…La franc- maçonnerie, consciente de la nécessité de trouver de nouvelles voies de recherche spirituelle vient, par bonheur, de faire une découverte que l’on peut qualifier de « fondamentale » : les jeunes maçons des Etats Unis d’Europe se sont enfin aperçus que la verticalité, si chère aux anciens et qu’ils tentaient d’atteindre en levant orgueilleusement les yeux vers le ciel… ne pouvait guère les mener très haut. Pour la bonne raison que la vieille échelle galactique à 33 barreaux était bien trop courte, afin d’atteindre les sommets et autres organes… zénithaux, tant convoités.
Avec cet esprit curieux et novateur – précisément après la lecture d’un vieux grimoire des années 6000, déniché dans une librairie libertine de Soho, à Londres, indiquant que « tout ce qui est en bas est comme tout ce qui est en haut » – un maître anglais, fraîchement élevé, A. London, frère de la « Big Ben Lodge », décide de faire un nouveau séjour dans le cabinet de réflexion. Sa judicieuse méditation lui rappelle les vertus de l’humilité… et, tout naturellement il baisse la tête vers l’humus. Eureka! Il a soudain la révélation. En redécouvrant sous une épaisse couche de poussière, la formule alchimiste V.I.T.R.I.O.L. (Visita Interira Terrae, Rectificandoque, Invenies Occultum Lapidem : Visite l’intérieur de la terre et, en la rectifiant, tu trouveras la pierre cachée) gravée dans le sol, il comprend que la verticalité peut aussi s’obtenir en descendant plutôt qu’en montant. Il fallait y penser…
…C’est ainsi que, par un juste retour des choses, on repassa de la maçonnerie spéculative à la maçonnerie opérative…
Le 1er avril, trois maçons allemands berlinois, appétents de spirituel et de spiritueux, de la sorte impatients de mesurer leur grandeur d’âme et leur contenance alcoolique, décident de descendre dans une grotte à 100 mètres sous terre, avec leurs sacs à dos lestés d’une « kolossale » provision de bière. Après un examen minutieux du terrain, et 50 boîtes de bière plus tard, ils aperçoivent dans la boue, plusieurs filaments de cuivre. Ils les remontent à la surface et, en grand secret, les apportent à Otto Büss, Vénérable Maître de la « Gross Bertha Logius ». Quelques jours plus tard, la maçonnerie opérative allemande, triomphante, annonce à la radio aux Etats-Unis d’Europe que, preuves à l’appui, les Goths disposaient d’un réseau téléphonique !
Le 1er mai, trois maçons écossais de Dublin, après avoir bien arrosé la fête du travail, mais très assoiffés de spiritualité, veulent éprouver… leur profondeur personnelle. Jaloux de l’exploit des maçons allemands, ils font le pari de descendre dans une ancienne mine de charbon à 200 mètres sous terre, non sans emporter quelques magnums de vieux whiskey. Après une sieste méritée au fond de la galerie, dégrisés, ils découvrent sous leurs pieds des débris de verre, qu’ils remontent précieusement à la surface et remettent à Vénérable Maître de leur atelier, Mac Intosch, « The Lodge Fantom in kilt ». Quelques heures avant le week-end, la maçonnerie écossaise, enthousiaste, déclare par voie de presse au monde entier que, pièces à conviction expertisées, les Vikings bénéficiaient d’un réseau câblé en fibre optique !
Le 14 juillet, trois maçons français de Paris, membres de la loge « Les Copains d’abord », piqués au vif par les découvertes de leurs frères allemands et écossais, et désireux aussi de fêter dignement la Liberté, décident de faire un super-coup. Revêtus d’une tenue de spéléologue, un container de 20 litres de beaujolais accroché à leur cordon tricolore, cinq baguettes de pain et deux camemberts dans leur musette, ils descendent dans une champignonnière désaffectée, à 300 mètres sous terre. Ils cherchent toute la journée, la langue pendante. Ils râclent, ils creusent toute la nuit. Puis encore une journée, encore une nuit…mais rien, ils ne trouvent rien! Penauds, les patates au fond du filet, à court de gros rouge, ils remontent à l’air libre et foncent expliquer leur mésaventure, d’abord à Sam’ Dirien, Vénérable de la loge. Celui-ci, dubitatif, les renvoie vers le Grand Maître de l’Obédience, Gérard Manvussat, qui s’enflamme aussitôt, véritablement enthousiasmé! …
…Le lendemain, la maçonnerie française, par le biais de toutes les chaînes de télévision, annonce au monde entier ébahi – que, sans aucun doute possible… les Gaulois communiquaient avec des téléphones portables !
