Ni 1723, ni 1913, ni 1929 : la Règle en douze points de la GLNF est née en 1968

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On la cite avec la gravité que l’on réserve aux textes fondateurs et l’on en invoque les douze articles comme s’ils avaient traversé, intacts, les siècles de la maçonnerie opérative pour venir se déposer presque naturellement dans l’architecture doctrinale de la Grande Loge Nationale Française (GLNF).

À force d’être reproduite sans date, privée de son contexte d’élaboration et séparée des circonstances très précises qui ont présidé à sa rédaction, la Règle en douze points a fini par acquérir ce privilège singulier des textes que l’on croit immémoriaux simplement parce que plus personne ne songe à demander quand ils furent écrits.

Or l’histoire, lorsqu’on accepte de la débarrasser du voile commode de la légende, est à la fois plus récente, plus complexe et, au fond, beaucoup plus intéressante.

La Règle en douze points de la GLNF n’est pas un texte du XVIIIe siècle ; elle ne date pas davantage de 1913, année de naissance de l’obédience, et elle ne saurait être confondue avec les Basic Principles anglais de 1929. Dans sa formulation propre, sous le titre que nous lui connaissons aujourd’hui, elle appartient pleinement à l’histoire maçonnique française du XXe siècle et apparaît en 1968.

Le rappeler ne retranche rien à sa portée initiatique, spirituelle ou institutionnelle ; il permet au contraire de la replacer dans sa véritable profondeur historique.

Une tradition n’a nul besoin d’être artificiellement vieillie pour acquérir de la dignité, pas plus qu’une pierre nouvellement taillée ne perd de sa valeur parce qu’elle vient prendre place dans un édifice beaucoup plus ancien. Confondre l’ancienneté des principes avec celle du texte qui les rassemble, c’est prendre la généalogie pour un acte de naissance.

Le silence des dates finit toujours par fabriquer de l’ancienneté

La page que la GLNF consacre aujourd’hui à la Règle en douze points en énumère les dispositions, depuis la foi en Dieu, Grand Architecte de l’Univers, jusqu’au devoir d’aide et de protection fraternelle, mais sans rappeler à cet endroit ni le contexte de son élaboration ni la date exacte de son apparition. Il en va de même dans nombre de reprises contemporaines, notamment sur les réseaux sociaux, où le texte circule volontiers comme s’il appartenait depuis toujours au patrimoine intangible de la maçonnerie régulière.

Il serait injuste, bien entendu, d’accuser ceux qui le reproduisent ainsi de falsification délibérée ; le phénomène est plus subtil et, pour cette raison même, plus intéressant.

L’omission répétée d’une date finit par produire un effet historiographique : détachée de 1968, la Règle se trouve progressivement aspirée dans une sorte de nuit des temps maçonnique, où s’entremêlent les Landmarks, les Anciens Devoirs, Anderson, les critères anglais de reconnaissance et les pratiques propres à la GLNF.

Les Constituions d’Anderson (1723) – musée de la franc-maçonnerie ; Hôtel du Grand Orient de France.
Les Constituions d’Anderson (1723) – musée de la franc-maçonnerie ; Hôtel du Grand Orient de France

C’est ainsi que naissent les légendes les plus durables : moins souvent par un mensonge frontal que par un effacement progressif des circonstances, jusqu’à ce que le contexte disparaisse et que le texte semble avoir toujours été là. Le paradoxe est d’autant plus manifeste que la GLNF elle-même a rappelé récemment que la Règle en douze points fut élaborée en 1968, dans le contexte des transformations considérables provoquées par l’arrivée de nombreux Frères venus de la Grande Loge de France.

La date, dès lors, n’est ni secrète ni hypothétique ; encore faut-il accepter de la regarder en face et de lui rendre la place qui lui revient.

1913 : l’obédience naît, mais la Règle n’existe pas encore

Blason GMUA

Il faut d’abord revenir à 1913, date évidemment capitale dans l’histoire de la Grande Loge Nationale Française, puisque la future GLNF voit alors le jour sous le nom de Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière pour la France et les Colonies Françaises. Son identité se construit d’emblée dans le champ de la maçonnerie reconnue par la Grande Loge Unie d’Angleterre et dans la fidélité à des principes que Londres tient pour fondamentaux.

