
Dans le vaste lexique de la Franc-maçonnerie, le terme « assentiment » occupe une place discrète mais essentielle, incarnant l’un des mécanismes fondamentaux de la gouvernance et de l’harmonie au sein d’une loge. Il désigne l’approbation collective d’une proposition ou d’une décision, exprimée de manière simple et symbolique par un vote à main levée, sans recours à un scrutin formel ou secret.

Ce geste, accompli avec la main droite, symbolise non seulement l’accord unanime ou majoritaire des frères présents, mais aussi les principes démocratiques et fraternels qui sous-tendent l’institution maçonnique. Souvent initié par l’Orateur de la loge, qui formule les conclusions ou les propositions à adopter, l’assentiment reflète une unité sans contrainte excessive, favorisant un climat de confiance et de transparence. Pour comprendre pleinement ce concept, il convient d’en explorer les origines étymologiques, historiques, rituelles, symboliques, ainsi que ses applications pratiques dans les différents rites et obédiences, en le comparant à d’autres méthodes de vote. Cet exposé vise à éclairer la richesse de ce terme, souvent sous-estimé, mais qui révèle beaucoup sur l’esprit maçonnique.
Étymologie et définition fondamentale

Le mot « assentiment » provient du latin assentire, signifiant « être d’accord avec » ou « consentir ». En français courant, il évoque un accord intellectuel ou moral, une adhésion volontaire sans réserve formelle. Dans le contexte maçonnique, cette notion se précise : il s’agit d’une approbation donnée en loge à une proposition, sans l’usage d’un scrutin (vote à bulletin secret), mais par une manifestation visible et collective via la levée de la main droite. Comme le définit un glossaire maçonnique classique, tel que celui proposé par des sources comme L’Edifice ou le Dialogue et Démocratie Suisse : « Approbation donnée à une proposition, sans scrutin, par voie de main-levée. Ce geste de la main droite est un signe d’assentiment. En général, c’est le frère Orateur qui propose l’adoption. »
Cette définition met l’accent sur la simplicité du procédé, qui contraste avec les votes plus solennels. L’assentiment n’est pas une simple formalité ; il est un acte rituel qui engage la conscience de chaque frère, renforçant le lien fraternel. Il n’implique pas nécessairement l’unanimité absolue, mais plutôt une majorité évidente, observable par tous, ce qui évite les divisions cachées et promeut une démocratie ouverte.
Origines historiques dans la Franc-maçonnerie

Les racines de l’assentiment remontent aux origines opératives de la Franc-maçonnerie, au XVIIe siècle, lorsque les loges étaient des assemblées de maçons bâtisseurs où les décisions étaient prises de manière collégiale. Dans les anciens manuscrits maçonniques, comme les Old Charges (les Anciens Devoirs), on trouve des références à des assemblées où les maîtres et compagnons exprimaient leur accord par des gestes simples, évitant les conflits ouverts. Avec la transition vers la maçonnerie spéculative au XVIIIe siècle, notamment sous l’influence de la Grande Loge de Londres en 1717, ces pratiques se formalisèrent.
En France, l’assentiment s’inscrit dans l’héritage des rites importés d’Angleterre et adaptés localement. Par exemple, dans le Rite Français (ou Rite Moderne), introduit au XVIIIe siècle et codifié par le Grand Orient de France, ce mode de vote est explicitement mentionné pour les affaires courantes. Des documents historiques, comme les règlements généraux des obédiences françaises du XIXe siècle, soulignent que l’assentiment par main levée était préféré pour les approbations non controversées, telles que l’adoption des comptes rendus de tenues précédentes ou des conclusions d’une planche (exposé maçonnique). Cela reflète l’influence des Lumières, où la raison collective prime sur l’autorité imposée.
Au fil du temps, avec la diversification des obédiences (Grand Orient de France, Grande Loge de France, etc.), l’assentiment a été intégré dans les constitutions et règlements, comme dans le Règlement Général de la Grande Loge Nationale Française, où il est opposé au vote par correspondance ou à boules pour les décisions plus graves. Historiquement, ce geste évitait les intrigues et favorisait une transparence inspirée des assemblées parlementaires naissantes en Europe.
Procédure rituelle en Loge
En pratique, l’assentiment se déroule lors des tenues (réunions) de loge, typiquement à la fin d’une discussion ou après l’intervention de l’Orateur, qui synthétise les débats et propose des conclusions. Le Vénérable Maître (président de la loge) pose alors la question : « Frères, donnez-vous votre assentiment à cette proposition ? » Les frères répondent en levant la main droite, paume vers l’avant ou selon les usages locaux, tout en restant à l’ordre (position rituelle symbolisant le respect et la vigilance).

