Initiation d’Abd el-Kader à la loge Les Pyramides d’Alexandrie, 18 juin 1864 (date historique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le 18 juin 1864, à Alexandrie, l’émir Abd el-Kader, ancien chef de la résistance algérienne devenu une figure respectée de Damas, reçoit la lumière maçonnique. La cérémonie est conduite par la loge Les Pyramides, de l’Orient du Caire, au nom de la loge parisienne Henri IV du Grand Orient de France, qui l’avait sollicité après son action en faveur des chrétiens de Damas en 1860. L’émir séjourne alors en Égypte, où il suit de près le chantier du canal de Suez. L’événement fascine encore : il pose la question du dialogue entre soufisme et franc-maçonnerie.

Date : 18 juin 1864
Lieu : Alexandrie, Égypte

De la guerre d’Algérie à Damas

Initiation d’Abd el-Kader à la loge Les Pyramides d’Alexandrie, 18 juin 1864
Source : Wikimedia Commons – Unidentified photographer – CC BY-SA 4.0

Né en 1808 près de Mascara, Abd el-Kader est proclamé émir par les tribus de l’Ouest algérien en 1832 et mène pendant quinze ans la lutte contre la conquête française. Après sa reddition en décembre 1847, il est retenu en France, notamment au château d’Amboise, jusqu’à sa libération annoncée par Louis-Napoléon Bonaparte en octobre 1852. Il s’installe ensuite en Orient, à Brousse puis à Damas, où il se consacre à l’étude et à l’enseignement religieux, dans la tradition soufie dont il est un maître reconnu.

En juillet 1860, lors des massacres qui frappent les chrétiens de Damas, il ouvre sa demeure et organise la protection de milliers de personnes. Ce geste lui vaut une renommée internationale et les honneurs de nombreux gouvernements. Il attire aussi l’attention des francs-maçons français, qui voient en lui l’incarnation de la tolérance qu’ils professent.

La démarche de la loge Henri IV

Le 20 septembre 1860, à la demande du frère Silbermann, la loge parisienne Henri IV du Grand Orient de France propose de rendre hommage à l’émir. Le 16 novembre suivant, elle lui adresse une lettre accompagnée d’un bijou orné d’un delta. Abd el-Kader répond au début de 1861 en exprimant le souhait de rejoindre l’Ordre. Le vénérable Vannez en informe le Grand Maître, le prince Lucien Murat, et la loge lui fait parvenir des textes de référence, dont les premiers articles des Constitutions d’Anderson. En décembre 1861, une commission de quatre membres est chargée de préparer sa réception.

La crise qui secoue alors le Grand Orient, avec la nomination par décret impérial d’un nouveau Grand Maître, le maréchal Magnan, en janvier 1862, retarde le projet de réception à Paris. La solution retenue est de faire procéder à l’initiation sur place, en Orient.

La cérémonie d’Alexandrie

Abd el-Kader séjourne en Égypte en 1863 et 1864, avant et après un pèlerinage à La Mecque. Le 18 juin 1864, à 21 heures, la loge Les Pyramides, relevant de l’Orient du Caire mais réunie à Alexandrie, l’initie au nom de la loge Henri IV. Selon les récits maçonniques, les trois grades lui sont conférés le même soir. La loge travaillait en arabe et en français, ce qui facilitait l’accueil d’un frère arabophone. L’année suivante, de passage en France, il est reçu solennellement par la loge Henri IV à Paris, le 30 août 1865, qui confirme ses grades par un diplôme, avant de regagner Damas le 2 septembre.

L’émir et le canal de Suez

Initiation d’Abd el-Kader à la loge Les Pyramides d’Alexandrie, 18 juin 1864
Source : Wikimedia Commons – Andrew J. Russell – Public domain

Ce séjour égyptien est aussi lié au grand chantier du temps : le percement de l’isthme de Suez, entrepris en 1859 par Ferdinand de Lesseps. Selon les travaux de l’historien Miki Kilali, Lesseps rencontre l’émir à Damas en 1861 et obtient son appui ; Abd el-Kader aide à faire connaître le projet et se rend à plusieurs reprises sur le chantier. Il sera l’un des invités d’honneur de l’inauguration du canal, le 17 novembre 1869, à Port-Saïd.

Une appartenance discutée

Le lien de l’émir avec la maçonnerie a longtemps suscité des controverses, notamment en Algérie, où certains ont contesté la réalité ou la sincérité de son engagement. L’historien Thierry Zarcone, directeur de recherche au CNRS, a consacré à la question un ouvrage de référence, Le Mystère Abd el-Kader. La franc-maçonnerie, la France et l’islam (Cerf, 2019). Il y décrit un homme qui concilie sa foi soufie avec l’idéal maçonnique, sans fréquenter ensuite de loge à Damas. En 1877, lorsque le Grand Orient supprime l’obligation de travailler à la gloire du Grand Architecte de l’Univers, l’émir fait connaître sa désapprobation.

Postérité et mémoire

Mort à Damas le 26 mai 1883, Abd el-Kader repose en Algérie depuis 1966. Son nom a été donné à des loges, comme L’Émir Abd el-Kader, créée en 1994 à la Grande Loge de France. Pour de nombreux maçons, l’initiation d’Alexandrie demeure le symbole d’une fraternité capable de relier les deux rives de la Méditerranée.

Repères chronologiques

  • 6 septembre 1808 : naissance d’Abd el-Kader près de Mascara.
  • 23 décembre 1847 : reddition de l’émir aux autorités françaises.
  • Juillet 1860 : il protège les chrétiens lors des massacres de Damas.
  • 16 novembre 1860 : lettre et bijou de la loge Henri IV.
  • 18 juin 1864 : initiation par la loge Les Pyramides à Alexandrie.
  • 30 août 1865 : réception solennelle à la loge Henri IV, à Paris.
  • 17 novembre 1869 : invité d’honneur à l’inauguration du canal de Suez.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Initiation, Grand Architecte de l’Univers mal interprété (antimaçonnisme), Maître de loge ou Maître en chaire, Thierry Zarcone (Auteur).

Glossaire de la franc-maçonnerie

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