Une boucle de causalité, dans un contexte de voyage dans le temps ou de rétro-causalité, est une séquence (d’actions, d’informations, d’objets, de personnes), dans laquelle un événement est en partie la cause d’un autre événement, qui à son tour est l’une des causes du premier événement mentionné…
Déjà Homère l’observe dans un des épisodes de l’Iliade : alors que la bataille entre les Grecs et les Troyens s’engage dans une phase critique, vue du haut de l’Olympe par la famille des Dieux et des Déesses – les uns et les autres partagés entre l’un ou l’autre camp des belligérants –, Héra cherche comment détourner l’attention de Zeus. En effet la situation vient de prendre un tour désavantageux pour les Grecs qu’elle protège depuis le départ des bateaux du port d’Agamemnon vers Troie…
Grâce à son intelligence de femme et de déesse, Héra a l’idée d’une ruse. Elle se pare de ses plus beaux atours et, par précaution, sollicite d’Aphrodite un talisman d’amour avant de s’élancer de l’Olympe vers l’île de Lemnos, proche de la Troade, à la pointe de l’Asie mineure. Là, elle trouve Hypnos, le dieu du sommeil et elle l’emmène avec elle vers la région montagneuse de l’Ida.
Prudente, elle ne s’approche de l’île qu’avec beaucoup de précautions, protégée par le talisman d’Aphrodite. Hypnos, deux fois plus prudent qu’elle, n’accepte de l’accompagner que jusqu’à la clairière, à la limite du sanctuaire de Zeus. Or celui-ci, dès qu’il aperçoit Héra, « un voile de désir obscurcit sa raison, comme la première fois où ils s’étaient unis en amour, en se rejoignant dans la même couche, à l’insu de leurs parents ». La rusée feint la pudeur. Confronté à cet émoi féminin, Zeus couvre le sommet de la montagne d’un nuage de rosée.
Le nuage d’où perle l’abondante rosée n’est pas seulement le moyen de protéger la Déesse, il est aussi le signe que les ondées vont faire reverdir non seulement les flancs du Mont Ida, mais la région de la Troade tout entière. Quand Héra s’abandonne dans les bras de Zeus, l’accouplement divin garantit la fertilité des champs et la fécondité des troupeaux. Zeus avisé va même jusqu’à faire surgir une herbe fraîche, dense et moelleuse, parsemée de trèfle humide et parfumée de jacinthes et de ces fameux crocus jaunes qui fleurissent abondamment en fin d’hiver dans ces lointaines contrées…
Le Zeus de l’Ida mêle donc les traits d’une divinité climatique et bucolique à celle d’un Dieu montagnard localisé dans un point central de régulation météorologique de toute la Troade. Le massif montagneux est en effet le véritable château d’eau de la région, qui rassemble les nuages chargés de pluies fréquentes sur ses cimes, mais qui est aussi un lieu d’énergie cosmique déclenchant des éclairs et des tonnerres incroyables !
