Est-il utile de rappeler que la Franc-maçonnerie vise à se perfectionner pour améliorer l’humanité dans son ensemble ? Cela passe par une maîtrise des passions. La recette est assez simple, il suffit de creuser des tombeaux pour les vices et d’ériger des autels à la vertu. Pour atteindre cet objectif, la caisse à outils du maçon est composée essentiellement de symboles et de pratiques rituelles.
Tous les pratiquants vous confirmeront que le maçon est un animal grégaire. Il est impératif de le regrouper pour que la magie initiatique opère avec efficacité. C’est là que le bât blesse, car depuis quelques mois, un maudit virus à décidé de briser les chaines d’union de notre Art. Il a réussi, car tous les tabliers et les gants restent désespérément blottis au fond de nos sacoches noires.
Il y a longtemps déjà que les virus et les humains flirtent bon gré malgré. Jeffery Amherst, le funeste commandant des forces britanniques en Amérique du Nord, eu la délicate idée en 1763 d’offrir aux Indiens Delaware des couvertures sciemment infectées par la variole. Il en résultat le premier génocide issu d’une guerre bactériologique.
Heureusement, tout le monde n’est pas aussi cruel qu’Amherst. C’est pour cela que nous devons le principe de la distanciation sociale à Max Starkloff, ce médecin de St Louis, Missouri qui durant la grippe espagnole de 1918 eu l’idée de limiter à 20 personnes les rassemblements afin de contenir la pandémie.
Plus récemment, c’est à notre président Emmanuel Macron que nous devons l’idée du confinement total. Finie les limites à 20 personnes de 1918, durant 8 semaines plus de sortie, durant 6 mois plus de tenues maçonniques et le grand concept à la mode se nomme désormais : « Distanciation sociale ».
Très franchement, entre-nous, vous connaissez beaucoup de gens vous, qui ont attrapé des virus à cause d’une trop grande proximité sociale ou spirituelle ? Je peux vous assurer que mon réseau social comprend quelques milliers de relations et pourtant, nous pourrions échanger durant des années sans qu’un seul virus risque de nous atteindre. Le seul qui serait à craindre serait celui de nos ordinateurs.
On a donc fait un amalgame grave entre la distanciation sociale et la distanciation physique. Quel en sera le préjudice pour nous les maçons ? C’est une question de fond qui mérite d’être creusée. Si nous nous laissons convaincre que l’autre, le Frère ou la Sœur devient le danger par lequel son corps véhicule le virus et peut-être même la mort, que reste t’il de notre art ?
Revenons à la réalité et sortons de l’hypnose collective dans laquelle nous sommes tous entrés en mars dernier. Comme le rappelais avec sagesse et bon sens le philosophe André Comte-Sponville, La grippe dite asiatique de 1958 à tué 2 millions de personnes. 10 ans plus tard, la grippe de Hong Kong a fait un million de morts dans une indifférence générale. Parlons maintenant du cancer qui tue chaque année 10 millions de personnes. Devons-nous intégrer dans nos statistiques la malnutrition qui tue annuellement 9 millions d’êtres humains, dont 3 millions d’enfants ? Alors sans banaliser les 420 000 morts du Covid19 de cette année, nous sommes encore loin des 650 000 morts chaque année de la grippe saisonnière. Pensez-vous à la lumière de ces chiffres que la folie médiatique et le suicide économique actuels étaient proportionnés au risque ? Avouez que le virus médiatique fera plus de victime que le virus biologique. Je n’ose même pas parler du stunami économique qui nous attend dans quelques mois.
Pour revenir à des conditions maçonniques, nous cultivons le mythe de la mort et de la renaissance de l’architecte, pourtant, très étonnamment nous tremblons comme des feuilles mortes à la moindre épidémie et devenons plus silencieux qu’une colonne d’Apprentis. Avouez que tout ceci mérite réflexion, non ? Soit la maçonnerie est un art et auquel cas, elle puise dans ses ressources les moyens de sa survie. Elle traite alors le risque avec équité et justesse. Soit elle n’est qu’un loisir pour s’extirper des programmes TV ennuyeux, et là, nous avons du souci à nous faire.
Pour ma part, je ne suis pas certain du tout que les maçons aient bien travaillé la maîtrise des passions dans cette affaire. Ils n’auront toutefois rien à se reprocher car ils seront restés bien sagement avec le troupeau. Et la question finale reste posée par KrishnaMurti : est-ce un signe de bonne santé que d’être adapté à une société malade ?
Alors que nous commençons à retrouver une vie presque normale, nous sommes en train de retrouver quelques-uns de nos vieux démons : par exemple, la violence, le racisme et le déni. Ainsi, un jeune voleur de scooter s’est récemment fait passer à tabac par les forces de l’ordre… Les familles de ceux qui ont perdu la vie suite à des interpellations très musclées reviennent réclamer légitimement justice.
Mais au fond, le monde n’a pas changé depuis les affaires Malik Oussekine en 1986 ou du métro de Charonne en 1962. « Ils sont pas lourds en février, à se souvenir de Charonne, des matraqueurs assermentés qui fignolèrent leur besogne » chantait déjà Renaud en 1978, dans son très décapant Hexagone… Quarante-deux ans après, rien n’a changé, à part un petit détail : nous sommes entourés d’écrans, de caméras, de détecteurs et d’analyseurs, un peu comme dans le panoptikon de Bentham. Ce qui veut dire que la trace de ce qui s’est déroulé sous l’objectif d’une caméra est désormais susceptible d’être vu par un œil humain. Et avec les réseaux sociaux, ce sera vu par des millions d’yeux. Donc plus personne ne pourra jamais détourner les yeux sur les violences des représentants du pouvoir. Je ne crois pas utile de commenter la situation aux Etats-unis ni celle en France, je ne suis pas assez compétent pour ça et d’autres le feront bien mieux que moi. Je donnerai juste mon avis de pratiquant d’arts martiaux : les prises de cou sont extrêmement dangereuses et doivent être proscrites hors d’un dojo ou d’une salle d’entraînement. Il existe d’autres techniques d’immobilisation, plus efficaces que des étranglements : tous les kyos d’aïkido, par exemple. Il est réellement temps de rouvrir les dojos, ne fût-ce que pour comprendre la fragilité de l’Autre et notre propre fragilité.
Normalement, nul n’est au-dessus des lois. Les représentants de la loi doivent donc être exemplaires. C’est l’éthique déontologique de la plupart des Etats. Toutefois, j’ai entendu dans la bouche d’un ministre un propos très grave, à propos d’une manifestation non autorisée : « l’émotion dépasse les règles juridiques ». Outch ! J’ai mal à mon Voltaire ou à mon Kant, et encore plus mal à mes Lumières ! Il y a aussi mes cours de droit qui ont pris un sacré coup. L’émotion dépasse les règles juridiques ? Donc, si je ressens une forte colère (émotion) vis-à-vis d’un de mes collègues et si je lui mets un coup, je peux plaider l’émotion et n’avoir aucun problème avec la justice ? On peut aussi tâter le fessier d’une personne ou en violer d’autres par pure émotion sexuelle ? Ou frauder le fisc parce que la tristesse de payer ses impôts serait plus forte que le droit fiscal et les devoirs associés ? Ou tirer à vue sur une personne, sans sommation, parce qu’on aura eu peur, autre émotion fondamentale ? Donc, on balaie l’héritage des Lumières, qui consiste à faire passer la raison avant les passions. Les droits de l’Homme, avec la loi qui est la même pour tous ? So 1789 ! Non, l’émotion prime sur les règles juridiques. En tant que Franc-maçon, ça me heurte, puisque nous travaillons à contenir nos passions et leur bouillonnement, et nous nous exerçons à la pratique de la raison.
Mais puisque l’émotion prévaut désormais sur le reste, je vois une question assez grave, et qui doit être posée : si la loi n’est plus, que gardent les gardiens ?
Plus précisément, les forces de l’ordre sont-elles au service du pouvoir et des puissants ou au service du peuple, qui a mis en place ledit pouvoir ? La mission des forces de l’ordre est-elle de maintenir le statu quo du pouvoir (et les intérêts associés, incluant les émotions de tel ou tel groupe de pression) ou bien de s’assurer du respect de la loi et du maintien de la paix sur le territoire ?
