L’Odyssée : Christopher Nolan ou le retour impossible d’Ulysse vers lui-même

Gardez cet article avec vous
Emportez-le partout en PDF, gardez-le pour toujours — et soutenez une presse libre et indépendante.
+ frais de traitement
Vous avez un code promo ?

Il est parti roi d’Ithaque, époux de Pénélope, père d’un enfant presque nouveau-né. Il revient vingt ans plus tard chargé de morts, de mensonges, de victoires trop chèrement acquises et de visages qu’il préférerait peut-être oublier. Entre les deux, il y eut Troie, le cheval de bois, le Cyclope, Circé, les Sirènes, les Enfers, Calypso, Poséidon et cette mer qui semble toujours repousser un peu plus loin la maison désirée.

Christopher Nolan, par Philip Romano

Avec L’Odyssée, Christopher Nolan ne se contente pas de donner au poème d’Homère la démesure de l’IMAX* : il retrouve derrière le mythe une interrogation qui traverse les siècles.

Peut-on rentrer chez soi lorsqu’on n’est plus celui qui en était parti ?

Pour le Franc-Maçon, qui sait que tout voyage digne de ce nom ramène moins vers un lieu que vers soi-même, la question prend une singulière profondeur.

Matt Damon, avant-première L’Odyssée, NY, 07.2026

Il fallait probablement que Christopher Nolan rencontre un jour Ulysse. Le cinéaste de Memento, d’Inception, d’Interstellar et d’Oppenheimer n’a cessé de filmer des hommes poursuivis par le temps, la mémoire, la faute et le désir de retrouver un monde antérieur à la catastrophe. Son Odyssée, sortie en France le 15 juillet 2026, dure 2 h 53 et place Matt Damon sous les traits d’Ulysse, Anne Hathaway dans ceux de Pénélope et Tom Holland dans ceux de Télémaque. Christopher Nolan, qui a toujours aimé les labyrinthes, s’attaque cette fois au plus ancien d’entre eux : celui du retour.

Homère sous la lumière noire de Nolan

On connaît l’histoire, ou du moins croit-on la connaître. Dix années devant Troie, dix autres pour regagner Ithaque. Entre ces deux nombres presque trop parfaits pour ne pas sembler mythiques, Ulysse traverse le monde comme on traverse les âges de l’existence. Il rencontre les monstres, les femmes, les dieux, les morts et ses propres démons. Depuis près de trois mille ans, chacun vient chercher dans L’Odyssée ce qu’il est capable d’y entendre : un récit d’aventures, une géographie imaginaire, une méditation sur l’exil, un traité de la fidélité, une réflexion sur l’identité ou simplement l’histoire d’un homme qui veut revoir sa femme, son fils et son île.

Source AlloCiné

Christopher Nolan choisit d’en déplacer légèrement le centre de gravité

Son Ulysse n’est pas seulement l’homme polytropos d’Homère, l’homme « aux mille tours », cette intelligence souple dont les Grecs faisaient une vertu et que Jean-Pierre Vernant et Marcel Detienne ont étudiée sous le nom de mètis. Il est aussi celui qui doit vivre avec ce que cette intelligence a produit. Car l’homme le plus intelligent de l’armée grecque est également celui qui a imaginé le cheval de Troie.

La ruse qui fit sa gloire devient ainsi son fardeau.

C’est là que le film prend une ampleur culturelle inattendue

Christopher Nolan inscrit l’épopée dans l’horizon de la fin de l’âge du Bronze et fait planer sur les royaumes méditerranéens la menace d’un monde qui se défait. Les palais brûlent, les routes d’échange se rompent, la loi commune s’effrite. Ulysse comprend peu à peu qu’il n’a pas seulement participé à la destruction d’une ville ennemie : quelque chose s’est brisé dans l’ordre même auquel il appartenait. Dans l’une des séquences les plus fortes, il évoque ces palais, ces échanges et ces langages dont les hommes ne connaissaient pas la beauté avant de les voir disparaître ; le film va jusqu’à faire de la profanation de la « loi de Zeus » le symptôme d’un monde entrant dans ses ténèbres.

Moses I. Finley avait précisément montré, dans son désormais classique Le Monde d’Ulysse, combien il fallait se méfier d’une lecture naïvement historique d’Homère. Le monde social des poèmes ne se confond ni tout à fait avec les palais mycéniens ni avec la Grèce du VIIIe siècle : il est reconstruction, mémoire transformée, société recomposée par des générations d’aèdes. La belle réédition des Belles Lettres parue en 2025 rappelle combien cette question demeure essentielle.

