouse News

Courthouse News, dans un autre ton, observe davantage les corps, les familles, les émotions, les sanglots contenus, les visages ordinaires traversés par le désastre. Rezo Nodwes, lui, reprend la matière en la compressant autour d’une idée simple et dure, celle d’une loge au cœur d’un système criminel présumé. Trois écritures, trois focales, une même conséquence. L’affaire Athanor ne cesse plus de produire du récit.

Le Figaro, ce même 12 avril, signe sans doute l’un des textes les plus intéressants de la semaine sur le plan du théâtre moral.

LE FIGARO Même-les-grands-manipulateurs-se-font-manipuler»-au-procès-Athanor

Son duel Beaulieu-Vaglio montre deux hommes qui se renvoient la responsabilité de la chute, chacun décrivant l’autre comme le manipulateur décisif. Le titre est juste. Même les grands manipulateurs se font manipuler. Toute la grisaille du dossier est là. Chacun se dit pris dans le jeu de l’autre. Chacun se présente moins comme sujet que comme proie. Et pourtant, à la fin, les faits demeurent. Cette circulation de l’emprise ne dissout pas la responsabilité. Elle la rend seulement plus sinistre encore.

Puis viennent les 14 et 15 avril, et avec eux une nécessité plus haute

Dans nos colonnes, l’entretien avec Alain Juillet replace le dossier sous le signe du discernement. C’est le mot juste. Depuis le début de cette affaire, nous voyons ce qui arrive lorsque le discernement cède, lorsque des hommes fascinés par le secret, l’autorité ou l’entre-soi cessent de distinguer le service de la manipulation, l’obéissance de l’abdication, la fraternité de l’allégeance.

L’édito de Christian Roblin pousse encore plus loin cette vérité en parlant d’un athanor qui change l’or en plombs. Le titre dit tout. Le symbole est retourné. Le lieu supposé de la transmutation devient l’atelier de l’abaissement.

France Inter, le 15 avril, retrouve elle aussi ce point de rupture avec une formule appelée à rester. « Le château de cartes s’est effondré »

Ce n’est pas seulement le château des faux récits. C’est aussi celui de tous ceux qui avaient besoin de croire à une mission supérieure pour ne pas voir qu’ils servaient des intérêts privés, des rancunes, des haines ou des cupidités.

Canal+ prolonge cette lecture sous forme documentaire, dans un habillage de thriller judiciaire qui séduira sans doute un large public. Là encore, le danger est double. Rendre l’affaire visible, oui. La transformer en pur objet de fascination, non.

Ce troisième temps de notre revue montre donc une mutation décisive

Athanor n’est plus seulement racontée comme une loge dévoyée ni même comme une cellule criminelle. Elle est devenue un laboratoire de récits contemporains. Il y a le récit judiciaire, lent, rude, patient. Il y a le récit médiatique, qui cherche des figures, des formules, des images. Il y a le récit idéologique, qui attendait depuis longtemps un scandale capable de justifier ses préjugés.

Et il y a, pour la franc-maçonnerie, un autre récit encore, beaucoup plus exigeant. Celui de l’examen intérieur.

Car au fond, la seule question sérieuse n’est pas de savoir si Athanor fera encore vendre du papier, cliquer sur des vidéos ou frissonner les réseaux.

La seule question sérieuse est de savoir si cette affaire servira à mieux comprendre comment des hommes se perdent, comment des structures se laissent détourner, et comment une institution initiatique distingue enfin la fraternité de sa caricature.

L’affaire Athanor n’est pas seulement une descente judiciaire dans la criminalité

Elle est aussi une montée vers une vérité plus inconfortable. Toute structure humaine, dès qu’elle se croit protégée par ses codes, ses rites, ses fidélités ou ses mythes, peut devenir le masque de sa propre corruption. Le plus dangereux n’est jamais le scandale seul. Le plus dangereux est ce moment où le scandale semble confirmer tout ce que les ennemis de la lumière voulaient entendre, pendant que les tièdes préfèrent encore détourner les yeux.

Cette semaine, Athanor n’a pas seulement montré des coupables présumés, des remords et des manipulations

Elle a rappelé à chacun qu’une fraternité qui ne cultive plus le discernement cesse d’élever. Et qu’alors, ce ne sont plus les métaux qu’on laisse à la porte du Temple, mais l’exigence elle-même.

Revue de presse hebdo – N°3.

LIENS et PARUTIONS À RETENIR

8 avril 2026 – Ouest-France / Novo19
« VIDÉO. Francs-maçons, faux agents secrets, tueurs à gage la folle histoire d’Athanor »
Présentation brève : Format de synthèse au ton très narratif, qui condense l’affaire en polar judiciaire à haute intensité et confirme sa circulation dans les formats vidéo grand public. Lien : https://www.ouest-france.fr/medias/novo19/video-francs-macons-faux-agents-secrets-tueurs-a-gage-la-folle-histoire-d-athanor-8f6c5c92-5aa3-4826-b423-319db8f24433

9 avril 2026 – France 3 Régions
« Procès “des barbouzes” de la loge maçonnique Athanor “Je suis écrasée par le poids du remords et de la honte” »
Présentation brève : Le média revient sur le volet Hassan Touzani et sur l’audition de l’ancienne dirigeante d’entreprise, en mettant au premier plan remords, honte, burn-out invoqué et emprise alléguée. Lien : https://france3-regions.franceinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/ain/proces-des-barbouzes-de-la-loge-maconnique-athanor-je-suis-ecrasee-par-le-poids-du-remords-et-de-la-honte-3332309.html

11 avril 2026 – Mediapart
« Procès Athanor itinéraire d’un journaliste devenu “commercial” d’une officine de tueurs »
Présentation brève : Mediapart s’attache à Frédéric Vaglio et raconte une bascule vers l’illégalité au croisement du journalisme, de la loge et de la fréquentation d’un ancien agent du renseignement. Lien : https://www.mediapart.fr/journal/france/110426/proces-athanor-itineraire-d-un-journaliste-devenu-commercial-d-une-officine-de-tueurs

— 11 avril 2026 — Unser Mitteleuropa / DepuisELA
« Un réseau franc-maçon jugé pour meurtre et assassinat »
Présentation brève : Reprise européenne très accusatoire, centrée sur l’idée d’un réseau maçonnique criminel et sur les principaux noms déjà installés dans le récit médiatique.
Lien :https://www.unser-mitteleuropa.com/195010

Illustration article Rezo Nodwes

12 avril 2026 – Rezo Nodwes
« France | Procès Athanor une loge maçonnique au cœur d’un système criminel présumé »
Présentation brève : Une reprise plus dépouillée, qui résume l’architecture du dossier en insistant sur la loge dissoute, le système criminel présumé et le volume des faits reprochés.
Lien : https://rezonodwes.com/2026/04/france-proces-athanor-une-loge-maconnique-au-coeur-dun-systeme-criminel-presume/

12 avril 2026 – La Presse (Canada)
« Une loge maçonnique transformée en officine criminelle »
Présentation brève : Le quotidien canadien propose un “Courrier de France” très lisible, où l’affaire est racontée comme un mélange saisissant de société secrète, de tueurs et de services secrets dévoyés.
Lien : https://www.lapresse.ca/international/europe/2026-04-12/courrier-de-france/une-loge-maconnique-transformee-en-officine-criminelle.php

12 avril 2026 – Le Figaro
« Même les grands manipulateurs se font manipuler au procès Athanor, le duel des frères francs-maçons au cœur de l’engrenage fatal »
Présentation brève : Le Figaro centre son récit sur le duel Beaulieu-Vaglio et sur la mécanique d’emprise réciproque qui aurait nourri la chute criminelle.
Lien : https://www.lefigaro.fr/faits-divers/meme-les-grands-manipulateurs-se-font-manipuler-au-proces-athanor-le-duel-des-freres-francs-macons-au-coeur-de-l-engrenage-fatal-20260412

13 avril 2026 – DHnet Belgique
« Affaire “Athanor” une ancienne loge maçonnique transformée en organisation criminelle »
Présentation brève : Relais belge qui reprend la grille du réseau criminel structuré, dans une formulation compacte et très accusatoire.
Lien : https://www.dhnet.be/actu/monde/2026/04/13/affaire-athanor-une-ancienne-loge-maconnique-transformee-en-organisation-criminelle-LOO4SZ3F7VHVNA4M4KL37M5QDA/

Alain Juillet

14 avril 2026 – 450.fm
« AFFAIRE ATHANOR – EXCLUSIF Entretien avec Alain Juillet, fondateur de la GL-AMF et ex-directeur du Renseignement de la DGSE »
Présentation brève
Une prise de hauteur fondée sur le discernement, la vigilance éthique et la responsabilité initiatique, loin du seul sensationnalisme judiciaire.
Lien : https://450.fm/2026/04/14/athanor-lepreuve-du-discernement-entretien-avec-notre-tres-cher-frere-alain-juillet/

15 avril 2026 –  France Inter
« Le château de cartes s’est effondré au procès Athanor, un tueur à gage sous influence d’un ancien espion »
Présentation brève : France Inter met l’accent sur Sébastien Leroy et sur l’effondrement progressif de la fiction de missions d’État qui couvrait les contrats criminels.
Lien : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-info-de-france-inter/le-chateau-de-cartes-s-est-effondre-au-proces-athanor-un-tueur-a-gage-sous-influence-d-un-ancien-espion-1812018

15 avril 2026 – Canal+
« ATHANOR AGENTS, SECRETS ET MANIPULATIONS, plongée dans une affaire digne d’un thriller »
Présentation brève : Habillage documentaire qui pousse au maximum la dimension thriller du dossier, autour des faux agents, des manipulations et de la frontière brouillée entre fantasme d’espionnage et réalité judiciaire.
Lien : https://www.canalplus.com/articles/documentaire/athanor-agents-secrets-et-manipulations-plongee-dans-une-affaire-digne-d-un-thriller

15 avril 2026 – 450.fm
« Un athanor qui change l’or en plombs… »
Présentation brève : L’édito de Christian Roblin donne une portée symbolique forte à l’affaire en montrant l’inversion tragique de l’imaginaire alchimique attaché au nom même d’Athanor.
Lien :https://450.fm/2026/04/15/un-athanor-qui-change-lor-en-plombs/

7 avril 2026 – Wolnomularstwo.pl (Pologne)
« Proces byłych członków francuskiej loży Athanor »
Présentation brève : Reprise polonaise du dossier, intéressante parce qu’elle assume vouloir montrer non seulement les réussites mais aussi les déformations du fait maçonnique. Lien : https://wolnomularstwo.pl/2026/04/07/proces-bylych-czlonkow-francuskiej-lozy-athanor/

YouTube / Juste Milieu
« Franc-maçonnerie »
Présentation brève : Contenu de plateforme à manier avec prudence, relevant davantage du commentaire d’ambiance et de la captation polémique que du suivi judiciaire structuré.
Lien : https://www.youtube.com/watch?v=1kyHQwo_DVM

Autres articles de la série

Iran, la blessure et l’espérance d’un siècle

Avec L’Iran face à ses défis, Yves Bomati et Davoud Pahlavi proposent bien davantage qu’un simple retour sur cent années de bouleversements politiques. Leur livre restitue l’épaisseur d’un pays saisi entre modernisation, révolution, théocratie et désir de liberté, en redonnant à l’histoire iranienne sa profondeur humaine, culturelle et spirituelle.

