(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)
Usant naguère d’un clin d’œil empreint d’humilité, le Grand Maître de la Grande Loge de France, Jean-Raphaël Notton, pouvait s’estimer satisfait s’il parvenait à atteindre les 32 000 membres de son obédience, quand, observait-il, Kim Kardashian disposait de 354 millions d’abonnés à son compte Instagram, soit quelque dix mille fois plus ! Sans vouloir offenser personne et plus extensivement, on s’accordera, au bas mot, avec Umberto Eco, sur ce triste constat : « Les réseaux sociaux donnent la parole à des légions d’idiots qui ne parlaient auparavant que dans les bars après un verre de vin, sans nuire à la collectivité. Ils étaient immédiatement réduits au silence, alors qu’ils ont aujourd’hui le même droit à la parole qu’un lauréat du prix Nobel. C’est l’invasion des imbéciles. »

Raillerie (au demeurant, trop timide et optimiste, au vu de l’évolution des choses) du célèbre essayiste et romancier italien qui, en juin 2015, lors d’une rencontre avec la presse à Turin – soit, quelques mois avant sa mort –, avait lancé ces foudres désormais jugées bien légères, n’en déclenchant pas moins, alors, une vaste polémique, car, il faut bien le dire, aucun Prix Nobel n’a jamais recueilli autant d’écho – permettez-moi ce jeu de mots de circonstance – que n’importe quel complotiste d’arrière-boutique, et, globalement, les analyses les plus avisées sont toujours infiniment moins relayées que les fausses informations et autres contenus trompeurs circulant, de nos jours, sur Internet. Pis encore, les idiots du village avaient leurs limites ; cachés derrière leurs ordinateurs, les « haters », ces lâches enragés, n’en ont plus et ils répandent à jet continu haine et humiliation, polluant non seulement les réseaux sociaux mais aussi la plupart des consciences.
Dans un contexte aussi envahissant qui façonne sensiblement les convictions des citoyens, nous venons de vivre un épisode électoral dont les enjeux étaient principalement locaux, si l’on veut bien négliger le retentissement du résultat des municipales sur la future désignation des sénateurs et les effets d’implantation à plus long terme de divers courants politiques. Il ne m’appartient pas ici d’en faire le commentaire. En revanche, j’en retiens l’alerte pour le scrutin présidentiel quand à peu près la moitié de la population se répartit inégalement aux extrêmes.

Il devient donc impossible que la franc-maçonnerie échappe à la probabilité d’en être « contaminée » et j’emploie sciemment cet adjectif car les radicalités excluantes dans lesquelles s’inscrivent ces différents secteurs d’opinion – qu’on ne saurait plus guère appeler des familles de pensée – souillent indéniablement, quelle que soit la nature des hostilités qu’elles déclarent, ces vertus cardinales de prudence et de tempérance que l’idéal maçonnique entend promouvoir et elles infectent profondément les mentalités et, partant, les rapports sociaux, loin des discussions argumentées que nous prônons dans nos cercles. Alors, l’influence de la franc-maçonnerie, qui est devenue epsilonesque dans le débat public – sans qu’on ait, d’ailleurs, sujet de s’en plaindre dans un régime démocratique –, cette dérisoire influence n’en apparaîtra que plus inexistante et brouillée.
Ah Seigneur, mon Dieu !

Autrefois il existait un PARTI RADICAL. Quelqu’un, dont j’ai oublié le nom , disait d’eux :
» les Radicaux? Ils sont Rouge dehors, Blanc dedans, et toujours près de l’assiette à beurre ! »
De nos jours, le blanc s’est séparé du rouge faisant changer le radicalisme de nature. Mais à coté de ces Radicalismes contemporains à la fois proches et lointains, un autre « isme » s’est considérablement développé : c’est le CRETINISME .
Les hommes politiques adorent les crétins : c’est un public de choix ! La Télé fait un carton avec ses émissions de Téléréalité mettant en scène des crétins et ce pour des crétins. A petite dose, ce type d’émissions représente de véritables vacances pour les neurones : du genre chaise longue au bord d’une piscine . Un vrai délice….
Et pourtant ces comédiens qui jouent les crétins en donnant le spectacle d’une réalité bien loin du reel, sont souvent atteint en coulisse du syndrome du clown : laissant leur public vivre les phantasmes qu’ils ont provoqués, ils laissent quant à eux échapper une larme en prenant conscience de leur pauvreté intérieure.
Tous les espoirs sont donc permis.
Petite précision sur la citation exacte concernant les Radicaux :
» Dans RADICAL; il y a le mot RADIS c’est a dire : Rouge dehors, Blanc dedans, et toujours près de l’assiette à beurre ! »
Clémenceau, mon cher, est l’auteur de cette célèbre phrase. Je recommande par ailleurs la lecture de ses « Lettres à une amie ».
En France, le mot radical est apparu en 1840 pour désigner les républicains hostiles à la Monarchie de Juillet. Héritiers de la Révolution, avec leur chef de file, Ledru-Rollin (1807-1874), les radicaux militent pour l’instauration du suffrage universel, la liberté, l’égalité et la laïcité. Ledru Rollin, se faisant traiter, à l’Assemblée, de « radical » qui se voulait péjoratif (emmerdeur), répondit : D’une insulte je ferai un drapeau !
Procédé semblable : c’est en se faisant une gloire des sarcasmes d’un critique d’art que les Impressionnistes en peinture ont tiré le nom de leur école. En effet, Louis Leroy, chroniqueur au Charivari, rend compte, le 25 avril 1874, dans les colonnes de son journal favori, de sa visite, en compagnie du paysagiste alors renommé Joseph Vincent, d’une exposition accueillie, depuis le 15 avril, dans les anciens ateliers de Nadar, boulevard des Capucines. Il s’en prend à tout ce qu’il voit et titre son article : « Exposition des Impressionnistes », faisant dériver cette dénomination péjorative d’un tableau de Claude Monet intitulé : « Impression, soleil levant » (1872), au sujet duquel il ironise : « Le papier peint à l’état embryonnaire est encore plus fait que cette marine-là ». Au demeurant, le peintre n’attribuait pas une grande importance à ce tableau, quand il se remémora, en 1897, les circonstances de sa description : « J’avais envoyé une chose faite au Havre, de ma fenêtre, du soleil dans la buée et au premier plan quelques mâts de navires pointant… On me demande le titre pour le catalogue, ça ne pouvait vraiment pas passer pour une vue du Havre ; je répondis : “Mettez Impression”. » Tout honnête graveur qu’il eût été, auparavant, Louis Leroy ne doit d’avoir un tant soit peu survécu dans la mémoire collective qu’à la faveur de cette satire où il dénigre tous les artistes et toutes les œuvres… car c’est ainsi qu’il a pu, sans l’avoir le moins du monde anticipé, définitivement baptisé le mouvement pictural le plus populaire de toute l’histoire de l’art, qui marquait, sous des formes variées, une rupture d’avec les règles de plus en plus stérilisantes de l’académisme et ce, au détour d’une toile, désormais exposée au musée Marmottan, qui ne souleva, pourtant, guère d’intérêt lors de ses premières ventes, avant de devenir l’icône fondatrice qu’elle représenta bien plus tard.
De façon plus large ma fille neuropsy me dit que le cerveau adore la facilité, le cerveau est un « feignant ». Nous le savons tous. Qui n’a pas une fois, pensé, fait, j’irais en tenue (où il faut réfléchir) un autre jour. 😉
Pas très gai, mais réaliste ! Plus que jamais, gardons donc la flamme