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Le temps maçonnique et l’illusion scientifique : quand la Franc-maçonnerie rencontre le « Bloc universel » des physiciens

Le temps maçonnique et l’illusion scientifique : quand la Franc-maçonnerie rencontre le « Bloc universel » des physiciens

Dans un article publié le 12 avril 2026 sur Slate.fr, le journaliste Clément Poursain explore une idée révolutionnaire née de la physique contemporaine : le temps n’existerait pas. Selon certains modèles quantiques, l’univers dans son ensemble serait immobile, et ce que nous percevons comme l’écoulement du passé vers le présent et le futur ne serait qu’une illusion émergente de l’intrication quantique. Le passé, le présent et le futur coexisteraient dans un « bloc universel » intemporel.

Le temps maçonnique et l’illusion scientifique : quand la Franc-maçonnerie rencontre le « Bloc universel » des physiciens
William Wootters

Cette thèse, inspirée des travaux de Don Page et William Wootters (1983) ainsi que de la vision d’Albert Einstein, résonne profondément avec la conception maçonnique du temps symbolique.

La Franc-maçonnerie, depuis ses origines spéculatives, n’a jamais envisagé le temps comme une simple chronologie profane. À travers les symboles du sablier, de la faux, de la règle à vingt-quatre divisions et des rituels initiatiques, elle enseigne que le temps linéaire n’est qu’une illusion relative : dans la Loge s’ouvre un éternel présent. Cet article examine les correspondances entre cette physique moderne de l’illusion temporelle et la symbolique maçonnique du temps, en soulignant comment la tradition maçonnique anticipe et incarne intuitivement ce que la science commence à démontrer.

L’illusion du temps selon la physique quantique et relativiste

Le temps maçonnique et l’illusion scientifique : quand la Franc-maçonnerie rencontre le « Bloc universel » des physiciens

L’article de Slate.fr pose la question vertigineuse : « Et si le temps n’existait pas ? » En réalité, nous ne mesurons jamais le temps lui-même ; nous observons seulement des changements : autrefois la position du Soleil, aujourd’hui les oscillations atomiques. Le temps serait donc une variable émergente plutôt qu’une entité indépendante.

En 1983, Don Page et William Wootters ont proposé que le temps naisse de l’intrication quantique, cette corrélation intime entre un système observé et une « horloge » qui le mesure. L’univers global demeurerait immobile, tandis que notre perception du changement découlerait des corrélations successives entre états intriqués. Chaque « instant » correspondrait à un univers distinct, et la transition du présent vers le futur serait une traversée d’états coexistants.

Einstein exprimait déjà cette idée dans une lettre à la veuve de son ami Michele Besso : « Pour ceux qui croient en la physique, la distinction entre passé, présent et futur n’est qu’une illusion, aussi tenace soit-elle. »

Le temps maçonnique et l’illusion scientifique : quand la Franc-maçonnerie rencontre le « Bloc universel » des physiciens

Dans ce « bloc universel », tout coexiste simultanément. La conscience humaine, en s’accordant successivement à ces états, crée l’illusion d’une continuité fluide – le fleuve du temps – qui n’existe pas objectivement.

Certaines spéculations estiment même possible de manipuler l’« horloge quantique » de l’univers, rendant le cosmos programmable. Le célèbre chat de Schrödinger illustre cette coexistence simultanée : vivant et mort, il existe dans plusieurs instants à la fois, au sein d’un bloc intemporel. Cette vision bouleverse notre intuition : le temps n’est pas une réalité absolue mais une construction perceptive au cœur d’un univers éternel.

Le temps symbolique en Franc-maçonnerie : du sablier à l’éternel présent

Le temps maçonnique et l’illusion scientifique : quand la Franc-maçonnerie rencontre le « Bloc universel » des physiciens

La Franc-maçonnerie place le temps au centre de son symbolisme. Le sablier, présent dans le Cabinet de Réflexion, figure aux côtés du crâne et de la faux. Il incarne la fugacité du temps profane : le sable s’écoule inévitablement de la naissance à la mort, rappelant à l’initié la brièveté de la vie et la nécessité de bâtir son Temple intérieur avant la fin du cycle.

Le temps maçonnique et l’illusion scientifique : quand la Franc-maçonnerie rencontre le « Bloc universel » des physiciens

Mais le sablier ne se limite pas à une image linéaire : retourné, il inverse le flux et devient symbole de renaissance. Cette inversion, comparable à la transmutation alchimique, évoque la circularité du temps et la continuité éternelle des actes réalisés dans la lumière. Le sablier devient alors un appel à œuvrer dans l’instant présent, à créer la permanence dans l’éphémère.

Dans la Loge, le temps acquiert une dimension sacrée. Les travaux s’ouvrent et se ferment selon une temporalité symbolique – de midi à minuit ou inversement selon les rites – marquant le passage du monde profane au monde spirituel. La règle à vingt-quatre divisions enseigne que chaque heure a son usage : travail, repos, méditation et perfection morale.

Le temps maçonnique est un éternel présent. Pierre Pelle Le Croisa et Jacques Branchut décrivent le rituel comme créant un « continuum de temps sacrés » où la durée profane s’abolit. Le Franc-maçon accède alors à « une éternité recomposée » : celle de la fraternité. Dans la Loge, passé, présent et futur se confondent, car les Frères de toutes les époques y demeurent unis dans la même lumière.

Ainsi, la Franc-maçonnerie distingue radicalement deux temps : le temps profane, linéaire et illusoire ; et le temps sacré, circulaire et réel. L’initiation représente la mort au premier et la naissance au second : le candidat cesse de subir le cours du temps pour en devenir le créateur intérieur.

Correspondances entre physique quantique et symbolisme maçonnique

Les rapprochements entre la science moderne et la Maçonnerie sont saisissants.

Le temps maçonnique et l’illusion scientifique : quand la Franc-maçonnerie rencontre le « Bloc universel » des physiciens

L’illusion du temps : la physique enseigne que la continuité temporelle n’est qu’une résultante de corrélations quantiques. De même, la Maçonnerie considère le temps profane comme une illusion dont l’initié doit se libérer pour parvenir à la lumière spirituelle. Comme le sablier ou l’horloge quantique, le temps n’est qu’un instrument de mesure du changement.

Le bloc universel et l’éternel présent : dans la vision des physiciens, passé, présent et futur coexistent. Cette conception correspond au « temps maçonnique » où tous les Frères, anciens, présents et futurs, participent à une même vibration intemporelle. La chaîne d’union incarne cette co-présence universelle dans la lumière du Temple.

Le temps maçonnique et l’illusion scientifique : quand la Franc-maçonnerie rencontre le « Bloc universel » des physiciens

L’intrication et la conscience : dans la physique, la conscience relie les états intriqués pour créer la perception du flux temporel. En Franc-maçonnerie, la progression initiatique – de l’apprenti au maître – relie successivement des états de conscience supérieurs. Chaque tenue devient une nouvelle intrication entre l’homme et le Temple éternel.

La circularité et l’inversion : retourner le sablier, c’est inverser le cycle de vie ; transformer la fin en commencement. La Maçonnerie pratique cette inversion par le rituel : la mort symbolique débouche sur la renaissance, la fin du temps profane ouvre au temps sacré.

La consolation existentielle : quand Einstein affirme que « rien ne disparaît vraiment », il rejoint la consolation offerte par la Maçonnerie : l’âme ne s’éteint pas, elle se fond dans l’éternité du Temple. L’acacia qui pousse sur la tombe du Maître illustre cette immortalité : la vie renaît du temps détruit comme la lumière naît des ténèbres.

Ces correspondances ne relèvent pas du hasard. La Franc-maçonnerie, héritière de l’hermétisme et du platonisme, a toujours cherché à dépasser l’apparence du temps pour atteindre la connaissance de l’éternel. La physique relativiste et quantique, en abolissant l’idée du temps absolu, confirme la justesse symbolique de cette intuition.

Implications philosophiques et initiatiques pour le Franc-maçon du XXIᵉ siècle

Cette rencontre entre science et symbolisme ouvre de nouvelles perspectives pour la réflexion maçonnique contemporaine.

Le temps maçonnique et l’illusion scientifique : quand la Franc-maçonnerie rencontre le « Bloc universel » des physiciens

Sur la mortalité : le sablier rappelle la finitude, la science révèle l’illusion de cette finitude ; le Franc-maçon peut dès lors vivre chaque instant comme une part de l’éternité.

Sur la fraternité : dans le « bloc universel », tous les Frères coexistent hors du temps. La chaîne d’union devient littéralement un lien quantique entre les êtres.

Sur l’action : bâtir son Temple prend un sens nouveau – chaque pierre posée dans l’instant participe à l’œuvre intemporelle de la fraternité universelle.

Sur la spiritualité : le rituel maçonnique apparaît comme une manipulation consciente du temps sacré ; il suspend le profane pour permettre à l’éternité de se manifester ici et maintenant.

Oswald Wirth et René Guénon avaient pressenti cette intemporalité du Temple. Aujourd’hui, la science vient la confirmer : le Temple n’est pas dans le temps, c’est le temps qui repose dans le Temple.

Pour terminer : une Franc-maçonnerie éternelle dans un univers immobile

Les avancées scientifiques présentées par Slate.fr ne bouleversent pas seulement la physique ; elles éclairent d’un jour nouveau la sagesse des Francs-maçons. Ce que la science démontre aujourd’hui, la Maçonnerie l’enseigne depuis des siècles : le temps est une illusion de perception. Le sablier s’écoule dans le Cabinet de Réflexion, mais dans le Temple, il s’arrête pour laisser place à l’éternité.

Le temps maçonnique et l’illusion scientifique : quand la Franc-maçonnerie rencontre le « Bloc universel » des physiciens

Le Franc-maçon, en pénétrant la Loge, quitte la temporalité profane pour entrer dans le bloc universel de la lumière, où toutes les générations cohabitent dans un même présent spirituel. Il ne subit plus le cours du temps : il le transcende.

