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En 1863, trois ans seulement après le rattachement du comté de Nice à la France, une nouvelle loge s’allume dans la ville : la Philosophie Cosmopolite, constituée sous les auspices du Grand Orient de France. Son nom même dit l’ambition d’un atelier ouvert sur le monde, dans une cité d’hivernants venus de toute l’Europe. Elle se présente aujourd’hui comme la plus ancienne loge en activité du comté de Nice. En mai 1871, elle accueille Giuseppe Garibaldi, enfant du pays, comme vénérable d’honneur. Sa fondation marque l’entrée durable de la maçonnerie française dans la nouvelle province.
Date : 1863
Lieu : Nice, France
Nice, une ville devenue française

Jusqu’en 1860, Nice et son comté appartiennent aux États de la maison de Savoie. Le traité de Turin, signé en mars 1860 entre Napoléon III et le royaume de Sardaigne, puis le plébiscite d’avril, font passer le territoire sous souveraineté française, en échange du soutien de la France à l’unité italienne. Le nouveau département des Alpes-Maritimes doit alors être intégré aux institutions françaises, et la sociabilité maçonnique fait partie de ce mouvement. Les obédiences parisiennes voient dans la ville, déjà très fréquentée par les hivernants britanniques, russes ou allemands, un terrain naturel d’implantation.
La maçonnerie n’y était pourtant pas inconnue. Pendant la première période française, sous la Révolution et l’Empire, une loge Les Vrais Amis réunis est installée en 1801, présidée par le général Pierre-Dominique Garnier ; le maréchal André Masséna, natif de Nice, y est affilié et en devient vénérable d’honneur. En 1805, La Parfaite Harmonie recrute parmi les négociants. Après 1814, sous la Restauration sarde, les ateliers s’endorment, et il faut attendre 1859 pour qu’une loge écossaise, La Philanthropie ligurienne, rallume des feux dans la cité.
La naissance de l’atelier
C’est dans ce contexte que la Philosophie Cosmopolite est constituée en 1863 sous l’égide du Grand Orient de France. La loge donne elle-même la date du 3 juin 1863 pour sa création, tandis que certaines chronologies retiennent le 28 octobre 1863, qui pourrait correspondre à une étape ultérieure de son installation ou de sa reconnaissance par l’obédience. Une médaille frappée à l’année de la fondation, mentionnée par l’atelier, témoigne de la fierté des premiers membres. Le titre distinctif choisi n’est pas anodin : dans une ville cosmopolite par excellence, il affirme l’idéal d’une fraternité qui dépasse les nationalités et les frontières récemment redessinées.
Les chronologies anciennes évoquent un atelier travaillant au Rite français et au Rite écossais. Aujourd’hui, la loge met en avant la pratique du Rite écossais rectifié, signe des évolutions que connaissent les ateliers sur le temps long. Les noms des fondateurs ne sont pas connus par les sources accessibles en ligne ; les archives du Grand Orient, conservées en partie à la Bibliothèque nationale de France, constituent la piste de recherche la plus sûre.
Garibaldi, vénérable d’honneur
Le moment le plus célèbre de l’histoire de l’atelier survient en mai 1871. Giuseppe Garibaldi, né à Nice en 1807, initié à Montevideo dans les années 1840 et figure majeure de la maçonnerie italienne, est reçu par la Philosophie Cosmopolite comme vénérable d’honneur. Le héros du Risorgimento vient alors de commander l’armée des Vosges pendant la guerre franco-allemande et d’être brièvement élu à l’Assemblée nationale. Pour la loge niçoise, accueillir l’enfant du pays, opposé au rattachement de sa ville natale à la France, revêt une portée symbolique particulière.
Une loge dans la République

Sous la Troisième République, le Grand Orient de France et le Suprême Conseil de France, dont naîtra la Grande Loge de France, accompagnent la diffusion des idées républicaines dans le département. De nouveaux ateliers apparaissent, aux titres explicites comme La Démocratie (1883) ou La France démocratique (1887). À la veille de 1914, Nice compte trois loges du Grand Orient, une de la Grande Loge de France et une du Droit Humain. La Philosophie Cosmopolite, doyenne de ce paysage, en constitue le socle historique.
Postérité et mémoire
Toujours active au sein du Grand Orient de France, la loge a célébré son 160e anniversaire le 20 septembre 2023. À cette occasion, elle a annoncé son ouverture à la mixité et sa décision d’initier des femmes, s’inscrivant dans l’évolution engagée par son obédience depuis 2010. Sa longévité fait d’elle un témoin rare de la continuité maçonnique sur la Côte d’Azur, depuis les lendemains de l’annexion jusqu’à aujourd’hui.
Repères chronologiques
- 1801 : installation à Nice de la loge Les Vrais Amis réunis, liée à Masséna.
- 1859 : allumage de la loge écossaise La Philanthropie ligurienne.
- 1860 : traité de Turin et plébiscite, le comté de Nice devient français.
- 1863 : fondation de la Philosophie Cosmopolite sous l’égide du Grand Orient de France.
- Mai 1871 : Giuseppe Garibaldi reçu comme vénérable d’honneur de la loge.
- 20 septembre 2023 : célébration du 160e anniversaire et ouverture à la mixité.
Voir aussi dans le glossaire : Maître de loge ou Maître en chaire, André Masséna (Personnalité).

