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Bordeaux, 28 août 2026 — C’est un événement rare dans l’histoire récente de la franc-maçonnerie française. Pour la première fois depuis trente-sept ans, un ancien Grand Maître retrouve les rênes du Grand Orient de France (GODF). Guillaume Trichard, 50 ans, a été élu jeudi 27 août 2026 par 31 des 37 électeurs du Conseil de l’Ordre, réunis à Bordeaux à l’occasion du Convent annuel.
Un retour inédit après trois décennies

Le retour d’un ancien Grand Maître à la tête de la première obédience maçonnique française ne s’était pas produit depuis 1989. Guillaume Trichard avait déjà exercé cette fonction durant l’année maçonnique 2023-2024, avant de devoir quitter ses fonctions en raison du système de rotation des mandats. Entre 2024 et 2026, il a présidé la SOGOFIM, la société immobilière du GODF, avant d’être réélu par sa région pour un second mandat de trois ans au Conseil de l’Ordre. Cette double compétence – politique et immobilière – place le nouveau Grand Maître dans une position unique pour affronter les défis financiers et structurels qui attendent l’Obédience.
Un profil atypique
Fils de viticulteurs du Beaujolais, juriste de formation, Guillaume Trichard a effectué toute sa carrière professionnelle dans de grands groupes industriels (Alcatel, Thomson) avant de devenir, en 2019, secrétaire général adjoint de l’Unsa (Union nationale des syndicats autonomes), un mandat qu’il a dû abandonner pour exercer la grande maîtrise. Diplômé de l’Institut Mines-Télécom Business School, il dirige actuellement le département juridique national au sein de l’Unsa. Son parcours professionnel, marqué par la gestion de dossiers complexes dans le secteur industriel et syndical, pourrait s’avérer précieux pour redresser les finances de l’Obédience.
Une élection plébiscitaire

Le score de Guillaume Trichard – 31 voix sur 37 électeurs – témoigne d’un large consensus au sein du Conseil de l’Ordre. Cette élection intervient dans un contexte particulier : son prédécesseur, Pierre Bertinotti, n’a exercé la fonction qu’une seule année, ne pouvant se représenter car en troisième année de son premier mandat au Conseil de l’Ordre. Malgré la brièveté de son mandat, Pierre Bertinotti a obtenu un excellent score avec son rapport moral présenté jeudi matin, qui a reçu plus de 96% de votes positifs. Ce bilan positif laisse à Guillaume Trichard une marge de manœuvre importante, mais aussi des attentes élevées.
Une équipe renouvelée
Le nouveau bureau du Conseil de l’Ordre a été élu dans la foulée de la prestation de serment des nouveaux conseillers, le Conseil étant renouvelé par tiers chaque année. L’équipe qui entoure Guillaume Trichard reflète une volonté de continuité dans le changement :
- Grands Maîtres adjoints : René Turiaf (1er GMA), Joël Vendeville (2e), Assane Cisé (3e)
- Grand Orateur : Alexandre Geoffroy
- Grands Secrétaires aux Affaires Intérieures : Edouard Ramaroson (GSAI), Daniel Puiboube (adjoint)
- Grands Secrétaires aux Affaires Extérieures : Jean Edouard Ombetta (GSAE), Mohammed Chahid (adjoint)
- Grands Trésoriers : Olivier Cortet, Jérôme Brezillon (adjoint)
- Garde des Sceaux : Bertrand Sade
- Grand Hospitalier : Alain Dupuy
Cette équipe devra faire face à des défis majeurs, tant sur le plan financier que politique.
Des finances sous tension

Les rapports des dernières années ont régulièrement pointé des difficultés budgétaires persistantes, tant au niveau du GODF que de la SOGOFIM. Les déficits se sont accumulés, les projets immobiliers ont pris du retard, et certaines loges ont vu leurs contributions augmenter de manière significative. La présidence de Guillaume Trichard à la SOGOFIM entre 2022 et 2023 lui a donné une connaissance intime des réalités immobilières et financières de l’Obédience. Cette expérience pourrait s’avérer déterminante pour redresser la situation.
Un contexte politique national tendu

L’élection de Guillaume Trichard intervient dans un climat politique français particulièrement tendu. À quelques mois de l’élection présidentielle de 2027, la montée des populismes et des extrémismes constitue un défi majeur pour une obédience qui se veut gardienne des valeurs républicaines. Dans une interview exclusive au Figaro, le nouveau Grand Maître a déclaré :
« Face à la montée des populismes, notre obédience a un rôle historique à jouer. »
Lors d’une conférence de presse à Bordeaux, il a affirmé : « Nous rejetons tous les extrémismes. »
Une feuille de route ambitieuse
Guillaume Trichard a présenté une feuille de route en plusieurs axes :

