Les 14 et 15 mars 2026, Lisbonne accueillera à la Casa do Alentejo le IIIᵉ Salon du Livre Maçonnique du Portugal.

Organisé par l’Institut Maçonnique du Portugal avec la Grande Loja Simbólica da Lusitânia et la Grande Loja Simbólica de Portugal, sous l’égide de l’UMLI et avec le soutien du Grand Orient de France, ce rendez-vous biennal confirme la montée en puissance d’un salon qui compte désormais dans le paysage maçonnique européen.
Ouvert au public, il réunira auteurs, chercheurs et conférenciers venus de plusieurs pays autour de l’histoire, du symbolisme, de la liberté de conscience et des traditions initiatiques.
Il y a des lieux qui donnent immédiatement le ton d’un événement

La Casa do Alentejo est de ceux-là. Installé au cœur de Lisbonne dans un ancien palais devenu l’un des espaces culturels les plus singuliers de la ville, le bâtiment offre au salon un décor qui vaut déjà promesse. Pátio mauresque, salons ornés, mémoire aristocratique puis mondaine, vocation culturelle désormais pleinement assumée, tout concourt ici à faire du livre autre chose qu’un objet posé sur une table. Dans un tel écrin, la parole retrouve du relief, la conférence prend de l’ampleur, et l’idée même de transmission semble trouver une résonance presque naturelle.
Le programme des deux journées confirme cette impression de densité
Le IIIᵉ Salon du Livre Maçonnique du Portugal fait entrer Lisbonne dans la conversation européenne.

Les organisateurs ont choisi une ligne claire. Faire dialoguer l’histoire maçonnique, les textes fondateurs, les héritages nationaux et l’ouverture internationale. Le samedi 14 mars s’ouvrira avec une conférence de Roger Dachez, président de l’Institut Maçonnique de France (IMF) depuis 2002, sur le Rite Écossais Rectifié (RER).
Rien d’anodin. Nous sommes là au croisement de l’héritage chrétien, de l’exigence intérieure et de l’architecture initiatique européenne.

Autre temps fort annoncé, la conférence de José Manuel Anes sur les Templiers au Portugal. Le choix du thème est particulièrement juste. Au Portugal, la mémoire templière ne relève pas seulement de la légende commode ou du folklore touristique. Elle touche à un imaginaire profond, où se rencontrent histoire nationale, mythes de fondation, ésotérisme et réinterprétations initiatiques. José Manuel Anes est l’une des figures les plus connues du paysage maçonnique et ésotérique portugais. Ancien Grand Maître, chercheur attentif aux spiritualités contemporaines, familier de l’univers de Fernando Pessoa comme de la Quinta da Regaleira, il incarne ce point de jonction très lisboète entre érudition, symbolisme et culture nationale. Le lancement de son ouvrage Fernando Pessoa et les mondes ésotériques prolongera d’ailleurs cette même ligne. À travers Pessoa, c’est toute une Lisbonne intérieure qui affleure, une Lisbonne de signes, de doubles, de masques et d’absolu.

La suite du programme élargit le regard. Philippe Roblin interviendra sur l’UMLI, nouvelle organisation maçonnique internationale. Son propos devrait intéresser tous ceux qui observent les recompositions du paysage maçonnique contemporain.

Ancien Premier Grand Maître adjoint du Grand Orient de France, il appartient à cette génération de responsables qui ont porté une vision internationale, libérale et humaniste de la maçonnerie. Sa présence rappelle que ce salon n’est pas seulement un rendez-vous portugais. Il s’inscrit dans une circulation plus large des idées, des réseaux et des institutions.

