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EXCLUSIF – Interview de Jean-Raphaël Notton Grand Maître de la Grande Loge de France

Candidat parisien, Jean-Raphaël Notton a été élu Grand Maître de la Grande Loge de France (GLDF), lors du convent de cette obédience, le 21 juin 2025, avec 51,1 % des suffrages, face à Thierry Sarrazin, candidat originaire du Nord. Il incarne une vision alliant tradition initiatique et ouverture aux défis contemporains. Âgé de 69 ans, initié en 1986 au sein de la loge « Jean Jaurès » à Paris, ce médecin, officier de réserve et acteur du secteur social, prend la tête d’une obédience historique forte de 32 000 membres et 940 loges, fidèle au Rite Écossais Ancien et Accepté.

Jean-Raphaël Notton, Grand Maître de la Grande Loge de France

Son programme, esquissé lors de son élection, fera sans doute l’objet de développements dans sa première conférence publique intitulée : « Osez pousser les portes ! », qui se tiendra, dans le cadre des Tenues d’été, en l’hôtel de la Grande Loge de France, le 26 août prochain (complet). Nul doute qu’il mettra l’accent sur l’accessibilité, la modernité et l’expansion internationale de la GLDF, porteuse d’une tradition spirituelle utile aux temps présents.

Voici 10 thèmes de réflexion permettant d’explorer le programme du nouveau Grand Maître pour les trois prochaines années (2025-2028), si, toutefois, son mandat annuel est renouvelé deux fois.

Ces questions s’inspirent de son parcours, de ses déclarations et du contexte maçonnique dans lequel il est immergé.

1. Une Vision d’Ouverture : Comment rendre la Franc-maçonnerie plus accessible ?

Au cours des dernières années, à maintes reprises, vous avez exprimé le souhait de rendre la GLDF accessible à un public plus large, en particulier aux jeunes générations. Cette ambition n’est pas nouvelle à la GLDF : ne serait-ce que votre prédécesseur, Thierry Zaveroni – mais d’autres avant lui, comme Philippe Charuel, par exemple –, insistaient sur la nécessité d’attirer les jeunes adultes vers la démarche initiatique. De manière générale, quelles initiatives concrètes envisagez-vous pour susciter l’intérêt de nouveaux candidats, tout en préservant la rigueur initiatique du Rite Écossais Ancien et Accepté et, plus largement, pour améliorer dans le public la compréhension d’une franc-maçonnerie conjuguant humanisme et spiritualité ?

JRN : Vous avez raison de souligner que la démarche d’ouverture est ancienne à la Grande Loge et qu’elle est aussi l’œuvre de nombre de mes prédécesseurs.

Je suis convaincu qu’il est possible d’allier Tradition et modernité, initiation et sécularisation. En répondant aujourd’hui à vos questions, c’est exactement cette conviction que je souhaite mettre en œuvre. Dans mon discours de candidature, j’ai insisté sur plusieurs aspects déterminants, à mes yeux :

  • Avoir le souci d’être au plus près de la vie des Loges ;
  • Être ouvert sur le monde ;
  • Expliquer à quel point l’initiation Écossaise peut constituer un viatique pour ceux qui se cherchent, dans cette époque souvent vide de sens.

Aussi bien, notre rentrée va être rythmée par plusieurs évènements marquants. Nous allons saluer et soutenir « la liberté de conscience » :

Jean-Raphaël Notton, Grand Maître de la Grande Loge de France
Jean-Raphaël Notton, Grand Maître de la Grande Loge de France
  • Tout d’abord, en fêtant l’anniversaire du Convent de Lausanne, dont un des messages fondateurs est la liberté de conscience ;
  • Ensuite, en célébrant la loi de 1905, elle aussi porteuse de ce message universel – au demeurant, il n’est pas indifférent de noter que c’est à la Grande Loge de France que le Président de la République a choisi de commencer la commémoration de cette loi républicaine essentielle ;
  • Enfin, à l’occasion des journées du patrimoine, des dizaines de sites de la Grande Loge de France seront ouverts au public, partout en métropole comme dans les outre-mer.

Ce sont ces messages et ces démarches que j’ai essayé de résumer, dans le titre de ma conférence publique du 26 août à Paris : « Osez pousser les portes ! ».

Cette conférence, avec ce thème novateur, est un tel succès qu’elle est déjà complète et qu’il nous a fallu, la mort dans l’âme, bloquer les inscriptions.

Mais pas de regret, j’ai immédiatement demandé que l’on m’organise une nouvelle conférence sur le même thème, courant septembre.

2. La Jeunesse : Comment attirer les nouvelles générations ?

conférence

Plus spécifiquement, quelles stratégies comptez-vous mettre en œuvre pour rendre la GLDF attractive pour les jeunes, tout en répondant à leurs attentes dans un monde en mutation rapide où l’usage des technologies transforme profondément les pratiques sociales et les relations entre les hommes ?

JRN : Je ne crois pas qu’il y ait un message spécifiquement formaté à adresser à ceux que vous regroupez sous le vocable de « jeunes ». Je crois plus à l’expression et à l’explication, partout où cela est possible, du caractère incroyable de la démarche de recherche personnelle et d’engagement que porte l’initiation au Rite Écossais qui rassemble les frères et les Loges de la Grande Loge de France.

Reconnaissez que, dans ce monde matérialiste à outrance, qui vit dans l’immédiateté et dans la superficialité, dire que l’on peut se poser, échanger sans crainte d’être jugé, parler sans être montré du doigt, douter sans être moqué, réfléchir sur soi soi-même, retrouver le goût du temps long, de la persévérance, ouvrir son esprit à l’Autre, à tous les Autres, est un message peu banal.

Je suis persuadé que la découverte de ce message par tous ceux qui se cherchent, jeunes ou moins jeunes, est susceptible d’être un puissant levier d’attraction vers les Loges de la Grande Loge de France.

C’est pourquoi s’efforcer, comme je le souhaite, de communiquer partout, ici, sur tous les types de médias et à toutes les occasions nationales ou locales, est la première et la meilleure manière d’offrir au plus grand nombre l’opportunité de se lancer chacun à son tour dans cette merveilleuse aventure de l’initiation.


3. Engagement humanitaire et sociétal : Quel rôle pour la GLDF face aux enjeux contemporains ?

Dans la perspective que vous avez décrite, la GLDF s’est illustrée par des actions de solidarité, comme l’aide aux plus démunis via le fonds « Fraternité et Humanisme » ou les opérations humanitaires en Ukraine. Quelles nouvelles actions sociétales envisagez-vous pour répondre aux crises actuelles, qu’il s’agisse de défis sociaux, écologiques ou technologiques ?

JRN : Vous voudrez bien me permettre de rappeler, au préalable, « l’esprit » du Rite Écossais qui préside à la démarche singulière des Frères de la Grande Loge de France.

Nous estimons que la recherche personnelle est le primum movens de notre démarche, et qu’il revient ensuite à chacun d’entre nous de se battre pour nos valeurs, là où s’exercent nos responsabilités publiques ou professionnelles, des plus humbles aux plus éminentes.

La magnifique singularité spiritualiste de notre démarche nous incite à nous protéger des jugements profanes obnubilés par le court terme, des accès d’humeur précipités, des prises de position partisanes qui divisent, au lieu de chercher à réunir.

Est-ce à dire que nous nous désintéressons du monde qui nous entoure ? Certes, non ; c’est, d’ailleurs, impossible pour toute conscience qui s’exerce nécessairement au contact des réalités ;

Mais, d’une part, nous privilégions l’action individuelle, plutôt que les pétitions collectives.

On peut dire, à cet égard, que, dans deux registres différents, des personnalités comme celles de Pierre Simon ou d’Arnaud Beltrame sont d’illustres témoignages de notre démarche singulière ; d’autre part, nous préférons nous exprimer sur les valeurs inaliénables que nous défendons.

Ainsi, profitant de la formidable coïncidence – mais en est-ce vraiment une, si l’on veut bien considérer le mouvement historique auquel tout cela correspond ? – que représentent les anniversaires contemporains de la liberté de conscience du Convent de Lausanne de 1875 et de la loi de 1905, je vais inviter les Frères de la Grande Loge de France à réfléchir sur : « la liberté de conscience, comme fondation d’un dialogue privé et public apaisé ». Les contributions des Frères de nos Loges, sur ce sujet majeur, seront rendues publiques et je ne doute pas qu’elles pourront soutenir, au plus haut niveau, les réflexions des décideurs publics nationaux et européens.

C’est de cette matière que nous pourrons le mieux marquer notre siècle, comme avant nous l’ont fait nos frères des XVIIIe, XIXe et XXe siècles.

Alain Graesel avait ainsi résumé l’esprit de notre recherche : « une démarche de Tradition au cœur des enjeux contemporains ».

4. Modernité et Tradition : Comment concilier ces deux impératifs ?
En tant que président de la Commission du « Futur de nos Loges », vous avez formulé des propositions audacieuses pour moderniser la GLDF. Comment comptez-vous équilibrer ces évolutions avec le respect des traditions maçonniques, notamment la dimension spirituelle sans dogme qui caractérise l’obédience et qui serait ainsi appelée à se déployer, d’une manière ou d’une autre, dans des approches renouvelées ?

JRN : Une fois encore, je me dois de rappeler, en préambule, la genèse de cette aventure collective incroyable que fut : « le futur de nos Loges ». Nous étions dans une période de doute comme jamais dans l’histoire de la Franc-Maçonnerie, avec pour toutes les obédiences du monde, y compris, bien entendu, toutes les obédiences françaises, des baisses plus ou moins spectaculaires du nombre « d’adhérents ». Nous avons eu ce formidable courage collectif de demander aux Frères et aux Loges de s’exprimer sans tabou ni réserve, sur leur situation, leurs attentes, leurs déceptions parfois, leurs initiatives souvent, pleines d’imagination, d’énergie, de détermination aussi.

Car c’est cela le plus intéressant de cette démarche, que j’ai eu l’honneur de coordonner avec d’autres Frères encore présents à mes côtés aujourd’hui : « ce sont nos Frères et nos Loges qui se sont exprimés ». Nous sommes la seule obédience européenne – voire la seule à l’échelle de la planète – à avoir su mener, avec autant de liberté, une telle démarche de vérité. C’est la preuve vivante de notre vitalité.

Bon nombre de points essentiels de mon projet pour la Grande Loge de France sont directement issus de cette libre expression des Frères et des Loges. Sans trop entrer dans les détails – ce serait ici infiniment trop long –, nous avons en particulier analysé avec respect et lucidité ce qui relève de l’intangible et du contingent.

L’intangible, ce sont les fondations inaliénables et inviolables de notre Tradition, avec, en son cœur, le Rite Écossais Ancien et Accepté.

Le contingent, c’est le champ immense d’imagination que nous devons et pouvons avoir, pour que la vie en Loge de nos Frères soit vivante et joyeuse.

La Spiritualité de notre pratique fait non seulement partie de l’intangible, elle en constitue la singularité et, à mes yeux, le côté formidablement attractif de la Grande Loge de France.

C’est dire si nous y sommes attachés.

5. Dialogue Inter-Obédiences : Quelle place pour la GLDF dans le paysage maçonnique français ?
La Grande Loge de France (GLDF) occupe une position centrale dans le paysage maçonnique français, entre le Grand Orient de France (GODF) et la Grande Loge Nationale Française (GLNF). Comment envisagez-vous les relations avec l’ensemble des obédiences, notamment au sein de la Confédération Maçonnique Française (CMF) et quelles collaborations pourraient être développées ?

JRN : Défendre une forme de prééminence de la Grande Loge de France par rapport aux autres obédiences n’est en rien ma priorité. Je laisse cela à d’autres obédiences, si cela les intéresse. Notre histoire et notre importance nationale et internationale plaident à elles seules pour nous.

Je souhaite, en revanche, renforcer nos liens avec les autres obédiences de Tradition, qui partagent avec nous la primauté de la recherche spirituelle.

Nous sommes la plus ancienne d’entre elles, nous représentons le courant important des « Antients ». Cette place historique nous confère des responsabilités particulières.

Liliane Mirville

Par ailleurs, je veux profiter de votre question pour saluer nos liens particuliers avec la Grande Loge Féminine de France. J’annoncerai, lors de ma conférence publique, une initiative conjointe que nous prendrons avec la Grande Maîtresse Liliane Mirville, dans le cadre du 80e anniversaire de l’indépendance de cette obédience historiquement issue de la Grande Loge de France.