Dompté par l’amour et le sommeil, Zeus s’endort contre le corps de son épouse pendant qu’Hypnos court porter la nouvelle au dieu Poséidon pour qu’il puisse intervenir dans l’évolution de la bataille. Ainsi, Poséidon rassemble les héros du camp en une phalange soudée et prend ouvertement la tête de l’armée achéenne, cet ensemble des peuples engagés pour assiéger Troie. Hector de son côté range les Troyens, mais la partie est inégale. Hector est touché au plexus solaire par une pierre que lui lance un adversaire. Il s’écroule. On l’emporte à l’arrière. Les Achéens progressent…
Alors que la déroute des Troyens est totale, Zeus se réveille. Il voit la fuite des Troyens et Poséidon s’agitant au milieu des Achéens. Il comprend aussitôt de quelle ruse il a été victime même si Héra lui jure (ses grands dieux ?) qu’elle n’y est pour rien ! Sur son ordre, Iris et Mercure sont mandatés par le Dieu souverain : l’une conseille au Maître de la Mer, Poséidon de respecter la décision originellement établie, à savoir que Zeus possède toute royauté sur la terre et ce, de manière indivise et qu’il doit cesser ce défi fraternel insensé. Quant à Apollon il ranime Hector, lui redonne force et vigueur pour le relancer au combat, notamment en agitant l’égide, le bouclier magique en peau de chèvre, frangé d’or, qui provoque tant de tonnerre et de vacarme qu’il sème un véritable vent de panique dévastateur dans les rangs achéens…[1]
Notre observation : dans les rituels maçonniques, les lieux élevés sont fréquemment évoqués, comme autant d’étapes symboliques décisives et souvent conflictuelles sur le chemin de la spiritualité. Elles localisent ou un mont entre ciel et terre, choisi pour une rencontre séparée afin que le prophète dialogue avec Dieu, ou un point de vue dominant retenu après accord pour ériger le Temple – ou un sanctuaire suffisamment grand pour rassembler le troupeau d’âmes pieuses. Parfois le mont fait « symbole » et souvenir du sacrifice accompli pour la rédemption de l’humanité. Quelquefois, il se nomme « calvaire », et comme pour toute montagne sont exigés, (cela va de soi) moult efforts d’endurance à ceux et celles qui tentent ou se hâtent d’en gravir les pentes !
Jamais (à notre connaissance) n’est cité le Mont Ida ! Il est pourtant bien connu comme siège des tempêtes, des tornades et des orages, du moins comme le lieu de la confusion la plus extrême. Certains estiment que, cachés du côté de son adret ou de son ubac, il abriterait quelques cavernes secrètes comme autant de lieux de vie et de régénérescence… Mais les cartographies manquent à ce jour de précisions scientifiques…
En conséquence, nous hésitons à vous en donner une adresse plus complète, même si, le Mont Ida fut, au moins une fois, le site d’un accouplement charnel et voluptueux avec des effets climatiques très spécifiques dans une boucle causale devenue depuis très réputée !
[1] La suite de cet épisode est à retrouver dans le récit d’Homère, grand reporter de guerre… si vous ne connaissez pas la fin ?
Il y a les symboles, les rites, les pratiques ou encore les ateliers hebdomadaires, mais celles et ceux qui entrent dans la franc-maçonnerie évoquent surtout un « grand voyage » philosophique, intellectuel et finalement très personnel.
Mais pour les autres, qui en restent éloignés, qui observent ou ne se posent pas trop de questions, les loges maçonniques restent un mystère. Un secret bien gardé, ou presque. « Ce qui se dit en loge, ne sera pas répété à l’extérieur… » : voilà pour le dicton.
Dans ce troisième et dernier épisode de « Parlons d’Histoire » sur la franc-maçonnerie, nous évoquons son influence politique en compagnie d’Hervé Hasquin, ancien Ministre-président MR de la Communauté française et ancien recteur de l’Université libre de Bruxelles. Selon lui, « les maçons ne parlent pas de politique en loges, mais bien de sujets de société (IVG, euthanasie…) qui peuvent faire débat en politique ou qui ont des résonances politiques. On n’attend pas des maçons qu’ils aient un comportement moutonnier au Parlement. Ce qui importe, c’est la liberté de conscience, d’autant qu’il n’y a pas de sujets tabous. Et non, on n’écrit pas les lois en loges. »
La chaîne YouTube les Sentiers Initiatiques a posé la question à Jean-Claude Pascal, qui, contre toute attente ne nous a pas perdu dans de grandes considérations théologiques ou cosmogoniques, mais nous a mené, à travers les mythes gnostiques jusqu’à éveiller un questionnement quant à l’origine de nos propres croyances.
Que raconte le mythe de Sophia, récit incontournable et sous-jacent à de nombreux écrits gnostiques ? Qu’est-ce que la gnose, si ce n’est pas une connaissance secrète, mais belle et bien révélée ?