Ainsi, physique quantique et symbolisme initiatique se rejoignent dans une seule quête : comprendre que l’univers est immobile, éternel et conscient, et que la vocation du Franc-maçon est de s’éveiller à cette réalité par le rituel et la pensée.

Dans un monde accaparé par la vitesse et la durée, la Loge demeure ce sanctuaire intemporel où, depuis « temps immémorial », les hommes libres se rassemblent pour bâtir l’éternité. Bienvenue dans le Temple – ou, pour reprendre les mots de la science moderne, bienvenue dans le Bloc universel.

Autre article sur le sujet :

Babylone ou l’empire des saveurs et du sacré

Avec Les cuisiniers royaux au temps de Babylone, Daniel Bonneterre fait surgir un monde que nous croyions enseveli sous la poussière des siècles. Par la nourriture, par les rites de table, par les gestes du palais et les exigences du sacré, il rend à la civilisation babylonienne sa chair, sa pensée et sa profondeur. Un livre d’histoire, certes, mais surtout une méditation sur l’art de transformer la matière en ordre, la nécessité en culture et le repas en langage du monde.

Dans ce livre d’une rare densité, Daniel Bonneterre ne choisit pas la voie attendue des grandes batailles, des règnes illustres ou des pierres monumentales. Il préfère approcher Babylone par ce qui nourrit, par ce qui se prépare, par ce qui se partage, par ce qui s’offre. Ce déplacement est admirable. Il nous rappelle qu’une civilisation se révèle moins dans ses proclamations que dans ses gestes quotidiens, moins dans ses façades que dans son rapport à la vie même. Or ce que montre ici Daniel Bonneterre est essentiel. À Babylone, manger ne relève jamais de la seule subsistance. Nourrir, c’est déjà instituer. C’est classer, hiérarchiser, purifier, célébrer, protéger, relier le visible et l’invisible.

La grande réussite de cet ouvrage tient à cette intelligence profonde du concret

Les denrées, les plantes, les boissons, les viandes, les interdits, les usages du banquet, les devoirs d’hospitalité, les précautions sanitaires ou religieuses, tout cela compose bien davantage qu’un tableau des mœurs. C’est une architecture du monde. La table des dieux, celle du roi, celle des maîtres et celle des hommes ordinaires dessinent une géographie sacrée du pouvoir et du lien. Le palais n’apparaît plus seulement comme centre politique. Il devient aussi un lieu de transformation où la matière brute passe par le feu, la mesure, le savoir-faire et la règle pour devenir nourriture légitime. Dans cette traversée du cru vers le cuit, du brut vers l’ordonné, nous retrouvons une véritable symbolique de la transmutation.

C’est ici que le livre touche à quelque chose de profondément initiatique.

Le cuisinier royal n’est pas un exécutant de second rang

Il devient un opérateur discret de l’équilibre. Il veille à ce que les produits du monde soient rendus dignes d’entrer dans l’espace du pouvoir, du culte ou de la convivialité. Il agit entre la terre et le temple, entre les ressources et leur juste emploi, entre l’abondance et la menace de la souillure. Cette figure du passeur, Daniel Bonneterre la fait apparaître avec une force singulière. Nous comprenons alors que la cuisine, dans les mondes anciens, touche à une forme de sacerdoce pratique. Elle relève d’une science de la mesure, d’une maîtrise des cycles, d’un art de discerner ce qui convient, ce qui protège, ce qui honore, ce qui corrompt.

Le regard maçonnique trouve ici une matière de réflexion particulièrement féconde

Les ruines de la ville de Babylone.

Car ce livre parle, au fond, d’un patient travail sur la matière. Il parle d’ordonnancement, de hiérarchie, de transmission, de maîtrise, de passage du désordre vers la forme juste. Il rappelle que toute élévation passe par une discipline du geste et par une intelligence des correspondances. Le feu qui cuit, transforme et purifie rejoint alors, par une secrète analogie, le feu intérieur que toute démarche initiatique cherche à entretenir. Daniel Bonneterre n’écrit évidemment pas un traité ésotérique. Pourtant son livre laisse paraître, avec beaucoup de finesse, cette vérité ancienne selon laquelle rien n’est jamais seulement matériel. Toute substance engage un imaginaire, une loi, un rapport au divin, une certaine idée de l’homme.

La grande qualité de l’auteur est de tenir ensemble l’érudition la plus sûre et une véritable respiration anthropologique

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Spécialiste reconnu du Proche-Orient ancien, docteur en langues et civilisations de cet espace majeur, Daniel Bonneterre a enseigné en Amérique du Nord et participé à plusieurs recherches archéologiques en France, en Italie, en Syrie et en Israël. Mais cette autorité savante ne tourne jamais à la sécheresse. Elle sert au contraire une restitution sensible des mondes anciens. Daniel Bonneterre sait faire parler les textes, les usages et les traces avec une sobriété lumineuse. Il ne fige pas Babylone dans le musée des curiosités. Il lui rend sa pulsation, sa complexité, sa grandeur terrestre.

Il faut lire ce livre pour ce qu’il apporte à l’histoire de l’alimentation, bien sûr, mais aussi pour ce qu’il révèle de plus vaste

Car derrière les recettes, les rituels, les produits et les dangers, c’est toute une conception du monde qui se découvre. Une civilisation vaut aussi par la manière dont elle nourrit les siens, accueille l’étranger, honore ses dieux et impose une forme au chaos des besoins. En ce sens, Les cuisiniers royaux au temps de Babylone est un ouvrage précieux. Il nous apprend que la cuisine fut l’un des grands langages de la royauté, de la religion et de la culture. Et qu’au cœur même de la table se jouait déjà quelque chose de la vérité humaine.

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Nous apprécions également la carte du royaume de Babylone sous Hammourabi reproduite en troisième de couverture, précieuse pour situer d’un regard l’ampleur territoriale, politique et symbolique de cet univers que Daniel Bonneterre restitue avec tant de force.

Il faut également saluer l’inscription de ce volume dans la collection Realia des Belles Lettres – dirigée le latiniste et historien de Rome Jean-Noël Robert, qui a pour vocation d’éclairer « la réalité des choses » et de ressaisir les civilisations par leurs pratiques vécues, leurs objets, leurs rites, leurs métiers et leurs usages. Ce cadre éditorial convient parfaitement au livre de Daniel Bonneterre, tant celui-ci redonne chair à Babylone par la matière, le geste et la vie même.

Sous la main de Daniel Bonneterre, Babylone cesse d’être une ruine illustre et redevient une civilisation vivante, traversée de gestes, de saveurs, de peurs, d’offrandes et de règles.

Le lecteur y découvre que la nourriture n’est jamais un détail de l’histoire. Elle en est l’un des foyers les plus secrets, là où la matière se fait culture, où le pouvoir se fait rite, et où le pain des hommes rejoint encore, dans la pénombre des siècles, la part invisible du monde.

Les cuisiniers royaux au temps de Babylone

Daniel Bonneterre – Realia / Les Belles Lettres, coll. REALIA, 2026, 272 pages, 25,90 € Les Belles Lettres, le SITE

Antimaçonnisme – Montpellier : quand l’école devient la cible d’une haine idéologique

L’affaire des tags racistes, antisémites et antirépublicains découverts à l’entrée de trois lycées de la métropole montpelliéraine (département de l’Hérault) – Georges-Pompidou à Castelnau-le-Lez, Georges-Clemenceau à Montpellier et Jean-François-Champollion à Lattes – dépasse le simple fait divers. Elle dit quelque chose de plus grave : la volonté de certains groupuscules d’extrême droite d’installer leurs signes, leurs mots et leur imaginaire à la porte même de l’école publique.

Carole Delga

Carole Delga – Présidente du conseil régional d’Occitanie et Présidente des Régions de France – a immédiatement dénoncé une « propagande haineuse » visant « la République et son école publique », annonçant une plainte de la Région Occitanie auprès du procureur de la République de Montpellier.

L’indignation est légitime, mais elle ne doit pas masquer l’essentiel : l’école est un lieu symbolique.

C’est là que se transmettent les principes d’égalité, de respect et de citoyenneté ; c’est là aussi que l’extrême droite cherche périodiquement à frapper, parce que l’institution scolaire incarne tout ce qu’elle conteste. Les inscriptions rapportées à Montpellier relèvent donc moins d’une provocation isolée que d’un acte de guerre symbolique contre le socle républicain.

Ce nouvel épisode s’inscrit dans un climat déjà tendu autour des établissements de l’académie de Montpellier

En janvier, des alertes avaient déjà été publiées sur la présence répétée de symboles néonazis et de slogans suprémacistes dans plusieurs lycées d’Occitanie, notamment à Georges-Pompidou, où des croix celtiques et le slogan « Europe Jeunesse Révolution » avaient été signalés. Le problème n’est donc pas ponctuel : il révèle une persistance, voire une banalisation par petites touches, de marqueurs idéologiques violents aux abords d’espaces éducatifs.

Inscriptions antimaçonniques

L’alerte lancée par la présidente de Région prend, dans ce contexte, une dimension politique plus large

En demandant une réaction ferme du ministère de l’Intérieur et du rectorat, Carole Delga place la question à la jonction de l’ordre public et de la protection des mineurs. Elle rappelle implicitement qu’on ne peut pas traiter ces faits comme de simples dégradations matérielles : ils relèvent aussi d’une stratégie d’intimidation, visant des élèves, des équipes éducatives et, au-delà, la communauté nationale tout entière.

Il faut aussi mesurer la portée du vocabulaire employé

Dire « raciste », « antisémite » et « antirépublicain » n’est pas redondant : c’est nommer la pluralité des attaques. Le racisme vise des personnes ; l’antisémitisme réactive une vieille haine européenne ; l’antirépublicanisme, enfin, revendique le refus de l’universel, du commun et de la loi égale pour tous. C’est précisément parce que ces dimensions se croisent que la réponse publique doit être claire, rapide et sans ambiguïté.

La réponse institutionnelle annoncée – dépôt de plainte, nettoyage rapide, saisine du ministère de l’Intérieur – est indispensable, mais elle ne suffira pas à elle seule.

