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Le 14 septembre 2026, l’association EGALE – Égalité, Laïcité, Europe – réunira au Palais du Luxembourg chercheurs, responsables associatifs, essayistes et parlementaires autour d’une question devenue l’une des lignes de tension majeures de nos démocraties : que se passe-t-il lorsque la conviction religieuse cesse d’appartenir seulement à l’espace de la conscience pour prétendre devenir un projet politique, social ou juridique ? Accessible en présentiel comme à distance, ce colloque entend examiner plusieurs formes contemporaines de radicalités religieuses, avant de poser une seconde question, peut-être plus essentielle encore : comment la démocratie peut-elle leur répondre sans renoncer elle-même à ses principes de liberté, d’égalité et de liberté de conscience ?
Il y a quelque chose de particulièrement symbolique à ce que cette rencontre intitulée « Radicalités religieuses et démocratie » se déroule au Palais du Luxembourg.

Dans cette maison de la République où la loi se discute, se corrige, se mûrit dans la durée, il sera précisément question de ce qui peut arriver lorsque la loi commune se trouve confrontée à des systèmes de conviction qui prétendent parfois tirer leur légitimité d’une autorité supérieure à elle. Lundi 14 septembre 2026, dans la Salle Médicis, EGALE ouvrira ainsi un après-midi de réflexion qui ne portera pas tant sur les religions elles-mêmes que sur leur possible transformation en instruments d’influence, de mobilisation ou de conquête politique. Le programme officiel prévoit une ouverture à 14 heures et une conclusion à partir de 17 h 30.
Le choix des mots mérite cependant attention. La radicalité ne saurait être confondue mécaniquement avec la violence, le fanatisme ou même l’extrémisme. Radicalis, en latin, renvoie à la racine : être radical, c’est d’abord vouloir revenir au principe premier d’une idée et en tirer toutes les conséquences. Il existe des radicalités philosophiques, politiques, écologiques, sociales et spirituelles qui demeurent parfaitement compatibles avec la démocratie. La difficulté surgit lorsque cette recherche de la racine devient volonté d’exclusivité, lorsque la vérité intérieure aspire à devenir norme pour tous, lorsque la conviction refuse la pluralité et qu’une communauté particulière prétend substituer son ordre au droit commun.

C’est précisément à cet endroit que la question religieuse rencontre celle de la démocratie

Une société libre n’a pas à demander au croyant de renoncer à sa foi, pas davantage qu’elle ne saurait demander à l’agnostique ou à l’athée de dissimuler ses convictions. Elle doit en revanche créer l’espace commun dans lequel aucune de ces convictions ne puisse devenir un titre à gouverner la conscience d’autrui. La laïcité française se situe dans cet intervalle délicat : elle ne supprime pas les croyances, elle organise leur coexistence en garantissant à chacun la liberté de conscience.
Des radicalités religieuses à leur traduction politique

L’après-midi sera introduit par Martine Cerf, vice-présidente d’EGALE, avant que Jacqueline Costa-Lascoux, directrice de recherche au CNRS, n’intervienne sur le thème particulièrement explicite : « Les radicalités religieuses et leur lutte contre la démocratie ». Cette intervention donnera le cadre d’une première table ronde consacrée aux « radicalités et leur implication politique », modérée par Jean-Marc Isral, administrateur d’EGALE.

Le programme a choisi de ne pas réduire le phénomène à une seule religion ou à une seule aire culturelle. Alain Vivien, ancien président de la Mission contre les dérives sectaires, abordera « la pression américaine sur les États européens » ; Adrien Antoniol, du CIERL à Bruxelles, interviendra sur « le projet Périclès d’Édouard Stérin et le projet Bolloré » ; Milène Coitoux, professeure de lettres, et Martine Cerf examineront la question des Églises évangéliques dans le monde, tandis que l’essayiste Ferghane Azihari traitera de la distinction entre islam et islamisme. Un échange avec le public prolongera les interventions.
Cette pluralité est importante. Elle rappelle que la question démocratique ne consiste pas à désigner une religion comme intrinsèquement dangereuse, mais à interroger les mécanismes par lesquels une conviction religieuse, quelle qu’en soit l’origine, peut devenir une entreprise politique. Influence financière, réseaux internationaux, stratégies d’entrisme, contrôle social exercé à l’intérieur de certaines communautés, volonté d’orienter le droit civil à partir de normes confessionnelles : les situations ne sont ni identiques ni interchangeables, mais elles posent toutes, à des degrés différents, la question de la frontière entre liberté religieuse et souveraineté politique.

