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L’Humanité dévoile la Loge « L’abbé Suger » qui rassemble GLNF et RN

L'Humanité dévoile la Loge « L'abbé Suger » qui rassemble GLNF et RN

Selon L’Humanité, plusieurs membres ou proches du Rassemblement national fréquenteraient la loge « L’abbé Suger », atelier rattaché à la Grande Loge Nationale Française. Une révélation sensible, tant la GLNF revendique une franc-maçonnerie spirituelle, régulière, étrangère aux débats politiques et religieux. Mais lorsque le temple semble frôler le salon d’influence, une double question revient avec insistance : où s’arrête la liberté du frère et où commence la dérive d’un atelier ?

L'Humanité dévoile la Loge « L'abbé Suger » qui rassemble GLNF et RN

Selon les informations publiées par L’Humanité sous la plume de Bruno Rieth, la loge « L’abbé Suger », rattachée à la Grande Loge Nationale Française (GLNF), réunirait en Île-de-France plusieurs profils politiquement marqués à droite, voire proches du Rassemblement national. Le journal évoque notamment la présence de policiers issus de syndicats minoritaires, dont France Police et Police Citoyenne, ainsi que celle d’élus ou anciens élus liés au RN. L’affaire, si les éléments rapportés sont confirmés, ne relève donc pas seulement d’une rumeur d’agapes. Elle touche à une question beaucoup plus profonde, presque opérative au sens initiatique du terme : que devient une loge lorsque l’atelier, lieu de silence, de dépouillement et de fraternité, semble servir de point de rencontre à une sensibilité partisane ?

Grande Loge Nationale Francaise GLNF Siege social 12 rue Christine de Pisan Paris 17e Photo : Yonnel Ghernaouti
Grande Loge Nationale Francaise GLNF

Loge L’abbé Suger : la GLNF face à son apolitisme

La prudence s’impose. Il ne s’agit pas de faire porter à toute une obédience le poids d’une loge ni à toute une loge celui de quelques appartenances individuelles. La franc-maçonnerie n’est pas un bloc ; la GLNF encore moins une caricature. Elle se présente publiquement comme une obédience dite régulière de 32 000 membres, «où l’on ne parle ni de politique ni de religion », en amitié avec 212 Grandes Loges étrangères.

Cette affirmation donne précisément toute sa gravité à l’affaire. Car plus une institution se réclame de l’apolitisme, plus elle doit veiller à ce que cet apolitisme ne devienne pas un paravent commode, une tenture tirée devant des fréquentations devenues trop voyantes.

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Le cas de France Police ajoute une charge particulière au dossier. Ce syndicat, présenté par Le Parisien comme proche de l’extrême droite, avait été menacé de dissolution après des propos publiés à la suite de la mort de Nahel, propos dénoncés par le ministère de l’Intérieur comme « inacceptables » et « abjects »le ministre en exercice étant alors Gérald Darmanin. (leparisien.fr) Si des membres liés à cet univers gravitent effectivement autour d’un atelier maçonnique, la question n’est plus seulement celle d’une préférence électorale privée ; elle manifeste alors une porosité entre un espace initiatique et des imaginaires politiques de tension, d’ordre, d’identité et d’affrontement.

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La GLNF a, d’ailleurs, déjà soulevé quelques interrogations de la Presse, à ce sujet. En effet, en février 2024, à la suite d’un article du Canard enchaîné évoquant un déjeuner organisé, au Cercle de l’Union Interalliée, par certains de ses membres avec Jordan Bardella, elle avait publié un démenti formel récusant la moindre implication de l’Obédience dans cette initiative, son communiqué rappelant solennellement sa volonté permanente de rester à l’écart des questions religieuses et politiques. Ce précédent éclaire le malaise actuel. À chaque fois, le même dilemme refait surface et demande à être résolu : la régularité maçonnique peut-elle se réduire efficacement – et contre vents et marées – à une intangible orthodoxie rituelle ou ne risque-t-elle pas – à un moment ou à un autre – de se dissoudre peu ou prou dans le reflet de certaines concentrations d’opinions, aussi bien au plan moral que civique, au gré de ce qui se vit entre les colonnes ?

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Une loge libre n’est pas un club électoral

Le problème n’est pas qu’un franc-maçon ait des opinions politiques. Ce serait absurde et même contraire à l’idée d’homme libre. Le maçon vote, pense, doute, se trompe parfois, revient sur ses pas, polit sa pierre dans le monde réel. Mais la loge n’est pas un club électoral. Ce n’est ni une succursale politique ni une arrière-boutique où se recomposeraient des fidélités partisanes, sous couvert de fraternité. Le temple ne demande pas au frère d’abandonner sa conscience à la porte. Il lui demande, au contraire, de la déposer sur l’autel intérieur, afin de pouvoir l’examiner, la rectifier et l’élever.

La formule souvent invoquée de la « loge libre » mérite donc d’être reprise avec rigueur. Libre ne signifie pas livrée à toutes les captations. Libre ne signifie pas disponible pour toutes les influences. Libre signifie responsable. Libre signifie capable de tenir l’équilibre entre l’indépendance des frères et la fidélité à l’esprit de l’Ordre. Une loge vraiment libre ne devient jamais le refuge confortable d’un entre-soi politique. Elle demeure un lieu d’épreuve, où chaque certitude doit accepter le maillet de la contradiction, l’équerre de la justice et le niveau de l’égalité fraternelle.

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Suger représenté dans le vitrail de l’Arbre de Jessé de la basilique Saint-Denis, restitué par Eugène Viollet-le-Duc et Henri Gérente en 1848.

L’affaire « L’abbé Suger », si elle devait se confirmer dans toute son ampleur, poserait donc à la GLNF une question qui dépasse largement la seule gestion disciplinaire. Elle l’obligerait à dire ce qu’elle entend par apolitisme. Est-ce le silence absolu sur la cité ou l’exigence de ne pas importer la rivalité des partis dans le temple ? Est-ce une neutralité de façade ou une ascèse réelle imposant aux frères de ne pas transformer leur appartenance maçonnique en réseau d’influence ? Principes et pratiques différentes aux conséquences majeures. Car le silence maçonnique n’est pas l’absence de parole. C’est une discipline de la parole, qui protège le travail intérieur et ne doit jamais servir à soustraire l’institution au discernement.

Nous savons combien l’époque est dangereuse pour la franc-maçonnerie. L’antimaçonnisme prospère sur les demi-vérités, les insinuations et les fantasmes de pouvoir occulte. Chaque ambiguïté devient un brandon tendu aux entrepreneurs du soupçon. C’est pourquoi les obédiences ont aujourd’hui une responsabilité accrue. Elles doivent éviter deux pièges : le premier serait la panique morale, qui confondrait immédiatement opinion politique et faute maçonnique ; le second serait l’indifférence confortable, qui laisserait se constituer des foyers de connivence partisane, au motif que rien, officiellement, ne se dit en tenue.

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Clarté des principes et symbole de l’abbé Suger

Dans ce type d’affaire, la réponse la plus forte n’est pas nécessairement le communiqué. C’est la clarté : clarté sur les principes, clarté sur les limites, clarté sur ce qui distingue la liberté individuelle du frère et l’usage collectif d’un atelier. Car la franc-maçonnerie ne peut pas se contenter d’être irréprochable dans ses rituels. Elle doit aussi être vigilante dans ses fréquentations, dans ses images, dans les signes qu’elle adresse au monde profane. Le symbole n’est jamais neutre. Une loge porte un nom, une mémoire, une orientation spirituelle. Elle ne saurait devenir, sans dommage, le miroir d’un camp.

