Planegg, près de Munich : une loge maçonnique qui ouvre ses portes aux femmes et au public

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De notre confrère allemand merkur.de – Par Nicole Kalenda

Dans une petite commune de la banlieue munichoise, une loge maçonnique fait le pari d’une franc-maçonnerie à la fois libérale, mixte et ouverte sur la cité. Installée à Planegg depuis l’automne 2025, la loge « Hugo de Paganis » accueille hommes et femmes, organise des réunions régulières et invite le public à des soirées d’information. Un modèle qui tranche avec le cliché tenace d’une franc-maçonnerie secrète, masculine et fermée.

Une loge récente, ancrée dans une tradition libérale

Fondée en 2018 à Mannheim, la loge « Hugo de Paganis » porte le nom d’Hugues de Payens (vers 1070–1136), chevalier et cofondateur de l’ordre du Temple. Selon son site, ses membres se définissent comme des francs-maçons qui entendent « relier les valeurs de la franc-maçonnerie avec les idéaux d’une chevalerie moderne ».

La loge est rattachée au « Souverain Grand Orient d’Allemagne » (Souveräner Großorient von Deutschland), une grande loge libérale. Ovidiu Bretan, membre fondateur et maître de la loge de Planegg, a récemment été élu grand maître de cette juridiction pour deux ans.

À Planegg, la loge compte aujourd’hui quatorze membres actifs : douze hommes et deux femmes. Le plus jeune a une vingtaine d’années ; le doyen, Ovidiu Bretan, 73 ans. Les frères et sœurs se réunissent une fois par mois dans leur local de la Bahnhofstraße et organisent en moyenne tous les trois mois des soirées ouvertes aux personnes extérieures.

« J’ai toujours été franc-maçon, toute ma vie »

Roumain d’origine, installé depuis de nombreuses années à Germering, en banlieue de Munich, Ovidiu Bretan décrit son parcours comme une longue familiarité avec la franc-maçonnerie avant même d’y entrer concrètement. « J’ai toujours été franc-maçon, toute ma vie », dit-il, expliquant avoir beaucoup lu sur le sujet et s’y être identifié, sans jamais vraiment chercher activement à rejoindre une loge.

Deux freins l’ont longtemps retenu : d’un côté, les théories du complot présentant les francs-maçons comme les manipulateurs secrets de la politique mondiale ; de l’autre, le doute sur l’existence même de loges vivantes, jusqu’à ce qu’un boulanger l’invite à visiter une loge munichoise. Il y devient membre, puis rejoint plus tard « Hugo de Paganis », attiré par son esprit.

Ce qui le choque, alors, c’est la place faite aux femmes. « Je trouvais inacceptable que les femmes soient souvent exclues et que les loges qui les acceptent soient qualifiées d’“irrégulières” », raconte-t-il. Pour lui, « il n’existe aucune loi dans la franc-maçonnerie qui dise que seuls les hommes peuvent être membres. Cela ne figure dans aucun statut. »

Une loge « régulière et libérale », mixte par principe

La position de Bretan est claire : « Nous considérons notre loge comme régulière et libérale. » Cette affirmation peut surprendre dans un paysage maçonnique où la « régularité » est souvent associée, dans la tradition anglo-saxonne, à l’exclusion des femmes. Mais dans le courant libéral et continental, la mixité est depuis longtemps une réalité, notamment en France avec des juridictions comme le Droit Humain ou la Grande Loge Mixte Universelle.

À Planegg, la présence de deux femmes parmi les quatorze membres actifs n’est pas présentée comme une exception, mais comme une évidence. « Dans notre grande loge, nous mettons l’accent sur des valeurs libérales, ancrées dans la Déclaration des droits de l’homme et l’humanisme, ouvertes à tous les êtres humains, indépendamment du sexe, de l’origine ou de la confession », explique Bretan.

L’installation de la loge à Planegg tient, selon lui, à un « heureux hasard » : la disponibilité de locaux adaptés dans cette commune du Würmtal, au sud-ouest de Munich.