L’Iran a souvent été raconté de l’extérieur, réduit à quelques images commodes, empire déchu, révolution islamique, crise nucléaire, oppression des femmes, affrontement avec l’Occident.

Le grand mérite du livre d’Yves Bomati et de Davoud Pahlavi est précisément de sortir de ces lectures trop courtes.

Leur enquête embrasse un siècle d’histoire sans jamais céder à la facilité. Elle montre un pays travaillé par des tensions profondes, entre aspiration à la souveraineté, désir de justice, volonté de puissance, mémoire blessée et emprise du religieux sur le politique.

Reza Shah, année 30 – Wikipédia

De Reza Shah à Mohammad Reza Pahlavi, les auteurs rappellent comment l’Iran a voulu se reconstruire comme État moderne, centralisé, capable de résister aux ingérences étrangères et de retrouver sa dignité nationale. Mais ils soulignent aussi les limites de cette modernisation conduite d’en haut. Un pays ne se transforme pas durablement par la seule autorité du sommet. Lorsque le pouvoir n’entend plus les attentes profondes de la société, il prépare lui-même la crise qu’il prétend conjurer.

C’est là l’une des clés du basculement de 1979.

Sur ce point, le livre est particulièrement éclairant

La chute de la monarchie n’a pas ouvert sur la liberté espérée. Elle a installé un autre ordre de domination. La République islamique n’est pas seulement décrite comme un régime autoritaire. Elle apparaît comme un système de sacralisation du pouvoir, où la loi religieuse devient instrument de contrôle des consciences, des corps, des paroles et du visible lui-même. Le turban n’a pas libéré ce que le sceptre avait enfermé. Il a imposé une autre clôture, plus intrusive encore parce qu’elle prétend parler au nom du vrai.

Mohammad Reza Pahlavi – Wikipédia

Cette lecture donne toute sa portée au drame iranien contemporain

Le religieux, lorsqu’il devient appareil de surveillance et de répression, cesse d’être un chemin d’élévation pour devenir une mécanique d’enfermement. L’ouvrage le montre avec sobriété, sans outrance démonstrative, mais avec une grande netteté. C’est ce qui lui donne sa force. Il ne s’agit pas d’un pamphlet, mais d’un livre d’histoire qui éclaire la manière dont une légitimité spirituelle peut être captée, dévoyée et transformée en outil de domination.

Dans cette perspective, les figures de Mahsa Jina Amini et d’Ahou Daryaei prennent une dimension qui dépasse l’actualité immédiate

À travers elles, le corps féminin devient le lieu le plus exposé de la vérité politique iranienne. C’est sur lui que la théocratie veut inscrire sa loi. C’est aussi par lui que resurgit la contestation la plus nue. Le refus de plier redevient alors un geste fondamental. Exister, apparaître, se tenir debout, devient déjà résister.

L’autre intérêt majeur du livre tient à la rencontre de deux voix

Yves Bomati apporte la solidité de l’historien, nourri par une longue fréquentation des profondeurs persanes et des articulations entre croyance, pouvoir et violence. Davoud Pahlavi, petit-neveu du dernier shah, introduit quant à lui une mémoire incarnée, marquée par l’exil, la perte et la fidélité. Cette présence ne réduit jamais le livre à la nostalgie dynastique. Elle lui donne au contraire une chair supplémentaire. Grâce à elle, l’histoire retrouve des visages, des blessures et des continuités intimes.

Peu à peu, l’Iran apparaît comme une nation dispersée mais non anéantie

Sous les ruptures, les censures et les confiscations, quelque chose demeure. Une mémoire, une jeunesse, une réserve de relèvement, une fidélité plus ancienne que les régimes eux-mêmes. C’est sans doute ce que le livre saisit le mieux. Il ne referme pas la blessure iranienne. Il en restitue la profondeur tragique, sans jamais exclure l’hypothèse d’un avenir.

Yves-Bomati
Yves-Bomati

Yves Bomati et Davoud Pahlavi signent ainsi un ouvrage dense, clair et habité, qui aide à comprendre pourquoi l’Iran demeure l’un des grands nœuds du monde contemporain. Plus qu’une synthèse historique, c’est une lecture de la longue durée d’une civilisation qui cherche encore sa forme juste. Un livre utile, grave et souvent poignant, qui rappelle qu’au cœur même de la nuit iranienne, une lumière n’a peut-être pas cessé de veiller.

L’Iran face à ses défis – 1925-2025, un siècle d’histoire sous tension
Yves Bomati et Davoud Pahlavi – Armand Colin, 2026, 368 pages, 23,90 €

L’Iran face à ses défis – 1925-2025 : un siècle d’histoire sous tension

Yves Bomati Davoud Pahlavi – Armand Colin, 2026, 368 pages, 23,90 €

L’éditeur, le SITE

Les Francs-maçons en Russie : Le Grand Maître Andrei Bogdanov lève le voile

De notre confrère ura.news

Le 10 avril 2026, l’agence d’information russe URA.RU publiait une interview exclusive qui a fait le tour des réseaux sociaux et des médias russes : Andrei Bogdanov, Grand Maître de la Grande Loge de Russie (Velikaya Lozha Rossii), a accepté de parler publiquement des frères maçons présents à Ekaterinbourg, dans l’Oural. Intitulée « Le principal maçon de Russie Bogdanov a parlé de ses frères à Ekaterinbourg », l’enquête révèle l’existence de deux loges régulières actives depuis une dizaine d’années dans la capitale de la région de Sverdlovsk, comptant des dizaines de membres issus des élites locales : hauts fonctionnaires, entrepreneurs, universitaires, avocats et figures culturelles.

Les Francs-maçons en Russie : Le Grand Maître Andrei Bogdanov lève le voile

Cette déclaration, rare dans un pays où la franc-maçonnerie reste souvent discrète, intervient quelques jours seulement après un événement qui a beaucoup fait parler : un rituel d’initiation secret tenu à Ekaterinbourg, immortalisé par une photo publiée sur le groupe VKontakte de la communauté maçonnique. Sur l’image, sept personnes posent avec les attributs traditionnels (tabliers, colonnes, équerre et compas), visages cachés. Certains internautes y ont vu un canular du 1er avril ; les membres du groupe ont immédiatement démenti. Ce cliché, loin d’être anecdotique, est devenu le symbole d’une franc-maçonnerie russe qui, sans chercher le scandale, refuse désormais de rester totalement dans l’ombre.

Qui est Andrei Bogdanov, le « principal maçon de Russie » ?

archives personnelles d'Andrey Bogdanov
archives personnelles d’Andrey Bogdanov

Andrei Vladimirovich Bogdanov n’est pas un inconnu du paysage politique russe. Né en 1970, il est politologue de formation, candidat à l’élection présidentielle de 2008 (il avait recueilli environ 1,3 % des voix), et surtout, depuis plusieurs années, Grand Maître de la Grande Loge de Russie. Cette obédience, fondée en 1995 après la chute de l’URSS, est la principale structure maçonnique régulière du pays, reconnue internationalement par la Grande Loge Unie d’Angleterre.

Dans l’interview accordée à URA.RU le 10 avril 2026, Bogdanov s’exprime avec franchise et pédagogie. Il assume pleinement son rôle public : « Je suis maçon, je suis Grand Maître », déclare-t-il, soulignant que 70 % des maçons russes ne cachent plus leur appartenance. Seuls 30 % choisissent encore la discrétion, notamment à Ekaterinbourg. Il refuse toute condamnation de cette attitude :

« Nous ne les jugerons pas. En maçonnerie, il existe un droit : si un maçon n’a pas lui-même révélé son nom, aucun autre maçon ne peut le faire à sa place. »

La franc-maçonnerie à Ekaterinbourg : une présence discrète mais bien réelle

Les Francs-maçons en Russie : Le Grand Maître Andrei Bogdanov lève le voile
Page instagram de la Grande Loge de Russie

Selon les chiffres fournis par Bogdanov, deux loges régulières opèrent à Ekaterinbourg depuis environ dix ans :

  • Loge « Kamennoy Poyas » (Ceinture de Pierre) n° 31
  • Loge « P.P. Demidov » n° 43

Ces loges ne se distinguent ni par leur philosophie ni par leur rituel : elles suivent strictement la tradition régulière de la Grande Loge de Russie. Leurs membres ? Des profils très variés mais tous dotés d’un haut niveau d’études : hommes d’affaires, avocats, enseignants d’université, anciens députés, responsables politiques et artistes. « Ce sont des gens absolument différents », insiste Bogdanov. Et quand le journaliste lui demande si ces personnes sont connues des habitants de Sverdlovsk et de Russie, la réponse est claire : « Oui ».

Cette révélation a surpris beaucoup d’observateurs. L’Oural, région industrielle et stratégique de Russie, n’était pas jusqu’ici considéré comme un haut lieu maçonnique. Pourtant, la présence y est ancienne et structurée.

Chiffres nationaux : une franc-maçonnerie russe modeste mais organisée

Les Francs-maçons en Russie : Le Grand Maître Andrei Bogdanov lève le voile

Bogdanov livre des statistiques précises et rares :

  • 56 loges au total en Russie (dont 28 à Moscou).
  • Plus de 1 300 maçons actifs sur l’ensemble du territoire.

