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L’éthique compagnonnique au cœur du Temple maçonnique ?

Nous allons prendre la devise des compagnons comme une pierre d’angle et bâtir autour d’elle une véritable hygiène de la vie maçonnique. « Ni se servir ni s’asservir, mais servir » n’est pas un slogan mais une discipline.

Rites et mystères chrétiens des Compagnonnages
Rites et mystères chrétiens des Compagnonnages

Si on l’habite vraiment, elle devient un système immunitaire contre les affaires intérieures qui affaiblissent nos Obédiences et brouillent notre parole dans la cité. Je te propose une lecture longue, à la fois symbolique et très concrète, qui montre comment la Franc-Maçonnerie peut s’en inspirer pour prévenir malversations, corruptions, influences indues, avantages particuliers et réseaux d’affaires dévoyés.

Nous savons d’où nous venons.

Le compagnonnage rappelle que le métier n’est pas seulement une technique mais une tenue intérieure. Le Tour décape les certitudes. L’accueil éduque à la différence. La communauté exige et relève. L’Adoption et la Réception gravent dans la mémoire des gestes qui deviennent manières d’être. Transposé en loge, cela définit un art de gouverner. Gouverner une obédience, c’est conduire un chantier dont l’ouvrage est la confiance. La confiance est lente à monter, rapide à s’effondrer. Elle se nourrit de trois nourritures simples et sévères qui déclinent la devise compagnonnique.

Ne pas se servir d’abord.

Cela signifie renoncer à tout usage privatif des charges, des budgets, des réseaux, des symboles. Dans la pratique, cela commence par la clarté des règles. Le fil à plomb de l’éthique se nomme conflit d’intérêts. Toute Sœur, Tout frère appelé à une fonction doit déclarer ses intérêts professionnels, associatifs, familiaux, capitalistiques, et s’abstenir chaque fois qu’une décision peut les toucher. On ne préside pas une commission qui attribue un marché à l’entreprise d’un proche. On ne négocie pas un bail avec un propriétaire frère sans mise en concurrence loyale. On ne transforme pas un véhicule de service en avantage personnel, ni un logement obédientiel en confort discret. On ne glisse pas une location d’appartement ou de salle à des conditions opaques. Les remboursements vivent à l’ombre portée du reçu, les frais se justifient par l’objet, jamais par le rang. Le niveau rappelle que la même règle vaut pour tous, des dignitaires aux membres de base, sans privilèges de caste ni tolérances coutumières.

Ne pas s’asservir ensuite.

Cela signifie refuser les clientèles et les allégeances qui réduisent l’indépendance du jugement. On peut s’asservir à une faction, à une communication, à un mécène, à une admiration, à une peur. La maçonnerie ne doit pas devenir un champ d’attraction d’intérêts profanes qui dictent ses choix. Ici, la règle intervient comme gouvernail. Les nominations s’appuient sur des critères publiés. Les appels d’offres, même modestes, sont tracés du premier courriel à la dernière facture. Les partenariats se déclarent et se bornent. Les dons se consignent. Les invitations et cadeaux reçoivent un registre, et l’on refuse ce qui excède la courtoisie pour ne pas emprunter son jugement. L’on n’accepte pas d’être porte-voix d’un pouvoir temporel ni chambre d’échos d’un lobby. Nous travaillons à couvert mais non dans l’ombre.

L’équerre et le compas, symbole de la franc-maçonnerie, représentés au plafond du grand temple maçonnique de Nancy. Alexandre Marchi – L’Est Républicain – MaxPPP

Servir enfin.

C’est le cœur de l’affaire. Servir veut dire orienter chaque décision vers l’Œuvre et non vers soi. Dans le rituel, l’étoile flamboyante n’est pas un projecteur. Le Vénérable ordonne, il ne règne pas. Le Grand Maître représente, il ne s’approprie pas. Le maillet n’est pas un sceptre. Le compas commence par se poser sur soi. Servir prend corps dans des dispositifs concrets qui transforment des vertus en procédures. L’humilité devient rotation réelle des charges avec périodes de respiration pour éviter les baronnies. La modestie devient sobriété des honneurs et limitation stricte des dépenses d’apparat. La droiture devient audit régulier confié à des yeux extérieurs et publication claire des comptes. La fraternité devient protection des lanceurs d’alerte pour que celui qui signale un manquement ne soit ni isolé ni brisé. La justice devient procédure disciplinaire contradictoire et lisible, orientée d’abord vers la réparation, ensuite vers la sanction quand il le faut.

Image par Solange Sudarskis

On dira que ce sont des évidences.

Elles ne le sont jamais assez. Les affaires naissent des zones grises. La tentation est douce. La loge, parce qu’elle réunit des compétences, peut aussi agréger des intérêts. Le risque n’est pas d’avoir des frères entrepreneurs ou des sœurs influentes, c’est de laisser leurs réseaux dicter la délibération, ou d’autoriser la loge à devenir un accélérateur d’affaires. Pour prévenir cette dérive, il faut séparer les plans. Dans le Temple, on ne sollicite pas. On ne propose pas à la volée des prestations ou des mises en relation lucratives. Les discussions d’affaires, si elles doivent exister, se tiennent hors Tenue, dans des espaces balisés et transparents, sous peine de corrompre la parole symbolique. Il faut le dire sans détour : la fraternité n’est pas un carnet d’adresses. Elle est une exigence d’honnêteté qui, parfois, impose de dire non.

Ce garde-fou moral se traduit par des gestes précis qui, mis bout à bout, forment un système de prévention. Avant les élections, chaque candidate, chaque candidat, publie une déclaration d’intérêts et un engagement de probité. Les programmes incluent un chapitre éthique qui promet des mécanismes vérifiables et mesurables. Une fois élus, les exécutifs rendent des comptes selon un calendrier connu. Les procès-verbaux des décisions non confidentielles sont diffusés. Les marchés dépassant un faible seuil monétaire connaissent une publicité minimale, trois devis, et une grille simple de choix. Les conventions passées avec des structures tenues par des membres font l’objet d’une mise à distance, avec abstention de ceux qu’elles concernent.

Les frais sont plafonnés, les indemnités clarifiées, les per diem encadrés, les déplacements justifiés par un ordre de mission.

Les véhicules de service répondent à une politique écrite où l’on sait qui y a droit, pourquoi, et comment on contrôle l’usage. Les logements de fonction obéissent à des critères publics de nécessité et non d’agrément. Les sponsors ne dictent ni le contenu ni le casting des événements. L’archive est un bien commun : on la tient avec rigueur, on l’ouvre aux historiens selon la loi et la décence, on n’y fait pas de trous d’air.

Musée du Compagnonnage
Musée du Compagnonnage

À ce dispositif s’ajoute la pédagogie, car on ne prévient pas l’abus par la peur seule mais par la culture. Former systématiquement les officiers à l’éthique des organisations, c’est leur donner un outillage intérieur. On y apprend à reconnaître les conflits d’intérêts, à manier la transparence sans exhiber, à écrire une décision, à justifier un refus, à accueillir un signalement. On y réapprend la grammaire de nos outils. Le fil à plomb enseigne la verticalité de la conscience. Le niveau rappelle que personne n’est au-dessus de la règle. La règle montre que l’on avance par bornes claires. Le levier indique la manière de déplacer des masses sans briser les êtres. Le maillet invite à frapper juste et non fort. Le ciseau apprend à reprendre plutôt qu’à recouvrir. Les arts libéraux, revisités, deviennent des méthodes de pensée contre l’embrouille : la rhétorique pour débusquer la langue de bois, la logique pour démonter les sophismes, l’arithmétique pour lire un budget, la géométrie pour équilibrer un organigramme, la musique pour entendre l’accord juste entre exigences concurrentes.

Certains craindront que cette clarté ne refroidisse l’âme. C’est l’inverse. La probité donne de la chaleur, car elle rend possible la confiance. Elle fait de la fraternité autre chose qu’un mot aimable. Elle permet la parole libre, la vraie, celle qui n’est redevable à personne. Elle libère l’énergie des meilleures volontés. Elle empêche les étouffements silencieux. Elle autorise la critique sans procès d’intention. Elle protège les timides contre les habiles. Elle desserre l’étreinte des réputations. Elle transforme la loge en atelier où l’on ose remettre l’ouvrage.

Pour que cette culture prenne, il faut aussi ritualiser l’éthique. Avant l’ouverture des travaux, on peut lire, à haute voix, une courte prière laïque à la probité. À la fermeture, on consacre une minute à la « question des biens et des devoirs de l’Ordre », temps bref où l’on vérifie un point concret, une décision en attente, un retour à donner. Une fois par an, chaque loge consacre une Tenue à l’éthique de la charge et au bon usage des moyens communs. Chacun y parle en conscience, sans faux héroïsme ni fausse pudeur. Les maîtres y racontent des cas, non pour juger mais pour apprendre ensemble. Les Apprentis entendent que l’équerre ne se porte pas seulement au tablier. Les Compagnons constatent qu’elle s’essaie à la table des décisions.