Laisser le champ libre à l’émotion, c’est ouvrir la boite de Pandore : l’ignorance, ce Mauvais compagnon, engendre la peur, qui justifie la violence. Le fanatisme et l’ambition engendrent d’autres émotions et sentiments tels que la colère, le ressentiment, la haine et tant d’autres passions tristes. Si l’émotion l’emporte sur le droit, alors à quoi sert tout le travail de civilisation ? Doit-il être intégralement balayé d’un revers de la main ?
Pour en revenir à des choses plus concrètes, oui, il existe un vieil héritage des mesures d’urgence prises en 1961 et qu’on n’a pas vraiment abrogées. Un problème d’émotions mal digérées, je suppose. Oui, les personnes d’apparence non occidentale ont plus de chance de se faire contrôler au faciès en 2020. A cause de la peur qu’elles inspirent ? Oui, les préfectures sont plus mesquines pour les titres de séjour avec les non-européens ou hors Schengen, ce qui est une catastrophe pour les étudiants étrangers, effrayants pour les services divers, submergés par l’émotion et qui ne peuvent plus appliquer le droit. Oui, on voit des images de violences exercées par les forces de l’ordre, images qui doivent être analysées et décryptées. Donc, oui, il existe des comportements non éthiques (litote). Et ils ne sont pas forcément le résultat d’émotions. Et donc oui, il existe des biais de pensée chez les fonctionnaires de police qu’on envoie trop jeunes dans les secteurs les plus difficiles, où ils doivent contempler le pire de l’humanité à peine sortis de l’école. Et il y a de quoi devenir dingue ou misanthrope. Ou raciste si on se laisse aller à généraliser. Par commodité, on aimerait, sans mauvais jeux de mots, que tout soit tout noir ou tout blanc, mais quelques années de pratique du Pavé mosaïque m’ont enseigné qu’en fait de noir et de blanc, on a surtout un nombre infini de nuances de gris et qu’il est impossible de catégoriser les êtres humains de manière aussi manichéenne. Ou alors, c’est déjà trop tard.
Abandonner le travail de civilisation au profit de l’émotion, qui prévaudrait sur le droit ? Non. En tant que Franc-maçon, je ne peux tout simplement pas m’y résoudre. Je ne nie pas l’importance des émotions. Mais nous sommes des êtres civilisés (encore que l’on puisse en discuter), ce qui implique de faire passer les émotions en second plan derrière la civilisation. La civilisation a besoin d’une force coercitive pour se maintenir. Elle a aussi besoin de règles, donc d’éléments purement rationnels, chose incompatible avec les émotions. Alors quand un dirigeant explique que les émotions dépassent le cadre juridique, c’est tout l’édifice de civilisation qui est menacé.
Hum, on vote bientôt, non ?
Ne nous laissons plus faire.
J’ai dit.
Nous sommes dirigés par des Shadoks. Vraiment. J’en veux pour preuve la déclaration d’une secrétaire d’État un matin à la radio, qui expliquait doctement que tout le monde allait devoir faire des efforts pour lutter contre la crisei. En très gros, il faudrait s’attendre à produire un « effort de guerre » (même si on n’emploie plus ce vocable, étrangement) et consentir à une baisse des revenus et un recul des droits pour les salariés. Certes, il est peut-être question de demander aux grands patrons et autres toucheurs de dividendes de se restreindre un peu. Bonne idée, demandons-leur, poliment. Ce qui reviendrait à dire à un tigre prêt à bondirii « couché kiki » ! D’ici là, tapons sur les salariés, car « pour qu’il y ait le moins de mécontents possibles, il faut taper sur les mêmes », principe Shadok bien connu. Sauf que, tout comme les Cauchemars d’Iznogoud, les Shadoks sont une satire, mais en aucun cas un manuel politique.
D’un autre côté, en lisant la presse, j’ai appris qu’un grand patron d’entreprise française (bénéficiant d’aides d’État) allait toucher un bonus d’environ 800 000 Euros au titre de l’exercice 2019. Autrement dit, une rémunération en plus de son salaire normal (que je ne connais pas, s’il en touche un).
Certes, en comparaison de bonus invraisemblables, la somme de 800 000 Euros est petite, ridiculement petite. Mais elle a quand même un sens. En fait, elle représente plus que ce que la plupart d’entre nous toucherons dans toute notre vie. Ainsi, ces 800 000 Euros représentent près de 33 années de salaire à 2 000 Euros mensuels. Soit plus que toute la carrière d’un enseignant, d’une infirmière, d’un éboueur ou d’une caissière… Plus que le salaire d’un travailleur de « première ligne ». D’où mon questionnement : qu’est-ce qui justifie un tel écart de salaire? Pourquoi un type qui siège dans un conseil d’administration reçoit-il en une année plus que ce que d’autres gagneront difficilement en une carrière ? A l’inverse, pourquoi des gens dont l’emploi est indispensable à la société ont-ils autant de mal à joindre les deux bouts ?
L’anthropologue David Graeber énonce cette « loi d’airain du capitalisme » : l’utilité de l’emploi est inversement proportionnelle à sa rémunération. Si on peut ratiociner sur les origines de cette situation d’inégalités, décidément insupportables, la question que nous devrons nous poser est : jusqu’à quel point supporterons-nous encore ces inégalités dans notre pays ? Et surtout, comment nous en sortir ?
Le symbolisme maçonnique nous amène à tous nous réunir sur le Niveau, au même âge, et ce, dépouillé des Métaux. Autrement dit, à faire abstraction des distinctions sociales. Par conséquent, le fait qu’un homme puisse, par sa seule présence, gagner en quelques mois plus que ce que d’autres gagnent en une vie nous est difficilement explicable, voire supportable (ou alors, je n’ai rien compris). Les ouvriers doivent toucher le salaire qui leur est dû, mais face à ce type d’inégalité, que dire, que faire ?
Par ailleurs, on peut voir la situation autrement. On demande aux salariés des sacrifices pour sauver la société ou l’entreprise. Soit. Leurs salaires vont potentiellement baisser et la charge de travail augmenter. Soit, même si c’est très injuste. Mais dans ce cas, cet effort consenti pour sauver la société ou l’entreprise n’implique-t-il pas de sacrifier sa vie ou sa famille à ladite société ou entreprise? Mais surtout, l’entreprise ou la société en fera-t-elle autant pour ses salariés ?
Quand les grands patrons reçoivent des bonus équivalents à 400 fois un salaire, on est en droit de se douter que non, et que les salariés se feront taper dessus, ou sacrifier, en bonne chair à canon. Logique Shadok, vous dis-je. Taper sur les mêmes pour limiter le mécontentement…
Créer de la valeur, c’est bien, mais partager équitablement cette valeur, c’est mieux. Car il ne faudrait pas oublier que ce sont les salariés, les ouvriers qui font vivre la boite, pas les gestionnaires.
C’est un peu pareil en Loge. Une loge qui n’aurait plus qu’un ou deux Maîtres sur les Colonnes et son Collège d’officiers serait condamnée à mourir ! Ce sont ses Ouvriers qui maintiennent le chantier et le font vivre. Un Ouvrier qui ne perçoit plus son salaire, c’est un Frère perdu et une Loge qui se délite irrémédiablement. Alors pour protéger la Loge, protégeons ses Ouvriers, en leur donnant envie de rester.
Et faisons pareil dans le monde profane : la valeur, la vraie vient du travail fourni par les salariés, les ouvriers, les travailleurs « de base », pas des bullshit jobs. Ceux qui perçoivent ces bonus indécents ne devraient pas l’oublier…
Depuis l’intervention d’André Comte-Sponville sur France Inter, intervention durant laquelle il faisait part de son inquiétude sur l’érection de la santé comme valeur suprême, le débat est ouvert. Doit-on sacrifier la liberté, les droits les plus élémentaires au nom de la santé publique, qui est elle-même un leurre à en juger par les politiques de destruction de l’hôpital public depuis plus de 30 ans, et accélérées depuis 2017 ?