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Suger est fait abbé de Saint-Denis, tableau de Juste d’Egmont, musée d’Arts de Nantes, XVIIe siècle.

L’abbé Suger, figure médiévale de Saint-Denis, fut associé à la lumière gothique, à l’élévation de la pierre, à l’art de faire descendre la clarté dans la matière. Que son nom se retrouve aujourd’hui au centre d’une polémique sur des proximités politiques supposées avec l’extrême droite donne à cette affaire une ironie presque symbolique : là où Suger ouvrait les murs pour laisser passer la lumière, certains semblent tentés de refermer les portes sur des affinités trop étroites.

La franc-maçonnerie n’a rien à gagner à nier ses tensions internes. Elle a tout à gagner à les regarder en face. Le pavé mosaïque n’est pas une décoration. Il enseigne que la lumière et l’ombre coexistent, mais qu’elles ne se confondent pas. Une obédience qui se dit spirituelle ne peut éluder cette exigence. Elle doit rappeler que la fraternité n’est ni une protection automatique ni un alibi ni un passe-droit. C’est une responsabilité.

Dans un temple, nous ne demandons pas aux frères de penser tous la même chose. Nous leur demandons de ne jamais oublier pourquoi ils sont venus.

Non pour faire entrer le bruit des partis entre les colonnes, mais pour apprendre patiemment à faire taire ce qui divise, abaisse et enferme. La loge libre est non seulement celle où personne n’importe ni a fortiori n’impose son camp mais c’est surtout celle où chacun accepte, enfin, de le dépasser et de se dépasser.

Je ne sais qu’épeler : décryptage d’une phrase emblématique du rituel maçonnique

La lettre est une création humaine et le nombre aussi. Ni l’une ni l’autre n’existent dans la nature. Ils sont tous deux issus de l’esprit humain. Ces signes permettent de rendre compte de la réalité. Ils ne sont pas la réalité elle-même. Ils permettent la construction des idées sur le monde. L’histoire des lettres montre que l’esprit associe nombre et langage. Lire, c’est réunir des lettres en mots. Épeler c’est nommer oralement successivement chacune des lettres d’un mot.

Cette façon d’approcher le langage est intimement lié à son l’acquisition et à sa maîtrise. Décomposer méthodiquement un mot en sonorités élémentaires permet de mieux le reconstituer et ainsi se l’approprier. Ce même procédé sera d’ailleurs utilisé tout au long de la vie de l’individu pour apprendre ou transmettre oralement la juste orthographe d’un mot.

Il est important de noter que l’action d’épeler implique une relation entre un destinateur (celui qui détient l’information et va la transmettre), le message (le mot, nom épelé), et un destinataire (celui qui va recevoir l’information). Il s’agit donc d’une véritable communication qui est mise en place.

D’un point de vue physiologique la fonction d’« Épeler » est la résultante visible d’un mécanisme complexe mettant en jeu différentes capacités cognitives, auditives et phonatoires. La fonction d’épeler s’avère donc être à la fois une faculté naturelle nécessaire pour acquérir le langage, un facteur structurant de notre appareil psychique et un mode de communication particulier.

 Épeler dans le temple

Dans l’univers symbolique et rituel de la franc-maçonnerie, certaines expressions résonnent comme des énigmes, chargées de sens profonds et de traditions ancestrales. Parmi elles, la réponse de l’Apprenti à la demande du Mot Sacré – « Je ne sais ni lire ni écrire, je ne sais qu’épeler. Donnez-moi la première lettre, je vous donnerai la seconde »  – occupe une place centrale. Cette formule, souvent prononcée dans un chuchotement rituel lors de la révélation des arcanes ou lors d’un tuilage (l’examen maçonnique pour vérifier l’identité et le degré d’un frère ou d’une sœur), n’est pas un simple aveu d’ignorance. Au-delà d’une simple réplique, elle révèle les fondements d’une tradition qui valorise la discrétion, la fraternité et l’élévation progressive de l’esprit.

Cette phrase, issue des rituels maçonniques du XVIIIe siècle, apparaît dans divers rites, comme le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) ou le Rite Français. Elle symbolise le passage d’un état profane à une quête spirituelle et morale, où le néophyte apprend à décomposer le savoir pour mieux le reconstruire.

Je ne sais qu'épeler : décryptage d'une phrase emblématique du rituel maçonnique

Les deux interlocuteurs épellent alternativement les lettres du Mot Sacré, sans jamais le prononcer en entier. Ce rituel n’est pas anodin : il s’accompagne de gestes physiques, comme un balancement du corps ou un chuchotement alterné à l’oreille gauche et droite, renforçant le caractère intime et sacré de l’échange. L’Apprenti, en avouant son « incapacité »  à lire ou écrire, exprime, dans l’interprétation la plus courante, sa dépendance vis-à-vis du guide plus expérimenté, soulignant la nécessité d’une transmission fraternelle et progressive. Ce moment rituel intervient après l’initiation proprement dite, où le néophyte a déjà subi des épreuves symboliques et prêté serment de garder les secrets.

Aux origines de « Je ne sais ni lire ni écrire »

Les racines de cette phrase remontent aux origines de la franc-maçonnerie spéculative, au début du XVIIIe siècle en Angleterre, avec la création de la Grande Loge de Londres en 1717. À l’époque, les rituels étaient transmis oralement pour éviter toute divulgation écrite, conformément aux anciens serments des maçons opératifs (bâtisseurs de cathédrales) qui juraient de ne pas révéler leurs secrets professionnels. Les premières divulgations rituelles, comme Les Trois coups distincts (vers 1760), montrent déjà des variantes de cette formule, où l’Apprenti affirme ne pas devoir lire ni écrire les secrets, pour respecter l’interdiction de les consigner par écrit. Il état donc impossible de le dire sans le violer. 

En France, où la franc-maçonnerie s’implante rapidement, la phrase évolue. Au Rite Français, elle devient souvent « Je ne dois ni lire ni écrire » , insistant sur l’obligation morale plutôt que sur l’ignorance. Cette version est plus fidèle aux sources du XVIIIe siècle, où les rituels écrits étaient prohibés par la Grande Loge Unie d’Angleterre. Des loges d’instruction comme la Stability Lodge ou l’Emulation Lodge transmettaient les workings (façons de faire) par mémoire pure, évitant toute note. La variante « Je ne sais »  apparaît plus tard, vers 1825-1830, au REAA, avec une connotation moralisante et sociale, reflétant l’évolution de la maçonnerie vers une dimension éducative et philosophique.

Cette évolution historique souligne un passage d’une maçonnerie opérative (pratique) à spéculative (symbolique), où l’illettrisme allégorique de l’Apprenti rappelle les bâtisseurs médiévaux, souvent analphabètes mais maîtres dans l’art de la construction.

Épeler, une transmission progressive du Mot

« Je ne sais qu’épeler » marque les premiers pas vers la lumière, en décomposant le savoir en éléments basiques – les lettres – pour le reconstruire progressivement.

Je ne sais qu'épeler : décryptage d'une phrase emblématique du rituel maçonnique

En décomposant le Mot en unités élémentaires (les lettres), la transmission devient progressive, adaptée au rythme de l’Apprenti qui avance pas à pas. Le secret n’est pas brutalement imposé : il est suggéré, reconstruit ensemble. Cette approche enseigne au néophyte non seulement le Mot lui-même, mais aussi la méthode maçonnique par excellence : questionner, écouter, contribuer, assembler ce qui est épars. L’épellation devient ainsi une leçon vivante de l’humilité et de la fraternité.