Pourquoi suscite-t-elle tant d’engouement, de passion, voire de malaise ? Dans cet entretien illustré et précédé d’une animation résumant une partie du récit de l’Apocryphon de Jean, récit gnostique par excellence, le spectateur, l’auditeur, pénétrera ce mythe constitutif de ces enseignements s’étant répandus sur ces terres qui deviendront chrétiennes. Comme le faisaient les gnostiques de l’époque, levant le voile sur certains écrits de la bibliothèque de Nag-Hammadi, décryptant les mythes, de la Chute de Sophia, de la création de l’homme, du discours du Serpent à Eve, ou encore de Caïn et d’Abel, Jean-Claude Pascal nous interroge sur l’essentiel de notre humanité, sur l’illusion ou la réalité du monde, sur le sens d’une quête : «Sommes-nous enfermés dans nos croyances? » Les Sentiers Initiatiques.
La pratique apparemment archaïque du serment maçonnique reste d’une parfaite actualité. Pourquoi ? Parce que le serment fait renaître celui qui le donne. Paradoxalement, alors qu’il s’engage solennellement à respecter les « obligations » qui lui sont demandées, l’initié inaugure un chemin de libération fondé sur la parole donnée à condition qu’elle ne soit pas juste répétée mais intégrée, digérée, restituée. Bref, que ce soit une parole de vie ! Explorant à la fois l’histoire et les différentes dimensions du serment, cet essai ouvre une porte capitale : celle de la responsabilité !
À propos de l’auteur,
Boris Nicaise est membre de la Grande Loge de Belgique où il a exercé diverses fonctions, dont celle de Vénérable Maître. Il préside actuellement le Conseil Initiatique Supérieur du Souverain Collège du Rite Ecossais pour la Belgique, au 33e degré. Il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages. Celui-ci est son dixième essai maçonnique.
La Grande Loge Provinciale de Bourgogne Franche-Comté vous invite à une conférence afin de mieux faire connaître la Franc-Maçonnerie régulière et de tradition.
Une très belle façon d’échanger sur une démarche spirituelle d’actualité avec la Grande Loge Nationale Française (GLNF). Et, sans doute, d’en apprendre plus sur le goût du secret, les réseaux, leurs influences – ou pas – et toutes les idées – fausses ? – reçues…
Initié il y a bientôt 30 ans à la Grande Loge Nationale Française, Pierre Jacob, conférencier d’un soir, a été Grand Maître Provincial de ladite Province et Assistant Grand Maître de la GLNF. Il est sophrologue et dirige deux écoles de sophrologie à Dijon et à Besançon.
Blason GLP Bourgogne Franche-Comté
– Infos pratiques
Conférence « La Franc-Maçonnerie : une tradition d’avenir »
Mardi 10 mai 2022 à 19h/Hôtel Mercure Auxerre, RN 6 – Lieudit « Le Chaumois » 89380 APPOINGNY
Invitation gratuite – La conférence sera suivie d’un cocktail
Lorsqu’il prend ses nouvelles fonctions de lieutenant général de police de Paris, le 28 août 1725, René Hérault de Fontaine a 34 ans. Il vient de réussir brillamment comme intendant de la généralité de Tours et il est loin d’imaginer qu’il va devoir s’intéresser à la franc-maçonnerie en plus de la lourdeur de sa tâche.
Car assurer la sécurité publique n’est pas une mince affaire quand on songe au pullulement des tire-laines, coupe-jarrets, crocheteurs et filous de toute espèce, qui se sont concentrés sur Paris, attirés par la Cour et son luxe, et qui prennent les traits de la mendicité gémissante et pitoyable pour mieux commettre leurs méfaits. Ces hors-la-loi ont même créé des secteurs interdits où nul n’ose s’aventurer, comme la fameuse Cour des Miracles, ainsi nommée parce que le soir venu les culs-de-jatte y retrouvent – comme par miracle – leurs jambes, les manchots leurs bras et les aveugles leurs yeux. En fait, ces hordes de malandrins ne rendent de comptes qu’à un chef et un seul, le « Roi de Thunes »…
Le « grand Coësre ». Gravure extraite du Recueil des plus illustres proverbes divisés en trois livres : le premier contient les proverbes moraux, le second les proverbes joyeux et plaisans, le troisième représente la vie des gueux en proverbes, Jacques Lagniet, Paris, 1663
Et puis Paris est une ville sale, encombrée d’immondices jetées en pleine rue depuis les fenêtres d’où l’on vide les seaux d’aisance, tandis que les égouts sont situés en pleine ville : les rues étroites, creusées en leur centre par un caniveau, sont de vrais cloaques et les épidémies, véhiculées par les rats, les mouches et les parasites divers ne sont pas rares. En été l’odeur est pestilentielle. C’est pourquoi les belles, en chaise à porteur, soutiennent sous leur nez, d’une main gantée, un mouchoir imbibé de parfum. Face à cette triste réalité, Hérault prend des initiatives : il commande que les égouts et les décharges d’ordures soient refoulés à l’extérieur de la ville ; il fait arroser les rues pendant les fortes chaleurs d’été ; par décret du 30 juillet 1729 il instaure aussi une signalétique en apposant des plaques de pierre portant le nom des rues, mais échoue dans sa tentative de numéroter les maisons, la noblesse se refusant à enlaidir les façades de ses hôtels particuliers.
