mar 20 janvier 2026 - 17:01
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A comme Assentiment en Franc-maçonnerie

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Dans le vaste lexique de la Franc-maçonnerie, le terme « assentiment » occupe une place discrète mais essentielle, incarnant l’un des mécanismes fondamentaux de la gouvernance et de l’harmonie au sein d’une loge. Il désigne l’approbation collective d’une proposition ou d’une décision, exprimée de manière simple et symbolique par un vote à main levée, sans recours à un scrutin formel ou secret.

Ce geste, accompli avec la main droite, symbolise non seulement l’accord unanime ou majoritaire des frères présents, mais aussi les principes démocratiques et fraternels qui sous-tendent l’institution maçonnique. Souvent initié par l’Orateur de la loge, qui formule les conclusions ou les propositions à adopter, l’assentiment reflète une unité sans contrainte excessive, favorisant un climat de confiance et de transparence. Pour comprendre pleinement ce concept, il convient d’en explorer les origines étymologiques, historiques, rituelles, symboliques, ainsi que ses applications pratiques dans les différents rites et obédiences, en le comparant à d’autres méthodes de vote. Cet exposé vise à éclairer la richesse de ce terme, souvent sous-estimé, mais qui révèle beaucoup sur l’esprit maçonnique.

Étymologie et définition fondamentale

Le mot « assentiment » provient du latin assentire, signifiant « être d’accord avec » ou « consentir ». En français courant, il évoque un accord intellectuel ou moral, une adhésion volontaire sans réserve formelle. Dans le contexte maçonnique, cette notion se précise : il s’agit d’une approbation donnée en loge à une proposition, sans l’usage d’un scrutin (vote à bulletin secret), mais par une manifestation visible et collective via la levée de la main droite. Comme le définit un glossaire maçonnique classique, tel que celui proposé par des sources comme L’Edifice ou le Dialogue et Démocratie Suisse : « Approbation donnée à une proposition, sans scrutin, par voie de main-levée. Ce geste de la main droite est un signe d’assentiment. En général, c’est le frère Orateur qui propose l’adoption. »

Cette définition met l’accent sur la simplicité du procédé, qui contraste avec les votes plus solennels. L’assentiment n’est pas une simple formalité ; il est un acte rituel qui engage la conscience de chaque frère, renforçant le lien fraternel. Il n’implique pas nécessairement l’unanimité absolue, mais plutôt une majorité évidente, observable par tous, ce qui évite les divisions cachées et promeut une démocratie ouverte.

Origines historiques dans la Franc-maçonnerie

Auberge Goose and Gridiron « L'Oie et le Grill »
Auberge Goose and Gridiron « L’Oie et le Grill »

Les racines de l’assentiment remontent aux origines opératives de la Franc-maçonnerie, au XVIIe siècle, lorsque les loges étaient des assemblées de maçons bâtisseurs où les décisions étaient prises de manière collégiale. Dans les anciens manuscrits maçonniques, comme les Old Charges (les Anciens Devoirs), on trouve des références à des assemblées où les maîtres et compagnons exprimaient leur accord par des gestes simples, évitant les conflits ouverts. Avec la transition vers la maçonnerie spéculative au XVIIIe siècle, notamment sous l’influence de la Grande Loge de Londres en 1717, ces pratiques se formalisèrent.

En France, l’assentiment s’inscrit dans l’héritage des rites importés d’Angleterre et adaptés localement. Par exemple, dans le Rite Français (ou Rite Moderne), introduit au XVIIIe siècle et codifié par le Grand Orient de France, ce mode de vote est explicitement mentionné pour les affaires courantes. Des documents historiques, comme les règlements généraux des obédiences françaises du XIXe siècle, soulignent que l’assentiment par main levée était préféré pour les approbations non controversées, telles que l’adoption des comptes rendus de tenues précédentes ou des conclusions d’une planche (exposé maçonnique). Cela reflète l’influence des Lumières, où la raison collective prime sur l’autorité imposée.

Au fil du temps, avec la diversification des obédiences (Grand Orient de France, Grande Loge de France, etc.), l’assentiment a été intégré dans les constitutions et règlements, comme dans le Règlement Général de la Grande Loge Nationale Française, où il est opposé au vote par correspondance ou à boules pour les décisions plus graves. Historiquement, ce geste évitait les intrigues et favorisait une transparence inspirée des assemblées parlementaires naissantes en Europe.

Procédure rituelle en Loge

En pratique, l’assentiment se déroule lors des tenues (réunions) de loge, typiquement à la fin d’une discussion ou après l’intervention de l’Orateur, qui synthétise les débats et propose des conclusions. Le Vénérable Maître (président de la loge) pose alors la question : « Frères, donnez-vous votre assentiment à cette proposition ? » Les frères répondent en levant la main droite, paume vers l’avant ou selon les usages locaux, tout en restant à l’ordre (position rituelle symbolisant le respect et la vigilance).

Main sur la Bible lors du serment

Ce geste n’est pas anodin : la main droite, souvent associée aux serments maçonniques (comme lors de l’initiation où l’on prête serment sur le Volume de la Loi Sacrée), représente la sincérité et l’engagement. Il n’y a pas d’abstention formelle dans certains rites, comme le Rite Français, où chaque frère doit se prononcer pour ou contre, évitant ainsi la neutralité passive. Pour les sujets ordinaires – approbation des minutes, adoption d’un budget mineur ou conclusions d’une planche – l’assentiment suffit. Si une opposition apparaît, le Vénérable peut passer à un scrutin secret pour préserver l’harmonie.

Dans les rites anglo-saxons, comme l’Emulation Working, une variante similaire existe sous le nom d’« assent » ou « show of hands », bien que moins ritualisée. En revanche, dans les rites écossais (comme le Rite Écossais Ancien et Accepté), l’assentiment peut être complété par des acclamations verbales, telles que « Houzé ! » (un cri d’approbation collectif).

Symbolisme et signification profonde

Symboliquement, l’assentiment incarne les piliers de la Franc-maçonnerie : la démocratie maçonnique, l’égalité et l’unité fraternelle. Le geste de la main levée évoque la verticalité, reliant le terrestre au spirituel, et rappelle les signes maçonniques (comme le signe de fidélité ou d’ordre). Il symbolise une adhésion libre, sans contrainte formelle, contrastant avec les scrutins secrets qui protègent l’anonymat mais peuvent cacher des dissensions.

Ce rituel renforce le principe d’« unité sans uniformité » : chaque frère exprime son accord publiquement, favorisant la confiance mutuelle. Il illustre aussi la « lumière » maçonnique, où tout est visible et transparent, opposé aux ténèbres de la division. Dans un sens ésotérique, donner son assentiment est un acte de conscience élevée, comme le suggère certains auteurs maçonniques : c’est écouter sa « partie haute de l’âme », alignant l’individuel au collectif pour un perfectionnement moral.

Comparaison avec d’autres méthodes de vote

L’assentiment se distingue du scrutin (vote à boules noires et blanches, symbolisant acceptation ou rejet anonyme), réservé aux initiations, affiliations ou élections sensibles. Le scrutin protège la liberté d’opinion, évitant les pressions, tandis que l’assentiment privilégie la rapidité et la visibilité pour les affaires routinières. Dans certains cas, comme l’admission d’un profane, un vote mixte peut être utilisé : assentiment pour les débats préliminaires, scrutin pour la décision finale.

En opposition, l’abstention est souvent découragée en maçonnerie française, car elle est vue comme un manquement au devoir de participation active. Comme l’exprime un article maçonnique : « Un franc-maçon ne s’abstient pas » – il doit s’engager pleinement.