Cipriano de Oliveira reviendra quant à lui sur les Constitutions d’Anderson. Là encore, le sujet touche juste. Revenir à James Anderson, c’est revenir au texte fondateur de la maçonnerie moderne, à ce moment où une tradition se donne une forme, une mémoire, une langue commune. Ancien vice-Grand Maître du Grand Orient lusitanien, Cipriano de Oliveira apparaît comme un homme de transmission et de fidélité aux sources. Sa conférence devrait rappeler que la modernité maçonnique ne se comprend qu’en tenant ensemble le texte, l’institution et l’esprit.
Le dimanche 15 mars prolongera cette ouverture
Can Arınel apportera la perspective de la maçonnerie turque. Dans le contexte européen actuel, cette conférence revêt une importance particulière. Elle permettra de mesurer comment les questions de liberté de conscience, de laïcité, de pluralisme et de modernité se déclinent dans un autre espace historique et culturel. Le fait que le salon ouvre ainsi ses portes à la Turquie n’est pas un simple effet d’affichage international. C’est une manière d’élargir la conversation maçonnique à des expériences diverses, parfois plus heurtées, toujours instructives.

Raoul Garcia abordera pour sa part la concorde universelle. Le thème a quelque chose de classique, certes, mais il retrouve aujourd’hui une force singulière. Dans un temps de crispations identitaires, de fractures idéologiques et de replis nationaux, cette idée de concorde n’a rien d’un vieux mot usé. Elle redevient une proposition de civilisation.
Plus inattendue, la conférence de Horia Barbu sur les valeurs maçonniques reflétées dans la philatélie donnera sans doute au salon l’une de ses notes les plus originales.

Il y a souvent, dans ce type d’approche, plus qu’une curiosité de collectionneur. Le timbre, par sa modestie même, est une archive. Il dit ce qu’une époque choisit de montrer d’elle-même. Il transporte une iconographie, un récit national, parfois une mémoire symbolique discrète. En interrogeant la présence maçonnique dans cet univers, Horia Barbu ouvrira un angle rare, concret, presque tactile, sur la manière dont les idéaux circulent dans la culture visible.

Le samedi soir, le dîner concert consacré à la musique maçonnique de Mozart ajoutera une autre dimension à l’ensemble.

C’est une excellente idée. Elle rappelle que la franc-maçonnerie ne se transmet pas seulement par le texte ou par la conférence, mais aussi par une sensibilité, une esthétique, une manière d’habiter l’harmonie. Mozart, à cet égard, demeure bien davantage qu’une référence obligée. Il incarne ce moment européen où l’art, la fraternité et l’idéal humaniste semblent encore pouvoir parler d’une seule voix.
Ce salon prend tout son relief lorsqu’on le replace dans l’histoire longue de la franc-maçonnerie portugaise
Celle-ci naît au XVIIIᵉ siècle, très tôt liée aux circulations intellectuelles européennes, mais aussi très vite confrontée à l’hostilité religieuse et politique. De Lisbonne à Coimbra, elle avance entre réformes éclairées et retours de la répression. Avec le Grand Orient lusitanien au XIXᵉ siècle, elle s’inscrit durablement dans la vie nationale et accompagne l’essor du libéralisme, les combats pour la laïcité, l’éducation et la République. Au Portugal, la franc-maçonnerie ne fut pas seulement une société initiatique discrète. Elle fut aussi un laboratoire civique, un foyer de pensée, une matrice d’engagement.

Cette visibilité lui coûtera cher. En 1935, sous Salazar, la maçonnerie est interdite. Les loges sont dissoutes, les biens saisis, les frères persécutés, et toute une culture contrainte au silence. Il faudra attendre la Révolution des Œillets de 1974 pour que la parole ressurgisse et que la tradition retrouve sa place au grand jour. Dès lors, un salon du livre maçonnique à Lisbonne ne relève pas seulement de l’animation culturelle. Il porte une mémoire. Il dit qu’une tradition poursuivie, réduite à l’ombre, a retrouvé le droit de parler en pleine lumière. Il dit aussi que le livre demeure l’un de ses plus sûrs outils de transmission.
C’est sans doute là que réside la vraie réussite de ce IIIᵉ Salon du Livre Maçonnique du Portugal
Il ne cherche pas l’effet. Il ne cède ni au folklore ni à l’entre-soi. Il prend le parti de l’intelligence, de la culture, de l’histoire et du dialogue. Dans un monde saturé de réactions immédiates et de fantasmes faciles, il rappelle que la franc-maçonnerie peut se présenter par ce qu’elle a de plus solide, ses textes, ses chercheurs, ses débats, ses filiations et sa mémoire.
À Lisbonne, dans les salons singuliers de la Casa do Alentejo, ce troisième rendez-vous portugais ne sera donc pas un simple salon de plus

Il apparaîtra comme un seuil. Un lieu où la maçonnerie se donne à lire, à entendre et à comprendre. Un lieu où l’Europe des idées reprend visage humain. Un lieu, enfin, où le livre redevient ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être, une forme active de liberté.

