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En 1864, à Florence, alors capitale du jeune royaume d’Italie, le révolutionnaire russe Michel Bakounine s’affilie à la loge Il Progresso Sociale, qui relève du Grand Orient d’Italie. Évadé de Sibérie trois ans plus tôt, le futur théoricien de l’anarchisme voit dans la maçonnerie italienne, imprégnée de l’esprit du Risorgimento, un réseau d’hommes libres à gagner à la cause de la révolution sociale. L’expérience sera brève, mais elle éclaire le rôle des loges dans les mouvements démocratiques du XIXe siècle et la manière dont Bakounine conçoit ses propres sociétés secrètes.
Date : 1864
Lieu : Florence, Italie
Un révolutionnaire en exil

Né en 1814 dans une famille de la noblesse russe, Mikhaïl Alexandrovitch Bakounine participe aux révolutions de 1848 et 1849, notamment à Dresde. Arrêté, livré à la Russie, il passe des années en forteresse avant d’être relégué en Sibérie, d’où il s’évade en 1861 par le Japon et les États-Unis pour rejoindre Londres. En 1864, il s’installe en Italie, où il demeure environ trois ans, d’abord à Florence puis à Naples.
L’Italie de 1864 est un pays en construction : l’unité a été proclamée en 1861, Rome reste aux mains du pape, et Florence s’apprête à devenir la capitale du royaume. Les milieux démocrates, garibaldiens et mazziniens, y sont nombreux et souvent liés aux loges.
La maçonnerie italienne du Risorgimento
Le Grand Orient d’Italie, refondé à Turin à la fin de 1859, cherche alors à fédérer les loges de la péninsule. En 1864, Giuseppe Garibaldi en est brièvement le Grand Maître, du 24 mai au 8 août. La maçonnerie italienne est profondément engagée dans le combat contre le pouvoir temporel des papes, ce qui en fait un milieu naturel pour les exilés révolutionnaires de toute l’Europe.
L’affiliation de 1864
C’est dans ce contexte que Bakounine s’affilie, en 1864, à la loge florentine Il Progresso Sociale. Les conditions de sa première initiation restent discutées : certaines sources évoquent une réception par Garibaldi lui-même à Caprera au début des années 1860, d’autres une initiation antérieure, dès 1845, lors de son séjour parisien. L’encyclopédie en ligne Wikipédia mentionne en outre qu’il aurait reçu le 32e degré du Rite écossais le 3 avril 1865. Faute de documents originaux accessibles, ces précisions doivent être tenues pour incertaines.
Une stratégie révolutionnaire

Selon l’historien de l’anarchisme Max Nettlau, Bakounine fréquente à Florence en 1864 et 1865 des maçons influents. Il cherche à créer une organisation qui jouerait pour la révolution sociale le rôle que la maçonnerie aurait joué pour la révolution bourgeoise. Il rédige même un catéchisme destiné à réformer la maçonnerie moderne. En parallèle, il fonde sa propre société secrète, la Fraternité internationale, qui n’existe guère que sur le papier mais préfigure ses réseaux ultérieurs.
La rupture
L’illusion est de courte durée. Après l’échec de ses tentatives au sein de la Ligue de la paix et de la liberté, en 1867 et 1868, Bakounine renonce à agir dans des organisations qu’il juge bourgeoises. Dans une lettre de février 1869 aux internationalistes du Jura, publiée le 1er mars dans Le Progrès du Locle, il décrit la maçonnerie comme une institution en déclin. Il se consacre désormais à l’Association internationale des travailleurs, dont il sera exclu au congrès de La Haye en 1872, avant de mourir à Berne en 1876.
Portée et postérité
L’épisode florentin illustre la porosité, au milieu du XIXe siècle, entre loges, sociétés secrètes et mouvements révolutionnaires. Il rappelle aussi que la maçonnerie italienne fut, pour toute une génération, un lieu de sociabilité politique. Bakounine figure depuis dans de nombreuses listes de maçons célèbres, même si son appartenance fut brève et instrumentale.
Repères chronologiques
- 1814 : naissance de Mikhaïl Bakounine à Priamoukhino (Russie).
- 1861 : évasion de Sibérie.
- 24 mai-8 août 1864 : Garibaldi Grand Maître du Grand Orient d’Italie.
- 1864 : affiliation de Bakounine à la loge Il Progresso Sociale de Florence.
- 1867 : congrès de Genève de la Ligue de la paix et de la liberté.
- 1869 : lettre aux internationalistes jurassiens critiquant la maçonnerie.
- 1876 : mort de Bakounine à Berne.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Affiliation, Maître de loge ou Maître en chaire, Revue internationale des sociétés secrètes (antimaçonnisme).