Il faudra, lorsque survient malgré tout la faute, savoir articuler justice et miséricorde. La justice exige des procédures claires, des délais, des voies de recours, des parités. La miséricorde demande d’accueillir le repentir, de permettre la réparation, de préférer le relèvement à la relégation lorsque cela est possible. Les deux ensemble font de la sanction une étape de vérité et non une vendetta. Les deux ensemble évitent le cynisme qui détruit les maisons.

ÉTHIQUE et ATHÉISME
ÉTHIQUE et ATHÉISME

Reste un point délicat, les réseaux.

La fraternité crée naturellement des liens forts. Ils peuvent devenir une force pour le bien commun si on les met au service d’œuvres nettes et ouvertes. Ils deviennent un poison si on en fait des circuits fermés d’avantages mutuels. La parade est simple et exigeante : ce qui relève de l’intérêt privé ne se cache pas derrière le mot Fraternité.

On ne vend pas la Fraternité, on ne la loue pas, on ne la troque pas.

On peut, hors loge, travailler ensemble à des projets profanes, mais on s’interdit d’instrumentaliser la Tenue, les grades, le secret, le rituel, comme autant de sésames. Le secret protège l’intime initiatique, pas les combines. L’honneur protège le faible, pas le puissant en faute. La main qui serre n’est pas une poignée d’initiés qui s’arrangent, c’est une promesse faite à soi-même de tenir l’équerre face à la pente.

On pourra graver cela dans une petite charte de service, non pour s’enfermer, mais pour se souvenir.

Une page, pas davantage, que chaque officier signe au début de sa charge, que chaque atelier affiche dans sa salle humide, que chaque obédience publie au vu de tous. On y dirait simplement que nul ne se sert des moyens communs pour son bénéfice, que nul n’asservit sa liberté à une faction, qu’ainsi chacun s’engage à servir l’Œuvre. On y fixerait les gestes qui rendent ces mots vrais : déclarer ses intérêts, s’abstenir quand il le faut, rendre des comptes, ouvrir ses livres, accueillir la critique, protéger la parole qui alerte, préférer la rectification rapide à la défense d’honneur.

Alors, la devise compagnonnique cessera d’être une citation élégante. Elle deviendra notre manière d’habiter le Temple.

Nous retrouverons la patience des bâtisseurs qui savaient que la pierre porte si l’on respecte son fil. Nous redonnerons à nos Obédiences l’allure simple des maisons où l’on travaille sans bruit. Nous offrirons à la cité une voix qui ne tremble pas quand elle parle de droiture. Nous relèverons, là où l’on a chuté, non par habileté mais par fidélité. Nous comprendrons enfin que servir n’est ni s’effacer ni s’exalter, mais s’aligner, au quotidien, sur une lumière qui ne s’achète pas.

Ni se servir. Ni s’asservir. Mais servir. Et que cela se voie, non dans nos discours, mais dans la manière dont nous tenons la règle quand nul ne regarde.

Être Franc-maçon : un engagement humaniste et solidaire

Le lieu dans lequel se réunissent les Francs-Maçons s’appelle un Temple. Les Francs-maçons qui s’y rassemblent sont des Frères et des Sœurs. Certains travaillent en suivant les principes d’un Rite, dit « Ecossais Ancien et Accepté » dont le détail a été fixé il y a plus de 120 ans, sur des bases vieilles de plusieurs siècles, voire plusieurs millénaires.

Certains pourraient croire que la Franc-maçonnerie est un ordre religieux, quand d’autres sont persuadés qu’il s’agit au contraire d’un ordre anti-religieux. En réalité, ce n’est ni l’un ni l’autre. La Franc-maçonnerie est un ordre initiatique traditionnel et universel fondé sur la Fraternité

La Franc-maçonnerie dite « spéculative » telle que nous la connaissons aujourd’hui a repris ou n’a cessé de perpétuer nombre de traditions des guildes et corporations de maçons du Moyen-âge, organisés en loges opératives. Les Devoirs auxquels s’obligeaient les hommes de métier, tels que les décrivent les anciens manuscrits du 14ème, du 15ème et du 16ème siècles,  créaient entre eux une solidarité explicite.

Les règles de l’Art royal n’étaient transmises qu’à ceux qui en étaient jugés dignes, de manière progressive et sous le sceau du secret le plus absolu. Lorsque des membres non professionnels, nobles ou notables locaux, vinrent à être acceptés dans ces Loges, ils furent à leur tour instruits de ces secrets en même temps que des devoirs qui s’imposaient aux membres. Peu à peu, se créèrent des Loges dont les hommes de métier étaient absents, mais leur héritage demeurait le ciment liant les membres acceptés, désormais entre eux, qu’il s’agisse des traditions et des usages.

Le mot d’Ordre, qui désigne une institution, mérite d’être explicité : ordre désigne à la fois l’association, la collectivité organisée et hiérarchisée, en même temps que le principe d’organisation, au sens d’agencement, de discipline, de paix et d’harmonie. Tout en se gardant de confondre le mot et les idées qu’il véhicule, on conviendra que cette dualité sémantique mérite d’être explicitée. Si l’on en juge par les dictionnaires, le mot « ordre » a une pluralité de sens, dont on voit pourtant qu’ils procèdent d’une même idée fondamentale.  Ils renvoient ici aux ordres de chevalerie ainsi qu’aux religieux ou professionnels.

Ainsi, la Franc-maçonnerie est un Ordre, une organisation structurée et hiérarchisée.

Chacune de nos loges est un groupe d’hommes et/ou de femmes qui choisissent librement de se lier à la structure qui les rassemble par serment, chacun s’engageant à respecter certaines règles non seulement le temps qu’ils passent ensemble mais au-delà, dans leur vie quotidienne, faisant preuve d’exemplarité au nom de principes et de valeurs qui se traduisent en une éthique sans compromis.

Le Serment (Dionysos Tsokos, 1849) illustre une cérémonie d’initiation : le pope semble être Grigórios Phléssas, le combattant Theódoros Kolokotrónis.

La notion de serment librement prêté, d’allégeance librement consentie en pleine conscience, est constitutive de la démarche du Franc-maçon. Le besoin de règles est tout autant essentiel. L’univers est ordonné, par des lois immuables. Les Francs-maçons les attribuent à un Principe Créateur qu’ils appellent Grand Architecte de l’Univers, pour laisser chacun libre de sa foi, de ses convictions religieuses, de sa pratique ou de sa non-pratique. Car la liberté de pensée et de croyance est essentielle.

Sans liberté, point de responsabilité. Sans responsabilité, point de valeur morale aux pensées non plus qu’aux actions. Mais sans serment, point d’engagement véritable. L’engagement est lui aussi constitutif de la responsabilité.

La voie maçonnique est une voie spirituelle, une voie de libération, une voie de responsabilisation. C’est un engagement.

Un engagement qui laisse à chacun de ceux qui s’y engagent la liberté de ses conceptions métaphysiques ou religieuses, en même temps qu’elle est une invitation à se déterminer à progresser vers la part d’universel et d’intemporel dont chaque élément de la Création, chaque être humain notamment, est porteur. C’est précisément en cela que la voie que propose l’Ordre maçonnique tel que nous la concevons n’est pas opposée à celle qu’offrent les religions. Mais elle n’y est pas davantage assujettie.

Les règles qui régissent les mouvements des astres, comme la vie des espèces animales qui peuplent notre planète – la nôtre y comprise bien sûr –  sont pour l’essentiel intangibles, ces dernières n’évoluant que pour refléter les évolutions de leur environnement ou pallier d’éventuelles lacunes.

Les règles sont nécessaires pour éviter l’anarchie et la vaine dispersion des énergies. Mais parce qu’elles sont partagées et qu’elles s’imposent à tous de la même façon, les règles sont aussi un facteur de cohésion du groupe ainsi qu’un vecteur d’équité. Une société où règne l’équité est davantage encline à la paix et à l’harmonie. Pour un groupe d’homme qui se voue à la recherche, l’Ordre est le gage d’une indispensable et fructueuse sérénité.

On comprend aussi que la spiritualité n’est pas seulement un champ de recherche ou d’expériences intérieures, mais bien la source vivante de valeurs éthiques, le fondement d’un humanisme authentique. En clair, celui ou celle qui s’engage en Franc-maçonnerie s’engage par là même à adopter et à conserver une posture fondée sur une véritable ouverture à l’autre, qui procède de la conscience au plus profond de soi d’une même filiation. Même s’il est évident que l’élévation spirituelle, le recours au symbolisme ou à des mythes sont des composantes essentielles, pour ne pas dire constitutives, de l’engagement maçonnique, il va de soi que tout Maçon, toute Maçonne, se doit de prolonger au dehors l’œuvre commencée dans le Temple.

En d’autres termes, l’engagement maçonnique ne se limite pas à deux, trois ou quatre fois trois heures dans le mois ; c‘est un engament permanent, qui doit se manifester dans tous les actes de la vie, personnelle comme professionnelle. Il faut donc convenir de ce que le passage du monde sacré au monde profane, est une alternance qui nous permet de progresser, non seulement dans notre cheminement maçonnique mais aussi, et peut-être surtout dans notre vie quotidienne.