Christopher Nolan prend donc des libertés d’artiste, mais il comprend quelque chose que l’historien nous a appris : Homère ne conserve pas un monde comme une photographie ; il raconte ce qu’il reste d’un monde lorsque celui-ci est déjà devenu mémoire.

Et c’est exactement le sujet de Nolan.

La guerre est terminée, mais la guerre demeure dans l’homme

Anne Hathaway « The Odyssey »

Ulysse quitte Troie, mais Troie ne quitte pas Ulysse. Voilà peut-être la proposition la plus contemporaine du film.

L’épopée héroïque devient alors une histoire de vétérans. Les compagnons ne sont plus seulement les valeureux Grecs qui ont combattu dix années sous les murailles ennemies ; ils sont des hommes que dix années de violence ont transformés. Ils pillent parce qu’ils ont appris à piller, menacent parce que l’épée est devenue leur langage, confondent souvent la force avec le droit. La victoire n’a pas fait d’eux des hommes meilleurs. Elle les a rendus capables de rentrer chez eux, mais incapables encore d’y vivre.

Circé est, à cet égard, magnifiquement réinventée. Dans la tradition homérique, elle métamorphose les compagnons en porcs. Christopher Nolan lui prête une parole beaucoup plus cruelle : elle n’aurait rien transformé du tout, seulement montré ce qu’ils étaient devenus. Elle oblige Ulysse à regarder ses soldats autrement que comme un chef regarde ses troupes. « Un commandant peut prendre la sauvagerie de ses hommes pour de la discipline », lui dit-elle en substance.

Il y a là davantage qu’une trouvaille scénaristique. Circé tient un miroir.

Grotte du cyclope

Le Franc-Maçon reconnaîtra le geste sans qu’il soit besoin d’habiller la magicienne d’un tablier. L’initiation commence toujours lorsque l’homme cesse de considérer sa part obscure comme appartenant exclusivement aux autres. La pierre brute n’est pas le voisin, l’adversaire, le contradicteur ou le Frère agaçant dont nous rêverions de corriger les aspérités ; elle est d’abord ce matériau encombrant dont nous sommes faits.

Ulysse a vaincu Troie parce qu’il savait voir la faiblesse de l’adversaire. Il ne commencera à devenir sage que lorsqu’il acceptera de regarder la sienne.

C’est ici que le film cesse d’être une simple superproduction mythologique pour devenir une œuvre sur la responsabilité.

Circé-tenant-le-miroir-intérieur

L’intelligence d’Ulysse ne suffit plus à le sauver, précisément parce qu’elle lui a longtemps permis de tout justifier. Il a toujours une raison. Toujours une stratégie. Toujours une explication. Même lorsqu’il choisit Scylla plutôt que Charybde et sacrifie six hommes pour sauver les autres, il peut soutenir que sa décision était rationnelle. Ses compagnons lui reprochent pourtant de ne pas leur avoir dit la vérité. Lui invoque son devoir de chef.

Le problème posé n’est plus antique.

Il appartient à toutes les sociétés, à toutes les institutions et, pourquoi le cacher, à toutes les Loges. À partir de quand celui qui exerce une responsabilité finit-il par confondre la charge qu’on lui a confiée avec une supériorité personnelle ? À quel moment le détenteur du maillet, du pouvoir politique, militaire ou moral commence-t-il à penser qu’il sait mieux que les autres ce qu’ils doivent accepter ?

Christopher Nolan fait alors entendre une question d’une simplicité dévastatrice. Ulysse veut porter sur ses épaules la mort de tous ses hommes parce qu’il était leur chef. On lui demande : « Et toi, qui te dirige ? »

Tout est là.

Le pouvoir sur soi précède le pouvoir sur les autres, et nul cordon, nulle couronne, nul commandement ne dispense de cette interrogation.

Descendre avant de pouvoir revenir

Circé et Ulysse

Ulysse ne peut cependant pas reprendre la route d’Ithaque sans descendre chez les morts. Circé lui indique Tirésias ; le chemin de la maison passe par Hadès. La contradiction n’est qu’apparente. Les grands récits initiatiques savent depuis toujours que l’on ne rejoint pas la lumière en contournant les ténèbres.

Nul besoin, là encore, de fabriquer artificiellement un Homère Franc-Maçon. L’anachronisme serait grotesque. Mais il existe entre les mythes, les religions à mystères, les traditions spirituelles et les rituels initiatiques une parenté de structure que les historiens des religions ont abondamment observée : séparation, épreuve, mort symbolique, transformation, retour. Ulysse doit descendre parce qu’un homme qui refuse de parler à ses morts reste gouverné par eux.

