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À la découverte de la Barcelone franc-maçonne

De notre confrère equinoxmagazine.fr – Par Clémentine Laurent

Barcelone regorge de petits détails et de lieux cachés francs-maçons, symboles d’une société secrète qui a presque toujours été présente dans la capitale catalane… et y est encore très active aujourd’hui.

Barcelone est un peu la capitale de la franc-maçonnerie, en Espagne. Elle regroupe la plus importante communauté de frères en Espagne, et ce depuis des années. Logique, donc, que l’on retrouve quelques symboles maçonniques cachés ici et là dans la ville. Et pourtant, ceux-ci ont bien failli disparaître, lors de la dictature. Jusqu’en 1979, les activités franc-maçonnes étaient illégales en Espagne, et Franco (bien que l’un de ses frères aurait été maçon) a tenté d’effacer tous les symboles qui y faisaient référence. Petit tour dans ce qu’il reste de la Barcelone franc-maçonne. 

La bibliothèque Arús

Un lieu plutôt caché du grand public, en apparence, et qui est pourtant accessible à tous : la bibliothèque Arús. Fondée en 1895 par l’intellectuel et maçon Rossend Arús, c’est l’un des rares bâtiments purement franc-maçons de Barcelone qui ont survécu jusqu’à aujourd’hui, avec des symboles qui ne trompent pas : compas et équerre, sol en damier, statue de la liberté… On suppose qu’un influent franc-maçon l’aurait protégée de la destruction, durant la dictature. Aujourd’hui, la bibliothèque est ouverte à tous et regroupe de nombreux ouvrages sur la franc-maçonnerie. Elle peut d’ailleurs être visitée. 

Par ailleurs, il existe une hypothèse selon laquelle les couleurs du FC Barcelone seraient d’origine maçonnique. Une des loges ayant existé à Barcelone, la loge Avant, possède comme emblème les couleurs bleu et grenat. Le journaliste Xavi Casinos, auteur de divers ouvrages sur la franc-maçonnerie, avance qu’il y aurait peut-être un lien entre les membres de la loge et le fondateur du FC Barcelone, Joan Gamper. 

La bibliothèque Arús – Photo : We Like Bcn

Plus d’infos sur la bibliothèque ici.

Horaires d’ouverture : du lundi au vendredi
Lundi, mercredi et vendredi de 10 h à 15 h
Mardi et jeudi de 15 h 30 à 20 h 30

Toutes les dates de visites guidées ici.

Prix : entrée libre, visite guidée 12 € par personne

Adresse : Biblioteca Pública Arús, Pg. de Sant Joan, 26, 08010 Barcelona

Le Parc de la Ciutadella

En sortant de la bibliothèque, on ne peut s’empêcher de voir l’Arc de Triomphe, dont certains avancent qu’il présente des symboles maçonniques. En le dépassant et en marchant sur le Passeig de Lluís Companys, qui mène au Parc de la Ciutadella, on peut aussi observer que les lampadaires modernistes, œuvre de Pere Falqués i Urpí (1850-1916), ont la forme d’un compas et d’une équerre. 

Arrivés à l’entrée du Parc de la Ciutadella, sur la droite, s’élève le Castell dels Tres Dragons, un magnifique bâtiment moderniste érigé pour accueillir le café-restaurant de l’Exposition universelle de 1888. On trouve notamment sur la façade une frise blanche montrant diverses espèces d’animaux et de plantes, et parmi eux, une étoile de mer à cinq bras et une sorte de “G”, au centre. Pour Xavi Casinos, l’étoile à 5 branches et le “G” de “God” (Dieu, en anglais) sont aussi des emblèmes de la franc-maçonnerie. 

Photo : Derrick Piggott

Plus d’infos sur le parc ici

Horaires d’ouverture du parc : tous les jours de 10 h à 22 h 30
Actuellement, le Castell dels Tres Dragons est fermé au public.

Adresse : Château des Trois Dragons, Passeig de Picasso, s/n, 08003 Barcelona

Le Centre civique-couvent de Sant Agustí

Non loin de là, dans le Born, se trouve un ancien couvent aujourd’hui réhabilité en centre civique : le couvent de Sant Agustí. Et sur l’entablement qui surmonte deux portes d’entrée, on peut distinguer un compas et une équerre taillés dans la pierre, autre indice de la valeur maçonnique de l’ancien couvent. 

