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Offense & préjudice

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Toute ressemblance avec l’œuvre de l’écrivaine Jane Austen serait purement fortuite.
En ces temps d’ouverture du procès des attentats de janvier 2015 (incluant le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo) ou de caricatures plus ou moins douteuses de personnalités plus ou moins contestées ou contestables, je crois qu’un petit rappel des fondamentaux d’éthique s’avère nécessaire.

Pour commencer, on va supposer que faire le mal, ou mal agir, c’est infliger à autrui une souffrance indue (pour plus de détails, je vous invite à vous référer à mon ouvrage disponible ici ou chez votre libraire). De la même manière, une conduite immorale, c’est une conduite allant contre la morale en vigueur. M. de Lapalisse n’eût pas dit mieux, mais il est toujours bon de revenir aux fondamentaux. Allons plus loin, et intéressons-nous à l’offense et au préjudice.
Une offense est une parole ou une action blessante, selon le dictionnaire. Ainsi, l’œuvre de Gim’s ou PNL sont pour moi des offenses au bon goût de la culture bourgeoise post-rebelle…
A l’inverse, un préjudice est la résultante d’une action mauvaise, autrement dit, la résultante des conséquences d’une action infligeant une souffrance indue à autrui. Pour garder le même registre, le collègue qui écouterait Gim’s ou PNL dans l’open spacei m’infligerait un préjudice, puisqu’il m’imposerait ses goûts et me ferait subir un bruit qui m’est désagréable. Il est important de noter que le préjudice est toujours identifiable et quantifiable, alors que l’offense n’est au final qu’une question de principe ou de morale. Le préjudice est sanctionné, l’outrage est sanctionné, mais l’offense, en principe, ne l’est pas et n’a pas à l’être si elle ne porte pas à préjudice.

Et là, me direz-vous, quid des caricatures et des dessins de presse ? Et plus spécialement des caricatures des figures religieuses par la rédaction de Charlie Hebdo, par exemple ? Il faut savoir qu’il existe un truc, qui s’appelle la loi et un autre machin, qu’on appelle liberté d’expression (qui est un peu en danger, en ce moment, en raison du caractère ochlocratique des réseaux numériques). La législation française n’interdit pas la caricature ou le dessin de presse, dans la mesure où ceux-ci restent dans le cadre de la loi et ne portent pas préjudice à qui que ce soit (je vous invite à consulter les travaux de mon éminent et respecté Frère Maître Emmanuel Pierrat, qui écrit beaucoup à ce sujet). Les religieux divers, toujours prompts à invoquer « leur » liberté pour restreindre le cadre légal n’ont encore jamais réussi à faire admettre un préjudice quelconque suite à la publication de caricatures. En effet, si le blasphème peut être vu comme une offense, il n’est en aucun cas un délit en France, et, que le Grand Architecte de l’Univers me mette PNL dans la tête si je me trompe, je n’ai encore jamais vu un blasphème porter un préjudice, autrement dit, un dommage identifiable et quantifiable à qui que ce soit.
Par contre, les courageux trolls et haters anonymes qui harcèlent, intimident ou menacent, les fanatiques en tout genre, qui au nom de la religion qu’ils imaginent défendre, vont dégrader des bâtiments, agresser des personnes (comme des vendeurs de journaux) ou les assassiner, ceux-là doivent être poursuivis et sanctionnés. Car le préjudice et le mal, ce sont eux et bien eux qui le commettent. Pas les dessinateurs de presse.

Certains me demanderont alors quid de la polémique entre un hebdomadaire d’ultra-droite et leur représentation douteuse d’une députée, elle-même d’extrême-gauche, proche de la mouvance indigéniste et tenant des positions plus que discutablesii… Il appartient à ladite députée de démontrer qu’il y a bien eu préjudice et de faire la seule chose vraiment valable, qui différencie l’Etat de droit de la fosse aux lions que devient l’opinion publique : utiliser le droit de réponse d’abord, et ensuite, porter l’affaire devant les tribunaux, seuls réellement aptes à juger.

Suite aux attentats de 2015 et aux menaces régulièrement proférées contre Charlie Hebdo ou d’autres, la veuve de Wolinski, la journaliste Caroline Fourest et d’autres encore ont identifié ce qu’ils appellent « dictature de la sensibilité », phénomène qui fait qu’une publication sur les réseaux sociaux peut amener à des polémiques vaines et stériles… Et parfois à des préjudices quand un groupe quelconque appelle au cancel de telle ou telle personne ! Certains vont jusqu’à se faire les avocats d’une cause qu’ils ne connaissent pas quitte à la défendre avec de mauvais argumentsiii, etc. En fait, le problème qui se pose est, je pense, la confusion entre offense et préjudice. Parfois avec les meilleures intentions du monde, celles dont on pave les Enfers, certains vont déclencher des vagues de haine pour une simple offense, ou quelque chose qui va contre leur morale… Décidément, personne n’a compris Nietzsche !

Et nous autres, Francs-maçons, alors ? Supportons-nous d’être caricaturés, moqués, accusés du Terrible Complot Mondial et d’autres fadaises du même genre ? J’ai envie de dire oui. Tant qu’on en reste au niveau de l’offense ou de la caricature et qu’il n’y a pas à proprement parler d’attaque personnelle, nous savons en nous mettant à l’ordre, contenir le bouillonnement de nos passions. Par contre, si on commence à nous menacer des pires sévices, dégrader nos temples, ou nous agresser, là, ça devient du préjudice et on rentre dans un tout autre registre.

En fait, le monde vivrait mieux en appliquant les quelques principes développés par feu le philosophe Ruwen Ogien, inventeur de l’éthique minimalisteiv. Une éthique basée sur quelques principes simples : considérer l’Autre comme un égal, adopter une certaine indifférence morale du rapport à soi-même, et bien évidemment, ne pas chercher à nuire à autrui. Tiens, tiens, ça me rappelle nos grands principes d’égalité et de fraternité, tout ça. Pas vous ?