6. Expansion Internationale : Quels sont vos objectifs au-delà des frontières ?
Vous avez mentionné votre intention de poursuivre l’implantation des loges de la GLDF sur tous les continents. Quelles régions ou quels pays priorisez-vous pour cette expansion et comment la GLDF peut-elle renforcer sa présence dans le paysage maçonnique international ?

JRN : Nous sommes présents partout en métropole, dans les outre-mer, et dans un grand nombre de pays étrangers.

Par ailleurs, la Confédération Internationale des Grandes Loges Unies, dont la Grande Loge et le Rite Écossais sont le cœur, constitue un réseau international sans beaucoup d’équivalent dans le monde.

D’une part, je souhaite poursuivre l’implantation de nouvelles Loges de la Grande Loge de France partout où l’opportunité et la demande s’expriment. L’Asie du Sud-Est et le continent nord-américain vont ainsi rapidement voir la création de nouvelles Loges.

D’autre part, l’Europe constitue un socle de présence important, à bien des égards. Nous souhaitons activement permettre à nos valeurs de marquer plus encore la construction européenne en cours. Nous avons le devoir d’être présents partout où des Frères ont besoin d’aide, comme c’est le cas actuellement à l’Est de l’Europe.

Mais nous avons également l’ambition légitime de faire de la Confédération Internationale des Grandes Loges Unies le premier réseau international maçonnique. Dès cette rentrée, je serai présent à Lomé au Togo, pour un rassemblement exceptionnel d’un grand nombre d’obédiences africaines de Rite Écossais. Des mots importants y seront prononcés, des liens forts y seront établis ou renforcés.

7. Revenons-en aux valeurs de la GLDF : Comment envisagez-vous de renforcer la convergence de la Liberté de Conscience et de la Spiritualité, souvent perçues comme antinomiques ou du moins comme entretenant un rapport fortement dialectique ? Quels sont le sens et la portée de la laïcité, dans ce cadre ?
En d’autres termes, la GLDF se distingue par sa défense de la liberté de conscience et sa spiritualité sans dogme. Face aux clivages philosophiques et religieux dans la société, comment comptez-vous promouvoir ces valeurs au sein des loges et dans le débat public ?

JRN : 2025 est marquée par deux anniversaires convergents et importants pour nous : la loi de 1905 et la remémoration du Convent de Lausanne. Dans les deux cas, c’est la liberté de conscience qui est mise en valeur et portée au rang de vertu cardinale.

La richesse singulière de la Grande Loge de France trouve ses racines dans ces deux évènements, l’un lié à la République, l’autre au Rite Écossais. C’est dire si nous nous sentons impliqués dans ces deux évènements. Nous les saluerons, l’un et l’autre, de manière solennelle.

Notre singularité « spiritualiste » est pour tous les initiés de la Grande Loge de France une source de joie partagée, de fierté, d’Espérance aussi. Qu’autant de courants spiritualistes différents soient représentés dans nos Loges est la conséquence heureuse et naturelle de cette joie, de cette fierté et de cette Espérance.

Vous évoquez une certaine « antinomie », dans une fraction de l’opinion publique, entre la liberté de conscience et la spiritualité : je ne partage absolument pas cette appréciation. La Grande Loge, les Loges de notre obédience, sont des endroits rares où peuvent dialoguer, en toute liberté, des Frères aux opinions et aux croyances personnelles parfois très différentes. Dans l’époque bouleversée et souvent radicalisée qui marque nos vies, quel formidable privilège offre la Grande Loge de France à tous ses initiés et à ceux qui veulent nous rejoindre !

Dans nos Loges, vous pouvez, en toute liberté, et dans un respect absolu, soit être initié et pratiquer au-dehors la religion de votre choix, soit encore être initié et n’avoir aucune religion, soit enfin être initié et poursuivre une recherche personnelle et intime que nul ne viendra contester. Quel bonheur !

Et, en même temps, quelle tristesse qu’une certaine radicalité anticléricale continue d’alimenter certaines obédiences, ce qui ralentit notre espoir légitime de réconciliation avec la religion catholique romaine, une des seules institutions religieuses au monde avec laquelle persiste un malentendu historique, sans fondement dogmatique réel.

8. Transmission Culturelle : Quel rôle pour les événements publics ?
Votre prochaine et première conférence publique : « Osez pousser les portes », s’inscrit dans un cycle estival de la GLDF visant à ponctuer les tenues réservées aux Frères, de conférences publiques ouvertes à toutes et à tous dans le Grand Temple. Quels autres événements culturels ou éducatifs prévoyez-vous pour faire connaître la franc-maçonnerie et ses valeurs, comme s’y emploient déjà le Festival des Heures Bleues (au Château Saint-Antoine à Marseille) ou le Salon du Livre et de la Culture (en l’hôtel de la rue Louis-Puteaux, à Paris) ?

JRN : Je considère comme important que nous soyons ouverts sur le monde. Comment pourrait-il en être autrement, quand notre devoir premier d’initiés est de transmettre notre Tradition et ses valeurs, au plus grand nombre. Des initiatives nombreuses ont déjà été prises dans un passé récent. Je compte poursuivre cet élan d’ouverture, grâce à la culture, grâce à l’histoire, mais aussi par des évènements permettant l’expression publique, chaque fois que les valeurs essentielles que nous représentons pourront y trouver une tribune.

Ainsi, l’obtention pour notre musée du label « musée de France » va nous permettre d’accueillir des scolaires. Cet effort d’ouverture ne sera pas seulement parisien mais national voire rayonnera au-delà. Par exemple, un colloque d’envergure est, d’ores et déjà, en préparation à Ajaccio, qui portera sur le dialogue des spiritualités en Méditerranée. Mais cet effort d’ouverture sera également local, organisé par les Loges, avec le soutien de l’Obédience. Comme à Corbeil, à Lille, à Lyon, à Nancy, à Rochefort, aux Antilles, en Guyane et même à Bangkok, pour ne citer que quelques Orients où se manifestera cette volonté d’ouverture, dès la rentrée.

Arnaud Beltrame

Dans ces moments très anxiogènes de la vie du monde, qui incitent au repli sur soi, nous proposons au contraire d’oser ouvrir les portes et de partager nos valeurs de tolérance, de fraternité et de solidarité.

9. Héritage et Mémoire : Comment perpétuer l’histoire de la GLDF ?
Votre discours émouvant, en 2018, lors de la cérémonie funèbre en hommage à Arnaud Beltrame, membre de la GLDF, a marqué les esprits. Comment envisagez-vous de préserver et de transmettre l’héritage maçonnique, notamment à travers des figures héroïques ou des événements comme la cérémonie annuelle du devoir de mémoire ? À cet égard et plus globalement, la récente inauguration du musée maçonnique dans un espace dédié plus étendu permettra de mettre en valeur les riches collections de la GLDF. L’ouverture concomitante d’une librairie présentant des auteurs de la GLDF accroîtra sans nul doute ce rayonnement. Mais quelles autres initiatives envisagez-vous, qui dépassent l’échelle de la rue Louis-Puteaux ?

JRN : Avoir eu l’honneur, à l’époque, en tant que Grand Orateur, de prononcer l’éloge funèbre d’Arnaud Beltrame, restera à jamais un moment exceptionnellement bouleversant de mon parcours d’initié. Arnaud Beltrame nous a démontré, au prix de sa vie, ce que signifie véritablement l’Engagement et le respect de nos serments.

La Grande Loge de France est la plus ancienne des obédiences françaises de Tradition.

Son histoire est d’une richesse incomparable. Et ce n’est pas seulement de son histoire ancienne que la Grande Loge peut s’enorgueillir, c’est aussi de son histoire récente, voire contemporaine, comme dans le cas d’Arnaud Beltrame.

Comment ne pas citer les 7 compagnons de la Libération membres de la Grande Loge, dont leur doyen Hubert Germain ? Aucune autre institution privée ni a fortiori aucune autre obédience ne peuvent revendiquer un tel nombre de héros de la République, en son sein.

Pierre Simon

Comment ne pas citer le Grand Maître Pierre Simon qui fut un éminent contributeur des lois Veil ? Vous avez raison, défendre la vérité historique est un combat permanent.

C’est pourquoi j’ai décidé de développer de manière significative la communication externe de la Grande Loge de France. Cette communication sera à la fois nationale, mais également de proximité, au plus près des évènements générés par nos Loges et nos Orients.

J’ai l’ambition bien naturelle de vouloir mieux intégrer, dans nos réalités quotidiennes, la dimension historique de notre Obédience, son importance comme porteuse de nos valeurs républicaines partagées, et d’accroître ainsi sa notoriété globale et son attractivité personnelle.

10. Défis Internes : Comment renforcer l’unité de l’obédience ?
Votre élection, à raison de 51,1 % des suffrages – ce qui n’a rien d’unique, bien d’autre cas s’étant produits par le passé avec de faibles écarts entre candidats au second tour –, témoigne d’une démocratie vivante et d’un scrutin concurrentiel. Cependant, après ces épisodes, il faut, comme on dit, « recoller les morceaux » et refaire l’unité. Même si, par leur discipline, les francs-maçons devraient y parvenir sans difficulté, il s’agit de retrouver une dynamique qui implique le plus grand nombre, en fédérant les énergies de toutes les régions et de tous les frères. Comment pensez-vous désamorcer les éventuelles frilosités et les tensions subsistantes ?

JRN : La Grande Loge est une institution vivante, avec une démocratie mature et apaisée. Je ne crois pas une seconde à l’existence de ce que vous appelez : « des frilosités et des tensions subsistantes » et ce d’autant moins que j’ai clairement inscrit mon mandat dans un esprit de continuité.

Thierry Zaveroni

Vous me donnez ainsi l’occasion de rendre hommage à la Grande Maîtrise de mon prédécesseur, Thierry Zaveroni. Je ne doute pas que l’histoire conservera la mémoire d’une œuvre dense et réussie, qui est aussi celle de tous les Frères qui l’ont accompagné dans son action, ce qui est le lot de chaque Grand Maître qui n’agit jamais seul (c’est, d’ailleurs, l’esprit même de la franc-maçonnerie).

Pour le reste, je vais remplir ce rôle indispensable d’impulsion et de mobilisation des énergies que doit accomplir, selon moi, tout Grand Maître. L’histoire, la souveraineté, la dimension nationale et internationale de la Grande Loge de France, nous donnent collectivement cette motivation, cette ambition et, en toute hypothèse, ce devoir.

Avec comme objectif primordial de transmettre au plus grand nombre une Tradition initiatique qui nourrit nos vies d’initiés et qui est un message d’Espérance, dans un monde bouleversé. Je vais tout faire pour assumer ce devoir au mieux de mes capacités, au nom de tous les Frères de la Grande Loge de France.

Merci de votre bienveillant accueil dans vos colonnes (je crois que nous avons ce mot en commun…).

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La pierre du maçon : outil, miroir et destin

De notre confrère italien expartibus.it – Par Rosmunda Cristiano

Que fait un maçon avec une pierre ?

Une question apparemment simple, mais capable d’ouvrir les portes du Temple intérieur. Ce n’est pas seulement un symbole, ni une allégorie : c’est une réalité vivante du voyage initiatique. Dans les mythes, les traditions et les rituels, il est toujours là : matière informe à sculpter, obstacle à surmonter, fondation sur laquelle construire. C’est l’objet que l’on tient dans la main au début de son voyage et que l’on continue à peaufiner tout au long de son Œuvre.

Saxa loquuntur.

Les pierres parlent.

Pierre Cubique à Pointe

Et si l’on écoute attentivement, chacun nous interroge avant même que nous commencions à l’analyser grossièrement. Lorsqu’il s’agit d’un moyen, le Maçon qui entre dans le Temple trouve sa pierre à tailler. C’est la matière première, l’ego indompté, la somme des imperfections, des passions et des illusions à transformer. En ce sens, il sert à reconnaître ses propres limites, à transformer le profane en initié.

Dans ce cas, il est accueilli avec humilité, car le Frère sait qu’il n’est pas là pour juger les autres, mais pour s’améliorer. Il utilise le ciseau de l’introspection, le maillet de la volonté, l’équerre de la rectitude. Dans ce geste silencieux, jour après jour, il se renouvelle.