Variations selon les Rites et Obédiences

  • Rite Français : Pas d’abstention ; assentiment pour sujets ordinaires, avec main levée obligatoire.
  • Rite Écossais Ancien et Accepté : Plus cérémoniel, parfois combiné à des batteries (coups rythmés) pour marquer l’accord.
  • Rite d’York ou Emulation : Moins formel, mais similaire pour les approbations collectives.
  • Dans les obédiences mixtes ou libérales (comme le Droit Humain), l’assentiment intègre souvent une dimension égalitaire, incluant les sœurs.

Ces variations soulignent l’adaptabilité de la maçonnerie, tout en préservant l’essence démocratique.

Importance contemporaine et réflexions

Aujourd’hui, dans un monde marqué par les divisions, l’assentiment maçonnique rappelle l’idéal d’une société harmonieuse où le débat mène à l’unité. Il encourage la tolérance et le respect, principes chers à la maçonnerie. Cependant, des critiques émergent : dans des loges modernes, ce geste peut sembler archaïque, mais il reste un outil puissant pour cultiver la fraternité.

En conclusion, l’assentiment n’est pas qu’un vote ; c’est un rituel vivant qui incarne l’âme de la Franc-maçonnerie : une quête collective de vérité et d’harmonie, où chaque geste compte pour bâtir un temple intérieur et extérieur. Pour le maçon, donner son assentiment, c’est affirmer sa place dans la chaîne d’union éternelle.

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A comme Art Royal en Franc-maçonnerie

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Dans le glossaire de la Franc-maçonnerie, l’expression Art Royal (en anglais Royal Art) désigne, de manière allégorique et poétique, la Franc-maçonnerie elle-même. C’est une appellation ancienne, chargée de noblesse, de sacralité et de mystère, qui évoque l’excellence, la perfection et la dimension spirituelle de la pratique maçonnique.

Synonyme fréquent de « maçonnerie » au XVIIIe siècle, elle place l’Ordre dans une filiation légendaire avec le roi Salomon et la construction du Temple de Jérusalem, transformant un métier artisanal en une quête royale, éternelle et initiatique.

Origines étymologiques et historiques

L’expression « Art Royal » apparaît dès les premiers textes maçonniques spéculatifs du début du XVIIIe siècle. Elle est attestée dans les manuscrits anciens (comme les Old Charges), mais prend toute sa dimension avec la naissance de la franc-maçonnerie organisée en 1717.

  • « Art » renvoie à la maîtrise technique et spirituelle héritée des corporations médiévales : l’art de bâtir, non seulement des édifices matériels, mais des temples intérieurs.
  • « Royal » évoque la noblesse, la souveraineté et la perfection. Il fait référence au roi Salomon, considéré comme le plus sage et le plus grand bâtisseur de l’histoire biblique, commanditaire du Temple de Jérusalem – archétype du temple maçonnique.

Au XVIIIe siècle, les maçons se désignent souvent comme des praticiens de l’Art Royal, par opposition à la maçonnerie opérative (le métier réel). Cette expression confère à la fraternité une aura aristocratique et sacrée, la distinguant des simples corporations de métiers. Elle apparaît dans de nombreux rituels, discours et textes fondateurs, notamment dans les catéchismes et les instructions des grades symboliques.

Lien avec la légende salomonienne

Le cœur de l’Art Royal réside dans la légende maçonnique du Temple de Salomon, narrée dès le grade de Maître et présente en filigrane dans tous les degrés.

Roi Salomon

Salomon, roi d’Israël, est présenté comme le commanditaire idéal : sage, juste, inspiré par le Grand Architecte de l’Univers. Il confie la direction des travaux à Hiram Abiff, architecte génial originaire de Tyr, maître absolu de l’art de bâtir. Ensemble, ils érigent le Temple – non seulement un édifice physique, mais le symbole parfait de l’harmonie cosmique, de l’union du divin et de l’humain, de la beauté géométrique et spirituelle.

La Franc-maçonnerie se voit comme l’héritière directe de cet art sacré :

  • Les outils du chantier (équerre, compas, maillet, ciseau) deviennent des symboles moraux et spirituels.
  • Le Temple de Salomon est l’allégorie du temple intérieur que chaque maçon doit construire en lui-même.
  • L’Art Royal est donc l’art de bâtir ce temple parfait, sous la guidance du GADLU, à l’image de Salomon.

Cette filiation légendaire ancre la maçonnerie dans une tradition immémoriale, la plaçant au-dessus des arts libéraux ordinaires et la parant d’une dignité royale.

Signification symbolique et philosophique

L’Art Royal dépasse le simple métier pour devenir une voie initiatique complète :

  • Noblesse : Il élève l’initié au rang de « roi » de lui-même – maître de ses passions, souverain de son temple intérieur. Le maçon apprend à régner sur son ego, à exercer une royauté morale et spirituelle.
  • Sacralité : Lié au Temple, il confère une dimension religieuse universelle sans dogme confessionnel. C’est un art sacré, inspiré par le divin, visant la perfection de l’âme.
  • Éternité : Contrairement aux arts éphémères, l’Art Royal est éternel : il transcende le temps, reliant les maçons à une chaîne ininterrompue depuis Salomon (voire Adam ou les bâtisseurs des pyramides dans certaines légendes).
  • Quête spirituelle : Il représente le Grand Œuvre alchimique transposé : transformer la pierre brute (l’homme profane) en pierre cubique parfaite (l’initié accompli), or spirituel de la sagesse.

Dans les rituels, l’expression apparaît souvent pour souligner la dignité de la pratique : « pratiquer l’Art Royal », « exercer l’Art Royal » signifie vivre selon les principes maçonniques – fraternité, tolérance, recherche de vérité, amélioration continue.

clef suspendue, tableau de Loge Emulation, échelle Vertus
Tableau de loge émulation

Usage dans les rites et obédiences

  • Rite Écossais Ancien et Accepté : L’Art Royal est omniprésent, surtout aux grades supérieurs où la légende d’Hiram est développée. Le 18e degré (Chevalier Rose-Croix) insiste sur la dimension royale et christique (sans dogme) de la quête.
  • Rite Français : Plus philosophique, il met l’accent sur l’aspect humaniste et universel de l’Art Royal.
  • Rite d’York / Émulation : L’expression est courante dans les discours et toasts, soulignant la noblesse morale.
  • Obédiences libérales (comme le Grand Orient de France ou la Grande Loge Féminine) : L’Art Royal conserve sa dimension symbolique, souvent interprété comme un art de vivre fraternel et éclairé.

Évolution et usage contemporain

Oswald Wirth

Au XIXe et XXe siècles, l’expression « Art Royal » cède parfois la place à « Franc-Maçonnerie » pure et simple, mais elle reste vivante dans les discours solennels, les planches et les textes littéraires maçonniques. Elle évoque toujours la grandeur, la beauté et la profondeur de l’Ordre.

Oswald Wirth, dans L’Idéal Initiatique, parle de l’Art Royal comme d’un « art de vivre en harmonie avec les lois cosmiques ». Pour d’autres auteurs (comme Jean Verdun ou Marius Lepage), il est l’art suprême de la construction de soi, comparable à l’alchimie spirituelle.

Conclusion

L’Art Royal n’est pas une simple métaphore : c’est l’âme poétique et spirituelle de la franc-maçonnerie. Il transforme un héritage artisanal en une voie royale d’accomplissement humain, reliant chaque maçon à Salomon, à Hiram et au Grand Architecte.

Pratiquer l’Art Royal, c’est aspirer à la perfection morale et spirituelle, bâtir inlassablement son temple intérieur, et contribuer à l’édification d’un monde plus juste et plus fraternel. C’est, en somme, l’expression la plus noble de la quête maçonnique éternelle.

