Autoritarismes (antimaçonnisme)

Gardez cet article avec vous
Emportez-le partout en PDF, gardez-le pour toujours — et soutenez une presse libre et indépendante.
+ frais de traitement
Vous avez un code promo ?

Glossaire de la franc-maçonnerie

Les régimes autoritaires ont souvent vu dans la franc-maçonnerie une ennemie à neutraliser. La raison en est simple.

La peur des médiations

Mussolini FM

Une société initiatique fondée sur la liberté de conscience, la fraternité élective, le débat réglé, la discrétion des travaux et l’autonomie morale de l’individu inquiète les pouvoirs qui veulent contrôler la totalité du champ social. Pour un autoritarisme, toute sociabilité indépendante est suspecte. Toute parole non surveillée est dangereuse. Toute fidélité qui ne passe pas par l’État, le parti, le chef, l’armée ou l’Église officielle devient une concurrence possible.

L’autoritarisme ne se contente pas toujours de gouverner les institutions. Il veut souvent gouverner les appartenances, les imaginaires, les mémoires et les consciences. Il ne supporte pas que des hommes puissent se réunir librement, travailler symboliquement, prêter une parole d’honneur, cultiver une fraternité choisie, transmettre une mémoire qui n’est pas celle du régime. La loge devient alors une anomalie. Non parce qu’elle serait nécessairement puissante, mais parce qu’elle rappelle qu’il existe des lieux où l’homme n’est pas entièrement disponible au pouvoir. L’antimaçonnisme autoritaire présente la franc-maçonnerie comme antinationale, cosmopolite, subversive, étrangère, corruptrice ou ennemie de l’ordre public.

Les accusations varient selon les régimes. Dans les fascismes, elle est souvent assimilée au libéralisme, au parlementarisme, à la démocratie, au cosmopolitisme ou au judéo-maçonnisme. Dans les régimes national-catholiques, elle devient puissance antichrétienne, laïque, dissolvante. Dans certains régimes communistes, elle peut être dénoncée comme bourgeoise, idéaliste, libérale, spiritualiste ou contraire à la discipline du parti. Les arguments changent, mais la logique demeure. Une structure indépendante doit être frappée parce qu’elle échappe.

Cette hostilité révèle une peur fondamentale, celle des médiations. Le pouvoir autoritaire aime le face-à-face direct entre l’État et l’individu, entre le chef et le peuple, entre l’idéologie officielle et la conscience. Les corps intermédiaires, les associations libres, les Églises non contrôlées, les syndicats autonomes, les journaux indépendants, les loges, tout ce qui crée un espace entre l’homme et le pouvoir devient suspect. La franc-maçonnerie, en tant que fraternité initiatique, appartient à ces espaces que l’autoritarisme veut neutraliser.

Le soupçon devient alors politique d’État. Ce qui relevait du pamphlet devient administration. Ce qui relevait de la rumeur devient fichier. Ce qui relevait de la haine devient loi. Les loges peuvent être fermées, leurs biens confisqués, leurs archives saisies, leurs membres fichés, leurs noms publiés, leurs temples transformés en trophées de propagande. L’antimaçonnisme cesse d’être une opinion hostile. Il devient une technique de gouvernement.

Vichy, le nazisme et l’Italie fasciste

Le cas de Vichy en donne l’exemple français le plus net. La loi du 13 août 1940 contre les associations secrètes, les séquestres, les dissolutions, la publication des noms, les expositions antimaçonniques et la propagande de Documents maçonniques montrent comment une vieille légende noire peut entrer dans les bureaux de l’administration. Le franc-maçon n’est plus seulement caricaturé. Il est identifié, inventorié, exclu. Le Temple n’est plus seulement fantasmé. Il est fermé, saisi, profané par la lecture accusatoire de l’État.

Le nazisme radicalise cette logique dans un cadre racial et totalitaire. La franc-maçonnerie y est associée aux Juifs, au libéralisme, au parlementarisme, au cosmopolitisme, à la République de Weimar, à l’anti-nation. Elle n’est pas seulement l’adversaire d’un régime politique. Elle est intégrée à une mythologie de l’ennemi total. La loge devient un élément du complot judéo-maçonnique. La persécution des francs-maçons rejoint alors une vision du monde fondée sur la déshumanisation, l’exclusion et la purification du corps national.