Porte-Centre-Civic-Convent-Sant-Agusti

Plus d’infos sur le centre civique ici

Horaires d’ouverture : du lundi au samedi
De lundi à vendredi de 9 h à 22 h
Samedi de 10 h à 14 h et de 16 h à 21 h

Adresse : Centre Cívic Convent de Sant Agustí, Carrer del Comerç, 36, 08003 Barcelona

La Casa Xifré et le restaurant 7 Portes

Près du port de plaisance de Barcelone se trouve l’un des restaurants les plus célèbres de la ville : le 7 Portes. En plus d’être l’un des plus anciens établissements encore ouverts de Barcelone (fondé en 1836), on présume que son premier propriétaire était franc-maçon. À l’intérieur du restaurant, on trouve encore un sol carrelé en damier rappelant le design des loges maçonniques, et on peut observer des feuilles d’acacia dans la décoration, autre symbole de la société secrète. 

Le bâtiment en lui-même, la Casa Xifré, porte aussi un petit clin d’œil à la franc-maçonnerie. Du moins, c’est ce que porte à croire l’horloge qui surmonte la façade : elle n’indique que certains chiffres, dont la somme est 33, un nombre symbolique dans la franc-maçonnerie. 

Photo : Bcn Restaurantes

Plus d’infos sur le restaurant 7 Portes ici

Horaires d’ouverture : tous les jours de 13 h à 17 h

Prix : 70 € le menu du chef, 2 convives minimum (à réserver à l’avance)

Adresse : 7 Portes, Passeig d’Isabel II, 14, 08003 Barcelona

La Cathédrale de Barcelone

Tout le monde ne le sait pas, mais à l’origine, la franc-maçonnerie était avant tout un rassemblement de professionnels de la construction, dont le nom “maçon”. Lors de la construction de la cathédrale de Barcelone, des symboles que l’on pourrait attribuer aux francs-maçons ont ainsi été laissés par les ouvriers et sculpteurs : sur l’encadrement de certaines fenêtres de l’abside, à l’extérieur, on peut encore distinguer des symboles comme des équerres, des compas…

À l’intérieur de la cathédrale, d’autres emblèmes sont aussi visibles, précisément dans la chapelle dédiée à San Sebastián et Santa Tecla. Sur un écusson sont visibles un compas, mais aussi une rose et deux étoiles filantes. Une possible raison de la présence de ces symboles serait le fait que Joan Andreu Sorts, l’homme qui a financé la construction et l’aménagement de cette chapelle, soit lui-même maçon.

Cathedrale-franc-macon-Photo-Jose-Luis-Gimenez

Plus d’infos et réservations ici.

Horaires d’ouverture : du lundi au vendredi de 10 h à 14 h

Prix : à partir de 9 € l’entrée ; visite du patio intérieur gratuite

Adresse : Cathédrale Sainte-Croix de Barcelone, Pla de la Seu, s/n, 08002 Barcelona

La Maison des Chanoines

La Maison des Chanoines ou “Casa dels Canonges”, résidence officielle du président de la Generalitat, s’élève à deux pas de la cathédrale. C’est d’ailleurs de ce bâtiment que part le célébrissime pont néogothique de la Carrer del Bisbe. Ici encore, au-dessus d’une porte, divers symboles de la société secrète sont exhibés : un compas, des étoiles filantes ou encore une rose. 

Casa-dels-Canonges-Maison-des-Chanoines-President-Generalitat-Gotic-franc-macon-architecture-Photo-Jose-Luis-Gimenez

Carrer de la Portaferrissa, 11

À seulement 5 minutes à pied de là, toujours dans le Gòtic, se trouve une auberge de jeunesse, au numéro 11 de la Carrer de la Portaferrissa. Mais à cette adresse si touristique aujourd’hui se situait peut-être auparavant un lieu franc-maçon, à en juger par les symboles qu’arbore sa décoration extérieure. Au-dessus de la corniche de la porte, une alcôve abrite deux enfants de pierre et plusieurs emblèmes maçonniques, comme un compas, une truelle ou encore une équerre.

Sculpture-architecture-Photo Ivan Giménez Chueca

Plus d’infos sur l’auberge de jeunesse ici

Adresse : Hostal Fina, C/ de la Portaferrissa, 11, 08002 Barcelona

Les loges maçonniques

En arrivant dans l’Eixample, on ne parcourt plus le passé de la franc-maçonnerie à Barcelone, on entre dans le présent. Le quartier, né à la fin du XIXème siècle, pourrait bien présenter des caractéristiques maçonnes, étant donné sa régularité et ses mesures précises. On suppose même que l’urbaniste Ildefons Cerdà, à l’origine du plan de l’Eixample, était lui-même membre de la société secrète. 