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A comme Armes en Franc-maçonnerie

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Dans le glossaire de la Franc-maçonnerie, le terme Armes désigne, de manière symbolique et rituelle, les verres utilisés lors des agapes (banquets fraternels post-tenues). Toujours employé au pluriel, il évoque un alignement ordonné et harmonieux des verres sur la table, comme une batterie d’armes prêtes au tir. Cette expression, riche en métaphores militaires et symboliques, souligne l’ordre, la discipline et la solidarité maçonniques pendant ces moments de convivialité. Elle n’a rien de guerrier au sens propre, mais transpose l’idée d’une « artillerie » fraternelle où chaque verre, chargé de vin ou de boisson, sert à porter des toasts rituels.

Origines étymologiques et historiques

Le terme « Armes » provient d’une tradition maçonnique du XVIIIe siècle, influencée par les usages militaires et aristocratiques de l’époque. Dans les loges anciennes, particulièrement en Angleterre et en France, les agapes étaient des repas structurés comme des cérémonies, où l’ordre régnait jusqu’aux moindres détails.

Samuel Prichard – Crédit : freimaurer-wiki
  • Étymologie : « Armes » fait référence aux batteries d’artillerie, où les canons étaient alignés pour un tir coordonné. En maçonnerie, les verres sont « alignés comme des armes » pour symboliser l’unité et la précision. Cette métaphore apparaît dans les premiers rituels divulgués, comme Masonry Dissected de Samuel Prichard (1730), et se cristallise dans les pratiques françaises au XIXe siècle.
  • Héritage opératif : Dans les corporations médiévales de maçons, les banquets étaient déjà ritualisés. Les outils du métier (équerre, compas) étaient parfois personnifiés comme des « armes » symboliques. La maçonnerie spéculative a étendu cela aux agapes, transformant le verre en outil de fraternité.

Historiquement, cette pratique s’est répandue avec la franc-maçonnerie continentale, notamment au Rite Français et au Rite Écossais Ancien et Accepté, où les agapes sont considérées comme une prolongation des travaux en loge. Le roi de France, protecteur de l’Ordre au XVIIIe siècle, influençait ces rituels, où le toast au roi (ou à la Patrie sous la République) était central.

Symbolisme des Armes

Les « Armes » sont bien plus qu’un service de table : elles incarnent des valeurs maçonniques profondes.

Verres de vin
Verres de vin
  • L’ordre et l’harmonie : « Aligner les armes » signifie disposer les verres en lignes parfaites, symbolisant l’ordre cosmique et la géométrie sacrée. Chaque verre est « chargé » (rempli), prêt à « tirer » (trinquer) en unisson. Cela rappelle l’équerre et le compas : rectitude morale et mesure spirituelle.
  • La solidarité et la hiérarchie : Les toasts sont portés par des maçons de grades spécifiques, illustrant la progression initiatique :
    • L’Apprenti porte le toast à la Patrie (ou au Chef de l’État), symbolisant l’attachement au monde profane et la loyauté citoyenne.
    • Le Compagnon à l’Obédience (ou au Grand Maître), représentant la fidélité à l’Ordre maçonnique.
    • Le Maître aux Malheureux (ou aux Affligés), évoquant la bienfaisance et la charité universelle.
  • Le rituel du tir : Lors des agapes, le Vénérable Maître ordonne : « Chargez les armes ! » (remplir les verres). Puis, après le toast, « Feu ! » (trinquer en heurtant les verres). Ce « feu maçonnique » est un triple coup rythmé, symbolisant les trois grades et l’unité fraternelle.
  • Dimension spirituelle : Les armes représentent la « guerre sainte » intérieure contre les vices. Servir les armes, c’est partager la Lumière : le vin symbolise le sang de la fraternité, l’eucharistie maçonnique sans dogme.

Le rituel des agapes et le rôle des Armes

Les agapes sont un prolongement des travaux, un banquet rituel où la convivialité renforce les liens. Les Armes y jouent un rôle central :

  1. Préparation : L’Hospitalier ou un Apprenti aligne les verres (eau, vin, champagne) en formation géométrique – souvent en colonnes ou en équerre.
  2. Les toasts : Trois principaux, comme décrit, suivis de saluts maçonniques (applaudissements rituels ou « batteries » de mains).
  3. Variations : Dans certaines loges, des toasts supplémentaires honorent les visiteurs, les Sœurs, ou les absents. Au RER, les agapes sont plus austères ; au REAA, plus festives.
  4. Symbolisme du nombre : Les verres sont souvent au nombre de trois par personne (eau, vin rouge, vin blanc), évoquant les trois lumières de la loge.

Les Armes soulignent la modération : le maçon boit avec mesure, car l’ivresse profane contredit la quête de Lumière.

Variations selon les rites et obédiences

  • Rite Français : Les Armes sont alignées avec précision ; toasts républicains (à la Patrie, à l’Humanité).
  • REAA : Plus solennel, avec toasts au GADLU et à la chaîne d’union.
  • Rite d’York : Moins ritualisé, mais toujours fraternel.
  • Obédiences libérales : Agapes inclusives, sans référence divine obligatoire.
  • Loges féminines/mixtes : Identique, avec accent sur l’égalité.

Conclusion

Les Armes transforment un simple banquet en rituel maçonnique : un alignement symbolique où ordre, solidarité et hiérarchie initiatique se manifestent. Elles rappellent que la maçonnerie est un art de vivre en fraternité, où même le geste de trinquer élève l’âme. Dans un monde de divisions, servir les Armes est un acte d’unité – un toast éternel à la Lumière et à l’Humanité.

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A comme Architecture (morceau d’) en Franc-maçonnerie

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Dans le glossaire de la franc-maçonnerie, l’expression Architecture (ou plus précisément morceau d’Architecture) désigne une conférence, un discours ou une présentation thématique prononcée en loge par un Frère (ou une Sœur dans les obédiences mixtes ou féminines). Synonyme de planche (terme le plus courant aujourd’hui), elle est parfois appelée simplement travail, pièce d’architecture ou discours. Au Rite Écossais Rectifié (RER), on emploie souvent l’expression morceau d’Architecture pour souligner son caractère structuré et édifiant.

Ce travail oral, généralement préparé par écrit et lu ou exposé en loge, constitue l’un des piliers de la méthode maçonnique : une réflexion personnelle sur un sujet symbolique, philosophique, historique ou moral, destinée à enrichir la connaissance collective et à favoriser l’échange fraternel.

Origines et étymologie

Le terme « Architecture » renvoie directement à l’héritage opératif de la maçonnerie. Dans les corporations médiévales de bâtisseurs, un morceau d’architecture était un plan, un dessin ou une partie d’un projet présenté au maître d’œuvre ou à la loge pour approbation. Il s’agissait d’un élément concret du chantier : tracé d’une voûte, élévation d’une colonne, détail d’un portail.

La maçonnerie spéculative a transposé cette notion sur le plan intellectuel et spirituel :

  • Le maçon ne bâtit plus des cathédrales de pierre, mais un temple intérieur et une fraternité harmonieuse.
  • Le « morceau d’Architecture » devient alors une contribution à l’édifice commun de la connaissance : une pierre taillée que l’initié apporte à la construction collective.

L’expression apparaît dès le XVIIIe siècle dans les rituels et les règlements des loges. Elle est particulièrement prisée au Rite Français et au Rite Écossais Rectifié, où elle conserve une connotation solennelle et structurée.

Rôle et fonction du morceau d’Architecture

Le morceau d’Architecture remplit plusieurs fonctions essentielles :

maître, apprenti, plans de construction
  1. Éducative : Il permet au maçon de approfondir un sujet (symbole, légende, vertu, histoire maçonnique, philosophie) et de transmettre ses découvertes aux Frères.
  2. Initiatique : En préparant et en présentant une planche, le maçon travaille sur lui-même : recherche, réflexion, synthèse, expression orale. C’est un exercice de maîtrise de soi et de clarté d’esprit.
  3. Fraternelle : Après l’exposé, la loge ouvre un débat (appelé « discussion » ou « échanges »). Chaque Frère peut intervenir pour enrichir, nuancer ou questionner – toujours dans un esprit de respect et de bienveillance.
  4. Collective : Le morceau contribue à l’enrichissement du corpus symbolique de la loge. Les meilleures planches sont souvent archivées ou publiées.