Ces initiatives sont d’autant plus méritoires que le vieux cardinal Fleury que Louis XV a nommé Premier ministre pour le récompenser d’avoir été son précepteur, voit des complots partout, ce qui mobilise le lieutenant général de police sur des vétilles. Or, il s’inquiète d’un groupuscule qui, à cette époque, est encore… anglais ! Car la première loge créée à Paris, le 12 juin 1726, était due à lord Derwentwater accompagné d’une poignée d’exilés. Les tenues avaient lieu tantôt chez le traiteur anglais Hure, à l’enseigne « Au Louis d’Argent », tantôt à l’auberge Debure, et la loge avait pris « Saint-Thomas » pour patron et patronyme.
Quelques autres étaient nées ensuite, à Paris ou en province, comme la célèbre loge d’Aubigny-sur-Nère (au nord de l’actuel département du Cher), qui se réunissait dans la propriété de la duchesse de Porstmouth et avait reçu, le 12 août 1735, Desaguliers en personne, en présence de Montesquieu. Mais le 31 mars 1731, quand meurt le duc de Wharton – à qui J. T. Desaguliers avait dédié ses Constitutions de 1723, et qui, exilé, était naturellement devenu Grand Maître des loges françaises – on ne compte guère que quatre loges à Paris. C’est dire le caractère confidentiel d’un mouvement surtout composé d’émigrés stuartistes qui rêvaient de restaurer sur le trône Jacques III (Jacques II était mort en 1701), héritier légitime des royaumes d’Écosse, d’Angleterre et d’Irlande, évincé du trône en raison de son catholicisme. Mais leur complot, si complot il y avait, n’était guère concluant…
Pourtant la franc-maçonnerie progresse et sort du cercle anglais. Des traductions de rituels circulent parmi les membres. Louis-François de La Tierce, alors membre de la Loge du Duc de Lorraine à Londres, traduit en français les Constitutions (d’Anderson) et son livre paraît à Francfort en 1742. Mais déjà en 1737 il existe 9 loges sur Paris et 8 en province.
René Hérault, dépourvu d’états d’âme, suit de près les activités des frimassons pour le compte du Conseil du Roi, dominé par Fleury. En 1737 il l’informe que de « nombreux » seigneurs pratiquent la franc-maçonnerie. Il donne des noms. Louis XV décide alors de leur refuser l’accès à la Cour « en raison du secret impénétrable qui semble couvrir un dessein qui pourrait aboutir au désavantage du royaume ». La bataille est engagée.
Le ton va se durcir à la suite d’un revirement politique. En 1737, la France et son ennemie jurée l’Angleterre, se réconcilient. Fleury et Walpole, le conseiller particulier de George II d’Angleterre qui fait fonction de Premier ministre, doivent faire face, l’un comme l’autre, aux ambitions espagnoles et à la crise polonaise, sans compter la menace prussienne qui se dessine avec l’électeur Frédéric-Guillaume qui met en place une forte armée. Ce rapprochement sera, certes, de courte durée, mais il est mis à profit par l’ambassadeur d’Angleterre à Paris, Lord Waldegrave, qui « oublie » son appartenance maçonnique pour servir son pays et… sa gloire personnelle ! Or, il connaît bien le grand maître de la maçonnerie française, Charles Radcliffe, comte de Derventwater, et le sait très engagé en faveur de la restauration des Stuarts. S’il pouvait éliminer la franc-maçonnerie de France, se dit-il, il éliminerait du même coup ces comploteurs d’exilés qui soutiennent l’émigré Jacques III d’Angleterre et VIII d’Écosse, qu’on nomme « chevalier de Saint George ».