Chez Christopher Nolan, les ombres ne lui offrent aucune consolation. Elles réclament des comptes. Elles lui parlent des compagnons abandonnés, des mensonges nécessaires à la victoire, des vies utilisées comme pièces sur l’échiquier de la guerre. « Les ombres ne réconfortent pas », entend-il dans cet Hadès où le passé cesse enfin d’être glorieux pour redevenir humain.

Le Franc-Maçon pensera inévitablement au Cabinet de réflexion, non parce qu’Ulysse y accomplirait je ne sais quel rituel avant la lettre, mais parce que le mouvement intérieur est le même. Descendre en soi n’est pas s’admirer dans une profondeur flatteuse ; c’est rencontrer ce que l’on préférerait laisser dans l’ombre.

Le vieux V.I.T.R.I.O.L. alchimique – visiter l’intérieur de la terre et, en rectifiant, trouver la pierre cachée – n’invite pas à une promenade narcissique. La terre intérieure contient aussi les décombres.

Et Ulysse en possède beaucoup.

Les Sirènes ou l’art de connaître ce qui pourrait nous perdre

Parmi tous les épisodes célèbres, celui des Sirènes est probablement celui où Christopher Nolan approche au plus près la question du désir. Ulysse pourrait s’en protéger comme les autres ; il choisit de les entendre. Il fait boucher les oreilles de ses compagnons et demande qu’on l’attache.

Ce détail homérique est immense. Ulysse ne se croit pas assez fort pour résister librement. Il connaît suffisamment l’homme pour organiser lui-même son empêchement.

La liberté n’est donc pas, ici, la possibilité de tout faire. Elle devient la capacité de se donner une règle lorsque l’on sait que le désir pourrait abolir le jugement.

Le film pousse plus loin encore. Le chant des Sirènes n’offre pas seulement des plaisirs ou des connaissances interdites. Ulysse y entend ses regrets, ses promesses non tenues et jusqu’à cette possibilité effrayante : peut-être une part de lui-même ne veut-elle pas réellement rentrer.

Voilà une idée que la littérature connaît bien. Depuis Ulysse jusqu’au capitaine Achab, du Voyage au bout de la nuit aux héros de Conrad, celui qui prétend chercher un port peut être secrètement amoureux de l’océan.

Et le Franc-Maçon ?

Il entre en Loge pour chercher. C’est du moins ce qu’il affirme. Mais il lui arrive, comme à tout homme, de s’attacher davantage au voyage qu’à ce qu’il prétend chercher : les degrés, les titres, les charges, les décors, les reconnaissances deviennent autant d’îles où l’on peut oublier Ithaque.

Calypso-et-Ulysse,-7-ans…

Les Sirènes ne chantent pas toujours au bord de la mer

Parfois elles portent un sautoir.

Pénélope n’attend pas : elle maintient le monde

Il faut alors rendre justice à Pénélope, car l’une des réussites du film consiste à l’arracher à l’image un peu mièvre de l’épouse fidèle attendant pendant vingt ans le retour de son guerrier.

Pénélope n’attend pas.

Elle tient.

Elle gouverne ce qui peut encore l’être, protège Télémaque, contient les prétendants, surveille les serviteurs, conserve la mémoire du roi absent sans laisser cette mémoire l’empêcher d’agir. Son métier à tisser n’est plus seulement le stratagème charmant de la femme rusée qui défait la nuit ce qu’elle a tissé le jour. Il devient l’image même d’un travail politique et intérieur : maintenir ensemble ce qui menace sans cesse de se défaire.

Lorsque Télémaque parle d’un trône vide, elle lui rappelle avec une colère magnifique que cela fait vingt ans qu’elle y siège. Son expérience, son intelligence, les années pendant lesquelles elle a maintenu Ithaque comptent-elles donc moins que les quelques poils apparus au menton de son fils ?

La scène apporte au vieux récit une modernité bienvenue, mais elle lui rend aussi sa profondeur.

Pendant qu’Ulysse affronte l’espace, Pénélope affronte le temps. Lui doit avancer ; elle doit durer. Lui connaît les tempêtes ; elle connaît l’usure.

Or il existe une grandeur propre à ceux qui gardent le feu pendant que d’autres partent chercher la lumière.