Le confinement avait pour effet de ne pas saturer les hôpitaux, dont le nombre de lits disponibles était clairement insuffisant, nous le savons tous. Si nous commençons à revenir à une forme de normalité (qui consiste à ne faire que travailler et à s’interdire de vivre), je crains qu’on n’assiste aussi à une vague de pathologies psychologiques. D’après un certain nombre d’études, l’épidémie a aussi mis en lumière un certain nombre d’inégalités sociales : accès au soin, décence du logement, reconnaissance du statut etc. D’ailleurs, en reconnaissance de leurs efforts, les soignants auront droit à une médaille. Bon, recruter du monde, augmenter décemment les salaires, payer les heures supplémentaires, rouvrir les lits, en finir avec les politiques délétères inspirées des moments les plus sombres du management et de l’austérité, ça, visiblement, ce n’est pas à l’ordre du jour.
Sinon, il m’est venu une autre inquiétude, à la lecture du numéro de Charlie Hebdo du 13/5/20, numéro spécial santé. Les éducateurs spécialisés y faisaient part de leur questionnement et de leurs craintes sur les conséquences du confinement sur les patients dont ils avaient la charge : enfants, ados ou jeunes adultes à risques, et dont il faut prendre soin. Les décisions politiques sont, et ce depuis 30 ans, très défavorables à la psychiatrie. Les accueils de jours ferment régulièrement, mettant à la rue des patients légers et les condamnant à la mort, autant sociale que physique. Parmi les SDF et marginaux que nous croisons dans les grandes villes, combien devraient être en structure d’accueil ? Combien devraient être suivis par des éducateurs et des praticiens? Mais la vraie question serait plutôt : dans quels critères RH rentre la santé mentale des plus fragiles…
En France, nous avons gardé en mémoire les grandes épidémies qui ont régulièrement décimé la population : la peste, le choléra, la rage, etc. Les grandes découvertes médicales du XIXe siècle, telles que l’ensemble des travaux de Louis Pasteur, la découverte du bacille de Koch (responsable de la tuberculose) en 1882 par le médecin éponyme, ou encore la découverte du bacille de Yersin (responsable de la peste) en 1894, avec le courant de pensée scientiste de cette époque, nous incitent à penser que la science peut tout, doit tout résoudre… Y compris les grandes épidémies ! Bon, la grippe espagnole de 1917, la grippe asiatique de 1967, le SRAS issu du virus SARS-Cov-2 ont montré que même la science avait ses limites. Limites d’autant plus restreintes qu’elles peuvent être issues de décisions politiques, comme abandonner un programme de recherche en virologie en 2004, consacré aux coronavirus (cf. Charlie du 13/5 et l’appel du virologue Bruno Canard). Et ceci, sans compter les innombrables conflits d’intérêt de personnes politiques inféodées aux grands laboratoires pharmaceutiques, ceux-là même qui s’approprient le résultat de la recherche publique pour en tirer une rente (cf. la polémique sur les médicaments contre l’amyotrophie spinale vendus à un prix prohibitif, d’autant plus indigne qu’aucun investissement n’est à rembourser par les fabricants). Tout n’est pas rose non plus dans le beau monde de la science : querelles d’ego, politiques mesquines etc. font que le vrai travail critique et le vrai examen scientifique (clarté des hypothèses, choix des variables, reproductibilité de l’expérience etc.) se réduit souvent à des attaques ad personam pour de sombres histoires somme toute bien humaines.
Mais si ces querelles de chapelle ont toujours existé dans l’histoire de la recherche, il en est une autre que notre société industrielle a totalement occultée. Cette question fut posée par un de nos Frères, un certain François-Vincent Raspaili. Il s’agit de la corrélation entre la maladie et la situation sociale.
Ainsi, Raspail avait réfléchi aux causes sociales de la maladie. Il pensait entre autres, outre sa théorie sur les vers et animalcules (à soigner par son remède miracle, la liqueur de camphre Raspail et le système Raspailii…), que l’hygiène et les conditions d’habitat jouaient un rôle majeur dans la propagation des épidémies. Il militait donc pour une république sociale, capable de permettre à tous d’habiter dans un logement sain et non un infâme bidonvilleiii. Cette idée a été rapidement abandonnée au profit des campagnes de vaccinations et des mesures prophylactiques initiées entre autres par Pasteur. Peut-être parce qu’elles sont moins coûteuses à mettre en place qu’une vraie politique de création de logements salubres, éclairés, aérés, ou une vraie politique d’urbanisation qui éviterait de mettre les bureaux d’un côté et les logements beaucoup plus loin. J’espère que nos politiques se poseront cette vraie question d’aménagement urbain configuré de manière à limiter la propagation d’agents infectieux… Ce serait une belle revanche pour notre Frère Raspail !
Et pour en revenir au soin et à la santé : le coup de gueule (salutaire) d’André Comte-Sponville dénonçait l’avènement de la santé comme valeur suprême. Je pense qu’on peut aller plus loin. S’il s’agissait réellement de l’érection de la santé comme valeur suprême, aurait-on fermé les cabinets de psychiatrie, de psychologie, d’orthopédie, de médecine spécialisée, bref, de tout ce qui constitue le soin ?
Je me demande si on n’a pas plutôt érigé un ersatz de santé publique, une forme de santé se réduisant à des indicateurs statistiques ou RH, comme la variable aléatoire que constitue le nombre de morts de la pandémie, ou pire, la santé comme l’absence de maladie ! Ce qui serait stupide, car au sens de l’OMS, la santé se définit comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ».
Décidément, comme disait Camus, « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». Et là, on est en plein dedans ! En fait, le problème que pose cette décision de confinement, c’est qu’au nom de la santé comme absence de maladie, on détériore la santé en tant qu’état de bien-être physique, mental et social (déjà bien entamée par 30 ans de politiques hospitalières plutôt inhospitalièresiv). Comment peut-on oser décemment évoquer la santé publique quand on ferme des hôpitaux de jour ou des structures de soin ?
En un sens, la santé (en tant qu’absence de maladie) ne doit pas devenir une valeur. Par contre, le soin, ou le care comme disent nos contemporains peut en être une, dans le sens où elle contribue au bien-être de l’humanité. Une belle valeur, même. Pourquoi ? Parce qu’elle fait appel à ce que nous avons de meilleur en nous, le sens de l’hospitalité, elle-même à rapprocher de la fraternité, qui est une valeur éminemment républicaine et maçonnique.
« Le meilleur des chefs, c’est celui qui se bat pour la dignité des plus vulnérables» dit Arthur à Lancelot dans Kaamelot. Or, le soin, c’est justement s’occuper de la dignité des plus vulnérables. Malheureusement, tant que perdureront les dogmes de rentabilité et de virilité imbécile qui voient le chef comme le plus mariole ou qui autorise les plus grands profits, le soin sera considéré comme attribut féminin, donc mineur, par l’entièreté de la phallocratie institutionnelle. Il suffit de voir comment les petit cons aux manettes considèrent les femmes, et plus particulièrement les femmes enceintes, au nom du mythe de l’homme viril n’ayant besoin de personnev…
Et si on se réhumanisait un peu ? Et si on apprenait à prendre soin de soi, mais aussi des autres ? Et si on créait une vraie politique du soin, en réajustant en profondeur les travaux liés au soin ? Vaste chantier, peut-être, mais peut-être le plus important de tous.
Ne nous laissons plus faire !
J’ai dit.
i On peut lire sa biographie dans l’ouvrage Les aventuriers de la République-Ces Francs-maçons qui ont fait notre histoire de Jacques Ravenne et Laurent Kupferman
iiMerci de ne pas faire d’amalgame avec la crise actuelle, où un virologue renommé (et iconoclaste) tente de faire son travail de médecin alors que la presse, les politiques, etc. lui tombent sur le râble au nom d’une rigueur qu’ils n’exercent pas forcément sur leurs propres travaux.
iiiAh Seigneur mon Dieu, qu’aurait-il dit en voyant l’état déplorable des logements actuels dans les « quartiers », ou les centres des grandes villes ?
ivJe devrais avoir honte de faire des jeux de mots aussi douteux !