L’engagement du maçon ne serait qu’une mascarade s’il se limitait à l’espace de la Loge. C’est en dehors du Temple que les vérités acquises sur les colonnes peuvent et doivent avoir des applications pratiques. La réflexion symbolique et l’implication sociale, certes rigoureusement séparées, sont indispensables l’une à l’autre. Le travail symbolique prend tout son sens s’il nourrit un combat de tous les instants, au sein de sa famille, de son immeuble, de son travail, de son pays…

Pierre-Marie Adam ancien Grand Maître de la GLDF

En fait, un Franc-Maçon n’est rien s’il n’est qu’un homme qui conduit une réflexion métaphysique sur le sens de sa vie. Il lui faut aussi être utilement un humaniste qui apporte sa contribution solidaire au monde qui l’entoure. Comme l’a résumé un ancien Grand Maître de la Grande Loge de France, Pierre-Marie Adam : « c’est parce que nous nous améliorons nous-mêmes que nous pouvons être et agir différemment, y compris dans le monde. Outre travailler sur le plan symbolique et initiatique, nous nous intéressons évidemment aux progrès du monde, à la technique, la bioéthique, la laïcité, etc. Toutes les grandes questions qui sont la vie en société, l’humanité. »

Les Francs-maçons et Franc-maçonnes réfléchissent à la place que nous devrons avoir dans la société de demain. Ils réfléchissent à ce que nous aurons à dire puisque nous sommes régulièrement interrogés en tant que groupe de pensée.   Ils réfléchissent à comment construire un monde plus équitable, moins discriminant, plus égalitaire. Quelles que soient les différences qui, naturellement et très heureusement, nous distinguent, nous partageons les mêmes idées sur l’engagement, la solidarité, l’égalité entre tous les hommes, comme sur l’exemplarité de la maçonnerie.

En clair, au-delà de notre diversité, nous sommes un groupe d’humains qui partageons les mêmes grandes aspirations, qui respectons et promouvons  un cadre moral acceptable par tous, commun à tous, et qui place l’Homme au milieu de son projet, mais aussi au centre de son écosystème afin qu’il le protège.

C’est ce que disait Claude Saliceti, auteur de « Humanisme, franc-maçonnerie et spiritualité » (Puf), et de « L’humanisme a-t-il un avenir ? » (Dervy) lorsqu’il écrivait que « le projet central de l’humanisme : [est d’] enseigner à chaque être humain à conduire lui-même sa vie, dans le souci de l’universel, c’est-à-dire du destin commun de l’humanité.
Pour ce Franc-maçon d’aujourd’hui, médecin et Franc-maçon engagé,  il demeure plus que jamais le seul espoir de rassembler tous les hommes dans la liberté, en leur permettant de donner sens à leur vie, dans le respect et la compréhension de l’autre.

Mais Claude Saliceti était lucide, et il assortissait son espérance d’une précaution indispensable, en poursuivant : « Mais à la condition pour lui de s’affirmer davantage comme une éthique, une spiritualité, de la liberté, de la connaissance et de la responsabilité propres à aider les humains à mieux distinguer et à vivre les valeurs essentielles communes à leurs différentes traditions culturelles et religieuses. »

C’est la raison pour laquelle les Francs-maçons accepte l’expression de toutes les idées qui respectent la liberté de conscience de ses membres, excluant par nature les extrémismes religieux ou politiques de tous bords qui sont incompatibles avec ses principes fondamentaux de respect et de dignité des êtres humains, quelles que soient leur origine ethnique ou culturelle.

La solidarité est l’une des valeurs-clés de la démarche maçonnique. La solidarité s’exerce évidemment vis-à-vis des Frères et Sœurs de sa Loge, lorsqu’ils sont dans la peine ou le besoin. Elle s’exerce aussi vis-à-vis des Frères ou Sœurs des autres Loges, par l’intermédiaire de ce nous appelons l’hospitalerie ou par celui de structures dédiées à l’aide aux enfants orphelins, de frères prématurément disparus, ou à ceux qui recherchent un emploi, un toit, un secours pour franchir un cap difficile de leur vie.

Mais notre démarche de solidarité va bien au-delà. Beaucoup d’obédiences ont créé un Fonds de Dotation, une fondation qui soutient financièrement chaque année des associations, des œuvres, qui aident des adolescents paumés dans telle région de France, ; des enfants palestiniens atteints de malformations cardiaques opérés et soignés dans des hôpitaux israéliens ; des handicapés pris en charge pour développer leur autonomie ; et des dizaines d’autres organisations à travers la France et le monde qui font œuvre d’entraide, d’ assistance, en un mot de solidarité en action.

La solidarité, ce sont aussi les nombreuses actions en faveur de l’Ukraine et des réfugiés ukrainiens, par exemple l’envoi des camions chargés d’un bloc opératoire, d’une salle de réveil et de modules d’accueil. La solidarité, c’est aussi l’action auprès des plus jeunes, qu’il faut d’abord écouter et comprendre, comme la réflexion sur les plus âgés, ceux qui sont au soir de leur vie.

Les Francs-Maçons et Francs Maçonnes ont  toujours été à la pointe des réflexions et des propositions concrètes sur des sujets touchant la dignité humaine tels certains anciens Grands Maîtres, Gustave Mesureur, créateur de l’Ecole d’infirmières et directeur de l’Assistance Publique, ou Pierre Simon, fondateur du Mouvement français pour le planning familial.

Le mot « Humanisme» recouvre la notion d’engagement. Les mots transmission et tradition ne sont pas désuets, mais au contraire bien vivants : nous voulons proposer « une démarche de tradition au cœur des enjeux contemporains ».

Finalement, l’engagement maçonnique est d’abord la recherche d’un idéal.

Cet idéal commence et se concrétise dans la Loge, où toutes les conditions sont réunies afin que chacun quels que soient son origine, sa croyance, son statut social, puisse trouver sa place, être entendu et être à l’écoute, échanger avec bienveillance, ce qui permet à chacun de s’enrichir. Au-delà de cette vie intérieure, chaque Franc-maçonnes ou Franc-maçon s’attache à poursuivre au dehors l’œuvre commencée dans le Temple.

Guilde des bâtisseurs

 Citoyen engagé, il mettra en pratique l’idéal qu’il conçoit en Loge et cherchera à apporter sa pierre à l’édifice, en agissant dans la société autour de lui comme dans le vaste monde qui l’entoure. L’engagement tel que le vit un  Franc-maçon consiste certes à libérer une parole d’espérance, mais aussi à s’impliquer très concrètement dans des actions de solidarité. C’est s’inscrire en fait à la fois dans le respect de la tradition et dans la modernité de notre époque.

C’est donner pleinement son sens à la devise que les obédiences maçonniques  partagent avec la République : Liberté – Égalité – Fraternité.

Robert Redeker et Heinz Wismann lauréats de la 4e édition du Prix littéraire des Rencontres Écossaises

Le 4e Prix littéraire des Rencontres Écossaises est décerné à ROBERT REDEKER pour son ouvrage Descartes – Le miroir aux fantômes publié aux éditions du Cerf et à HEINZ WISSMAN (catégorie essais) pour Lire entre les lignes – Sur les traces de l’esprit européen édité chez Albin Michel. Ces prix seront remis par Antoine Sénanque, lauréat 2024, en présence des récipiendaires à Angers le samedi 11 octobre dans le cadre des 41e Rencontres Écossaises qui réunissent chaque année près de 800 participants.

Le Prix littéraire des Rencontres Écossaises, créé en association avec le site littéraire La Griffe (www.lagriffe.info), distingue des ouvrages publiés entre le 1er avril 2024 et le 31 mars 2025. Ces œuvres peuvent être des essais, documents ou biographies dont le sujet est lié à l’ésotérisme, la spiritualité, la philosophie ou les traditions. Les œuvres primées ne peuvent être des œuvres numériques ou auto-éditées. Ses précédents lauréats ont été : Frédéric Lenoir en 2022 pour Jung, un voyage vers soi (Albin Michel), Françoise Schwab en 2023 pour Vladimir Jankélévitch (Albin Michel) et Antoine Sénanque en 2024 pour Croix de Cendre (Grasset). 

9 ouvrages étaient finalistes et présentés à un jury composé de responsables d’associations françaises et étrangères, partenaires des Rencontres Écossaises. Son président d’honneur est Antoine Sénanque, lauréat 2024 pour son ouvrage Croix de cendre publié chez Grasset. Françoise Schwab, lauréate 2023 pour Vladimir Jankélévitch (Albin Michel) est membre d’honneur du jury.

Les finalistes

Alice au pays des idées de Roger-Pol Droit (Albin Michel)
Comme l’espérance est violente de Haïm Korsia (Flammarion)
Descartes de Robert Redeker (Éditions du Cerf)
Forger le faux de Paul Bertrand (Seuil)
La Gnose antique d’André Paul (Éditions du Cerf)
La Splendeur du monde de Laurence Devillairs (Stock)
Le médiocre et le génie de Patrice Guillamaud (Éditions du Cerf)
Lire entre les lignes de Heinz Wismann (Albin Michel)
Spinoza code de Mériam Korichi (Grasset)

Les lauréats

Robert Redeker

• Robert Redeker, né le 27 mai 1954 à Lescure (Ariège), est un philosophe français et professeur agrégé de philosophie. Il est l’auteur d’une œuvre remarquée en France comme à l’étranger où plusieurs de ses livres ont été traduits, parmi lesquels les ouvrages majeurs que sont L’Éclipse de la mort et Les Sentinelles d’humanité. Il a publié récemment, aux Éditions du Cerf, L’abolition de l’âme.

