Fascisme (antimaçonnisme)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le fascisme a entretenu avec la franc-maçonnerie une relation d’hostilité profonde, même si les situations nationales ont varié. Il faut entendre ici le fascisme non comme une simple opinion autoritaire, mais comme une vision du monde fondée sur l’exaltation de la nation organique, la verticalité du chef, la discipline collective, la mobilisation des masses, le refus du libéralisme, la haine du pluralisme et la méfiance envers toute forme d’autonomie sociale. Dans cet univers, la franc-maçonnerie devient très vite un corps étranger.

Ce que la loge a d’insupportable

mussolini

La loge porte en effet plusieurs éléments insupportables à l’esprit fasciste. Elle renvoie à une fraternité au-delà des frontières. Elle affirme une liberté de conscience. Elle cultive une sociabilité autonome. Elle transmet une mémoire symbolique qui ne dépend ni du parti, ni de l’État, ni du chef. Elle maintient un espace où l’individu ne se réduit pas à la nation, à la race, à la foule, à l’armée ou au mouvement. Pour le fascisme, cette autonomie est suspecte. Elle affaiblirait l’unité organique du peuple, la discipline collective, la verticalité du commandement.

Le fascisme veut posséder l’homme tout entier. Il veut son corps dans les rassemblements, sa parole dans les formules, sa mémoire dans le récit national, son imaginaire dans le culte du chef, sa fidélité dans le parti ou l’État. La franc-maçonnerie, même faible politiquement, rappelle qu’il existe des lieux où l’homme peut se réunir autrement, parler autrement, transmettre autrement. Elle maintient une réserve. Elle indique que l’être humain ne se livre pas sans reste à l’appareil politique. Cette seule réserve suffit à susciter l’hostilité.

De la polémique à la persécution

L’antimaçonnisme fasciste ne se contente donc pas de polémiquer. Il tend à devenir répressif. Les loges peuvent être interdites, leurs biens saisis, leurs archives confisquées, leurs membres surveillés, exclus, emprisonnés ou contraints au silence. Le soupçon antimaçonnique devient une technique de purification politique. Il ne s’agit plus seulement de dire que les francs-maçons ont tort. Il s’agit de les arracher du corps national comme élément suspect.

En Italie et en Allemagne

Benito Mussolini Tempo 26 October 1939

En Italie, le fascisme mussolinien vise progressivement la franc-maçonnerie jusqu’à l’interdiction des loges en 1925. Ce geste n’est pas seulement disciplinaire. Il signifie que le régime ne tolère plus de sociabilité concurrente. La franc-maçonnerie italienne, marquée par l’histoire du Risorgimento, par des traditions libérales, patriotiques, laïques ou républicaines selon les milieux, devient incompatible avec un État qui veut absorber toutes les fidélités. Le fascisme ne veut pas seulement gouverner. Il veut être l’unique forme de l’appartenance.

En Allemagne nazie, la situation prend une gravité particulière en raison de la fusion entre antimaçonnisme et antisémitisme. La franc-maçonnerie y est souvent présentée comme liée au judaïsme, au libéralisme, au parlementarisme, aux droits de l’homme, aux réseaux internationaux et à une prétendue conspiration contre le peuple allemand. Les loges sont fermées, les archives saisies, les biens confisqués, les frères surveillés ou persécutés. Le mythe judéo-maçonnique entre dans la logique totalitaire du régime.

Le besoin d’ennemis intérieurs

Le fascisme a besoin d’ennemis intérieurs. Le franc-maçon lui offre une figure idéale. Il est supposé cosmopolite, secret, libéral, républicain, parfois associé aux Juifs, aux socialistes, aux démocrates, aux pacifistes ou aux intellectuels. Cette accumulation de griefs révèle moins la franc-maçonnerie réelle que la logique totalitaire du fascisme. Peu importe que les accusations se contredisent. L’essentiel est de fabriquer un adversaire utilisable, un signe de l’anti-nation, une présence à purifier.

Cette logique se retrouve dans d’autres régimes autoritaires ou parafascistes, notamment dans l’Espagne franquiste ou dans la France de Vichy. Chaque contexte possède sa spécificité, mais la structure est proche. La franc-maçonnerie est accusée d’avoir affaibli la patrie, corrompu la morale, servi la République, détruit l’unité spirituelle, préparé la défaite ou favorisé l’étranger. La loge devient un nom commode pour désigner ce que le régime veut extirper.

Il faut insister sur ce point. Le fascisme ne combat pas la franc-maçonnerie parce qu’elle serait effectivement le gouvernement secret du monde. Il la combat parce qu’elle représente une limite à la domination totale. Un espace autonome, même modeste, est insupportable à un pouvoir qui prétend tout ordonner. Une fraternité choisie est suspecte lorsqu’un régime veut imposer une fraternité obligatoire sous le signe du chef. Une parole rituelle est suspecte lorsque seule la parole officielle doit résonner.

La réponse maçonnique

La réponse maçonnique ne peut être naïve. L’histoire a montré où menaient ces récits lorsqu’ils devenaient pouvoir. Avant la persécution, il y a la caricature. Avant la fermeture des temples, il y a le discours sur les sociétés secrètes. Avant la saisie des archives, il y a le fantasme du complot. Avant la liste, il y a le soupçon. L’antimaçonnisme fasciste est une pédagogie de l’exclusion. Il prépare les esprits à trouver normal que l’on frappe ceux qu’il a d’abord rendus monstrueux.

Dans une lecture initiatique, le fascisme apparaît comme l’inverse du travail maçonnique. La loge apprend la mesure, le silence, la contradiction réglée, la fraternité de consciences différentes. Le fascisme exige le cri, l’unité forcée, l’obéissance au chef, la fusion dans la masse. La loge travaille la pierre intérieure. Le fascisme fabrique l’homme mobilisé. La loge cherche une lumière qui éclaire sans écraser. Le fascisme met en scène une lumière violente, spectaculaire, destinée à hypnotiser.

La mémoire de cet affrontement oblige. Elle rappelle que la liberté de conscience n’est jamais un acquis définitivement protégé. Elle peut être attaquée au nom de la nation, de la race, de l’ordre, du peuple, de la morale ou de la sécurité. Elle rappelle aussi que les symboles peuvent être salis, les temples fermés, les archives confisquées, les frères désignés. Face au fascisme, la franc-maçonnerie ne défend pas seulement ses lieux. Elle défend l’idée qu’une conscience humaine ne se remet jamais entièrement à un pouvoir.

Voir aussi : Nazisme, Vichy, Dictatures, Autoritarismes, Complot judéo-maçonnique, Italie fasciste, Franco.

Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme, Yonnel Ghernaouti

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.

Pour aller plus loin

Glossaire de la franc-maçonnerie

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