Ce geste n’est pas anodin : la main droite, souvent associée aux serments maçonniques (comme lors de l’initiation où l’on prête serment sur le Volume de la Loi Sacrée), représente la sincérité et l’engagement. Il n’y a pas d’abstention formelle dans certains rites, comme le Rite Français, où chaque frère doit se prononcer pour ou contre, évitant ainsi la neutralité passive. Pour les sujets ordinaires – approbation des minutes, adoption d’un budget mineur ou conclusions d’une planche – l’assentiment suffit. Si une opposition apparaît, le Vénérable peut passer à un scrutin secret pour préserver l’harmonie.
Dans les rites anglo-saxons, comme l’Emulation Working, une variante similaire existe sous le nom d’« assent » ou « show of hands », bien que moins ritualisée. En revanche, dans les rites écossais (comme le Rite Écossais Ancien et Accepté), l’assentiment peut être complété par des acclamations verbales, telles que « Houzé ! » (un cri d’approbation collectif).
Symbolisme et signification profonde

Symboliquement, l’assentiment incarne les piliers de la Franc-maçonnerie : la démocratie maçonnique, l’égalité et l’unité fraternelle. Le geste de la main levée évoque la verticalité, reliant le terrestre au spirituel, et rappelle les signes maçonniques (comme le signe de fidélité ou d’ordre). Il symbolise une adhésion libre, sans contrainte formelle, contrastant avec les scrutins secrets qui protègent l’anonymat mais peuvent cacher des dissensions.
Ce rituel renforce le principe d’« unité sans uniformité » : chaque frère exprime son accord publiquement, favorisant la confiance mutuelle. Il illustre aussi la « lumière » maçonnique, où tout est visible et transparent, opposé aux ténèbres de la division. Dans un sens ésotérique, donner son assentiment est un acte de conscience élevée, comme le suggère certains auteurs maçonniques : c’est écouter sa « partie haute de l’âme », alignant l’individuel au collectif pour un perfectionnement moral.
Comparaison avec d’autres méthodes de vote

L’assentiment se distingue du scrutin (vote à boules noires et blanches, symbolisant acceptation ou rejet anonyme), réservé aux initiations, affiliations ou élections sensibles. Le scrutin protège la liberté d’opinion, évitant les pressions, tandis que l’assentiment privilégie la rapidité et la visibilité pour les affaires routinières. Dans certains cas, comme l’admission d’un profane, un vote mixte peut être utilisé : assentiment pour les débats préliminaires, scrutin pour la décision finale.
En opposition, l’abstention est souvent découragée en maçonnerie française, car elle est vue comme un manquement au devoir de participation active. Comme l’exprime un article maçonnique : « Un franc-maçon ne s’abstient pas » – il doit s’engager pleinement.
Variations selon les Rites et Obédiences
- Rite Français : Pas d’abstention ; assentiment pour sujets ordinaires, avec main levée obligatoire.
- Rite Écossais Ancien et Accepté : Plus cérémoniel, parfois combiné à des batteries (coups rythmés) pour marquer l’accord.
- Rite d’York ou Emulation : Moins formel, mais similaire pour les approbations collectives.
- Dans les obédiences mixtes ou libérales (comme le Droit Humain), l’assentiment intègre souvent une dimension égalitaire, incluant les sœurs.
Ces variations soulignent l’adaptabilité de la maçonnerie, tout en préservant l’essence démocratique.
Importance contemporaine et réflexions
Aujourd’hui, dans un monde marqué par les divisions, l’assentiment maçonnique rappelle l’idéal d’une société harmonieuse où le débat mène à l’unité. Il encourage la tolérance et le respect, principes chers à la maçonnerie. Cependant, des critiques émergent : dans des loges modernes, ce geste peut sembler archaïque, mais il reste un outil puissant pour cultiver la fraternité.
En conclusion, l’assentiment n’est pas qu’un vote ; c’est un rituel vivant qui incarne l’âme de la Franc-maçonnerie : une quête collective de vérité et d’harmonie, où chaque geste compte pour bâtir un temple intérieur et extérieur. Pour le maçon, donner son assentiment, c’est affirmer sa place dans la chaîne d’union éternelle.

Autres articles sur ce thème


