L’Italie fasciste montre un autre visage de la même logique. La franc-maçonnerie italienne, liée à certaines traditions libérales, patriotiques et risorgimentales, devient incompatible avec la prétention du fascisme à incarner seul la nation. Le parti veut être la totalité de la patrie. Il ne peut tolérer une fraternité, une mémoire, une sociabilité porteuse d’autres fidélités civiques. L’interdiction des loges traduit cette volonté de confisquer l’espace symbolique national.

Le franquisme

Le franquisme, quant à lui, inscrit l’antimaçonnisme dans un imaginaire national-catholique de guerre spirituelle et politique. La franc-maçonnerie y est associée au libéralisme, au communisme, à la République, à l’anticléricalisme, à l’anti-Espagne. La loi espagnole de répression de la franc-maçonnerie et du communisme illustre cette fusion entre ennemis politiques et ennemis spirituels. Là encore, la loge n’est pas seulement une institution à interdire. Elle devient un symbole de la décadence à extirper.

Un instrument de pouvoir

Mussolini quadriumviri

Les régimes autoritaires aiment l’antimaçonnisme parce qu’il leur offre une figure commode de l’ennemi intérieur. Le franc-maçon est assez discret pour être suspect, assez présent dans la société pour être accusé d’influence, assez symbolique pour être diabolisé, assez lié à l’histoire moderne pour être associé aux transformations que ces régimes rejettent. Il permet de donner un visage à la crise. Il permet aussi de détourner l’attention des responsabilités réelles du pouvoir.

Cette notice rappelle donc une vérité essentielle. L’antimaçonnisme n’est pas seulement une opinion. Dans certaines circonstances, il devient un instrument de pouvoir. En désignant des ennemis cachés, l’autoritarisme renforce son emprise sur les consciences. Il interdit les médiations, détruit les espaces libres, impose une vérité officielle. Il prétend protéger le peuple, mais il commence par lui retirer la possibilité d’appartenir librement à des lieux qui ne dépendent pas de lui.

La franc-maçonnerie, lorsqu’elle est fidèle à sa vocation, rappelle au contraire que l’homme ne se réduit pas à son inscription politique. Il est aussi conscience, mémoire, parole, travail intérieur, fraternité choisie. Il peut obéir à la loi commune sans livrer son âme à l’État. Il peut aimer son pays sans accepter qu’un parti en confisque le sens. Il peut reconnaître une autorité sans renoncer à son discernement. Cette part intérieure est précisément ce que l’autoritarisme redoute.

Une lecture initiatique

Dans une perspective initiatique, l’autoritarisme est une caricature de l’ordre. Il confond l’ordre avec la soumission, l’unité avec l’uniformité, la fidélité avec l’obéissance aveugle, la paix avec le silence forcé. Le Temple enseigne un autre ordre, fondé sur la mesure, le respect des places, la parole réglée, mais aussi sur la liberté intérieure et la responsabilité. Ce n’est pas l’ordre du chef. C’est l’ordre du travail.

Contre l’autoritarisme, la franc-maçonnerie ne défend pas un privilège. Elle défend, avec d’autres traditions de liberté, la possibilité pour des consciences de se réunir, de chercher, de méditer, de transmettre, de se former hors de la peur.

Lorsqu’un pouvoir ferme les temples, il ne ferme pas seulement des salles. Il ferme des passages. Il attaque la possibilité même d’un travail de l’homme sur lui-même, librement consenti, fraternellement accompagné.

Un signal d’alarme

L’antimaçonnisme autoritaire doit donc être lu comme un signal d’alarme. Quand un régime désigne les francs-maçons comme ennemis de la nation, de la religion ou du peuple, il ne révèle pas une puissance cachée des loges. Il révèle sa propre volonté de contrôle. Il montre qu’il ne supporte pas la pluralité des appartenances, la liberté de conscience et les espaces autonomes. L’homme intérieur ne se gouverne pas par décret. C’est peut-être cette vérité simple que les autoritarismes pardonnent le moins à la franc-maçonnerie.

Voir aussi : Nazisme, Vichy, Fascisme, Dictatures, Liberté de conscience, Italie fasciste, Franco, Régimes autoritaires, Ennemi intérieur.

Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme, Yonnel Ghernaouti

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.

Pour aller plus loin

Glossaire de la franc-maçonnerie

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Articles en relation avec ce sujet

Titre du document

DERNIERS ARTICLES