En entrant dans l’Exemple, on découvre donc la franc-maçonnerie d’aujourd’hui, avec la Grande Loge d’Espagne, qui se situe sur la Gran Via, toute proche du Passeig de Gràcia. 

Photo : Respectable Loge Minerva-Lleialtat de Barcelone

Ce n’est pas la seule loge présente à Barcelone : les francs-maçons se réunissent toujours à la Grande Loge Symbolique Espagnole, à la Grande Loge Féminine d’Espagne, au Grand Orient de Catalogne ou encore à la Grande Loge de France.

Les visites sont très rares dans les loges de Barcelone, mais les sites internet des diverses loges permettent aux curieux d’en savoir un peu plus sur cette société, aujourd’hui plutôt discrète que secrète, et qui partage volontiers ses traditions et son fonctionnement aux intéressés.

Merci à equinoxmagazine.fr

BRESIL : La construction d’un obélisque fêtera les 75 ans de la franc-maçonnerie

De notre confrère brésilien cgn.inf.br

L’obélisque, dont les dimensions ne sont pas encore totalement définies, a une forme pointue et devrait mesurer environ cinq mètres de haut, composé d’une base…

Ce jeudi (05), les vénérables des cinq loges maçonniques d’Apucarana ont présenté au maire Junior de Femac le projet de construction d’un monument architectural pour commémorer le 75e anniversaire de la présence de l’organisation fraternelle dans la commune.

L’obélisque, dont les dimensions ne sont pas encore totalement définies, a une forme pointue et devrait mesurer environ cinq mètres de haut, composé d’une base en forme de pentagone en symbologie des cinq magasins, une extension en pierre brute et une autre en pierre polie , le symbole de la franc-maçonnerie sera mis en évidence.

Avec l’autorisation de la mairie, la structure sera érigée sur le rond-point situé en haut de l’Avenida Curitiba, au confluent avec les avenues Rio de Janeiro, Paraná et Carlos Schmidt. Tous les frais de construction seront pris en charge par les loges maçonniques, qui seront également responsables de l’entretien permanent du monument et du jardinage du matériel routier. « Les loges maçonniques sont une des richesses d’Apucarana, qui est une ville basée sur le travail, sur la force des personnes et des institutions. C’est un honneur de pouvoir contribuer à ce moment historique, d’offrir un espace public aux commerces pour construire cet obélisque qui marque les 75 ans de présence de la franc-maçonnerie dans la commune », a souligné le jeune maire de la Femac en répondant à la réclamation.

Vénérable de la Loja Trabalho, Ciência e Virtude, Jorge Dovhepoly, a remercié la réceptivité de la part du maire junior de Femac. « Nous avons été très bien accueillis et nous sommes très reconnaissants du traitement de notre réclamation », a déclaré le président du magasin. Dovhepoly souligne que l’idée conceptuelle de l’obélisque vise à améliorer tous les magasins d’Apucarana. « La présence de la franc-maçonnerie dans la ville a commencé le 6 juin 1947 avec la Loja Trabalho, Ciência e Virtude », a-t-il contextualisé.

Avec l’approbation de la municipalité pour la construction du monument, le groupe des vénérables a également officialisé le programme commémoratif, qui a lieu le 4 juin. A 11h30, au bureau municipal, la pose de la première pierre de l’obélisque est prévue, à 15h30, à la Loge maçonnique du Travail, de la Science et de la Vertu, une séance publique et, en soirée, une commémoration dîner réservé aux francs-maçons. « L’inauguration du monument commémoratif du 75e anniversaire de la franc-maçonnerie à Apucarana est également déjà prévue pour le 20 août, jour de la franc-maçonnerie », a communiqué le vénérable Jorge Dovhepoly. Les cinq magasins d’Apucarana sont : Trabalho, Ciência e Virtude, Moreira Sampaio, Sá Carvalho, XV de Novembro et Cavaleiros da Luz II.

Projet Araucária – Les francs-maçons ont également tenu compte du projet Araucária, lancé lors du 70e anniversaire d’Apucarana. « L’objectif du projet a été atteint à la fin de l’année dernière, à savoir la plantation de 70 000 plants de l’arbre qui est le symbole du Paraná », a informé Dovhepoly.