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« Le Temple, c’est vous » : la franc-maçonnerie comme travail sur soi

Pour Bretan, la franc-maçonnerie se définit d’abord par « le désir de liberté et la soif de connaissance ». « C’est pourquoi nous cherchons la lumière, entendue comme vérité. Et cette quête de vérité, on la fait en soi-même, dans le temple. Le temple, c’est moi, le temple, c’est vous en tant qu’individu. »

Le travail maçonnique, tel qu’il le décrit, tourne autour de questions existentielles : « Comment trouver mon chemin vers moi-même ? Comment reconnaître mes erreurs ? Où suis-je trop fort ? Trop fort pour les autres, parce que je les rabaisse ? Et où se situent mes faiblesses ? »

Parce que tout cela doit s’apprendre, le premier grade de la franc-maçonnerie est celui d’apprenti. « Quel que soit le grade que j’occupe, j’apprends toute ma vie, car l’immobilisme, c’est la mort, et je n’en ai pas besoin », insiste-t-il.

La loge travaille sur trois axes : culture, connaissance et spiritualité, chaque membre étant libre d’aborder ces thèmes selon sa propre perspective. Ce qui unit les membres, c’est un projet commun : « se rappeler chaque jour que l’on veut vivre librement et œuvrer pour la démocratie, la liberté et la fraternité entre tous les êtres humains. Ce n’est pas quelque chose qui va de soi, c’est quelque chose que l’on doit apprendre. » Un apprentissage qui exige, selon lui, « une grande humilité ».

Engagement citoyen et service aux autres

Pour Ovidiu Bretan, l’engagement bénévole est une composante centrale de la démarche maçonnique. Lui-même est membre du conseil d’administration d’une association fédérale dédiée au burn-out et à la dépression. « Si je ne m’engage pas pour les autres, je fais quelque chose de travers », dit-il.

Cette dimension de service se traduit aussi par l’ouverture de la loge au public. Lors d’une soirée organisée à la mi-juin dans le local de la loge, une demi-douzaine de personnes ont répondu à l’invitation. Bretan y a donné une conférence intitulée « L’alchimie de l’être humain – la croyance au miracle de la fraternité intérieure ».

L’annonce présentait la soirée comme « une soirée conviviale avec conférence, au cours de laquelle nous, frères et sœurs, vous guiderons un peu dans la “royale science” ». La franc-maçonnerie est en effet parfois désignée, dans certaines traditions, comme « art royal » ou « royale science ». « Il nous tient à cœur de la préserver, de l’entretenir et de la transmettre. Femmes comme hommes sont les bienvenus », précisait l’invitation.

Une franc-maçonnerie « moderne » face à un monde accéléré

« Dans un monde qui devient de plus en plus rapide, les gens cherchent des points d’ancrage, du sens commun et un “nous” plus large », observe Bretan. « Nous misons sur une forme moderne de franc-maçonnerie. »

Cette modernité se décline en plusieurs traits :

  • Mixité hommes-femmes assumée.
  • Ouverture au public via des soirées d’information régulières.
  • Ancrage dans les valeurs humanistes et les droits humains, sans exclusion liée au sexe, à l’origine ou à la croyance.
  • Insistance sur le travail intérieur, la connaissance de soi et l’engagement concret.

Pour la loge de Planegg, il ne s’agit pas de créer un cercle fermé, mais un lieu où des personnes différentes peuvent se rencontrer, travailler sur elles-mêmes et contribuer, chacune à leur manière, à un idéal de fraternité.

Comment en savoir plus ?

Les personnes intéressées par la franc-maçonnerie et la loge « Hugo de Paganis » peuvent demander des informations sur la prochaine soirée ouverte en écrivant à : contact@hugodepaganis.de.

À travers cet exemple bavarois, c’est une certaine idée de la franc-maçonnerie qui se dessine : ni société secrète toute-puissante, ni club privé réservé à une élite masculine, mais une petite communauté de travail spirituel et éthique, qui cherche à articuler tradition symbolique, mixité réelle et ouverture citoyenne.

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Charles-Albert Delatour
Charles-Albert Delatour
Ancien consultant dans le domaine de la santé, Charles-Albert Delatour, reconnu pour sa bienveillance et son dévouement envers les autres, exerce aujourd’hui en tant que cadre de santé au sein d'un grand hôpital régional. Passionné par l'histoire des organisations secrètes, il est juriste de formation et titulaire d’un Master en droit de l'Université de Bordeaux. Il a été initié dans une grande obédience il y a plus de trente ans et maçonne aujourd'hui au Rite Français philosophique, dernier Rite Français né au Grand Orient de France.

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