Ce n’est qu’une fois la pierre intérieure polie que la Lumière peut émerger. C’est pourquoi le travail sur soi est la véritable pierre angulaire de l’initiation. Mais le symbole peut être corrompu et le franc-maçon peut s’égarer. Quand la pierre devient une fin, quelque chose a mal tourné. Certains l’érigent en trophée, l’exhibent comme preuve de supériorité, la brandissent pour juger les progrès des autres.

Dans ce cas, ce n’est plus un outil de croissance, mais un objet de fierté. Il n’y a plus d’initiation, seulement une apparence. Le Temple se vide, l’équerre se courbe, le compas se ferme. Celui qui l’utilise pour construire un piédestal personnel a oublié que le franc-maçon ne procède pas pour lui-même, mais pour l’Humanité.

Non sibi, sed omnibus.

Pas pour lui-même, mais pour tout le monde.

Marteau, ciseau, Pierre
Marteau, ciseau, Pierre

Lorsqu’un franc-maçon jette une pierre, celle-ci peut aussi devenir une arme. Cela se produit lorsque nous oublions le devoir de silence, de discrétion et de tolérance, et que nous l’utilisons pour juger, diviser et frapper au lieu de comprendre.

Celui qui le jette a cessé de travailler sur lui-même et a commencé à « redresser » les autres. Il a oublié que la véritable construction n’est pas extérieure, mais intérieure. Il a perdu le sens des responsabilités. Pourtant, dans chaque loge, le risque existe que des pierres se transforment en projectiles. Cela se produit lorsque le rituel est confondu avec le pouvoir, le symbole avec le statut , le Temple avec une scène.

Il y a ensuite le franc-maçon qui l’évite, non par lâcheté, mais parce qu’il ne répond pas au jet par un autre. Il l’évite avec la force de la patience, la force d’un engagement constant, un silence plus éloquent que mille mots, car il sait que « œil pour œil » rend le Temple aveugle.

Dans le silence et l’espérance sera ta force .
Ésaïe 30:15

Tailleurs de pierres
Tailleurs de pierres

Le Maçon qui évite la pierre est celui qui a déjà passé l’initiation apparente. Il est celui qui sait que le plus difficile est de ne pas réagir comme prévu. Il est le Frère qui construit tandis que d’autres détruisent.

La pierre est donc tout.
C’est le début et la fin.
C’est le fardeau et le fondement.
C’est l’obstacle et l’opportunité.

Sur le chemin initiatique, on ne cesse de la rencontrer. On la trouve sur son chemin, dans ses défauts, dans les paroles d’un Frère, dans ses déceptions. Parfois elle nous entrave, parfois elle nous façonne. Mais rappelez-vous toujours : on n’est pas maçon parce qu’on possède une pierre, mais parce qu’on sait la façonner.

Et quand quelqu’un vous montre sa pierre comme une arme, offrez-lui la vôtre comme fondation pour construire ensemble. Car, après tout, c’est ainsi que se construit le Temple Universel : une pierre après l’autre, un Frère à côté d’un autre.

Le Temple est construit pierre par pierre, mais la Fraternité est fondée cœur par cœur.

Et toi, Frère : que fais-tu de ta pierre ?
Est-ce que tu le ponces ou tu le jettes ?
Est-ce que vous l’aimez ou est-ce que vous le dépassez ?
Car il ne suffit pas de l’avoir reçu. Il faut en avoir compris le sens.
Et là, vraiment, l’Opéra commence.

La pyramide d’Arapongas et son écho maçonnique dans la ville

De notre confrère brésilien tnonline.uol.com.br

Dans la petite ville brésilienne d’Arapongas, une structure intrigante attire l’attention : une pyramide construite en 1999 par l’architecte José Augusto de Mattos, connue sous le nom de « Pyramide de l’Humanité ». Cette œuvre monumentale, mesurant environ 14 mètres de haut et composée de blocs de béton armé, n’est pas une simple curiosité architecturale. Elle s’inspire des pyramides égyptiennes et mayas, symbolisant à la fois l’unité des cultures humaines et une réflexion sur les dualités fondamentales de l’existence.

Une Structure Inspirée des Civilisations AnciennesLa pyramide d’Arapongas se distingue par sa forme géométrique, directement influencée par les pyramides égyptiennes et mayas. Sa construction, achevée en 1999, reflète une volonté de célébrer l’héritage commun des civilisations passées. Avec ses 14 mètres de hauteur et sa base solide en béton armé, elle incarne une connexion entre les cultures anciennes et le présent, servant de mémorial aux efforts humains à travers l’histoire.

Cette inspiration vise à rappeler l’unité de l’humanité, malgré les différences géographiques et temporelles, et invite les visiteurs à réfléchir à leur propre place dans cette continuité.

@arapongas_de_cima novo monumento da cidade de Arapongas!! uma linda pirâmide, um grande ícone da maçonaria ! (ventos fortes para melhores imagens aéreas) #arapongas #Paraná #pracadomaçom #praca ♬ som original – Arapongas de cima

Un Hommage à l’Humanité et à sa Diversité

Selon les explications locales, la pyramide a été conçue comme un symbole d’unité culturelle. Elle représente les diverses expériences humaines, des réalisations architecturales des anciennes civilisations aux défis contemporains. Placée dans un parc accessible à tous, elle devient un lieu de rassemblement et de méditation, où les habitants et les visiteurs peuvent apprécier l’ingéniosité humaine. Cette idée d’universalité est renforcée par sa simplicité formelle, qui contraste avec la complexité des cultures qu’elle honore, suggérant que l’essence de l’humanité transcende les frontières.

Un Point de Repère Local et une Invitation à la Réflexion

Depuis son inauguration, la pyramide est devenue un repère emblématique à Arapongas. Elle attire non seulement les curieux, mais aussi ceux qui cherchent un espace de contemplation. Sa présence dans un parc public en fait un lieu ouvert, où la communauté peut se réunir pour des événements ou simplement profiter de son environnement. Alors que le monde dort, cette structure silencieuse continue d’incarner une permanence face aux changements rapides de notre époque, invitant à une pause pour réfléchir aux progrès et aux défis de l’humanité.

Une Résonance Contemporaine

En 2025, dans un contexte mondial marqué par les avancées technologiques et les défis environnementaux, la pyramide d’Arapongas prend une nouvelle dimension. Elle rappelle l’importance de préserver l’héritage culturel tout en regardant vers l’avenir. Sa solidité physique contraste avec la fragilité des écosystèmes et des sociétés modernes, offrant un symbole de résilience. Les habitants d’Arapongas, et les visiteurs, peuvent y voir un encouragement à unir leurs efforts pour construire un avenir durable, inspiré par les leçons des civilisations passées.

La pyramide d’Arapongas, avec ses racines dans les traditions égyptiennes et mayas, est bien plus qu’une structure architecturale. Elle incarne un hommage à l’unité de l’humanité, un lieu de mémoire et une invitation à la réflexion. Elle reste un témoignage poignant de la capacité humaine à créer et à s’élever, tout en restant ancrée dans un héritage commun. Cette œuvre continue d’inspirer, offrant un espace où le passé et le présent se rencontrent pour façonner l’avenir.

20/09/25 – Lausanne, Groupe de Recherche Alpina : Jubilé des 40 ans

Une journée pour célébrer la mémoire et penser l’avenir

Le Groupe de Recherche Alpina (GRA) fêtera son 40e anniversaire le samedi 20 septembre 2025 à Lausanne, dans les locaux des Loges maçonniques de Pt-Beaulieu. Une journée jubilaire placée sous le signe de la mémoire, de la fraternité et de la réflexion, qui réunira chercheurs, passionnés et amis de la Franc-Maçonnerie.

Le programme, conçu comme un triptyque, s’ouvrira par une rétrospective retraçant quatre décennies d’histoire et d’activités du GRA, suivi d’un panorama des publications et initiatives des organismes de recherche maçonnique d’Europe continentale (Allemagne, Suisse, France, Belgique).

Après une verrée fraternelle et un repas convivial, l’après-midi sera consacrée à une conférence-événement qui s’annonce déjà comme l’un des temps forts de la journée.

La Pieuvre

« La presse et la Franc-Maçonnerie : un dialogue conflictuel »

Le conférencier invité, Yonnel Ghernaouti, n’est pas un inconnu du paysage maçonnique. Auteur, chroniqueur et ancien rédacteur en chef de 450.fm, il a longtemps été une plume singulière de la GLNF, avant de s’imposer comme une voix reconnue de la chronique littéraire et maçonnique. Son parcours est riche : membre du bureau de l’Institut Maçonnique de France, initiateur des Estivales Maçonniques en Pays de Luchon, membre d’honneur des Imaginales Maçonniques & Ésotériques d’Épinal, il incarne un trait d’union entre la tradition et le débat contemporain.

Sa conférence interrogera une relation aussi passionnante que tumultueuse : celle de la Franc-Maçonnerie et de la presse.

Les Protocoles des sages de Sion
  • Dès le XVIIIe siècle, les premières condamnations religieuses et politiques relayées par les journaux posent les bases d’un antimaçonnisme médiatique.
  • Au XIXe siècle, la presse d’opinion catholique ou nationaliste amplifie les accusations, notamment lors de l’affaire Dreyfus où les francs-maçons sont accusés d’un « complot judéo-maçonnique ».
  • Le XXe siècle voit se déployer une propagande d’État : diffusion des Protocoles des Sages de Sion, persécutions sous Vichy, campagnes visant à discréditer les loges.
  • À l’ère contemporaine, le rapport presse/Maçonnerie oscille entre fascination sensationnaliste et complotisme viral, nourri par Internet et les réseaux sociaux.

La conférence se veut à la fois historique et prospective, rappelant combien ce dialogue conflictuel reste d’actualité à l’heure des fake news, des discours extrémistes et de la résurgence de l’antimaçonnisme.

GRA Groupe de recherche Alpina
GRA Groupe de recherche Alpina

Une journée de partage

Au-delà du regard critique, ce jubilé se veut festif et fraternel. Il donnera à voir l’itinéraire d’un groupe de recherche qui a marqué de son empreinte la vie maçonnique helvétique et européenne, tout en offrant un espace d’échanges ouverts et féconds.

À travers ce jubilé, le GRA rappelle que la Franc-Maçonnerie n’est pas seulement une tradition, mais aussi un champ vivant de recherche, de débat et de culture.

Infos pratiques

Lieu : Loges maçonniques lausannoises, Pt-Beaulieu 1, Lausanne
Date : Samedi 20 septembre 2025, dès 9h
Participation : CHF 45.- (membres GRA, repas compris, hors boissons) / CHF 55.- (non-membres) / CHF 25.- (forfait sans repas)
Inscription obligatoire avant le 15 septembre : presidence@masonica-gra.chinfo@masonica-gra.ch – SMS au +41 79 481 57 46

Plus de détails

Vue de la ville, du Léman et de la Haute-Savoie, depuis la cathédrale.
Plus de détails Vue de la ville, du Léman et de la Haute-Savoie, depuis la cathédrale.

Dualité « Éros – Thanatos » selon Freud et le ternaire maçonnique

Sigmund Freud, dans son œuvre majeure Le Malaise dans la culture, propose une vision fascinante de la psyché humaine à travers la dualité des instincts fondamentaux : Éros et Thanatos. Ces deux forces, décrites comme les moteurs de la vie psychique et sociale, offrent une grille de lecture riche pour comprendre les dynamiques internes de l’individu et les tensions inhérentes à la civilisation.

Éros : L’instinct de vie

Eros

Éros, nommé d’après le dieu grec de l’amour, représente l’instinct de vie. Il regroupe les pulsions liées à la survie, à la reproduction et à la création. Cet instinct pousse l’individu à s’unir aux autres, à former des liens sociaux et à perpétuer l’espèce. Dans Le Malaise dans la culture, Freud souligne que Éros est à l’origine des aspirations humaines vers le plaisir, l’amour et la procréation. Cependant, cette force vitale se heurte aux contraintes imposées par la société, qui exige une sublimation de ces pulsions pour maintenir l’ordre et la cohésion collective. Ainsi, Éros devient une source d’énergie créatrice, mais aussi un vecteur de frustration lorsque ses expressions sont réprimées ou détournées.