Ah, l’inamovibilité…
Ce beau mot du droit français, réservé aux juges du siège pour les protéger des caprices du pouvoir exécutif : pas de révocation, pas de mutation forcée, pas de suspension sans procédure ultra-protectrice. Une garantie d’indépendance absolue, presque sacrée, face à l’amovibilité ordinaire des fonctionnaires lambda.
Et puis il y a l’usage courant : ce qui est inamovible, c’est ce qu’on ne peut ni changer, ni déplacer, ni faire bouger d’un pouce. Comme une vérité proustienne qui s’incruste pour toujours, ou une bosse originelle qui ne part pas avec un simple rideau jaune.Eh bien, appliquons ça à Roger Dachez, président de l’Institut Maçonnique de France depuis sa fondation en 2002 – 24 ans de mandat ininterrompu en 2026 !
Pas élu pour un temps limité avec renouvellement obligatoire, non : président-fondateur, donc inamovible par essence. Pas de Grand Orient, de GLDF ou encore de GLNF ici pour imposer des mandats de 3 ans max, des rotations, des scrutins compétitifs ou des limites anti-cumul. L’IMF, c’est son bébé, sa création, sa présidence à vie (ou presque).
Dans une institution maçonnique qui prône l’égalité, la fraternité, l’alternance des charges pour éviter les papautés et les dynasties, voilà un cas d’école d’inamovibilité de fait : immuable, indélogeable, intouchable.
Comme si la Constitution française de 1875, qui a posé les bases de la Troisième République en France mais aussi consacré l’inamovibilité des magistrats du siège (les juges), pour garantir leur indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif , avait été réécrite pour lui seul : « sous réserve de garanties exorbitantes… mais sans garanties du tout, en réalité. »
Bonjour la démocratie maçonnique version IMF !
On théorise la pierre brute qui se polit par le frottement collectif, mais quand le président est taillé dans du granit inamovible depuis un quart de siècle, on se demande si ce n’est pas plutôt la pierre qui polit les autres… sans jamais se laisser tailler elle-même.
Respect pour la longévité historique, quand même.
À ce niveau, on frôle le record des charges « à vie » dans l’histoire maçonnique française. Chapeau ! Mais pour les puristes de l’alternance et du non-cumul : oups, petit malaise ?
Et si quelqu’un(e) ose proposer un renouvellement ou une rotation : procédure exorbitante activée… ou simplement silence radio ?
Wow, Roger Dachez, président de l’Institut Maçonnique de France depuis 2002… soit 24 ans au même poste en 2026 !
Bon, on parle d’une institution fondée par lui-même en 2002, donc logiquement il est aux manettes depuis le début… mais quand même, 24 ans !
Dans le monde maçonnique, on aime bien théoriser sur la fraternité, l’égalité, la rotation des charges pour éviter les « papautés » et les cumuls à vie… et là, bim, un président-fondateur qui tient la barre depuis un quart de siècle.
Bonjour la démocratie maçonnique, le renouvellement des élites et la sacro-sainte limitation des mandats ! Après, si c’est par acclamation unanime à chaque fois, sans concurrence possible, et que tout le monde est ravi, pourquoi changer une équipe qui gagne ?… ou qui ne perd jamais l’élection.
En tout cas, respect pour la longévité : à ce rythme, il battra bientôt le record des dinosaures institutionnels maçonniques. Chapeau bas ! (et un petit maillet pour le prochain qui osera se présenter contre lui ?)