vVoir à ce titre le numéro de Cash Investigation consacré aux inégalités homme/femme : https://www.france.tv/france-2/cash-investigation/1470509-egalite-hommes-femmes-balance-ton-salaire.html
Comme j’avais un rendez-vous, j’ai dû sortir de ma retraite de confinement. Je devais me rendre dans un quartier normalement animé, avec des cinémas, des théâtres, des bars, des restaurants et des bistrots. Tout était fermé ! Quelle tristesse, vraiment. On se serait cru dans un roman post-apocalyptique de Pierre Bordage, tel que Les derniers hommes ou les Chroniques des Ombres ou encore dans le monde de Dragontown, sur la Brutal Planet d’Alice Cooperi, ce fabuleux dyptique de rock-indus-opéra. Par contre, la rue commerçante était moins inanimée : les petits magasins et les grandes enseignes étaient bien ouvertes. Certes, il fallait faire la queue pour entrer, porter un masque, se laver les mains, etc. Mais tout est fait pour que le commerce se porte bien. Même les librairies commencent à rouvrir. Bon, il est dommage que les jardins, plages, forêts, bref, tout ce qui peut apporter de la vie, du plaisir ou contribuer au bonheur reste irrémédiablement fermé et donne un aperçu de ce que peut être un camp de travail (toutes proportions gardées, bien évidemment). Nous n’en sommes certes pas encore aux conditions de l’île de Sakhaline, telle que les décrit Anton Tchékhov, mais quand même, on tend de plus en plus vers le modèle de société du Village, le cadre de la série Le Prisonnier. Grosse différence, on n’a pas besoin de badge, nos smartphones nous suffisent. Et au Village, il y avait quand même des concerts, des séances de théâtre et de cinéma. Et on pouvait aller sur la plage pour y jouer aux échecs, ou s’asseoir dans un parc…
Bien évidemment, plus de Tenues jusqu’à nouvel ordre. Prendre les transports ? Oui (et encore). Bosser ? Bien évidemment. Consommer ? Naturellement, il faut relancer l’économie, vous savez, ce processus indirectement responsable de ce que nous vivons en ce moment. Mais le reste ? Retrouver des amis ? Non, sauf chez soi. Aller prendre un verre ou un repas ailleurs ? Non. Aller au cinéma, au théâtre ? Et puis quoi encore ! Vivre et trouver d’autres intérêts que la consommation ? Vous n’y pensez pas ! Rendre visite à un membre de sa famille qui vient d’avoir un bébé? Inconcevable!
Bref, nous voilà condamnés à faire œuvre au noir. Mais rappelons-nous que c’est aux heures les plus noires que point la lumière. C’est ainsi pendant le Confinement que j’ai reçu une grande nouvelle.
Malgré le contexte difficile que nous vivons, j’ai la joie de vous annoncer la sortie prochaine de mon ouvrage : l’Ethique en Franc-maçonnerie, chez Numérilivre-Editions des Bords de Seine (https://numerilivre.fr/fr/accueil/174-166-l-ethique-en-franc-maconnerie-142.html#/35-type_ouvrage-livre_papier). J’ai fêté ça aussi dignement que notre existence actuelle le permet : soirée pizza avec des amis chez moi. Il nous reste encore ça, profitons-en.
Vivement que nous retrouvions un semblant de vie normale, que je puisse avoir la joie de vous rencontrer en salons ou en librairie, et peut-être même en Loge !
J’ai dit.
PS : l’ouvrage est disponible sur le site de l’éditeur en pré-commande et aussi en librairie à partir de juin. Mais si vous m’en voulez vraiment, vous pouvez le commander sur le site fondé par Jeff Bezos, l’homme aux mille milliards de dollars.
iSoit dit en passant, Alice Cooper a sorti un single confiné, avec ses musiciens, fort justement intitulé Don’t give up. Je vous encourage à l’écouter, et à visionner le clip. Une belle chaîne d’union virtuelle.
Ce n’est pas un jugement de valeur ou un quelconque mépris de classe, mais bien une réalité. Prenons l’exemple de la gestion de la crise sanitaire. Dès décembre 2019, nos dirigeants ont été avertis de la présence d’un virus dangereux en Chine. Ont-ils pris les précautions nécessaires (au hasard commander des tests, du matériel médical adapté ou vérifier le bon état des réserves stratégiques de masques et de médicaments etc.) ? Non. Il faut dire qu’en décembre 2019, la priorité de nos dirigeants était plutôt la gestion du mouvement social de contestation de la très impopulaire (et inutile) réforme des retraites, décidée unilatéralement, passée en force et contre la volonté générale. Alors, la pandémie… « Gouverner, c’est prévoir », dit-on. Visiblement, nous avons porté au pouvoir une clique d’incompétents notoires, incapables de voir à quelques semaines ! C’est bien la peine de vanter les « Grandes Ecoles », la « méritocratie », qui n’est qu’une forme dévoyée d’aristocratie pour en arriver à ce désastre causé par cette incapacité d’anticipation et cet aveuglement, quand il ne s’est pas agi de mentir délibérément au peuple.
Ceci dit, ces braves gens ont quand même été prévoyants : en prévision des plaintes qui ont été déposées contre quelques uns, leurs séides dans les deux Chambres tentent de faire passer un amendementi, qui exonérerait les décideurs et autres édiles de leur responsabilitéii… Un genre d’amnistie préventive, en fait. Affaire à suivre de très près.
Un confinement et une catastrophe économico-psycho-sociale plus tard, nous allons retourner au travail (et pas retrouver une vie normale, j’insiste là-dessus). Bon, je ne crois pas utile d’alimenter la polémique sur le retour à l’école, l’obligation basée sur le volontariat de remettre les enfants à l’école, qui n’est au fond qu’un prétexte pour remettre les travailleurs au travail et contribuer aux dividendes des grandes entreprises du CAC40iii. Là, ce n’est pas de la connerie, mais de la malveillance, voire de la haute trahison. Mais la vraie connerie est ailleurs.
Maintenant que nous allons retrouver une portion de liberté de circuler, les dirigeants d’entreprises de services et d’administrations ont décidé de ramener leurs salariés dans leurs locaux et bureaux. Et visiblement peu leur importe si les conditions de transport ne garantissent pas la protection des travailleurs… Le paradoxe est que dans les services divers (et parfois dispensables, mais c’est une autre histoire), le télétravail a plutôt donné de bons résultats. Donc pourquoi imposer une présence dans des locaux inadaptés (les open spaces et autres déclinaisons du Panoptikonivdestinés à humilier l’Autre sous couvert d’efficacité), quand on a montré qu’elle n’était pas nécessaire ?
J’en viens donc à me demander comment et pourquoi dans les structures entrepreneuriales ou administratives, on en vient à désigner des incompétents, des abrutis ou des malveillants aux postes de management ou de commandement. J’ai donc cherché des réponses et j’en ai trouvé : les biais cognitifs (et je remercie mon Frère et ami Franck Fouqueray de me les avoir fait connaître par son travail à paraître : http://www.lesyndromedupachyderme.com/).
Parmi ces biais, j’en ai trouvé deux dont la combinaison est aussi dangereuse que le sodium et l’eau :
–l’effet Dunning-Kruger, ce biais cognitif qui incite les personnes incompétentes à se croire plus qualifiées qu’elles ne le sont, et les empêche de se remettre en question.
–le principe de Dilbert, créé par le cartoonist Scott Adams dans son comic Dilbert, qui est une satire de la vie en entreprise. Ce principe consiste à élever les salariés les plus incompétents à un poste plus élevé afin de s’en débarrasser et à empêcher la promotion d’éléments compétents afin qu’ils continuent à faire les tâches qui font vivre l’entreprise.
Ajoutons à cela les intérêts de la classe dirigeante des cadres, qui préféreront avoir à leur disposition des adjoints qui ne remettront jamais en cause leurs décisions pour conserver leurs privilèges minables, sachant que ces cadres sont eux-mêmes des planneursqui planifient des réformes et des restructurations inutiles ou nuisibles, sauf pour les maîtres qu’ils servent. Le problème est qu’on enseigne à ces cadres qu’il faut toujours protéger l’adjoint, pas la victime, ou encore les intérêts de la direction, pas ceux des personnes.
On dispose ainsi de l’ordre social suivant :
les plus incompétents (et les plus nuisibles) sont reconnus et promus soit parce qu’ils ont exécuté des ordres sans se poser de questions soit, pour les retirer d’un service, avec une peine d’exil déguisée en promotion.
ceux qui tentent de faire leur travail et qui le font avec soin et compétence ne le sont pas et sont amenés à rester à leur poste, sans reconnaissance. Ceux là sont irrémédiablement condamnés à stagner ou plus rarement à se révolter.
Ceux qui tentent de protéger leur dignité sont neutralisés d’une manière ou d’une autre.