Thanatos : L’instinct de mort

Thanatos

En opposition à Éros, Thanatos incarne l’instinct de mort, une pulsion agressive et destructrice qui tend vers la dissolution et le retour à l’état inorganique. Freud introduit cette notion dans ses travaux tardifs, suggérant que la tendance à la destruction est aussi fondamentale que celle à la vie. Thanatos se manifeste dans les comportements agressifs, les conflits internes et les désirs de mort, qu’ils soient dirigés contre soi ou contre autrui. Dans le cadre social, cette pulsion se traduit par les guerres, les rivalités et les tensions culturelles que Freud analyse comme des expressions refoulées de cet instinct. La culture, en tentant de canaliser Thanatos, engendre un mal-être profond, car elle impose des restrictions qui entrent en conflit avec cette force naturelle.

La tension entre Éros et Thanatos

Lune et soleil sur fond noir
Lune et soleil sur fond noir

La coexistence d’Éros et Thanatos crée un conflit permanent au sein de l’individu et de la société. Freud argue que la civilisation repose sur un équilibre précaire entre ces deux instincts. Éros cherche à unir et à construire, tandis que Thanatos pousse à détruire et à dissoudre. Cette dualité est au cœur du malaise décrit dans l’ouvrage : la culture, en réprimant les pulsions pour maintenir l’ordre, génère de l’angoisse et de la névrose. Par exemple, les interdits sociaux, tels que l’interdiction de l’inceste ou la régulation de l’agressivité, sont des manifestations de cette lutte. Freud voit dans cette tension une explication aux souffrances psychiques et aux désordres sociaux, suggérant que l’humanité est condamnée à osciller entre ces deux pôles sans jamais les réconcilier totalement.

Le principe ternaire : Une voie vers l’affranchissement du dualisme

Freud

Pour dépasser cette opposition binaire, Freud introduit un troisième élément qui agit comme un médiateur : la pulsion d’auto-conservation ou de maîtrise de soi. Ce principe ternaire permet de transcender la lutte entre Éros et Thanatos en offrant des mécanismes pour harmoniser ces forces conflictuelles.

La sublimation comme médiation

La sublimation est un processus clé dans cette dynamique. Elle consiste à détourner les pulsions, qu’elles soient érotiques ou agressives, vers des activités socialement valorisées, telles que l’art, la science ou la philosophie. Par exemple, un artiste peut transformer son agressivité en une œuvre puissante, tandis qu’un savant peut canaliser son désir de création dans des découvertes. Cette transformation ne supprime pas les instincts, mais les réoriente, permettant à l’individu de trouver un épanouissement tout en respectant les normes culturelles.

La culture elle-même devient un espace où ce principe ternaire s’exprime. En imposant des règles et des idéaux, elle offre un cadre qui canalise les énergies d’Éros et de Thanatos. Les institutions sociales, les lois et les traditions agissent comme des médiateurs, transformant les pulsions destructrices en constructions collectives. Cependant, cette synthèse n’est pas parfaite : elle engendre un coût psychique, comme le ressentiment ou la répression, qui alimente le malaise décrit par Freud.

La Franc-maçonnerie et le principe ternaire

La franc-maçonnerie, bien que distincte de la pensée freudienne, offre un parallèle intéressant avec ce principe ternaire, en particulier à travers sa structure symbolique et philosophique. Cette fraternité initiatique repose sur une triade fondamentale : la Sagesse, la Force et la Beauté, souvent représentées par les trois piliers du temple maçonnique. Ces principes peuvent être mis en relation avec la dynamique freudienne.

La Sagesse peut être associée à la pulsion d’auto-conservation, représentant la capacité de l’individu à réfléchir et à maîtriser ses instincts. La Force évoque Thanatos, avec son potentiel destructeur canalisé vers la construction d’un ordre moral et social. Enfin, la Beauté correspond à Éros, incarnant l’aspiration à l’harmonie et à la création. Cette triade maçonnique propose une synthèse qui dépasse le dualisme, invitant les membres à travailler sur eux-mêmes pour équilibrer ces forces.

Une pratique de transcendance

Dans les rituels et les enseignements de la franc-maçonnerie, l’accent est mis sur l’amélioration personnelle et la recherche de la lumière intérieure, ce qui résonne avec l’idée freudienne de sublimation. Les francs-maçons utilisent des symboles et des mythes pour transformer les pulsions individuelles en un projet collectif de perfectionnement. Cette approche peut être vue comme une application pratique du principe ternaire, où la maîtrise de soi devient un outil pour surmonter les conflits internes et externes. Cependant, la franc-maçonnerie diffère de Freud en ce qu’elle propose une voie spirituelle et morale, alors que Freud reste ancré dans une perspective psychanalytique matérialiste. Malgré cette différence, les deux systèmes convergent vers l’idée qu’un troisième terme – qu’il soit la sublimation ou la quête initiatique – permet de dépasser la dualité pour atteindre une forme d’harmonie.

La dualité Éros/Thanatos, au cœur de la pensée de Freud, illustre la complexité de la nature humaine, tiraillée entre vie et mort, création et destruction. L’introduction d’un principe ternaire, à travers la pulsion d’auto-conservation et la sublimation, offre une perspective d’équilibre, bien que précaire. La franc-maçonnerie, avec sa triade symbolique, enrichit cette réflexion en proposant une voie pratique pour transcender ces tensions. Ensemble, ces idées soulignent que le malaise dans la culture n’est pas une fatalité, mais le résultat d’une lutte dynamique que l’humanité peut apprendre à apprivoiser, à condition de reconnaître et d’intégrer ces forces contradictoires.

À la veille du Convent de Bordeaux, l’Ordre règne au sein du GODF

Le 160e Convent du GODF se réunit à Bordeaux à partir de demain mercredi pour son Convent annuel, après que le Conseil de l’Ordre et la Chambre Suprême de Justice Maçonnique (CSJM) se sont attachés à une remise en ordre des quelques opposants qui s’étaient manifestés çà et là au cours des années précédentes.

Pour rappel, pour ceux et celles qui ne s’en sont pas aperçus, le Conseil de l’Ordre n’a communiqué aux Loges ses PV de mars, avril et mai, que fin juin et courant juillet, alors qu’elles étaient en vacances, les rendant incapables d’apprécier les travaux de leur exécutif depuis février 2025, alors qu’elles sont appelées à examiner « attentivement » les différentes communications émanant du GODF concernant les procédures disciplinaires, inspections de Loges, décisions de la CSJM, applications de l’article 93…

Quant à la CSJM, précisément son président Yannick Foucaud a adressé le 9 juillet au président du Convent le discours qu’il y prononcera (voir la copie en fin d’article). Il y spécifie qu’il s’agit d’un message personnel, précision bienvenue comme l’on verra. L’ancien capitaine de gendarmerie, qui a quitté l’uniforme à l’été 2011, se présente, désormais, comme charcutier, profession qu’il exercerait donc dans le Volvestre, terroir situé au sud de Toulouse où il avait précédemment gagné ses galons, au cours de 23 années de service passées sur place.

Dans le texte « dont s’agit », il brocarde les avocats, qui font leur métier en qualifiant leur langage technique de « corporatiste ». Ils useraient et abuseraient notamment d’expressions latines comme « In limine Litis » (« au seuil du procès ») qui s’applique aux exceptions de procédure devant être invoquées dès le début de l’instance. Avec un humour dont chacun appréciera toute la portée en la circonstance, il relève que cette formule n’existe pas sous toutes les dictatures… Il se moque, sans le nommer, du défenseur d’Alain Bauer, qui s’est présenté en toge lors de l’audience du 17 juin, alors que rien ne l’interdit dans le RG : il suffisait qu’il mette son tablier ! Et tout à l’avenant. C’est la CSJM qui a inventé que les avocats maçons ne pouvaient pas plaider en toge, la CSJM n’a seulement pas inventé cette disposition, mais aussi beaucoup d’autres comme nous l’allons voir.

Nicolas Penin Grand Maître du GODF

Dans ce texte, donc, il dit ne pas vouloir endormir les délégués « avec des chiffres », mais il les anesthésie avec des mots creux, critiquant tous ceux qui ne se rangeraient pas à son opinion. Il se gausse des avocats et des plaignants, des justiciables qui font référence aux lois républicaines. Il se place, semble-t-il, sous l’égide de Nicolas Pénin qui, du temps où il était encore Garde des Sceaux, avait prononcé, lors d’une audience du 17 octobre 2023, cette phrase dangereusement ambigüe, restée dans les mémoires :

« nous ne sommes pas ici pour défendre les lois de la République, mais pour appliquer le règlement du Grand Orient de France ».

Il dénigre les conseils de famille, il déplore l’utilisation de l’article 183 (annulation des mesures irrégulières), il fustige la judiciarisation, sans mesurer ce que cet usage signifie du mal-vivre ensemble qu’éprouvent des membres de l’obédience. Il constate que les délégués au Convent sont les législateurs responsables d’un règlement général déséquilibré, contradictoire et dangereux, sans en dresser la liste. Les seuls qu’il ne dénigre pas sont l’INSM et le Conseil de l’Ordre, dont la CSJM constitue pourtant le bras armé. On a l’impression d’ouvrir la boîte de Pandore… Heureusement qu’avec lui, les anciens gendarmes ne vont pas par deux, comme la spécialité charcutière de l’Est de la France !

Esquisser des solutions, tracer des pistes de réflexion, évoquer les possibilités d’un avenir bienveillant n’entre manifestement pas dans ses vues. Il ne semble pas avoir conscience des devoirs de sa charge de président dans son expression « publique » (ou, du moins, au large public auquel il s’adresse) car le convent n’attend pas de lui un « message personnel », surtout d’un tel acabit, mais un état des lieux et une réflexion prospective de qualité. On verra que la CSJM a su se montrer particulièrement inventive dans la mise en œuvre de dispositions « très originales », puisque règlementairement inexistantes…

Alain Bauer

Le 17 juin 2025, la Section Permanente de la Chambre Suprême de Justice Maçonnique, dans l’affaire 25-2065-P, décide de suspendre Alain Bauer, ancien Grand Maître du GODF, le maçon le plus médiatique de l’obédience, et ce, sur requête du Conseil de l’Ordre. Notre rédaction rappelle que le frère Alain Bauer avait commenté cette procédure, en demandant que la présomption d’innocence lui soit appliquée et qu’aucune sanction ne puisse être prise à son encontre, tant que son affaire n’avait été définitivement jugée, même si, lui-même, ancien Garde des Sceaux de l’Obédience, savait pertinemment qu’il suffisait de « poursuites judiciaires », pour pouvoir être sanctionné comme le prévoit l’article 93-6…

Ce qui est ici surprenant, ce n’est pas que le frère Alain Bauer soit poursuivi, mais qu’il ne soit poursuivi que sur une décision prise par le Conseil de l’Ordre le 25 avril 2025, alors que les affaires qui le concernent avec la Caisse des Dépôts et Consignations et avec EDF-Proglio sont connues depuis 2014. Alain Bauer n’aurait-il pas dû être traduit en justice maçonnique depuis les poursuites engagées par le parquet national financier, donc depuis 2017 ? Tout cela laisse songeur et perplexe.

Ce qui est surprenant, c’est le libellé des considérants :

Page 11 : « Cette procédure n’a ni pour objet ni pour effet de constituer une sanction disciplinaire au titre de l’article 150, mais constitue une mesure purement administrative, conservatoire et non infamante », l’article 93 ne figurant pas au Livre VIII « de la Justice Maçonnique », ce qui confirme la nature non disciplinaire de la mesure.

Ce que la décision confirme dans son article 2 : « Cette suspension ne constitue ni une sanction disciplinaire, ni un jugement sur la culpabilité du frère Bauer, mais une mesure administrative de précaution prise dans l’intérêt de l’obédience ».

Cette mesure « se limite à la clarification judiciaire des faits ». Cette affirmation est proprement ahurissante, lorsqu’on sait que cette procédure administrative ne figure nulle part dans le RG du GODF, alors que la CSJM est commis de l’appliquer.

Alain Bauer

La seule procédure administrative qui existe dans le RG est la radiation d’une Loge pour défaut de paiement ou d’assiduité. Le terme de suspension est réservé à une sanction judiciaire et à elle seule. Par ailleurs, elle est limitée à 3 ans. Dans ce cas particulier, la procédure est suspendue sine die. En effet, avec les deux démarches en cours – la suspension et l’appel en cassation –, le délai de trois ans sera largement dépassé et le règlement général sera manifestement violé par l’instance censée le faire respecter.

