C comme Canon en Franc-maçonnerie

Gardez cet article avec vous
Emportez-le partout en PDF, gardez-le pour toujours — et soutenez une presse libre et indépendante.
+ frais de traitement
Vous avez un code promo ?

Glossaire de la franc-maçonnerie

Dans le vocabulaire des travaux de table, le « canon » désigne le verre, et par extension son contenu. Il appartient à un lexique emprunté en grande partie à l’artillerie, où le vin devient « poudre forte », l’eau « poudre faible » et l’action de boire « tirer une canonnée ». Le mot rythme les santés rituelles du banquet d’ordre, au cours desquelles les canons sont levés et reposés à l’unisson. Contrairement à une idée répandue, l’expression populaire « boire un canon » ne vient pas des loges : elle dérive d’une ancienne mesure de vin.

Une étymologie à démêler

Canon
Banquet maçonnique

Le français a deux mots « canon ». Le premier, la « règle », vient du grec kanôn et a donné le canon des Écritures ou le droit canonique. Le second, la pièce d’artillerie, vient de l’italien cannone, dérivé de canna, « roseau, tube ». C’est ce second mot, et non le premier, qui est à l’origine du canon de table. Le Trésor de la langue française relève aussi un sens de mesure pour les liquides, attesté dès la fin du XVIe siècle, et un sens populaire de « verre de vin » au début du XIXe siècle.

Le canon au banquet d’ordre

Le banquet rituel, ou loge de table, prolonge les travaux du temple selon un cérémonial précis. Chaque convive dispose de son canon, aligné devant lui avec les autres « instruments ». Au signal du Vénérable, on « charge » les canons, on les lève pour porter une santé, puis on les décharge et on les repose ensemble. Le geste final, frappé en cadence sur la table, produit un seul bruit : l’unisson sonore exprime l’union des cœurs.

Le vocabulaire de table

  • Canon : verre ; barrique : bouteille.
  • Poudre forte : vin ; poudre faible : eau ; poudre fulminante : liqueur.
  • Tirer une canonnée : boire ; charger : verser.
  • Pierre brute : pain ; matériaux : mets ; mastiquer : manger.
  • Glaive : couteau ; pioche : fourchette ; truelle : cuillère ; tuile : assiette.
  • Sable : sel ; sable jaune ou ciment : poivre ou moutarde selon les listes.

Une origine militaire ?

Canon

La parenté de ce lexique avec l’artillerie a souvent été rapprochée de l’importance des loges militaires sous l’Ancien Régime et l’Empire, où nombre d’officiers étaient maçons. L’hypothèse est plausible mais non démontrée ; le vocabulaire mêle d’ailleurs l’artillerie, le métier de maçon (truelle, pierre brute, tuile) et peut-être l’alchimie (les couleurs des poudres). Il est fixé dans les rituels et tuileurs imprimés du XIXe siècle.

« Boire un canon » : une fausse étymologie maçonnique

Il est tentant de croire que l’expression populaire est sortie des banquets maçonniques. Les dictionnaires ne le confirment pas : au XVIe et au XVIIe siècle, le canon était une mesure de vin d’environ un seizième de pinte, servie dans les cabarets, et l’expression « prendre un canon » apparaît dans la langue populaire parisienne au début du XIXe siècle, chez Zola notamment. La langue de table des loges et celle des comptoirs ont plutôt puisé à une même source qu’elles ne se sont empruntées l’une à l’autre.

Le saviez-vous ?

Les travaux de table ont leurs déclinaisons : dans les chapitres de Rose-Croix, les verres deviennent des calices et les bouteilles des amphores ; dans l’ancienne maçonnerie d’adoption, le verre était appelé lampe. Un menu de banquet de 1847 conservé dans une loge parisienne parle même de « poudre pétillante » pour le champagne, réservé aux santés importantes.

Symbolique du canon

Canon

Au-delà de l’humour, le canon porte une leçon. Tous les convives disposent du même verre et le lèvent ensemble : égalité et communion. Les santés se succèdent dans un ordre réglé, et la modération est de rigueur : le banquet maçonnique célèbre la qualité du partage, non l’abondance. Le langage codé lui-même, qui oblige à l’attention, maintient la table dans l’esprit des travaux.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987.
  • Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948.

Voir aussi dans le glossaire : Banquet d’ordre, Poudre Forte, Ciment fort, Pierre brute.

À lire aussi sur 450.fm

Glossaire de la franc-maçonnerie

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Articles en relation avec ce sujet

Titre du document

DERNIERS ARTICLES