Dans des établissements scolaires, la prévention, l’éducation au discernement historique et la vigilance collective restent essentielles. Les actes de haine prospèrent rarement dans le vide ; ils se nourrissent des silences, des minimisations et de l’habitude. C’est pourquoi chaque inscription de ce type appelle plus qu’une indignation de circonstance : elle exige une politique continue de protection de l’école comme bien commun.

Logo de la République française
Logo de la République française

Il faut donc pour chacun d’entre-nous assumer une vigilance républicaine :
dénoncer la montée des signes de l’ultradroite dans l’espace scolaire ; rappeler que l’antisémitisme et le racisme sont des attaques contre le lien civique ;
souligner que l’école publique demeure une cible symbolique des extrémismes.

Au fond, l’affaire montpelliéraine rappelle une évidence trop souvent sous-estimée : défendre l’école publique, ce n’est pas seulement défendre un service administratif, c’est défendre une idée de la société. Quand des groupes extrémistes cherchent à salir ses murs, c’est la promesse républicaine elle-même qu’ils visent. Et c’est à cette hauteur que la réponse doit être pensée.

Source : X ex Twitter Carole Delga – @CaroleDelga

Peut-on désormais être Franc-maçon et sympathisant LFI ?

Une tension difficile à penser ? Être sympathisant de La France Insoumise et franc-maçon : une compatibilité en question. La Franc-Maçonnerie française, qu’elle relève du Grand Orient de France, de la Grande Loge de France ou d’autres obédiences, s’appuie traditionnellement sur quelques repères fondamentaux : une certaine idée de la laïcité, une fraternité pensée comme universelle, le recours à la raison critique et une vigilance face aux formes de dogmatisme.

Ces principes, souvent invoqués, ont nourri l’engagement républicain des loges depuis le XIXe siècle, notamment dans leur rapport à la liberté de conscience et à la lutte contre diverses formes d’obscurantisme.

S’il existe un consensus généralement accepté au sujet de l’incompatibilité avec le RN, le débat portant sur la compatibilité LFI/FM est assez récent.

Peut-on désormais être Franc-maçon et sympathisant LFI ?

Dans ce contexte, une question peut émerger : comment articuler ces références maçonniques avec certaines évolutions récentes du paysage politique, en particulier celles attribuées à La France Insoumise (LFI) ? Depuis plusieurs années — et plus encore depuis les événements tragiques du 7 octobre 2023 —, certains observateurs estiment percevoir un déplacement idéologique du mouvement, évoquant une plus grande attention portée aux questions identitaires, religieuses ou postcoloniales. Mais comment interpréter ces évolutions ? S’agit-il d’un tournant profond, d’une stratégie politique circonstancielle ou d’une lecture partielle amplifiée par le débat public ?

Dès lors, la compatibilité entre un engagement maçonnique et une sympathie pour LFI relève-t-elle d’une contradiction insurmontable ou d’une tension féconde qui mérite d’être examinée ? La réponse semble moins évidente qu’il peut y paraître, de prime abord.

Les principes maçonniques à l’épreuve du pluralisme contemporain

Peut-on désormais être Franc-maçon et sympathisant LFI ?

Les obédiences maçonniques françaises ont historiquement défendu une conception exigeante de la laïcité : séparation des sphères religieuse et politique, égalité des citoyens, refus des assignations identitaires. Mais cette laïcité doit-elle être interprétée de manière stricte et uniforme ou peut-elle évoluer dans ses formes d’expression au regard des transformations sociales ?

De même, la fraternité universelle, souvent mise en avant, suppose-t-elle une neutralisation complète des appartenances particulières ou peut-elle coexister avec la reconnaissance de certaines expériences sociales différenciées ? Enfin, la primauté de la raison implique-t-elle une mise à distance de tout discours militant ou bien un effort constant de dialogue avec les tensions du monde contemporain ?

Ces questions traversent aujourd’hui les loges elles-mêmes et il n’est pas certain qu’elles appellent des réponses uniques.

Les prises de position de LFI : rupture, continuité ou relecture ?

Peut-on désormais être Franc-maçon et sympathisant LFI ?

Les réactions de LFI aux événements du 7 octobre 2023 ont suscité de vifs débats. L’absence initiale du terme « terrorisme » dans certaines déclarations ou encore les propos de figures du mouvement ont été diversement interprétés : pour certains, ils traduisent une ambiguïté problématique ; pour d’autres, ils relèvent d’une volonté de replacer les éléments dans une lecture géopolitique plus large.

Peut-on désormais être Franc-maçon et sympathisant LFI ?

De même, l’accent mis par LFI sur la cause palestinienne, sur la dénonciation de l’islamophobie ou sur certaines revendications liées aux minorités peut être lu de différentes manières. Est-ce le signe d’un glissement vers des formes de communautarisme ? Ou l’expression d’une tentative — discutable ou non — de répondre à des réalités sociales perçues comme insuffisamment prises en compte ?

Les données électorales, les initiatives parlementaires ou les départs de certains militants alimentent ces interrogations, sans nécessairement clore le débat.

La vie des loges face aux débats contemporains

Assemblée nationale en France
Assemblée nationale en France

Au sein même de certaines obédiences, notamment au Grand Orient de France, des tensions ont été rapportées autour de l’introduction de thématiques comme l’islamophobie ou la question palestinienne. Pour certains frères, ces sujets risqueraient de déplacer le travail maçonnique vers des terrains trop directement politiques ou identitaires ; pour d’autres, ils reflètent simplement l’inscription des loges dans leur époque.

Faut-il voir dans ces évolutions une forme d’entrisme idéologique ou plutôt l’expression d’une pluralité interne, inhérente à toute organisation vivante ? Où placer la limite entre débat légitime et dénaturation des travaux maçonniques ? Et qui en décide ?

L’histoire rappelle, d’ailleurs, qu’en France, les relations entre engagement politique et appartenance maçonnique ont toujours été complexes, parfois conflictuelles.

Universalisme et reconnaissance des différences : une opposition si nette ?

Une des lignes de fracture les plus souvent évoquées concerne l’opposition entre universalisme républicain et approches plus attentives aux identités ou aux discriminations spécifiques. Mais cette opposition est-elle aussi tranchée qu’on le dit ?

Peut-on désormais être Franc-maçon et sympathisant LFI ?

La laïcité, par exemple, doit-elle être comprise comme une stricte invisibilisation du religieux dans l’espace public ou comme un cadre permettant l’expression régulée des convictions ? La fraternité suppose-t-elle l’indifférence aux différences ou leur dépassement conscient ? Et la raison peut-elle intégrer des dimensions émotionnelles, historiques ou sociales, sans se renier ?

Dans cette perspective, les positions de LFI apparaissent à certains comme incompatibles avec l’idéal maçonnique, tandis que d’autres y voient une relecture — certes, contestée mais indéfiniment soumise à discussion — de ces mêmes principes.

Pour finir : une question de conscience… et de discernement

Plutôt que d’affirmer une incompatibilité absolue, ne faudrait-il pas envisager cette question sous l’angle, d’abord, d’un appel à la réflexion individuelle ? Être à la fois franc-maçon et sympathisant d’un mouvement politique implique sans doute de naviguer entre des tensions, des arbitrages et, le cas échéant, des inconforts et ce n’est point exclusivement réservé à un secteur de l’opinion, en particulier. Cependant, à ce stade, on ne peut s’empêcher de se demander s’il existerait, malgré tout, un éventail d’engagements « acceptables », au sein du spectre politique global. Ce n’est pas une mince affaire…

Et ce n’est pas, non plus, une mince affaire quand on s’interroge, en son for intérieur, sur le point de savoir jusqu’où l’on peut aller sans trahir ce que l’on considère comme les valeurs initiatiques essentielles ? À partir de quel moment une divergence de comportement ou de conviction devient-elle une contradiction ? En d’autres termes, la fidélité aux principes intangibles de la franc-maçonnerie ne peut-elle, en certaines circonstances, que conduire à un aménagement des positions politiques, de manière qu’exigence de lucidité et cohérence personnelle continuent d’aller de pair, dans un plein et constant exercice de la conscience ?

Se pose, alors, a minima, dans la confrontation à l’opinion d’autrui, la question de la tolérance et du respect mutuel, de l’honnêteté et de la tempérance des échanges. L’inquiétude reste nourrie par le choix de la « conflictualité » opéré par les figures majeures de LFI et c’est cette « brutalisation » du débat qui ne peut trouver place en loge ni même entre frères et sœurs, en dehors des travaux. Comme on ne peut réduire un être humain à une pièce sur un échiquier, il reste à espérer que son engagement maçonnique permette de le révéler dans sa complexité et sa nuance.

Au fond, la franc-maçonnerie n’échappe pas aux tourments contemporains mais elle doit résister aux tourmentes historiques. Sa question se résume, en quelque sorte, à ceci :

Comment rester fidèle à un idéal de raison, de fraternité et de liberté de conscience dans un monde où la violence des situations abolit les repères, où la vision des injustices comme les conceptions de la justice se fracassent constamment ?

Autre article sur ce thème

À lire aussi sur 450.fm

Un athanor qui change l’or en plombs…

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(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)

Depuis que l’affaire a éclaté, ce Journal rend compte de l’histoire criminelle la plus abracadabrantesque que la chronique judiciaire ait connue, mettant en cause plus d’une vingtaine d’individus qui, pour plusieurs d’entre eux, étaient liés, à titre personnel et non dans le cadre de leurs coupables activités, à des services de renseignement et qui, de surcroît, utilisaient une loge maçonnique comme point de rencontre[1]. Quiconque aurait imaginé un tel scénario avant la révélation des faits serait passé pour un esprit dérangé par un antimaçonnisme obsessionnel[2].

C’est, pourtant, ce qui s’est produit. Dans un tel contexte – avant de déchaîner leur haine –, les ennemis déclarés des Loges peuvent se contenter d’assister au spectacle et laisser se déployer dans le public, par l’entraînement du scandale, leur biais favori d’amalgame, ici gros comme une maison ou plutôt comme un temple maçonnique.