Le frère Bauer a décidé de ne pas faire appel de cette décision, alors que son avocat avait plaidé la présomption d’innocence, ce qu’a retenu la Section permanente mais sans en tirer les conséquences, en s’arcboutant sur la règle qui précise que des procédures judicaires existantes suffisent à justifier la suspension.

Le 3 mars 2025, la Section d’appel de la CSJM dans l’affaire 2024-2005-P prend acte de la conciliation survenue entre le Conseil de l’Ordre et le frère Alain Asik, après que celui-ci a fait appel de la suspension de deux ans que lui avait infligé la Section permanente le 5 novembre 2024 sur demande du Conseil de l’Ordre du 21 août 2024.

Le Conseil de l’Ordre reprochait au frère Asik d’avoir adressé le 15 août 2024 à son carnet d’adresses privé un mail « dénonçant la mainmise de l’exécutif sur les deux autres pouvoirs (Justice aux ordres, législatif soumis, un GM soupçonné d’emploi fictif à l’UNSA, un déficit énorme dû à la gestion du GM, l’état de délabrement du GODF) et l’accompagnant de deux motions, l’une de défiance article 115 et l’autre d’une motion d’enquête sur la Justice Maçonnique qu’en le jugeant, la section permanente était à la fois juge et partie, qu’il ne bénéficiait donc pas d’un procès équitable. De plus, ces faits ont été rapportés par un blog maçonnique, en l’occurrence 450.fm en août 2025. LES CONSEILS de l’ORDRE (présidés par Guillaume Trichard et par Nicolas Penin) n’ayant pas porté plainte en diffamation ont préféré « l’étouffement« , au sens que l’on voudra bien donner à ce mot. De la même façon, le Convent 2024, saisi par une Loge pour porter plainte en diffamation contre 450.fm a refusé de mettre cette motion à l’ordre du jour. Ouf !

Gérard Sabater, Garde des Sceaux, présent pour le Conseil de l’Ordre, n’a pas pu contester :

  • que le GM Trichard bénéficiait d’une décharge syndicale UNSA à temps plein et qu’il était GM à temps plein du GODF ;
  • que, sous sa grande maîtrise, le déficit cumulé du GODF et de la Sogofim avait atteint 1,5 million d’euros, qu’un tel résultat dans le privé lui aurait valu d’être débarqué ;
  • que les courriels qui avaient été adressés par Alain Asik étaient couverts par le secret de la correspondance privée ;
  • que la motion d’enquête sur la justice maçonnique n’avait été ni porté à l’ordre du jour ni débattu au Convent 2024 (en effet, l’Orateur du Convent 2024, lors de la 2e séance du Convent, appelait à des réformes de la Justice et à des décisions éthiques.

À l’issue de ce débat, le frère Sabater a accepté de concilier avec le frère Asik. Très curieusement, la section d’appel décida que le frère Alain pourrait reprendre ses activités maçonniques le 6 juin 2025, soit 3 mois après le jugement, alors que cette décision aurait dû avoir un effet immédiat. Encore une des curiosités de la CSJM qui prolonge de trois mois une sanction devenue inexistante par le simple effet de la conciliation. Curieux délai, non ?

L’affaire Asik, ancien conseiller de la région Monde, a diffusé en PJ d’un mail privé deux motions, l’une de défiance, l’autre d’enquête sur la Justice Maçonnique. Le piquant de la chose est que ces deux motions n’ont pas fait l’objet de plainte, même du Conseil de l’Ordre. Gérard Sabater et Nicolas Pénin, craignaient-ils un rebondissement judiciaire ?

Le problème est que ces nouvelles bizarreries surviennent à la suite de nombreuses « inventions » de la CSJM, depuis l’automne 2020 où deux règlements intérieurs de la CSJM ont coexisté au sein de la CSJM, créant ainsi une insécurité juridique au détriment des justiciables. Cette coexistence lui a permis de rendre des décisions très contestables sur le plan du droit, en se servant justement du fameux « In limine litis » qui invite les contradicteurs à s’assurer que les procédures ont été scrupuleusement respectées.

L’épisode Aik nous permet de revenir sur les 2 motions adressées aux Loges en juillet 2024 pour être déposées au Convent 2024 par la Loge Franchise et Solidarité à l’Orient de Neufchâteau. L’une était une motion de création d’une commission conventuelle d’enquête sur la Justice Maçonnique (article 115), l’autre était une motion de défiance du Conseil de l’Ordre (article 114). Ces deux motions décrivaient avec force détails les dérives de ces deux instances, ce que reprenait, à son compte, Alain ASIK.

Genève,-,17 novembre:,Chef d'orchestre,Antoine,Marguier,Conduits, The,United, Musique, orchestre
Chef d’orchestre et son orchestre

Le sort de la motion d’enquête n’a pas dépassé le bureau du Convent. Le frère président qui connaît la musique (n’est-il pas chef d’orchestre dans la vie professionnelle ?) a étouffé la motion, en refusant de la soumettre au vote et en la « refilant » à la Commission des Vœux et Règlements. Celle-ci a décidé souverainement de ne pas la soumettre au débat ni au vote, alors que, statutairement, elle n’était pas concernée. Exit le simple débat qui aurait permis à de nombreux délégués d’intervenir sur les questions éthiques que ne manquent pas de poser d’assez nombreuses décisions de la CSJM, depuis novembre 2020 où deux règlements intérieurs de la CSJM existaient, l’un dans le Livre de la Constitution et du RG et l’autre sur le portail Netori, sans que les présidents de JFR n’en aient été informés.

La CSJM avait, dès lors, instauré l’insécurité juridique au sein du GODF, n’inscrivant plus de facto l’obédience dans une logique démocratique contrôlée.

Le sort de la motion de défiance fut vite réglé : il est impossible que « les Loges communiquent librement entre elles », comme le prévoit l’article 32. Le GSAI, en l’occurrence le frère Louis, malgré la demande de la Loge, n’a pas diffusé la motion de défiance. La Loge a essayé d’utiliser le système officiel de communication, mais il ne permet que la diffusion d’un A4 et il faut répéter la manipulation Loge par Loge, soit 3 mn par Loge soit 70h de travail… Et dire que les nouvelles technologies sont censées faciliter la vie !

Ainsi, pour les deux motions de 10 pages, c’était mission impossible : 700 heures de travail soit 20 semaines de travail légal à plein temps. Tout simplement, sous la grande maîtrise Trichard, le Conseil de l’Ordre a organisé l’impossibilité d’exercice de l’article 32. C’est une entrave manifeste à la liberté d’expression des Loges. Le conseil de l’ordre verrouille ainsi la communication des Loges, la motion de défiance qui peut être un véritable outil parlementaire comme la motion de censure n’existe pas au GODF qui est en plein déficit démocratique.

Mais qu’est-il arrivé à la Loge Franchise et Solidarité de Neufchâteau ?

Le Conseil de l’Ordre a porté plainte en Justice Maçonnique contre elle pour avoir déposé ces deux motions. Il a obtenu une suspension également administrative sine die de la Loge. Les membres de la Loge se sont résignés, quelques-uns sont partis, les autres ont promis qu’ils ne recommenceraient plus, le Conseil de l’Ordre a retiré sa demande de suspension de la Loge et a réinstallé solennellement la Loge après 9 mois de purgatoire.

Lors de ce même Convent 2024, la Loge La Fraternité Vosgienne, Orient d’Épinal, constatant qu’un de ses frères, Jac∴ Ore∴, membre de la Loge depuis plus de 50 ans, avait fait, depuis 2020, l’objet d’un acharnement judiciaire de la part de quelques frères, alors qu’il n’avait fait que se défendre contre une radiation pour défaut d’assiduité, ce qui lui avait valu une exclusion par la CSM en mai 2024 et qu’il avait déposé une motion devant la Commission Sanctions Grâces et Dégrèvements pour obtenir la levée des sanctions qui le frappaient. Cette motion ne fut pas mise à l’Ordre du Jour du convent 2024, le débat démocratique fut ainsi évacué. Le président du Convent 2024 est le chef d’orchestre dont nous parlions plus haut. Il a magnifiquement orchestré le Convent qui s’est terminé avec deux heures d’avance. Lorsqu’il n’y ni débat, ni vote, les choses sont plus vite expédiées, n’est-ce pas ? Mais où peut donc, dès lors, aller se réfugier la démocratie ?

Quid de la Loge Fraternité Vosgienne ?

Le Conseil de l’Ordre a traduit la Loge et son Vénérable Maître devant la Section permanente. La Loge fut sanctionnée d’un blâme et son Vénérable Maître, Ale∴ Lau∴, délégué au convent, fut suspendu pour une durée d’un an. Ils n’ont pas fait appel, jugeant inutile de revenir devant une CSJM aux ordres du Conseil de l’Ordre.

Le Conseil de l’Ordre 2024-2025, sous Nicolas Pénin, ancien Garde des Sceaux, s’est permis de traduire en CJM un délégué au convent et deux Loges pour avoir déposé des motions qui ne leur plaisaient pas, obtenant leur condamnation.

Où est la souveraineté de la Loge ? Où est l’immunité parlementaire du délégué au Convent ? Où en est la République au GODF ?

Mais ce n’est que quelques-uns des épisodes 2024-2025. Il faut revenir au convent 2023. Lors de ce Convent, qui a vu l’élection de Guillaume Trichard à la grande maîtrise, une demande de création de commission conventuelle d’enquête sur la Justice Maçonnique avait déjà été déposée par deux Loges : Gabriel Narutovicz à l’Orient de Cracovie et Prométhée à l’Orient d’Épinal. Dans un premier temps, cette motion sera portée à l’ordre du jour du Convent, puis repoussée jusqu’à la dernière session du Convent. Le débat fut bref, le président du la CSJM intervint au cours du débat, alors qu’il est juge et partie, en compagnie de deux frères délégués, l’un, le frère Arrambourou, à l’origine de l’affaire de la rue Castarès (fondation GODF, pertes de 300 000 euros) et, l’autre, le Frère Gérard Cazobon, très impliqué dans les affaires de justice maçonnique, en collusion avec au moins un membre de la CSJM.

Mais, qu’est-il arrivé aux frères Dom∴ Les∴ et Mic∴ Nab∴, les délégués au convent 2023 de leur Loge ?

Ils ont été traduits en Justice Maçonnique pour avoir déposé cette motion (article 115) par le même frère Je∴-C∴ Du∴ (le même qui a radié administrativement et irrégulièrement Jac∴ Ore∴) et le frère Cazobon. Ils ont été sanctionnés par la CSJM, à la fois juge et partie, en mai 2024. C’était une grande première de la CSJM qui utilise un frère dévoué pour porter plainte et lui permettre d’être à la fois juge et partie. Sanctionner des délégués au Convent qui avaient osé déposer une motion d’enquête devant les dérives maçonniques ne manque pas d’une certaine audace. L’image qu’ils se font de la République serait-elle devenue… bananière ?

Où est la souveraineté de la Loge, où est l’immunité parlementaire du délégué au convent, où en est la République au GODF ? La CSJM qui n’a pas eu à subir de commission d’enquête n’est pas restée avare d’inventions. Son bureau juge de la recevabilité des plaintes qui ne sont pas susceptibles de recours et ces décisions ne sont jamais publiées. Elles ne sont connues que des seuls grands initiés (c’est le cas de le dire) membres de la CSJM. Son bureau a jugé recevable des plaintes contre des délégués au convent et des Loges qui ont déposé des motions et la CSJM les a sanctionnés au mépris de la souveraineté des Loges et de l’immunité parlementaire des délégués. Toujours la même rengaine, mais en sourdine.

Opérations spéciales : création d’un statut de suspendu

Son bureau a créé un statut particulier, celui de membre suspendu qui, privé de ses droits maçonniques, n’a plus le droit de porter plainte en justice maçonnique, alors qu’il est toujours membre actif du GODF (il règle ses cotisations à la Loge et ses capitations au GODF). Cette disposition est d’autant plus exorbitante que le formulaire de saisine de la CSJM comporte expressément le terme de membre suspendu.

Voir ci-dessous (fin d’article) l’intégralité de la décision
Voir ci-dessous (fin d’article) l’intégralité de la décision

Son bureau ne s’est pas contenté d’avoir bafoué les règles élémentaires du droit. Il a également pris la décision de ne pas juger recevable une plainte de 11 frères contre un ancien président de la CSJM ainsi que deux Conseillers à la CSJM, un président de Jury Fraternel, qui ont volontairement obstrué l’instruction d’une plainte, qui ont fait pression sur des plaignants pour qu’ils retirent leur plainte. Dans sa décision, le président indique qu’il ne saurait observer une neutralité suffisante, eu égard à sa proximité avec les accusés.