Selon lui, en plus d’Apucarana, des plantations ont également eu lieu dans les municipalités de la région. « Pour marquer la conclusion de ce projet environnemental, également le 4 juin, vers midi, juste après la pose de la première pierre du monument, nous irons au parc municipal des années 70, à côté de Senac Apucarana, pour planter trois araucaria semis avec le jeune maire de Femac », a conclu le vénérable, notant qu’au cours des deux dernières années, la plupart des semis ont été donnés par la municipalité à travers le jardin forestier.

Source : Municipalité d’Apucarana

15/05/22 : Invitation à une conférence gratuite à Lille Lesquin du Grand Chapître du Rite Français

Invitation à une conférence gratuite
Organisée par le GRAND CHAPITRE DU RITE FRANÇAIS
Conférence de clôture du Grand Chapitre de Lille Lesquin

Dimanche 15 mai 2022, à 9 heures 30

Le Conférencier : Pierre Pelle Le Croisa
Le thème : La Quête de Vérité

Nietzsche: le poète lucide plus que le philosophe fou

Nietzsche : le poète lucide plus que le philosophe fou

Evoquer Nietzsche c’est d’abord partir en promenade sur la grève de la côte italienne. Mer calme, ciel azuré, il ne fait ni trop chaud ni trop froid et la foule compacte se dilue dans les embruns des Spritz en terrasse. Le monde trinque, le monde rit, le monde est tragique et peut être fou. Seul le sable est meuble et c’est parfait pour marcher pieds nus.

Un peu, beaucoup de solitude, dans laquelle luit la mer d’huile et son mouvement d’Eternel retour, la mer gonfle, oscille. Puis vient l’écume qui dénoue ses perles sur le sable et qui semble dire: j’étais ici, je suis ici, je serai toujours ici. Maintenant que la mer vient de soulever son voile avec fracas, mes pas ont déjà disparu. L’instant est tragique, risible comme une tragédie nietzschéenne où deux forces opposées sont à l’œuvre: le dionysiaque et l’apollonien. Et si j’étais sur cette plage, y suis-je encore, y serais-je éternellement ?

citation. Naissance de la tragédie; l’œuvre ontologique de Nietzsche

Nietzsche : le dionysiaque et l’apollonien

1900 est l’année terrible. Nietzsche meurt. Le premier de la classe disparu, ne restent que les cancres. Jean Cocteau avait le sens de la formule. Quand il aimait, il aimait sans détours ni tiédeur. Quand il détestait aussi. Il aurait pu détester Nietzsche, comme beaucoup de ses contemporains et lui reprocher son antisémitisme, son antiféminisme et tant qu’à faire le réchauffement climatique! Mais non! Jean Cocteau avait l’esprit trop libre pour ne pas sombrer dans la moralisation facile hors contexte, hors sujet, même après la guerre. Il avait les mains libres tout comme Boris Vian. Et puis c’était un artiste et de surcroît un homme qui cherchait à se bâtir un peu meilleur que celui qu’il était. Alors Nietzsche était le parfait compagnon de ses nuits sans sommeil, son baume sur le calvaire de la page blanche, sa force dionysiaque. Nietzsche lui permettait de concevoir que ce doute est tragique, mais nécessaire comme l’écroulement de la vague sur le sable appartenant au chaos et à l’ordre du monde apollinien. Ce monde qui aime se bercer dans l’illusion du beau sans reconnaitre la nécessité de la laideur.

Quelque chose meurt, une porte se ferme, mais une autre s’ouvre. Il faut savoir pactiser avec le doute, en faire un allié, écrit Rilke. Et la création a besoin de deux forces: le dionysiaque et l’apollonien. La face sombre mise en lumière, ou l’une après l’autre, peut être en même temps, éternellement avec certitude ?

Naissance de la tragédie : l’œuvre ontologique de Nietzsche

Le présent coule mais n’efface pas ce qui précède dans l’ombre qui est aussi nimbée de lumière. Tout doit s’accomplir avec violence et douceur, souvent les deux à la fois avec force instinctive contre les courants bien établis et les préjugés moralistes du judéo-christianisme. Le dionysiaque est d’abord l’antichristianisme. La naissance de la tragédie est l’œuvre ontologique de Nietzsche et sans doute celle de la création du monde, de la formation des mythes au courage héroïque des forces têtues et obstinées à s’auto-engendrer. Mais pour cela il faut d’abord tout détruire, y compris la pierre brute. Se comporter comme un enfant sur une plage qui amoncelle des cailloux et qui sans états d’âme, les renverse.