1. Rappeler la nature initiatique du GODF
« Rappeler que nous sommes un ordre initiatique, pas un syndicat ou un parti », a-t-il déclaré. Cette affirmation vise à recentrer l’Obédience sur sa mission première, loin des dérives militantes ou politiciennes qui ont parfois été reprochées au GODF.
2. Faire rayonner les principes républicains
Le Grand Maître réélu souhaite « faire rayonner nos principes de liberté, égalité et fraternité, en France et dans le monde ». Cette ambition s’inscrit dans la tradition humaniste et universaliste du Grand Orient de France.
3. Poser un acte public face à la crise
Guillaume Trichard entend « poser un acte public » au moment où « la France connaît une véritable crise de régime avec un pacte social et républicain mis à mal […] et des extrémismes aux portes du pouvoir ».
Cette prise de position marque une volonté d’engagement public de l’Obédience, sans pour autant tomber dans la partisanerie.
Une obédience en mutation

Le Grand Orient de France, fondé en 1773, reste la plus importante obédience maçonnique française avec 1 400 loges et 55 000 membres revendiqués, dont 14% de femmes. L’obédience se définit comme « libérale et adogmatique », prônant « la liberté absolue de conscience » sans référence obligatoire à un dieu créateur. « La spiritualité n’est pas le monopole des religions », rappelle Guillaume Trichard. Cette position singulière place le GODF à la fois dans la tradition maçonnique historique et dans une modernité qui lui permet d’accueillir des profils variés, croyants, agnostiques ou athées.
Les défis à venir
Le nouveau Grand Maître devra relever plusieurs défis majeurs :
La transparence financière
Les Frères et Sœurs du GODF ont régulièrement exprimé leur frustration face au manque de lisibilité des comptes. Guillaume Trichard devra rétablir la confiance par des mesures de transparence accrue.
La modernisation des structures
Le fonctionnement de l’Obédience, avec ses multiples niveaux (national, régional, loges), peut générer des lourdeurs administratives. Une modernisation pourrait s’avérer nécessaire pour rendre l’administration plus agile.
La gestion du patrimoine immobilier
La SOGOFIM gère un patrimoine immobilier considérable, mais les défis sont nombreux : entretien des temples, modernisation des équipements, optimisation des espaces. Guillaume Trichard, avec son expérience de président de la SOGOFIM, devrait pouvoir apporter des solutions concrètes.
Le renouvellement des effectifs
Comme beaucoup d’obédiences, le GODF fait face à des défis démographiques : vieillissement des membres, difficulté à attirer les jeunes générations. Une stratégie de communication et d’ouverture sera nécessaire.
La place des femmes
L’intégration des femmes, ouverte il y a plusieurs années, reste un chantier en cours. Guillaume Trichard devra accélérer cette intégration pour garantir une véritable égalité dans toutes les instances.
Une légitimité à consolider
Guillaume Trichard commence un mandat de trois ans au Conseil de l’Ordre, ce qui lui permet théoriquement d’exercer la fonction de Grand Maître pendant trois ans, si le Conseil lui renouvelle sa confiance chaque année. Cette durée potentiellement plus longue que celle de son prédécesseur lui donnera le temps de mettre en œuvre ses réformes, mais elle augmentera aussi les attentes à son égard.
Pour terminer : un retour attendu dans un contexte incertain
L’élection de Guillaume Trichard à la tête du Grand Orient de France marque un retour à la stabilité après une année de transition sous Pierre Bertinotti. Son expérience, sa connaissance des dossiers financiers et immobiliers, et son large soutien au sein du Conseil de l’Ordre constituent des atouts majeurs. Mais les défis sont immenses : redressement financier, modernisation des structures, engagement public face aux extrémismes, renouvellement des effectifs. Dans un contexte politique national marqué par la montée des populismes et une crise de confiance dans les institutions, le rôle du GODF comme gardien des valeurs républicaines n’a jamais été aussi important.
Guillaume Trichard l’a clairement affirmé :
« Face à la montée des populismes, notre obédience a un rôle historique à jouer. » Les trois prochaines années diront si ce retour historique aura été à la hauteur des enjeux.
Sources :
- Sud Ouest, « Nous rejetons tous les extrémismes » : à Bordeaux, Guillaume Trichard élu grand maître du Grand Orient de France, 27 août 2026
- Le Figaro, « Face à la montée des populismes, notre obédience a un rôle historique à jouer » : les nouvelles ambitions de Guillaume Trichard, de retour à la tête du Grand Orient de France, 28 août 2026
Communiqué de presse officiel du GODF