Un athanor qui change l’or en plombs…

L’affaire Athanor, aubaine pour l’antimaçonnisme

À la manière des pirates qui se repliaient dans l’anse profonde d’une île exotique, bercés par le chant de leurs futurs méfaits, ces bras cassés, ces dangereux branquignols, ces Pieds nickelés de roman noir, ont trouvé dans cette loge un  havre, un lieu discret d’échanges mais en rien leur source d’inspiration… sans quoi – il va sans dire – les quelque cent quatre-vingts mille frères et sœurs qui composent la maçonnerie française, avec leurs professeurs, leurs avocats, leurs dentistes, leurs médecins, leurs commerçants, leurs entrepreneurs, leurs employés, leurs cadres, leurs fonctionnaires voire leurs policiers… sans compter, l’âge venant, des palanquées de retraités passablement retirés des affaires, sans quoi, donc, tout ce petit monde chercherait plus ou moins l’occasion d’œuvrer en sourdine en faveur du crime et de la sédition, en vue d’imposer sa mainmise sur tous les rouages de l’État et d’en pervertir le fonctionnement et ce, « de toute évidence », au profit des obscurs intérêts d’un réseau satanique mondial. Ne lésinons pas dans la dénonciation car plus on jette l’effroi, plus l’effet en est glaçant, y compris pour la raison elle-même.

Alchimiste de l'athanor qui fabrique ses balles de révolver avec de l'or
Alchimiste de l’athanor qui fabrique ses balles de révolver avec de l’or

Ces sombres  théories, pour le moins grossières voire grotesques, couraient déjà allègrement au siècle dernier. Elles ne peuvent que prospérer davantage aujourd’hui, sous l’amoncellement des ombres et les fulgurances du doute, surtout en cette ère de suspicion et de défiance généralisées. Quelle aubaine phénoménale que ces crétins armés – et pas seulement de mauvaises intentions – ayant pour visée de parsemer la terre d’autres cadavres que de celui d’Hiram ! La folie encourageant la folie, on comprend aisément l’ampleur du délire que cela relance, surtout quand on sait que le soupçon du complot est au moins aussi prompt à germer dans les esprits que le désir de concorde et d’harmonie et fleurit ô combien plus vite que l’aspiration secrète d’une âme à s’élever. Une inversion de perspectives s’y produit : le discours lunaire n’est plus celui qu’on croit, d’autant qu’à son corps défendant, tout groupe humain, même s’il est plutôt plantureux et bienveillant, n’en abrite pas moins toujours quelques dégénérés, ne fût-ce que de manière résiduelle.

Un athanor qui change l’or en plombs…

Une franc-maçonnerie sans outils de contrôle

La maçonnerie douce, patiente et débonnaire en prend un sérieux coup sur la tête car, dans une telle situation, il lui est difficile de faire admettre à l’opinion que, par nature, elle manque d’outils de contrôle et que le rôle des frères inspecteurs se limite à veiller au respect de règles formelles que des malfrats sans scrupule n’ont évidemment aucun mal à contourner, parce qu’ils ne sont tout de même pas assez bêtes pour en faire l’objet de leurs discussions en loge ou de quelconques mentions dans leurs « planches tracées », c’est-à-dire dans les comptes rendus obligatoires de leurs « travaux » !

Un athanor qui change l’or en plombs…

Il ne faut pas oublier que la franc-maçonnerie est fondée sur la confiance mutuelle et le respect de la liberté profonde de chacun de ses membres – réunis, en l’occurrence, faut-il le rappeler, pour l’élévation de leur conscience et concomitamment celle de leurs devoirs, certes, sans l’imposition d’aucun dogme, mais dans la poursuite d’une quête intime. Ainsi, par construction, elle n’a pas vocation à constituer des équipes compétentes en matière de surveillance or, on le sait, c’est un métier d’être enquêteur ou juge et elle n’est formée que de bénévoles intermittents qui ont principalement à l’esprit les instruments symboliques de leur émancipation. Dans ce cadre, ils sont censés s’exercer à l’interprétation de métaphores, d’allégories et de paraboles et, pour certains d’entre eux, en France principalement, se livrer pacifiquement à des débats sociétaux autrefois en avance sur leur temps, désormais plutôt à la remorque des crises que traverse notre époque : rien donc qui puisse les entraîner à conduire des investigations et à instruire un procès en bonne et due forme.

Un athanor qui change l’or en plombs…

C’est pourquoi, dans un pays qui ne reconnaît qu’un ordre judiciaire, celui de l’État, les francs-maçons font confiance à la Justice et en tirent les conséquences à chaque fois qu’un des leurs est pénalement condamné. Du reste, ce dernier préfère le plus souvent prendre les devants et démissionner, au risque, sinon, d’être radié au terme d’une procédure disciplinaire rapide et rarement prise en défaut. Pour bien faire, devrait-on suggérer que chaque loge dût disposer d’un œil de Moscou, comme il y avait naguère un concierge travaillant pour la Stasi dans chaque immeuble d’Allemagne de l’Est ? C’est aux antipodes de ce que la franc-maçonnerie revendique comme mentalité et comme expérience. Elle ne saura jamais s’y résoudre et je plains la sœur ou le frère à qui incomberait une telle tâche, dans son Atelier.

Pape Leon XIV (Robert Francis Prevost)
Pape Leon XIV (Robert Francis Prevost)

Refuser l’amalgame entre une loge et toute la maçonnerie

Il faut donc vivre avec ce risque et veiller tant bien que mal à contrôler les éventuelles dérives comme les obédiences le font déjà dans nombre de cas dont on n’entend pas parler, ce qui, je le concède, est difficile à croire devant l’énormité de l’horrible machination qui défraye aujourd’hui la chronique et qui crée un effet de focalisation et de sidération hors normes, c’est le cas de le dire. Pour autant, présenter l’affaire Athanor comme révélatrice du pouvoir occulte et maléfique de la franc-maçonnerie en général n’est pas moins scandaleux que de désigner le Pape comme le chef de file d’une internationale pédophile ou, pour faire bonne mesure, de prétendre qu’au vu du profil des principaux protagonistes, on pourrait tout aussi fébrilement s’interroger sur un dévoiement supposément coutumier des services secrets, qui consisterait à constituer, à leur flanc, des officines de barbouzerie tentant d’improbables reconversions au profit de leurs membres – les directions en cause n’ayant, en l’espèce, pas hésité à utiliser la franc-maçonnerie comme couverture…

Rien de tout cela ne tient debout. Pourtant, à ce degré de trahison et d’infamie, la conscience s’avoue vaincue et nul ne parvient à comprendre comment un lieu où, par principe, doivent régner la tolérance, la tempérance et la fraternité, est devenu le creuset de toutes les vilénies, le cloaque immonde des pires turpitudes, comment une loge a pu profaner son  « titre distinctif », au point d’en faire un athanor qui change l’or en plombs…


[1] V. les articles parus sur le sujet, dans nos colonnes, en cliquant ici.

Cet édito n’est pas une chronique judiciaire. Il ne s’intéresse qu’à l’exploitation de cette actualité sous l’angle d’un pitoyable amalgame avec une franc-maçonnerie qui, « on vous l’a bien dit », ourdirait en permanence intrigues et conspirations.  Il va de soi que l’auteur de ces lignes éprouve une immense compassion pour les victimes de cet infernal « bureau du crime », expression utilisée ici dans un autre contexte que celui où elle a fait florès en brésilien, sous la dénomination de Escritório do Crime, renvoyant alors aux milices armées sévissant à Rio de Janeiro. Nos pensées vont aussi vers celles et ceux que cette terrible affaire a pu affecter, à quelque titre et degré que ce soit.

[2] Mutatis mutandis, cela me rappelle les rocambolesques aventures de Robert Langdon, dans le Da Vinci Code, le célèbre roman policier de Dan Brown. L’intrigue en est, certes, fort éloignée mais c’est sans doute la présence, dans les deux cas, d’intentions machiavéliques qui influence mon rapprochement, sachant, toutefois – et la distinction n’est pas de moindre importance –, qu’il s’agit, d’un côté, d’une œuvre de fiction magistralement ficelée, tandis que, de l’autre, dans l’affaire Athanor, se répètent ad nauseam les plus sordides réalités…

Quant à l’antimaçonnisme en général, on peut déjà se reporter, dans ce Journal, à la présentation du livre de Yonnel Ghernaouti, Antimaçonnisme : Une fabrique du soupçon, L’art d’y répondre, préf. Thierry Zaveroni, Paris : Éditions L.O.L., 2026, 254 p. (Broché  14,50 € – numérique 6,50 €), en cliquant ici.

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Le courage de dire vrai

Le courage de dire vrai était déjà désigné en Grèce antique par le mot « parrêsia ».

Le mot parrêsia (παρρησία) apparaît dès le 5e siècle av. J.-C. en Grèce. Étymologiquement : πᾶς (pâs = tout) + ῥῆσις (rhêsis = parole, discours) → « tout dire », « dire tout ce qu’on pense ». Mais pour Michel Foucault, ce n’est pas seulement la liberté d’expression moderne (protégée par la loi). C’est une pratique éthique et politique risquée, où l’on dit la vérité au risque de sa vie, de son statut ou de ses relations.

Le courage de dire vrai


Foucault la définit comme le courage de la vérité : une parole qui engage le locuteur personnellement, critique le pouvoir ou les conventions, et vise à transformer soi et les autres. Contrairement à la rhétorique (art de persuader), la parrêsia n’est pas flatteuse ; elle est brute, potentiellement blessante, et motivée par un devoir moral.