GLUA à Londres
GLUA à Londres

Lorsque la nouvelle Grande Loge française est reconnue par la GLUA le 3 décembre 1913, il est bien question de l’adhésion à des principes jugés essentiels ; il n’est cependant nullement question d’une Règle en douze points. Cette distinction, qui pourrait sembler purement formelle, est en réalité fondamentale, car elle interdit de projeter rétrospectivement sur 1913 un texte qui n’apparaîtra sous cette forme que plus d’un demi-siècle plus tard.

Si la Règle avait véritablement constitué dès l’origine un texte fondateur de l’obédience, il serait pour le moins étrange qu’elle ne se manifeste ensuite ni comme document autonome, ni sous son titre actuel, ni dans la forme en douze articles que nous lui connaissons aujourd’hui. En histoire, l’ancienneté ne se proclame pas par désir de prestige : elle se démontre par les pièces.

Ainsi, 1913 demeure une date fondatrice pour la GLNF, mais ce n’est pas la date de naissance de sa Règle en douze points.

1929 : huit Basic Principles, non douze points français

La seconde date qu’il convient d’examiner avec précision est celle du 4 septembre 1929, lorsque la Grande Loge Unie d’Angleterre (GLUA) formalise ses Basic Principles for Grand Lodge Recognition. Ceux-ci constituent un jalon essentiel dans l’histoire contemporaine de la régularité maçonnique, mais ils ne sauraient être confondus avec la Règle française qui apparaîtra plusieurs décennies plus tard.

Le texte anglais comporte huit principes, destinés avant tout à déterminer les conditions de reconnaissance d’une Grande Loge : régularité d’origine, croyance au Grand Architecte de l’Univers et à Sa volonté révélée, obligation prise sur le Volume de la Loi Sacrée, caractère masculin de l’institution, souveraineté de la Grande Loge sur les trois grades symboliques, présence des Trois Grandes Lumières, interdiction des controverses politiques et religieuses en Loge, enfin respect des anciens Landmarks, coutumes et usages.

La parenté avec certaines dispositions de la future Règle de la GLNF est incontestable, mais parenté ne signifie pas identité. Les Basic Principles sont au nombre de huit et fonctionnent d’abord comme des critères de reconnaissance entre Grandes Loges ; la Règle en douze points, elle, développe également une conception de la vie maçonnique, du perfectionnement moral, du secret, de la fraternité, du travail rituel, de la maîtrise de soi et de l’attitude du Franc-Maçon dans son cheminement personnel.

La filiation doctrinale est donc réelle, mais elle ne doit pas être transformée en équivalence historique. 1929 fournit une ascendance ; il ne fournit pas un acte de naissance. Les Basic Principles peuvent être regardés comme des ancêtres de la Règle, ils n’en constituent pas l’état civil.

Dans les années 1960, l’équilibre de la GLNF change profondément

Pour comprendre pourquoi la Règle en douze points apparaît au moment où elle apparaît, il faut quitter les grandes dates symboliques de 1723, 1913 et 1929 pour entrer dans la réalité très concrète des années 1960.

À la suite du traité conclu en 1964 entre la Grande Loge de France et le Grand Orient de France, un mouvement important se produit : à partir de 1965, environ un millier de Frères, pour beaucoup pratiquant le Rite Écossais Ancien et Accepté, rejoignent la GLNF. L’événement modifie profondément la physionomie de l’obédience, son implantation, ses équilibres internes et sa culture, car il ne s’agit pas simplement d’une augmentation numérique mais de la rencontre de sensibilités, d’habitudes et de traditions obédientielles différentes.

Dans un tel contexte, ce qui pouvait auparavant demeurer implicite doit désormais être formulé, précisé et transmis avec davantage de netteté. Une institution qui change d’échelle et accueille en peu de temps un nombre aussi important de membres venus d’un autre univers maçonnique ne peut plus s’en remettre aux seules habitudes tacites : elle doit dire ce qu’elle est, ce qu’elle entend préserver et autour de quels principes elle veut maintenir son unité.

C’est dans cette situation qu’apparaît la véritable matrice de la Règle.

Ernest Van Hecke

Le Grand Maître Ernest Van Hecke confie alors au Grand Orateur Jean Granger une vaste réflexion sur le cadre réglementaire de la GLNF. Les documents conservés montrent que ce travail vise à adapter le Règlement Général à une situation devenue sensiblement différente de celle qui prévalait auparavant.