Les managers s’imaginent être des chefs et croient qu’ils vont être obéis en raison de leur simple estampille de chef, ou peuvent en toute impunité humilier ou mettre en danger leur subordonnés parce qu’on leur enseigne que leur hiérarchie les protège. C’est ainsi que des harceleurs sont promus et des victimes neutralisées. En effet, la transgression des règles est permise du chef vers le subordonné, mais surtout pas l’inverse.
Enfin, c’est dans cette optique que des incompétents se retrouvent à des postes qu’ils ne méritent pas, et pour lesquels ils ne sont pas aptes et détruisent des vies, parce qu’ils estiment en avoir reçu l’ordre, comme actuellement ces chefaillons qui font revenir leurs ouailles dans les bureaux quand les instructions diverses demandent à maintenir les postes en télétravail pour ne pas saturer les réseaux de transport…
Faire courir un risque inutile pour une vulgaire satisfaction d’exercice d’un simulacre de pouvoir, c’est être con. Ou ignorant. Or l’Ignorance est un mauvais compagnon du Franc-maçon. A ce propos, Camus, dans la Peste nous avertit : « Le mal qui est dans le monde vient presque toujours de l’ignorance, et la bonne volonté peut faire autant de dégâts que la méchanceté, si elle n’est pas éclairée. ». Le problème de nos dirigeants et managers, c’est ce biais, cet effet Dunning-Kruger. Ainsi, sûrs d’eux et voulant contenter leurs maîtres, ils restent sourds et aveugles à la réalité en prenant les pires décisions sans jamais douter. L’ignorance les maintient dans leur bêtise, et leur volonté de plaire les amène au désastre.
Garde à moi de ne pas devenir comme ces gens que je méprise. Heureusement, la Franc-maçonnerie et plus particulièrement le Rite Ecossais Ancien et Accepté me donnent des garde-fous et m’aident à lutter contre l’Ignorance. Ce qui me rappelle le grand secret maçonnique qui m’a été révélé quand j’étais apprenti : « Avant, j’étais con. Maintenant, je le sais. ».
Ne nous habituons pas au désespoir, car comme l’écrivait Camus, toujours dans la Peste : « l‘habitude du désespoir est pire que le désespoir lui-même ».
iiLe Canard Enchaîné, 6/5/2020, « Le front de maires effraie ». Il semblerait que la loi d’amnistie ne soit pas de mise, mais restons vigilants !
iiiPetit parallèle freudien : CAC40 se lit « caca-rente ». De là à penser que ces entreprises sont réellement pestilentielles, il n’y a qu’un pas…
ivConcept de surveillance de prison inventé par le philosophe anglais Jeremy Bentham, permettant à un gardien de surveiller l’ensemble des prisonniers depuis sa place.
Pour aller plus loin:
Christian Morel, les décisions absurdes, Folios Essais, Gallimard, 2002.
Cri dans le désert d’Arne Naess, dès les années 60 : « L’homme ne se situe pas au sommet de la hiérarchie du vivant, mais s’inscrit au contraire dans l’écosphère comme une partie qui s’insère dans le tout » L’extrait vient de son livre au titre déjà révélateur : « Écologie, communauté et style de vie ». Déjà le lien entre notre état de nature et le fonctionnement de notre société. Et le monde commençait à avoir de la fièvre.
Au bout du chemin sur l’état de santé du monde, on se rend compte que ce qui parle au plus profond de l’humain, ce ne sont pas les cultures mais sa nature. Son étude relève d’abord et impérativement de l’éthologie. Nous sommes en cousinage de deux singes ; ils nous apprennent l’essentiel qui palpite dans nos tréfonds : les chimpanzés sont aiguillonnés par la compétition et règlent leurs fréquents conflits sans effusion de sang. Leur organisation est plus pyramidale. Les bonobos, eux, vivent sous le signe de la coopération ; ils règlent leurs conflits par l’affection et la sensualité. Ils préfèrent plutôt, entre eux, les relations en réseaux. En nous, jusqu’alors, le chimpanzé domine. En nous, avec l’hyper-capitalisme et les tristes affabulations qu’il provoque, la déification de l’argent, la consommation frénétique t les technologies pour le meilleur et pour le pire, les guerres en horreurs consommées, nous sommes, hébétés, sous le signe de la compétition. Mais nous sommes aussi des bonobos qui savons coopérer avec intelligence et dévouement, dans les situations douloureuses. Il nous reste donc à recouvrer la santé. Pour cela, osons rebâtir avec les blocs des pyramides qui nous contemplent depuis des siècles.
Commençons par changer radicalement notre regard d’observateurs de nous-mêmes, scientifique ou pas. Prenons la métaphore de l’arbre : l’éthologie nous pose en animal grégaire. C’est notre racine. En sort, le tronc de l’anthropologie et de la sociologie qui étudient les structures et les cultures. Les grosses branches avec les approches de la dynamique des groupe qui nous éclairent, en particulier, sur le fonctionnement des cellules anarchistes Puis les psychanalyse et psychologies qui en sont les branches ; enfin la connaissance de l’humain par lui-même : l’introspection et l’holistivité, ce regard qui embrasse spontanément le tout, le complexe, en dépassement de l’objectivité et la subjectivité.
Avec un regard renouvelé, retrouvons la concentration, la communion et la contemplation. Je me suis efforcé à prescrire un remède à l’état fiévreux du monde. Je le crois susceptible de l’aider à recouvrer une nouvelle santé et de palpiter en ces trois mots de rencontre. Le risque ? La complexité qui empêcherait l’humain de bien prendre en compte ses enjeux d’une société future libertaire.
Car « Quand le travail se fait brouillard, l’humain aussi se vaporise». J’espère que le brouillard s’est, au moins vaguement levé, grâce à la liste des personnages que le système nous demande d’endosser. En ordre croissant d’influence : des marionnettes compulsives et avides, un humain omniscient et hyperactif ; un saigneur, un seigneur, un soumis, des schizophrènes, un humanimal agressif, et peureux, enfin un humain en passe de devenir un libertaire.
Notre conscience collective prend en charge ces personnages d’importation. Mais le retournement, avant l’effondrement exige, en premier lieu que l’on regarde en face ce que nous sommes sans doute : des schizophrènes qui balbutient de plus en plus entre de nombreuses injonctions contradictoires. Le système, de plus en plus prégnant, de double contrainte nous fait trébucher : nous voulons tout à la fois ; et rien en même temps. Nous sommes avides de modes et de clans, dans l’occultation par l’écran des écrans
Les révoltes et les découvertes pointent leur museau dans des essais. Ils sont, à ce jour et malgré, les pesanteurs d’arrière, concluants : l’éducation libre, l’exemplarité revisitée avec les neurones-miroirs, l’après-vie avec les EMI et les hypothèses sur la survie de notre conscience hors du corps, la transmission épigénétique …et les éco-villages… tout cela, des traductions des utopies en anarchie pacifique. Reste la question métaphysique et vitale de tous les temps : mais qui sommes-nous ?
Oui sommes- nous, aujourd’hui, dans cet imbroglio, ce charivari, ce bredouillis ? Il faut, de plus en plus, que nous soyons à la fois, sous la pression de la société d’argent et de pouvoir, les humains ci-dessous :
• Cratophile ET arquéphile,
• En pyramide ET en réseau,
• Compétitif ET coopératif,
• Ocnophile ET stylobate,
• Solitaire ET solidaire,
• Prédateur, guerrier ET pacifiste,
• Individualiste ET mondialiste,
• Pressé ET méditatif.
C’est ainsi, la société actuelle nous moule, nous façonne, nous modèle en forte schizophrénie. En outre, elle sait bien réveiller nos peurs ancestrales avec le principe de précaution. Et le déversement publicitaire manipulateur. Enfin dans ces doubles injonctions, cette société nous menace d’abandon devant une épidémie virale : c’est la panique. Trembler, ensemble, devant ces dangers, devient la norme de la norme. C’est cela la norme. Elle est un puissant facteur de paix et une sécurisation intérieure. S’efforcer sans cesse de revêtir ces tuniques contradictoires, fait de nous des normosés. Alors, le pari de l’écolo-anarchie, de l’anarchie verte n’est-il pas pure utopie, puisqu’il exige de revenir à notre racine grégaire et à en remettre en cause des composantes « chimpanzées » pour mieux s’embrasser dans des réflexes bonobos ? Moi, j’y crois. Et vous qui lisez ce texte ?