Notre ambassadeur demande donc au cardinal Fleury de prohiber les réunions maçonniques dans tout le royaume. Il parvient à ses fins. Le 17 mars 1737 : « toutes associations, notamment celles des freys-massons » sont interdites, en dépit de quelques interventions courageuses comme celle de Ramsay qui remettra au cardinal, à titre d’explications sur la nature de la franc-maçonnerie, un exemplaire modifié de son fameux discours. Mais ayant essuyé un refus ferme et définitif (« ces assemblées déplaisent au roi »), il démissionnera aussitôt de toutes ses fonctions maçonniques pour préserver ce que nous appellerions aujourd’hui ses avantages sociaux…
C’est ici qu’entre en scène le lieutenant général de police de Paris, René Hérault de Fontaine, puisqu’il lui revient de faire appliquer l’interdiction. Et ce n’est pas si facile : comment arrêter un noble de haut rang ?
John Coustos
Pourtant le 17 juillet 1737, quatre mois après l’édit royal, il donne l’ordre à la police d’effectuer une descente dans la loge Coustos-Villeroy qui se réunit « À la Ville de Tonnerre », rue des Boucheries, dans le faubourg Saint-Germain. Cet atelier avait été créé le 18 décembre 1736 par John Coustos, peintre du roi, qui en avait cédé le maillet quelques mois plus tard, à Louis de Neufville, duc de Villeroy, juste après l’avoir initié, le 17 février 1737, et lui avoir conféré, au cours de la même cérémonie, les trois premiers grades. Il lui avait semblé habile de s’abriter derrière un pair de France et, en cette soirée de juillet, face aux agents, l’avenir lui donnait raison.
Les policiers saisissent le livre d’architecture de la loge, divers objets symboliques et les rituels qui nous sont aujourd’hui précieux. Le listing nous montre la diversité des 71 membres : on trouve aussi bien des nobles de tout rang que des roturiers, des artistes et même un ecclésiastique. Mais pas de pauvres : les droits d’entrée sont de huit louis (cent soixante livres), soit la moitié du salaire annuel d’un ouvrier ! On y apprend aussi que la fréquence des Tenues peut atteindre quatre fois par mois et que l’assiduité est faible, de onze à vingt Frères ! Cette perquisition permet à Hérault d’affiner sa tactique.
Ne pouvant arrêter personne eu égard à la qualité des frères présents, il s’attaque aux cabaretiers qui les accueillent en les menaçant de lourdes amendes (3 000 livres ! soit quelque 20 000 de nos euros) et de voir leur établissement muré. C’est ce qui arrive au malheureux Chapelot, à l’enseigne de Saint-Bonet, quai de la Rapée, qui héberge des Tenues suivies d’agapes. Dénoncé par un indicateur, il est pris en flagrant délit le 10 septembre 1737, et sera condamné par Hérault malgré la présence, ce soir-là, du duc d’Antin lui-même, pair de France, qui deviendra grand maître de la maçonnerie française le 28 juin 1738. Toutefois l’aubergiste sera secouru par des frères de la haute noblesse qui paieront l’amende à sa place.
Délogés, les frères trouvent une parade : ils tiendront désormais leurs Tenues dans les hôtels particuliers de la noblesse où il ferait beau voir que les argousins osent entrer ! Pour sa part, Hérault ne s’avoue pas vaincu. Il obtient un rituel d’une « dame de petite vertu », la Carton, qui l’aurait dérobé à un Frère ayant succombé à ses charmes. Il se hâte de le lire pour y découvrir enfin le fameux secret, mais n’y trouve que des discours insipides et des cérémonies qui lui semblent des mascarades. Il imagine alors une stratégie redoutable : les publier. Une gazette à scandales s’en charge et la franc-maçonnerie devient ainsi la risée du public – ce n’était donc que ça ! … – ce qui freinera son développement durant plusieurs années.