Structure classique d’un morceau d’Architecture

Un bon morceau suit généralement une structure tripartite, inspirée de l’art oratoire classique et de la méthode maçonnique :

Roi salomon bâtisseur, ce qui est en haut est comme ce qui est en bas
  • Introduction : Présentation du sujet, justification du choix, lien avec les principes maçonniques.
  • Développement : Analyse approfondie, étayée par des références symboliques, historiques, philosophiques ou personnelles. Utilisation fréquente de la méthode « V.I.T.R.I.O.L. » (Visita Interiora Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidem) pour une approche introspective.
  • Conclusion : Synthèse, ouverture sur une réflexion plus large, lien avec le travail maçonnique quotidien.

Le ton est solennel mais accessible, évitant le dogmatisme. L’orateur conclut souvent par une formule rituelle : « J’ai dit, Vénérable Maître » ou « Tel est mon Architecture, qu’en pensent mes Frères ? »

Évolution et variations selon les rites

  • Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) : La planche est obligatoire pour le passage au grade de Compagnon (augmentation de salaire). Elle porte souvent sur un symbole du grade (équerre, compas, étoile flamboyante).
  • Rite Français : Grande liberté thématique, accent sur la réflexion philosophique et citoyenne.
  • Rite Écossais Rectifié (RER) : L’expression « morceau d’Architecture » est privilégiée. Le travail est très structuré, souvent axé sur la tradition chrétienne chevaleresque et la quête spirituelle.
  • Rite d’York / Émulation : Moins d’accent sur les planches écrites, plus sur l’apprentissage oral et la mémorisation rituelle.
  • Obédiences libérales : Les sujets peuvent être très variés (sociétaux, éthiques, scientifiques), reflétant la liberté de conscience.

Importance contemporaine

Portrait d'un menuisier
menuisier travaillant sa planche

Dans un monde où l’information est instantanée mais souvent superficielle, le morceau d’Architecture reste un exercice unique : il oblige à la lenteur, à la profondeur, à la confrontation bienveillante des idées. Il est le cœur battant de la méthode maçonnique : apprendre en enseignant, progresser en partageant.

De nombreux maçons considèrent la rédaction et la présentation de planches comme le moment le plus enrichissant de leur parcours. Certaines deviennent célèbres et sont publiées (exemples : travaux d’Oswald Wirth, René Guénon, ou contemporains comme Alain Bauer ou Pierre Mollier).

Conclusion

Le morceau d’Architecture n’est pas un simple exposé : c’est un acte de construction fraternelle. Comme le maçon opératif présentait son dessin pour contribuer à la cathédrale, le maçon spéculatif offre sa réflexion pour édifier le temple de la connaissance collective.

C’est à la fois un devoir (participer à l’œuvre commune), un privilège (exprimer sa vision) et un chemin d’accomplissement personnel. Dans la tradition maçonnique, « architecturer » une planche, c’est tailler sa propre pierre pour qu’elle s’intègre harmonieusement à l’édifice éternel de la fraternité et de la sagesse.

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A comme Architecte en Franc-maçonnerie

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Dans le glossaire de la Franc-maçonnerie, le terme Architecte occupe une place pratique, symbolique et métaphysique. Il désigne à la fois un officier de loge chargé de la gestion matérielle, une figure allégorique centrale (le Grand Architecte de l’Univers), et un symbole fondamental de l’art de bâtir – physique, moral et spirituel – qui constitue l’essence même de l’Ordre.

1. L’Architecte comme officier de loge

Dans l’organisation d’une loge symbolique (loges bleues des trois premiers degrés), l’Architecte est un officier élu ou nommé dont la fonction est essentiellement matérielle et administrative.

Ses responsabilités incluent :

  • La gestion des biens de la loge : entretien du temple, du mobilier rituel (colonnes, tableaux, autels), des décors et des archives matérielles.
  • La préparation du local avant les tenues : disposition des objets symboliques, vérification de l’éclairage, de la propreté et de l’ordre du temple.
  • La surveillance des travaux d’aménagement éventuels et la conservation des outils et parures.

Cet officier porte souvent un bijou distinctif : une équerre surmontée d’un compas ou un plan d’architecture. Il siège généralement à l’Occident ou près de la colonne du Midi, selon les rites.

Au Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), l’Architecte est parfois confondu ou associé au Trésorier ou à l’Hospitalier pour les aspects matériels. Au Rite Français ou dans certaines loges traditionnelles, il conserve une fonction plus spécifique liée à l’« architecture » du temple.

Cette charge, bien que pratique, n’est pas mineure : elle rappelle que la maçonnerie spéculative conserve un lien concret avec son héritage opératif, où l’architecte était le maître d’œuvre responsable de la solidité et de la beauté de l’édifice.

2. Le Grand Architecte de l’Univers (GADLU)

L’expression la plus célèbre et la plus profonde est Grand Architecte de l’Univers (GADLU en français). Elle désigne la divinité suprême, le principe créateur, sans lui attribuer de nom confessionnel précis.

  • Apparue dans les premiers textes maçonniques (notamment les Constitutions d’Anderson de 1723), elle traduit une exigence déiste : la croyance en un Être Suprême, ordonnateur intelligent du cosmos.
  • Elle permet à la maçonnerie d’être universelle et tolérante : chaque maçon peut y projeter sa conception personnelle du divin – Dieu, Allah, Brahman, le Principe, etc. – sans imposer de dogme.
  • Le GADLU est invoqué au début et à la fin des travaux : « À la Gloire du Grand Architecte de l’Univers » est la formule d’ouverture rituelle dans la plupart des obédiences régulières.

Dans les obédiences adogmatiques ou libérales (comme le Grand Orient de France depuis 1877), la référence au GADLU n’est plus obligatoire, laissant place à la liberté absolue de conscience. Néanmoins, même dans ces contextes, l’idée d’un principe ordonnateur reste souvent présente symboliquement.

Le GADLU incarne l’ordre cosmique, la géométrie divine, la perfection mathématique de l’Univers – thèmes chers aux maçons influencés par les Lumières, la Renaissance et l’héritage pythagoricien.

3. L’Architecte symbolique : Hiram et Salomon

La figure de l’architecte est indissociable de la légende du troisième degré : Hiram Abiff, maître d’œuvre du Temple de Salomon.

  • Hiram, originaire de Tyr, est présenté comme l’architecte suprême, détenteur des secrets du Maître Maçon. Sa mort et sa « résurrection » symbolique constituent le cœur du grade de Maître.
  • Salomon, roi sage, est le commanditaire divin inspiré ; Hiram est l’exécutant génial. Ensemble, ils représentent l’union de la sagesse (Salomon), de la force (Hiram le bâtisseur) et de la beauté (l’harmonie du Temple).

L’architecte devient ainsi le modèle de l’initié accompli : celui qui maîtrise l’art de bâtir, non seulement des édifices, mais des vies, des sociétés, des consciences. Il est le passeur entre le plan divin (le GADLU) et sa réalisation humaine.

4. L’architecture comme fondement de la maçonnerie

La maçonnerie se définit comme un art de bâtir. L’architecture est au cœur de son symbolisme :

  • Le temple maçonnique reproduit idéalement le Temple de Salomon : orienté Est-Ouest, avec colonnes, pavé mosaïque, autel, etc.
  • Les outils de l’architecte (équerre, compas, règle, niveau, perpendiculaire) sont les instruments moraux et spirituels du maçon.
  • La géométrie, science sacrée des anciens, est célébrée comme la base de toute création harmonieuse.