J’ai dit.

i Situation fictive, je précise. Je ne travaille pas en open space, heureusement.

ii Pour préserver ma bonne santé mentale et morale, je ne lis pas cet hebdomadaire, et je n’écoute pas forcément tout ce que disent les députés.

iii Ce qui est préjudiciable !

iv Je vous invite à découvrir son œuvre, notamment l’éthique aujourd’hui ou l’influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine.

Vous doutez ? Vous prenez de la valeur !

Pleins de certitudes, vous êtes trop facile à cerner puis à manipuler par les algorithmes, même politiquement. Mais si vous doutez, vous conservez votre liberté.

Notre ordre et ses instructions à chaque grade nous incitent à une étude prudente du réel ; nos chères Lumières dont bien entendu Descartes ont beaucoup fait pour la popularité du doute dans nos sociétés.

Serait-ce alors un sujet tarte-à-la-crème ? La requête Google « citation doute » ramène environ 40 millions de résultats ! En cherchant de même les citations avec « certitude » ou « croyance » on a 20 fois moins de réponses.

Est-ce à dire que nos contemporains pratiquent quasi-tous un doute prudent et suspendent sagement leurs opinions jusqu’à ce que des preuves béton soient présentées ? Nous savons bien que non, et parce qu’entre cœur et raison c’est bien souvent le cœur qui a le dernier mot…les rationalistes restent minoritaires, même chez nos frères et sœurs.

La raison agit d’abord tel un comité consultatif, et après décision l’intelligence se mue en fidèle et efficace exécutant, pourvoyeur de bonnes ou moins bonnes justifications du choix qui a été fait.

Ce lucide pessimiste de Cioran ne s’y était pas trompé lorsqu’il écrivait : il faut une grande maturité pour comprendre que l’opinion que nous défendons n’est que notre hypothèse préférée, imparfaite, probablement transitoire, que seuls les très bornés peuvent faire passer pour une certitude ou une vérité. 

Bref, nous avons tous un quota certain de croyances ou certitudes plus ou moins dures, qui correspondent à nos envies ; cela nous permet une certaine efficacité de prise de décision : pas trop d’erreurs, et pas trop de consommation d’énergie pour la prise de décision.

Ceux que nous nommerons fraternellement les « économes en énergie décisionnelle » sont nombreux. Les multinationales et les états, exploitant les Big Data, les connaissent bien. La confidentialité de leurs données leur importe peu, pourvu que la « gratuité » des services ( réseaux sociaux, télévision, etc ) soit présente.

Les multinationales les remercient en les bombardant de publicités taillées sur mesure pour leur profil psychologique, si bien qu’ils achètent pile ce qui est proposé. Elle est pas belle la vie ?

Cette méthode marche aussi en politique. Les publicités ciblées à la personne ont permis l’élection de Beppe Grillo et Matteo Salvini, et Donald Trump aux USA en 2016, pour ne nommer que les gros poissons. Euh, et les principes de la démocratie dans tout ça ?

Une des méthodes utilisées aux USA en 2016 était d’envoyer des mails décourageant d’aller voter à des opposants ( dont des afro-américains ) . Mais quelqu’un qui a réfléchi et a pris une orientation, pour ne pas dire une décision, n’est pas si facile à « retourner » que ça, ce qui augmente sérieusement le coût d’une telle opération, sans compter les risques de se « faire gauler » et démolir médiatiquement pour ces vilains agissements.

Il existe une autre cible tentante à traiter :  les indécis. C’est sur cette cible-là que les manipulateurs de 2016 concentraient leurs tirs. Bref, si vous êtes dans le doute, vous êtes en train de devenir un chouchou à séduire, et ceci vaut autant pour vos choix politiques que vos goûts en matière de consommation.

Conclusion :  ayez des pudeurs de vierge effarouchée ( comme on disait d’antan ) sur internet, et vous aurez pris de la valeur aux yeux de tous les vendeurs de soupe, qui se plieront en quatre pour vous plaire.

PS : les études comportementales ont aussi montré l’efficacité des récompenses aléatoires :  ce qui est prévisible perd son côté addictif, aussi le nombre de « like » que vous obtenez sur vos posts Facebook est éminemment variable, ce qui vous incite à chaque fois à revenir voir si votre blague géniale a plu moins ou plus que la précédente…et vous enfiler encore quelques pubs.

Donc : utilisez ceci dans l’autre sens : soyez imprévisible ! ( tous les séducteurs et –trices savent ça )

Qu’en pensez vous ?

Fahrenheit 451 (2)

Mon père est cinéphile. Un vrai de vrai, qui peut vous citer le titre du premier film de Truffaut, le nom des chefs opérateurs de Kubrick ou encore expliquer les effets spéciaux. Un authentique geek, dont la bibliothèque déborde d’ouvrages sur le cinéma. Encyclopédies, secrets de tournage, sans oublier les placards emplis de films (souvent en director’s cut, on est puriste ou on ne l’est pas) et bien évidemment, mémoires de cinéastes. Comme beaucoup de cinéphiles français, il attendait non sans impatience la publication des mémoires de Woody Allen. Quelle n’a pas été sa déception d’apprendre que la publication dudit ouvrage était reportée sine die pour des raisons que nous autres, français, ne pouvons pas vraiment comprendre. Woody Allen a été marqué du sceau de l’infamie par une partie du public américain, qui appelle au boycott de son œuvre et à l’interdiction de la publication de ses mémoires. La raison ? D’obscures histoires de mœurs, pour lesquelles il a finalement été innocenté. Dans le même esprit, JK Rowling, l’autrice de Harry Potter a été marquée de la flétrissure pour avoir tenu des propos jugés transphobes par un groupe communautaire. Ce groupe appelle donc au boycott de son œuvre.

Admettons que je trouve que les textes de PNL ou Gim’s soient contraires aux bonnes mœurs et dégradants pour les femmes. Est-ce que je peux les faire censurer et interdire qu’on invite le duo sur les plateaux au nom du féminisme, bien qu’étant un homme ? Ou puis-je me contenter de ne pas acheter leurs œuvres et les produits dérivés et de garder un avis critique ?