Ces chiffres placent la franc-maçonnerie russe dans une position relativement modeste comparée aux grandes obédiences occidentales (Grande Loge Unie d’Angleterre : plus de 200 000 membres ; Grand Orient de France : environ 50 000). Mais elle est en pleine reconstruction après des décennies de répression soviétique.

Pourquoi tant de maçons russes restent-ils dans l’ombre ?

Bogdanov l’explique sans détour : l’image ambivalente de la franc-maçonnerie dans l’opinion publique. Une partie de la société russe associe encore la maçonnerie à des théories du complot, à des influences occultes ou à des réseaux d’influence occultes.

« Beaucoup de personnes, même hautement diplômées, ne comprennent pas ce qu’est un maçon. Elles lisent des contes sans sources et attribuent à la maçonnerie des choses incompréhensibles »

regrette-t-il. Lui-même, formé à l’époque soviétique, plaide pour une approche rationnelle : « On m’a appris à étudier les sources primaires. »

Cette méfiance historique s’explique par le passé : interdite sous les tsars à certaines époques, totalement réprimée pendant l’URSS (considérée comme bourgeoise et cosmopolite), la franc-maçonnerie n’a vraiment refait surface qu’après 1991.

La philosophie maçonnique selon le Grand Maître

Les Francs-maçons en Russie : Le Grand Maître Andrei Bogdanov lève le voile
Antimaçonnisme en Russie – Société secrète

Pour Bogdanov, l’essence du maçonnisme est simple et positive :
« La mission principale d’un maçon est de faire de l’homme bon un homme encore meilleur et de construire un temple dans son âme. » Cette démarche individuelle profite à la société tout entière :

  • Auto-éducation permanente
  • Spiritualité
  • Charité (l’un des piliers du maçonnisme)

« La société n’a jamais souffert d’avoir un homme de plus qui porte la spiritualité et qui s’instruit toute sa vie. Est-ce mal pour la société si les gens font de la bienfaisance ? » Point crucial : dans la maçonnerie régulière russe, la religion et la politique sont strictement interdites de discussion en loge. Cela distingue nettement la Grande Loge de Russie des obédiences libérales plus politisées.

Conditions d’admission : une élite masculine et croyante

Les Francs-maçons en Russie : Le Grand Maître Andrei Bogdanov lève le voile
La page Instagram de la Grande Loge de Russie

Pour devenir maçon en Russie aujourd’hui, il faut :

  • Être un homme de plus de 21 ans
  • Posséder un diplôme d’enseignement supérieur
  • Avoir des mœurs libres et bonnes
  • Croire en un Dieu unique (peu importe la confession)

La majorité des maçons russes sont orthodoxes, mais on trouve également des musulmans et des juifs. Cette exigence de foi monothéiste est un marqueur de la régularité maçonnique.

La franc-maçonnerie dans l’Oural : au-delà d’Ekaterinbourg

Bogdanov dresse une carte précise de la présence maçonnique dans le Grand Oural :

  • Ekaterinbourg : 2 loges (déjà citées)
  • Tioumen : Loge « Antares » n° 62
  • Perm : Loge « Zolotoy Klyuch » (Clé d’Or) n° 44

À Tcheliabinsk, des frères existent, une loge a même été envisagée, mais elle n’a pas encore vu le jour faute d’atteindre le quorum minimum de sept Maîtres. Bogdanov espère une création dans les un à deux ans à venir.D’autres événements récents confirment le dynamisme de la maçonnerie dans la région : préparation du 300e anniversaire de Perm avec une participation maçonnique, ou encore une grande réunion internationale prévue à Perm.

Une franc-maçonnerie russe qui sort progressivement de l’ombre

Place Rouge Moscou Russie
Place Rouge – Saint Basile – Crédit photo : Christophe Meneboeuf

L’interview d’Andrei Bogdanov du 10 avril 2026 marque un tournant. Pour la première fois depuis longtemps, le plus haut responsable maçonnique russe parle ouvertement d’une implantation concrète dans une grande ville de province, cite des chiffres, explique les règles de confidentialité et défend l’utilité sociale de l’institution. Loin des fantasmes complotistes, la réalité qui émerge est celle d’une fraternité discrète, composée d’hommes éduqués qui cherchent avant tout l’amélioration personnelle et la charité.

Dans une Russie où la spiritualité et les valeurs traditionnelles sont remises au centre du discours officiel, cette franc-maçonnerie régulière, attachée à la foi en un Dieu unique et au silence sur la politique, semble trouver un espace légitime.

L’initiative d’Ekaterinbourg, avec son rituel d’initiation photographié et partagé, n’est peut-être pas un hasard. Elle signe peut-être le début d’une nouvelle ère : celle où les francs-maçons russes, sans renier leur discrétion traditionnelle, acceptent de se montrer « tels qu’ils sont » – ni conspirateurs, ni fantômes, simplement des hommes qui bâtissent, pierre après pierre, le temple intérieur.L’article d’URA.

RU du 10 avril 2026 restera sans doute comme un document historique : le jour où le principal maçon de Russie a décidé de parler de ses frères d’Ekaterinbourg… et de rappeler au monde que, en 2026, la franc-maçonnerie russe est bien vivante, bien structurée, et surtout bien loin des légendes qui l’entourent encore.

À lire aussi sur 450.fm

Les Francs-maçons contrôlent-ils Internet en 2026 ?

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La vérité derrière les algorithmes, les fake news et les loges numériques

En 2026, la question continue de faire le buzz sur les réseaux sociaux, les forums complotistes et certains canaux YouTube : les francs-maçons contrôlent-ils Internet ? Derrière les algorithmes de Google, Meta ou X, y aurait-il un « maillet invisible » ? Les fake news antimaçonniques seraient-elles orchestrées ou, au contraire, amplifiées par ces mêmes plateformes ? Et que dire des « loges numériques » qui pullulent depuis les années 2000 ?

La réponse est claire, chiffrée et documentée : non, la Franc-Maçonnerie ne contrôle pas Internet. Elle n’en a ni les moyens, ni la volonté, ni la structure. Avec 2,5 à 4 millions de membres dans le monde (dont environ 180 000 en France), elle représente une infime fraction de l’humanité connectée (moins de 0,05% de la population mondiale). Aucune obédience ne possède d’action dans les GAFAM, aucun grand maître n’est assis au conseil d’administration de Google, Meta, Amazon ou Apple. Pourtant, le mythe persiste, nourri par des siècles de fantasmes antimaçonniques et amplifié par les algorithmes eux-mêmes.

Il faut d’abord rappeler une évidence technique et institutionnelle

Internet n’est pas une pyramide gouvernée depuis un centre unique. C’est un réseau de réseaux, structuré par une gouvernance multiacteurs, où interviennent à des niveaux différents opérateurs, fournisseurs d’infrastructure, organismes techniques, plateformes, États et régulateurs. L’Internet Society résume cela d’une formule éclairante. Personne ne dirige seul Internet. Quant à l’ICANN, elle coordonne certains identifiants essentiels dans un modèle justement conçu pour éviter qu’un acteur unique ne puisse dominer l’ensemble.

Le mythe du « contrôle maçonnique »

Une vieille rhétorique modernisée

Augustin Barruel en 1798 lance les théories du complot Illuminati.
Augustin Barruel en 1798 lance les théories du complot Illuminati.

Le complot « judéo-maçonnique » ou « maçonnique mondial » n’est pas né avec Internet. Il remonte aux pamphlets du XVIIIᵉ siècle (Barruel, 1797) et aux Protocoles des Sages de Sion (faux de 1903). En 2026, il se recycle sur les réseaux : « les algorithmes sont maçonniques », « les fake news servent les loges », « les GAFAM sont infiltrés ».

Les faits contredisent cette thèse. Selon des études sur la désinformation (Diploweb, 2024), les théories du complot visant les francs-maçons sont amplifiées par les algorithmes de recommandation, non créées par eux. Un article de La Dépêche (juin 2025) note que « les fake news visant la franc-maçonnerie sont redoublées à notre époque par les réseaux sociaux, les algorithmes de la peur et l’accélération des discours conspirationnistes ». Les maçons sont victimes, pas acteurs.

Ce que les plateformes optimisent n’est pas une doctrine maçonnique, mais l’attention

Les contenus qui choquent, inquiètent, indignent ou promettent une révélation secrète bénéficient d’un avantage structurel dans les logiques de circulation numérique. En France, le Baromètre du numérique 2026 indique que 70 % des Français présents sur les réseaux sociaux ont déjà été confrontés à des contenus relayant des contre-vérités ou des fausses informations. L’Arcom observe de son côté que 97 % des Français déclarent être exposés à des fausses informations, et 70 % au moins une fois par semaine.

Chiffres clés

Une Franc-Maçonnerie numériquement marginalisée

Freemasons' Hall de Londres, Grande Loge Unie d’Angleterre, Londres
Freemasons’ Hall de Londres, Grande Loge Unie d’Angleterre, Londres

Effectifs mondiaux : Autour de 2 millions de membres (frères et sœurs). La Grande Loge d’Angleterre (UGLE) – 175 000 membres en Angleterre et au pays de Galles – et les obédiences régulières représentent environ 90 % des effectifs « réguliers ». Aucune statistique officielle n’existe, mais les estimations convergent (sources : Rite Écossais Rectifié, Wikipedia 2026, GLNF).

En France : Environ 180 000 francs-maçons. Grand Orient de France (GODF) : 54 000 à 56 000 membres et 1 045 loges (2026). Grande Loge de France (GLDF) : 31 000. Le Droit Humain (Fédération française) : plus de 15 000. La maçonnerie libérale domine (80 % des effectifs français).

Les Francs-maçons contrôlent-ils Internet en 2026 ?

Présence numérique : En 2005, une étude relevait déjà 132 000 résultats Google pour « franc-maçonnerie » (hausse de 196 % en un an). En 2026, les sites officiels des obédiences (GODF, GLDF, etc.) et les blogs maçonniques se comptent par milliers, mais restent confidentiels. Aucune obédience ne figure parmi les 1000 sites les plus visités au monde. Ces chiffres montrent une réalité : la Franc-Maçonnerie est visible sur le web, mais pas dominante. Elle représente une goutte d’eau face aux 6 milliards d’internautes.