Quand Nietzsche dynamite Platon et Socrate

Après avoir brillement étudié Platon et Socrate, Nietzsche fait un constat sans appel: tous deux sont responsables de la décadence de l’hellénisme, véritable fruit de la connaissance et de l’art. Platon est qualifié d’escroquerie supérieure, ayant choisi l’idée du bien moraliste et préchrétien. Quant à Socrate, il serait décadent et un fanatique de la logique insupportable comme les guêpes. Le socratisme mépriserait l’instinct et nierait la sagesse là où se trouve son royaume, dans l’art. Et ferait état d’un esthétisme conscient qui fabrique un héros bavard cherchant toujours à avoir raison. Tout l’inverse du dionysiaque et de l’apollonien. Ainsi, par delà tout bien, par delà tout mal, la sagesse instinctive et non rationnelle aboutit à une sagesse harmonieuse mais tragique.

L’Amor Fati et la nudité du monde

Le tragique dionysiaque est le V.I.T.R.I.O.L du poète qui ne peut vivre que dans l’Amor Fati nietzschéen, dans l’amour de son destin. Accomplir ce qu’il doit par devoir et par-delà tout bien et par-delà tout mal. L’artiste ne peut vivre que l’Amour Fati quel qu’en soit le prix à payer, y compris la solitude absolue d’une promenade sur les rivages escarpés nietzschéens. D’ailleurs, Nietzsche voyageait, marchait, écrivait en pleine nature comme Rimbaud. Plus poète que philologue, vivant chichement, sans port d’attache, écrivant discrètement, accomplissant son devoir, il refusa la nationalité prussienne et fut apatride toute son existence.

En réalité, Nietzsche dynamite et fragmente tous les concepts, et son œuvre autant que sa pensée ressemble à un archipel d’Ilots comme l’écrivait René Char. Reste à lui trouver un bras de mer où donner un peu de stabilité à sa nature vagabonde: la Grèce.

Nietzsche et le terreau grec de sa pensée

La naissance de la tragédie son premier essai, souvent ignoré ou mal commenté, est tenue pour être une œuvre mineure. C’est dommage, car elle est le devenir de la philosophie et de la poésie Nietzschéenne. Et tout commence en Grèce.

Les grecs avaient besoin d’art tragique, par le biais de la musique ou la représentation théâtrale et mythologique. A une autre époque, Dante a cousu des forces dionysiaques et apolliniennes dans sa Divine Comédie. Chaque chant de l’enfer et du purgatoire est une coréférence à la mythologie grecque. Dante en paiera le prix, en étant banni de Florence, faisant naître une tragédie dans la tragédie. L’histoire se répète et reproduit les mêmes mouvements d’Eternel Retour. Ce qui est Amor Fati chez Ulysse et Hercule le sera aussi dans les girons de Dante. Les vagues creusent et cousent la grève du même mouvement que celui du premier jour. Ce même jour où Hélios a enfanté de lui-même et crée son mythe.

Le mythe sauveur de notre civilisation

Le mythe a une valeur de fondation civilisationnelle. Sans mythe fondateur, matriciel, point de terreau suffisamment stable pour y ancrer de la beauté dans ce qui est et sera. Il n’est question du présent que dans la possibilité de transformer ce présent. Sinon le présent est décadent. Nietzsche écrit ce mot en français et gardera toute sa vie un rapport très respectueux envers la littérature française, le siècle des Lumières, car selon lui, la France est la meilleure gardienne de l’art hellénique, du terreau grec.

Le mythe donne donc de la valeur à une civilisation dans son présent, pour éviter à l’homme d’être un affamé errant à la recherche constante de nourriture dans le futur. Et les Romains en s’emparant de la culture mythique grecque auraient condamné les générations futures à vivre dans la poursuite avide d’assembler une civilisation à une autre. La cohabitation, puis le phagocytage de l’âme grecque par les romains seraient causes primordiales, ontologiques de la chute de l’Empire, laissant entrer le christianisme par le biais de Socrate et Platon, puis vint le dogmatisme catholique et par glissade, le pessimisme.

Ce n’est pas nouveau: le monde de Nietzsche contemple l’Ouroboros qui ne s’arrête jamais de tourner. Comme la mer par nuit noire continue de charrier des corps vivants et morts…

Inverser l’ordre des choses et sortir du cercle

L’art Grec et plus particulièrement l’art tragique a besoin des plaies du crépuscule pour en tirer une forme de pathos, puis une forme d’orgiasme capable de résister à l’imperium romanum. L’art grec est l’œuvre du chaos engendrant le bien, ou le bien engendrant le mal. Il n’y’aurait pas d’ordre prédéterminé, mais un savant équilibre entre les deux forces par effet de levier. Le dionysiaque Nietzschéen est un combat contre le pessimisme chrétien et Schopenhauerien qui se bornent à voir dans l’art quel qu’il soit une représentation mensongère du monde. Or la peur de la Beauté engendre non pas la souffrance, mais la contrition et la ségrégation de l’homme cherchant à atteindre son phare dans la nuit.