En allant plus loin et en lisant le nouveau numéro de Philosophie Magazine, j’ai découvert que les maisons d’édition américaines disposaient d’un délégué à la sensibilité, chargé entre autres de censurer les œuvres pour que celles-ci ne heurtent pas telle ou telle communauté. Attendez, aux USA , le pays de la liberté, les gens auraient peur de la censure, comme les russes au temps de l’URSS ? Intéressant, ça !En même temps, le politiquement correct est né dans le pays de l’Oncle Sam, je ne devrais donc pas m’étonner. Et puis, au bon vieux temps du Maccarthysme, les censeurs censuraient bon train, au point que des œuvres telles que le célèbre Lolita de Vladimir Nabokov ont dû d’abord être publiées en France avant d’être autorisées à paraître en Amérique du Nord…
A propos de censure, j’ai relu SOS Bonheur, de Jean Van Hamme et Griffo, une série BD des années 1970-1980, dans laquelle Jean Van Hamme réfléchit aux dérives de la technologie (oui, c’est Black Mirror, mais en BD et 30 ans avant). Dans cette série en anthologies, on peut y suivre entre autres l’histoire de l’écrivain Stéphane Grenier, très talentueux, disposant d’une bourse de l’État pour créer, mais dont les œuvres sont systématiquement refusées par les éditeurs, au motif qu’elles sont trop pessimistes et ne vont pas dans le sens voulu par l’Etat. Au final, le héros (publié clandestinement) est arrêté pour exercice illégal de l’écriture. J’ai beau ne pas être d’accord avec les idéaux ultra-libéraux que défend Van Hamme dans ses œuvres (Largo Winch, entre autres), je me permets quand même de vous en recommander la lecture. Ses récits sont terriblement actuelsi.

Si problème il y a, il existe une institution qui s’appelle la justice, auprès de laquelle on peut porter plainte. Et parfois, elle peut ordonner l’interdiction du produit culturel à l’origine de la plainte. Et seule la justice (en tant qu’institution) a le droit de déclarer ou non une personne coupable. Pas une foule déchaînée, comme celle que Freud qualifie de masse dans son Psychologie des Masses et Analyse du Moi. Nous bénéficions encore en France d’une certaine liberté d’expression (sinon, je ne prendrais pas le risque de publier mon coup de gueule chaque jeudi…), que nous avons très durement conquise. Pour les ignorants, songez que des auteurs comme Diderot ou Voltaire étaient contraints de publier leurs œuvres en Suisse ou aux Pays-bas, où la censure n’était pas la même ! Peut-on se permettre de perdre cette liberté d’expression au nom de la dictature des sensibilités ou de communautés non identifiées et dont on peut douter du bien-fondé des objectifs ?

Le problème que me pose la cancel culture, c’est qu’elle annihile ce qui doit être connu ou combattu et constitue le pire argument qui soit : l’argument ad personam. Ceux qui se croient malins à appeler au boycott au nom de telle ou telle communauté refusent à leur adversaire le droit de se défendre. Ca s’appelle un lynchage, et on reste bien dans les traditions américaines. Les mêmes supposent aussi que le public est trop stupide pour faire la part des choses, comprendre ou interpréter ce qu’il a entre les mains. C’est gentil de penser à moi, mais j’estime avoir l’âge et le niveau nécessaire pour me faire ma propre opinion. La preuve, j’ai bien écouté les œuvre de Gim’s ou PNL et ça ne m’a pas plu.

Nous autres Francs-maçons, nous battons pour la liberté d’expression, même si je commence à craindre une autocensure et une forme de « maçonniquement correct ». Nous estimons que tout doit pouvoir être dit ou discuté, combattu parfois sur le terrain de la dialectique. L’argument ad personam n’a donc pas lieu d’être chez nousii. Ce phénomène nouveau de cancel culture représente, à mon sens, un grave danger de censure, imposée par des groupes pas vraiment identifiés et aux objectifs plus que discutablesiii. Faire disparaître l’oeuvre d’Untel et le rendre invisible, est-ce que ce n’est pas un autodafé écologique ?

Méfions-nous des ignorants, des fanatiques et des ambitieux qui prétendent agir pour notre bien. Ces gens sont dangereux.

J’ai dit.

iIl y en a un intitulé « A votre santé », qui décrit un monde avec une assurance maladie universelle où il est interdit de tomber malade et dans lequel la santé est érigée en valeur suprême. Très très actuel…

iiY compris pour René Guénon, même si je le déplore !

iiiPour ceux que ça intéresse, je vous invite à lire cette tribune dans Marianne : https://www.marianne.net/debattons/tribunes/la-cancel-culture-assez-dure

Liberté quand tu nous tiens…

Sommes nous tous (re)devenus des enfants capricieux ? Nous ne supportons plus la moindre remarque. La difficulté de réflexion sur la durée nous menace.

J’observais mes petits-enfants s’ébattre au soleil d’août, et en les voyant défendre bec et ongles leur liberté de choix personnel à propos de tout, je me demandais pourquoi des notions comme le bien commun ou la solidarité semblent avoir perdu du terrain des pratiques quotidiennes de nos contemporains.

La fraternité s’est elle dissoute dans l’individualisme post-soixante-huitard ?

Certes, notre chère démocratie s’oblige à protéger les minorités, et la plus petite minorité c’est l’individu, comme l’indiquait Ayn Rand, après avoir vécu sous le joug soviétique.  Mais cette fois on se demande si le balancier, détaché, ne s’est pas envolé vers le côté jungle.

Jungle, parce que, réseaux sociaux et algorithmes aidant, c’est toujours l’émotion et très souvent l’émotion négative qui est stimulée, si bien que tout luxe ou tout bonheur apparent déclenche l’envie ( avec son prétexte «  il ne l’a pas acquis honnêtement » ), toute opinion déclenche sa contradiction, etc.

Arrêt sur l’image de la société qu’affichent nos écrans .