Cette décomposition évoque la Parole perdue de la légende maçonnique d’Hiram, architecte du Temple de Salomon, dont le meurtre prive les maçons du mot de maître. L’Apprenti, en épelant, cherche à retrouver cette Parole, lettre par lettre, symbolisant la quête initiatique : analyser, disséquer pour synthétiser. Selon René Guénon, l’Apprenti est incapable de « rassembler ce qui est épars », d’où son recours à l’épellation, qui nécessite un duo fraternel.

Symboliquement, cela renforce l’oralité : les secrets maçonniques ne doivent pas être écrits pour éviter la profanation, préservant leur caractère sacré et dynamique. L’échange alterné des lettres illustre la fraternité, où l’un complète l’autre, formant une chaîne d’union. Elle rappelle aussi la marche de l’Apprenti – trois pas glissés–, une progression prudente et rectiligne, similaire à l’épellation lettre par lettre.

Je ne sais qu'épeler : décryptage d'une phrase emblématique du rituel maçonnique

Épeler est une approche fractale du savoir, où l’épellation symbolise un flux incessant. Elle rappelle que la maçonnerie n’est pas une accumulation de connaissances, mais une transformation intérieure progressive.

Je ne sais qu'épeler : décryptage d'une phrase emblématique du rituel maçonnique

« Je ne sais qu’épeler » n’est pas un aveu de faiblesse, mais une porte vers l’élévation. Elle encapsule l’essence de la franc-maçonnerie : humilité, fraternité, transmission orale et quête perpétuelle. Pour l’Apprenti, elle marque le début d’un voyage où chaque lettre épelée est un pas vers la lumière, rappelant que le vrai savoir se construit ensemble, dans la discrétion et la persévérance.

Le rythme de l’épellation, entre maillet et pierre

Chaque lettre prononcée à tour de rôle crée une respiration saccadée, une pulsation qui anime la cérémonie d’initiation ou le tuilage. Ce rythme n’est pas anodin : il rappelle les coups réguliers du maillet sur le ciseau, lorsque le maçon opératif dégrossit la pierre brute pour lui donner forme. Dans cet échange alterné, le franc-maçon incarne successivement plusieurs rôles :
– Celui qui prononce une lettre devient actif, tel le maillet et le ciseau qui frappent et taillent, modelant le Mot.
– Celui qui attend la lettre suivante se place en position réceptive, comme la pierre qui subit l’action des outils et se transforme progressivement.
À deux, les interlocuteurs contribuent ainsi à édifier une œuvre commune : le Mot Sacré, reconstruit lettre par lettre, mot par mot, dans une collaboration fraternelle. Cette dynamique illustre parfaitement le principe maçonnique selon lequel rien ne s’accomplit seul ; l’édifice symbolique naît de l’union des efforts.

 À première vue, l’échange semble binaire : un locuteur, puis l’autre. Pourtant, il dissimule un ternaire profond. Entre chaque lettre prononcée s’intercale un silence – infime, mais essentiel. Ce silence n’est pas un vide : il est la source originelle, le potentiel non manifesté d’où naît toute vibration, toute parole. L’épellation met en scène ce ternaire caché : la lettre prononcée (manifestation active), le silence qui suit (source et réceptacle), la lettre suivante, qui naît de ce silence. Dans l’épellation, fragmentée et ralentie, c’est précisément ce vide inter-lettré qui attire l’attention. Il met en relief le Mot, lui donne relief et profondeur.

Les deux interlocuteurs connaissent-ils déjà le mot ?

Cependant une question demeure : Dans le dialogue rituel entre l’Apprenti et le Surveillant (ou tout autre frère qui pratique le tuilage), l’épellation du Mot Sacré n’est pas un exercice aléatoire ou une simple mémorisation mécanique. Ne repose-elle pas sur un principe très précis :

les deux interlocuteurs connaissent-ils déjà le mot en entier, mais ils ne le prononcent jamais tel quel à haute et intelligible voix?

L’Apprenti répond immédiatement par la lettre suivante. Les deux connaissent-ils donc la suite ? Si l’un des deux ne connaissait pas le mot, il serait incapable de donner la bonne lettre suivante → le dialogue s’arrêterait immédiatement, révélant qu’il n’est pas initié au grade. L’alternance prouve que les deux ont reçu la même transmission et respectent les mêmes règles.
L’épellation ainsi ne serait pas une devinette, contrairement à ce qu’en dit Wirth dans La Franc Maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes- Livre de l’Apprenti où il écrit : « On met le Néophyte sur la voie de la vérité, en lui donnant symboliquement la première lettre du mot sacré; il doit trouver lui-même la seconde, puis on lui indique la troisième, afin qu’il devine la quatrième », p.149 ).
C’est précisément parce que les deux sauraient déjà qu’ils peuvent alterner sans hésiter, reconstruisant ainsi symboliquement la « Parole » fragmentée, lettre par lettre, dans le silence et la discrétion du temple. Symboliquement, cela illustre que le savoir maçonnique se construit ensemble, par fragments, dans la fraternité et la complémentarité (l’un donne, l’autre complète). Ce serait alors un test croisé de reconnaissance, un rituel de prudence, de mémoire et de fraternité.

L’acte d’épeler dépasse la simple reconnaissance rituelle. Il incarne le travail de l’Apprenti sur sa pierre brute, la transmission fraternelle, la puissance créatrice de la Parole fragmentée et recomposée, et surtout la complémentarité fraternelle nécessaire à la voie initiatique.

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« De l’ombre à la lumière à La Ciotat » ou la transmutation des êtres blessés

Avec De l’ombre à la lumière à La Ciotat, Christian Gauthier compose un roman de passage, de secousse et de relèvement.

« De l’ombre à la lumière à La Ciotat » ou la transmutation des êtres blessés
Blason de La Ciotat

En conduisant plusieurs êtres cabossés vers une ville chargée de mémoire, de mer et de clarté, il fait de La Ciotat un lieu de vérité intérieure, où les ombres anciennes ne disparaissent pas, mais se travaillent jusqu’à devenir lumière.

Christian Gauthier ne donne pas seulement à lire un roman de rencontre, de réparation et de métamorphose intérieure.

« De l’ombre à la lumière à La Ciotat » ou la transmutation des êtres blessés

Il déploie une traversée de la faille, une montée vers une clarté qui ne gomme rien, n’excuse rien, mais oblige chacun à reprendre en main la matière blessée de sa propre existence.

« De l’ombre à la lumière à La Ciotat » ou la transmutation des êtres blessés
Les frères Lumière, gare de La Ciotat

Quatre êtres cabossés, Lucie, Romuald, Clara et Éric, sont saisis à l’instant précis où leur vie menace de se durcir en destin. L’invitation qui les arrache à leur quotidien possède la douceur d’un signe et l’autorité d’un appel. L’énigme n’y relève jamais d’un artifice narratif. Elle prend la forme même de la vocation intérieure.

La grande réussite du livre tient à ce que La Ciotat n’y est jamais réduite à un simple cadre Elle devient une puissance symbolique. Ville des frères Lumière, ville des chantiers, ville de l’arrêt puis de la réinvention, elle porte en elle la loi secrète du roman. Ce qui fut métal, bruit, deuil et fatigue peut y devenir création, recommencement, transmutation.