En refusant la recevabilité de cette plainte, il a créé un statut spécial de membres de la CSJM et des Jury fraternels du GODF, infaillibles et inattaquables, dotés d’une immunité judiciaire pendant la durée de leur mandat, en violation des règles mêmes du GODF et du droit commun.

Ainsi, la CSJM, son Bureau se substituent au Convent en inventant, au profit de l’instance, un statut d’immunité et d’infaillibilité pour ses membres, alors que, pour les membres qu’elle suspend, elle a inventé un statut spécial, digne d’un régime autocratique.
Comment garantir une justice interne, si l’organe qui sanctionne est aussi celui qui bloque l’accès au recours ?

L’assemblée de la CSJM du 17octobre 2023 a pris une décision révélée dans ces colonnes en juin 2024 : « La sanction prise dans 22-969-P à l’encontre du frère Gérard Plumecoq ne peut plus être exécutée ». Ce jugement est resté inédit, donc secret. Il est pris en violation du RG. Il appartient à la CSJM de prononcer des sanctions mais pas d’en supprimer les effets.

Comment les gardes des sceaux Pénin, au moment des faits, et Sabater, informé par 450.fm, n’ont pas réagi à une telle forfaiture ?

Combien de frères bien en cour mais sanctionnés ont vu leur sentence inexécutée ? L’inégalité de droits est à son comble au GODF.

En plus de l’article 93, suspension concernant les membres du Grand Orient de France, qui lui permet de fait d’exercer un pouvoir disciplinaire, le Conseil de l’Ordre dispose d’une arme absolue concernant les loges récalcitrantes. Il s’agit de l’article 133-inspection des loges : une inspection a pour objet de s’assurer du fonctionnement régulier de la Loge et de sa bonne observance de la Constitution et du Règlement général.

En 2023, c’était la Loge « Les Travailleurs », qui avait bénéficié d’une telle tentative d’inspection, parce qu’elle avait dénoncé les manœuvres Foussier-Arrambourou pour la vente de l’immeuble de rue Castérés appartenant en commun à la Loge et à la Fondation. Cette Loge est démissionnaire du GODF sans que cette démission ne soit actée.

À propos de cette affaire, 450.fm avait été informé que 10 frères de la Loge qui avaient violé les lois associatives avaient été défendus par l’avocat de la Fondation du GODF et qu’ils avaient été condamnés par le tribunal de Nanterre. Malgré ses investigations, 450.fm n’ a pas trouvé d’enquête, au sein de la Fondation, à la suite de ses révélations. 450.fm n’a pas trouvé non plus de poursuites contre ces frères, de la part du conseil de l’Ordre.

En 2025, c’est la Loge St Jean le Parfait Désintéressement à l’Orient de Mirecourt qui a été inspectée par le Conseil de l’Ordre lors d’une décision prise lors de sa tenue de mars 2025. L’inspection a eu lieu le 12 juin, sans que la Loge ne soit informée des motifs de l’inspection. Préalablement à l’inspection, les échanges n’ont pas permis d’en éclaircir les motifs. Le délégué régional qui serait à l’origine de l’inspection n’a jamais pris contact avec le Vénérable. Lors de l’inspection, il ne s’est rien passé de marquant. Un simple rappel sur le fait que les hauts grades ne se pratiquent pas en Loge Bleue. Il n’y a pas à ce jour de rapport d’inspection. La Loge de Mirecourt est parfaitement informée des sanctions prises par la CSJM sur demande du Conseil de l’Ordre envers les Loges de Neufchâteau et d’Épinal, des sanctions prises à l’encontre des délégués au convent des Loges d’Epinal et de Cracovie. Elle a décidé de démissionner du GODF. Depuis deux mois, cette démission n’est pas actée. Il est vrai que le RG, là encore, n’a aucun article qui prévoit la démission d’une Loge. Les tentatives de maintien de Loges démissionnaires par le CO ne correspondent pas à ce qu’un maçon peut comprendre de la liberté d’association : le départ est de droit, il doit être acté.

 Le GODF est aux Ordres mais est-il dans l’Ordre ?

Le lecteur attentif aura compris que le Conseil de l’Ordre exerce un pouvoir disciplinaire exorbitant du droit commun par ses demandes répétées de traduction en Justice Maçonnique en utilisant l’article 93 qui lui permet de réduire au silence ses opposants, en obtenant des sanctions, en utilisant l’article 133 qui lui permet d’inspecter arbitrairement toute Loge qui lui déplaît, sans avoir à se justifier.

Le lecteur attentif aura compris que la CSJM n’est que l’auxiliaire zélée du Conseil de l’Ordre.

  • Trois délégués au convent sanctionnés au mépris de l’immunité parlementaire.
  • Trois Loges sanctionnées au mépris de la souveraineté des Loges.
  • Deux Loges démissionnaires dont les démissions ne sont pas reconnues.
  • Une instance (la CSJM) qui se déclare infaillible et qui se dote d’une immunité judiciaire, alors qu’elle bafoue l’immunité parlementaire.
  • Une instance (la CSJM) qui prive le justiciable de tout recours, en créant un statut spécial.
  • Le refus constant de constituer une commission conventuelle d’enquête de la Justice Maçonnique traduit l’incapacité de l’obédience à se remettre en cause, à exercer une auto-critique à tous les niveaux : Conseil de l’Ordre, CSJM et Convent.
  • Les Loges muselées, bâillonnées, inspectées, sanctionnées, ne déposent plus de motions, les délégués muselés, sanctionnés, dégoutés, interviendront d’autant moins qu’ils ne disposent que de la minute règlementaire. Le GODF n’est plus qu’une parodie de démocratie.

La franc-maçonnerie et, en particulier, au GODF, revendique hautement :

  • La liberté absolue de conscience,
  • L’égalité entre les membres,
  • La primauté de la vérité et de la recherche collective.

Ce n’est plus vrai aujourd’hui !

Or, les sanctions prises pour avoir usé d’un droit statutaire pénalisent l’exercice même de la démocratie interne.

Le GODF, qui voudrait passer pour une des hautes consciences de la République, manifeste à tout bout de champ un plein arbitraire : Est-ce pour devancer les échéances illibérales qui s’annoncent ? C’est dans l’air, même rue Cadet…

En droit — maçonnique comme profane —, créer une catégorie de sanctions ou de mesures non prévues par les textes, pour créer des castes d’intouchables et de notables est une violation de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen : Le GODF aujourd’hui fonctionne dans l’Illégalité interne, l’Insécurité juridique : un membre a intérêt à s’abstenir de toute initiative prise en conscience, pour ne pas courir le risque d’arbitraire qui découle de ces pratiques délétères : des décisions prises selon des mesures non prévues, non encadrées juridiquement, échappent à tout contrôle procédural (durée, motifs, recours possibles…) et constituent autant d’Atteintes au droit de la défense.

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Les deux Saint-Jean et Janus

Les deux solstices d’été et d’hiver sont l’occasion de fêtes solsticiales depuis l’Antiquité, entre le 19 et le 22 juin pour le solstice d’été et entre le 19 et le 22 décembre pour le solstice d’hiver. Le solstice d’été du 21 juin est une vieille fête païenne célébrée par des feux, la fête de la Lumière. Les Francs-Maçons, fidèles à la tradition chrétienne, fêtent les deux Saint Jean avec un décalage par rapport aux traditions dites « païennes » : Saint Jean-Baptiste le 24 juin et Saint Jean l’Évangéliste le 27 décembre.

Jean le Baptiste est le prophète qui annonce la naissance de Jésus Christ, son cousin. Il prédit joie, allégresse et réjouissance. Personnage influent, il dira du Messie « il faut que lui grandisse, et que moi je décroisse ». Au Vème siècle, par analogie avec la course du soleil, les chrétiens choisiront le 24 juin pour marquer la date de naissance de Saint-Jean. À la fin du XVIIème siècle, l’évêque de Maux, Jacques-Bénigne Bossuet, christianise le solstice d’été. Désormais, c’est à Saint-Jean que les feux sont dédiés, les superstitions sont bannies.

Cette concordance des fêtes païennes et chrétiennes n’existait pas dans les premiers temps de la chrétienté naissante, et ne s’est effectuée que progressivement pour accompagner l’évangélisation des peuples en occident. Le Nouveau Testament ne connaît aucune fête chrétienne annuelle. Le mot lui-même « fête » semble n’avoir jamais fait partie des expressions de la foi primitive. Il désigne dans le NT les fêtes juives. C’est vers le milieu du IIème siècle qu’apparaissent les premiers indices d’une célébration chrétienne de Pâques. Et c’est au IVème siècle seulement, lorsque l’Empereur Constantin donne au christianisme une existence légale dans l’Empire romain, que d’autres nouvelles fêtes, dont Noël, apparaissent et prennent de l’importance pour aboutir finalement à ce que nous connaissons aujourd’hui. Cette date du 25 décembre sera ainsi célébrée en reprenant les éléments symboliques de la fête païenne du « Soleil invaincu » consacrée à Mithra qui avait lieu ce jour.

« En ces premiers temps de la chrétienté, contrairement aux fêtes juives, les fêtes chrétiennes ne correspondent pas à une prescription divine. Elles n’ont aucun caractère nécessaire ou obligatoire, et l’Église s’en est passée pendant plusieurs siècles. Ce fut l’originalité du christianisme des premières générations de vivre sa foi sans avoir besoin de l’inscrire dans le cycle annuel des saisons. L’adoption et la célébration de ces fêtes fut et demeure une manière de s’inscrire dans l’histoire et la culture du temps dans lesquelles les chrétiens vivent et témoignent de leur foi. Les fêtes font ainsi partie de choses nullement décisives pour ce qui est de la foi, mais sont devenues des évènements dont la célébration remplit des fonctions importantes dans la vie des communautés chrétiennes, et répond à des attentes essentielles des hommes, en particulier de réjouissances régulières dans le cours d’une vie. » (Michel Bertrand, Évangéliser les fêtes)

Le mot solstice provient du latin « sol, soleil » et « stare, s’arrêter ». En astronomie il désigne le jour le plus long en été mais aussi la nuit la plus longue en hiver. Dans notre calendrier la date du 24 juin marque la fin de l’apogée du Soleil. Le solstice d’été est devenu par analogie le symbole de la lumière manifestée et extérieure, et le solstice d’hiver celui d’une lumière plus subtile, que seule peut révéler une connaissance intérieure. Le jour de l’initiation, les Francs-Maçons reçoivent ainsi symboliquement la Lumière et sont appelés les fils de la Lumière, comme avant eux les Esséniens. Les Templiers célébraient aussi leur fête la plus importante le jour de la Saint Jean d’été, dont les Francs-Maçons perpétuent le souvenir par le rite et les mystères initiés eux-mêmes en occident par les Mystères grecs d’Éleusis. Le cheminement des fils de la Lumière s’effectue de midi à minuit, vers les ténèbres intérieures qu’il s’agit de visiter régulièrement et de manière cyclique pour apprendre à les connaître et les aimer comme une part indissociable de soi-même. Lumière des yeux et lumière du cœur, clarté visible et invisible, ces deux perceptions de la lumière alternent à l’image du cycle cosmique immuable qui les révèle tout en générant un attachement aux cycles omniprésents dans la Nature.

Les cycles solaires et lunaires et les phénomènes naturels réguliers célébrés par les Celtes et les Anciens Égyptiens ne sont pas seulement des moments exceptionnels parmi d’autres, mais les signes d’un temps cyclique régularisé et intégré en soi-même, et même retenu dans son élan par la force magique du rituel, transformant même le temps en une matière malléable. La force magique des rituels égyptiens vécus avec gravité rejoint ainsi étrangement l’action de la force de gravité omniprésente dans l’univers. « Tout ordre est bénéfique à l’âme » dit Leibniz, c’est pourquoi les processions rituelles dans tous les lieux de culte sont des facteurs d’ordre dans les esprits et les cœurs des officiants et des fidèles présents, et se déroulent à la fois dans une relative gravité et une joyeuse effervescence. Non seulement cette joie spirituelle fait du bien au corps, à l’esprit, et à l’âme, mais elle est l’expression du cœur attiré malgré soi par les forces cosmiques régissant l’univers. »

Mais alors peut se produire dans une conscience individuelle un basculement inattendu du monde régi et codifié par un temps régulier et déterminé, dans un univers régi par un temps irrégulier et indéterminé, transformant tous les points de repères et les modes de perception. Ce basculement est semblable au passage des lois de la mécanique classique de Newton qui s’appliquent aux objets vus à l’œil nu, à l’univers des atomes et des particules subatomiques où s’appliquent les lois de la mécanique quantique de Planck, Einstein, et Bohr. Mais les lois spirituelles qui régissent ce passage entre le visible et l’invisible ne sont pas écrites et elles ne doivent pas l’être, car il appartient à l’être spirituel de les redécouvrir par soi-même. Le dieu romain Janus illustre cette découverte, ce passage dans une autre dimension de soi-même accompagné de sentiments exaltants et de ressentis puissants de vraie lumière.