Les bâtisseurs de cathédrales, héritiers des corporations médiévales, sont les ancêtres directs des maçons spéculatifs. Leur maîtrise technique et leur spiritualité (les cathédrales comme « Bibles de pierre ») imprègnent profondément l’idéal maçonnique.

5. L’Architecte dans les hauts grades

Dans les degrés supérieurs du REAA :

  • Le 7e degré (Provost et Juge) évoque la justice dans la construction.
  • Le 14e degré (Grand Élu Parfait et Sublime Maçon) approfondit la légende d’Hiram.
  • Le 18e degré (Chevalier Rose-Croix) présente une vision mystique de l’architecte divin.

D’autres rites (Rite de Memphis-Misraïm, Rite Écossais Rectifié) développent des figures d’architectes cosmiques ou alchimiques.

Conclusion

Le mot Architecte résume à lui seul l’essence de la Franc-maçonnerie : un art sacré de construction, du temple extérieur au temple intérieur, sous l’égide d’un Principe ordonnateur suprême. Il relie le pratique au métaphysique, l’héritage opératif à la quête spéculative, l’individuel à l’universel.

De l’officier discret qui veille sur le temple matériel au Grand Architecte de l’Univers qui inspire toute création, l’Architecte incarne la noblesse de la maçonnerie : transformer la pierre brute en édifice parfait, le chaos en harmonie, l’homme profane en être de Lumière. C’est le symbole éternel du Grand Œuvre maçonnique.

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A comme Art Royal dans la Franc-maçonnerie

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Dans le glossaire de la Franc-maçonnerie, l’expression Art Royal (en anglais Royal Art) désigne, de manière allégorique et poétique, la franc-maçonnerie elle-même. C’est une appellation ancienne, chargée de noblesse, de sacralité et de mystère, qui évoque l’excellence, la perfection et la dimension spirituelle de la pratique maçonnique. Synonyme fréquent de « maçonnerie » au XVIIIe siècle, elle place l’Ordre dans une filiation légendaire avec le roi Salomon et la construction du Temple de Jérusalem, transformant un métier artisanal en une quête royale, éternelle et initiatique.

Origines étymologiques et historiques

L’expression « Art Royal » apparaît dès les premiers textes maçonniques spéculatifs du début du XVIIIe siècle. Elle est attestée dans les manuscrits anciens (comme les Old Charges), mais prend toute sa dimension avec la naissance de la franc-maçonnerie organisée en 1717.

  • « Art » renvoie à la maîtrise technique et spirituelle héritée des corporations médiévales : l’art de bâtir, non seulement des édifices matériels, mais des temples intérieurs.
  • « Royal » évoque la noblesse, la souveraineté et la perfection. Il fait référence au roi Salomon, considéré comme le plus sage et le plus grand bâtisseur de l’histoire biblique, commanditaire du Temple de Jérusalem – archétype du temple maçonnique.

Au XVIIIe siècle, les maçons se désignent souvent comme des praticiens de l’Art Royal, par opposition à la maçonnerie opérative (le métier réel). Cette expression confère à la fraternité une aura aristocratique et sacrée, la distinguant des simples corporations de métiers. Elle apparaît dans de nombreux rituels, discours et textes fondateurs, notamment dans les catéchismes et les instructions des grades symboliques.

Lien avec la légende salomonienne

Le cœur de l’Art Royal réside dans la légende maçonnique du Temple de Salomon, narrée dès le grade de Maître et présente en filigrane dans tous les degrés.

Salomon, roi d’Israël, est présenté comme le commanditaire idéal : sage, juste, inspiré par le Grand Architecte de l’Univers. Il confie la direction des travaux à Hiram Abiff, architecte génial originaire de Tyr, maître absolu de l’art de bâtir. Ensemble, ils érigent le Temple – non seulement un édifice physique, mais le symbole parfait de l’harmonie cosmique, de l’union du divin et de l’humain, de la beauté géométrique et spirituelle.

La Franc-maçonnerie se voit comme l’héritière directe de cet art sacré :

  • Les outils du chantier (équerre, compas, maillet, ciseau) deviennent des symboles moraux et spirituels.
  • Le Temple de Salomon est l’allégorie du temple intérieur que chaque maçon doit construire en lui-même.
  • L’Art Royal est donc l’art de bâtir ce temple parfait, sous la guidance du GADLU, à l’image de Salomon.

Cette filiation légendaire ancre la maçonnerie dans une tradition immémoriale, la plaçant au-dessus des arts libéraux ordinaires et la parant d’une dignité royale.

Signification symbolique et philosophique

L’Art Royal dépasse le simple métier pour devenir une voie initiatique complète :

  • Noblesse : Il élève l’initié au rang de « roi » de lui-même – maître de ses passions, souverain de son temple intérieur. Le maçon apprend à régner sur son ego, à exercer une royauté morale et spirituelle.
  • Sacralité : Lié au Temple, il confère une dimension religieuse universelle sans dogme confessionnel. C’est un art sacré, inspiré par le divin, visant la perfection de l’âme.
  • Éternité : Contrairement aux arts éphémères, l’Art Royal est éternel : il transcende le temps, reliant les maçons à une chaîne ininterrompue depuis Salomon (voire Adam ou les bâtisseurs des pyramides dans certaines légendes).
  • Quête spirituelle : Il représente le Grand Œuvre alchimique transposé : transformer la pierre brute (l’homme profane) en pierre cubique parfaite (l’initié accompli), or spirituel de la sagesse.

Dans les rituels, l’expression apparaît souvent pour souligner la dignité de la pratique : « pratiquer l’Art Royal », « exercer l’Art Royal » signifie vivre selon les principes maçonniques – fraternité, tolérance, recherche de vérité, amélioration continue.

Usage dans les rites et obédiences

  • Rite Écossais Ancien et Accepté : L’Art Royal est omniprésent, surtout aux grades supérieurs où la légende d’Hiram est développée. Le 18e degré (Chevalier Rose-Croix) insiste sur la dimension royale et christique (sans dogme) de la quête.
  • Rite Français : Plus philosophique, il met l’accent sur l’aspect humaniste et universel de l’Art Royal.
  • Rite d’York / Émulation : L’expression est courante dans les discours et toasts, soulignant la noblesse morale.
  • Obédiences libérales (comme le Grand Orient de France ou la Grande Loge Féminine) : L’Art Royal conserve sa dimension symbolique, souvent interprété comme un art de vivre fraternel et éclairé.

Évolution et usage contemporain

Au XIXe et XXe siècles, l’expression « Art Royal » cède parfois la place à « Franc-Maçonnerie » pure et simple, mais elle reste vivante dans les discours solennels, les planches et les textes littéraires maçonniques. Elle évoque toujours la grandeur, la beauté et la profondeur de l’Ordre.

Oswald Wirth, dans L’Idéal Initiatique, parle de l’Art Royal comme d’un

« art de vivre en harmonie avec les lois cosmiques ».

Pour d’autres auteurs (comme Jean Verdun ou Marius Lepage), il est l’art suprême de la construction de soi, comparable à l’alchimie spirituelle.

Conclusion

L’Art Royal n’est pas une simple métaphore : c’est l’âme poétique et spirituelle de la franc-maçonnerie. Il transforme un héritage artisanal en une voie royale d’accomplissement humain, reliant chaque maçon à Salomon, à Hiram et au Grand Architecte. Pratiquer l’Art Royal, c’est aspirer à la perfection morale et spirituelle, bâtir inlassablement son temple intérieur, et contribuer à l’édification d’un monde plus juste et plus fraternel. C’est, en somme, l’expression la plus noble de la quête maçonnique éternelle.

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A comme Apprentissage en Franc-maçonnerie

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Dans le glossaire de la Franc-maçonnerie, le terme Apprentissage désigne la période initiatique qui suit immédiatement l’initiation au grade d’Apprenti et qui s’achève avec le passage au grade de Compagnon (appelé « augmentation de salaire »). Cette phase symbolise l’enfance maçonnique, un temps d’apprentissage, de maturation intérieure et d’assimilation progressive des symboles, des rituels et des valeurs de l’Ordre.