Le livre : Descartes – Le miroir aux fantômes

Pourquoi retourner à Descartes aujourd’hui ? Robert Redeker nous convie ici à relire le premier philosophe à avoir écrit en français. Non pas pour adopter toutes ses thèses, mais bien pour retrouver son geste à la fois radical et fondateur : recommencer à philosopher.Il était temps de le faire. Il était temps de clore enfin la parenthèse de la déconstruction et de ses enfants terribles, qui influent sur tous les débats politiques et sociétaux d’aujourd’hui. Il était temps de revenir au doute, sans l’ériger en système, mais pour l’employer en méthode de quête du savoir. À la racine du propos cartésien gît une foi inébranlable en la vérité. Sur le champ de ruines de la pensée moderne, place à la reconstruction !

Au-delà d’un Descartes suivi, puis adulé, statufié, puis critiqué, voici un Descartes complexe et souvent inattendu. Voici un Descartes qui dialogue avec ses successeurs, qui leur parle, qui nous parle. Par un maître, sur un maître, voici un ouvrage pour revenir à la source de la philosophie d’expression française.

Heinz Wismann

• Heinz Wismann est un philosophe et philologue allemand né en 1935 à Berlin, spécialiste en herméneutique et en histoire des traditions savantes. Il est directeur d’études émérite à l’École des hautes études en sciences sociales.

Le livre : Lire entre les lignes – Sur les traces de l’esprit européen

Heinz Wismann aime la philosophie et la musique, la philologie et le football, Héraclite et Kant, la France et l’Allemagne, et il n’aime rien tant que penser, non pas seulement en français ou en allemand, en grec ou en latin, mais bien entre les langues, entre les lignes. C’est là qu’il évolue, en funambule, et fait de la capacité de se tenir à l’écart de soi un art de vivre et de penser, librement, loin de tous les schémas imposés. Dans les pas d’un penseur et passeur hors du commun qui a su, en cinquante ans de pérégrination à travers l’Europe, transmettre et reconstruire différentes traditions oubliées – des philosophes présocratiques à la philosophie allemande – pour mieux décrypter le rapport au monde des grandes nations occidentales, ce livre rassemble une œuvre considérable, inclassable, plurielle, qui explique que Heinz Wismann occupe aujourd’hui une place de tout premier plan dans le monde de la philosophie et de la pensée contemporaines.

Pour en savoir plus :

Les Rencontres Écossaises réunissent pendant deux journées un ensemble d’intervenants sur un thème lié à la spiritualité, l’ésotérisme, la philosophie ou les traditions. Pour son édition 2025 (11 et 12 octobre à Angers), le thème choisi est : « le Réel ». Chaque année, ce sont près de 800 congressistes qui assistent à cet événement majeur parrainé par l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan. Parmi les intervenants de cette année, on peut noter la présence de Bertrand Vergely, philosophe, et de Patrick Peter, ancien directeur de l’Institut d’Astrophysique de Paris.

à Visiter le site des Rencontres Écossaises

Contacts

Pour toute information complémentaire, vous pouvez contacter utilement :

• Claude Guichard – 06 81 13 62 70 (Rencontres Écossaises)
• Stéphane Demazure – 06 42 47 61 69
(Rencontres Écossaises)

communication@rencontres-ecossaises.com

Palais royal, loge maçonnique et château : les visites incontournables de l’Anté Festival

De notre confrère belge rtbf.be – Par Caroline Veyt

À l’occasion de l’Anté Festival, qui se tiendra du 17 au 19 octobre 2025 à Anvers, les amateurs d’histoire, d’architecture et de culture ésotérique auront l’opportunité unique de découvrir des lieux emblématiques de la ville, souvent fermés au public. Parmi les visites incontournables figurent le Palais royal, une loge maçonnique et un château historique, offrant un voyage à travers les strates de l’héritage anversois.

Ces sites, soigneusement sélectionnés pour l’événement, promettent de ravir les curieux en quête d’expériences immersives, avec des guides passionnés pour éclairer les mystères et les anecdotes qui les entourent.

Le Palais royal : un joyau de l’histoire anversoise

Palais royal de Bruxelles – Crédit Diego Delso

Le Palais royal, situé au cœur d’Anvers, est une résidence historique qui témoigne de la grandeur passée de la monarchie belge. Construit au XVIIe siècle, ce bâtiment majestueux allie baroque flamand et influences françaises, avec ses façades ornées et ses salons richement décorés. Lors de l’Anté Festival, les visiteurs pourront pénétrer dans des salles habituellement réservées aux événements officiels, comme la salle du trône et la galerie des glaces. Les guides mettront en lumière l’évolution du palais, de résidence royale à lieu de réception, tout en évoquant son rôle pendant les périodes troublées, notamment durant la Seconde Guerre mondiale.

Un accent particulier sera mis sur les détails architecturaux, tels que les fresques allégoriques et les meubles d’époque, qui racontent l’histoire des souverains belges. Cette visite offrira aussi un regard sur les jardins royaux, récemment restaurés, où des expositions temporaires liées au festival seront présentées. C’est une occasion rare de se plonger dans l’histoire politique et culturelle de la Belgique, avec une touche de glamour aristocratique.

La loge maçonnique : un mystère dévoilé

L’un des temps forts de l’Anté Festival sera l’ouverture exceptionnelle d’une loge maçonnique anversoise, un lieu chargé de symbolisme et habituellement inaccessible. La franc-maçonnerie, bien implantée en Belgique depuis le XVIIIe siècle, a laissé une empreinte significative dans la région, et cette loge, fondée au XIXe siècle, en est un exemple remarquable.

Les visiteurs pourront découvrir l’intérieur orné de symboles ésotériques – compas, équerres, colonnes – et assister à une présentation sur les rituels et la philosophie maçonnique.

Les guides, souvent des membres de la loge eux-mêmes, expliqueront comment cet espace sert de cadre à des débats philosophiques et à des réflexions sur la société, tout en respectant l’anonymat des membres actuels. Une section sera consacrée à l’histoire locale de la maçonnerie, notamment son influence sur les mouvements libéraux et laïcs en Belgique. Cette visite promet d’être une plongée fascinante dans un monde discret, où le secret et la lumière coexistent, et où l’Anté Festival offrira une perspective contemporaine sur ces traditions.

Le château : une forteresse chargée d’histoires

Le troisième incontournable est un château médiéval situé en périphérie d’Anvers, dont les origines remontent au XIIIe siècle. Ce site, jadis une forteresse défensive, a été transformé au fil des siècles en résidence seigneuriale, puis en lieu de mémoire. Lors de l’Anté Festival, les visiteurs exploreront les tours crénelées, les salles voûtées et les cachots, où des reconstitutions historiques seront proposées pour évoquer la vie des chevaliers et des seigneurs d’antan.

Les guides mettront en avant les légendes locales, comme celle d’un trésor caché ou d’un spectre errant, ajoutant une touche de mystère. Une exposition temporaire présentera également des artefacts découverts lors de fouilles récentes, offrant un éclairage sur l’évolution du château à travers les âges. Cette visite combinera histoire militaire, architecture gothique et folklore, faisant de ce lieu un pont entre passé et présent, parfaitement en phase avec l’esprit exploratoire du festival.

Départ pour Laeken lors de la visite en Belgique de la reine Victoria du Royaume-Uni, Palais royal (Bruxelles), août 1852. — La légende de l’Univers illustré est : « Départ du roi Léopold de Belgique de son château de Laeken, le 21 juillet. » Celle-ci comporte deux erreurs : il ne s’agit pas du Château royal de Laeken, mais du Palais royal de Bruxelles, et la date n’est pas le 21 juillet 1863, mais un certain jour d’août 1852…

Pourquoi ces visites pendant l’Anté Festival ?

L’Anté Festival, qui célèbre l’art, la culture et l’histoire sous toutes leurs formes, a choisi ces trois lieux pour leur capacité à raconter des récits multiples. Du faste royal à l’introspection maçonnique, en passant par l’héritage médiéval, chaque site reflète une facette de l’identité anversoise. Les organisateurs ont collaboré avec des historiens, des architectes et des membres de la communauté locale pour proposer des parcours enrichis, incluant des conférences et des ateliers. Les billets, disponibles dès maintenant sur le site officiel du festival, sont limités, alors que les inscriptions pour les visites guidées sont déjà très demandées.

Ces découvertes, programmées du 17 au 19 octobre 2025, coïncident avec le pic de la saison automnale, offrant un cadre visuel spectaculaire avec les feuillages dorés d’Anvers.

Que vous soyez passionné d’histoire, intrigué par les mystères maçonniques ou simplement curieux, ces visites promettent une expérience mémorable, alliant éducation et émerveillement. Ne manquez pas cette occasion de découvrir Anvers sous un nouvel angle, à l’aube de cet événement culturel majeur.