Nous sommes donc très loin d’un antique parchemin exhumé d’un coffre, chargé d’une poussière vénérable venue du XVIIIe siècle ; nous sommes face à une question institutionnelle très moderne : comment formuler clairement, au sein d’une obédience en pleine transformation, les principes autour desquels des Frères issus d’horizons différents pourront désormais se reconnaître ?

1967-1968 : la Règle prend forme dans les archives

Après plus d’une année de consultations, Jean Granger présente, le 5 avril 1967, ses premières conclusions devant le Souverain Grand Comité. Il y souligne les insuffisances du dispositif réglementaire existant et annonce un travail de révision d’une ampleur considérable, qui doit permettre de répondre aux besoins nouveaux de l’obédience.

C’est au début de l’année suivante que le dossier franchit une étape décisive. En janvier 1968, une note adressée aux Loges expose l’esprit général de la réforme et se trouve accompagnée d’un document autonome, expressément intitulé « Règle en douze points ». L’intention est claire : il ne s’agit pas de substituer ce texte aux structures constitutionnelles existantes, mais de donner une formulation synthétique aux principes essentiels autour desquels l’obédience entend affirmer sa cohérence.

C’est ici que l’on peut poser le premier jalon documentaire solide : en l’état des pièces disponibles, la Règle en douze points est attestée et diffusée aux Loges en janvier 1968.

Il serait toutefois imprudent d’aller au-delà des documents en attribuant arbitrairement à sa rédaction un jour précis que les archives ne permettent pas d’établir. Elles nous donnent en revanche beaucoup mieux qu’une légende : elles permettent d’en suivre la diffusion, les résistances, l’entrée progressive dans le droit interne de l’obédience, puis la consécration institutionnelle.

Cette prudence ne diminue pas la force de la démonstration ; elle lui donne, au contraire, toute sa valeur.

Une naissance qui provoque aussitôt des réserves

L’un des aspects les plus révélateurs de cette histoire tient précisément au fait que la Règle, aujourd’hui parfois présentée comme une évidence presque intemporelle, ne s’imposa pas dans l’indifférence silencieuse d’un texte supposé connu de tous depuis toujours.

Jean Baylot

Lors du Souverain Grand Comité du 12 février 1968, Jean Baylot conteste les conditions dans lesquelles le dossier est présenté, tandis que d’autres dignitaires expriment leur malaise devant la diffusion préalable d’un texte d’une telle importance sans qu’il ait parcouru auparavant tout le circuit de validation qu’ils jugeaient nécessaire.

Cet épisode est historiquement précieux, car il éclaire la nature même du document. Un Landmark prétendument immémorial ne provoque pas, en février 1968, une controverse sur les modalités de sa diffusion ; un texte en cours d’institutionnalisation, en revanche, le peut parfaitement.

La discussion ne signifie pas nécessairement que les principes contenus dans la Règle soient eux-mêmes rejetés ; elle montre surtout que les acteurs du temps ont pleinement conscience d’être devant une formulation nouvelle, appelée à recevoir une place déterminée dans l’architecture normative de l’obédience. Autrement dit, ceux qui en débattent en 1968 ne semblent nullement croire qu’ils manipulent un vestige de 1723.

Du débat à l’adoption : la Règle devient un texte de référence

Le 15 mars 1968, après que Jean Granger eut exposé les conditions dans lesquelles son travail avait été mené, Henri Furth propose que les douze points soient désormais placés en tête des futurs Annuaires de la GLNF, afin d’y présenter de manière claire la position officielle de l’obédience. La proposition est adoptée, puis actée dans le procès-verbal approuvé le 22 avril 1968.

La fin de l’année apporte ensuite la consécration institutionnelle. Le 6 décembre 1968, le texte reçoit l’approbation unanime de la Commission des Affaires Intérieures – Administration et Gérance ; le lendemain, 7 décembre 1968, l’Assemblée annuelle et plénière de Grande Loge l’approuve à son tour et décide son insertion dans l’Annuaire.

Si l’on veut donc retenir une date institutionnelle forte, ce 7 décembre 1968 s’impose naturellement, non comme une hypothétique date de rédaction, mais comme celle de son approbation par la Grande Loge.