Dans une Loge aussi, les voyages les plus visibles ne sont pas toujours les plus essentiels. Bâtir demande parfois de poser une pierre ; parfois de demeurer auprès de l’ouvrage pour empêcher qu’il ne s’effondre. L’épopée préfère naturellement ceux qui prennent la mer. La sagesse sait aussi reconnaître ceux qui gardent la maison.

Ithaque n’est pas un lieu, mais une mesure

Reste Ithaque.

À mesure que le film avance, l’île cesse d’être un simple point sur une carte. Elle devient la mesure à laquelle Ulysse devra confronter celui qu’il est devenu. Et Nolan place très tôt dans la bouche de Pénélope une phrase qui pourrait presque servir de devise à toute institution initiatique : devant la maison royale dévastée moralement par les prétendants, elle rappelle que « la structure n’est rien, si personne ne respecte ce qu’elle représente ».

Le palais tient encore debout. Les murs existent. Les repas sont servis. Les hommes circulent dans les salles. Et pourtant Ithaque se défait, car la forme a perdu son esprit.

Nous connaissons cela.

Un Temple peut posséder ses colonnes, ses plateaux, ses décors, ses lumières et son pavé mosaïque et néanmoins être vide de toute vie initiatique. Il suffit que le rite se réduise à l’habitude, que la fonction devienne vanité, que la fraternité se change en réseau et que les symboles cessent d’interroger ceux qui les manipulent.

Alors les pierres demeurent. Le Temple, lui, a disparu.

C’est pourquoi la « loi de Zeus » revient avec tant d’insistance dans le film.

Elle est la loi de l’hospitalité, cette xenia qui oblige à accueillir l’étranger avant même de connaître son nom. L’hôte peut toujours être un dieu sous un visage ordinaire. Les prétendants en ont oublié l’esprit : ils dévorent la maison qui les reçoit. Polyphème la nie : il dévore ceux qu’il devrait recevoir. Les soldats d’Ulysse la violent dès qu’ils considèrent que leur force leur donne un droit sur ce qu’ils rencontrent.

Une civilisation, semble dire Christopher Nolan, ne commence donc pas à mourir lorsqu’elle perd ses armes. Elle meurt lorsque la règle qui permettait aux hommes de vivre ensemble n’est plus reconnue que comme une faiblesse.

Il y a là une méditation politique très actuelle et, pour le Franc-Maçon, une évidence : construire le Temple signifie d’abord reconnaître l’autre comme autre, et pourtant lui faire place.

L’arc : on ne reconnaît pas Ulysse à son titre mais à ce qu’il sait encore accomplir

Le retour lui-même est admirablement cruel. Ulysse retrouve enfin Ithaque, mais il doit y entrer comme un étranger. Agamemnon, rencontré parmi les morts, l’a prévenu : surtout ne franchis pas le seuil en attendant la couronne et les acclamations ; arrive déguisé, observe, prends le temps de comprendre ce que ta maison est devenue.

Voilà peut-être le dernier dépouillement.

Le roi doit rentrer sans apparence royale.

L’homme aux mille ruses doit abandonner jusqu’à son propre nom.

Le héros devient mendiant.

Et lorsqu’arrive l’épreuve de l’arc, personne ne le reconnaît à un discours, à une généalogie ou à une décoration. Pénélope fait apporter l’arme que nul prétendant ne parvient à tendre et impose le passage de la flèche à travers les douze haches. L’étranger demande à tenter sa chance.

Alors l’homme redevient Ulysse par l’acte.

Le Franc-Maçon ne devrait jamais oublier cette scène. Nous aimons parfois beaucoup les titres, les offices, les grades, les cordons et la mémoire de nos parcours. Mais une initiation qui aurait besoin d’être proclamée pour être reconnue aurait sans doute manqué quelque chose de son but.

On ne demande pas à la pierre son curriculum vitae.

On regarde comment elle a été taillée.

Le véritable retour commence lorsque l’on croyait le voyage terminé

Il serait pourtant trop confortable que tout s’achève par la restauration de l’ordre ancien. Les prétendants morts, Pénélope retrouvée, Télémaque devenu homme, Ulysse pourrait enfin fermer la porte du palais et considérer l’épreuve achevée.

Mais ce serait trahir Homère comme Christopher Nolan.

Car le retour d’Ulysse contient déjà un nouveau départ

Tirésias lui a annoncé qu’après Ithaque il lui faudrait repartir, aller jusqu’à des hommes qui ne connaissent plus la mer et porter ailleurs la mémoire de Poséidon. Nolan transforme cette ouverture en départ vers « l’Ouest inconnu », pour honorer les compagnons disparus et poursuivre cet « insaisissable soleil » qui hantait déjà les rêves d’Ulysse avant Troie. Les dernières paroles du film évoquent une civilisation engloutie, des siècles obscurs, puis une aube nouvelle où les hommes recommenceront peut-être à bâtir en ayant, comme toujours, oublié une partie de leurs erreurs.