Le Vatican, institution absolutiste elle aussi, s’en mêle. Le pape Clément XII fulmine, le 28 avril 1738, la Bulle In eminenti (du nom de ses premiers mots) où il condamne un mouvement clandestin qu’il ne connaît pas, mais qui lui paraît séditieux, car « si leurs actions étaient irréprochables, ils ne se déroberaient pas avec tant de soin à la lumière », écrit-il. Cela servit Fleury, mais patatras ! C’est l’inverse qui se produit. Le Parlement refuse d’enregistrer la bulle, gallicanisme oblige.
René Hérault de Fontaine
René Hérault de Fontaine quittera ses fonctions le 30 décembre 1739 pour l’Intendance de Paris et mourra peu après, le 2 août 1740. Il sera remplacé par son gendre, Claude-Henri Feydeau de Marville qui s’efforcera, lui aussi, de persécuter les francs-maçons. Mais son acharnement sera de courte durée : le cardinal de Fleury meurt le 29 janvier 1743 et celui qui lui succède, Jean-Frédéric Phélypeaux, comte de Maurepas, est… franc-maçon !
Le cahier de vacances du franc-maçon-Programme officiel Apprenti
À partir de 14h, samedi 7 mai, Christine Ribes sera heureuse de vous accueillir pour une séance de dédicace de l’illustrateur François Morel pour ses « LES CAHIERS DE VACANCES DU FRANC-MAÇON » -ÊTRE SÉRIEUX SANS SE PRENDRE AU SÉRIEUX… »
Les Concernant, vous pouvez (re)lire notre « Flash infos » du 29 avril courant https://bit.ly/3LCX8F1
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Le Grand Orient de France a missionné l’IFOP, le célèbre institut de sondages d’opinion, aux fins de conduire une étude portant sur la perception de la franc-maçonnerie en France.
Celle-ci a été réalisée, du 16 au 21 octobre 2020, auprès d’un échantillon représentatif de la population française de plus de 1000 personnes. Les « individus statistiques » ont, tout d’abord, été invités à visionner le film de présentation ci-dessous :
ainsi qu’un PowerPoint détaillant les apports de la franc-maçonnerie pour soi, au sein de la loge et pour la société. Puis, chacun a ensuite répondu à un ensemble de questions.
Deux groupes furent constitués afin d’affecter les répondants en une classe de 25 à 35 ans pour le premier et en une autre de 45 à 65 ans pour le second.
Le GODF se pose des questions, en réalité, pertinentes pour toutes les Obédiences car la compréhension des attentes des profanes vis-à-vis de la franc-maçonnerie reste, en général, assez floue.
Une autre question, qui n’est pas non plus dépourvue de conséquences, émerge par la suite : c’est celle des causes de la démission des Sœurs et des Frères, afin de comprendre pourquoi autant de maçons, aussi bien dans les rangs des Apprentis ou dans ceux des Compagnons que dans ceux des Maîtres, rendent leur tablier, chaque année. Par exemple, la Grande Loge de France enregistre une moyenne de 1000 démissions annuelles de Maîtres maçons. Ces derniers ont suivi le cursus des trois premiers grades et abandonnent ensuite, pourquoi ? Ne serait-il pas temps de mener une vaste enquête auprès de ces milliers d’initiés ? Sont-ils déçus de la méthode ou de l’environnement maçonnique ? Sont-ce d’autres circonstances de vie qui les déterminent ?
Pour le moment, le GODF s’est polarisé sur l’image de notre maçonnerie auprès du public profane. Les questions de cette enquête, que notre rédaction s’est procurée, permettent de constater un très fort déficit d’image et de clarté. En effet, plus de la moitié des interrogés déclarent ne pas vraiment connaitre la maçonnerie. Plus inquiétants sont certains termes associés à notre pratique : Secret, Secte, Élite, Mystère, Réseaux, Confrérie, Argent, Politique, Influence... Fort heureusement, il ressort aussi de bonnes images : Rites, Réunion, Réflexion, Société, Culte, Solidarité, Fraternité, Ordre, Bâtir, Métier, Groupe…
Au fil des questions, on perçoit assez vite que la franc-maçonnerie reste associée à une image de secret, animée par des appétits de pouvoir. Les résultats constatés avant et après explications durant la série de questions posées par l’IFOP démontrent qu’une explication de texte, auprès du public, modifie singulièrement sa perception.