Les « loges numériques »

Adaptation, pas domination

La Franc-Maçonnerie s’est bel et bien numérisée, mais pour survivre et transmettre, pas pour contrôler.

Internet Lodge No. 9659 (UGLE, créée en 1998) : Plus grande loge d’Angleterre avec plus de 600 membres issus de dizaines de pays, dont la France. Elle organise des rencontres virtuelles toutes les semaines et physiques (4 fois par an et à chaque fois dans un pays différent). Frais d’adhésion : 50 £ + cotisation annuelle 120 £.

Le numérique ne signifie d’ailleurs pas dissolution du cadre rituel. L’Internet Lodge No. 9659 explique que ses réunions formelles, cérémonies et travaux administratifs se tiennent en personne, tandis que la continuité fraternelle et les échanges ordinaires se prolongent en ligne. Autrement dit, le numérique sert ici d’interface, non de substitut absolu au temple.

DigitalFreemasons.org : Plateforme américaine visant à « revitaliser l’adhésion par des outils numériques ».

Applications : « My Lodge » (iOS/Android, sécurisée par cryptage) permet la gestion des loges. Virtual Freemasonry propose une gestion complète en ligne. En France, en janvier 2026, des obédiences organisent des conférences sur l’IA et la transformation numérique. L’article « Franc-maçonnerie et Internet en 2026 : la question n’est plus compatible mais habitable » (450.fm) constate que « la Loge est déjà numérique, même quand elle prétend ne pas l’être ».

SecGPT : Outil d’IA lancé par la Province maçonnique de Middlesex (Angleterre, 2025) pour gérer les tâches administratives et former les membres au numérique, sans viser une domination.

Ces outils servent à maintenir le lien (convocations, archives, débats internes), pas à influencer les algorithmes mondiaux.

Algorithmes et fake news

Qui contrôle vraiment ?

Aucun dirigeant de Big Tech n’est publiquement franc-maçon. Aucune source crédible (Quora, enquêtes journalistiques 2026) ne documente une « influence maçonnique » à Google, Meta, Amazon ou Apple. Les GAFAM sont dominés par des actionnaires institutionnels (Vanguard, BlackRock) et des fondateurs laïcs (Zuckerberg, Page, Brin, Bezos, Cook).

Les algorithmes amplifient les théories du complot maçonnique plutôt qu’ils ne les servent. Le Baromètre du numérique 2026 (ARCEP/CREDOC) montre que 70% des Français sur les réseaux ont été exposés à des fake news, dont beaucoup visent les « élites maçonniques ». Les algorithmes de recommandation (basés sur engagement émotionnel) favorisent le sensationnalisme, pas un agenda maçonnique.

Absence totale de preuves de contrôle dans la Tech

Aucune étude sérieuse ne mentionne de maçons influents aux commandes des algorithmes. Les recherches sur « Freemasons in Silicon Valley » aboutissent à des réponses culturelles générales : la maçonnerie a influencé la culture occidentale, point final. Aucun CEO, CTO ou membre du board des GAFAM n’est identifié comme franc-maçon actif.

En 2026, la Franc-maçonnerie discute plutôt de l’IA comme outil fraternel (conférences GODF sur « Technologies de l’Intelligence Artificielle et Contrat Social ») ou du métavers pour des loges virtuelles sécurisées, sans ambition de contrôle global.

La puissance du récit complotiste tient enfin à une inversion de la preuve

L’absence de trace y devient la preuve suprême de la dissimulation. Plus rien n’a besoin d’être démontré, puisque tout silence peut être présenté comme l’indice d’un secret. Les francs-maçons offrent, pour cet imaginaire, une cible idéale. Ils associent discrétion, symboles, transmission et sociabilité. Ce qui relève d’une méthode initiatique devient alors, dans le regard soupçonneux, l’esquisse d’un gouvernement occulte.

Conclusion

Une Franc-Maçonnerie 2.0 qui s’adapte, pas qui domine

En 2026, la Franc-Maçonnerie n’est pas aux commandes d’Internet. Elle demeure un acteur discret du numérique, à travers des loges virtuelles, des sites officiels, des débats en ligne et une réflexion croissante sur l’intelligence artificielle. Avec quelques millions de membres à l’échelle d’une humanité massivement connectée, elle reste sans commune mesure avec les géants du web. Le mythe du contrôle maçonnique sert surtout à nourrir des vidéos sensationnalistes, à flatter l’imaginaire complotiste ou à réactiver de vieilles peurs sous des formes nouvelles.

Le compas ne pilote ni Google, ni Meta, ni les moteurs de recommandation. Ce qu’il désigne, c’est une méthode de mesure intérieure. Ce ne sont pas les loges qui gouvernent Internet, mais des architectures techniques, des intérêts économiques, des politiques de modération et des dynamiques d’attention. La Franc-Maçonnerie n’y règne pas. Elle y cherche seulement, comme ailleurs, un espace habitable pour transmettre, travailler et penser à voix mesurée dans un monde saturé de bruit.

Sources : GLDF, GODF, UGLE Internet Lodge, Baromètre du numérique ARCEP 2026, études sur la Franc-maçonnerie numérique, Diploweb. Les faits sont têtus : Internet appartient aux GAFAM et aux algorithmes, pas au compas et à l’équerre.

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Le cinéma antimaçonnique de propagande a forgé nos esprits… comment Hollywood continue ?

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Le cinéma est généralement utilisé pour forger la pensée. Il crée ainsi une propagande au service du « maître » – qu’il s’agisse d’un État, d’une idéologie ou d’une puissance impériale. En matière de maçonnerie, le meilleur exemple reste Forces occultes (1943), ce film de propagande vichyste et nazie qui a servi à diaboliser la Franc-Maçonnerie pendant l’Occupation. Mais le phénomène dépasse largement ce cas français. Depuis la création de Hollywood, les États-Unis ont systématiquement utilisé le 7e art comme une usine à fabriquer l’ennemi, légitimant conquêtes coloniales, guerres et hégémonie mondiale.

M. Pierre Conesa

Pierre Conesa, ancien haut fonctionnaire au ministère de la Défense et spécialiste des questions stratégiques, a décortiqué ce mécanisme dans son ouvrage Hollywood, arme de propagande massive (Robert Laffont). Son analyse, tirée d’une longue interview sur France Culture, révèle comment le cinéma américain a forgé une vision du monde binaire – le Bien contre le Mal – qui a modelé l’opinion publique mondiale pendant plus d’un siècle.

Forces occultes (1943) : le cas emblématique de la propagande antimaçonnique.

Produit en pleine Occupation, ce moyen-métrage français de 43 minutes est le seul film de propagande explicitement antimaçonnique commandité par un État en Europe occidentale pendant la Seconde Guerre mondiale.

Après la loi du 13 août 1940 du régime de Vichy interdisant les sociétés secrètes, Bernard Faÿ (administrateur du Grand Orient de France dissous et fervent antimaçon) impulse la production. Le film est commandé par la Propaganda Abteilung (délégation nazie en France occupée).

Jean Mamy dans Comœdia du 3 avril 1922

Réalisé par Jean Mamy (alias Paul Riche), ancien franc-maçon passé à la collaboration et agent de la Gestapo, avec un scénario de Jean Marquès-Rivière (lui aussi ex-maçon reconverti au Parti populaire français de Jacques Doriot), le film suit un jeune député ambitieux qui rejoint le Grand Orient de France pour faire carrière. Il découvre que la Franc-Maçonnerie, alliée aux Juifs et aux puissances anglo-américaines, complote pour pousser la France à la guerre contre l’Allemagne.Le film montre des scènes d’initiation (tournées au Palais-Bourbon et au siège du GODF, rue Cadet) présentées comme des rites sataniques et manipulateurs. Il mêle antimaçonnisme, antisémitisme et antiparlementarisme. Sorti le 9 mars 1943 à Paris, il est présenté comme un « document de vulgarisation sur une question d’intérêt national ».

M. Marquès-Rivière pendant son allocution. » (Présentation du film Forces occultes le 9 mars 1943).

Après la Libération, les auteurs sont lourdement sanctionnés : Jean Mamy est exécuté en 1949, Jean Marquès-Rivière fusillé en 1945. Pourtant, le film, malgré sa très mauvaise qualité cinématographique, connaît une seconde vie dans les milieux conspirationnistes et antimaçonniques contemporains, où il est souvent présenté comme un « documentaire ».

C’est l’exemple parfait d’un État utilisant le 7e art pour justifier la répression (arrestations, internements, spoliations de biens maçonniques) en accusant la Franc-Maçonnerie d’avoir causé la défaite de 1940. Le cinéma ne se contente pas de refléter une opinion : il la fabrique pour légitimer la violence d’État.

La fabrique de l’ennemi par Hollywood : la même mécanique à l’échelle mondiale

Depuis le début du XXe siècle, les États-Unis font exactement la même chose avec toutes les minorités pour justifier leurs conquêtes coloniales et leur hégémonie. Pierre Conesa, dans son livre Holy Wars et dans une longue interview sur France Culture, analyse ce vaste catalogue de films américains comme une « usine à représentation » qui a forgé l’opinion publique en inscrivant le monde dans un axe du Bien et du Mal dessiné par Washington.

« Si on avait une espèce de comparaison historique, j’ai l’impression de me trouver dans la situation de Martin Luther quand il critiquait les indulgences »

explique Conesa. Il compare Hollywood à la papauté : une institution qui vend une vision du monde et qui rapporte énormément d’argent.

Le cinéma américain n’est pas seulement artistique : c’est une propagande commerciale et politique masquée. Contrairement aux films soviétiques ou asiatiques, où la propagande est démonstrative, Hollywood légitime le héros jacksonien – l’individu seul contre le système qui finit toujours par avoir raison.

Conesa insiste sur un chiffre frappant : il y a eu 2 700 westerns. Dans la masse, « l’Indien est rarement le gentil, le cow-boy le méchant ». Cette mécanique a légitimé un génocide aux yeux de plusieurs générations d’Américains : « De ma génération, je ne pouvais être que le cow-boy, je ne pouvais pas être l’Indien. »

Comment Hollywood forge l’ennemi successif

Le processus est systématique et commercial. Le producteur sait ce que le public attend : l’autre ne peut être qu’un envieux, un criminel, un porteur de vice, car « on vit dans le meilleur système du monde ».