Sans art tragique, l’humanité n’aurait pas survécu. La vie ne peut être méprisée. Et il n’est pas immoral de trop l’aimer selon Nietzsche qui était dans le fond un insouciant. L’art cherche en permanence la réconciliation entre la nature et son fils perdu: l’homme supérieur. Dionysos le démiurge capable d’enfanter de sa propre étoile, de sculpter lui même le marbre épais de son devenir, sous les auspices de la rêverie et du rire. Oui du rire!

L’homme supérieur et l’art de rire du tragique

Vous devriez apprendre à rire, mes jeunes amis si vous tenez à rester pessimistes! Cette formule, Nietzsche l’adresse aux romantiques et aux chrétiens, lesquels cherchent dans l’art, l’absolue consolation dans un ailleurs. Nietzsche c’est d’abord le philologue de l’ici-bas qui cherche à s’affranchir de l’ancien monde, de l’ancien Dieu, pour créer un homme supérieur, enrichi de toutes ses potentialités, un surhomme.

Dieu est mort et c’est normal car il était vivant, est vivant et sera vivant.

Ainsi Nietzsche dès la naissance de la tragédie, laisse entendre que l’homme peut être Dieu, libéré de toute doctrine, capable de devenir ce qu’il est. La naissance de la tragédie est une mise en miroir dans laquelle s’affronte la pensée ecclésiastique, l’idole qu’il a fallu renverser, avec l’impuissance de la philosophie à recoudre les plaies du monde. Il faut de la tragédie, du souffle, et par ailleurs avoir connaissance de toutes les imperfections du monde et de soi-même pour y entrevoir une forme de beauté. Quitte à basculer dans la folie et passer de l’autre côté du miroir?

Nietzsche: Ainsi parlait Zarathoustra

Il est dangereux de s’approcher trop de soi-même c’est de la folie. A moins d’apprivoiser cette folie. Nietzsche est Dionysos, il signe tous ses courriers du nom du Dieu Grec, juste après l’écriture de son œuvre qui résiste à la raison. Dionysos est un Dieu qu’il faut voir face à face, mais il plait trop à la nuit

Télécharger Ainsi parlait Zarathoustra

Lorsque Nietzsche compose Zarathoustra, il emprunte la pente ascensionnelle de son Himalaya. Mais comme toute montagne, si elle promet son sommet, a son versant opposé et Nietzsche après l’Illumination bascule dans l’hérésie. Tel Icare il finit échoué dans la mer mais quelle envolée!

La mer veut recevoir les baisers du soleil assoiffé et elle veut qu’elle l’aspire à lui; elle veut devenir la lumière elle-même! En vérité c’est à la manière du soleil que j’aime la vie et toutes les mers profondes. Et voici ce que j’appelle connaissance: toute profondeur doit s’élever jusqu’à mes hauteurs!

Ainsi parlait Zarathoustra

L’homme supérieur. Ainsi parlait Zarathoustra
Ecce Homo: comment devenir ce que l’on est ?

Après son Zarathoustra bouddhiste, mais surtout poétique et illuminé (Nietzsche n’a jamais croisé un seul moine tibétain), Nietzsche sombre dans la folie et régresse. Mais avant de refermer le rideau et devenir dépendant, il écrit en trois semaines à peine ECCE HOMO, œuvre déjà balbutiante dans son premier essai. Après avoir traversé l’Achéron, il connait le triomphe abyssal. Koselitz-Gast écrit: Nietzsche a été rendu fou par le triomphe de la raison humaine en lui, par l’achèvement de l’œuvre.

Raison Divine aurait été plus appropriée. Dieu est mort parce qu’il était, est et sera. Du chaos naît l’ordre et le chaos naît de l’ordre. Pour Nietzsche c’est le christianisme censé représenter l’ordre qui est responsable du chaos. Lui ne cherche qu’à mettre du chaos pour engendrer l’ordre et jette avec provocation: ce que la plèbe a appris à croire sans raison, qui pourrait le lui faire rejeter par raison?