Grande cérémonie du centenaire de la naissance du caodaïsme au Vietnam

Article rédigé par Thu Dung Tran

Le 2 septembre 2025, un événement d’une importance historique pour le Vietnam a marqué le 80e anniversaire de la Révolution d’Août (19 août) et la proclamation de l’indépendance de la République démocratique du Vietnam par le Président Hô Chi Minh. Les Vietnamiens ont organisé une parade grandiose, tissant un lien entre les racines profondes de leur histoire et la vision d’une nation moderne, ouverte et fière de son indépendance.

Le 6 octobre 2025, dans le sud du Vietnam, les caodaïstes ont célébré solennellement les 100 ans de la fondation de leur religion. De nombreux frères et sœurs de cette foi se sont réunis au grand siège de Tây Ninh. Le caodaïsme, l’une des religions les plus récentes du Vietnam, est apparu dans les années 1930 dans le sud du pays et a rapidement attiré de nombreux adeptes (environ 3 millions de fidèles sur une population d’environ 20 millions d’habitants vers 1945). Parmi toutes les sectes religieuses du Vietnam moderne, le caodaïsme a connu le plus grand et le plus rapide succès. Officiellement fondé en 1926 par un groupe de fonctionnaires indochinois, les caodaïstes attribuent sa création au vénérable Ngô Minh Chiếu, qui aurait vu l’œil divin lors d’une vision nocturne et décidé, avec ses amis issus de l’école française, d’établir cette religion.

Les nombreux caodaistes sont venus au temple de Tay Ninh pour feter 100 ans de l’anniversaire du caodaisme.

Le caodaïsme est une religion syncrétique, combinant des éléments des religions existantes au Vietnam avec le christianisme, récemment implanté durant la colonisation française. De nombreux caodaïstes se sont rendus au temple de Tây Ninh pour célébrer le centenaire de leur religion.

La cérémonie s’est déroulée dans le temple de Tây Ninh. Bien que la déclaration officielle du caodaïsme date du 7 octobre 1926, l’anniversaire des 100 ans a été célébré en 2025. Selon la tradition asiatique, un an supplémentaire est ajouté, incluant les neuf mois de gestation d’un fœtus. Pendant 20 ans, cette religion a coexisté avec la colonisation française.

En France, l’année précédente, le Grand Orient de France (GODF) avait célébré les 30 ans de la loge « Lumière du Vietnam ». Malheureusement, en juin 2025, cette loge s’est éteinte. L’histoire des liens entre la franc-maçonnerie (FM) et le caodaïsme reste peu connue des adeptes des deux mouvements. Les frères et sœurs (FF et SS) du caodaïsme actuels ne sont pas les mêmes que les FF et SS maçonniques. Le caodaïsme est considéré comme une nouvelle religion, tandis que la FM n’en est pas une. Les fondateurs du caodaïsme ont effacé les traces de l’influence maçonnique. Pourtant, la décoration des temples et la doctrine révèlent clairement une inspiration originale des fondateurs, influencée par la FM.

La cérémonie dans le temple de Tayninh.

Bien que le caodaïsme soit devenu une religion, le gouvernement français n’ignorait pas qu’il pouvait être une forme de franc-maçonnerie adaptée aux masses, visant à mettre en œuvre une politique de réconciliation franco-vietnamienne. Le caodaïsme a servi l’idée de coexistence franco-vietnamienne en Indochine. Malgré son ancrage dans les doctrines extrême-orientales, il présente des similitudes frappantes avec la FM, tant sur la forme que sur le fond :

  1. Le caodaïsme intègre le spiritisme, comme la FM.
  2. Les principes de « Fraternité universelle » et de liberté, chers à la FM, se rapprochent de ceux du caodaïsme.
  3. L’œil divin, révélé lors des séances de médium dans le caodaïsme, trouve un écho dans les temples maçonniques.
  4. Le triangle, emblème typique de la FM, apparaît dans les vitraux du temple caodaïste, parfois orné au centre de l’œil du Cao Đài, sceau de l’investiture céleste des élus.
  5. La lune, les étoiles et le soleil décorent le temple caodaïste ainsi que les vêtements des adeptes, éléments également présents dans les loges, sur les cordons ou tabliers maçonniques.
  6. L’adresse « mes frères, mes sœurs » (Hiền huynh, hiền muội), indépendamment de l’âge, est perçue comme inconvenante au Vietnam.
  7. Le décor des temples caodaïques, avec l’œil, le triangle, la voûte étoilée, le soleil, la lune et le globe, rappelle des caractéristiques maçonniques. La peinture voyante des plafonds n’est pas une tradition dans les pagodes ou temples vietnamiens.
  8. Selon la FM, le pavé mosaïque symbolise la réconciliation des opposés (ténèbres et lumière, bien et mal, Dieu et Diable, infini négatif et positif), un motif également présent dans les temples caodaïques.

La voûte étoilée et la chaîne d’union dans le temple de Tây Ninh

La voûte étoilée et la chaîne d’union dans le temple de Tây Ninh

Après 1945, avec la revendication de l’indépendance vietnamienne, et surtout après 1954 avec la division du pays en deux, les loges françaises ont été progressivement dissoutes sous le régime communiste du Nord et le régime catholique du Sud. Les FF vietnamiens ont renoncé à tout ce qui rappelait la colonisation française, y compris la FM, qui est ainsi tombée dans l’oubli au Vietnam.

L’autel des ancêtres au VN

La grandiose célébration du centenaire du caodaïsme au Vietnam m’incite à réfléchir à l’existence de la loge de mission « Lumière du Vietnam », fondée il y a 30 ans en France. Pendant 30 ans, le GODF a tenté, en vain, de rouvrir une loge au Vietnam. Une loge existe aujourd’hui, mais elle est réservée aux FF expatriés. La « Lumière du Vietnam », créée dans cette optique, s’est éteinte il y a quelques mois. Pendant ce temps, au Vietnam, aux États-Unis et même en France, les caodaïstes ont célébré les 100 ans de leur religion.

L’autel des ancêtre, installé provisoire dans la loge de LVN

Pourquoi cette loge s’est-elle éteinte ? Selon la philosophie vietnamienne, le culte des ancêtres est essentiel dans la vie quotidienne, car leurs esprits reviennent pour protéger. Ce culte doit être vénéré avec respect. Tous les FF et SS de la « Lumière du Vietnam » étant français, ils ignoraient cette tradition. Ils ont organisé le culte des ancêtres de manière banale, le considérant comme une superstition. Au Vietnam, l’autel des ancêtres est toujours placé en hauteur, vénéré avec foi et respect. Dans la loge de la « Lumière du Vietnam », le bureau du Vénérable Maître surpassait en hauteur et en grandeur l’autel des ancêtres. Les esprits des ancêtres, se sentant dédaignés, auraient cessé de protéger la loge, ce qui pourrait expliquer son extinction.

L’autel des ancêtres au Vietnam

L’autel des ancêtres, installé provisoirement dans la loge de la Lumière du Vietnam
Les FF et SS maçonniques de la « Lumière du Vietnam » nourrissent encore l’espoir de fonder un triangle en France, où la liberté d’expression reste garantie.

Quand et comment ? Une question ouverte.

18/10/25 – Pierre DOUGLAS à l’Académie Maçonnique Paris : « Ma vie avant, ma vie depuis »

Ce samedi 18 octobre à 10h30, l’Académie maçonnique Paris recevra, lors de son webinaire mensuel, pour une conférence intitulée : « Ma vie avant, ma vie depuis »

Pierre DOUGLAS, Journaliste puis humoriste, Franc-maçon depuis 1984.

Pierre Douglas en studio

Ce webinaire est gracieusement accessible aux Sœurs et aux Frères de toutes Obédiences, titulaires du grade de Maître, sur inscription préalable :

https://us06web.zoom.us/webinar/register/WN_WV3gxfCDQkSEDBGExoKvXA

Dans son cycle annuel 2025-2026 ayant pour thème général : « Paroles de vie maçonnique(s) », l’Académie maçonnique Paris recevra le T⸫ C⸫ F⸫ Pierre Douglas.

C’est ainsi, qu’au cours d’un entretien avec Christian Roblin, suivi des habituelles questions-réponses, il répondra à la question :

« Ma vie avant, ma vie depuis ».

Aux Éditions LOL

Nous ne retracerons pas ici la carrière très prolifique de Pierre Douglas, d’abord journaliste de la presse audiovisuelle, puis chansonnier, plus tard humoriste, comédien (théâtre) et acteur (cinéma et télévision), animateur d’émissions, auteur de ses propres spectacles solo (one man show) et de sept ouvrages, dont le dernier vient de paraître, cette année, aux éditions LOL, sous le titre : Vite avant que j’oublie ! 

Pierre est également un frère pour qui l’engagement maçonnique, auquel il a été fidèle depuis 40 ans, a constitué un profond ancrage dans l’humanité, compensant l’univers de paillettes où il a évolué.

Vivement dimanche juin 2024 Pierre Douglas avec Michel Druker et Denise fabre (Présentation de son dernier livre)

C’est cet itinéraire discret, riche de découvertes et de rencontres, qui fera l’objet de l’entretien du 18 octobre, diffusé en ligne par les soins de l’Académie maçonnique Paris. Son chemin initiatique se poursuit. Il nous en parlera…

En visioconférence avec l’outil Zoom en vous inscrivant grâce au lien suivant : https://us06web.zoom.us/webinar/register/WN_WV3gxfCDQkSEDBGExoKvXA

Accès réservé aux Sœurs et aux Frères de toutes obédiences, titulaires du grade de maître.