Elle constitue le premier stade du chemin initiatique dans les trois degrés symboliques (Apprenti – Compagnon – Maître).

Origines historiques : des sept ans médiévaux à la durée symbolique moderne

Dans la maçonnerie opérative (médiévale et Renaissance), l’apprentissage était une réalité professionnelle concrète. Un jeune ouvrier entrant dans une corporation de maçons signait un contrat d’apprentissage d’une durée fixe, le plus souvent sept années. Pendant cette période, il vivait chez son maître, apprenait les techniques du métier (taille de pierre, géométrie pratique, secrets du chantier), et n’avait pas le droit de travailler indépendamment ni de toucher aux outils nobles. À l’issue de ces sept ans, il présentait son chef-d’œuvre pour devenir compagnon, puis maître.

La franc-maçonnerie spéculative, née au début du XVIIIe siècle, a conservé cette structure tripartite tout en la transposant sur le plan symbolique et philosophique. Les Constitutions d’Anderson (1723) et les premiers rituels ne fixent pas de durée précise pour l’apprentissage maçonnique, mais la tradition s’est établie autour d’un minimum d’un an (ou d’un nombre déterminé de tenues régulières) pour permettre à l’Apprenti de s’imprégner des enseignements.

Aujourd’hui, la durée varie selon les obédiences et les rites :

  • Dans les rites anglo-saxons (Rite d’York, Émulation), elle est souvent d’au moins un an calendaire.
  • Au Rite Écossais Ancien et Accepté ou au Rite Français, elle peut être plus courte (quelques mois) mais exige généralement la participation à un nombre minimum de tenues (souvent 12 à 24) et la présentation d’une planche (travail écrit et oral) sur un sujet symbolique.
  • Certaines loges exigent que l’Apprenti ait accompli un travail concret (étude d’un symbole, participation à des œuvres de bienfaisance) avant de demander son passage.

Symbolisme de l’Apprentissage

L’Apprentissage est riche en significations initiatiques :

  • L’enfance maçonnique : L’Apprenti, tout juste « né à la Lumière », est comparé à un enfant. Il doit apprendre à marcher (circulations rituelles), à parler (avec prudence et seulement quand la parole lui est donnée), à écouter et à observer. Son âge symbolique est de trois ans, rappelant l’innocence, la réceptivité et la croissance lente.
  • Le travail sur la pierre brute : Pendant cette période, l’Apprenti est invité à dégrossir sa propre pierre brute (ses défauts, passions, préjugés) à l’aide du maillet (volonté) et du ciseau (discernement). Ce travail intérieur est le cœur de l’apprentissage : passer de l’état brut à une forme plus régulière, préparant la taille parfaite du Compagnon et du Maître.
  • Le silence et l’humilité : L’Apprenti observe le silence en loge (sauf exceptions rituelles). Ce silence n’est pas une contrainte, mais une discipline initiatique : apprendre à maîtriser sa parole, à écouter les anciens, à intérioriser les enseignements avant de prétendre les commenter.
  • La position au Nord : Symboliquement dans l’ombre, l’Apprenti se place sur la colonne du Nord, côté obscur du temple, pour signifier qu’il est encore dans les ténèbres relatives et qu’il doit progresser vers la Lumière du Midi.
  • Préparation à l’augmentation de salaire : L’apprentissage culmine avec la demande d’augmentation de salaire (passage à Compagnon). Le candidat doit prouver qu’il a assimilé les bases : connaissance des signes, mots et attouchements du grade, compréhension des symboles fondamentaux, et souvent présentation d’une planche démontrant sa réflexion personnelle.

Rôle et devoirs de l’Apprenti pendant cette période

L’Apprentissage n’est pas une attente passive, mais un temps actif :

  • Participation assidue aux tenues.
  • Étude des instructions secrètes et des symboles transmis.
  • Travail personnel sur soi (réflexion morale, lecture recommandée).
  • Accomplissement de gestes de fraternité et de bienfaisance.
  • Préparation progressive de la planche qui justifiera le passage.

Dans certaines loges, un parrain ou un tuteur (souvent le Frère qui a présenté le candidat) accompagne l’Apprenti tout au long de cette période, répondant à ses questions et le guidant discrètement.

Variations selon les rites et obédiences

  • Rite Écossais Ancien et Accepté : L’apprentissage est marqué par une forte emphase sur les voyages symboliques et la purification intérieure.
  • Rite Français : Plus philosophique, il insiste sur la réflexion morale et la préparation d’une planche approfondie.
  • Rite d’York / Émulation : Très attaché à la mémoire rituelle, l’apprentissage exige une parfaite connaissance des catéchismes.
  • Obédiences libérales : La durée peut être plus flexible, avec un accent sur l’engagement citoyen et humaniste.

Conclusion

L’Apprentissage est bien plus qu’une période probatoire : c’est le premier souffle de la vie maçonnique, le temps où l’initié pose les fondations de tout son édifice intérieur. Comme dans les corporations anciennes, il transforme le novice en membre actif de la fraternité. Sans un apprentissage sérieux, profond et sincère, il n’y a pas de véritable progression maçonnique. Il rappelle à chaque maçon, quel que soit son grade ultérieur, que l’on reste toujours, au fond, un éternel Apprenti face à la quête infinie de Lumière et de perfection.

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A comme Apprenti en Franc-maçonnerie

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Dans le glossaire de la franc-maçonnerie, le terme Apprenti Franc-maçon désigne le premier grade ou degré symbolique de la maçonnerie bleue (les trois degrés fondamentaux : Apprenti, Compagnon, Maître). Il est conféré lors de la cérémonie d’initiation, qui marque l’entrée définitive du profane dans l’Ordre maçonnique.

L’Apprenti représente le stade initial du chemin initiatique, souvent comparé à l’enfance spirituelle ou à la naissance dans une nouvelle vie symbolique.

Signification étymologique et historique

Le mot « Apprenti » provient directement du vocabulaire des corporations médiévales de maçons opératifs. Dans les guildes de bâtisseurs de cathédrales, l’apprenti était le jeune ouvrier qui, après un contrat formel (souvent de sept ans), apprenait le métier auprès d’un maître. Il n’avait pas le droit de travailler seul ni de toucher à la pierre de taille ; il préparait les matériaux, observait et exécutait les tâches subalternes.

La franc-maçonnerie spéculative, née au début du XVIIIe siècle, a conservé cette structure tripartite (Apprenti – Compagnon – Maître) en la transposant sur le plan symbolique et philosophique. Le premier témoignage écrit d’un rituel d’initiation au grade d’Apprenti date du manuscrit Edinburgh Register House (1696), mais c’est avec les Constitutions d’Anderson (1723) et les premières divulgations (comme Masonry Dissected de Samuel Prichard en 1730) que le grade prend sa forme moderne.

Position dans la hiérarchie des grades

L’Apprenti est le premier degré des trois grades symboliques :

  1. Apprenti
  2. Compagnon
  3. Maître

Il est le fondement indispensable : aucun maçon ne peut accéder aux degrés supérieurs sans avoir été régulièrement initié Apprenti. Dans les rites les plus courants (Rite Écossais Ancien et Accepté, Rite Français, Rite Émulation, etc.), l’initiation à ce grade est la seule cérémonie qualifiée d’« initiation » au sens strict ; les passages suivants sont des « augmentations de salaire » (Compagnon) ou des « élévations » (Maître).