Janus est le dieu romain des transitions et des passages, du passé à l’avenir, d’un état à un autre, d’un univers à un autre. Il préside aux commencements et le premier mois de l’année janvier lui est consacré. L’étymologie de son nom est formée sur la racine « iā » provenant elle-même de la racine indo-européenne « ei, aller », terme abstrait correspondant à la notion de « passer ». Gardien des portes qu’il ouvre et ferme, la double clé et le double visage qui le symbolisent en font simultanément le gardien et le passeur des entrées et des sorties de tout ce qui entre et sort dans les lieux de vie spirituelle.

La porte et le passage de la porte symbolisent l’être et le devenir, le commencement et le recommencement, la renaissance, but essentiel de l’initiation dans le culte romain de Mithra. Dans l’imagerie mithriaque, cette double action pour à la fois être et devenir en se trans-formant de l’intérieur, est figurée par un personnage debout à tête de lion la gueule ouverte, au corps d’homme ailé enlacé sept fois comme par un tourbillon d’énergie par un serpent.

Le thème central de la légende de Mithra, le sacrifice d’un taureau, définit aussi le sens de la vie selon le mithraïsme, à travers une ascèse et une lutte héroïque appelée éloquemment « Traversée ». L’initié apprenait l’art de conjuguer en soi-même la compréhension de l’ordre et du désordre malmenant la nature humaine toujours prête à faillir, et l’appréhension de la Nature par une perception enivrante en conscience du cosmos. À la fois symbole trans-personnel de permanence et d’éternité, et lieu des métamorphoses, la Nature était alors perçue dans toute la force de ses visages complémentaires. Les initiés goûtaient ainsi le don d’interférence que crée la relation authentique avec le cosmos, et ce ressenti les attachait puissamment par le cœur à leur vécu initiatique.

En somme, les deux Saint Jean et Janus symbolisent deux vécus initiatiques, les deux Saint Jean étirant et « passant » le temps comme des témoins passifs à le faire concorder aux saisons annuelles rythmant la vie matérielle et religieuse, et Janus contractant le temps à l’extrême dans une suite indéfinie de moments actifs vécus intensément comme étant au seuil de soi-même, dans la jubilation de passer en puissance dans un au-delà de soi-même spirituel hors du temps.

Plotin, qui vécut au IIIème siècle après J-C, philosophe romain de l’Antiquité tardive, est un des grands penseurs de cette dichotomie de l’être, où d’une part l’être est comme somnolent et passif dans sa vie ordinaire, et d’autre part présent et éveillé dans une vie spirituelle active extraordinaire. Ses mots « C’est aux Dieux de venir à moi, non à moi d’aller à eux » contiennent tout l’esprit de la grande tradition initiatique, et consolident une séparation entre deux mondes, le monde de ceux qui « croient » et le monde de ceux qui « sont ». Ils ne se réfèrent pas à l’homme ordinaire mais à l’homme spirituellement intégré.

« Dans l’antiquité romaine les Dieux étaient considérés comme des forces, et l’homme, lui aussi, comme une force. Entre les uns et les autres, il n’y avait qu’un intermédiaire, le « rite » compris comme une technique précise et objective, considérée comme capable de capter, d’empêcher ou de provoquer un effet donné des forces spirituelles, sans intrusion de sentiments ou comportements dévots, selon un simple rapport de déterminisme. Les maximes « C’est aux Dieux de venir à moi, non à moi d’aller à eux » et « Pour connaître les Dieux, il faut se rendre semblable à eux » donnent la clé d’une voie initiatique correspondant à ce qu’on appelait « initiation solaire » dans l’Antiquité. Il s’agissait de créer en soi une qualité agissant, pour ainsi dire, comme un aimant sur les pouvoirs supra-sensibles des Dieux, comme une force qui devait les attirer irrésistiblement.

Cette qualité et cette force se résumaient en un seul mot : « être », et en un unique précepte : « sois ». Alors, il se crée un état de certitude et de plénitude, qui fait que l’on ne demande plus rien, qu’il devient inutile de spéculer et de s’agiter, tandis que l’on ignore ce qui pourrait produire un plus grand changement dans l’intime de l’âme, et l’on commence à participer à un état de spiritualité totalement dominatrice, ce qui est l’attribut des « olympiens ». Plotin dit justement que cet être possède la perpétuité, quand il possède totalement sa propre vie ; étant seulement et superpersonnellement « soi », rien désormais ne pourrait lui être ajouté ou enlevé ni dans le présent, ni dans l’avenir. » (Julius Évola, Symboles et Mythes de la Tradition Occidentale)

Sous l’influence de cette puissance restaurée, le temps redeviendrait une matière malléable, tour à tour restructurée par la régularité des cycles omniprésents dans la nature symbolisés par les deux Saint Jean, et déstructurée par le passage dans une autre dimension de soi-même en conscience symbolisé par Janus. Les Maçonnes et Maçons célèbrent ces deux moments lors de leurs tenues et fêtes régulières communes, où ils travaillent à la fois ensemble et chacun(e) en soi-même, deux niveaux et temps d’œuvres collective et individuelle concomittantes et paradoxales, qui pourtant s’emboîtent l’une dans l’autre et continuent à les initier spirituellement toute leur vie.

Assis/debout

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“Dans ce monde, même les lignes de commande ont leur sagesse.”

 PROLOGUE : L’homme assis/debout – une énigme posturale

Depuis que l’homme a inventé la chaise, il ne sait plus s’il doit s’asseoir pour réfléchir ou se lever pour exister. Le mobilier a transformé notre rapport au monde : le trône, le banc d’école, le siège du métro, tous sont devenus des lieux de posture codée. Et dans ce théâtre gestuel, le pingouin, debout sans verticalité, assis sans confort, observe notre ballet avec une gravité comique. Comme un moine du noyau Linux, il incarne l’ascèse du libre : ni chaise, ni trône, juste la ligne de commande comme tapis de méditation.

« L’homme est le seul animal qui hésite entre la chaise et le piédestal. »

Mais cette hésitation n’est pas qu’un caprice ergonomique : elle est le reflet d’un tiraillement intérieur.

Assis, l’homme s’enracine dans la pensée, dans l’attente, dans la mémoire. Debout, il s’élance vers l’action, vers l’engagement, vers le monde.

Et entre les deux, il vacille, comme un funambule métaphysique, cherchant l’équilibre entre contemplation et mouvement.

La posture devient alors langage, rituel, confession muette. Elle dit ce que les mots taisent : notre rapport au pouvoir, à la foi, à la connaissance, à nous-mêmes.

POSTURES SACRÉES

Dans la tradition chrétienne, le corps du croyant est un instrument liturgique. La posture n’est jamais neutre : elle signifie, elle rythme, elle engage.

  • Assis : posture d’écoute et de méditation. Marie, aux pieds de Jésus (Luc 10:39), incarne cette réceptivité silencieuse.
  • Debout : posture de prière et de vénération. Moïse se tient debout devant le buisson ardent (Exode 3:5), signe de respect et de disponibilité.
  • Alternance : dans la messe catholique, on s’assoit pour écouter l’Évangile, on se lève pour chanter le Gloria, on s’agenouille pour l’élévation, une chorégraphie sacrée.

« Le fidèle est un danseur discret, guidé par le tempo du dogme. »

Ironie douce : Dieu, lui, ne change pas de posture. Il est « assis sur son trône » (Isaïe 6:1), mais aussi « debout dans la nuée » (Exode 13:21). Le paradoxe est là : l’immobilité divine face à la gymnastique humaine.

LES ANTIQUES : Trônes, sages et jambes croisées

       Dans l’Antiquité, la posture est un marqueur social et philosophique.

  • Égypte : les statues de pharaons sont souvent assises, mais avec un port droit, prêt à l’action. Sekhmet, déesse de la guerre, est figée dans une assise tendue, puissance contenue.
  • Grèce : Socrate reste assis pendant que ses interlocuteurs s’agitent, Platon le décrit ainsi dans Le Banquet, comme un roc contemplatif. Aristote, lui, enseigne en marchant : le péripatétisme est une philosophie debout.
  • Rome : les empereurs sont représentés dans une posture hybride, assis sur le trône mais le bras levé, prêts à gouverner ou à punir.

« Le pouvoir antique se mesure à la capacité de rester assis sans perdre l’autorité. »

FRANC-MAÇONNERIE : Le rite du redressement

Dans la loge, on ne s’assoit ni ne se lève comme dans un salon. Chaque geste est codifié, chaque posture est un mot dans une langue muette. L’homme assis/debout devient ici un vecteur de transformation : il ne change pas de position, il change de nature.

 L’assise du profane

Avant d’être initié, le profane est assis. Non pas confortablement, mais symboliquement : il est dans l’ombre, dans l’attente, dans l’ignorance. Son assise est celle du non-savoir, du silence, du retrait. Il est réceptacle, non acteur.

« Le profane est assis comme la pierre brute : stable, mais inutile. »

La station du frère

Lorsqu’il devient apprenti, il se lève. Mais pas n’importe comment : debout à l’ordre, la main droite en équerre, le regard droit, le corps aligné. Il ne se lève pas pour parler, il se lève pour signifier. Sa posture est un serment silencieux.

  • Rectitude : le corps doit être droit, comme la pensée. L’équerre n’est pas qu’un outil, c’est une exigence morale.
  • Verticalité : se tenir debout, c’est s’élever, non pas physiquement, mais spirituellement.
  • Silence debout : l’apprenti ne parle pas, mais il est debout.
  • C’est le paradoxe du débutant : il incarne sans expliquer.

« Le frère debout est une parole en attente, une pensée en gestation. »

Symboles en posture

  • L’équerre : posée sous le cou, elle rappelle que la droiture commence dans l’intention.
  • Le compas : invisible dans la posture, mais présent dans l’esprit, il mesure l’écart entre l’homme et l’idéal.
  • La colonne : le frère debout est une colonne vivante, soutenant le temple invisible.

Et l’ironie, toujours en filigrane : dans certaines loges, on passe plus de temps à se lever et s’asseoir qu’à méditer. Le ballet des corps devient une liturgie chorégraphique, où l’on se redresse avec plus de sérieux qu’on ne redresse ses idées.

« Le frère se lève pour se taire, s’assoit pour écouter, et parfois, debout derrière son pupitre, il lit à haute voix comme s’il déchiffrait les étoiles. »

PHILOSOPHIE : Le corps comme théâtre de la pensée

Les philosophes grecs ont vu dans la posture un reflet de l’âme.

  • Socrate : assis pour interroger, debout pour provoquer. Il considère que la position assise favorise la concentration.
  • Platon : dans ses dialogues, la posture des personnages est toujours signifiante. L’assise est contemplation, la station debout est action.
  • Stoïciens : la posture droite est un signe de maîtrise de soi. Épictète enseigne que le corps doit refléter la sérénité intérieure.

« Le philosophe est un homme qui sait s’asseoir sans s’affaisser. »

Simone de Beauvoir : posture et condition

Dans Le Deuxième Sexe, Beauvoir ne parle pas directement de posture physique, mais elle analyse la manière dont les femmes sont assignées à des rôles, à des gestes, à des attitudes. La posture devient ici sociale : être assise, c’est parfois être reléguée ; se lever, c’est revendiquer.

« On ne naît pas femme : on le devient. »

Elle montre que le corps féminin est souvent contraint, observé, jugé et que la liberté passe aussi par la réappropriation de sa posture dans l’espace public.