D’un côté, nous vivons dans une société dans laquelle, semble-t-il, tout est possible, donc pas de limite à nos désirs. De l’autre, il reste quelques contraintes, de moins en moins supportables,  imposées par les représentants d’une autorité résiduelle comme les élus, parlant au nom de la volonté majoritaire sortie des urnes, ou comme la police, qui possède officiellement le monopole de la violence légale, et d’autres, comme les banquiers qui gèrent nos dépenses et rentrées ( dépenses souvent plus grandes que rentrées puisque la dette ne semble pas avoir de plafond ), et les multinationales qui derrière leurs clinquantes publicités n’ont d’yeux que pour nos minces portefeuilles.

Alors, d’où vient notre rage anti-contraintes ?

En observant à nouveau les petits enfants, un premier indice apparaît . Peu après leur naissance, leurs parents veillent à ce qu’ils ne manquent de rien :  nourriture, chaleur, propreté, sécurité… Cela vient si automatiquement ( dans la plupart des cas ) que l’enfant développe une pensée magique :  mon besoin se comble avant même qu’il ne se précise dans mon esprit, et c’est parce que je suis tout puissant !

Patatras, les premières interdictions tombent un peu plus tard, et le deuil de la toute-puissance sera long et douloureux. Chez les enfants-rois on recule un peu cette échéance sans la supprimer et on ne peut exclure que cela ne la rende encore plus difficile que chez les autres enfants. Parfois même l’enfant-roi ne disparaît pas : il devient un adulte ingouvernable ( tiens tiens, un qualificatif qu’on accole parfois à notre peuple…) . Dans tous les cas, la frustration du désir non immédiatement comblé reste cuisante .

Bref, à ce stade de nos réflexions, nous voilà devant une régression du niveau moyen de maturité de nos contemporains, mais attention : c’est observable dans toutes les tranches d’âge ! On pourra leur trouver comme explications ou excuses l’implacable efficacité du marketing et des algorithmes.

Les algorithmes ? Oui, vous savez, l’exploitation de ce Big Data qui nous connaît mieux que nous-mêmes parce qu’il a enregistré tous nos like et autres clics sur la toile . L’avalanche d’informations et distractions, ajoutée à la bonne connaissance de nos façons de réagir, a obtenu que beaucoup de nos jeunes et moins jeunes vivent dans la civilisation du poisson rouge :  ce dernier a en effet une durée d’attention de 8 secondes, à comparer aux 9 secondes trouvées par une étude d’un échantillon de jeunes américains ( non , on ne ricane pas sur le dos de nos amis d’outre-Atlantique ! ).

Soit, mais n’y a-t-il pas autre chose ?

Il y a plus de cent ans déjà, le sociologue Durkheim analysait les statistiques des suicides et détectait des hausses des taux de suicide pendant les récessions économiques mais aussi pendant les périodes de boom économique. Il découvrit le point commun des deux hausses en question :  l’anomie, ou absence de norme, c’est-à-dire qu’il s’agissait de périodes pendant lesquelles les désirs compris comme réalisables et la réalité telle que vécue dans le présent étaient trop éloignés les uns des autres. Cette caractéristique, nous l’avons évoquée à propos de l’époque actuelle puisque tout est présenté comme possible, tandis que dans la réalité les plafonds de verre existent partout.

Comment calmer nos contemporains, enfants éblouis par tant de promesses mais en difficulté dès qu’un effort long est nécessaire pour atteindre un objectif digne du nom, comme tailler sa pierre ?

Il me semble important de commencer par bien s’approprier cette réalité de nos faiblesses mentales face au monde qui nous entoure : la lucidité est le premier pas, et ensuite gouverner c’est prévoir. Qu’en pensez vous ?

De l’esprit des lois en 2020

Je comptais prendre des vacances, mais les Mauvais Compagnons n’en ont pas pris, eux. Je ne pourrai donc pas profiter de la trève estivale en confiance et en sérénité. La situation est grave, vraiment grave, et des choses doivent être mises au point. Avant d’aller plus loin, je crois important de faire un rappel sur l’histoire des institutions de notre beau pays.

Mais avant, un petit avertissement pour les âmes sensibles : ce billet va contenir des éléments politiques, parfaitement assumés. Si ça ne vous plaît pas, je vous invite à passer votre chemin et à ne pas me mettre de commentaires me reprochant que c’est trop politique pour vous. Vous aurez été prévenus.

Revenons à nos moutons. En 1789, le régime absolutiste est renversé pour être remplacé par un régime constitutionnel. La Constitution est elle-même basée sur les travaux de notre Frère Montesquieu, qui voyait la stabilité et la prospérité d’un régime politique basées sur la séparation nette des pouvoirs : un pouvoir législatif pour rédiger les lois, un pouvoir exécutif pour les faire appliquer et un pouvoir judiciaire pour sanctionner les écarts. Le pouvoir législatif est composé des élus du peuple (bon à l’époque, c’était plutôt la bourgeoisie, mais ne pinaillons pas), le pouvoir exécutif est composé des fonctionnaires des administrations diverses, qui produisent des normes et les font respecter en rapport avec la loi. Enfin, le pouvoir judiciaire est composé de l’institution judiciaire (police et tribunaux entre autres).

Une démocratie en bonne santé nécessite que ces trois pouvoirs soient strictement indépendants, et explique pourquoi il est très mal vu que le Parquet ait des connexions douteuses avec le pouvoir politique… De la même manière, un élu ne doit pas instrumentaliser l’administration pour son seul profit. C’est un délit, passible de prison (sauf dans certaines zones de non-droit ou territoires perdus de la République tels que les Hauts de Seine).

Notons également que les travaux de notre Frère Montesquieu recoupent les idées développées dans les écrits de Polybe, cet homme de lettres romain, qui avait décrit les 3 régimes possibles : monarchie, aristocratie, démocratie et leurs 3 déviances : autocratie, oligarchie et ochlocratie, et de Lycurgue, législateur grec, auteur de la constitution de Sparte.