Le 20 décembre, le Souverain Grand Comité confirme que les douze points figureront dans le prochain Annuaire, celui de 1969, donnant ainsi au texte une visibilité institutionnelle durable.

La chronologie, débarrassée de tout brouillard, devient alors remarquablement cohérente : janvier 1968, première diffusion aujourd’hui documentée ; mars et avril, décision de l’inscrire durablement dans l’Annuaire ; 6 et 7 décembre, validation par les instances ; 1969, entrée dans la publication annuelle de l’obédience.

Mathusalem peut donc rester en paix : on n’a nul besoin de le convoquer pour donner à cette Règle sa dignité.

Van Hecke lui-même distingue clairement 1929 de 1968

Un autre élément achève de dissiper toute confusion entre les Basic Principles anglais et la Règle française. Dans son allocution de décembre 1968, Ernest Van Hecke évoque successivement la Constitution de la GLNF, la déclaration anglaise de 1929 et la Règle en douze points.

La construction même de son propos interdit donc de les confondre : il les inscrit dans une continuité de régularité, mais les présente comme des références distinctes. La Règle n’est pas une simple traduction tardive du texte anglais ; elle en reçoit une partie de son inspiration, en prolonge certaines exigences, mais les réorganise dans un cadre français et dans une forme adaptée aux besoins propres de la GLNF des années 1960.

Autrement dit, la Règle ne surgit nullement du néant intellectuel en 1968 ; elle hérite, rassemble, précise et reformule une tradition plus ancienne, faite des Anciens Devoirs, des Landmarks, des usages de la maçonnerie régulière et des critères de reconnaissance développés au cours du XXe siècle.

Mais une maison construite avec des pierres anciennes n’acquiert pas pour autant l’âge de ses matériaux.

Anderson, les Anciens Devoirs et le mirage des origines

Le même raisonnement vaut pour 1723 et les Constitutions d’Anderson, dont nul ne songerait évidemment à nier l’importance dans la généalogie intellectuelle et institutionnelle de la maçonnerie spéculative moderne. Les Anciens Devoirs plongent plus loin encore dans le passé, tandis que des notions telles que l’obligation, la fraternité, la conduite morale, la fidélité aux lois ou le travail apparaissent bien avant le XXe siècle.

Mais constater cette ancienneté ne signifie nullement que la Règle en douze points existait déjà sous sa forme actuelle. La Règle elle-même se réfère aux « Anciens Devoirs » et aux « Landmarks » ; or cette référence marque précisément une filiation, non une identité.

Un texte du XXe siècle peut invoquer une déclaration du XVIIIe sans devenir pour autant contemporain de celle-ci, de même qu’une institution moderne peut se réclamer d’un héritage antique sans prétendre que ses règlements furent gravés sur les mêmes tables de pierre.

La Tradition n’abolit pas le calendrier ; elle lui donne une profondeur.

Jean Granger (Jean Tourniac), Ernest Van Hecke : distinguer les rôles plutôt que fabriquer un auteur unique

Certaines présentations contemporaines de l’histoire de la GLNF associent l’élaboration de la Règle à Jean Tourniac, figure majeure de la pensée maçonnique traditionnelle. Les pièces administratives contemporaines permettent cependant d’affiner la distribution des rôles et d’éviter la tentation, toujours séduisante mais souvent réductrice, de transformer une genèse collective en œuvre d’un seul homme.

Ernest Van Hecke impulse la réforme ; Jean Granger, Grand Orateur, conduit le chantier réglementaire, dialogue avec les instances, adresse la note aux Loges et porte la Règle dans le processus qui conduit à son adoption ; Henri Furth, enfin, joue un rôle déterminant lorsqu’il propose son insertion en tête des Annuaires.

Rien n’interdit qu’une œuvre institutionnelle ait eu plusieurs inspirateurs, plusieurs rédacteurs, plusieurs relais et plusieurs promoteurs. C’est même souvent ainsi que naissent les textes appelés à durer. Mais lorsqu’on cherche à savoir qui porte matériellement la Règle dans la procédure qui conduit à sa reconnaissance institutionnelle, les archives disponibles placent Jean Granger au centre du dispositif.

Là encore, la précision vaut mieux que la légende, même lorsqu’elle est flatteuse.