Invité Pierre Douglas 9 mai 2025
Couple Douglas Invité par Mireille Dumas
Thierry Le Luron et Pierre Douglas

Nuit de la Saint Barthélémy à Florence

Du site officiel du Grand Orient d’Italie

Hommage à Becciolini au cimetière monumental de Trespiano et visite commémorative des lieux du massacre fasciste où Pilati et Consul ont également trouvé la mort.

Il y a cent ans, dans la nuit du 3 au 4 octobre 1925, Florence vivait sa « Nuit de la Saint-Barthélemy ». La violence fasciste s’abattit sur la ville avec une fureur aveugle et calculée : des escadrons armés s’abattirent brutalement sur les opposants politiques et la franc-maçonnerie, alors considérée comme l’un des plus tenaces bastions de la liberté.

Cette nuit-là, trois hommes incarnant le courage civique tombèrent : Giovanni Becciolini, un franc-maçon doux et généreux, tué pour avoir défendu un frère ; Gaetano Pilati, ancien député socialiste ; et l’avocat Gustavo Console, également franc-maçon, dont les restes reposent au cimetière de la Porte Sante, situé dans le bastion fortifié de la basilique San Miniato al Monte.

À l’occasion du centenaire de leur mort, Florence a rendu hommage à Becciolini, dont les restes reposent au cimetière monumental de Trespiano. La cérémonie s’est déroulée en présence du président du conseil municipal, Cosimo Guccione, de Valdo Spini, président de la Fondation Fratelli Rosselli, et de Stefano Bisi, Grand Maître du Grand Orient d’Italie, qui a consacré un livre à cette nuit sanglante, Le dittature serrano i cuori (Les dictatures qui fermaient les cœurs). La nouvelle édition, récemment rééditée par Betti Editore et enrichie de documents inédits, a été au cœur des réflexions sur cet anniversaire. L’ouvrage redonne voix et dignité à Becciolini, Consul et Pilati, rappelant également comment la franc-maçonnerie italienne, déjà à cette époque, avait fermement défendu la liberté et les institutions démocratiques.

Le même jour, le 3 octobre, le journal Nove da Firenze, premier journal en ligne de la capitale toscane, organise une visite des lieux du massacre : à 20 h, un hommage sera rendu devant la plaque commémorative de Becciolini, via dell’Ariento, lieu de son assassinat ; suivi d’une visite via Dandolo, devant la maison de Pilati, et enfin via Timoteo Bertelli, où Consul est tombé. Il ne s’agit pas d’un simple rituel, mais d’une invitation à revivre la tragédie de ceux qui se sont opposés au fascisme naissant et ont payé de leur vie leur courage.

Pour bien comprendre ces événements tragiques, il faut revenir au climat de ces années-là. Dès 1923, le Grand Orient d’Italie avait clairement pris position contre le régime, dénonçant ses tendances autoritaires. Après l’assassinat de Giacomo Matteotti à l’été 1924, la violence fasciste devint de plus en plus féroce : les loges furent dévastées, les frères menacés, les sièges attaqués.

Le 26 septembre 1925, la direction du Parti fasciste à Florence publia dans le journal Battaglie fasciste une proclamation qui ne laissait planer aucun doute : « Les francs-maçons doivent être frappés dans leur personne, dans leurs biens, dans leurs intérêts […]. Tous les moyens sont bons : de la matraque au revolver, du bris de vitres au feu purificateur. »

Quelques jours plus tard, le 3 octobre, un groupe de Chemises noires fit irruption au domicile du franc-maçon Napoleone Bandinelli, dans le but de s’emparer des listes de membres de la loge. Giovanni Becciolini, son frère d’atelier, tenta de le défendre. Au cours de l’échauffourée, un membre de l’escouade fut touché par balle et la responsabilité lui fut imputée : kidnappé, emmené au quartier général fasciste, puis assassiné en pleine rue avec une cruauté impitoyable.

Sa mort marqua le début d’une semaine sanglante. Pilati et Consul tombèrent avec lui, tandis que les hommes de Non Mollare – le journal clandestin fondé par les frères Rosselli, Ernesto Rossi et d’autres jeunes antifascistes – furent contraints de fuir. Cette brève période de presse libre, qui avait osé défier le régime par la seule force des mots, se termina dans le sang.

Quelques semaines plus tard, le 26 novembre, un décret interdisait la franc-maçonnerie en Italie.

L’œil de la presse sur la Franc-maçonnerie – 30 ans de marronniers

Ce livre fait paraître un visage que la rumeur brouille depuis trop longtemps, et nous suivons Laura Laloux dans une traversée du regard médiatique où la Franc-Maçonnerie se fige en motif répété par l’habitude alors que l’autrice, patiente et précise, défait les réflexes et rend aux signes leur respiration, donnant à lire une enquête qui ne cherche pas l’effet mais la tenue intérieure d’une parole.

Peu à peu se dessine une archéologie du visible où le compas et l’équerre quittent l’icône pour rejoindre l’énigme, où les images trop vite péremptoires perdent de leur tapage, où s’élève une méthode discrète attentive aux formes, aux couleurs, aux cadrages, à cette petite musique verbale qui s’installe dans la mémoire collective et transforme la presse en atelier de signes façonnant des habitudes de lecture, de sorte que le marronnier n’apparaît plus comme une anecdote de saison mais comme une liane qui enserre l’imaginaire et marque la durée.

Nous avançons alors à travers les hebdomadaires qui règlent le tempo d’une opinion pressée, et nous voyons L’Express cultiver la promesse du dévoilement là où les listes fabriquent des équations rapides entre pouvoir et initiation, tandis que Le Point préfère cartographier l’influence en semant des mots qui dressent des bastions et dessinent des réseaux, quand Le Nouvel Observateur dramatise la politique en modelant des silhouettes et en convertissant les affaires en récit, et que Le Figaro Magazine alterne immersion et coulisse en promettant des voyages au cœur, des accès réservés, des secrets à portée de main. Laura Laloux ne dénonce ni n’excuse, elle décrit avec constance, relie ce qui se ressemble et révèle la grammaire qui rend ces narrations si aisées à croire, ce qui nous conduit naturellement à notre propre part de responsabilité.

Nos silences trop prolongés se transforment en vacance de parole et laissent s’engouffrer des récits prêts à l’emploi, notre discrétion utile à l’ascèse se retournant en opacité sociale, et le secret glissant de la discipline intérieure vers l’écran qui nourrit la suspicion. L’autrice nous aide à retrouver la mesure juste en rappelant que le secret n’est pas une vitre fumée mais une école de parole qui prépare à dire vrai sans bavardage, à ne pas livrer ce qui se profane par simple exposition, et qui exige en retour une présence claire dans la Cité, une voix qui assume son but en élevant, en éclairant, en reliant.

De cette exigence naît une éthique de la communication maçonnique qui refuse la publicité comme la défense réflexe, qui demeure fidèle au travail du Temple tout en consentant à la lumière commune, car le symbole ne se lance pas comme un argument il se propose comme une expérience, et la presse peut alors devenir un miroir utile qui révèle ce qui intrigue et inquiète, signale les angles morts, oblige à préciser la parole. Le livre agit comme un maillet pacifique qui ne frappe pas mais redresse, qui nous invite à dépasser l’alternative épuisante entre mutisme et démonstration, et ouvre une présence publique qui ne renie ni le rituel ni la ville.

Nous mesurons dès lors combien la répétition des mêmes images sculpte la croyance publique, les couleurs vives sur fond sombre, les gants et les tabliers dressés en trophées, les titres qui entretiennent l’idée d’un dessous permanent, autant d’éléments qui finissent par fabriquer une conviction préalable à toute lecture.

Laura Laloux désamorce ces ressorts sans les affaiblir par le déni, elle rappelle que les médias travaillent avec des archétypes disponibles et nous renvoie à notre responsabilité de nourrir d’autres figures, non des contre-légendes mais des présences, des gestes lisibles, des œuvres identifiables, une parole tenue parce qu’elle s’accorde à la pratique. Nous refermons l’ouvrage avec une conviction calme et haute, la Franc-Maçonnerie n’est ni forteresse ni théâtre de masques, elle demeure une école de vie intérieure appuyée sur une éthique de clarté mesurée, et la réponse la plus forte au règne des marronniers consiste à offrir une densité de sens qui n’a pas besoin d’esbroufe, à garder le rythme long au milieu des emballements, à laisser parler les œuvres, à expliquer sans s’excuser, à accueillir la question sans céder aux mises en scène qui enferment.

Laura Laloux nous rend ce service avec une fraternité lucide qui refuse l’amertume comme la plainte, elle convoque notre mémoire d’initiés, nous montre ce que devient notre image lorsque nous l’abandonnons aux autres, et propose un chemin pour reprendre la voix avec tact et fermeté, de sorte que nous sortons lecteurs mieux armés non pour contester chaque couverture mais pour habiter le temps long et construire une présence publique fidèle à la lumière que nous cherchons.