C’est aussi là que le colloque devra probablement éviter deux écueils symétriques : celui qui consisterait à nier l’existence de stratégies politico-religieuses parce que les évoquer serait immédiatement suspecté d’hostilité envers les croyants, et celui qui transformerait toute expression religieuse visible en menace contre la République. Une démocratie sûre de ses principes doit pouvoir tenir les deux exigences ensemble : protéger absolument la liberté de croire ou de ne pas croire, tout en regardant lucidement les entreprises qui voudraient faire d’une croyance particulière la mesure de la loi commune.
Après le diagnostic, « renforcer la démocratie »

À 16 heures, le colloque changera significativement de perspective. Il ne s’agira plus seulement d’analyser les radicalités mais de chercher les moyens de « renforcer la démocratie », titre de la seconde table ronde, modérée par Martine Cerf. La sénatrice Jacqueline Eustache-Brinio doit intervenir sur la lutte contre « l’entrisme des Frères musulmans », tandis que Pierre Ouzoulias, sénateur et vice-président du Sénat, développera la nécessité de « s’appuyer sur la laïcité ». Maryse Carrère, sénatrice et présidente du groupe RDSE, abordera enfin le renforcement de la solidarité républicaine. Là encore, la discussion se poursuivra avec les participants avant la conclusion confiée, à 17 h 30, à Françoise Laborde, présidente d’EGALE.

Cette articulation entre diagnostic et proposition constitue probablement l’intérêt majeur de la journée. Car une démocratie ne se défend pas exclusivement par l’interdit, la police ou la sanction. Elle se protège aussi par l’École, par la connaissance du droit, par l’émancipation des individus, par l’apprentissage de l’esprit critique, par la capacité à distinguer le respect des personnes de l’examen critique de leurs idées et, naturellement, par cette fraternité civique sans laquelle liberté et égalité risquent de devenir des notions abstraites.
EGALE, plus de vingt ans d’engagement pour la laïcité
Derrière ce colloque se trouve une association qui a placé la défense de la laïcité au centre de son action. Le sigle EGALE signifie Égalité, Laïcité, Europe. L’association dit avoir pour objet de « promouvoir et faire partager les valeurs humanistes et laïques de la République française » et sa devise « Liberté, Égalité, Fraternité ». Elle organise notamment formations, conférences, réunions et colloques et appartient au Collectif laïque national ainsi qu’au Réseau laïque européen. Elle participe également, au niveau de l’Union européenne, aux réunions de dialogue avec la Commission et le Parlement prévues par l’article 17 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. L’association est aujourd’hui présidée par l’ancienne sénatrice Françoise Laborde.

Cette dimension européenne n’est pas secondaire. La laïcité telle que la France l’a progressivement construite par son histoire – depuis la Révolution jusqu’à la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905 – n’est pas le modèle institutionnel de tous nos voisins. L’Europe demeure une mosaïque de concordats, d’Églises établies, de systèmes de financement des cultes et de rapports très différents entre pouvoir politique et institutions religieuses. EGALE a précisément choisi de travailler à cette frontière, en portant dans les institutions européennes une conception de la liberté de conscience qui ne se réduit ni à l’anticléricalisme ni à l’effacement du religieux.
Créée en 2003, l’association a notamment compté Martine Cerf parmi les artisans de sa fondation. Son site précise aussi qu’EGALE a soutenu la crèche Baby-Loup dans le débat relatif à la neutralité de ses salariés et qu’elle développe depuis lors une activité de réflexion, d’intervention et de formation sur les questions laïques.
Martine Cerf, de la pédagogie de la laïcité à son engagement européen

Figure centrale de cette journée, Martine Cerf est aujourd’hui vice-présidente d’EGALE, fonction confirmée par la composition actuelle du bureau de l’association. Son parcours témoigne d’une approche de la laïcité qui associe réflexion théorique, pédagogie et engagement associatif. Sa présentation officielle rappelle des études de mathématiques, puis une carrière dans le marketing et les médias, en France et en Belgique, avant la création d’une société de formation et un engagement croissant sur les questions de citoyenneté et de liberté de conscience.

Elle a surtout contribué à plusieurs ouvrages devenus familiers à ceux qui travaillent sur la laïcité. Elle a codirigé le Dictionnaire de la laïcité, paru chez Armand Colin en 2011 et réédité en 2016, ouvrage auquel fut attribué en 2012 un prix de l’initiative laïque. Elle est également coauteure de Ma liberté, c’est la laïcité et de Vivre la laïcité, publié chez Dunod et dont la troisième édition est parue en janvier 2022. La notice de l’éditeur présente ce dernier ouvrage, écrit avec Marc Horwitz et illustré par Nono, comme un outil pédagogique destiné à retrouver les textes fondateurs de la laïcité et les valeurs auxquelles celle-ci se rattache.