  • Les Noirs : stéréotypés comme serviteurs ou criminels pendant des décennies.
  • Les Indiens : sauvages sanguinaires justifiant la conquête de l’Ouest.
  • Les Mexicains : bandits rasés de près, ricanant, avec leur « bomba latina » pour contourner la censure morale.
  • Les communistes : ennemis de la liberté.
  • Les Arabo-musulmans : terroristes irano-islamistes qui font aujourd’hui peur au monde entier.
  • Les Français : collabos dans Casablanca, ou Français bashing post-2003 (Irak) où les acteurs français se voient proposer uniquement des rôles de méchants.

Conesa note que cette propagande a été pensée dès les années 1920-1930, mais elle s’est internationalisée avec les accords Blum-Byrnes de 1946 : la France, ruinée, ouvre son marché aux films américains en échange d’un prêt. Résultat : un sondage montre qu’en 1945 les Français pensaient que l’URSS avait le plus contribué à la défaite de l’Allemagne (60 %). Aujourd’hui, c’est les États-Unis (60 %). Le soft power a réécrit l’Histoire.

Même les défaites américaines sont réécrites : les films sur le Vietnam montrent la souffrance du soldat américain, jamais la légitimité de la lutte vietnamienne. Rambo repart au Vietnam pour libérer des prisonniers imaginaires et tue des dizaines d’ennemis. Conesa ironise :

« Imaginez un film où un ancien combattant français retourne en Algérie tuer 76 Algériens… le scandale serait énorme. »

Auto-critique interne et propagande externe

Hollywood excelle dans l’auto-critique du système américain… mais jamais dans sa relation à l’autre. Les films critiques sur le Vietnam ou l’Irak (American Sniper) montrent la souffrance du GI, jamais celle de l’ennemi. Les producteurs indépendants (Robert Redford, Marlon Brando) ont parfois porté des contre-récits, mais les « mauvais films » de masse (Chuck Norris, Stallone) restent les plus influents.

Aujourd’hui, des contre-narratifs émergent (Black Panther, films de Spike Lee), mais Conesa reste lucide : le succès se mesure au nombre de spectateurs, pas à la qualité. Les majors continuent de produire la masse qui forge l’opinion.

Le cinéma comme récit national et arme géopolitique

Pour Conesa, le cinéma remplit aux États-Unis le rôle que les manuels d’histoire jouent en France : il construit le récit national. Une société fière de son identité malgré l’esclavage, la ségrégation et le génocide indien trouve dans Hollywood son mythe fondateur – le héros qui porte le Bien universel.

Carl Schmitt l’avait théorisé : le politique définit l’ennemi. Hollywood le fabrique en images. Ce n’est pas un complot centralisé, mais une logique commerciale qui sert parfaitement le pouvoir : « Le producteur sait ce que le public attend. »

Clap de fin : le cinéma, arme de propagande massive

Du Forces occultes de 1943 qui diabolisait la Franc-Maçonnerie pour justifier la répression vichyste, aux milliers de westerns, films de guerre et blockbusters hollywoodiens qui ont successivement désigné l’Indien, le Noir, le communiste, le musulman ou le « Frenchie » comme ennemi, le cinéma de propagande forge nos esprits avec une efficacité redoutable.

Il ne se contente pas de divertir : il légitime la conquête, réécrit l’Histoire et construit une vision binaire du monde au service du « maître » du moment. Comme le dit Pierre Conesa, Hollywood est une « arme de propagande massive » qui a su masquer son caractère propagandiste derrière le glamour et le divertissement.

Aujourd’hui encore, face aux plateformes de streaming et aux séries, la mécanique perdure. Comprendre comment le cinéma fabrique l’ennemi reste donc un impératif démocratique : car celui qui contrôle les images contrôle les esprits. Et l’Histoire nous l’a montré à plusieurs reprises :

quand le 7e art devient l’arme du pouvoir, c’est toute la pensée qui est mise en danger.

Une session conjointe du Rite Écossais Ancien et Accepté réunit plus de 80 frères à Ji-Paraná au Brésil

Les Sœurs ont également tenu une conférence au Club des Acacias, réunissant plus de 50 participantes dans un esprit d’unité et de fraternité maçonnique. « L’œuvre a été conduite par le Puissant Grand Maître Adjoint Celson Cabral, lors d’une cérémonie marquée par une harmonie rituelle et la participation expressive des frères. »

L’Orient de Ji-Paraná (Brésil) a vécu, le 10 avril 2026, un moment de grande importance pour la Franc-maçonnerie avec la tenue d’une session conjointe du Rite Écossais Ancien et Accepté. Quatre loges s’y sont réunies : Segredo e Lealdade, Humanidade e Fraternidade de Rondônia, Acácia de Ouro Preto et Acácia Rondoniense.

La session s’est tenue au Temple de la Loge Humanidade e Fraternidade de Rondônia et a réaffirmé l’unité, l’organisation et la force des Loges maçonniques de l’État. La nomination des officiers s’est déroulée en présence des Vénérables Maîtres des Loges participantes, renforçant ainsi le symbolisme de l’intégration et de la fraternité entre Loges.

Officiers de la session conjointe

  • Premier Surveillant : Vén. M. Juliano Almeida
  • Second Surveillant : Vén. M. Patrick
  • Orateur : Vén. M. Silmar Regis
  • Secrétaire : Vén. M. Shigueyuki Nagatomo

Avec la présence de plus de 80 frères, la session conjointe a démontré la vitalité de la franc-maçonnerie Grand Orient du Brésil dans l’État et la capacité des loges à promouvoir des Tenues d’une grande importance rituelle et fraternelle. L’union entre les Loges a renforcé les liens de l’Ordre, élargi la camaraderie entre les membres et consolidé l’engagement envers les principes du Rite Écossais Ancien et Accepté.

  • Frères réunis : 80+
  • Sœurs participantes : 50+

Un programme parallèle pour les sœurs maçonniques

En parallèle de la session, un programme spécial destiné aux belles-sœurs et aux sœurs maçonniques s’est tenu au Club As Acácias, avec des conférences qui ont réuni plus de 50 participantes. Cette initiative a valorisé la présence de la famille maçonnique et a rendu la rencontre encore plus inclusive, fraternelle et enrichissante.

L’organisation simultanée de ces activités a démontré, une fois de plus, la force de la franc-maçonnerie dans l’État — non seulement dans la préservation de ses rites et traditions, mais aussi dans la promotion de l’intégration entre frères, belles-sœurs et autres membres. Cet événement a clairement illustré l’unité, la participation et le renforcement institutionnel, consolidant le rôle des loges comme références importantes au sein de l’Ordre.

Source : GOB-RO · Rédaction RondôniaMaçônica

« Epistolae » de l’équinoxe : la Franc-maçonnerie, le monde, le voile…

Avec son n°74, la revue de la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra propose un ensemble d’une tenue rare où la réflexion sur la présence mondiale de la franc-maçonnerie répond à une méditation dense sur le voile, ses secrets, ses passages et ses dévoilements successifs.

François Boucq
François Boucq

Servi en première de couverture par un dessin de François Boucq, auteur de bande dessinée distingué par le Grand Prix d’Angoulême en 1998, ce numéro fait dialoguer histoire, intériorité et symbolique avec une véritable exigence initiatique.

Il arrive qu’une revue maçonnique ne se contente pas d’assembler des articles, mais qu’elle compose un climat, presque une chambre intérieure où plusieurs voix, loin de se concurrencer, travaillent une même matière de profondeur.

C’est bien ce qui se produit avec cette livraison d’équinoxe de printemps d’Epistolae Latomorum consacré d’un côté à la franc-maçonnerie dans le monde et de l’autre au voile.

Le rapprochement pouvait sembler d’abord relever d’une construction éditoriale heureuse

« Epistolae » de l’équinoxe : la Franc-maçonnerie, le monde, le voile…

Il apparaît vite qu’il touche à quelque chose de plus essentiel. Car penser la franc-maçonnerie à l’échelle du monde, c’est déjà interroger ce qui demeure identique sous la diversité des formes, ce qui voyage sans se perdre, ce qui se transmet sans jamais se donner tout entier. Et penser le voile, c’est entrer dans la loi même de toute démarche initiatique, celle qui nous enseigne que la vérité n’est jamais livrée d’emblée, qu’elle se mérite, s’approche, se pressent, se reçoit par degrés.

Philippe Cangémi, dans le « Propos du Grand Maître », donne à l’ensemble sa juste orientation

« Epistolae » de l’équinoxe : la Franc-maçonnerie, le monde, le voile…

Il ne s’agit pas seulement de faire vivre une revue obédientielle, mais de porter une voix, de nourrir un espace de culture, de mémoire et d’intelligence initiatique capable de refléter la diversité des sensibilités rituelles sans rien céder sur l’exigence intérieure. Cette parole d’ouverture trouve un écho profond dans l’éditorial de Claude Godard, magnifique par son recentrement. Sous l’invitation à connaître l’univers des hommes et des dieux, il rappelle que l’itinéraire maçonnique n’a de sens qu’à la mesure de la transformation de nous-mêmes. La franc-maçonnerie n’y apparaît pas comme un savoir d’apparat, mais comme une discipline de lucidité, une ascèse de la conscience, une lente conversion du regard.

Le grand dossier trouve sous la plume de Pierre Franceschi une introduction claire, ferme, habitée par le souci de l’ampleur juste

Il ouvre l’espace sans le dissoudre. Il montre que cette présence mondiale de la franc-maçonnerie doit être pensée dans le temps autant que dans l’étendue, dans la pluralité des territoires autant que dans la fidélité à une famille spirituelle. Rien d’abstrait ici. Rien de convenu. L’ensemble est orienté vers une question de fond qui demeure brûlante. Qu’est-ce qui fait qu’une même lumière peut revêtir des accents, des usages, des langues, des histoires si diverses sans perdre son axe de verticalité.