« De l’ombre à la lumière à La Ciotat » ou la transmutation des êtres blessés

Christian Gauthier saisit avec justesse qu’une géographie peut recevoir une valeur initiatique. La mer, les hauteurs, les traces ouvrières, la mémoire industrielle et la lumière méditerranéenne composent ici une véritable alchimie. La ville devient le miroir des consciences qu’elle accueille, comme si chaque rue demandait aux personnages ce qu’ils ont fait de leur ombre et s’ils consentent enfin à la travailler.

Lucie, sœur insoumise, usée par les impostures du monde autant que par les déceptions de certains milieux maçonniques, porte la révolte devenue braise. Romuald, ancien maçon lui aussi, cherche de voie en voie une vérité qu’aucune appartenance n’a pu contenir. Clara règne sur la puissance et découvre peu à peu la nudité intérieure d’une existence soumise au contrôle. Éric, enfin, s’avance au bord du gouffre, là où l’âme ne tient plus qu’à un fil.

Christian Gauthier a l’intelligence de ne pas distribuer des rôles psychologiques convenus

« De l’ombre à la lumière à La Ciotat » ou la transmutation des êtres blessés
La Ciotat, vue du ciel

Il fait de chacun une modalité de la quête. Ces quatre personnages apparaissent presque comme les quatre visages d’un même être en travail. Ils forment les quatre coins d’un pavé intérieur, les quatre éléments d’une œuvre au noir qui attend son relèvement.

Le cœur maçonnique et initiatique du livre apparaît alors avec netteté

« De l’ombre à la lumière à La Ciotat » ou la transmutation des êtres blessés

Sous la demeure où ils sont réunis repose un ancien temple avec ses colonnes J et B, sa voûte étoilée, son compas, son équerre, son pavé mosaïque. Pourtant, le roman ne se perd jamais dans l’ornement symbolique. Il rappelle une vérité plus exigeante. Le temple n’est rien sans le travail de l’être. La parole, le silence, la confrontation à soi, le groupe, la mémoire, jusqu’aux séances d’hypnose, tout concourt à une œuvre de dégagement intérieur. Ce que Christian Gauthier met ici en scène relève moins d’une initiation conférée que d’une initiation consentie. La lumière n’est pas donnée, elle est reconnue. Et la franc-maçonnerie, telle qu’elle affleure ici, retrouve sa dignité lorsqu’elle cesse d’être apparat pour redevenir faim de sens.

« De l’ombre à la lumière à La Ciotat » ou la transmutation des êtres blessés

L’écriture aime l’abondance, l’insistance, la générosité expressive

« De l’ombre à la lumière à La Ciotat » ou la transmutation des êtres blessés

Par instants, elle déborde, mais ce débordement appartient à la vérité même de l’entreprise. Christian Gauthier préfère le trop-plein de vie à la sécheresse. Son roman cherche moins la perfection formelle que la justesse vibrante. Il veut toucher, consoler, secouer, remettre debout. C’est pourquoi ce livre nous semble émouvant dans ce qu’il porte de plus profond. Il rappelle que toute quête spirituelle digne de ce nom commence non dans les hauteurs abstraites, mais dans les fractures de l’existence ordinaire.

« De l’ombre à la lumière à La Ciotat » ou la transmutation des êtres blessés

De Christian Gauthier, nous connaissons déjà Écoute-moi, paru en 2023, puis Le Défi de vivre, paru en 2024 et écrit avec Rodolphe Gillet. Cette brève bibliographie suffit à dessiner une fidélité. Écouter, vivre, passer de l’ombre à la lumière. Tout est déjà là, comme une ligne intérieure. Christian Gauthier apparaît ainsi comme un écrivain du relèvement, attentif aux êtres en rupture, aux consciences fatiguées, aux renaissances lentes.

Avec ce roman, il donne à cette orientation une portée plus chorale, plus symbolique, plus maçonnique aussi. Et c’est précisément ce qui nous retient durablement. Non une leçon, mais une mise en marche.

Christian Gauthier rappelle ainsi que toute renaissance véritable exige davantage qu’un déplacement de lieu

Logo-LOL
Logo-LOL

Elle suppose une traversée, une mise à nu, une fidélité à ce qui, en nous-mêmes, demande encore à être redressé. Sous le ciel de La Ciotat, son roman fait entendre cette leçon discrète et profonde où l’existence, enfin, consent à son propre relèvement.

De l’ombre à la lumière à La Ciotat
Christian Gauthier – Éditions L.O.L., 2026, 324 pages

L’éditeur, le SITE / Pour commander, c’est ICI

« De l’ombre à la lumière à La Ciotat » ou la transmutation des êtres blessés
Editions LOL – www.editions-lol.com

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La méditation, une pratique quotidienne pour le renouveau maçonnique

Si on a à l’esprit que la gestion des émotions est à l’origine des principaux dérèglements de la pensée humaine, l’assurance que la pratique quotidienne de la méditation permet d’éviter des passages à l’acte préjudiciables crédibilise l’intégration de la méditation dans une démarche initiatique renouvelée.

La méditation, une pratique quotidienne pour le renouveau maçonnique

Mon expérience personnelle et les témoignages recueillis me permettent d’affirmer que tous les francs-maçons devraient méditer chaque jour 15 à 30 minutes. Que de soucis en moins. Au diable les mesquineries de bas étage. Les réactions superficielles des sujets fatigués. Les comportements inutilement agressifs. L’autosatisfaction béate des faibles d’esprit. L’entre soi du café du commerce.

La méditation, une pratique quotidienne pour le renouveau maçonnique

Je suis convaincu que cette intégration de la méditation dans le cursus maçonnique devrait faire partie de l’apprentissage et devrait être une condition nécessaire pour prétendre accéder aux différents degrés des rituels.

Cela pourrait faire partie des différents éléments novateurs qui pourraient permettre un renouveau maçonnique.

La grande variété des thèmes de la démarche maçonnique nous autorise à créer des méditations guidées en résonance avec nos préoccupations. C’est ce que j’ai entrepris dans mon activité de formation en méditation.

La méditation, une pratique quotidienne pour le renouveau maçonnique

Je vous propose deux méditations guidées que j’ai réalisées dans cette perspective :

La première rentre dans le cadre du principe socratique « Connais toi toi-même »

Comme vous le verrez, on reste dans la méthodologie de la méditation :

  • la respiration ventrale
  • la fixation de l’attention sur un thème
  • l’observation sans jugement
  • le regard distancé.

Dans cette méditation, j’utilise le symbolisme de l’arbre et celui de la coupe.

La 2e méditation est plus spécifiquement maçonnique car elle est fondée sur l’attention portée sur la flamme d’une bougie.

La méditation, une pratique quotidienne pour le renouveau maçonnique

Les deux dimensions de la pratique de la méditation dans le cadre de la démarche maçonnique

  • la pratique individuelle
  • et la pratique collective

La pratique individuelle doit être quotidienne si on veut en tirer les bienfaits espérés.

La pratique collective pourrait faire partie d’une innovation dans la démarche maçonnique ! On pourrait imaginer que cette pratique collective se fasse dans les créneaux horaires où les temples ne sont pas utilisés. Ce pourrait être une pratique inter-obédientielle ou interloges.

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Qui sont les réseaux d’influence en France ?

Inspiré par notre confrère caminteresse.fr

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L’article de Ça m’intéresse publié en avril 2026 met en lumière un angle souvent négligé de l’histoire politique et sociale : la manière dont des lieux de sociabilité fermés ou semi-fermés — loges maçonniques, clubs, cercles, think tanks — ont servi de matrices d’influence, de cooptation et parfois de décision indirecte. Le texte rappelle que ces espaces ne se réduisent pas à des cénacles d’entre-soi : ils ont aussi été des laboratoires d’idées, des réseaux de circulation des élites et, dans certains contextes, de véritables accélérateurs de réformes.