Laura Laloux

Laura Laloux, formée à Sciences Po Aix, explore depuis plusieurs années les représentations médiatiques de la Franc-Maçonnerie et leurs effets sur l’opinion, en associant le patient travail des archives, la lecture des images et l’attention au sous-texte symbolique. L’ouvrage L’œil de la presse sur la Franc-maçonnerie – 30 ans de marronniers, publié chez Numérilivre dans la collection Voies de la Connaissance dirigée par Yonnel Ghernaouti, rassemble ce travail d’observation au long cours et propose une voie de discernement utile aux initiés comme aux profanes. Il a été nominé à Masonica Lille 2025.

L’œil de la presse sur la Franc-maçonnerie – 30 ans de marronniers

Laura LalouxÉditions Numérilivre, coll. Voies de la Connaissance, 2025, 200 pages, 22 €

Éditions Numérilivre, le site

Le mot du mois : « Affection »

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Ce mot, en apparence sans équivoque, réserve la surprise de son ambivalence. Affection participe d’une étymologie *dhe-, qui signifie « placer, poser, établir », d’où sont aussi issus la thèse, le verbe faire, la réfection. Au sens propre, l’affection exprime le mouvement *ad, qui porte vers l’objet d’un sentiment. Le chien en mal d’affection qu’on couvre de caresses, l’enfant demandeur des câlins dont il se sentirait privé.

Une lettre pleine d’affection, de propos affectueux, s’adresse à un proche, une personne amie. En témoignage d’un sentiment peut-être teinté d’une émotion qui n’ose dire son nom. C’est ce qui fait écrire à Gustave Flaubert, dans L’Éducation sentimentale :

« Les affections profondes ressemblent aux honnêtes femmes ; elles ont peur d’être découvertes et passent dans la vie les yeux baissés. »

Tel le voile pudique dont on grimerait sa nature profonde, en affectant une impassibilité surfaite ?

L’affection est la manifestation d’une tendresse, d’un attachement à l’égard de quelqu’un, sans que cet élan soit irrépressible et passionné. On y vit une relation pleine de quiétude, de sérénité. Un peu tiède, peut-être ? Nulle émotion n’y ferait sortir de soi jusqu’à l’aveu…

Et pourtant, la langue parfois se déporte vers d’autres domaines d’application, médicale par exemple. « De quelle affection souffrez-vous ? Qui affecterait votre quotidien, au point de vous installer désagréablement dans la nomenclature des soins longs et onéreux d’une « affection de longue durée » ?

Telle est peut-être l’ambiguïté de ce mot, qui ne peut échapper totalement au trouble, du corps ou du sentiment. Un entre-deux caractéristique de ce qui se place « au centre ». Un funambulisme entre feu à éteindre et indifférence ?

André Maurois, dans Ariel ou la Vie de Shelley, illustre cette hésitation possible :

« Le mélange de l’admiration et de la pitié est une des plus sûres recettes de l’affection ».

Cynisme ou lucidité ?

Annick DROGOU

« Affectueusement » : un mot simple pour conclure, qui fait passer dans l’écriture un peu de ce qui ne s’écrit pas. C’était le mot des lettres manuscrites, des cartes postales, des correspondances qu’on gardait longtemps dans une boîte. Il a disparu de nos messages sur écran, remplacé par un « bisous », un cœur, un « émoji ». Le mot disait la lenteur d’une tendresse posée. L’ « émoji » dit la vitesse d’une présence immédiate.

« Affectueusement » en signature au bas d’une lettre, pour dire à l’autre :

« Je tiens à toi. Tu comptes pour moi. Je t’entoure d’une douce chaleur. »

Ce n’est pas la passion qui consume, c’est le feu de braise qui ronronne et demeure, celui qu’il convient d’entretenir pour qu’il ne s’éteigne pas.

« Affectueusement » : ce qui t’affecte m’affecte aussi. Comme une vulnérabilité partagée.

Ton bonheur me réjouit, ta peine me touche, ta vie me concerne. Point final, pudeur et signe discret d’un lien plus fort que tout mot.

Jean DUMONTEIL

La Cène, un repas de fête juive

Le banquet d’ordre annuel du Souverain Chapitre doit avoir lieu le jeudi précédant le dimanche de Pâques. Autrement dit le « Jeudi Saint », qui rappelle le jour précédent la mort du Christ, dans la tradition Chrétienne. En fait, Le dernier Repas de Jésus , la veille de sa passion était un « Séder de Pessa’h », un repas de fête juive pascale qu’en tant que juif pratiquant Jésus n’aurait pas manqué de célébrer.

Selon Esdras 6,19, c’est en 515 avant notre ère (soit 72 ans après sa destruction) que la première fête de Pâque est célébrée selon le rituel propre au Temple reconstruit.
La fête de Pâque est décrite par les témoignages de deux ordres :

  • D’une part, le livre des Jubilés (pseudépigraphe attribué à Moïse)  nous propose une relecture des récits du Pentateuque depuis les patriarches jusqu’à l’instauration de la fête de Pâque.
  • D’autre part, certains récits de la Mishna (troisième de l’ordre Moëd) nous rapportent aussi des échos de la manière dont se célébrait Pâque à Jérusalem au temps de Jésus.

Le dernier repas de Jésus est évoqué dans les textes canoniques : l’Évangile  de Mathieu 26, l’Évangile  de Marc 14, l’Évangile  de Luc 22.
Mais c’est dans l’Évangile de Jean à partir du chapitre 13 que l’on trouve des détails de la narration de la Cène où les paroles de Jésus sont rapportées dont son nouveau commandement « Aimez-vous les uns les autres » qui revient en leitmotiv.

Contrairement aux autres Évangiles, aucune mention  de ce que deviendra l’eucharistie n’y est mentionnée, bien que dans le chapitre 6 Jean fait dire à Jésus « Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel ».

Cet Évangile est le seul à évoquer la scène du lavement des pieds de Pierre par Jésus durant la Cène.

Édouard Schuré, dans son ouvrage Jésus, le dernier grand initié  en retient :
« Les douze [Barthélemy, Jacques le Mineur, André, Judas, Pierre, Jean, Thomas, Jacques le Majeur, Philippe, Matthieu, Thaddée, Simon.], formant treize avec le Maître, s’étaient réunis dans la chambre haute d’une maison de Jérusalem. L’ami inconnu, hôte de Jésus, avait recouvert le sol d’un riche tapis.  À la manière orientale, le Maître et ses disciples étaient allongés sur quatre grands divans en forme de triclinium disposés autour de la table.

Lorsque l’agneau pascal et le calice d’or prêté par l’ami furent apportés dans la pièce, et les vases remplis de vin, Jésus, assis entre Jean et Pierre, dit : « J’ai désiré ardemment manger cette Pâque avec vous avant de souffrir. Car, je vous le dis, je n’en mangerai plus jusqu’à ce qu’elle soit accomplie dans le royaume de Dieu. » 1

Alors leurs visages s’assombrirent : le silence emplit l’air. « Le disciple que Jésus aimait », qui seul devinait tout, inclina la tête sur la poitrine du Maître. Comme c’était la coutume chez les Juifs au repas de Pâques, pas un mot ne fut prononcé tandis qu’ils mangeaient les herbes amères et le charoset placés devant eux. Finalement, Jésus prit du pain et, après avoir rendu grâces, le rompit et le leur distribua en disant :

« Ceci est mon corps, donné pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. » Il prit aussi la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, versé pour vous. » 

Cène de Fidèle Patritti sur le décor du chœur de la chapelle des pénitents blancs (Saint-Sébastien)


Parmi les initiés, en Égypte et en Chaldée, comme chez les prophètes et les Esséniens, l’agapè fraternelle marquait la première étape de l’initiation. La communion, sous l’élément du pain, fruit de la gerbe, signifiait la connaissance des mystères de la vie terrestre, ainsi que le partage des bienfaits terrestres, et par conséquent l’union parfaite des frères affiliés.

À un degré supérieur, la communion sous l’élément du vin, sang de la vigne, pénétré de part en part par le soleil, signifiait le partage des bienfaits célestes, une participation aux mystères spirituels et à la science divine. En léguant ces symboles aux apôtres, Jésus en a élargi le sens. Par eux, il étend à l’humanité entière la fraternité et l’initiation, autrefois réservées à quelques-uns. Il y ajoute le plus profond des mystères, la plus grande des forces : celui de son propre sacrifice. Il le convertit en une chaîne d’amour invisible mais indestructible entre lui et ses disciples.

Elle donnera à son âme glorifiée un pouvoir divin sur leurs cœurs, comme sur ceux de tous les hommes. Cette coupe de vérité venue des temps prophétiques lointains, ce calice d’or de l’initiation que le vieil Essénien lui avait offert en l’appelant prophète, ce calice d’amour céleste que les Fils de Dieu lui avaient offert dans l’extase de son plus haut ravissement – ​​cette coupe où il voit maintenant son propre sang se refléter – il la remet maintenant à ses disciples bien-aimés avec l’ineffable tendresse d’un dernier adieu.