Le site Les Expertes souligne également son rôle dans la création d’EGALE en 2003, son activité de publication, l’animation de cafés laïques et de conférences et son investissement dans les questions européennes. Il la classe parmi les expertes des domaines laïcité, démocratie, égalité, liberté et Union européenne.
Cette constance éclaire le choix du colloque du 14 septembre : derrière les débats très contemporains sur les radicalisations se retrouve une interrogation plus ancienne, presque philosophique, sur ce qui permet à des femmes et des hommes qui ne partagent ni les mêmes métaphysiques, ni les mêmes croyances, ni les mêmes espérances ultimes de former malgré tout une communauté politique.
Un sujet qui ne peut laisser les francs-maçons indifférents
Pour les lecteurs de 450.fm, cette interrogation possède nécessairement une résonance particulière. Franc-maçonnerie et laïcité ne se confondent évidemment pas, et l’histoire maçonnique est suffisamment diverse pour interdire toute simplification : des Frères croyants ont côtoyé des libres-penseurs, des Loges ont travaillé sous l’invocation du Grand Architecte de l’Univers tandis que d’autres ont revendiqué l’absolue liberté de conscience. Mais, par-delà les différences d’Obédiences et de Rites, demeure une expérience commune : celle d’un espace dans lequel des hommes et des femmes peuvent chercher ensemble sans exiger que l’autre renonce préalablement à ce qu’il est.
Le Temple pourrait ainsi offrir une métaphore particulièrement juste de la démocratie laïque.
Il ne demande pas l’uniformité ; il exige une règle commune. Il ne supprime pas les différences ; il leur interdit simplement de devenir domination. Chacun vient avec sa pierre, son histoire, sa tradition, ses convictions ou ses doutes, mais nul ne peut prétendre que sa pierre particulière constitue à elle seule l’édifice entier.

L’enseignement initiatique rejoint ici une intuition profondément républicaine : l’homme libre n’est pas celui qui ne croit plus en rien, mais celui dont la conscience ne peut être possédée par personne. Et la fraternité n’exige pas que nous pensions tous la même chose ; elle commence précisément lorsque nous acceptons de vivre avec celui qui ne pense pas comme nous.
C’est pourquoi la lutte contre les radicalités religieuses ne peut être comprise comme une lutte contre la religion. Elle est, lorsqu’elle demeure fidèle à l’État de droit, une défense de la possibilité même du religieux comme acte libre. Car une foi imposée par le groupe, par la famille, par la communauté ou par le pouvoir politique cesse précisément d’être un libre mouvement de la conscience.

Au fond, cette journée du Palais du Luxembourg posera une question dont aucune démocratie ne peut durablement faire l’économie : comment rester une société ouverte sans devenir une société désarmée ? Entre la tentation d’exclure le religieux de la Cité et celle d’abandonner la Cité aux revendications des appartenances particulières, la laïcité cherche une troisième voie, plus exigeante parce qu’elle oblige chacun à consentir à une limite. À l’image du compas qui trace le cercle sans emprisonner ce qu’il contient, elle délimite l’espace dans lequel nos différences peuvent demeurer libres sans devenir des frontières. Et peut-être est-ce là, aujourd’hui encore, l’une des plus belles définitions possibles de la démocratie : faire de nos irréductibles différences non le combustible de nos guerres, mais la matière première d’une fraternité à construire.

Informations pratiques
Le colloque « Radicalités religieuses et démocratie » se tiendra le lundi 14 septembre 2026 au Palais du Luxembourg – Salle Médicis, à Paris. L’accueil des participants en présentiel est prévu à partir de 13 h 30, pour une ouverture des travaux à 14 heures. L’accès au Palais du Luxembourg étant soumis à contrôle, une pièce d’identité devra être présentée et les organisateurs doivent transmettre préalablement la liste des participants. Les personnes souhaitant assister à la rencontre sur place doivent donc compléter le formulaire d’inscription diffusé par EGALE et le retourner à contact@egale.eu. Le colloque pourra également être suivi en visioconférence : l’inscription s’effectue auprès de la même adresse et le lien de connexion sera transmis quelques jours auparavant. Le programme officiel confirme que l’inscription est obligatoire. L’agenda d’EGALE annonce également la manifestation au Palais du Luxembourg le 14 septembre, en présentiel et en webinaire.