On peut noter dès à présent des différences avec d’autres notions proches

NotionCaractéristique principaleRisque personnel ?Vise le bien commun ?Exemple moderne approximatif
IsêgoriaDroit égal de parlerNonOuiTemps de parole égal TV/débat
RhétoriqueArt de persuader (beau discours)NonPas forcémentPublicité, campagne politique
ParrêsiaDire le vrai, quitte à blesser et se mettre en dangerOuiOuiLanceur d’alerte, dissident
LicenceParole libre mais sans souci de véritéNonNonProvocation gratuite

Michel Foucault et la parrêsia

Michel Foucault (1926-1984), philosophe français connu pour ses analyses du pouvoir et de la connaissance, s’intéresse à la parrêsia dans deux séries de cours : Le Gouvernement de soi et des autres (1982-1983) et Le Courage de la vérité (1983-1984)

Ces cours marquent un tournant vers l’Antiquité grecque et romaine où Foucault cherche à comprendre comment les sujets se constituent à travers des pratiques de vérité.

Pourquoi Foucault s’y intéresse-t-il ? Dans les années 1980, il réfléchit à la gouvernementalité (comment on gouverne les autres et soi-même).
La parrêsia devient un outil pour résister aux formes modernes de pouvoir (disciplinaire, biopolitique), en remettant la vérité au cœur de l’éthique.

Les cinq traits de la parrêsia

Foucault identifie cinq traits essentiels qui distinguent la parrêsia d’autres formes de discours. Ces critères ne sont pas absolus, mais ils forment un idéal-type pour analyser des pratiques historiques.
– La franchise (franc-parler) : La parrêsia est une parole directe, sans ornements rhétoriques. Le parrèsiaste (celui qui pratique la parrêsia) dit tout ce qu’il pense, sans masque ni stratégie. C’est l’opposé de la flatterie ou de la diplomatie. Exemple : un conseiller qui dit au roi ce qu’il ne veut pas entendre, sans tourner autour du pot.
– La vérité : Ce n’est pas une opinion subjective, mais ce que le locuteur croit sincèrement être vrai. La parrêsia implique une adéquation entre la pensée et la parole (logos). Foucault insiste : le parrèsiaste doit vivre selon cette vérité ; ce n’est pas du bluff.
– Le risque ou le danger : C’est le cœur de la parrêsia. Dire la vérité expose à des représailles : perte d’amitié, exil, prison, ou mort. Sans risque, ce n’est pas de la parrêsia, mais du bavardage. Foucault cite souvent Socrate : dans l’Apologie de Platon, Socrate préfère mourir plutôt que de taire sa critique d’Athènes.
– La critique : La parrêsia est toujours critique. Elle vise à dénoncer les illusions, les injustices ou les faux-semblants – chez les autres, mais aussi chez soi. C’est une parole qui « mord », qui dérange l’ordre établi. Elle peut être ascendante (du faible au fort, comme le philosophe face au tyran) ou descendante (du maître au disciple).
– Le devoir moral : Le parrèsiaste parle parce qu’il s’y sent obligé éthiquement. Ce n’est pas pour la gloire ou le profit, mais par souci de la vérité et du bien commun. Cela engage une ascèse personnelle : le parrèsiaste doit d’abord se gouverner soi-même pour guider les autres.

Ces caractéristiques montrent que la parrêsia n’est pas neutre ; elle est une technique de subjectivation, où dire vrai forme le sujet éthique.

De la parrêsia démocratique à la parrêsia cynique

Foucault trace une généalogie de la parrêsia de la Grèce antique à l’époque hellénistique et romaine, montrant comment elle passe du politique à l’éthique personnelle.

– Origines politiques (Ve-IVe siècles av. J.-C., Athènes) : Dans la démocratie athénienne, la parrêsia est un droit citoyen lié à l’Assemblée (ekklêsia). C’est la liberté de parole qui permet de critiquer les décisions collectives. Euripide l’évoque dans ses tragédies (Ion, Les Phéniciennes) comme marque de la démocratie contre la tyrannie. Mais déjà, un problème : comment distinguer le vrai parrèsiaste du démagogue flatteur ? Pour Foucault, c’est Platon qui critique cette parrêsia « mauvaise » (populiste) et propose une parrêsia philosophique « bonne ».

La parrêsia démocratique (Athènes classique) : le citoyen qui, dans l’assemblée, prend la parole pour dire une vérité impopulaire, au risque de l’ostracisme ou de la mort. C’est une parole risquée qui fonde le jeu agonistique de la démocratie.

La parrêsia philosophique : Socrate ne parle plus sur la tribune publique, mais dans la rue, dans le dialogue intime. Il exerce une parrêsia « éthique » qui met en jeu le soin de soi (epimeleia heautou) et l’examen de l’âme d’autrui. Socrate incarne la parrêsia comme examen de vie. Dans l’Apologie, il dit : « Je suis le taon qui pique Athènes pour l’éveiller. » La parrêsia devient une pratique de vérité introspective, liée à l’oracle de Delphes (Connais-toi toi-même »). Platon, dans La République et Les Lois, imagine le philosophe-roi comme parrèsiaste idéal, conseillant le prince sans peur. La mort de Socrate scelle cette forme : la philosophie devient une vie vraie, une existence mise en accord avec le dire-vrai, jusqu’au sacrifice ultime.

Le courage de dire vrai

La parrêsia cynique (Diogène, Cratès, etc.) : c’est ici que Foucault concentre l’essentiel de son effort. Le cynisme n’est pas une doctrine théorique, mais une philosophie pratique, un « athlétisme de la vérité » : provocation publique, vie scandaleuse, réduction des besoins au minimum, insolence face au pouvoir. Le cynique dit la vérité par ses actes autant que par ses paroles ; il fait scandale pour forcer les autres à se confronter à leur propre hypocrisie.

Foucault y voit une forme radicale de parrêsia : une vérité incarnée, corporelle, qui ne craint pas le rire, l’exclusion, la marginalité. Le cynisme pose la question : comment vivre autrement ? Comment faire de sa vie une protestation visible contre les conventions ? Cette dimension militante et existentielle veut  transformer la vérité en acte de liberté qui y trouve un écho avec certaines formes modernes de militantisme, de contre-cultures, de critique sociale incarnée.

– Mais, à l’époque impériale romaine, la parrêsia s’affaiblit face au pouvoir absolu des empereurs. Elle survit dans le christianisme primitif (parrêsia comme confession des péchés), mais perd son aspect critique politique.

Foucault utilise cette histoire pour montrer que la parrêsia n’est pas intemporelle : elle évolue avec les régimes de vérité et de pouvoir.

Pourquoi la parrêsia nous parle aujourd’hui

Pourquoi la parrêsia foucaldienne nous parle-t-elle aujourd’hui ?
Foucault, mort en 1984, n’a pas vu internet ni les réseaux sociaux, mais son analyse éclaire nos débats sur la « cancel culture », les fake news et les lanceurs d’alerte.
– Résistance au pouvoir : Dans un monde de surveillance (comme dans Surveiller et punir), la parrêsia est un outil de dissidence. Exemples : Edward Snowden ou les activistes climatiques qui risquent tout pour dire vrai.
– Éthique personnelle : Foucault lie parrêsia au « souci de soi » – une esthétique de l’existence où l’on se forme par la vérité. C’est une alternative aux normes imposées (médicales, psychologiques).

Cependant, certains reprochent à Foucault d’être élitiste, sa parrêsia étant réservée aux philosophes, ou relativiste, la vérité pour lui étant est subjective. Mais Foucault répond : elle est ouverte à tous, pourvu qu’il y ait courage.

La parrêsia foucaldienne n’est pas une recette, mais une invitation à repenser notre rapport à la vérité : non comme un dogme, mais comme une pratique risquée et libératrice. « La parrêsia est le pacte du sujet avec la vérité. » Elle nous rappelle que dire vrai n’est pas gratuit ; c’est un acte de liberté.

Le franc-maçon, un parrèsiaste ?

En franc-maçonnerie, la quête de la Vérité est au cœur des rituels et des textes fondateurs. On ne parle pas de « LA Vérité » dogmatique mais d’une recherche constante, sans limite, qui implique le doute, la discussion et l’abandon des certitudes préalables. → Le franc-maçon est invité à « tout dire » dans le temple: pas de mensonge, pas de langue de bois et la franchise dans les tenues. C’est une forme de parrêsia « tempérée » par le respect des règles fraternelles.

Certes, le risque est plus symbolique et social que physique mais dans certains contextes historiques ou pays autoritaires, être maçon relève du courage
Dans tous les cas, il y a un courage éthique : sortir de l’ego, accepter la critique fraternelle (le « travail sur la pierre brute »), dire sa vérité en loge, même si elle dérange (sans flatterie ni démagogie).

Dans le monde profane, le franc-maçon s’engage pour la justice, la laïcité, les droits humains, parfois au prix de l’ostracisme ou de la calomnie (accusations récurrentes de « secte », complotisme, etc.).
On peut parler explicitement du franc-maçon comme d’un parrèsiaste : un diseur de vérité qui assume le risque de la franchise pour le bien commun.

En Franc-maçonnerie, c’est presque un calque des derniers cours de Foucault où sa parrêsia évolue vers une éthique du souci de soi. Le sujet se transforme par la pratique de vérité avec l’ascèse collective et individuelle (réflexion, débat, remise en question)., l’examen de conscience (perfectionnement éthique, harmonie avec l’universel), la direction de conscience par des maîtres de vie (le rituel, les FF et SS).

Construire sa vie comme une œuvre est une esthétique de l’existence pour le franc-maçon

Cependant des différences importantes nous empêche de forcer le parallèle même si la Franc-maçonnerie peut être vue comme une des rares institutions modernes qui prolonge – de façon ritualisée et collective – certaines dimensions de la parrêsia foucaldienne.

AspectParrêsia foucaldienneÉthique maçonnique typique
RisqueSouvent vital / politique (mort, exil)Symbolique, social, professionnel (plus rarement vital)
CadreIndividuel ou maître-disciple / publicCollectif / fraternel (loge fermée)
Public / PrivéSouvent publique (agora, cour, rue cynique)Majoritairement « privée » (temple), puis profane
But ultimeRésistance au pouvoir / esthétique de soiPerfectionnement individuel + progrès humain
UniversalitéOuverte à tous (mais rare en pratique)Réservée aux initiés (mais vocation universelle)

Le franc-maçon ne se soumet pas aveuglement à un maître fut-il reconnu pour un sage, il ne refuse rien, mais s’oblige toujours a penser par lui-même.