Depuis la Révolution française, puis sous la IIIᵉ République, la franc-maçonnerie a été associée à la construction de certains grands équilibres politiques et laïques. Mais l’article souligne surtout qu’elle s’inscrit dans une galaxie plus large de réseaux d’influence, au côté des clubs parlementaires, des cercles mondains, des think tanks modernes et des forums internationaux. Cette continuité historique permet de comprendre pourquoi les loges ont souvent été perçues, à tort ou à raison, comme des espaces où s’élaborent des visions du monde avant de se traduire dans la sphère publique.

Une histoire longue des cercles d’influence : Des salons aux clubs révolutionnaires

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Le texte de Ça m’intéresse rappelle que les clubs révolutionnaires du Paris de 1789 furent les héritiers des salons, académies et cafés de l’Ancien Régime. Les Jacobins, les Feuillants ou les Cordeliers ne sont pas seulement des lieux de discours : ils structurent des alliances, fixent des lignes de fracture et façonnent les premiers langages politiques modernes.

Cette logique de cooptation et de circulation des idées se retrouve ensuite dans d’autres formes d’associations. La franc-maçonnerie, en tant que fraternité organisée, reprend une partie de cette logique en l’orientant vers une finalité initiatique et morale. Dans le même temps, elle devient un espace de socialisation des élites, de formation des réseaux et de diffusion de valeurs comme la laïcité, l’universalisme ou l’école républicaine.

La franc-maçonnerie comme réseau : Influence, mais pas pouvoir occulte

L’article insiste sur une nuance essentielle : la franc-maçonnerie influence, mais elle ne gouverne pas en bloc. Elle n’agit pas comme un État dans l’État, mais comme un tissu relationnel où se croisent des hommes et des femmes de convictions diverses. Cette distinction est importante, car elle permet de sortir du fantasme complotiste sans nier l’existence d’effets concrets de réseau.

Qui sont les réseaux d'influence en France ?
Jean-Antoine-Nicolas Caritat, marquis de Condorcet

Le Grand Orient de France, la Grande Loge de France ou le Droit Humain ont pesé historiquement dans la promotion de la laïcité, de l’école publique et des droits civiques. La Bibliothèque nationale de France rappelle d’ailleurs que plusieurs Francs-maçons ont contribué à des idées sociales majeures, de Condorcet à Pierre Mendès France, en passant par Jean Zay ou Léon Bourgeois.

Mais cette influence s’exerce toujours dans un cadre pluraliste : il n’existe pas de hiérarchie mondiale unique capable d’ordonner des décisions à l’échelle de l’État. L’article de Ça m’intéresse rejoint ainsi les analyses sociologiques qui décrivent les loges comme des espaces de cooptation et de circulation d’idées, non comme des centres de commandement secret.

Des think tanks au cœur du jeu : L’influence devenue expertise

Un des apports majeurs de l’article est de replacer les loges dans une histoire plus large des think tanks. Ces derniers représentent une évolution moderne du vieux modèle des clubs : ils sortent du secret pour investir l’expertise, la recherche appliquée et le conseil aux décideurs. Le Council on Foreign Relations, la Brookings Institution ou la Rand Corporation sont évoqués comme des institutions qui ont durablement orienté des politiques publiques aux États-Unis.

Qui sont les réseaux d'influence en France ?

En France, des structures comme Le Siècle, l’Institut Montaigne ou Terra Nova jouent un rôle analogue, même si leur mode d’action est plus discret et plus policé. Le cercle Le Siècle, fondé en 1944, rassemble chaque mois plusieurs centaines de personnalités politiques, économiques, médiatiques et administratives. Il fonctionne comme un lieu de contact, de circulation des informations et de mise en relation des élites.

L’article souligne ainsi que le pouvoir contemporain ne passe pas seulement par les partis ou les institutions visibles. Il se construit aussi dans des espaces intermédiaires où se nouent les relations de confiance, où circulent les diagnostics et où se fabriquent des convergences intellectuelles.

Les suspicions internationales : Bilderberg, Davos, Trilatérale

Qui sont les réseaux d'influence en France ?
DAVOS/SWITZERLAND, 27JAN11 – Daniel Goleman, Co-Director, Consortium for Research on Emotional Intelligence in Organizations, Rutgers University, USA, speaks during the session ‘The New Reality of Consumer Power’ at the Annual Meeting 2011 of the World Economic Forum in Davos, Switzerland, January 27, 2011. Copyright by World Economic Forum
swiss-image.ch/Photo by Michael Wuertenberg

Le texte de Ça m’intéresse rappelle que certaines structures internationales ont cristallisé les fantasmes les plus puissants autour des réseaux d’influence. Le groupe Bilderberg, le Forum de Davos et la Commission Trilatérale sont souvent perçus comme des lieux d’entre-soi globalisé, dans lesquels dirigeants politiques, financiers et intellectuels échangent à huis clos.

Ces rendez-vous sont rarement des lieux de décision formelle, mais ils sont des lieux d’orientation, de mise en récit et de coordination informelle. C’est précisément cette part d’invisible qui alimente les soupçons, surtout quand les débats se déroulent « off », hors contrôle démocratique direct. Le texte cite à ce propos l’idée bourdieusienne selon laquelle la reproduction des élites passe par l’appropriation des positions prestigieuses et leur transmission dans des réseaux de reconnaissance mutuelle.

Pourquoi la franc-maçonnerie concentre les fantasmes Secret, symbole et pouvoir perçu

Qui sont les réseaux d'influence en France ?

La franc-maçonnerie concentre depuis longtemps les projections parce qu’elle associe trois éléments particulièrement sensibles : le secret relatif, la cooptation et la présence historique d’élites. Elle devient alors, dans l’imaginaire public, l’archétype du réseau qui agirait sans être vu.

Pourtant, l’article rappelle que la Maçonnerie est d’abord un espace de travail symbolique et de débat moral. Les loges ne dictent pas des programmes politiques ; elles mettent en relation des personnes qui, parfois, influencent ensuite leurs institutions respectives. Cette différence est fondamentale : il y a bien circulation d’idées et de personnes, mais pas de centralisation occulte absolue.

Le texte rejoint ici des analyses plus anciennes sur le rôle des loges dans la modernité politique. Elles ont pu servir de « laboratoires » d’idées, mais sans abolir la diversité des trajectoires individuelles.

Le temps des plateformes : Réseaux numériques et continuités anciennes

Qui sont les réseaux d'influence en France ?

L’article de Ça m’intéresse prend tout son sens à l’heure des plateformes numériques. Les réseaux sociaux, les moteurs de recherche et les agrégateurs d’actualité ont remplacé une partie des anciens cercles d’influence comme lieux de diffusion. Là où les clubs distribuaient l’information à huis clos, les plateformes la propagent désormais à grande échelle, avec des effets d’amplification très puissants.

Cette mutation ne supprime pas les réseaux traditionnels : elle les redouble. Les loges, les clubs et les think tanks continuent d’exister, mais ils doivent composer avec un environnement où la visibilité est immédiate, où les soupçons circulent vite, et où les théories du complot trouvent facilement un terrain de prolifération.

Une influence réelle, mais limitée : Entre réseaux et fantasmes

Les sources convergent sur un point : les Francs-maçons ont pu jouer un rôle important dans la vie publique française, notamment sous la IIIᵉ République et dans certains combats laïques ou sociaux. Mais cette réalité historique ne justifie ni l’idée d’un contrôle total, ni celle d’un complot permanent.