Le tragique d’une idole

Nietzsche est devenu tragique tout comme l’aurore se lève avec Hélios tiré par le char d’Appolon dans lequel Dionysos sourit éternellement. Alors que lui-même prône de son vivant la fin des idoles, il en sera devenu une parce que c’est ce qu’il était, est et sera. Son œuvre laisse à l’homme immanent la capacité à rire du tragique de la totalité de l’existence pour vaincre l’absurde; oser tout sans regrets, faire ce que doit, mais surtout rire jusqu’à la déraison.

Cette couronne du rieur, cette couronne de roses, à vous mes frères, je lance cette couronne! J’ai sanctifié le rire: ô vous hommes supérieurs, apprenez donc à rire!

Ainsi parlait Zarathoustra

Retrouvez l’épisode précèdent du dimanche des grands philosophes ici et Hannah Arendt

A dans quinze jours pour votre prochain rendez-vous, avec Michel Serres et Pantope sur le chemin du compagnon.

D’ici là, riez de tout et surtout de vous-même !

Initiatique ou religieux ? Ou Mithra, Mithra pas

Parmi les sources de la franc-maçonnerie et des monothéismes occidentaux, le culte de Mithra joue un rôle trop longtemps méconnu. Les points communs entre les pratiques rituéliques maçonniques et mithraïques sont étonnamment nombreux. D’autre part, les reprises d’éléments religieux du culte de Mithra vers la chrétienté sont également importants.  

Les francs-maçons sont fous de recherches sur les origines : une chaîne a beau être longue, nous sommes fascinés par la découverte de ses extrémités. D’ailleurs cette biblique parole «  cherche et tu trouveras » booste nos énergies et justifie notre acharnement.

La littérature regorge d’essais ou romans décrivant une possible filiation entre la franc-maçonnerie et de glorieuses civilisations anciennes. Nombre d’épisodes romanesques ou héroïques émaillent cette filiation. Ils tiennent en haleine les écouteurs d’histoires que nous sommes tous, et font le bonheur des éditeurs . Dan Brown, Giacometti et Ravenne et pas mal d’autres vivent bien du phénomène.

Les religions dites du livre ont marqué l’occident pendant deux millénaires. Les historiens qui se sont penchés sans préjugés sur les évolutions ont constaté l’impact des modifications. Ces altérations sont les traductions, homogénéisations, intégrations, élimination des pensées gnostiques ou autres hérésies,  etc.

Au final on a du mal à discerner d’où proviennent les éléments de nos rituels et textes ; ceci nous laisse sur notre faim, aussi les fouilles continuent.

Les découvertes faites après la seconde guerre mondiale, manuscrits de Qûmran et de Nag Hammadi, ont profondément bousculé la communication faite par l’église catholique, pourtant stabilisée à l’époque.

Robert Ambelain a publié en 1972 un livre devenu best-seller :  « Jésus ou le mortel secret des Templiers ». Sa thèse est que Jésus était un zélote préoccupé de prise du pouvoir local et non un prophète/messie . Ce secret se serait plus ou moins transmis jusqu’aux francs-maçons via les templiers et les cathares.

La piste égyptienne, elle, a atteint un sommet avec Robert Lomas et Christopher Knight et leur « clé d’Hiram ». Ils affirment avoir découvert un pharaon assassiné dans des conditions similaires à celle d’Hiram. Le livre dévoile des formules à la consonance proche de certains mots sacrés de la franc-maçonnerie.

Le berceau de nos civilisations se place entre la Grèce et le croissant fertile qui va d’Égypte en Assyrie.

Ce croissant fertile inclut Israël, Phénicie, Perse. La Grèce fut un absorbeur de tout ce qui l’a précédée puis un diffuseur grâce aux conquêtes d’Alexandre le Grand . De ce fait on a du mal à distinguer ce qui fut découvert par les grecs eux-mêmes. Il s’avère que pas mal de découvertes scientifiques attribuées à Pythagore, Euclide et d’autres étaient déjà connues auparavant.

La civilisation hébraïque n’échappe pas à cette suspicion, comme le montre la grande similitude de l’épopée de Gilgamesh avec la civilisation assyrienne.

Les premiers siècles après Jésus-Christ ont vu une âpre lutte de la chrétienté avec les nombreuses variantes de gnosticisme. On sait aussi que Constantin fit un choix crucial en faveur de la chrétienté, défavorisant le culte de Mithra, pourtant installé bien avant.

Et nous voilà au 21e siècle.  Charles Imbert, dans son «  les 7 degrés de l’initiation », remarque que les monothéismes occidentaux sont maigrichons en ésotérisme. Seule la franc-maçonnerie en possède une bonne dose, avec activité sur une longue période.