Vieille Tradition, texte récent : une distinction qui ne diminue rien.

Pourquoi cette mise au point est-elle importante, au-delà du plaisir d’établir une chronologie exacte ?

Bijou GM GLNF

Parce qu’en Franc-Maçonnerie le mot Tradition est parfois victime d’une étrange confusion : on semble croire qu’un texte serait d’autant plus légitime qu’il pourrait être repoussé le plus loin possible dans le passé, comme si l’ancienneté suffisait à consacrer l’autorité et comme si le respect de l’héritage obligeait à brouiller les dates.

Or c’est exactement l’inverse. La Tradition n’est pas un antiquaire qui falsifie ses étiquettes afin d’augmenter la valeur de ses meubles ; elle est transmission, fidélité, réappropriation, interprétation, et parfois même reformulation lorsqu’une époque nouvelle exige de dire autrement ce que l’on veut continuer à transmettre.

La Règle en douze points s’inscrit pleinement dans cette logique : elle est une formulation française du XXe siècle d’une conception traditionnelle de la régularité maçonnique, née dans un moment précis où la GLNF devait, sous l’effet de transformations internes considérables, exprimer avec une netteté nouvelle ce qu’elle entendait maintenir, transmettre et faire partager.

Sous cet angle, son caractère relativement récent ne la diminue pas ; il lui rend son véritable sens historique. Elle cesse d’être une relique imaginaire pour redevenir ce qu’elle fut : une réponse institutionnelle à un besoin précis, nourrie d’un héritage beaucoup plus ancien qu’elle.

GLNF, ancien blason

Trois dates suffisent à dissiper la légende

Au terme de ce parcours, trois repères permettent de restituer sans ambiguïté la généalogie du texte.

Le 4 septembre 1929, la Grande Loge Unie d’Angleterre formalise ses huit Basic Principles for Grand Lodge Recognition, qui définissent des critères fondamentaux de reconnaissance mais ne constituent pas la Règle française en douze points.

En 1968, la Règle en douze points de la GLNF apparaît dans les documents, est communiquée aux Loges, discutée puis approuvée les 6 et 7 décembre.

En 1969, elle prend place en tête de l’Annuaire conformément aux décisions prises l’année précédente, ce qui lui donne désormais une visibilité institutionnelle durable.

Ainsi restituée, l’histoire devient limpide : la Règle en douze points ne date ni des bâtisseurs de cathédrales, ni d’Anderson, ni de la fondation de la GLNF en 1913 ; elle n’est pas davantage le simple texte des huit Basic Principles anglais de 1929 rebaptisé trente-neuf ans plus tard. Sa formulation propre appartient à 1968.

Ses racines plongent loin dans le passé, mais son texte, lui, appartient pleinement au XXe siècle ; et c’est précisément cette articulation entre héritage ancien et formulation contemporaine qui lui donne toute sa richesse.

Il serait donc souhaitable que toute présentation sérieuse de la Règle indique désormais cette date, car une institution initiatique qui place la recherche de la vérité au cœur de sa démarche ne gagne rien à laisser l’histoire s’envelopper dans le brouillard flatteur de l’immémorial.

En Maçonnerie comme ailleurs, respecter la Tradition commence peut-être par ne pas lui inventer un âge.

Sources : Annuaire GLNF 1969 ; publications historiques et site officiel de la GLNF ; Basic Principles for Grand Lodge Recognition de la Grande Loge Unie d’Angleterre, 4 septembre 1929 ; Francis Delon Chroniques d’Histoire de la Grande Loge Nationale Française : des faits et des hommes (Éd. de la Tarente, 2024) et Histoire de la Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière pour la France et les Colonies Françaises 1899-1940 (Éd. de la Tarente, 2021). Certaine images sont générées par IA.

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Alexandre Jones
Alexandre Jones
Passionné par l'Histoire, la Littérature, le Cinéma et, bien entendu, la Franc-maçonnerie, j'ai à cœur de partager mes passions. Mon objectif est de provoquer le débat, d'éveiller les esprits et de stimuler la curiosité intellectuelle. Je m'emploie à créer des espaces de discussion enrichissants où chacun peut explorer de nouvelles idées et perspectives, pour le plaisir et l'éducation de tous. À travers ces échanges, je cherche à développer une communauté où le savoir se transmet et se construit collectivement.

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