L’article de Ça m’intéresse a le mérite de replacer la question dans une perspective plus large : les loges ne sont qu’un type de réseau parmi d’autres, au même titre que les clubs, les cercles patronaux, les think tanks ou les forums internationaux. Leur influence est diffuse, relationnelle, variable selon les époques et les contextes.

Pour terminer… Comprendre sans caricaturer

Le grand intérêt de cet article est de montrer que la puissance des réseaux ne tient pas uniquement aux institutions visibles, mais aussi aux espaces de confiance, de sociabilité et de circulation des idées. La franc-maçonnerie y occupe une place singulière, à la fois historique, symbolique et politique.

En même temps, il faut éviter de transformer cette influence en mythe totalisant. Les loges ne commandent pas l’État, ne dirigent pas les algorithmes et ne gouvernent pas le monde. Elles participent à la fabrique des élites et à la circulation des idées, ce qui est déjà considérable, mais cela reste inscrit dans un tissu plus vaste de clubs, de think tanks et de réseaux d’influence concurrents.

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Les Francs-maçons ont distribué près de 100 000 £ à des œuvres caritatives

De notre confrère anglais bournemouthecho.co.uk – Par Fraser Simpson

Les francs-maçons de Bournemouth ont collecté et distribué collectivement près de 100 000 £ à des œuvres caritatives et ont assisté à un événement spécial où ils ont pu entendre directement des représentants d’organismes de bienfaisance parler de leur travail essentiel au sein de la communauté. Chris Lockwood, qui dirige la franc-maçonnerie à Bournemouth et dans la New Forest, a déclaré : « Une fois de plus, il était émouvant d’entendre ce que font les associations caritatives et les bonnes causes dans nos communautés. »

« Tant de gens font des choses merveilleuses et c’est un privilège de les soutenir et de faire tout notre possible pour les aider, non seulement en collectant des fonds, mais aussi en donnant de notre temps. »

« BCP dispose de plus de fonds pour les causes qui vous tiennent à cœur et qui unissent notre communauté. » Un humoriste populaire donnera un spectacle caritatif dans une salle du Dorset le mois prochain. Une nouvelle campagne de lutte contre l’insécurité alimentaire croissante vise à « mettre le Dorset à l’honneur ». Le théâtre du Dorset recherche de nouveaux administrateurs pour son conseil d’administration.

Les dons provenaient de fonds collectés auprès des membres de la loge.

La maire de Bournemouth, la conseillère Jackie Edwards, a assisté à l’événement et a accepté un chèque pour l’association caritative de son choix, la Bournemouth Natural Sciences Society.

Parmi les autres bénéficiaires figuraient The Beach Appeal de l’hôpital de Bournemouth, qui a reçu plus de 12 000 £, ainsi qu’Elsie’s Rose, Macmillan Caring Locally, Papyrus Prevention of Young Suicide, la Fondation Edward Ellis, le CJD Support Network et We Are Human.

Le montant total distribué s’élevait à 98 220,78 £.

M. Lockwood a déclaré : « Nous sommes reconnaissants au maire d’avoir assisté à l’événement et d’avoir pris la parole au centre maçonnique de Knole Road, à Bournemouth. »

Jacques Carletto fait son Interview : « Voyage dans l’invisible »

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Dans Voyage dans l’invisible, Jeanne Ayache propose une réflexion profonde sur ce qui échappe à la perception ordinaire. L’« invisible » n’est pas présenté comme un monde séparé ou mystique au sens simpliste, mais comme une dimension constitutive du réel, accessible par une transformation du regard et de la conscience.

L’auteure invite le lecteur à dépasser les limites du rationalisme strict pour reconnaître que la réalité ne se réduit pas à ce qui est mesurable ou observable. L’invisible inclut ainsi les émotions, les intuitions, les forces spirituelles, les liens subtils entre les êtres, mais aussi les dimensions énergétiques ou symboliques de l’existence.

Le « voyage » évoqué dans le titre est avant tout intérieur. L’auteure insiste sur l’importance d’un travail sur soi : silence, écoute, présence à soi-même. Ce chemin implique un détachement progressif des conditionnements sociaux, des peurs et des illusions du mental. Elle décrit ce processus comme une forme d’éveil progressif, où l’individu apprend à percevoir autrement, à ressentir plus finement, et à entrer en relation avec des aspects plus subtils de la réalité.

L’un des thèmes centraux du livre est la réhabilitation de l’intuition. Dans une société dominée par la raison analytique, l’ouvrage valorise une forme de connaissance plus globale, plus immédiate, qui passe par le ressenti. Cette capacité demande cependant d’être cultivée, affinée, et distinguée des projections ou des illusions personnelles. Ainsi, l’auteure met en garde contre les dérives possibles : croire percevoir l’invisible ne garantit pas une compréhension juste. Le discernement reste essentiel.

Le livre développe une vision profondément unitaire de l’existence. Il n’y a pas d’un côté le visible (le corps, la matière) et de l’autre l’invisible (l’esprit, l’âme), mais une continuité entre les deux. Cette perspective conduit également à une éthique implicite : si tout est lié, alors nos pensées, nos émotions et nos actions ont un impact réel, même au-delà de ce qui est visible. Au-delà de la simple exploration, le livre propose une véritable quête de sens. Le voyage dans l’invisible devient un moyen de répondre à des questions existentielles : Qui suis-je ? Quel est le sens de ma vie ? Quelle est ma place dans l’univers ?

Cette quête conduit à une transformation intérieure. En accédant à l’invisible, l’individu ne change pas seulement sa perception du monde : il se transforme lui-même. Il devient plus conscient, plus libre, et potentiellement plus aligné avec ce qu’il considère comme essentiel. Le lecteur est encouragé à ne pas croire aveuglément, mais à expérimenter par lui-même. L’invisible ne peut être compris que par une démarche directe, intime, et personnelle.

L’AUTEURE

Docteur d’Etat en Physique, biologiste et microscopiste, Jeanne Ayache est retraitée du CNRS depuis quelques années. Elle a complété son cursus académique par une formation de médecine chinoise, médecine quantique, musicothérapie énergétique et nutripuncture. Elle est aujourd’hui thérapeute, conférencière et auteure de nombreux ouvrages destinés aux scientifique comme au grand public.

Vie et mort : un flux éternel et infini

De notre confrère italien expartibus.it – Par Rosmund Cristiano

Vie et mort : un flux éternel et infini

Dans le silence du temple, entre les colonnes de Jachin et de Boaz, l’esprit revient se poser sur l’un des plus anciens mystères qui imprègnent l’existence humaine : la vie et la mort. Non pas comme des opposés qui s’affrontent, mais comme des mouvements d’un même courant cosmique, deux souffles d’un seul organisme.

Tout change, rien ne périt.

Tout se transforme, rien n’est détruit.

Vie et mort : un flux éternel et infini

Ainsi écrivait Ovide, et son intuition n’a rien perdu de sa justesse. Qu’on soit initié ou non, il y a en nous, au plus profond de nous, une intuition profonde : l’être ne s’éteint pas, il se transmêle. Le souffle de vie change de forme sans jamais cesser d’être. Pâques, fête chrétienne, célèbre ce même mystère : la disparition du corps, la résurrection de l’esprit, la transformation comme acte suprême. C’est le moment où la nature elle-même, se débarrassant des brumes hivernales, renaît à une nouvelle danse de la vie.

L’initié reconnaît dans cet événement le chemin du néophyte : celui qui meurt à lui-même, aux illusions, aux préjugés, aux attachements, et qui renaît à la lumière de la Gnose.

Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit ; mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Il en est de même de tout homme né de l’Esprit.
(Jean 3,8)

Vie et mort : un flux éternel et infini
Antoine Lavoisier

De Lavoisier à la physique quantique

En langage ésotérique, ce mot de l’Évangile exprime la loi universelle de transmutation : l’Esprit anime toute forme et la conduit vers des états de conscience supérieurs, sans jamais vraiment s’arrêter. La physique moderne a donné voix à cette sagesse ancestrale. La loi de Lavoisier, « Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme », est l’expression rationnelle des enseignements des anciens Mystères transmis par le mythe.

Dans le monde quantique, où la matière n’est rien d’autre que de l’énergie condensée, la mort n’existe pas comme point final : il y a une métamorphose continue du champ. L’équation d’Einstein l’exprime avec une rare clarté : E = mc²

Ce qui apparaît comme un corps n’est rien d’autre que de la lumière comprimée, une vibration qui ne demande qu’à se déployer. À l’image de l’Ouroboros, symbole antique du serpent qui se dévore lui-même, la Vie se régénère dans l’acte même de dissolution.

Vie et mort : un flux éternel et infini
Platon et Aristote philosophant

Peut-être l’univers lui-même résonne-t-il comme une spirale infinie où chaque terme ramène à l’origine. Symboliquement, cela pourrait s’exprimer comme un paradoxe numérique, mais aussi comme un sceau de vérité métaphysique : la limite tendant vers l’infini comme un retour à l’Un. Les Pythagoriciens considéraient le nombre comme l’arché, le principe premier de toutes choses.

Platon a averti :

Dieu géométrise toujours.

Dieu mesure, calcule, ordonne le chaos.

Vie et mort : un flux éternel et infini

Chaque vie humaine, chaque mort, inscrit un nombre dans la grande formule cosmique du devenir. Rien n’est aléatoire : tout est proportion, harmonie, symétrie. De même qu’en musique un accord naît de la résolution des tensions, l’existence s’équilibre dans le rythme alterné de la naissance et de la dissolution.

En termes mathématiques, la mort n’est rien d’autre qu’une discontinuité apparente dans une fonction continue de signification plus large.

Si nous définissons la vie comme une fonction f(t), où t représente le temps vécu, alors la mort n’est pas un point d’arrêt mais un changement infinitésimal d’état.

La limite exprime le rendement : limₙ→∞ f(t) = f(0)

L’athanor, la pierre brute et la mort initiatique

Tout revient, tout se répète, mais chaque cycle apporte une conscience nouvelle.
L’alchimiste médiéval recherchait dans l’athanor non seulement l’or physique, mais la transmutation de son âme. Ce qui brûlait, c’était l’ego ; ce qui demeurait, c’était la pureté de l’Esprit.

Dans le langage symbolique de la franc-maçonnerie, cette transformation se reflète dans le parcours de l’apprenti travaillant la pierre brute : il meurt à la rugosité pour sculpter en lui la forme parfaite.

Desserrer et durcir.

Dissoudre et réunir.

Vie et mort : un flux éternel et infini
Spinoza

Ce n’est qu’en dissolvant ce qui est considéré comme solide que l’on peut le recomposer en une forme supérieure. La mort est la solution universelle : la préparation nécessaire à la plus grande des coagulations, la renaissance spirituelle. Ce qui meurt, c’est l’illusion de la séparation ; ce qui naît, c’est la conscience de l’unité.

Vie et mort, vagues d’une même réalité infinie

L’idée d’infini a toujours représenté, dans la pensée philosophique, le point où la raison touche les frontières de la transcendance. Spinoza l’appelait Substantia ; Hegel la concevait comme l’Esprit absolu qui se reconnaît en lui-même. Pour le franc-maçon, l’infini est la représentation symbolique du Grand Architecte de l’Univers : commencement et fin, cercle et centre, visible et invisible. De ce point de vue, la vie et la mort ne s’opposent pas : elles sont les vagues d’une même mer, le devenir d’une même réalité.

Comme l’a dit Héraclite :

La pente de la rivière.

Tout s’écoule.

Vie et mort : un flux éternel et infini

Mais ce qui circule ne se perd pas ; cela revient, se régénère et prend de nouvelles formes. En mécanique quantique, on dirait que les particules disparaissent pour réapparaître sous forme de fluctuations dans un champ encore plus vaste.

Pâques, mystère de mort et de renaissance

Chaque printemps raconte la même histoire : le sacrifice de la matière et la victoire de l’Esprit. La mort du Christ, l’agneau qui s’offre en sacrifice, symbolise l’élément terrestre qui se fait lumière, le corps qui se sublime en énergie pure, tel un saut quantique de l’âme d’un niveau à un autre. L’Homme nouveau, le ressuscité, est celui qui a compris que la Vie ne lui appartient pas : elle est la vie de l’Univers qui le traverse.

Celui qui perd sa vie à cause de moi la retrouvera.

Non pas comme une annulation, mais comme une fusion avec le Tout. En termes symboliques, l’Homme Nouveau est une fonction harmonique qui a atteint une résonance parfaite avec le principe universel :
sin(θ) + cos(θ) = √2 · sin(θ + π/4)

Une harmonie qui transcende la dualité de la matière et de l’esprit, du jour et de la nuit, du maître et du disciple.

Vie et mort : un flux éternel et infini

L’initié sait que la réalité ultime n’est ni la vie ni la mort, mais le mouvement qui les unit.
Le Mystère pascal, comme tout rite de passage, célèbre l’éternel retour de l’être à son centre. Si la physique quantique parle de superposition, la philosophie de dialectique et la théologie de résurrection, toutes convergent vers le même axiome cosmique : l’Être est un, éternel et indivisible.

L’univers lui-même est un temple où la Vie se renouvelle à chaque instant.

Le franc-maçon, à l’instar du mystique et du scientifique, s’incline devant cette équation sacrée :
Ω = α + ω = ∞

Du début à la fin, tout est retour, tout est continuité. Aucune mort n’est vaine, aucune vie n’est perdue, car toutes deux participent du même souffle de l’Infini.

Comme l’a déclaré Giordano Bruno, martyr du savoir :

Il n’y a pas de mort, seulement des mutations de la forme de l’unique substance éternelle.

Ainsi, l’Homme, aux jours de Pâques et à chaque cycle de renaissance, peut dire avec une conscience initiatique sereine :

Je suis la vie et la mort à la fois. Je suis l’infini.

Je suis la vie et la mort réunies. Je suis l’infini.

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La parole du Véné du lundi – « La bienveillance en Franc-maçonnerie »

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Mes chers Frères et Sœurs, quelques derniers maçons, mais ils ne sont pas très nombreux, professent une idéologie très étrange. Ils la nomment la bienveillance. Il s’agit, selon eux, de veiller au bien de leurs frères et sœurs, car plus ils iront bien, plus le bonheur se diffusera sur terre. Cela commence bien entendu par respecter quelques règles élémentaires :

  • Pas de critiques gratuites
  • Pas de nuisances
  • Pratiquer la solidarité
  • Être présent par l’écoute et la douceur
  • …
La parole du Véné du lundi – « La bienveillance en Franc-maçonnerie »

Ces quelques points de départ permettraient, paraît-il, de poser les bases d’un vivre-ensemble en fraternité plus harmonieux.

On se demande vraiment pourquoi il est utile de formuler ces règles. Tout cela devrait aller de soi, non ? On est en Loge, pas dans une cour de récréation. On est censés être des adultes éclairés, pas des enfants qui ont besoin qu’on leur rappelle de ne pas tirer les nattes de la voisine.