Donc petit rappel d’instruction civique (cette matière oubliée que peu d’entre nous connaissent) : dans une démocratie, la loi est écrite par le Parlement. Elle peut être proposée par le gouvernement, mais doit être votée par les représentants du peuple, sauf dans des cas particulier, comme une guerre. On pourra alors trouver abusif l’utilisation d’articles constitutionnels à utiliser en temps de guerre pour faire passer rapidement disons, une réforme du code du travail ou une réforme des retraites dont personne ne veut, mais c’est une autre histoire. Enfin, Montesquieu avait remarqué que tout homme doté du pouvoir risquait d’en abuser. Il avait donc réfléchi à organiser pour chaque pouvoir un contre-pouvoir pour limiter les abus.

J’en viens maintenant à l’objet de mon ire. A l’occasion d’une visite en Haute-Marne, un homme, ministre de l’Intérieuri a déclaré que « c’est la police de la République, la gendarmerie, les forces légitimes d’intervention des forces de l’ordre qui font la loi dans notre pays ». Certes, il y a un contexte : l’arrestation de ressortissants prêts à en découdre dans une histoire de guerre de clans etc. Mais ces mots sont graves, très graves. Ils témoignent de l’ignorance de ceux qui nous dirigent. Ce n’est pas à l’administration ou à la police de « faire la loi », c’est bien au Parlement et à personne d’autre, à moins qu’on ne soit dans un état policier ou totalitaire. Le rôle de l’exécutif est d’appliquer, de respecter et de faire respecter la loi. J’ai du mal à admettre que nos dirigeants ne sachent pas faire cette distinction fondamentale. Pour l’exemplarité des dirigeants, mention peut mieux faire.

Il semblerait que dans les instituts d’études politiques, on ait non seulement oublié les fondamentaux comme Montesquieu, mais aussi négligé les travaux de philosophes contemporains comme Hannah Arendt. Petit rappel, doncii : Hannah Arendt définit le totalitarisme comme le maintien à tout prix de la cohérence d’un ordre du monde mensonger, et l’état totalitaire comme un Etat orienté vers le soutien du régime, dans lequel le pouvoir est aux mains de la police secrète. Affirmer que « la police (…) [fait] la loi » est donc une grave erreur traduisant une large méconnaissance des institutions, ou bien l’aveu que nous avons basculé vers un état totalitaire et que le gouvernement s’est fait déborder par son administration, ce qui n’augurerait rien de bon… Peut-être que je m’angoisse pour rien, nous n’en sommes bien évidemment pas encore là, mais des choses doivent nous alerter : le Parlement n’est plus qu’une chambre d’enregistrement inféodée à l’exécutif (et je ne parle pas de l’Europe, mais bien de notre beau pays), la justice voit ses moyens et ses compétences toujours diminués, j’en veux pour preuve les dispositions d’exception de l’état d’urgence entrées dans le droit commun ou encore les aménagements des tribunaux, et les règlements de moins en moins favorables aux justiciables.

Notre exécutif veut se débarrasser de ses contre-pouvoirs et « prendre le lead » pour notre bien, visiblement.

Mais alors, me direz-vous, que peut la Franc-maçonnerie face à ces dérives que nous observons ? La réponse est : absolument rien. En fait, la Franc-maçonnerie n’est plus un sujet politique et ne pourra pas grand-chose. Qui plus est, la Franc-maçonnerie est plurielle, et donc divisée en différentes fédérations ou obédiences. Il n’y a donc pas à proprement parler de bloc compact. Par contre, les Francs-maçons peuvent individuellement agir : décoder et alerter sur les dérives et les abus du pouvoir, informer, dialoguer. Les Rites maçonniques et les travaux symboliques agissent sur nous comme éveilleurs de conscience et peuvent nous donner une certaine lucidité.

Pour ceux qui estiment que nous n’avons pas à faire de politique, je tiens à leur rappeler que la Franc-maçonnerie a pour but d’améliorer l’Homme et la Société. Or, selon ma vieille amie Hannah Arendt, si nous voulons agir, il nous faut être politiques et nous impliquer, chacun à notre manière, dans la vie de la Cité et ainsi porter au dehors l’oeuvre commencée au dedans. Peut-être que de cette manière, on se débarrassera de la clique d’ignorants, de fanatiques et d’ambitieux qui prétendent nous diriger.

Vigilance et persévérance.

J’ai dit.

ihttps://www.francetvinfo.fr/politique/gerald-darmanin/aucune-communaute-sur-le-sol-de-la-republique-ne-fait-sa-loi-declare-gerald-darmanin-a-saint-dizier-sur-fond-de-tensions-avec-la-communaute-tchetchene_4076599.html

iiHannah Arendt, la nature du totalitarisme, Petite bibliothèque Payot, 2018

Le Un, concept unique … mais pourquoi ?

Nous francs-maçons adorons le Un : ne citons que la chaîne d’Union . Il en existe des raisons profondes.

Nous discutions l’autre jour entre frères et sœurs, et je fus frappé par ces paroles : «  Ne crois tu pas qu’il y a un seul grand Tout ? »

Je ne pus m’empêcher de jouer au mécréant scientiste en répondant : «  Et pourquoi pas deux ? »

Tout de même, si je puis me permettre, en franc-maçonnerie, « Un » c’est le Mot-compte-triple. On le rencontre dès le premier grade avec la synthèse qui clôt thèse-antithèse avec un retour à l’unité.

On le rencontre encore dans la chaîne d’union forgeant l’unité locale d’une loge. La même unité se retrouve, en globalisant, dans l’universalité de l’ordre, et dans l’unité spirituelle créée par la fraternité…bref la liste symbolique est longue.

Nos doxas contemporaines reviennent quelque peu en arrière par rapport à cet unitarisme : éloge de la (bio)diversité, de l’enrichissement par la diversité ( Saint Ex, si tu nous regardes..) , de l’Altérité…

Pouvons nous expliquer ce succès du Un ?

Et ceci  sans vouloir faire de pub pour ce chouette journal qu’est le « Un » d’Eric Fottorino et ses équipes ?

Grattons un peu.

D’abord, rappelons nous que nous aimons les images et les histoires simples et nettes. Simples, ça veut dire faciles à comprendre, avec les bons ( moi ) et les mauvais ( d’autres ) . Nettes, ça veut dire qu’il n’y a pas de trous dans la narration, pas de phénomènes non expliqués.