Vite, cassons la voix ! Avant il fallait choisir, sous le joug religieux, un rôle réputé bon et fuir un autre de mauvaise réputation. C’était le règne du OU. Aujourd’hui, avec « la double contrainte », l’injonction paradoxale, nous devons ingérer des contradictions indigestibles. C’est le royaume du ET. Demain, me semble-t-il, nous aborderons d’autres rives, avec le NI/NI. La société en réseaux, l’écolo-anarchie, l’holistivité sont les conditions de cette alchimie. Le Grand Œuvre ? Un humain biophile, dans l’écologie de l’harmonie : avec soi, les autres, la nature.
Ils étaient des bagagistes tranquilles, nous somme des voyageurs inquiets, nous serons des explorateurs courageux. Par les effets d’ « une spiritualité pour agir », chaque humain sera un lac d’amour, dans le réseau de la société humaine. Ainsi, ce sera un NI/NI de douce rébellion. Quoi ? Pas une moyenne, ni une synthèse, ni un juste milieu, pas plus que l’ «aurea mediocritas » des sages de l’Antiquité, mais un nouvel hôte terrestre en tunique d’humble splendeur. Regards vers la Lune et le Soleil ésotériques.
Quand l’eau se transforme en vapeur, quand le feu rayonne de lumière, quand la terre jalouse ses germes, quand l’air balaie les montagnes, alors la Lune et le Soleil s’unissent en effusion circulaire d’amour. C’est la syzygie. Quand l’Homme, à l’instar des deux planètes, s’embrasera de la sagesse du sens de la vie, d’adaptabilité mesurée, de connaissance de soi, de fraternité pour lui est les autres, de biophilie en grande révérence pour les vivants, alors il agrippera le Sol(eil) et la Lune. Les astres l’adouberont « Solune », pour que la chouette hulule et la souris file.
L’approche écologique radicale, pas en seul friselis de mode, se façonne en chacun, par un amour du vivant, sans concession. J’ai déjà citée cette attitude : la biophilie. Je vais expliquer le lien subtil à notre conscience actuelle, mais évident dans les expériences sociétales anarchisques, des deux attitudes : Devenir de plus en plus écologiste radical mène à vivre en sociétés libertaires. C’est pourquoi, nous ne pouvons pas considérer l’anarchie comme une simple forme d’organisations sociale culturelle. Tout comme l’organisation pyramidale aux effets abominables est naturelle, elle aussi. Auparavant faisons un sort au dégoût et au mépris déclenchés par l’évocation de l’anarchie, dans quasiment toutes nos têtes.
« Anarchie » est un mot exécrable ; il précipite dans nos têtes les frayeurs d’autres termes tels, émeutes, troubles, confusion, violences, dégénérescence. Alors quand la nécessité s’en fait sentir –ce n’est pas surprenant, nous l’allons voir- on lui préfère les convenus autogestion, libertaire, utopie et, avec plus d’audace, de mépris et de confusion, débauche. Dans l’organisation comme dans une sexualité débridée ; tout cela à cause des « soixante-huitards attardés, ces hippies qui nous ont retardés ! » L’anarchie est de l’ordre du tabou, à l’instar du sexe, malgré toutes les dénégations rassurantes. F. Lenoir dans une prescience pudique qui lui est habituelle, déclare : « Nous nous éloignons d’un pouvoir hiérarchique et nous nous rapprochons du pouvoir latéral ». L’anarchie n’est pas du tout le chaos. Bien au contraire, c’est un renversement extraordinaire de l’organisation pyramidale qui engendre l’état fiévreux du monde, comme le dévoile la déclaration supposée de PJ Proudhon, le père putatif du mouvement : « L’anarchie c’est L’ordre sans le pouvoir. ». Entre hiérarchie et anarchie, le hiérarque, prêtre de haute fonction chez les orthodoxes hurle car on le forcerait à devenir anar, à savoir privé de …lui ! Élisée Reclus, libertaire et Franc-maçon, (1830-1905), met les points sur le I : « L’anarchie est la plus haute expression de l’ordre ».
La démocratie elle-même, forme très aboutie de l’organisation pyramidale, chante une devise magnifique. L’air de rien elle préconise d’autres modes alternatifs. C’est « Liberté, Égalité, Fraternité ». Hallucinante de grossesse anarchiste. F Lenoir est chatouillé par l’espoir, sans rien avouer, toutefois : « Désormais tout le monde est à égalité : tout le monde peut se déplacer, tout le monde peut échanger. Ainsi naissent des structures fluides, changeantes, informes, incontrôlées, au sein desquelles se forment des courants d’opinion, se transforment les consciences et les comportements ».
Le fonctionnement anarchique fait tomber la pyramide des pouvoirs ; en ce sens l’anarchie est opposée à l’État qui, selon elle, ne cesse d’exercer sa domination sur les individus. Elle préconise des réseaux de cellules humaines liées, autogérées et inter-indépendantes. Comme les écovillages, terme générique, pour désigner des groupes autogérés de cent personnes, tout au plus.
Ainsi, la meute humanimale s’efforcerait de se débarrasser de la folie du pouvoir et de la soumission concomitante : la cratophilie ou amour du pouvoir et l’arquéphilie ou besoin de soumission. Cette pyramide qui rend le terrain de la santé mondiale, favorable aux fièvres : consommation délestant les choix libres, technologies des progrès de confort de l’hyper-capitalisme, prolifération de l’espèce, directives conditionnantes, qui sont les premiers symptômes toujours les héritages de la loi du troupeau. Le fonctionnement anarchique enfin modifie la perméabilité contagieuse des peurs, de l’angoisse primordiale. Les réseaux, eux, par leur vie préhensible par les sensibilités individuelles, tendent à amenuiser ces frayeurs si puissantes et enfouies dans le collectif et l’individuel. Premiers pas sur la route : « De manière concomitante la naissance du mouvement altermondialiste et des forums sociaux, le progrès de la conscience écologique, l’essor du développement personnel, des spiritualités orientales ou de la philosophie comme sagesse, l’irruption de nombreuses initiatives de solidarité à l’échelle de la planète, comme le microcrédit, la finance solidaire ou encore, plus récemment, le mouvement des Indignés » déclare en beauté additive bienvenue, F Lenoir, si souvent cité dans ce texte. Les années 60, répétition générale. Aujourd’hui, les Indignés, les Gilets jaunes. Et tant d’autres mouvements de révolte, ci et là, dans le monde. Oui le mouvement est parti !
Il est lui-même l’héritier de, non pas une tradition, mais d’un rêve à lourdeur d’expériences, dans le passé. Des modèles théoriques, grandioses, dans leur ambition, leurs réalisations et leur influence, se diffusent partout, en pleine créativité. : l’autogestion et l’économie libérative, en amours mêlées. Elles suscitent des atterrissages concrets, démonstratifs de l’économie en anarchie :
L’autogestion d’abord, sans qu’il soit, surtout ici, question de préséance ! En voici, en pillant, comme il se doit ! Wikipédia , les traits et, par-là, les valeurs caractéristiques :
• La suppression de toute distinction entre dirigeants et dirigés,
• La transparence et la légitimité des décisions,
• La non-appropriation par certains des richesses produites par la collectivité,
• L’affirmation de l’aptitude des humains à s’organiser sans dirigeant.
En résumant quelque peu, l’autogestion s’oppose à l’idée de hiérarchie ; les responsables sont élus et transitoires. L’autorité quitte la verticale pour rejoindre l’horizontale où tous sont égaux. En inverse, le capitalisme est une forme de dépossession du bien commun au profit des « riches », les empereurs du CAC 40, en France, terre de milliardaires à l’instar des plus fortunés qu’elle. En d’autres termes, la finalité de l’’autogestion vise concrètement une réappropriation des choix du travail , de l’outil de travail et des résultats issus du travail.
Quant à l’économie collaborative, en cousinage d’autogestion, elle peut, sinon se résumer, du moins être entendue ainsi, en inspiration du site Économie Magazine: L’économie collaborative a deux visées : l’économie et le social. Elle tient sur les piliers du partage et de l’échange de biens, de services ou de connaissances entre particuliers. Elle se traduit par un échange monétaire tel que la vente, la location ou la prestation de services, ou un échange non monétaire comme le troc, le don ou le volontariat. Aujourd’hui, les « échangeurs-partageurs »se relient avec des plateformes numériques. En l’occurrence, elles sont une aubaine pour amoindrir les délais, les coûts, avec le risque toutefois que cette fluidification des échanges ne se fassent au détriment de la qualité des échanges de valeurs et de fraternité.