Pourtant, il faut croire que pour certains maçons, cela va sans dire… mais mieux encore en le disant. Et quand je dis « certains maçons », je pense à quelques noms bien précis. Mais comme je commence officiellement ma cure de bienveillance depuis ce matin à 6 h 47 (heure à laquelle j’ai décidé de ne pas répondre à un certain mail), je vais les garder pour moi.

Je vous assure que c’est comme arrêter de fumer : c’est pas facile. On a des envies soudaines de balancer une petite vérité bien sentie, de lâcher un sarcasme bien affûté, ou simplement de rappeler à untel qu’il n’est pas le centre du monde. Mais non. On respire. On sourit. On pratique la bienveillance. C’est dur. C’est même douloureux.

Je vous tiendrai au courant la semaine prochaine de l’avancée de ma cure. Pour l’instant, tout va bien. Je n’ai encore mordu personne. Bonne semaine à toutes et tous et surtout… essayez d’être bienveillants.

Ou au moins, faites semblant. C’est déjà ça.

Le Vénérable Maître
(qui fait de son mieux, promis)

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Unité Laïque a cinq ans : la République comme œuvre vivante

Par une infolettre anniversaire adressée à ses membres, Unité Laïque rappelle qu’en cinq années elle a su transformer une exigence de principe en présence publique. Hommages, colloques, cafés laïques, tribunes, vigilance intellectuelle et travail mémoriel ont donné à cette association présidée par Jean-Pierre Sakoun une place désormais identifiable dans le paysage républicain français.

Cinq ans, dans la vie d’une association, ne relèvent pas seulement d’un cap chronologique

Ils disent déjà une tenue, une persévérance, une manière d’habiter le débat public sans céder ni à l’épuisement ni à la dispersion. Chez Unité Laïque, cet anniversaire a d’autant plus de poids qu’il ne consacre pas un simple cercle d’opinion, mais une volonté de faire vivre la laïcité dans la cité, au croisement de l’histoire, de l’école, de la mémoire nationale et du combat intellectuel. Le site même de l’association l’affirme clairement, elle entend défendre, promouvoir et développer la laïcité, en veillant particulièrement aux institutions publiques, aux collectivités et à l’école conçue comme creuset de la citoyenneté républicaine.

Ce qui frappe, lorsque l’on regarde le chemin parcouru, c’est la cohérence d’ensemble

Missak Manouchian au Panthéon
Missak Manouchian au Panthéon

Dès le 4 décembre 2021, à Valence, la première conférence-débat de l’association s’inscrivait sous le signe d’une laïcité pensée comme idéal émancipateur et pratique quotidienne. Quelques semaines plus tard, en janvier 2022, Unité Laïque s’associait à la Ville de Valence et à son maire Nicolas Daragon pour lancer le comité de soutien en faveur de l’entrée de Missak Manouchian au Panthéon, dans un esprit explicitement républicain, universaliste et national.

Cette ligne n’a jamais varié

Il y a eu l’initiative Honorer Samuel Paty, qui invite les communes à inscrire dans l’espace public le nom du professeur assassiné et à faire de cet hommage un acte de fidélité à l’école, à la liberté de conscience et au refus du fanatisme. Il y a eu aussi les Rencontres d’automne d’Unité Laïque, les RAUL2022, organisées avec des partenaires comme Marianne, la Fondation Jean-Jaurès et la Revue politique et parlementaire, preuve que l’association a voulu d’emblée porter la question laïque au cœur du débat civique national.

À Valence encore, le compagnonnage entre la ville et l’association a donné lieu à plusieurs séquences marquantes.

B. Maris fresque hommage Charlie

Au printemps 2025, l’hommage à Charlie fit se rencontrer mémoire des victimes, liberté d’expression et exigence laïque, avec une exposition de dessins de Charb, la projection du documentaire « Dieu peut se défendre tout seul » et un débat avec Marika Bret. Puis vint la saison 120 ans d’émancipation, que l’association a elle-même présentée comme un beau succès, déployée de septembre 2025 à janvier 2026 autour d’expositions, de conférences, de ciné-débats, d’un opéra-débat et d’une attention réelle portée au public scolaire.

La même ambition se retrouve dans :

-la soirée Liberté, liberté chérie ;

-le Prix des Hussards Noirs 2025, où la laïcité ne se réduit plus à un principe juridique défensif mais devient aussi une scène de transmission, de littérature, d’intelligence collective et de sensibilité républicaine.

Aline Girard

Cette orientation éclaire également les prises de position les plus récentes d’Unité Laïque

Aline Girard* s’inquiète ainsi, dans Marianne, de voir la laïcité devenue presque invisible dans la campagne municipale de 2026 après avoir été omniprésente lors du cent vingtième anniversaire de la loi de 1905.

Jean-Pierre Sakoun – Unité Laïque
Jean-Pierre Sakoun – Unité Laïque

Quant à Jean-Pierre Sakoun, il rappelle dans Le Monde que la laïcité n’est pas un simple mode de gestion de la diversité religieuse, mais la condition politique d’une liberté commune.

L’anniversaire des cinq ans ne prend d’ailleurs pas la forme d’un regard satisfait tourné vers le passé.

Le 16 avril 2026, l’association annonçait un webinaire avec Jean-Pierre Obin, exceptionnellement ouvert au public. Elle prépare aussi, pour le 10 juin prochain à Paris, un Café laïque consacré aux Lumières et anti-Lumières en Iran, avec Stéphanie Roza comme grand témoin.

Autrement dit, Unité Laïque célèbre son âge non par le repos, mais par la continuation du chantier.

Dans son l’infolettre du 17 courant, l’association résume elle-même cinq années de travail par quelques chiffres éloquents, 98 vidéos sur sa chaîne YouTube, 95 communiqués de presse, 42 tribunes et articles, 22 tables rondes et conférences, 17 cafés laïques, 8 ciné-débats, 15 interviews et podcasts, ainsi que 7 grandes actions portées avec succès.

Ces nombres importent moins comme trophées que comme signes d’une méthode.

Il s’agit de sortir la laïcité du seul registre de la réaction pour la faire entrer dans la culture, la mémoire, la pédagogie, la parole publique et l’initiative.

Nos lecteurs reconnaîtront aisément, dans cette persévérance, quelque chose qui leur est familier. La liberté de conscience ne se protège pas par l’incantation. Elle demande du travail, des lieux, des visages, une pédagogie, des symboles, une fidélité à l’universel. Sous cet angle, l’itinéraire d’Unité Laïque touche à une dimension qui n’est pas étrangère à la sensibilité maçonnique, celle d’un patient polissage de la pierre civique pour rendre possible un espace commun plus juste, plus clair et plus fraternel.

À l’heure où tant de mots républicains s’usent à force d’être répétés sans être incarnés, le cinquième anniversaire d’Unité Laïque rappelle une vérité simple.

La laïcité ne vit vraiment que lorsqu’elle descend des discours pour entrer dans les écoles, les villes, les livres, les mémoires et les actes. Cinq ans après, c’est peut-être cela que célèbre d’abord Unité Laïque, moins un anniversaire qu’une présence.

DIEU PEUT SE DÉFENDRE TOUT SEUL – Bande-annonce

*Vers une société communautariste et confessionnelle – Le cas Samuel Grzybowski – Aline Girard – Préface de Jean-Pierre Sakoun – Pont 9, Coll. Les enquêtes d’Unité Laïque #1, 120 pages, 16, 90 €