Symbolisme du grade d’Apprenti

Le grade d’Apprenti est riche en symboles qui structurent tout le parcours maçonnique :

pierre brute,outils apprenti,ciseau,maillet
pierre brute avec maillet et ciseau
  • La pierre brute : L’Apprenti est comparé à une pierre brute, fraîchement extraite de la carrière, irrégulière et imparfaite. Son travail consiste à la dégrossir à l’aide du maillet et du ciseau, symboles de la volonté et de la discernment. Ce travail représente l’effort intérieur pour corriger ses défauts et polir son caractère.
  • Le silence et l’écoute : L’Apprenti doit observer le silence en loge (sauf quand la parole lui est donnée selon les règles). Ce silence n’est pas une punition, mais une discipline initiatique : apprendre à écouter, à observer, à intérioriser avant de parler. Il symbolise l’humilité et la réceptivité nécessaires au début du chemin.
  • La position au Nord : En loge, l’Apprenti se place traditionnellement dans la colonne du Nord, côté sombre du temple (le Midi étant illuminé par le soleil). Cela représente l’état d’obscurité spirituelle avant l’accès à la Lumière. Le Nord évoque aussi l’hiver, la nuit, l’enfance – stades préliminaires avant la maturité.
  • L’âge symbolique de 3 ans : Quand on demande son âge à un Apprenti, il répond « trois ans ». Ce chiffre symbolise l’enfance maçonnique, la période de gestation et d’apprentissage primal. Il fait aussi référence aux trois lumières de la loge, aux trois coups du maillet, aux trois vertus théologales, etc.
  • Les outils : Maillet (volonté active) et ciseau (discernement réceptif) sont les outils propres à l’Apprenti. L’équerre (rectitude morale) et le compas (mesure spirituelle) sont présents mais pas encore pleinement maîtrisés.
  • Le tablier : Le tablier d’Apprenti est généralement blanc, en peau d’agneau, avec la bavette relevée (dans certains rites). Il symbolise la pureté et le travail. La bavette relevée évoque l’innocence de l’enfance et protège symboliquement le cœur.
  • Les voyages : Lors de l’initiation, le candidat effectue des voyages symboliques autour de la loge, représentant les épreuves de la vie et la purification par les éléments (air, eau, feu).

La cérémonie d’initiation

L’initiation au grade d’Apprenti est la plus dramatique et la plus symbolique de toutes les cérémonies maçonniques. Elle comprend classiquement :

  • La préparation dans le cabinet de réflexion (face à la mort et à ses vanités).
  • Les épreuves physiques et morales (bandeau sur les yeux, circulations, questions).
  • Le serment sur le Volume de la Loi Sacrée.
  • La communication de la Lumière (retrait du bandeau).
  • La transmission des signes, mots et attouchements propres au grade.

Après l’initiation, l’Apprenti est « né à la Lumière » et commence son travail de connaissance de soi.

Rôle et devoirs de l’Apprenti

L’Apprenti n’a pas le droit de parole libre en loge (sauf dans certains rites modernes). Il doit :

  • Observer les tenues avec assiduité.
  • Étudier les symboles et les instructions qui lui sont données.
  • Travailler sur sa pierre brute (amélioration personnelle).
  • Préparer sa planche (présentation orale) pour demander son augmentation de salaire au grade de Compagnon.

Variations selon les rites

  • Rite Écossais Ancien et Accepté : Accent mis sur la purification et les voyages symboliques.
  • Rite Français (ou Moderne) : Plus philosophique et laïque, avec une instruction morale forte.
  • Rite d’York (Émulation) : Très proche des anciennes pratiques anglaises, avec un accent sur la mémoire et la précision rituelle.
  • Rites continentaux : Parfois plus ésotériques, avec des références alchimiques (transformation de la pierre brute).

Conclusion

Le grade d’Apprenti est le socle de toute la franc-maçonnerie symbolique. Il incarne le commencement, l’humilité, la réceptivité et le travail sur soi. Sans ce premier degré, il n’y a pas de parcours maçonnique possible. Comme le dit souvent la tradition : « Tout Maître a été Apprenti », rappelant que les plus hauts grades ne dispensent jamais de revenir aux fondamentaux du silence, de l’écoute et du dégrossissage patient de la pierre brute. L’Apprenti est l’enfant de la loge, mais aussi le porteur de l’avenir de l’Ordre.

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A comme Année maçonnique

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Année maçonnique (ou Année de la Vraie Lumière)

Dans le glossaire de la Franc-maçonnerie, le terme Année maçonnique désigne le calendrier symbolique employé dans les rituels et la correspondance maçonnique, qui ajoute 4000 ans à l’année de l’ère vulgaire (calendrier grégorien ou julien). Ce système chronologique est également appelé Année de la Vraie Lumière (V.L. pour « Vraie Lumière » ou parfois A.L. pour Anno Lucis, « Année de la Lumière » en latin).

L’année maçonnique exprime une temporalité sacrée et symbolique, distincte du temps profane (noté E.V. pour « Ère Vulgaire » ou parfois A.D. pour Anno Domini). Elle ancre la franc-maçonnerie dans une filiation biblique et initiatique qui remonte à la création du monde, et non à la naissance du Christ.

Origines et fondement symbolique

Le chiffre 4000 provient d’une interprétation traditionnelle chrétienne et hébraïque de la chronologie biblique :

  • Selon la chronologie de l’archevêque James Ussher (1650), la création du monde eut lieu en 4004 avant J.-C.
  • D’autres calculs patristiques (saint Augustin, Eusèbe de Césarée) ou juifs (Seder Olam Rabbah) placent la création entre 3761 et 4004 av. J.-C.
  • Les maçons du XVIIIe siècle, fortement influencés par la Bible et par les « Old Charges » médiévales (qui font remonter la maçonnerie à Adam et à la construction du Temple de Salomon), ont adopté cette datation approximative.

En franc-maçonnerie, l’année maçonnique commence donc 4000 ans avant l’ère vulgaire. Ainsi, l’année 2025 E.V. correspond à l’année 6025 V.L. (2025 + 4000 = 6025).

Cette addition de 4000 ans symbolise :

  • La primauté de la Lumière maçonnique sur le temps profane.
  • La continuité initiatique depuis la création du monde (le « Grand Architecte de l’Univers » ayant posé les bases de l’ordre cosmique).
  • Le détachement du calendrier chrétien, tout en conservant une référence biblique (le maçon reste « fils de la Lumière » depuis l’origine).

Usage pratique dans les rituels et la vie maçonnique

Dans la plupart des obédiences régulières (anglaises, américaines, écossaises, etc.) et dans les loges traditionnelles françaises, l’année maçonnique est utilisée pour :

  • Dater les convocations, les procès-verbaux et les planches.
  • Inscrire les dates sur les diplômes, patentes et certificats.
  • Marquer les tenues et les fêtes maçonniques.

Exemples :

  • Une tenue du 22 décembre 2025 E.V. sera datée du 22 décembre 6025 V.L.
  • Un diplôme d’initiation porté le 15 juin 2025 E.V. sera signé « au 15e jour du 6e mois de l’an 6025 V.L. »

La nouvelle année maçonnique commence généralement le 24 juin (fête de saint Jean-Baptiste, patron des maçons opératifs et spéculatifs), ou parfois le 1er janvier dans certaines obédiences. Le 24 juin marque la Saint-Jean d’été, qui est la date traditionnelle de l’élection des officiers et du renouvellement des loges.

Variations et exceptions

couverture de livre
  • Rite Écossais Ancien et Accepté : conserve généralement l’usage de l’année V.L. avec l’ajout de 4000 ans.
  • Grand Orient de France (obédience laïque) : depuis la suppression de l’obligation de croire au Grand Architecte en 1877, certaines loges ont abandonné l’année maçonnique au profit du seul calendrier républicain ou grégorien. Cependant, beaucoup de loges du GODF continuent à l’utiliser par tradition.
  • Obédiences très progressistes : certaines utilisent parfois l’Année de la République (depuis 1789), l’Année maçonnique républicaine ou simplement l’année vulgaire.
  • Rites continentaux (France, Belgique, Italie) : l’année V.L. est encore très courante, même dans des obédiences mixtes ou féminines.
  • Maçonnerie anglo-saxonne : usage quasi systématique de l’Anno Lucis (A.L.).