Ce qui devrait alerter l’ensemble des obédiences, ce sont les trois statistiques suivantes : « pour 91 % des sondés, la franc-maçonnerie c’est la culture du secret ; pour 84 %, c’est l’implantation dans les cercles du pouvoir et, pour 79 %, c’est du réseautage ». Partant de ce constat, ne serait-il pas utile de regrouper toutes les forces des instances maçonniques pour travailler à un message commun à l’intention du grand public ?
D’autres questions, telles que la perception de la finalité de la pratique maçonnique, nous éclairent sur les faibles motivations des jeunes pour notre Art. Nous sommes perçus comme ambigus et parfois dépassés par la multitude de plateformes sociales proposées sur le marché.
Sur la question du travail introspectif, il apparaît de nombreuses réticences car naissent alors des confusions avec des voies comme le yoga ou la méditation. Par ailleurs, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur le lien entre le travail collectif et l’introspection individuelle. Il est, cependant, reconnu que la méthode de travail permet l’écoute, le respect de l’autre. La phrase qui ressort souvent est : « La mise en valeur d’un débat apaisé et d’un apprentissage de celui-ci. » Le second point saillant résulte de la possibilité de s’extraire des activités professionnelles et de l’urgence de pouvoir passer un moment avec soi… et les autres.
Concernant la communication de la franc-maçonnerie
Le public souhaite une démarche plus transparente. Il est dit, par exemple, qu’il y a une « attente d’un discours relativement transparent sur le pourquoi de la démarche de communication ». Cela concerne plus particulièrement l’identité des personnalités appartenant à la franc-maçonnerie. On peut s’interroger sur le bien-fondé d’une telle demande. Car le souci du public interrogé est-il réellement la transparence ou la curiosité ?
Les attentes concrètes de ce public concernent essentiellement le libre accès à nos travaux, sur des supports appropriés à tous, une diffusion plus large des conférences ou des réunions publiques et, bien entendu, des prises de position plus claires sur les sujets de société. Cela passe bien évidement par une présence plus assidue sur les réseaux sociaux.
La conclusion de l’étude
Il apparaît que les attentes des 40/60 ans ne sont pas les mêmes que celles des plus jeunes générations. Les plus âgés manifestent un intérêt pour les valeurs défendues par la franc-maçonnerie. Ils semblent intéressés par la bulle de réflexion que constitue la franc-maçonnerie. Une forme de protection propice à l’introspection.
Les plus jeunes sont plus critiques à l’égard de la maçonnerie. Ils ne perçoivent pas très bien le sens de sa pratique et la mettent rapidement en concurrence avec des laboratoires d’idées (couramment appelés « think tanks ») ou des centres de développement personnel voire avec des associations menant des combats sur divers fronts de la société contemporaine.
L’étude précise qu’il convient de trouver un équilibre en matière de communication.
En résumé, on perçoit assez vite que la maçonnerie n’est pas assez précise sur ses objectifs et ses résultats. Elle serait, pour certains, « victime de son mystère ». D’autres affirmeront que ce mystère est précisément le garant de sa longévité, pour assurer la sélection de ses membres et éviter de tomber ainsi dans un mercantilisme pseudo spirituel.
Il serait peut-être bon de réfléchir à des formes de communication globale sur des axes communs. Sachant que la franc-maçonnerie est polymorphe et polysémique, ne serait-il pas temps de créer une commission inter-obédientielle susceptible de formuler un ensemble de propositions illustrant la pluralité des pratiques et, surtout, reflétant la diversité de l’offre maçonnique et son intérêt ?
L’initiative du GODF est à saluer ; elle ne doit pas rester lettre morte, mais servir de tremplin à une réflexion fraternelle étendue à d’autres maisons maçonniques de poids, afin d’harmoniser et de dynamiser des lignes directrices de communication au service de l’Art Royal, en général, et de chaque Obédience en particulier. C’est à ce prix, semble-t-il, que seront mieux perçues la présence et l’action des Sœurs et des Frères sur le terrain… et aménagées les voies de l’avenir.