Pierre-Yves Beaurepaire
Pierre-Yves Beaurepaire

À cet égard, le texte de Pierre-Yves Beaurepaire est l’une des grandes réussites du numéro. Historien majeur des sociabilités et des circulations maçonniques à l’époque moderne, il restitue la franc-maçonnerie européenne du siècle des Lumières à l’âge des révolutions dans toute sa mobilité, toute sa complexité, toute son épaisseur humaine. Son apport est précieux parce qu’il ne réduit jamais l’histoire maçonnique à une galerie d’anecdotes ni à une chronique institutionnelle. Il montre des flux, des ports, des correspondances, des déplacements, des réseaux, des tensions religieuses et politiques, des transplantations culturelles. La loge redevient alors ce qu’elle fut si souvent au XVIIIe siècle, non un simple lieu clos, mais un laboratoire de circulation, d’affinage, de reconnaissance mutuelle, parfois aussi de soupçon et de péril. Sous sa plume, l’Europe maçonnique n’est pas une carte immobile. Elle devient une respiration. Elle est traversée par la mer, le commerce, l’exil, la curiosité savante, l’idéal cosmopolite et, bientôt, par les secousses révolutionnaires qui viennent troubler, déplacer ou radicaliser les équilibres anciens.

Ce regard historique trouve un contrepoint singulièrement fécond dans la partie symbolique consacrée au voile

« Epistolae » de l’équinoxe : la Franc-maçonnerie, le monde, le voile…

Jean-Yves Orssaud en donne l’entrée avec une grande justesse. Le voile, rappelle-t-il, n’est pas un motif marginal. Il traverse les existences ordinaires, les démarches psychologiques, les recherches spirituelles, les traditions ésotériques, et bien sûr la franc-maçonnerie elle-même. Il est partout, depuis le bandeau du profane jusqu’aux développements du Rite Écossais Rectifié, des side degrees d’Émulation ou de certains rites égyptiens. Surtout, Jean-Yves Orssaud insiste sur sa nature plurielle. Le voile peut être opacité et obscurité, mais aussi protection, transparence relative, seuil, invitation au franchissement. En quelques lignes, il donne la clef du dossier. Le voile n’est pas seulement ce qui cache. Il est ce qui éduque le regard, ce qui prépare l’être à une lumière qu’il ne pourrait recevoir brutalement sans s’y perdre.

« Epistolae » de l’équinoxe : la Franc-maçonnerie, le monde, le voile…

C’est précisément ce que déploie avec finesse Gilles Calmer dans son étude sur « Les voiles, un grade des side degrees du Rite Émulation, et sur ses rapports avec l’être humain ». Son texte est d’une richesse remarquable parce qu’il ne traite pas le voile comme une curiosité rituelle secondaire, mais comme une véritable anthropologie initiatique. Les trois voiles y deviennent les figures d’un travail intérieur. Le bleu, le pourpre et l’écarlate ne renvoient pas seulement à une progression cérémonielle. Ils dessinent une montée, ou plus exactement une traversée, depuis les premières structures de la conscience jusqu’à un ordre plus subtil de l’être. Gilles Calmer établit des correspondances avec les trois colonnes, avec l’arbre séfirotique, avec les degrés de l’âme, avec les passages bibliques et évangéliques, avec Emmaüs, avec le Saint des Saints, avec cette connaissance voilée qui ne se donne qu’à celui qui accepte d’être transformé par elle. Il y a dans ces pages quelque chose de profondément juste. Le voile n’est pas dénoncé comme obstacle. Il est reconnu comme médiation. Il protège le mystère de notre impatience. Il préserve le sacré de notre avidité. Il oblige l’homme à devenir capable de ce qu’il demande.

L’un des mérites majeurs de cet article tient aussi à la manière dont Gilles Calmer fait du passage à travers les voiles une image du devenir humain lui-même

« Epistolae » de l’équinoxe : la Franc-maçonnerie, le monde, le voile…

L’homme y est montré comme un être pris entre le visible et l’invisible, entre la perception immédiate et une maturation plus haute, entre le désir de comprendre et la nécessité d’être préparé. Ainsi la voie initiatique n’est-elle pas une suppression des voiles, mais leur traversée. Il faut passer, consentir, purifier, ordonner, intérioriser. La conclusion du texte, en revenant à l’arbre de vie, à l’axe central et à cette séfira voilée de la connaissance qui concentre les énergies, donne à l’ensemble sa portée spirituelle la plus haute. Le maçon ne s’accomplit qu’après avoir traversé toutes les étapes de sa maturation. Nous touchons là à une vérité essentielle de toute tradition initiatique digne de ce nom. Rien n’est donné qui n’ait été intérieurement préparé

« Epistolae » de l’équinoxe : la Franc-maçonnerie, le monde, le voile…

Il faut enfin relever ce que la première de couverture apporte silencieusement à l’ensemble. La présence de François Boucq n’est pas anecdotique. Dessinateur au trait souverain, passé de l’illustration de presse à une œuvre de bande dessinée reconnue pour sa puissance graphique, son sens du cadrage et de la mise en scène, il apporte à ce numéro une signature visuelle qui vaut presque profession de foi. Que cet univers du voile et du monde maçonnique s’ouvre sous un dessin de François Boucq n’est pas un ornement. C’est une manière d’annoncer que le regard, lui aussi, est initié, qu’il doit apprendre à voir ce qui affleure sans s’exhiber, à accueillir une force de suggestion plutôt qu’une démonstration appuyée.

« Epistolae » de l’équinoxe : la Franc-maçonnerie, le monde, le voile…

Ce numéro d’Epistolae Latomorum laisse ainsi une impression durable. Non parce qu’il prétendrait épuiser ses thèmes, mais parce qu’il les aborde avec cette qualité trop rare de densité calme qui sied aux travaux appelés à demeurer. Entre l’histoire longue des circulations maçonniques, l’universalité problématique du fait maçonnique, l’exigence éthique, et la symbolique du voile comme pédagogie du mystère, la revue réussit à faire entendre une même leçon. La franc-maçonnerie ne vaut que si elle demeure capable de relier sans niveler, de transmettre sans banaliser, de dévoiler sans profaner.

« Epistolae » de l’équinoxe : la Franc-maçonnerie, le monde, le voile…

Dans ce n° 74, le monde et le voile ne s’opposent pas. Ils se répondent. L’un rappelle l’immense dispersion des formes maçonniques, l’autre la nécessité intérieure du discernement. Entre les deux, Epistolae Latomorum trace un chemin de fidélité, de lenteur et d’élévation qui honore pleinement l’idée que nous nous faisons d’une revue initiatique.

EPISTOLAE LATOMORUM – Dossier : La Franc-maçonnerie dans le monde / Symbolique : Le voile

La revue de la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra / Conform édition, N°74, Équinoxe de printemps 2026, 64 pages, 14 € Frais de port inclus / L’éditeur, le SITE

« Epistolae » de l’équinoxe : la Franc-maçonnerie, le monde, le voile…

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Radio Ginen – une station de radio maçonnique haïtienne

Radio Ginen, également connue sous le nom de Radio Télé Ginen (RTG), est l’une des stations de radio généralistes les plus emblématiques et les plus écoutées d’Haïti. Basée à Delmas 31, dans la banlieue immédiate de Port-au-Prince, elle diffuse à la fois en FM (92,9 MHz stéréo) et en AM (1030 kHz), couvrant ainsi une large partie du territoire national et au-delà grâce à ses retransmissions en ligne.

Créée le 3 avril 1994, elle s’est imposée en trois décennies comme une référence crédible pour l’information, le sport, la culture et le débat public haïtien. Son slogan emblématique, « Jan Li Ye A. Yon Eksperyans Natif Natal » (« Tel qu’il est. Une expérience authentiquement haïtienne »), résume parfaitement sa philosophie : dire la vérité sans fard, dans un langage proche du peuple, avec une authenticité ancrée dans la réalité quotidienne du pays.

Une naissance en pleine transition démocratique

Radio Ginen voit le jour en 1994, au cœur d’une période charnière de l’histoire haïtienne. Haïti sort alors de la dictature des Duvalier et traverse une transition démocratique tumultueuse marquée par le retour de Jean-Bertrand Aristide au pouvoir. Dans ce contexte de liberté d’expression retrouvée, de nombreuses radios privées émergent. RTG, inaugurée officiellement le 3 avril 1994, se positionne d’emblée comme une station généraliste, ouverte à tous les courants d’opinion, tout en privilégiant une ligne éditoriale indépendante et proche des préoccupations populaires.

Dès ses débuts, elle combine radio et télévision (d’où le nom Radio Télé Ginen). Son immeuble historique, situé à Delmas, abritait à la fois les studios radio et les installations télévisuelles. La station devient rapidement un acteur majeur du paysage médiatique haïtien, diffusant des bulletins d’information, des magazines culturels, des émissions sportives et des débats sociétaux qui reflètent la vie quotidienne des Haïtiens.

Le séisme de 2010

Une épreuve qui renforce la résilience

Le 12 janvier 2010, le terrible séisme de magnitude 7,0 qui ravage Port-au-Prince et ses environs porte un coup sévère à Radio Ginen. L’immeuble abritant les locaux de Radio Télé Ginen s’effondre complètement, détruisant une grande partie du matériel technique et des archives. Comme des milliers d’institutions haïtiennes, la station se retrouve sans toit.

Pourtant, l’esprit de Radio Ginen ne faiblit pas. Dans les heures et les jours qui suivent la catastrophe, les équipes se réorganisent avec une rapidité remarquable. Les employés s’installent temporairement dans la cour de l’Institution Saint-Louis de Gonzague, un établissement scolaire privé situé à Delmas, non loin des anciens locaux. C’est depuis cette cour improvisée, sous des tentes ou dans des locaux de fortune, que la station continue de diffuser, assurant une présence médiatique vitale dans les semaines les plus sombres de l’histoire récente d’Haïti.

Cette période marque un tournant symbolique : Radio Ginen devient non seulement un média d’information, mais aussi un symbole de la résilience haïtienne. Malgré la perte matérielle, elle maintient ses programmes et contribue à l’effort national de reconstruction en relayant les appels à l’aide, les témoignages des sinistrés et les initiatives de solidarité.

Une offre éditoriale

Richesse et proximité

Radio Ginen se distingue par sa programmation variée et ancrée dans la réalité haïtienne :

  • Information et actualité : Des journaux parlés plusieurs fois par jour, des magazines d’actualité comme GAM (Ginen Actualité Magazine) diffusé le dimanche, ou « Gade L Jan L Ye » (Regarde tel qu’il est), qui décortiquent l’actualité politique, économique et sociale sans langue de bois.
  • Émissions culturelles et sociétales : Des débats, des portraits, des émissions musicales et folkloriques qui valorisent le créole, la culture haïtienne et les traditions populaires.
  • Sport : Couverture détaillée du football haïtien et international, un pilier important de l’audience.
  • Programmes interactifs : Des émissions à l’antenne ouvertes aux auditeurs, où les citoyens peuvent s’exprimer librement.