Pourquoi ce goût des belles histoires ? Parce qu’elles servent à rassurer, et qu’il est donc nécessaire qu’on ne laisse pas de zone d’ombre susceptible d’abriter un démon prêt à fondre sur nous.

OK donc, mécanisme de protection contre l’angoisse : une histoire lisse unique = tout a son explication et je n’ai rien à craindre.

Et si on reprenait nos vieux grimoires que sont les écrits d’un certain Sigmund Freud ? Celui-ci ramenait beaucoup de nos dadas à des problèmes ( réels ou supposés ) subis dans l’enfance, et en particulier le manque d’amour.

La réaction inconsciente de l’enfant en manque d’amour est ( disait le père Sigmund ) de vouloir retourner dans le sein maternel pour y retrouver chaleur et protection :  en somme recréer l’Unité originelle… tiens tiens.

Alors, qu’en pensez vous ?

Le siècle des Lumières a-t-il réellement diffusé la Lumière pour tout le monde ?

Il existe un mythe, que vous connaissez tous, selon lequel nous n’utiliserions que 10% de notre cerveau. Il s’agit évidement d’une légende urbaine. Les scientifiques ont démontré depuis longtemps le contraire. Notre cerveau dans sa totalité est exploité, mais son potentiel d’évolution est encore colossal, ce qui est grandement différent.

Ce que ne disent pas nos amis de la science et c’est dommage, c’est que le monde qui nous entoure est constitué de millions de couches qui vont de l’infiniment petit à l’infiniment grand. Nos sens, si chers au second degré de notre Art maçonnique, ne perçoivent qu’une infime partie de ce qui est dans notre Univers. Par ailleurs, et ça personne n’en parle non plus, c’est que nos sens ne peuvent pas percevoir ce qu’ils ne connaissent pas encore, ils sont limités au monde connu.

Prenons un exemple, montrez des triangles, des équerres et des compas parmi d’autres figures géométriques à des profanes, ils passeront à côté sans les distinguer, car leur cerveau n’a pas été programmé, ni sensibilisé à ces figures. Cette fonction  cérébrale se nomme le Système d’Activation Réticulaire.  C’est en quelque sorte ce qui permet à une femme enceinte d’en voir dans toutes les rues ou pour vous mes Frères de voir débarquer de partout des voitures identiques à votre prochain achat de véhicule. Il s’agit tout simplement d’une sensibilité d’attention qui n’existait pas avant sur un sujet défini.

Imaginons un instant toute la masse d’informations générées toutes les secondes dans le monde. Le nombre de naissances, de morts, de rencontres, de séparations, d’accident, d’heureuses nouvelles, de maisons construites et d’autres abattues. Pensez à tous les événements individuels parmi les 1000 milliard d’espèces qui pourraient exister sur la terre. Et nous ne parlons pas du reste de l’univers.

Ainsi, la référence du savoir universel de Diderot et D’Alembert matérialisé par L’Encyclopédie de 1772 avec ses  17 volumes de texte, 11 volumes de planches et 71 818 articles fait office de petit carnet de notes quand on imagine ce que l’univers recèle tous les jours comme informations naissantes et mourantes.

Dans cette masse incommensurable d’information, les 10 millions de français qui se nourrissent du JT de TF1 se croient informés car ils ont été renseignés sur 5 pauvres événements de la journée, quelle rigolade.

En résumé, notre cerveau perçoit le micron d’un milliardième des informations de ce qui se déroule dans le monde et dans notre suffisante outrecuidance, nous pensons être intelligents et surtout informé. Quelle audace !

Alors, il est possible que dans quelques décennies, nos cerveaux se connectent à des supers ordinateurs qui nous fournissent en temps réel des informations à n’en plus finir. Nous pourrons ainsi nous venter de savoir enfin.

Ce sera un merveilleux progrès. Pourtant, je ne peux pas m’empêcher de penser que nos peurs seront toujours les mêmes. Notre cupidité sera toujours la même. Notre orgueil sera toujours le même. Sur une terre où le QI moyen sera celui de Elon Musk ou de Bill Gates, si nos passions sont toujours nos Maîtres, quel sera l’intérêt de tout ce chemin technologique ?

Chaque grande entreprise est doté d’un Président, d’un directeur financier, d’un patron du marketing ou de la recherche, mais quelle est l’entreprise qui s’est doté d’un contre pouvoir puissant composé de sages ? Quelle Obédience maçonnique est structurée autour d’un Grand Maître administratif pour gérer la politique et d’un Guide sage qui conduirait tout le monde sur la voie du bonheur, plus que celle du succès ?

Il nous reste encore du chemin… mais je ne suis pas certain qu’on soit sur la bonne route.

Bonne soirée à bientôt

Ma Loge-mère en 2020

D’après Rudyard Kipling. Toute ressemblance etc. Les prénoms ont été changés.

Il y avait S :., le chef de choeur,
G :., de l’énergie,
Y :. , de la logistique,
J :.-P :., de l’informatique,
A :., l’amoureux des livres,
Et F :., le philosophe,
Qui fut deux fois notre Vénérable,
Et aussi Jean l’Ancien, le maître menuisier
Qui façonna nos équerres et nos maillets.

Dehors, on se disait : « Sergent, Monsieur, Salut, Salam ».
Dedans c’était : « Mon frère », et c’était très bien ainsi.
Nous nous réunissions sur le niveau et nous nous quittions sur l’équerre.
Moi, j’étais Expert dans ma Loge-mère, là-bas !

Il y avait encore Fr :., le comptable,
R :., le juif d’Oran,

Toujours de bonne humeur,
P :., l’architecte au soleil,

Toujours la main tendue,
Le sieur Jacques L :., mon parrain et maître,
J :.-P :. le rouge,
Et R :., des escales de réparation,
Le Catholique romain.
H :. mon filleul, le jeune harmoniste,
qui relie le présent au passé
R :. son jumeau, le jeune architecte, son complice,
Féru d’histoires et d’Histoire,
F :. l’ancien, l’ancien architecte et poète,
O :. le graphiste, notre secrétaire,
ajoutant la beauté à l’efficacité
J :. le médecin des esprits,
F :. le kiné, soigneur des corps et des âmes
L :. l’ingénieur, tout fait d’équerres
T :. le héros et artiste,
et tant d’autres que la vie a éloignés.