Sincérité, vérité et doux mensonges

Aujourd’hui, on observe une forte tendance à remplacer l’exigence de vérité et de justification par l’exigence de sincérité : il suffit qu’une personne soit sincère dans sa croyance, peu importe si elle est fondée ou délirante. Cette attitude favorise la tolérance apparente, mais aussi la crédulité généralisée et le relativisme mou.

Comme le soulignait déjà Anatole France dans La vie en fleur : « « Je le répète : j’aime la vérité. Je crois que l’humanité en a besoin ; mais certes elle a bien plus grand besoin encore du mensonge qui la flatte, la console, lui donne des espérances infinies. Sans le mensonge, elle périrait de désespoir et d’ennui. »

Par exemple, dans une relation amoureuse, l’un et l’autre ont sans doute besoin de vérité – de cette lucidité qui permet de se voir tels qu’on est vraiment, avec ses failles, ses limites, ses ombres. Mais, dans la plupart des cas, ils ont encore bien davantage besoin du mensonge doux, de ces petites illusions flatteuses, de ces consolations mutuelles, de ces espoirs un peu embellis que l’on se murmure ou que l’on se laisse croire.

Sans ces tendres mensonges – « Tu es la plus belle personne que j’aie jamais connue », « Personne ne m’a jamais compris comme toi », « je veux vivre avec toi jusqu’à ma mort » sans ces compliments exagérés, ces promesses un peu trop absolues, ces regards qui magnifient l’autre au-delà de ce qu’il est réellement, beaucoup de couples risqueraient de périr d’ennui, de désillusion brutale ou de désespoir tranquille.

La vérité nue peut être un scalpel nécessaire ; elle peut aussi, si elle est dite trop tôt, trop crûment, trop souvent, trancher le fil fragile qui tient encore deux êtres ensemble. L’amour durable a souvent besoin, non pas de mensonge cynique, mais de ces douces fictions partagées qui embellissent la réalité juste assez pour qu’elle reste supportable, désirable, vivable jour après jour.


Le Maître Secret ou l’apprentissage de l’intérieur

Francis Dorfiac propose avec Sentences et Maximes 4e degré – un nouvel apprentissage un livre bref par l’étendue, mais dense par la tension intérieure qui le traverse. Il ne s’agit pas seulement d’un commentaire moral destiné à accompagner le Maître Secret dans ses premiers pas au-delà de la maîtrise symbolique. Il s’agit d’un art de relire l’initiation lorsque celle-ci cesse d’être seulement mémoire du drame d’Hiram pour devenir exercice de rectitude, gouvernement de soi, ascèse de l’intelligence et disponibilité à une vérité qui ne se laisse jamais posséder.

Le Maître Secret ou l’apprentissage de l’intérieur

Le quatrième degré y apparaît comme un passage réel, non un supplément

Avec lui, le maçon quitte le seul registre de l’habileté opérative pour s’approcher d’une juridiction intérieure où chaque parole entendue devient une charge, chaque maxime une pierre d’attente, chaque sentence une épreuve adressée à la conscience.

Ce qui retient d’abord, chez Francis Dorfiac, c’est ce refus du vague

Le Maître Secret ou l’apprentissage de l’intérieur

La spiritualité qu’il invoque n’a rien d’une buée verbale. Elle oblige. Elle redresse. Elle rappelle que la quête de la Parole perdue n’est jamais une ivresse du commentaire, mais une mise à l’épreuve de l’être. Le livre a cette vertu rare de ramener les hauts grades à leur nécessité nue. Non à l’enflure d’un imaginaire de collectionneur, mais à l’exigence d’une transformation. Dans ces pages, le Maître Secret n’est pas flatté. Il est requis. Il lui faut apprendre à écouter, à discerner, à ne pas idolâtrer les figures humaines, à ne pas confondre les mots et les idées, à ne pas profaner le nom de vérité en le rabattant sur ses préférences. Nous touchons ici à l’un des points les plus justes du livre. L’initiation commence à porter son fruit lorsqu’elle nous déprend de nous-mêmes, de nos automatismes d’opinion et de nos fidélités sans examen.

Francis Dorfiac fait sentir avec une netteté heureuse que le quatrième degré s’enracine dans une dramaturgie plus ample que celle d’un relèvement

Le Maître Secret ou l’apprentissage de l’intérieur

En plaçant dans le même horizon Hiram, Lazare, Salomon et les lévites, il montre que le chemin maçonnique n’avance pas seulement par répétition rituelle, mais par approfondissement des figures. Hiram n’est plus seulement le maître frappé puis relevé. Il devient la question même de ce qu’une vie transfigurée exige d’un homme. Lazare, lui, introduit une gravité bouleversante. Revenir à la vie n’est pas revenir au même. Toute renaissance authentique déplace l’âme, dérange les habitudes, impose une manière nouvelle d’habiter le monde. Quant à Salomon, il représente cette royauté intérieure où la justice, la mesure et la fidélité à la loi universelle ordonnent l’action. Les lévites enfin rappellent que l’élection initiatique n’est jamais privilège, mais service.

Ce livre vaut aussi par ce qu’il combat silencieusement. Il s’élève contre les faux maîtres, contre les idoles humaines, contre la tyrannie des formules et le relâchement du jugement.

Il rappelle que la franc-maçonnerie ne demande pas d’abord d’adhérer, mais de devenir capable de justice

Le Maître Secret ou l’apprentissage de l’intérieur
Tablier Maître Secret

Le secret n’y est pas dissimulation jalouse, mais intériorité conquise. Le devoir n’y est pas obéissance servile, mais consentement lucide à ce qui nous dépasse. La vérité n’y est pas possession triomphante, mais approche, tension, purification du regard. Cette insistance donne au livre une portée qui excède le cadre maçonnique strict. Elle touche à l’éthique de l’esprit.

Il faut aussi saluer la tonalité de l’ensemble

Le Maître Secret ou l’apprentissage de l’intérieur

Francis Dorfiac écrit comme un frère qui veut transmettre sans écraser. Sa parole demeure ferme, parfois sévère, mais jamais hautaine. En cela, ce volume prolonge un travail déjà engagé. Francis Dorfiac avait publié en 2023, chez Numérilivre, le tome 1er de Sentences et Maximes. Le livre de 2026 en reprend l’intuition première et l’approfondit avec davantage d’ampleur et de méditation. De Francis Dorfiac, nous savons surtout, à travers ce qu’il donne à lire, qu’il appartient à ces auteurs maçonniques pour lesquels écrire revient à servir. Sa bibliographie connue, encore resserrée, témoigne d’une persévérance plus que d’une dispersion. Trop d’ouvrages sur les grades supérieurs s’abandonnent à la compilation ou à la paraphrase. Francis Dorfiac choisit une autre voie. Il cherche moins à impressionner qu’à disposer l’âme à recevoir. C’est pourquoi ce livre, sous sa sobriété, touche à quelque chose d’essentiel. Il rappelle que le quatrième degré ne demande pas seulement d’aller plus loin. Il demande d’aller plus juste, plus vrai, plus intérieurement.

Le Maître Secret ou l’apprentissage de l’intérieur

Sentences et Maximes 4e degré – un nouvel apprentissage

Francis Dorfiac – Éditions Numérilivre, coll. Sentences et Maximes des Hauts Grades Maçonniques, Tome 2, 2026, 102 pages, 20 € / L’éditeur, le SITE

Le Maître Secret ou l’apprentissage de l’intérieur

Autre livre de la série

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Les maisons de retraite maçonniques aux États‑Unis

Un modèle fraternel de bienveillance et de continuité des soins

Aux États‑Unis, le concept de maisons de retraite maçonniques (ou Masonic Homes / Masonic Retirement Communities) incarne l’une des expressions les plus concrètes de la philosophie maçonnique : la charité, la fraternité et le soutien mutuel. Ces établissements, gérés par les Grandes Loges des différents États ou par des entités maçonniques affiliées, offrent un cadre de vie sécurisé et épanouissant aux francs‑maçons âgés, à leurs conjoints, veuves et, dans certains cas, à des membres de leur famille élargie.

Ils représentent une tradition centenaire, née au XIXe siècle, bien avant l’instauration de la Sécurité sociale moderne, et qui s’est adaptée avec constance aux besoins contemporains du vieillissement.

L’exemple emblématique : MAHOVA, en Virginie

L’exemple le plus emblématique est le Masonic Home of Virginia (MAHOVA), situé à Richmond, en Virginie (site : www.mahova.org). Fondé en 1890, ce complexe illustre parfaitement l’évolution du modèle : d’un orphelinat maçonnique à une Continuing Care Retirement Community (CCRC) ultramoderne.

Nous allons explorer en profondeur le concept, son histoire, son fonctionnement, ses valeurs et son actualité, en s’appuyant sur MAHOVA comme cas d’étude concret.

Les origines historiques du concept aux États‑Unis

Staff

Le mouvement des maisons de retraite maçonniques remonte au milieu du XIXe siècle, époque où la franc‑maçonnerie américaine connaissait un essor considérable après la guerre de Sécession. Les loges, organisées au niveau des États, voyaient dans la création de foyers une réponse directe aux principes de relief (secours) et de brotherhood (fraternité).

  • 1865–1890 : Naissance des premières structures
    Les premières initiatives naissent dans le Kentucky (Masonic Homes of Kentucky, ouvert en 1867 à Louisville), au Missouri (1889) ou encore dans le Maryland. Ces foyers étaient initialement destinés aux veuves, orphelins et maçons indigents touchés par la guerre, la pauvreté ou la maladie. Ils fournissaient logement, repas, vêtements et soins médicaux.
  • Fin XIXe – début XXe siècle : Expansion à l’échelle nationale
    Près de 40 États créent leur propre Masonic Home. Exemples notables : Masonic Home of Florida (1919), Minnesota Masonic Home (1918), ou encore les Masonic Villages of Pennsylvania. Ces établissements sont financés par des dons des loges, des campagnes de levée de fonds et des legs maçonniques.
  • Après 1935 : Passage de l’orphelinat à la communauté senior
    Avec l’arrivée de la Social Security (Sécurité sociale) et des programmes fédéraux, les foyers se recentrent progressivement sur les seniors. Les orphelinats ferment ou se transforment ; les sites deviennent des communautés de retraite à continuum de soins :
    independent living, assisted living, skilled nursing.
  • Aujourd’hui : Champs de vie à grande échelle
    Ces institutions gèrent des campus de plusieurs dizaines d’hectares, avec des milliers de résidents. Elles restent majoritairement prioritaires pour les maçons (et leurs familles), mais certaines accueillent aussi des non‑maçons sous conditions.