Depuis plusieurs années, Radio Télé Ginen a développé une présence numérique très active. Sa chaîne YouTube TELE GINEN compte plus de 317 000 abonnés et diffuse en direct les émissions radio ainsi que des contenus exclusifs. Des programmes récents comme « Nouvel Nan Bon Ti Mamit » (Les nouvelles dans le petit pot) ou les éditions spéciales de GAM montrent une station toujours vivante et connectée à son public en 2025-2026.

Un engagement sociétal

Et une voix libre

Au fil des ans, Radio Ginen s’est imposée comme une source d’information crédible dans un paysage médiatique haïtien souvent polarisé. Elle a su maintenir une ligne éditoriale indépendante, critiquant aussi bien les pouvoirs en place que les oppositions, tout en restant proche du peuple.

Un exemple récent et significatif de sa diversité : le 12 avril 2026, TELE GINEN a diffusé l’émission « À l’écoute de la Franc-Maçonnerie II ». Animée par le Grand Maître Jean-Marie et le Vénérable Moine Jelin Lemoine, cette émission a abordé des thèmes initiatiques profonds : l’abus de pouvoir, la transmission du maillet (symbole d’autorité maçonnique), la crise institutionnelle au sein du Grand Orient d’Haïti et l’impératif de retour aux valeurs fondamentales de la fraternité et de la lumière. Cette diffusion témoigne de l’ouverture de la station à des débats philosophiques, spirituels et sociétaux qui dépassent le simple cadre de l’actualité immédiate.

Aujourd’hui

Toujours debout à Delmas

En 2026, Radio Ginen continue d’émettre depuis ses locaux de Delmas 31 (adresse précise : #28, Delmas 31, Port-au-Prince). Les coordonnées restent inchangées : téléphone (509) 2222-1818 et courriel info@rtghaiti.com. Malgré les crises récurrentes que traverse Haïti (insécurité, instabilité politique, difficultés économiques), la station maintient sa diffusion en FM, AM et sur internet, prouvant une fois de plus sa capacité de résilience.

Radio Ginen n’est pas seulement une station de radio. Elle est devenue, au fil de ses 32 années d’existence, une institution haïtienne à part entière : une voix qui raconte le pays « tel qu’il est », avec ses douleurs, ses espoirs et sa dignité.

Pour nous dire au revoir…

Avec toute ma fraternelle affection, comme le souligne si bien l’auteur de ces lignes, Radio Ginen incarne cet esprit de résistance douce et de fidélité au peuple haïtien qui fait la grandeur des médias libres. Dans un pays où l’information est parfois une question de survie, elle reste un phare, un lieu où la parole circule librement et où la culture haïtienne continue de vibrer, malgré les tremblements de terre, les tempêtes politiques et les épreuves du quotidien.

Longue vie à Radio Ginen. Jan li ye a !

25/04/26 : Conférence au Droit Humain à Limoges

De notre confrère limogesinfos87.fr

25/04/26 : Conférence au Droit Humain à Limoges

À Limoges, l’événement annoncé ne relève pas seulement de la présentation institutionnelle. Il met en lumière une histoire locale ancienne, enracinée dans la présence du Droit Humain en Limousin depuis un siècle, et dans la volonté de faire connaître au public une Franc-maçonnerie mixte, ouverte et explicitement humaniste. La conférence est conçue comme un moment de découverte, de pédagogie et de dialogue, afin de lever les idées reçues sur une obédience souvent mal comprise.

25/04/26 : Conférence au Droit Humain à Limoges

Le Droit Humain rappelle aujourd’hui qu’il initie femmes et hommes en toute égalité depuis sa fondation, dans plus de soixante pays. Cette dimension internationale est indissociable de sa vocation : faire dialoguer des femmes et des hommes d’origines diverses autour d’un même idéal de progrès social, de liberté de conscience et de fraternité.

Une obédience pionnière

25/04/26 : Conférence au Droit Humain à Limoges
Maria Deraismes

Le Droit Humain occupe une place singulière dans l’histoire maçonnique. Fondé à la fin du XIXᵉ siècle autour de Maria Deraismes et Georges Martin, il a été l’une des premières structures maçonniques à instaurer durablement la mixité comme principe fondateur. Cette orientation n’est pas seulement organisationnelle : elle traduit une conception universaliste de l’être humain, où l’initiation n’est pas réservée à un sexe, mais offerte à toute personne capable de s’engager dans une démarche symbolique et éthique.

Cette mixité est également présentée par l’obédience comme une manière de dépasser les ségrégations et les enfermements identitaires. Le Droit Humain met en avant l’idée que la construction d’une fraternité réelle passe par la reconnaissance pleine et entière de l’égalité entre les êtres.

Le sens d’une conférence publique

Conférence publique

L’intérêt d’une conférence publique comme celle de Limoges est double. D’une part, elle permet d’expliquer ce qu’est la Franc-maçonnerie mixte, son fonctionnement, ses rites et son langage symbolique. D’autre part, elle offre un espace où les non-initiés peuvent interroger sans crainte une tradition souvent entourée de fantasmes.

Le format public est important, car il donne à voir une Franc-maçonnerie qui ne se réduit ni au secret ni à l’entre-soi. Il s’agit au contraire de présenter une démarche initiatique fondée sur la réflexion, le débat, la construction de soi et le travail collectif. Cette volonté d’ouverture est cohérente avec la ligne du Droit Humain, qui insiste sur la liberté, l’égalité et la fraternité comme base du chemin maçonnique.

La mixité comme principe

25/04/26 : Conférence au Droit Humain à Limoges
Façade : Jules Breton Droit Humain

La mixité n’est pas, dans cette obédience, un simple aménagement moderne. Elle est une donnée constitutive de l’identité maçonnique du Droit Humain. Elle signifie que la différence des sexes ne doit pas constituer une barrière à l’accès à l’initiation ni à la participation au travail symbolique.

Cette approche s’oppose à une vision segmentée de la société. Elle propose une fraternité élargie, où hommes et femmes partagent les mêmes outils de construction intérieure. Le mot « mixité » y prend une portée philosophique : il désigne une communauté de recherche où les expériences, les sensibilités et les parcours se croisent sans hiérarchie de principe.

Un héritage humaniste

25/04/26 : Conférence au Droit Humain à Limoges

Le Droit Humain se présente comme une obédience de transformation personnelle et sociale. Dans sa communication, il insiste sur le fait que les membres, à travers les rituels et le symbolisme, cherchent à devenir de « meilleurs eux-mêmes » afin d’œuvrer plus efficacement au progrès social.

Cette formulation est importante, car elle montre que la démarche maçonnique n’est pas seulement introspective. Elle engage aussi une responsabilité dans le monde. La réflexion sur soi doit déboucher sur une manière plus juste de se tenir parmi les autres, dans la société civile comme dans la cité.

Un langage symbolique commun

Comme toute Franc-maçonnerie, celle du Droit Humain repose sur un langage symbolique spécifique. Les rituels, les objets, les gestes et les déplacements y ont une valeur formatrice. Ils ne sont pas des décorations, mais des moyens d’apprentissage. Le symbole sert à faire réfléchir, à dépasser l’immédiateté et à ouvrir une lecture plus profonde du réel.

C’est précisément ce qui rend une conférence publique utile : elle permet d’expliquer qu’une loge n’est pas seulement un lieu de réunion, mais un espace de travail symbolique. Le public peut ainsi comprendre que la Franc-maçonnerie mixte n’est ni une association mondaine ni un cercle fermé, mais un chemin initiatique organisé autour d’une progression intérieure.

Une tradition présente en France et au-delà

L’une des particularités du Droit Humain est d’avoir très tôt pensé son développement à l’échelle internationale. L’obédience est aujourd’hui présente dans de nombreux pays et fédérations, ce qui lui permet de conjuguer enracinement local et vision globale.

Cette dimension internationale donne une portée particulière à une conférence comme celle de Limoges. Elle rappelle qu’une loge locale s’inscrit dans un ensemble plus vaste, et que la mixité maçonnique est aussi un langage partagé entre différentes cultures, différentes sensibilités et différentes traditions nationales.

Ce que révèle l’événement

L’annonce de cette conférence montre aussi qu’il existe une demande de connaissance autour de la Franc-maçonnerie mixte. Les sujets qui l’entourent — égalité, symbolisme, engagement humaniste, liberté de conscience — parlent à un public beaucoup plus large que celui des seuls initiés.

Le centenaire de la loge « L’Accueil Fraternel » ajoute une dimension mémorielle. Il rappelle qu’une loge n’est pas seulement un lieu abstrait d’idées, mais une histoire faite de femmes et d’hommes, d’engagements durables, de fidélités et de transmissions.

Pour finir…

L’entretien annoncé à Limoges, replacé dans le cadre du Droit Humain, est plus qu’une simple présentation institutionnelle. Il met en scène une Franc-maçonnerie mixte qui assume sa singularité, sa dimension internationale et son héritage humaniste.

À travers la conférence publique du 25 avril 2026, l’obédience cherche à expliquer ce qu’elle est : une voie initiatique ouverte aux femmes et aux hommes, fondée sur la mixité, la liberté de conscience et la recherche d’un progrès intérieur et social.

Cet événement montre enfin qu’une part essentielle de la Franc-maçonnerie contemporaine consiste à rendre intelligible ce qui, pour beaucoup, demeure encore voilé.

Entrée gratuite. Renseignements : conferencepubliqueDH87@proton.me

Pour en savoir + : www.droithumain-france.org

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Est-il si difficile que cela d’être Franc-maçon et sympathisant RN ?

La question de la compatibilité entre la Franc-maçonnerie et le Rassemblement National (RN) revient régulièrement dans les débats, alimentée par des exclusions publiques, des rappels à l’ordre (voire à l’Ordre) prononcés par des obédiences, sans compter des tensions internes dans diverses loges. Si les positions officielles des grandes obédiences libérales restent fermes sur une incompatibilité idéologique, une réalité plus nuancée émerge : un nombre non négligeable de Francs-maçons sont désormais acquis en secret à la cause RN et certaines loges tanguent plus ou moins vers son idéologie, quoiqu’encore en toute discrétion.