Nos décors n’étaient pas riches,
Notre Temple était vieux et dénudé,
Mais nous connaissions les anciens Landmarks
Et les observions scrupuleusement.
Quand je jette un regard en arrière,
Cette pensée, souvent me vient à l’esprit :
« Au fond il n y a pas d’incrédules
Si ce n’est peut-être nous-mêmes !

Car, quand nous pouvions, après la tenue,
Nous nous réunissions pour dîner et causer. Causer surtout.
Nous osions faire de banquets
Sans peur d’enfreindre le régime de certains frères.
Et nous causions à cœur ouvert de religion, de politique et d’autres choses,
Chacun de nous se rapportant
A ce qu’il connaissait le mieux.
L’un après l’autre, les frères prenaient la parole
Et aucun ne s’agitait.
L’on se séparait à la nuit, quand fermaient les transports
Et le maudit métro porte-fièvre ;

Comme après tant de paroles
Nous nous en revenions à pied ou VTC,
Platon, Dieu et Karl Marx
Jouaient étrangement à cache-cache dans nos têtes.

Bien souvent depuis lors,
Mes pas errant au service du Gouvernement,
Ont porté le salut fraternel
De l’Orient à l’Occident,
Comme cela nous est recommandé,
De Toulon à Valenciennes,

De Gramat à Paris,
Mais combien je voudrais les revoir tous
Ceux de la Loge-Mère, là-bas !

Comme je voudrais les revoir,
Mes frères de tous horizons,
Et sentir le parfum des bières, des panachés et des Monacos
Pendant que circulent les serveurs,
Et que le Maître des Cérémonies s’active,
Pour nous réunir sur le parvis
Et me retrouver parfait Maçon
Une fois encore dans ma Loge d’autrefois.

Dehors, on se disait : « Sergent, Monsieur, Salut, Salam ».
Dedans c’était : » Mon frère « , et c’était très bien ainsi.
Nous nous réunissions sur le niveau et nous nous quittions sur l’équerre.
Moi, j’étais Orateur dans ma Loge-mère, là-bas !

Vous me manquez tous !

Un café et l’addiction

Le plaisir étant addictif, les réseaux sociaux nous ont gobés facilement, en flattant notre narcissisme et notre propension aux indignations vertueuses. Résistons.

Dans notre devise, la liberté vient d’abord. On a beau parler abondamment d’égalité, et un peu de fraternité, dans nos pays la liberté est profondément ancrée dans nos esprits et considérée comme un acquis définitif.

Et il s’agit là de liberté individuelle , même si au collectivisme d’antan s’est substituée une certaine vogue des communautés . Jeunes, nous avons pour la plupart bravé quelques interdits parentaux et goûté la petite ivresse de la transgression ; certains d’entre nous ont continué à la rechercher : une drogue commence toujours par séduire. Les années post-68 ont aussi entraîné à la consommation de drogues plus physiques, avec les conséquences que l’on sait.

Le pendant de la liberté est donc une dépendance au plaisir, c’est-à-dire une perte de liberté par recherche compulsive de ce plaisir, recherche qui peut devenir de plus en plus douloureuse s’il y a accoutumance.

Les années actuelles, déjà avant l’avènement des outils informatiques, avaient vu un glissement progressif des outils de communication vers des modes plus visuels : à témoin, le succès des bandes dessinées. Mais l’ordinateur devint personnel, comme son successeur le smartphone, aussi c’est l’égo qui s’en est trouvé tout flatté : je vais lancer mon blog, publier mes billets d’humeur ( ben quoi ? ) , et surtout envoyer partout mes selfies , pour lesquels je réserverai mes plus beaux sourires .

Une étude américaine a chiffré qu’en moyenne un individu exerce plus de 2600 pressions sur son smartphone par jour. N’est ce pas merveilleux que nous soyons si intéressés par la marche du monde ? Hélas, l’explication est ailleurs :  les réseaux sociaux sont conçus pour que nous y devenions accro : chaque like, chaque commentaire, même négatif, nous crée un petit shoot de dopamine, qui nous conditionnera à revenir et revenir encore.

C’est pour y parvenir que les algorithmes s’évertuent à ne nous présenter que ce qui peut nous provoquer une réaction émotionnelle  . Premier danger en passant :  nous croyons avoir une fenêtre ouverte sur le monde, mais en réalité la fenêtre ne nous montre que ce qui sert à maintenir notre addiction.

Mauvaise nouvelle : l’addiction est le mieux renforcée lorsque le pic émotionnel est intense, et qu’est ce qui crée les pics les plus intenses, suivis d’actions ( « engagement » selon la terminologie psychologique ) ? La rage et l’indignation.

Colère et indignation sont nommés «  affects narcissiques par excellence » ; ils correspondent bien à l’époque.

Les actions rapides sont, entre autres, le partage immédiat ou la signature de pétitions sans réfléchir : bonjour fake news, complotisme, haine, populisme .

Et nous les francs-maçons dans tout ça ? Bon, une partie a renoncé à ces outils récents,  échappe donc à leurs inconvénients et risques, mais comprend de moins en moins  la marche du monde actuel. Pourquoi pas, si c’est un choix conscient . Toutefois, ils s’aventurent parfois sur Facebook, et sont alors estomaqués lorsqu’en s’inscrivant ils se voient immédiatement proposer comme « amis » pleins de frères ou sœurs de leur atelier.

Les autres, ceux qui souhaitent « rester dans le coup », se verront proposer des tas d’infos émaillées de liberté, égalité, fraternité, initiation, symbolisme, et tous les mots-clés associés à notre ordre : c’est-y pas un beau bac à sable, ça ?