C’est peut-être là que L’Odyssée rejoint le plus profondément le regard d’un Franc-Maçon.

L’initiation n’est pas un voyage organisé dont on connaîtrait à l’avance les étapes et dont le dernier degré constituerait la destination. Elle apprend au contraire qu’il n’existe pas de dernier port. Chaque réponse sérieuse déplace la question ; chaque pierre posée découvre une partie encore inachevée de l’édifice ; chaque Orient atteint révèle un horizon derrière lui.

Ulysse croyait devoir retrouver Ithaque. Il découvre qu’il devait surtout retrouver l’homme capable de la reconnaître.

Pour prolonger le voyage

À ceux qui voudront quitter la salle obscure sans quitter Ulysse, plusieurs livres peuvent accompagner le retour : L’Odyssée elle-même, bien sûr, notamment dans la traduction de Philippe Jaccottet ; Moses I. Finley, Le Monde d’Ulysse, dont Les Belles Lettres ont donné en 2025 une nouvelle édition et qui demeure fondamental pour comprendre la société derrière le poème ; Pierre Judet de La Combe, Homère, paru chez Gallimard en 2017, remarquable biographie intellectuelle du poète insaisissable, ainsi que son très suggestif Être Achille ou Ulysse ? chez Bayard ;

Pierre Vidal-Naquet, Le Monde d’Homère, chez Perrin, qui conduit avec une admirable clarté de l’Iliade à l’Odyssée et jusqu’à leur postérité ; auxquels on peut ajouter Pietro Citati, La Pensée chatoyante. Ulysse et l’Odyssée, François Hartog, Mémoire d’Ulysse, ou encore Jean Cuisenier, Le Périple d’Ulysse. Finley rappelle que le monde d’Homère est un monde reconstruit par la mémoire ; Judet de La Combe montre combien Achille et Ulysse proposent deux manières presque opposées d’habiter l’héroïsme ; Vidal-Naquet replace enfin ces récits au commencement d’une culture européenne qui n’a jamais cessé de les réécrire.

L’homme qui revient

Au fond, Homère ne nous raconte peut-être pas l’histoire d’un homme perdu en mer.

Il raconte quelque chose de plus inquiétant : l’histoire d’un homme qui sait parfaitement où se trouve sa maison mais qui doit parcourir le monde avant de devenir capable d’y rentrer.

Christopher Nolan l’a compris. Son Ulysse traverse les monstres, les dieux et les tempêtes, mais les épreuves décisives portent d’autres noms : mémoire, responsabilité, désir, fidélité, culpabilité, pouvoir, transmission. Il revient couvert des cicatrices de celui qu’il fut et découvre qu’aucune victoire ne peut rendre intact ce que le temps a transformé.

Le Franc-Maçon qui sortira de la salle pourra alors oublier un instant Cyclope et Sirènes pour conserver une seule question.

Nous passons une partie de notre existence à chercher Ithaque – un centre, une lumière, une vérité, peut-être simplement une manière plus juste d’habiter notre vie.

Mais lorsque, après tant de détours, nous croyons enfin distinguer la côte, sommes-nous encore celui qui était parti ?

Toute Odyssée véritable commence peut-être là.

Non pas lorsque l’homme prend la mer, mais lorsqu’il comprend que le port qu’il cherchait était aussi à construire en lui.

L’ODYSSÉE | Nouvelle Bande-annonce officielle VF [Au cinéma le 15.07.26]

*L’IMAX est un procédé de prise de vues et de projection utilisant une image beaucoup plus grande et détaillée que le cinéma classique. En pellicule, il repose notamment sur le format 70 mm à 15 perforations, défilant horizontalement, et sur des caméras et projecteurs spécifiques. Il associe écran géant, image très lumineuse et son immersif pour placer le spectateur au cœur de l’action.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Erwan Le Bihan
Erwan Le Bihan
Né à Quimper, Erwan Le Bihan, louveteau, a reçu la lumière à l’âge de 18 ans. Il maçonne au Rite Français selon le Régulateur du Maçon « 1801 ». Féru d’histoire, il s’intéresse notamment à l’étude des symboles et des rituels maçonniques.

Articles en relation avec ce sujet

Titre du document

DERNIERS ARTICLES