Ce texte présente clairement la Cène comme un repas de Pâque juive, en identifiant plusieurs de ses éléments distinctifs

Le cadre du repas : Le texte situe le repas dans une « chambre haute d’une maison de Jérusalem ». Il mentionne également que le Maître et ses disciples étaient « allongés sur quatre grands divans en forme de triclinium ». Cette posture allongée (accoudée) est une coutume distinctive du Seder de Pessah, symbolisant la liberté.

L’agneau pascal : L’un des éléments centraux du Seder de Pessah est le sacrifice et la consommation de l’agneau pascal. L’agneau est l’animal sacrificiel par excellence. Il symbolise l’innocence, la douceur, la pureté. Le sacrifice d’un agneau pour apaiser la colère divine ou fêter le renouveau de la nature est, sans doute, l’un des rares rites antiques qui se soit perpétué jusqu’à aujourd’hui : il est présent dans la Pâque juive, comme dans les Pâques chrétiennes et le Ramadan musulman.


En alchimie, il représente la pierre philosophale, la matière tellement purifiée qu’elle laisse passer la lumière. C’est aussi un des noms de la matière que les vrais Chymistes emploient pour faire la pierre Philosophale. Quand cette matière a passé par les différentes préparations requises pour la purifier de ses parties hétérogènes, on lui donne quelquefois le nom d’agneau sans tache, agnus immaculatus.

Le texte de Schuré indique que « l’agneau pascal… fut apporté dans la pièce », confirmant la nature du repas. Présent à de nombreuses reprises dans l’Ancien Testament, l’agneau, animal fragile et innocent, ne prendra pleinement sa force symbolique qu’avec le Nouveau Testament. Victime pascale par excellence, il représente en images, comme en message, le sacrifice ultime du Christ pour la rédemption des hommes.
Voir l’article Le bestiaire de la Bible : l’incroyable force symbolique de l’Agneau

Les herbes amères et le charoset : Ces deux mets sont essentiels au Seder. Les « herbes amères » (maror) symbolisent l’amertume de l’esclavage en Égypte, et le charoset (une pâte de fruits, noix et vin) rappelle le mortier utilisé par les esclaves hébreux. Le texte de Schuré explicite qu’ils mangeaient « les herbes amères et le charoset placés devant eux ».

Le pain : Le mot pain est issu du latin panis, dérivé du sanscrit , nourrir. Il est étroitement associé à la symbolique du blé.
Vers 1850-1800 avant J.-C., les premières récits bibliques évoquant le pain sont mentionnées dans la Genèse 3,19 lorsque Adam fut chassé du jardin d’Eden, il lui est dit :

« C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes dans la terre d’où tu as été pris. »

C’est au cours de la civilisation sumérienne (5000 à 2230 av. J.-C.) que remonte l’écrit le plus ancien concernant la fabrication  du pain levé. à Sumer, les boulangeries étaient rattachées aux temples ; là, étaient préparés les gâteaux utilisés pour les rituels du temple. Selon l’historien George Contenau, ces boulangers «préparaient les gâteaux sacrés que les dévots de la déesse Ishtar [l’Inanna babylonienne] émiettaient et laissaient pour ses colombes». Le grain était considéré comme la personnification d’Inanna et la farine était une substance sacrée tirée de son corps.

L’Égypte avait assimilé le pain et le blé avec la lumière, les cycles de vies et l’éternité. Ainsi, manger le pain consistait à se nourrir du mystère universel, du triomphe de la vie sur les forces destructrices de la mort. Une inscription des pyramides déclare qu’en mangeant du pain, un défunt «avale l’esprit, avale le savoir et l’intelligence du dieu». 

Pour les Grecs, le pain et le vin sont les signes d’une existence libérée de la sauvagerie. La « vie au blé moulu », supposant la domestication de la terre et l’organisation du temps et des saisons, est ainsi complémentaire de la maîtrise des forces obscures que représentent les puissances d’ivresse et de folie. L’épi est pour le pain ce que le raisin est pour le vin. L’un et l’autre constituent les conditions d’un équilibre (toujours précaire) de civilisation. 
Dans la Grèce antique, le premier repas du jour consistait en pain et vin pur, l’akratisme.
Lors des cultes de Mithra, on pense qu’il y avait un repas avec le partage du pain, de l’eau et du vin. 

Le pain et le vin sont à la fois des aliments terrestres et de nature divine. C’est la quintessence des biens de la terre, offerts à l’homme qui les reçoit et qui, en compensation, honorera ses dieux et plus tard son Dieu, par ses offrandes. Dans sa longue histoire, jusqu’au XVIIIe siècle, le pain, l’aliment de base, était le symbole du sacré, de l’espoir, de la justice et de la stabilité.

Au Seder, le pain non levé (matza) est consommé. Le texte mentionne que Jésus « prit du pain et, après avoir rendu grâces, le rompit et le leur distribua ». Bien que le type de pain ne soit pas explicitement précisé comme étant de la matza, le contexte du repas de Pâque juive implique qu’il s’agissait de pain azyme. Ce geste de rompre le pain est une tradition juive, mais Jésus lui donne une nouvelle signification en disant :

« Ceci est mon corps, donné pour vous ; faites ceci en mémoire de moi ».

Le vin et la coupe : Le vin est abondamment consommé durant le Seder, avec plusieurs coupes rituelles. Le texte mentionne des « vases remplis de vin » et un « calice d’or ». Jésus prend « la coupe » et, de manière similaire au pain, lui attribue un sens nouveau : « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, versé pour vous ». Le texte ajoute que cette « coupe de vérité », « calice d’amour céleste », est remise à ses disciples comme un adieu.

Selon la Bible, la vigne, sinon le vin, existait déjà dans le paradis terrestre, car, on nous dit
qu’après avoir commis le péché, Adam est nu et, pour cacher sa nudité, il n’a utilisé aucune feuille de quel que soit l’arbre, sinon des feuilles de vigne. Le vin est pour les Hébreux le symbole du mystère, de la vie en Dieu, de la joie et de l’amour. Il est utilisé quotidiennement dans la liturgie, dans les sacrifices et dans les libations. Lors de la construction du temple de Jérusalem, le vin était la récompense des ouvriers.

Il est prouvé que le vin existe depuis la préhistoire ; sa fabrication était quelque peu rudimentaire : les grappes étaient simplement pressées avec les pieds et mises à fermenter dans de grandes cuves. Le vin contenait encore les restes des raisins; il était versé à l’aide de récipients à long bec tubulaire qui servaient à la décantation ou encore d’entonnoirs.

Le pressurage a été fait dans les vignes elles-mêmes. Puis, après avoir foulé les raisins, le moût obtenu était transféré dans de grandes jarres à parois minces dont la base se terminait en pointe pour pouvoir être enfoncées dans le sol. Pour apprécier Le mystère du vin, lire l’ouvrage éponyme de 1981 de Louis Charpentier, et l’article de Yonnel Ghernaouti La symbolique du vin, en ce 3e jeudi de novembre…

À remarquer que l’alcool éthylique que contient le vin -ce qui le différencie du jus de raisin- a pour formule chimique C2H5OH, formé de 26 électrons : 12 de Carbone (6×2) + 5 d’hydrogène (5×1) + 8 d’Oxygène (8×1) + 1 hydrogène. Bénir avec du vin, c’est bénir avec le tétragramme (car 26 est une des ses valeurs guématriques la plus communément utilisée).

Le silence : Le texte note que « pas un mot ne fut prononcé tandis qu’ils mangeaient les herbes amères et le charoset ». Bien que le Seder ne soit pas entièrement silencieux, certains moments sont marqués par la solennité et le recueillement, en particulier pendant la consommation de certains éléments rituels.

Seul le silence est propre à exalter la joie du cœur et de l’esprit. Le silence est amour (aleph est la première lettre du mot אוהב, amour), lettre qui ayant laissé place au beth du commencement, marque le retrait volontaire de soi pour laisser place à l´altérité des voyelles et des autres lettres qui viennent lui donner corps. La particularité essentielle de la lettre «Aléf» (א) est qu’elle est la seule des 22 Lettres de l’Alphabet sacré hébreu qui s’écrit mais ne se prononce pas, un silence autour duquel s‘organise le Verbe créateur. Voilà pourquoi, le silence est la Parole des sages, c’est en lui que tout s’élabore et que l’homme y redécouvre l’essentiel ; la Sagesse intérieure.

La spiritualité non visible et non prononçable des vérités cachées mais bien présentes dans ce monde s’expriment subtilement à travers cet aleph, qui semble pouvoir rehausser la qualité de tous nos actes les plus matériels.

Cependant, le texte de Schuré met un accent particulier sur la recontextualisation et l’élargissement du sens de ces symboles par Jésus. Là où l’agapè fraternelle et la communion (pain pour les mystères de la vie terrestre, vin pour les mystères spirituels) étaient déjà des étapes initiatiques chez les Esséniens, les prophètes, en Égypte et en Chaldée, Jésus « élargit le sens » de ces symboles.

Jésus étend la fraternité et l’initiation à l’humanité entière, et y ajoute le « mystère » et la « force » de son propre sacrifice, transformant cette communion en une « chaîne d’amour invisible mais indestructible » entre lui et ses disciples.

Illustration de l’article : La Cène par Giorgio Vasari, 1545