Symbolisme profond

L’année maçonnique incarne plusieurs niveaux de signification :

  • Temporalité éternelle : le maçon vit dans un temps qui transcende l’histoire profane et rejoint l’éternité de la création.
  • Initiation à la Lumière : l’ajout de 4000 ans rappelle que le maçon est « régénéré » et rattaché à la Lumière originelle.
  • Distanciation du monde profane : le maçon sort du temps ordinaire pour entrer dans un temps sacré, parallèle et supérieur.
  • Lien avec le Temple de Salomon : la chronologie biblique permet de situer la construction du Temple (vers 1000 av. J.-C.) dans une continuité directe depuis la création.

Formules courantes

  • « Fait à l’Orient de [Ville], le [jour] du [mois] de l’an de la Vraie Lumière 6025 (2025 E.V.) »
  • « Au grade de Compagnon, en l’an 6025 de la Vraie Lumière »
  • « Élu le 24 juin 6025 V.L. »

En conclusion, l’Année maçonnique n’est pas seulement un artifice chronologique : elle est un acte de foi symbolique, une affirmation de l’identité maçonnique comme héritière d’une tradition immémoriale et d’une quête de Lumière ininterrompue depuis l’origine du monde. Elle sépare le profane du sacré, le temps linéaire du temps cyclique et éternel, et reste, plus de trois siècles après son adoption, l’un des marqueurs les plus vivants et les plus universels de la franc-maçonnerie.

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A comme Anderson dont le prénom est james

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Anderson (James Anderson et les Constitutions d’Anderson)

Dans le glossaire de la Franc-maçonnerie, le terme Anderson désigne invariablement le révérend James Anderson (vers 1679/1680 – 1739), pasteur presbytérien écossais, et surtout l’auteur principal des Constitutions d’Anderson de 1723, le texte fondateur de la franc-maçonnerie spéculative moderne. Ce document, officiellement intitulé The Constitutions of the Free-Masons, Containing the History, Charges, Regulations, &c. of that most Ancient and Right Worshipful Fraternity, a été publié en 1723 à Londres sous l’égide de la Première Grande Loge d’Angleterre (fondée en 1717).

Il reste l’un des piliers de la maçonnerie contemporaine, souvent considéré comme la « Bible » de la franc-maçonnerie anglaise et, par extension, mondiale.

Biographie de James Anderson

James Anderson naît vers 1679-1680 à Aberdeen, en Écosse, dans une famille modeste. Il reçoit une éducation solide au Marischal College d’Aberdeen, où il obtient probablement un Master of Arts, et peut-être un Doctor of Divinity (bien que ce titre soit parfois contesté). Ordonné ministre de l’Église d’Écosse en 1707, il s’installe à Londres peu après, où il exerce son ministère presbytérien dans plusieurs congrégations : Glass House Street (jusqu’en 1710), Swallow Street (jusqu’en 1734), puis Lisle Street Chapel jusqu’à sa mort.

Anderson est un intellectuel prolifique : il publie des ouvrages théologiques, des généalogies royales (Royal Genealogies, 1732) et même des dialogues fictifs (News from Elysium, posthume en 1739). Ami de figures comme Isaac Newton et John Theophilus Desaguliers (l’un des pères fondateurs de la Grande Loge), il est membre de la Royal Society et possède un réseau influent. Sa vie est marquée par des difficultés financières : il perd une fortune dans l’effondrement de la South Sea Company en 1720 et se retrouve brièvement en prison pour dettes.

Dans la franc-maçonnerie, Anderson est initié probablement en Écosse ou à Londres vers 1710-1715. Il devient Maître d’une loge, puis Grand Warden de la Grande Loge de Londres et Westminster. Sa contribution majeure reste son rôle d’auteur (ou de compilateur) des Constitutions.

Les Constitutions d’Anderson (1723) : contenu et structure

Le livre est commandé en septembre 1721 par la Grande Loge, sous la direction du Grand Maître John Theophilus Desaguliers et du duc de Montagu. Une commission de 14 « frères érudits » (dont Desaguliers et George Payne) révise le manuscrit d’Anderson, approuvé en mars 1722 et publié en 1723.

Le texte se divise en quatre parties principales :

  1. L’Histoire légendaire de la franc-maçonnerie : Anderson retrace les origines de la « Maçonnerie » (confondue avec l’architecture et la géométrie) depuis Adam et les Patriarches bibliques (Noé, Abraham, Moïse, Salomon et Hiram Abiff), en passant par les Grecs (Euclide), les Romains (Vitruve) et les rois saxons (Athelstan). Cette histoire mythique, pleine d’anachronismes et d’exagérations, vise à ancrer la maçonnerie dans une antiquité prestigieuse et à légitimer sa supériorité sur d’autres sociétés. Bien que critiquée pour son caractère fabuleux, elle pose les bases du mythe maçonnique.
  2. Les Charges (Charges of a Free-Mason) : La partie la plus influente. Ces six « obligations » morales et philosophiques, réécrites à partir des Old Charges médiévaux, définissent les devoirs du franc-maçon. La première, « Concerning God and Religion », est révolutionnaire : elle prône une religion déiste, tolérante et non confessionnelle (« une religion sur laquelle tous les hommes sont d’accord »), tout en exigeant la croyance en un Être Suprême. Les autres charges insistent sur la loyauté au roi, la moralité, la fraternité, le secret et la bienfaisance. C’est le cœur éthique de la maçonnerie moderne.
  3. Les Règlements généraux (General Regulations) : 39 articles rédigés par George Payne en 1720 et révisés par Anderson, ils organisent la Grande Loge : élection des officiers, admission des candidats, fonctionnement des loges, etc. Ils introduisent des principes démocratiques (vote majoritaire, élection annuelle des dirigeants) et posent les bases institutionnelles.
  4. Les Chants : Une section de chansons maçonniques pour les agapes, renforçant l’aspect convivial et rituel.

Importance historique et influence

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Les Constitutions marquent la naissance de la franc-maçonnerie spéculative organisée. Elles transforment les anciennes guildes opératives en une fraternité philosophique et universelle, ouverte aux « accepted masons » (non-opératifs). Elles introduisent la tolérance religieuse, la laïcité relative et un cadre institutionnel stable, favorisant l’expansion rapide de la Grande Loge.

  • Influence mondiale : Rééditées en 1734 par Benjamin Franklin (premier livre maçonnique imprimé en Amérique), elles inspirent les Constitutions irlandaises (1730), écossaises, et continentales. Elles servent de modèle à de nombreuses obédiences, y compris en France (Grand Orient de France).
  • Controverses : Les « Anciens » (Antients) les critiquent pour leur « innovation » déiste et leur abandon des traditions anciennes, créant un schisme en 1751 (réconcilié en 1813 avec l’United Grand Lodge of England). La légende historique est jugée fantaisiste, et le rôle exact d’Anderson (auteur principal ou simple compilateur ?) reste débattu : Desaguliers et Payne ont probablement co-écrit les Charges et Règlements.
  • Héritage : Le texte pose les « landmarks » (principes immuables) de la maçonnerie, influençant les rituels, l’éthique et l’organisation jusqu’aujourd’hui. Il symbolise le passage d’une maçonnerie opérative à une maçonnerie spéculative, éclairée et universelle.

En résumé, Anderson n’est pas seulement un nom propre : c’est le symbole de la fondation intellectuelle de la franc-maçonnerie moderne. Les Constitutions de 1723 restent un document vivant, lu lors des initiations et cité comme référence suprême dans de nombreuses loges.

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