Autogestion, économie collaborative ne sont pas que des bannières flottant au vent creux et volatil de la réalité anarchiste et même parfois des préoccupations écologiques. L’histoire, en effet, distribue des exemples souvent convaincants mais réprimés dans le sang, par exemple par les communistes, si épris d’ordre bâillonnant. Rappels furtifs : la Catalogne et de nombreuses villes et pays, dans l’Espagne entre 1936 et 1939. Les femmes, lors de la mise en place de l’anarchie dans ce pays, nous font faire un grand pas de plus dans l’instauration de réseaux, à la place des pyramides. Elles donnèrent un exemple captivant. En prouvant qu’elles étaient sans doute, très proches des mises en œuvre concrètes de l’anarchie. Pour ce faire elles n’hésitèrent pas alors, à militer en grand nombre pour cette cause qu’elles tiennent, je le crois, plus prometteuse de paix que nos organisations de meute actuelles. La pyramide de pouvoir, une évidence pour les mâles de notre espèce ? Avec la répression sanguinolente de Franco, vendue comme une réponse juste aux violences réelles de certains anarchistes.
Je ne remonte pas à « L’Utopie », le roman d’anticipation de Thomas More (1516) ni à Libertalia, cette colonie de pirates, sur la côte malgache, où tous les biens étaient distribués également. Il suffit de vivre notre époque pour constater que les réseaux libertaires, qu’ils se réclament ou peu anarchiste ou libertaires, deviennent de plus en plus fréquents et éclairants. En phare, la communauté dite Institut d’Esalen, près de San Francisco, dont l’influence est toujours mondiale, depuis sa fondation (1962). Elle est le berceau de la psychologie humaniste et du mouvement du potentiel humain qui engendrèrent et engendrent toujours mille pratiques d’approches douces de l’humain. Je cite encore les SEL, qui se fondent sur la réciprocité, en l’absence d’argent. On en compte aujourd’hui environ 600 dans l’Hexagone. Ce qui est passionnant, avec les SEL, c’est qu’ils sont tous différents. Ils affirment dans l’article 1 de leur Charte : « Le lien est plus important que le bien ». L’animation et la créativité sont aux avant-gardes, Un mouvement à suivre de près. Adieu la pyramide, vivent les réseaux !
La date du déconfinement approche. Vais-je retourner en Loge et retrouver ma phrase fétiche d’introduction (« j’étais en Loge hier soir »), ainsi que tous mes Frères ? Vu le chaos qui s’annonce, je crains que non. On devra aller à son poste, si le télétravail n’est pas possible (et quand on connaît le côté rétrograde du patronat, ce ne sera sûrement pas possible). Par contre, pas de café, pas de pub, pas de salle de sport, pas de théâtre, pas de cinéma, pas de soirées entre amis. Dans la même optique, pas de possibilité d’aller à la plage, en forêt ou à la montagne. Mais nous aurons le devoir de nous entasser dans les transports en commun (qui fonctionneront eux-même en capacité limitée). J’en viens à me poser une question légitime : quelle est la dangerosité du virus pour les travailleurs ? Serait-on moins exposé, entassé dans les transports en commun que dispersé sur la plage ? Je ne crois pas utile d’en rajouter sur les masques : au départ inutiles, et en quantité insuffisante (surtout pour les soignants…), et maintenant indispensables, voire obligatoires et bien sûr payants (bien qu’il ait été demandé aux bonnes volontés, y compris aux professionnels de la couture de créer des masques gratuitement… et que la certification AFNOR soit payante). Et il semblerait qu’on se dirige vers une pénalisation du non-port du masque : 135 Euros d’amende si on se promène à visage découvert. Euh, il me semblait que dans le cadre de l’état d’urgence (dont les dispositions d’exception sont passées en droit commun), il était justement interdit de se déplacer masqué dans les lieux publics… J’avoue être un peu perdu entre ces injonctions contradictoires, et, privilège de privilégié, le déconfinement ne me fait vraiment pas envie.
Pour en revenir à mon propos initial, je pense que nous nous dirigeons vers un monde orienté exclusivement vers l’emploi (du moins pour ceux qui l’auront conservé…), avec toujours moins de droits sociaux. Je ne puis m’empêcher de faire un parallèle avec l’Angleterre des XVIIIe et XIXe siècle, où la caste dominante (les protestants généralement anglicans ou méthodistesi) voulait imposer à la population son mode de vie puritain : pas d’alcool (donc contrôle strict des public houses ou pubs), pas de loisirs, surtout pas de temps libre, pas de spectacles ou d’échanges, et bien évidemment toujours du travail mal payé, car seul le travail rend libre (et est rentable pour le capitaliste, notons-le). A ce propos, le monde de la culture est très inquiet, car les mesures de confinement ont mis les intermittents du spectacle au chômage. En même temps, quand on voit l’abyssal déficit culturel de nos dirigeants, il n’est malheureusement pas étonnant que le monde de la culture soit menacé d’annihilation.
En fait, il faut savoir que la haine contemporaine de la culture remonte à Margaret Thatcher, qui détestait les arts, les humanités. La Dame de Fer avait donc modifié en profondeur la formation des britanniques et avait oeuvré à ce que les cursus soient exclusivement orientés vers ce qui est professionnellement utile. Le reste, autrement dit, les arts, les sciences humaines, la littérature, la poésie, les langues mortes, bref les lettres en général, était très mal considéré. Malheureusement, cette recherche de l’utilitarisme des savoirs s’est installée aussi dans notre pays : les lettres sont (très) mal considérées, étudier les arts revient à être considéré comme un fainéant, et la culture semble être devenue une abstraction. Au point que des hommes politiques peuvent, lors d’un discours ou d’une interview proférer des énormités, traduisant leur ignorance…
La culture est importante dans notre vie prétendument civilisée. En fait, c’est la culture qui civilise, dans le sens où elle permet de créer un langage commun. J’en veux pour preuve que lorsqu’on cite du Audiard, un lien se noue immédiatement entre les interlocuteurs qui connaissent son oeuvreii. Le partage des grands récits, par exemple, nous transporte et nous élève (d’où l’utilité politique d’un roman national, néanmoins absurde historiquement). Les comédies les plus grasses qui nous font honteusement rire ont le bienfait de la catharsis. Les humoristes nous aident à mieux supporter le monde qui nous entoure. La culture apporte de la joie, ne l’oublions pas. C’est pour cela qu’il faut impérativement en protéger les professionnels, incluant les fameux « intermittentsiii » et leur permettre de vivre décemment !
La culture porte la beauté. Or, le contact avec la beauté, quelle qu’elle soit, nous apporte une forme de joie, dans le sens où elle nous aide à nous améliorer. C’est pour cela que nous avons besoin, dans nos Temples maçonniques, de Sagesse, de Force et de Beauté.
Enfin, la culture est une arme redoutable. En effet, l’histoire nous aide à comprendre le monde dans lequel nous sommes et nous enseigne les erreurs des générations passés, alors que la connaissance de la langue nous aide à trouver le sens profond des mots, ce qui peut la rendre très dangereuse pour un Etat policier. Prenons l’exemple d’un terme à la mode en ce moment : obéir. Obéir aux règles de l’état d’urgence sanitaire. Or, le verbe obéir a la même racine latine, audire, que le verbe ouïr, qui signifie entendre. Etant donné les discours discordants, la cacophonie des plans divers, le chaos des instructions de l’exécutif sans oublier les mensonges proférés depuis le début de la crise, je crains fort qu’il n’y ait plus rien à entendre, et donc plus rien ou plus personne à qui obéir…
Ne laissons pas s’installer ce monde sans joie que nous promettent les grands patrons et leurs séides politiciens. Ne nous laissons pas voler le temps de la culture qui est aussi le temps de la civilisation et de l’humanisation. Cultivons-nous, résistons au monde qui vient, et soutenons les artistes et autres vecteurs de la culture qui en ont réellement besoin ! Protégeons la culture et sauvons notre joie !
Ne nous laissons plus faire.