Vous l’aurez compris, notre boulot est

  • de ne pas nous laisser piéger ( en particulier, ne plus nous contenter de ce que le système algorithmique propose, et même nous forcer à aller voir ce que le système ne propose pas, avant de nous forger une opinion personnelle fondée sur des faits ),
  • de rester présents dans la cité,
  • les yeux ouverts et prêts à regarder la réalité en face ( après recoupement des infos ),
  • la truffe humide pour flairer le non-dit,
  • le cerveau alerte et l’esprit ouvert pour affiner notre vision avec nos frères et sœurs,
  • avant d’agir dans la société, cœur et esprit alignés, en toute exemplarité.

Les réseaux sociaux sont métastasés par quelques maçons frustrés

Tous ces merveilleux outils relationnels que nous nommons réseaux sociaux (Facebook en tête, mais pas que…) permettent à la Franc-maçonnerie de vivre et de se diffuser en dehors des Loges. Je trouve cela formidable et nous pouvons nous en réjouir, car nous devons vivre avec notre époque.

Certains puristes affirmeront pourtant que ces réseaux dénaturent notre art. Ont-ils raison ou bien tort ? Chacun est libre de ses pensées… il leur suffit de ne pas les utiliser, car nous sommes des Humains libres.

Pour ma part, la Franc-maçonnerie n’a pas besoin de ces outils pour perdre son âme. Elle se perd toute seule par l’attitude de quelques maçons indélicats. Je ne parle pas des pseudos affairistes, politiciens de Loge ou illuminés du spiritisme mystico-gélatineux. Non non, je parle des quelques dizaines de malfaisants qui n’ont pas attendu la COVID19 pour se masquer afin de déverser leur venin haineux sur nos billets d'(bonne) humeur !

Comme vous le savez, je suis assez actif sur Facebook. Je ne compte plus les heures passées à remettre à l’ordre tous ces lâches qui profitent d’un profil pourvu d’un pseudonyme et d’une image de type avatar pour s’ériger en grand philosophe pour certains, spécialistes de l’UNIQUE Franc-maçonnerie la seule la vraie pour d’autres ou encore les frustrés de la vie qui viennent tout simplement distiller leur venin frelaté sur certains des échanges de nos murs virtuels. Vous savez bien de qui je parle, non ? Vous avez forcément lu ces messages en question. Ces malfaisants sont comme des virus qui viennent se nourrir, tel des parasites gluants.

Le meilleur exemple en date est celui vécu sur Hiram.be du 26 juin dernier. J’offrais ce matin là sur ce blog un article intitulé :

« L’ARGENT DE LA FRANC-MAÇONNERIE NOUS APPARTIENT À TOUS !« .

Il y a eu en retour 63 messages et commentaires divers sur 4500 lectures. L’analyse de certains d’entre eux vaut son pesant d’or. Pour l’exemple, une certaine Sylvie affirme :

  • « Ça sent l’aigri tout ça…« 

lorsqu’un autre MARCO TESTOS, probablement grand spécialiste en psychologie des réseaux détecte chez moi quelques carences mentales lorsqu’il écrit sous couvert de son téméraire anonymat :

  • « Il est évident que ton besoin de reconnaissance est tel qu’il t’amène très (trop) souvent à surcompenser.« 

Mais, la palme d’or revient sans conteste à un certain JEAN-CLAUDE P qui écrit :

  • « Franck Fouqueray, qui a tenté il y a quelques mois une OPA (ratée) sur la grande maitrise d’une micro obédience égyptienne d’ailleurs bien mal en point (être grand maître. De n’importe quoi, mais grand maitre ! le rééééve…) après avoir posé à poil sur la couverture d’un de ses aussi inutiles que racoleur bouquin sur la franc-maçonnerie où il nous explique en long et en large sa petite, non pardon, très grande vision de la chose ne sait plus quoi inventer pour exister faire parler de lui et vendre trois bouquins pour gagner trois sous sur le dos de cette maçonnerie qu’il dénigre dès qu’il croit qu’un peu de buzz peut lui servir. Pauvre pantin.« 

Je ne vous parle que d’un sujet paru le 26 juin dernier. Imaginez bien que chaque matin nous amène son lot de gentillesses de ce genre.

Ma question est donc la suivante : Avez-vous déjà assisté en Loge à des interventions de cet acabit ?

Avez-vous déjà vu un Frère MARCO TESTOS ou une Sœur Sylvie Machin se lever après une planche et se mettre à l’ordre pour déclarer tout de go :

  • « Vénérable Maître, je vous avoue que ce travail qui vient de nous être présenté m’a permis de récupérer les 25 minutes de sommeil qui me manquaient ce matin. Notre Frère conférencier devrait songer à se faire homologuer par la sécurité sociale afin de se faire rembourser sous forme de soporifique ! J’ai dit VM « .

Bien sûr que non !!! Personne n’est assez perfide pour aller en Loge déverser sa bile haineuse au vu et su de toutes et tous. En Loge, tout le monde vous reconnait et il faut être courageux pour regarder dans les yeux un Frère ou une Sœur et lui dire ce genre de méchanceté non fraternelle. Car appelons par son nom ce type de comportement : Lâcheté Ces aigris de la vie viennent sur nos réseaux, ils et elles sont telles des métastases qui viennent étouffer nos échanges par leurs frustrations malsaines.

J’avoue que je ne dois pas être très normal de perdre mon temps chaque jour en laissant une trace sur ces dits réseaux en remettant à leur place ces grands frustrés. Il m’arrive régulièrement de bloquer définitivement certains d’entre-eux afin de ne plus jamais les (cyber) croiser. J’ai la candeur de penser que si nous faisions tous pareil, ils se sentiraient bien seul sur les réseaux et finiraient par les quitter.

Peut-être pourrions-nous songer à lancer le mouvement BalanceTonFranc-Métastase#

Tout le monde sera d’accord avec moi, la Franc-maçonnerie est avant toute chose une école de la bienveillance et de la franchise, en somme de la fraternité. Lorsque ces malfaisants se montrent odieux, ils font honte à notre art et laissent une trace écrite, trop souvent lue par des profanes qui ne viendront jamais nous rejoindre à cause de cela. Pensons-y !!!