Principes et fonctionnement général

Une maison de retraite maçonnique n’est pas une simple résidence pour seniors : c’est une communauté guidée par les valeurs maçonniques (tolérance, intégrité, aide mutuelle).

  • Statut juridique
    Organisations à but non lucratif (statut 501(c)(3)), souvent affiliées à la Grande Loge de l’État.
  • Modèle économique
    • Frais d’entrée (entrance fee) remboursables en partie ou totalement selon les contrats.
    • Frais mensuels couvrant hébergement, repas, services et soins.
    • Financement complémentaire : dons, legs, fonds maçonniques et investissements.
  • Continuum de soins
    Du logement indépendant (cottages ou appartements) à l’assistance quotidienne, en passant par les soins infirmiers et la mémoire (Alzheimer). L’objectif est de permettre aux résidents de vieillir sur place sans déménagement forcé.
  • Éligibilité
    • Généralement réservée aux maçons en règle (Master Masons).
    • Conjoints ou veuves (parfois condition de mariage ≥ 5 ans).
    • Parfois parents proches.
    • Âge minimum souvent 60–65 ans.
    • Évaluation médicale obligatoire.
  • Avantages spécifiques pour les maçons
    • Priorité d’accès, tarifs préférentiels.
    • Atmosphère fraternelle : cérémonies symboliques, bibliothèque maçonnique, événements intergénérationnels.
    • Esprit de mutualisme : les maçons d’aujourd’hui financent, par leurs cotisations et dons, la sécurité des aînés de la fraternité.

MAHOVA : un exemple parfait de modernité et de fidélité aux racines maçonniques

Situé au 500 Masonic Lane, Richmond, Virginie, sur un domaine de plus de 90 acres (environ 36 hectares) boisé et sécurisé (gated community), MAHOVA fête en 2025 ses 135 ans d’existence. Son nom complet : Masonic Home of Virginia (d’où l’acronyme MAHOVA).

Histoire de MAHOVA

  • 1890 : Charte accordée par l’Assemblée générale de Virginie. Le Dr George Potts, maçon fervent, convainc la Grande Loge de Virginie de créer un foyer. Le captaine A.G. Babcock offre 5 000 dollars et 44,5 acres de terrain. Le site ouvre comme orphelinat maçonnique pour les enfants des Master Masons de Virginie.
  • 1890–1975 : Plus de 835 à 839 enfants y sont élevés, nourris, éduqués et accompagnés vers l’autonomie.
  • 1975 : Transition majeure vers une communauté de retraite pour adultes, répondant aux besoins des maçons vieillissants et de leurs familles.
  • Aujourd’hui : Plus de 200 résidents adultes, campus moderne avec cottages, appartements et unités de soins.

Offres de vie et services

MAHOVA est une CCRC complète :

  • Masonic Village – Cottage Living (vie indépendante)
    • 45 cottages de 2 chambres, avec cuisine équipée, certains proposant une véranda (sunroom).
    • Services inclus : ramassage des ordures, ménage bi‑hebdomadaire, maintenance intérieure/extérieure, tonte de pelouse, lutte antiparasitaire, déneigement.
    • Un repas par jour, bibliothèque, activités communautaires.
  • Appartements et suites studio
    Pour une vie indépendante plus compacte, tout en restant intégré à la communauté.
  • Assisted Living
    Soutien quotidien (gestion des médicaments, hygiène, mobilité) dans un environnement respectueux de la dignité.
  • Skilled Nursing
    Soins infirmiers 24/7, rééducation post‑opératoire.

Avantages uniques de MAHOVA

  • 30 jours gratuits par an en Assisted Living ou Skilled Nursing pour convalescence ou problèmes temporaires.
  • Transition fluide vers des niveaux de soins supérieurs, quel que soit l’état de santé ou la situation financière (garantie du modèle CCRC).
  • Programme d’activités riche :
    • Soirées cinéma, concerts, danses, jeux de cartes, ateliers de menuiserie, cours d’art, salle de sport, jardinage.

Éligibilité et admission

  • Âge minimum : 60 ans pour les cottages.
  • Priorité aux maçons de Virginie, conjoints ou veuves (mariage ≥ 5 ans).
  • Familles élargies sélectionnées.
  • Évaluation médicale conforme aux normes de l’État de Virginie (niveau de soins ≤ Assisted Level II à l’entrée).
  • Processus : Demande via le Community Sales Director → examen individuel → approbation par le Board of Governors.

Aspects financiers

  • Frais d’entrée : de 45 000 $ à 334 900 $ selon la taille et le type de résidence (remboursement partiel possible sous conditions).
  • Frais mensuels : de 2 255 $ à 12 600 $ selon le niveau de soins.
  • Services inclus :
    • Ménage, maintenance, repas, blanchisserie, activités, transport (courses et rendez‑vous médicaux), coordination médicale.
  • Accessibilité renforcée par les dons maçonniques et les campagnes de levée de fonds (Eternal Light Society, Evergreen Campaign).

Le site propose visites guidées, calendrier d’activités et équipe dédiée aux admissions.

Autres exemples notables aux États‑Unis

Le modèle MAHOVA n’est pas isolé. Parmi les plus réputés :

  • Masonic Villages of Pennsylvania : plusieurs campus, continuum complet, histoire depuis 130 ans.
  • Masonic Homes of California : évolution d’orphelinat à centres de réadaptation et résidences haut de gamme.
  • Texas Masonic Retirement Community : résidences de luxe avec vue imprenable.
  • Minnesota Masonic Home ou Masonic Home of Missouri : fidèles à la tradition charitable du XIXe siècle.

Chaque État adapte le concept à sa culture locale, mais tous partagent le même ADN maçonnique : solidarité, soutien et bienveillance.

Les valeurs maçonniques au cœur du projet

Au‑delà des infrastructures, ces maisons incarnent :

  • La charité : Priorité aux plus vulnérables.
  • La fraternité : Liens intergénérationnels et entre résidents.
  • La tolérance et la dignité : respect de chaque parcours de vie.
  • L’engagement communautaire : bénévolat, dons et transmission des valeurs.

Elles prouvent que la franc‑maçonnerie n’est pas seulement philosophique : elle est aussi concrète et sociale.

Un modèle d’avenir pour le vieillissement digne

Les maisons de retraite maçonniques américaines, dont MAHOVA est un fleuron, démontrent qu’il est possible de concilier tradition séculaire et modernité médicale. Dans un pays où le coût des soins aux seniors explose, ces communautés offrent :

  • sécurité financière,
  • qualité de vie,
  • sens communautaire.

Elles rappellent que la fraternité n’a pas d’âge : elle accompagne l’être humain de la naissance à la fin de sa vie.

Si vous êtes maçon, conjoint ou proche d’un maçon en Virginie, une visite à MAHOVA (tél. : 804‑222‑1694) pourrait bien être le premier pas vers une retraite sereine et enrichissante aux USA.

Pour découvrir d’autres établissements, consultez les sites des Grandes Loges de chaque État.

Ce concept, né de la générosité maçonnique du XIXe siècle, continue d’illuminer le XXIe siècle comme un phare de compassion et de solidarité.
Welcome home… à MAHOVA et dans toutes les maisons maçonniques d’Amérique.

Pascal Bèfre élu nouveau Grand Maître de la GLTSO

La Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra (GLTSO) a élu, le 11 avril 2026, Pascal Bèfre à la dignité de Très Respectable Grand Maître. Une élection qui s’inscrit dans la continuité de l’obédience, tout en affichant une volonté nette de conjuguer fidélité initiatique, bienfaisance et réflexion sur l’avenir.

Pascal Bèfre élu nouveau Grand Maître de la GLTSO
Pascal Bèfre, Grand Maître de la GLTSO

Réunie en Convent le 11 avril 2026, la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra a porté Pascal Bèfre à sa plus haute charge. Il succède à Philippe Cangémi et prend la tête d’une obédience masculine, traditionnelle forte de plusieurs milliers de membres en France et à l’étranger.

Entré en Maçonnerie en 1992, Pascal Bèfre a suivi un chemin de responsabilité continue au sein de l’Ordre. Initié à la loge Le Centre des Amis n°1, il en fut le Vénérable Maître de 2004 à 2007. Il exerça ensuite les fonctions de Conseiller fédéral, puis de Grand Maître adjoint pour la région Île-de-France-Normandie, avant de siéger au Grand Collège fédéral.

Ses premières orientations donnent le ton

Pascal Bèfre élu nouveau Grand Maître de la GLTSO

Le nouveau Grand Maître entend poursuivre l’œuvre de ses prédécesseurs dans une maçonnerie fidèle à ses principes, mais consciente de sa place dans la cité. La bienfaisance figure parmi ses priorités immédiates. Plus encore, il souhaite ouvrir une réflexion de fond sur l’instruction et l’éducation à l’horizon 2040-2050.

Ce choix n’a rien d’anodin

Pascal Bèfre élu nouveau Grand Maître de la GLTSO

 Il indique une volonté de ne pas réduire le mandat à la seule administration obédientielle. Il marque au contraire un désir de transmission, de préparation et de projection dans le temps long. En cela, Pascal Bèfre place d’emblée son action sous le signe de la continuité, mais aussi de la responsabilité.

La GLTSO rappelle volontiers qu’elle se fonde sur la fraternité, la tolérance et la bienfaisance, et qu’elle conçoit la franc-maçonnerie comme un ordre initiatique voué au perfectionnement moral et spirituel.