J’ai dit.
iCf. Tom Hogkinson, Eloge de l’Oisiveté, Les Liens qui Libèrent, 2019
iiJe n’aurais jamais pensé que citer Audiard me ferait passer pour un être cultivé !
iiiPetite précision utile : je côtoie pas mal d’intermittents du spectacle. Et leur quotidien n’a rien, mais alors rien d’une vie de privilégié. Alors, arrêtons de vouloir leur pourrir la vie et de remettre en cause leur statut. Ils en ont besoin pour vivre et créer.
Cri dans le désert d’Arne Naess, dès les années 60 : « L’homme ne se situe pas au sommet de la hiérarchie du vivant, mais s’inscrit au contraire dans l’écosphère comme une partie qui s’insère dans le tout » L’extrait vient de son livre au titre déjà révélateur : « Écologie, communauté et style de vie ». Déjà le lien entre notre état de nature et le fonctionnement de notre société. Et le monde commençait à avoir de la fièvre.
Au bout du chemin sur l’état de santé du monde, on se rend compte que ce qui parle au plus profond de l’humain, ce ne sont pas les cultures mais sa nature. Son étude relève d’abord et impérativement de l’éthologie. Nous sommes en cousinage de deux singes ; ils nous apprennent l’essentiel qui palpite dans nos tréfonds : les chimpanzés sont aiguillonnés par la compétition et règlent leurs fréquents conflits sans effusion de sang. Leur organisation est plus pyramidale. Les bonobos, eux, vivent sous le signe de la coopération ; ils règlent leurs conflits par l’affection et la sensualité. Ils préfèrent plutôt, entre eux, les relations en réseaux. En nous, jusqu’alors, le chimpanzé domine. En nous, avec l’hyper-capitalisme et les tristes affabulations qu’il provoque, la déification de l’argent, la consommation frénétique t les technologies pour le meilleur et pour le pire, les guerres en horreurs consommées, nous sommes, hébétés, sous le signe de la compétition. Mais nous sommes aussi des bonobos qui savons coopérer avec intelligence et dévouement, dans les situations douloureuses. Il nous reste donc à recouvrer la santé. Pour cela, osons rebâtir avec les blocs des pyramides qui nous contemplent depuis des siècles.
Commençons par changer radicalement notre regard d’observateurs de nous-mêmes, scientifique ou pas. Prenons la métaphore de l’arbre : l’éthologie nous pose en animal grégaire. C’est notre racine. En sort, le tronc de l’anthropologie et de la sociologie qui étudient les structures et les cultures. Les grosses branches avec les approches de la dynamique des groupe qui nous éclairent, en particulier, sur le fonctionnement des cellules anarchistes Puis les psychanalyse et psychologies qui en sont les branches ; enfin la connaissance de l’humain par lui-même : l’introspection et l’holistivité, ce regard qui embrasse spontanément le tout, le complexe, en dépassement de l’objectivité et la subjectivité.
Avec un regard renouvelé, retrouvons la concentration, la communion et la contemplation. Je me suis efforcé à prescrire un remède à l’état fiévreux du monde. Je le crois susceptible de l’aider à recouvrer une nouvelle santé et de palpiter en ces trois mots de rencontre. Le risque ? La complexité qui empêcherait l’humain de bien prendre en compte ses enjeux d’une société future libertaire.
Car « Quand le travail se fait brouillard, l’humain aussi se vaporise». J’espère que le brouillard s’est, au moins vaguement levé, grâce à la liste des personnages que le système nous demande d’endosser. En ordre croissant d’influence : des marionnettes compulsives et avides, un humain omniscient et hyperactif ; un saigneur, un seigneur, un soumis, des schizophrènes, un humanimal agressif, et peureux, enfin un humain en passe de devenir un libertaire.
Notre conscience collective prend en charge ces personnages d’importation. Mais le retournement, avant l’effondrement exige, en premier lieu que l’on regarde en face ce que nous sommes sans doute : des schizophrènes qui balbutient de plus en plus entre de nombreuses injonctions contradictoires. Le système, de plus en plus prégnant, de double contrainte nous fait trébucher : nous voulons tout à la fois ; et rien en même temps. Nous sommes avides de modes et de clans, dans l’occultation par l’écran des écrans
Les révoltes et les découvertes pointent leur museau dans des essais. Ils sont, à ce jour et malgré, les pesanteurs d’arrière, concluants : l’éducation libre, l’exemplarité revisitée avec les neurones-miroirs, l’après-vie avec les EMI et les hypothèses sur la survie de notre conscience hors du corps, la transmission épigénétique …et les éco-villages… tout cela, des traductions des utopies en anarchie pacifique. Reste la question métaphysique et vitale de tous les temps : mais qui sommes-nous ?
Oui sommes- nous, aujourd’hui, dans cet imbroglio, ce charivari, ce bredouillis ? Il faut, de plus en plus, que nous soyons à la fois, sous la pression de la société d’argent et de pouvoir, les humains ci-dessous :
• Cratophile ET arquéphile,
• En pyramide ET en réseau,
• Compétitif ET coopératif,
• Ocnophile ET stylobate,
• Solitaire ET solidaire,
• Prédateur, guerrier ET pacifiste,
• Individualiste ET mondialiste,
• Pressé ET méditatif.
C’est ainsi, la société actuelle nous moule, nous façonne, nous modèle en forte schizophrénie. En outre, elle sait bien réveiller nos peurs ancestrales avec le principe de précaution. Et le déversement publicitaire manipulateur. Enfin dans ces doubles injonctions, cette société nous menace d’abandon devant une épidémie virale : c’est la panique. Trembler, ensemble, devant ces dangers, devient la norme de la norme. C’est cela la norme. Elle est un puissant facteur de paix et une sécurisation intérieure. S’efforcer sans cesse de revêtir ces tuniques contradictoires, fait de nous des normosés. Alors, le pari de l’écolo-anarchie, de l’anarchie verte n’est-il pas pure utopie, puisqu’il exige de revenir à notre racine grégaire et à en remettre en cause des composantes « chimpanzées » pour mieux s’embrasser dans des réflexes bonobos ? Moi, j’y crois. Et vous qui lisez ce texte ?
Vite, cassons la voix ! Avant il fallait choisir, sous le joug religieux, un rôle réputé bon et fuir un autre de mauvaise réputation. C’était le règne du OU. Aujourd’hui, avec « la double contrainte », l’injonction paradoxale, nous devons ingérer des contradictions indigestibles. C’est le royaume du ET. Demain, me semble-t-il, nous aborderons d’autres rives, avec le NI/NI. La société en réseaux, l’écolo-anarchie, l’holistivité sont les conditions de cette alchimie. Le Grand Œuvre ? Un humain biophile, dans l’écologie de l’harmonie : avec soi, les autres, la nature.
Ils étaient des bagagistes tranquilles, nous somme des voyageurs inquiets, nous serons des explorateurs courageux. Par les effets d’ « une spiritualité pour agir », chaque humain sera un lac d’amour, dans le réseau de la société humaine. Ainsi, ce sera un NI/NI de douce rébellion. Quoi ? Pas une moyenne, ni une synthèse, ni un juste milieu, pas plus que l’ «aurea mediocritas » des sages de l’Antiquité, mais un nouvel hôte terrestre en tunique d’humble splendeur. Regards vers la Lune et le Soleil ésotériques.
Quand l’eau se transforme en vapeur, quand le feu rayonne de lumière, quand la terre jalouse ses germes, quand l’air balaie les montagnes, alors la Lune et le Soleil s’unissent en effusion circulaire d’amour. C’est la syzygie. Quand l’Homme, à l’instar des deux planètes, s’embrasera de la sagesse du sens de la vie, d’adaptabilité mesurée, de connaissance de soi, de fraternité pour lui est les autres, de biophilie en grande révérence pour les vivants, alors il agrippera le Sol(eil) et la Lune. Les astres l’adouberont « Solune », pour que la chouette hulule et la souris file.
Ne tardons plus pour que le monde reprenne des couleurs. Quatre premières tâches urgentes :
1 Maîtriser les épidémies
2 Sauver les 22 000 enfants qui meurent chaque jour de faim ou de violences.
3 Développer une stratégie pour une contraception choisie.
Étudier et mettre en place tous les moyens, préconisés par une recherche mondiale, pour réorienter l’agressivité des humanimaux mâles.