Cela crée quelques inédites montées en pression, au sein d’ateliers où des Frères ou des Sœurs en viennent à régler des différends partisans — notamment, entre RN et LFI — et importent des clivages profanes menaçant l’unité fraternelle. Cet article s’efforce de jeter un jour sur ces situations, en explorant ces relations complexes… sans parti pris, si l’on ose dire.

Pourquoi est-il difficile voire incompatible d’être à la fois sympathisant ou membre du Rassemblement National (RN) et franc-maçon ?

Est-il si difficile que cela d'être Franc-maçon et sympathisant RN ?

La question est tranchée depuis des décennies par la majorité des obédiences maçonniques françaises, en particulier les obédiences libérales et adogmatiques (Grand Orient de France – GODF, Droit Humain, Grande Loge Mixte de France, etc.). Être ouvertement RN n’est pas une simple « opinion politique » comme une autre : c’est une incompatibilité idéologique et réglementaire reconnue explicitement par les textes internes et les prises de position publiques des grands maîtres. Voici l’explication factuelle et documentée.

Les valeurs maçonniques fondamentales face à l’idéologie RN

La Franc-Maçonnerie française, surtout dans ses obédiences majoritaires, repose sur trois piliers intangibles issus des Lumières et de la IIIᵉ République :

  • Laïcité stricte et universalisme : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit », comme le proclame, au demeurant, l’article premier de la Déclaration des droits de l’homme et du Citoyen du 26 août 1789 et ce, sans distinction d’origine, de religion ou de nationalité. La fraternité est universelle, elle ne se colore ni ne se décolore en aucune façon, on ne saurait l’entendre comme « nationale, d’abord ». La franc-maçonnerie tout comme la République protège tous les hommes sur le même pied, dans leurs opinions et leurs croyances.
  • République et humanisme : La triade « Liberté, Égalité, Fraternité » n’est pas seulement la devise officielle de la République française ; elle énonce trois valeurs, trois principes, trois vertus que, depuis des temps immémoriaux, la plupart des francs-maçons reprennent dans leurs acclamations. Il ne s’agit point d’une allégeance conventionnelle, d’un slogan de commodité, mais bel et bien d’un ternaire constitutif et fondateur qui réside au cœur du serment rituellement prêté, lors de l’initiation, même s’il n’y est pas explicitement formulé.
  • Rejet de toute forme de discrimination et de xénophobie : la «préférence nationale » contrarie « frontalement » ces principes. Pour le franc-maçon, les différences ethniques sont sources d’enrichissement et l’obligent à rechercher la concorde.
Est-il si difficile que cela d'être Franc-maçon et sympathisant RN ?
Jordan Bardella

Le RN, qui constituerait une évolution « dédiabolisée » du Front National sous la conduite de Marine Le Pen et de Jordan Bardella, n’en repose pas moins, comme nous venons de le rappeler, sur cette idée centrale de préférence nationale (priorité aux Français en matière d’emploi, de logement, d’aide sociale, etc.), dérivant d’une vision identitaire et souverainiste qui accorde une prééminence à la nation sur toute autre considération et qui ne se prive pas de démonétiser expressément l’idéal universaliste. L’ancien Grand Maître du GODF, Guillaume Trichard, l’a rappelé solennellement, en 2024-2025 :
« La préférence nationale est clairement contraire à nos valeurs humanistes et universalistes. »
« L’idéologie de l’extrême droite est contraire à nos principes. » Le GODF l’inscrit même dans son règlement général : il interdit à ses membres d’appartenir au RN, ainsi qu’à tout groupement prônant peu ou prou la discrimination ou la haine raciale.

Une incompatibilité officielle et ancienne (1987-2026)

Est-il si difficile que cela d'être Franc-maçon et sympathisant RN ?
Roger Leray – Source-INA
  • 1987 : Le Grand Maître Roger Leray (GODF) déclare publiquement : « Il y a incompatibilité entre la franc-maçonnerie et le Front National. »
  • 2016-2017 : Sept obédiences majeures (représentant la moitié des francs-maçons français) lancent un appel unitaire contre Marine Le Pen : « Le bulletin Marine Le Pen est totalement incompatible avec les principes et les valeurs humanistes défendus au sein des loges. »
  • 2016 : Jean-François Daraud, ex-UDI investi par le « Rassemblement Bleu Marine », est exclu du GODF pour « incompatibilité entre son ralliement politique et ce que prône la loge ».
  • 2022 : Jade Escoffier, candidate RN aux élections départementales dans le Vaucluse, est exclue de la Grande Loge Mixte de France (GLMF).
  • 2024 (législatives) : Le GODF appelle officiellement à « tout faire pour empêcher l’extrême droite de devenir majoritaire » et organise des manifestations publiques.
  • 2025-2026 : Encore récemment, le Grand Maître de la Grande Loge de France, Jean-Raphaël Notton, a tracé une ligne rouge très nette (très Nat’ ?) : tout acte ou déclaration xénophobe ou antisémite entraîne une exclusion immédiate. Il évoque même des «vents mauvais » comparables à ceux d’avant 1945.

Même les obédiences plus traditionnelles (comme la GLNF), qui restent officiellement apolitiques, considèrent que les valeurs du RN heurtent l’esprit maçonnique.

L’antimaçonnisme historique du FN/RN

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Jean Marie Le Pen

Le Front National (le prédécesseur du RN, de 1972 à 2018) a toujours été porteur d’un antimaçonnisme viscéral :

  • Jean-Marie Le Pen réclamait ouvertement la dissolution des obédiences maçonniques.
  • Le parti a longtemps relayé la thèse en apparence éculée mais toujours vivace du « complot judéo-maçonnique » (héritée, aux XIXᵉ et XXᵉ siècles, de partis, mouvements et groupuscules d’extrême droite, qui, quoique hétérogènes, conservaient des caractéristiques idéologiques communes).
  • Aujourd’hui encore, une partie de l’électorat et des cadres RN voit, dans la franc-maçonnerie, un « réseau d’influence » cosmopolite suspect, qui serait par nature favorable à l’immigration et à la dissolution des frontières.

Même si Marine Le Pen a recruté ponctuellement deux avocats francs-maçons en 2012 (ce qui avait été vécu comme une provocation), des cas semblables restent marginaux et ont souvent conduit à des tensions internes ou à des exclusions de loges libérales.

Les sympathisants RN en loge : une réalité discrète et conflictuelle

Est-il si difficile que cela d'être Franc-maçon et sympathisant RN ?

Malgré ces positions officielles, une évolution souterraine s’observe depuis 2022-2026 : d’assez nombreux Francs-maçons, surtout dans des obédiences traditionnelles ou implantées en zones rurales, sont désormais acquis en secret à la cause RN. Des témoignages internes rapportent que des Frères votent RN aux élections locales ou législatives, tout en taisant leurs convictions en loge pour éviter rebuffades et condamnations. Certaines loges, particulièrement dans le Sud-Est ou dans le Nord, penchent discrètement en faveur d’une attitude « RN-friendly », au gré de débats informels sur l’immigration ou la souveraineté qui s’infiltrent dans les tenues.

Est-il si difficile que cela d'être Franc-maçon et sympathisant RN ?
Photo satirique non contractuelle – Crédit 450.fm

Ce phénomène pose un problème majeur : la loge, censée être un espace de neutralité symbolique, voit émerger des Frères ou des Sœurs qui règlent des différends partisans — entre RN et LFI notamment. Des altercations surviennent, lors d’agapes ou d’échanges intervenant hors des tenues : un Frère, proche du RN, en accuse un autre de « laxisme sur l’immigration », un sympathisant LFI rétorque par des accusations de « xénophobie ». Ces tensions n’ont rien à voir avec la Franc-maçonnerie ; elles importent les clivages profanes au sein des temples, fracturent la fraternité et détournent du travail initiatique. Des Grands Maîtres provinciaux ou assistants Grands Maîtres, sans choisir ici entre les dénominations, ont signalé, en 2025, des « séances houleuses » menant à des démissions, rappelant que la loge ne doit en rien ressembler à un « ring électoral ».

Les conséquences pratiques pour un Franc-maçon

Est-il si difficile que cela d'être Franc-maçon et sympathisant RN ?
  • Exclusion automatique dans la plupart des obédiences libérales, dès qu’un frère affiche publiquement son soutien au RN (candidature, adhésion visible, propos xénophobes).
  • Tensions en loge : même sans exclusion formelle, évoquer la « préférence nationale » ou des thèses identitaires est perçu comme une violation du serment de fraternité et d’universalisme, notions inséparables. Cela engendre des conflits, des débats agités voire des mises à l’écart.
  • Exception rare : certaines loges très traditionnelles ou régulières (qui interdisent toute discussion politique) tolèrent parfois de discrètes inclinations, mais l’incompatibilité foncière n’est pas remise en question.

En résumé : on peut être de droite, gaulliste, libéral, conservateur et rester franc-maçon. Mais le RN incarne une rupture avec l’universalisme républicain et humaniste qui constitue le cœur de l’engagement maçonnique, depuis plus de deux siècles.

En résumé…

Est-il si difficile que cela d'être Franc-maçon et sympathisant RN ?

Un franc-maçon qui choisit le RN est donc appelé, tôt ou tard, à choisir entre sa loge et son parti. L’histoire récente (exclusions répétées, appels publics des grands maîtres, manifestations maçonniques anti-RN) montre que les obédiences n’ont jusqu’à présent jamais transigé sur ce point. Il s’agit moins là d’une question de « tolérance » que d’une exigence de fidélité aux valeurs fondamentales qui réunissent les membres des différentes obédiences maçonniques.

La Franc-Maçonnerie n’est pas un parti politique, mais elle a un ADN républicain, laïque et universaliste. Le RN, quant à lui, a un ADN nationaliste et identitaire. Ces deux ADN ne peuvent durablement se mélanger en une même personne, sans reniement de l’un ou de l’autre. C’est aussi franc que cela, maçon ou non…

Face à l’émergence de sympathisants discrets, les loges doivent, désormais, redoubler de vigilance pour préserver leur sanctuaire symbolique des vents partisans.

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