Jean-Paul Sartre : le corps en situation

Dans L’Être et le Néant, Sartre distingue l’être en soi (immobile, comme une statue) et l’être pour soi (conscience en mouvement). La posture devient alors expression de la liberté : se lever, c’est choisir. S’asseoir, c’est suspendre le choix. Mais attention : pour Sartre, même ne pas bouger est un acte. Le corps est toujours engagé, même dans l’immobilité.

« L’homme est condamné à être libre. »

Pensées contemporaines

  • Maurice Merleau-Ponty : le corps n’est pas un objet, mais un sujet incarné. Il pense, il ressent, il agit. La posture est donc une forme de langage.
  • Judith Butler : dans ses travaux sur le genre, elle montre que les gestes, les postures, les attitudes sont performés, c’est-à-dire répétés, codifiés, imposés.
  • Michel Foucault : le corps est un terrain de pouvoir. La posture devient outil de discipline, de contrôle, de résistance.
  • INTERLUDE : Le pingouin, ce maître du déséquilibre

Et voilà notre pingouin, témoin muet de nos rituels.

  • Posture contrariée : debout sans être droit, assis, sans être stable. Il est l’anti-héros de la verticalité.
  • Costume noir : comme un maître de loge ou un prêtre, il semble prêt pour le rituel, mais il n’en connaît pas les codes.
  • Rituel impossible : il ne peut s’agenouiller, ni se redresser, exclu du rite, mais observateur lucide.

« Le pingouin est le seul être debout qui ne prétend pas à la grandeur. »

« Dans le silence du shell, le frère sudo élève la commande vers la lumière. » (1)

  • LE ZÉNITH : L’assise cosmique

Le soleil, lui, ne se lève pas. Il est levé. Il ne s’assoit pas. Il rayonne. • Assise céleste : le zénith est une posture divine, immobile et rayonnante. • Verticalité naturelle : contrairement à l’homme, le cosmos ne cherche pas à se redresser, il est. • Poésie cosmique : le soleil est le trône du ciel, sans dossier ni accoudoirs.

« Le zénith est la chaise de Dieu, sans pieds ni vis. »

Ainsi, à ceux qui marchent sous les constellations… que cette présence céleste soit le miroir de leur quête : immobile, rayonnante, et suspendue entre le visible et l’invisible. Et que ceux qui en perçoivent l’éclat sachent que je suis là, dans le même silence, sous les mêmes étoiles.

CONCLUSION

Et pour finir, un clin d’œil à l’humour comme posture ultime.

  • Dac : maître du déséquilibre verbal, il glisse sous nos pieds comme une peau de banane métaphysique.
  • Leçon finale : l’homme moderne ne sait plus s’il doit se lever pour protester ou s’asseoir pour méditer, alors il fait les deux, en boitant.
  • Invitation : ce texte est à lire assis, à méditer debout, et à rire couché.

« La sagesse est peut-être une chaise bancale sur laquelle on apprend à ne pas tomber. »

(1) Et si certains s’interrogent sur la présence de Linux (le pingouin) dans ce travail, qu’ils sachent ceci : Linux n’est pas un caprice, ni une coquetterie technique. C’est un espace libre, un temple sans murs, où chaque commande est une parole pesée. C’est un système qui ne donne rien sans effort, mais qui offre tout à celui qui cherche. Et dans ce monde-là, sudo n’est pas un privilège, c’est une responsabilité. Voilà pourquoi le frère sudo médite sous le pingouin : parce que la lumière ne vient pas d’un clic, mais d’une ligne écrite en conscience.

Plongée onirique : Explorations sacrées dans « Rêves et Songes »

« Rêves et songes », titre du dernier opus de MAP (MATIÈRES à penser), s’ouvre comme une loge dont on franchit le seuil en laissant derrière soi le tumulte diurne. Dès l’éditorial, la tonalité est donnée. Évelyne Pénisson, directrice de publication, rappelle qu’il ne s’agit pas d’aborder le rêve comme un simple objet d’étude, mais comme un territoire à parcourir, un espace d’exploration où se mêlent souvenirs intimes, héritages culturels et mystères immémoriaux.

Matières à penser N°34
Matières à penser N°34

Elle nous invite à songer « mille entrées, envies, partages » et à interroger ce qui relie les songes à nos vies. Cette entrée est celle d’un temple invisible, où chaque texte devient une colonne et chaque auteur un compagnon porteur de lumière.

Il est des textes qui, dès la première phrase, ouvrent une brèche dans le mur des habitudes perceptives. « Le Rêveur de l’univers » d’Emmanuel Licht et « La Réalité du rêve » de Pierre Pelle Le Croisa se répondent comme deux faces d’une même médaille, l’une frappée à l’effigie du rêve cosmique, l’autre à celle du rêve oraculaire et intérieur. Ce dialogue silencieux nous place à la croisée de deux chemins : l’un orienté vers l’immensité des cycles universels, l’autre vers la profondeur de l’expérience humaine dans son commerce avec l’invisible.

Emmanuel Licht, scientifique de formation et métaphysicien de vocation, aborde le rêve comme une navigation à travers l’océan mouvant de l’esprit, un pèlerinage où le rêveur devient à la fois le démiurge et le témoin de mondes qui se créent et se défont dans l’éclat furtif de l’imaginal. La figure de Milarepa, maître tibétain de la mémoire et de la sagesse, traverse ces pages comme une étoile polaire guidant le lecteur. Ici, le rêve ne s’oppose pas au réel, il l’élargit. Le rêveur se tient sur la crête où veille et sommeil se rejoignent, dans un état où l’expérience vécue et la vision intérieure se confondent.

Pierre Pelle Le Croisa, quant à lui, nous ramène à l’oniromancie des civilisations antiques, où rêver signifiait recevoir un message du ciel. Puisant dans les traditions égyptienne, grecque et babylonienne, il restitue au rêve son autorité sacrée et sa valeur performative. Ce n’est pas un simple souvenir nocturne, mais un signe à déchiffrer, un acte de communication avec un ordre supérieur. Ainsi, dans son approche, l’imaginaire n’est pas fuite mais conquête, non pas repli mais déploiement.

Stéphane Debureau, dans « L’examen de conscience », nous place face à ce que le rêve a de plus implacable : il nous renvoie notre propre visage, dépouillé de toute complaisance. Patrick Ballester, avec « Voyage initiatique au-delà du visible », trace un itinéraire où la vision devient passage rituel, comme si chaque étape était un grade franchi dans une loge sans murs. Nadine Auzas-Mille, dans « Songe, rêve et symbole », révèle que l’imaginaire est un alphabet sacré que l’âme apprend à lire dans le silence. Didier Lafargue explore, dans « Le rêve entre le passé et l’avenir », cette zone liminale où le rêve relie ce qui fut à ce qui doit advenir, pont fragile entre mémoire et prophétie.

Une représentation colorisée de la gravure Flammarion, inspirée de la cosmogonie décrite dans les premiers chapitres de Bereshit.
Une représentation colorisée de la gravure Flammarion, inspirée de la cosmogonie décrite dans les premiers chapitres de Bereshit.

Philippe Heckmann, dans « Rêve et réalité », interroge la solidité de nos certitudes. Et si, en plein jour, nous rêvions déjà ? Et si notre intelligence n’édifiait pas des illusions plus persistantes encore que celles de la nuit ? Jean-Claude Mondet, dans « Même pas en rêve ! », déjoue les évidences avec humour et acuité, comme pour rappeler que l’esprit aime à se cacher de lui-même. François Brin ouvre, dans « À chacun ses rêves… », la possibilité d’un rêve commun, matrice invisible où nos songes se rejoindraient pour former une trame universelle.

Nicolas Flamel Philosophe François par Balthasar Moncornet (1600-1670).
Nicolas Flamel Philosophe François par Balthasar Moncornet (1600-1670).

Michel Auzas-Mille convoque, dans « Le rêve de Nicolas Flamel », les ombres et les éclats de l’alchimie, où le rêve devient athanor de transmutations intérieures. Renée Camou médite sur Les songes et les sorts de Marguerite Yourcenar, où les visions nocturnes deviennent autant de sortilèges qui sculptent le destin. Enfin, mon ami et frère d’arme Witold Zaniewicki, officier et historien au parcours exceptionnel, nous offre avec « Songes lituaniens de Bubilas » un voyage où les abeilles deviennent messagères d’un cousinage secret entre l’homme et la nature, rappelant que tout ce qui vit porte en soi une part de rêve.

Au fil de ces pages, « Rêves et songes » se déploie comme un temple polyphonique. Chaque auteur y apporte une pierre unique, et nous, lecteurs, cheminons entre ces colonnes comme dans un sanctuaire intérieur. Nous comprenons alors que le rêve, loin d’être une fuite ou une illusion, est un acte de connaissance et un instrument d’élévation. Lorsque nous refermons ce livre, il nous semble que le jour porte encore la poussière d’or de la nuit, et que le réel lui-même n’est peut-être que le plus persistant de nos songes.

MATIÈRES à penser – se repérer – analyser – se projeter – anticiper

Rêves et songes

CollectifÉditions du Cosmogone, N°34, Année 2025, 138 pages, 22 €

21/08/25 à 19h30 – Les Entretiens d’Été 2025 : Migrations…. Odyssées du vivant

Odyssée de l’espèce humaine dans l’espace et dans le temps, évolution des conceptions éthiques, modifications des conceptions sociales, transplantations d’organes, changements juridiques, adaptations professionnelles, et bien sûr les problèmes des migrations contemporaines, celle des femmes en particulier, ces différentes facettes des migrations nous ont donné sans doute une vision plus large du sujet.

Michel Maffesoli

Mais le voyage est aussi d’ordre spirituel, à la rencontre de l’autre, parcours altruiste tel celui du chevalier errant, culturel également pour appréhender d’autres cultures, scientifique, s’agissant de vérifier ou de confronter ses théories. Il peut s’apparenter à la quête de son identité, tel un chemin d’espérance. Il est même des voyages initiatiques chez les Francs-Maçons…

Intéressons-nous maintenant à l’étude sociologique et anthropologique du : NOMADISME
De Tribu en Tribu…

Michel Maffesoli

Michel MAFFESOLI est Professeur émérite à la Sorbonne, Membre de l’Académie Européenne des Sciences et des Arts, après avoir été titulaire de la chaire des Sciences Humaines (Université Paris V Sorbonne). Il est aussi Membre de l’Institut Universitaire de France (Hon.).

Docteur ès Lettres et Sciences Humaines, Docteur en Sociologie (Thèses sous la direction de Gilbert Durand), il est également Directeur du CEAQ Centre d’études sur l’Actuel et le Quotidien, Directeur du CRI Centre de Recherche sur l’Imaginaire, et administrateur du CNRS.

Ses travaux sur la post-Modernité, sur l’imaginaire, et sur le “temps des tribus“, entre autres, l’ont fait connaître internationalement.
Docteur Honoris causa de plusieurs Universités étrangères, il est aussi Professeur invité de multiples Universités sur tous les continents. Ses Publications sont très nombreuses,

Modérateurs :
Frédérique Ferrand Michel Jaccard Professeure Agrégée de Droit privé Dr. en Biophysique (UNIL Lausanne) Professeure associée (Université d’Augsbourg) Ancien Président du Groupe de Recherche ALPINA

Organisateurs : Alain-Noël Dubart Ancien Grand Maître de la Grande Loge de France – Marie-Thérèse Besson Ancienne Grande Maîtresse Grande Loge Féminine de France

INSCRIPTION OBLIGATOIRE sur :

https://us06web.zoom.us/webinar/register/WN_VVSVEmjERd-YrFf8QdKxyQ

Le Nomadisme et Michel Maffesoli

Michel Maffesoli
MICHEL MAFFESOLI, SOCIOLOGUE, PARIS, LE 10 AVRIL 2014.

 Le voyage est aussi d’ordre spirituel, à la rencontre de l’autre, parcours altruiste tel celui du chevalier errant, culturel également pour appréhender d’autres cultures, scientifique, s’agissant de vérifier ou de confronter ses théories. Il peut s’apparenter à la quête de son identité, tel un chemin d’espérance.

Il est même des voyages initiatiques chez les Francs-Maçons…

Soyons à l’écoute de Michel Maffesoli dans son approche du Nomadisme tant sur le plan sociologique qu’anthropologique.

Le Nomadisme ne serait-il vraiment qu’un vagabondage initiatique pour reprendre le titre d’un récent ouvrage de Michel Maffesoli ?