Pascal Bèfre élu nouveau Grand Maître de la GLTSO

L’élection de son nouveau Grand Maître semble pleinement s’inscrire dans cette ligne, avec une attention particulière portée aux enjeux éducatifs et sociétaux des décennies à venir.

Une élection de continuité, donc, mais une continuité qui ne se contente pas de préserver. Elle entend aussi préparer, transmettre et bâtir.

Le communiqué de presse

Pascal Bèfre élu nouveau Grand Maître de la GLTSO

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AFFAIRE ATHANOR – EXCLUSIF : Entretien avec Alain Juillet, fondateur de la GL-AMF et ex-directeur du Renseignement de la DGSE

Dans l’affaire Athanor, au-delà du seul dossier judiciaire, c’est toute la question du discernement, de la vigilance éthique et de la fidélité à la vocation initiatique qui se trouve posée. À l’heure où les amalgames prospèrent, où l’émotion publique brouille les lignes et où l’exigence de vérité se heurte trop souvent au vacarme des interprétations immédiates, certaines paroles ne relèvent pas du simple commentaire d’actualité. Elles témoignent d’une expérience, d’une mémoire, d’une capacité d’analyse qui obligent à regarder plus haut et plus loin.

Alain Juillet a accepté d’apporter à 450.fm un éclairage d’une rare densité.

Ancien Grand Maître fondateur de la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française, ancien haut responsable du renseignement à la DGSE, puis chargé de l’intelligence économique auprès du Premier ministre, Alain Juillet réunit en une même voix la connaissance de l’État, l’intelligence des situations de crise et une compréhension profonde des équilibres maçonniques. Son regard ne procède ni de l’émotion passagère ni du jugement hâtif. Il s’enracine dans l’expérience, dans la lucidité et dans cette hauteur de vue que mûrit un long exercice des responsabilités.

Il nous a paru essentiel de recueillir son analyse

Non pour ajouter une voix au tumulte, mais pour comprendre ce que cette affaire révèle, au-delà d’elle-même, des fragilités humaines, des dérives possibles et des devoirs permanents de toute institution initiatique.

450.fm : Au-delà du dossier judiciaire lui-même, que révèle selon vous l’affaire Athanor sur les risques de dévoiement qui peuvent menacer toute structure initiatique lorsqu’elle perd de vue sa finalité spirituelle et morale ?

Alain Juillet : Il faut différencier la structure initiatique qui dérive, d’un élément de cette structure qui part en vrille. Dans le premier cas, c’est une évolution lente dans laquelle les dirigeants successifs contribuent en faisant rentrer ou en laissant privilégier des approches éloignées de notre finalité. C’est ainsi que la plupart des grandes obédiences ont dû affronter des moments où l’affairisme, la politique, le népotisme ou la corruption étaient pratiquées par les plus hauts responsables ou un trop grand nombre de leurs frères. Quand une loge ou un groupe de loges dérivent, c’est que les règles de l’Obédience et les contrôles mis en place pour l’éviter n’ont pas fonctionné. Une loge est un milieu fermé dans lequel les frères sont supposés faire régner l’ordre et la concorde, dans le respect de l’éthique, de nos valeurs, des règles et des rituels. Il faut, néanmoins, qu’il y ait un contrôle externe pour vérifier leur application car cette forme d’indépendance ne peut fonctionner que dans l’interdépendance pour assurer la cohérence de l’Obédience. Il faut donc identifier les dérives à leur début et en analyser les raisons pour mettre immédiatement en place une veille et des outils empêchant que cela puisse continuer et se reproduire.

450.fm : En tant qu’ancien Grand Maître, comment distinguer clairement, aux yeux du public, ce qui relève de la responsabilité d’individus ou d’un groupe dévoyé, et ce qui ne saurait, en aucun cas, être imputé à l’ensemble de la franc-maçonnerie ?

Alain Juillet – Wikipédia

A. J. : Je pense qu’il faut assumer ce qui s’est passé et ne pas hésiter à l’expliquer médiatiquement pour éviter les confusions regrettables. Le silence s’appuyant sur le secret ne tient pas quand le public veut comprendre et on le lui doit pour préserver la Franc-Maçonnerie dans son ensemble. Ceci peut aussi permettre de tordre le cou à de vieilles croyances. La loi interdisant de réaliser des enquêtes approfondies sur les candidats, il est très difficile de séparer le bon grain de l’ivraie et nos méthodes de sélection peuvent être contournées par des individus mal intentionnés. En théorie, la Loge aura des doutes et identifiera le mauvais frère.

Le Vénérable et son collège doivent détecter et intervenir quand un faux frère s’agite et commence à former un groupe. Cela ne tient pas si la Loge est défaillante ou complice. C’est pourquoi il faut un contrôle extérieur qui alerte en présence de certains signes. Il doit s’accompagner d’une capacité d’intervention allant jusqu’à la Chambre de Justice. Le problème, comme on l’a vu dans l’affaire Athanor, c’est quand ils ne font rien de mal en Loge et se retrouvent à l’extérieur pour d’autres objectifs. C’est malheureusement un problème que l’on retrouve partout, du couple au groupe sportif, quand on découvre que celui ou celle qu’on côtoyait et croyait bien connaitre a des comportement inacceptables dans d’autres lieux.

450.fm : Au regard de votre expérience du renseignement, de la sécurité et du discernement humain, quels sont les signaux faibles ou les mécanismes de dérive qu’une obédience devrait savoir repérer plus tôt pour prévenir ce type de situation ?

A. J. : Il faut, tout d’abord, que le Grand Maître et son équipe soient inattaquables sur le plan de l’honnêteté et de la probité car ils donnent l’exemple. Il faut, ensuite, refuser l’entrée à tout candidat qui n’a pas un casier judiciaire vierge. Si, dans certains cas, au nom de la fraternité ou de la miséricorde, on admet des frères qui ont été condamnés, il faut les mettre sous haute surveillance pour éviter une surprise toujours possible. Dans le fonctionnement normal de l’Obédience, il faut rappeler aux Vénérables Maîtres qu’ils ne doivent pas seulement écouter les planches et leurs commentaires…

Avec leurs collèges d’officiers, ils doivent connaître tous les frères de l’atelier, les suivre, échanger avec eux et réagir chaque fois qu’une phrase, un commentaire ou une blague soi-disant drôle n’est pas en ligne avec notre philosophie. Il faut écouter, approfondir et intervenir chaque fois que cela paraît nécessaire car c’est un combat permanent et indispensable. De même, il faut considérer toutes les étapes d’un recrutement comme des actes essentiels pour la sécurité future de la loge et de l’Obédience. Le laxisme, au nom de la fraternité et de la tolérance, ou la volonté de faire du recrutement à tout prix peuvent devenir mortels.

450.fm : Face à une affaire aussi sensible, quelle doit être, selon vous, la juste attitude d’une obédience maçonnique entre silence, parole publique, protection de l’institution, respect de la justice et fidélité à l’exigence de vérité ?

A. J. : Il ne faut pas craindre d’expliquer comment cela est arrivé car le silence, qui permet tous les fantasmes, est la pire des solutions. Sachant que les médias découvriront tôt ou tard la vérité, il ne faut pas craindre de les rencontrer. En étant clair et factuel, on oblige nos ennemis à reconnaitre que l’événement aurait pu arriver n’importe où, même chez eux.

En revanche, il ne faut pas laisser tout le monde s’exprimer car ce sera la cacophonie et nos détracteurs sauront en tirer parti. Il faut désigner, dans l’Obédience, celui ou ceux qui vont servir de porte-parole pour expliquer l’événement, son contexte et les mesures prises pour que cela ne se reproduise pas. Les gens qui découvrent le problème doivent apprendre au même moment que les décisions nécessaires ont été prises. J’ajouterais que l’expérience et l’histoire montrent que nos problèmes éclatent sous des formes proches et avec une ampleur diverse, dans toutes les Obédiences. C’est pourquoi l’humilité est de rigueur. Il faut éviter de se poser en donneur de leçon, sous prétexte que cela se passe chez l’autre. 

450.fm : Plus profondément, quelle leçon la franc-maçonnerie française devrait-elle tirer de cette affaire pour l’avenir, tant sur le plan du recrutement, de la formation, de la vigilance éthique que de l’exemplarité attendue de ses membres ?

A. J. : Je crois l’avoir expliqué tout au long de cet interview. En France, durant la deuxième guerre mondiale, la propagande a transformé la franc-maçonnerie en un monstre froid, athée et sectaire, qui veut avoir le pouvoir politique par ses proxis. Le concept de laïcité a été perverti. La quête spirituelle a été oubliée. La capacité d’influence a été sortie de son contexte. Ces fausses interprétations constituent le substrat de l’antimaçonnisme actuel. Elles nous ont coûté très cher et un problème comme celui d’Athanor relance les critiques et les affirmations dénigrantes.

Depuis longtemps, nous voyons beaucoup de profanes s’éloigner de nous par méconnaissance de la réalité maçonnique. C’est pourquoi nous devons communiquer, dialoguer et expliquer ce que nous sommes, sans honte et sans gêne, comme cela se passe dans les pays européens et aux Amériques. D’autant que le secret maçonnique n’a jamais été pour l’extérieur mais en nous. Il suffit d’acheter des livres pour tout connaitre. Il s’agit donc d’autre chose. Dans un monde en perte de repères, nous apportons, dans la variété de nos obédiences et avec nos valeurs, des réponses et des clés à tous ceux et celles qui s’interrogent. Mais, pour recruter et former à notre vision d’un monde meilleur, il faut être inattaquable sur le plan éthique et exemplaire par la pratique de nos valeurs à l’extérieur des Loges.

Nous remercions très sincèrement notre Très Cher Frère Alain Juillet pour la clarté, la hauteur de vue et la gravité fraternelle de ses réponses. Dans un temps porté à la confusion, cette parole rappelle qu’aucune institution initiatique ne peut durer sans vigilance, sans exigence morale et sans fidélité à sa vocation première.