Il faut remonter l’histoire avant de retrouver un tel ésotérisme fort, pérenne, initiatique : jusque dans le culte de Mithra.

La progression initiatique, au moins dans sa forme tardive telle que pratiquée par les Romains, comportait 7 degrés. Tout comme on comptait 7 planètes, métaux, tons musicaux, zones corporelles ( chakras ) et surtout 7 vices qu’il s’agissait de combattre pour progresser.

Charles Imbert dresse une vertigineuse liste de similitudes entre les pratiques rituéliques mithraïques et les maçonniques. Citons ainsi, à titre d’exemples, les trois premiers degrés, dédiés aux trois dieux (/planètes ) de la Sagesse, de la Beauté et de la Force.

Poursuivons : la disposition intérieure du temple (parvis, sièges en « colonnes », espace de déambulation central, estrade,…), initiation avec dénudation et glaives.

Et, au-delà : la référence aux 5 sens, l’usage d’un mythe comportant un meurtre, accent prononcé sur les dualités et surtout celle de Lumière/Ténèbres, rôle particulier des solstices,…

Mais on peut aussi dresser une liste d’éléments communs entre le culte chrétien et le culte de Mithra. On citera volontiers la naissance lors du solstice d’hiver, et la résurrection/renaissance de Jésus/Mithra. Plusieurs indices historiques laissent à penser que la communauté zélote de Cilicie est le lieu où le transfert s’est organisé : la ville centrale était la Tarse de Paul.

Bref, tout semble se passer comme si finalement Mithra avait survécu complètement, mais au prix d’une partition. 

Le christianisme a récupéré les éléments-clés religieux, et la franc-maçonnerie les rituels et méthodes initiatiques, par-delà deux millénaires !

C’est ce gigantesque « viaduc » de 2000 ans qui pose évidemment question, vu cette qualité de transmission . Serait ce inscrit dans nos gènes ? Sont-ce les archétypes communs à tous les humains qui ont permis cela, sans que nous en puissions mesurer la part innée et la part acquise ?  Les néoplatoniciens ont d’évidence joué un rôle de véhicule pour permettre une partie du saut, de l’Antiquité tardive jusqu’à la Renaissance : 13 siècles, pas mal !  Nul doute non plus que les kabbales et l’alchimie ont, elles aussi, servi de courroie de transmission pour nous mener où nous en sommes.

Les recherches continuent :  à bientôt pour de nouvelles aventures !

Dieu – La science – Les preuves : L’aube d’une révolution

Michel-Yves Bolloré-Olivier Bonnassies

Guy Trédaniel éditeur, 2021, 580 pages, 24 € – Format Kindle 16,99 €

Présentation de l’éditeur :

Trois ans de travail, une vingtaine de scientifiques et de spécialistes de haut niveau : voici révélées les preuves modernes de l’existence de Dieu.

Pendant près de quatre siècles, les découvertes scientifiques se sont accumulées, laissant penser qu’il était possible d’expliquer l’Univers sans avoir besoin d’un dieu créateur.

De façon imprévue, le balancier de la science est reparti en sens inverse. Les découvertes se sont succédées, venant dynamiter les certitudes ancrées dans l’esprit collectif du XXe siècle. Aujourd’hui le matérialisme, qui n’a jamais été qu’une croyance comme une autre, est en passe de devenir une croyance irrationnelle.

Dans une langue accessible à tous, les auteurs tracent de façon passionnante un panorama rigoureux des preuves de l’existence de Dieu. À l’orée du XXe siècle, croire en un dieu créateur semblait s’opposer à la science. Aujourd’hui, ne serait-ce pas le contraire ?

Une invitation à la réflexion et au débat.

Biographies des auteurs

À propos de Michel-Yves Bolloré

Michel-Yves Bolloré est ingénieur en informatique, maître ès sciences et docteur en gestion des affaires de l’Université Paris Dauphine. De 1981 à 1990, il participe avec son frère à la direction du groupe Bolloré dont il dirige la branche industrielle. En 1990, il fonde son propre groupe France-Essor dont l’activité est centrée principalement sur l’industrie mécanique.

À propos d’Olivier Bonnassies

Olivier Bonnassies est ancien élève de l’École Polytechnique (X86), diplômé de l’Institut HEC start up et de l’Institut Catholique de Paris (licence en théologie). Entrepreneur, il a créé plusieurs sociétés. Non croyant jusqu’à l’âge de 20 ans, il est auteur d’une vingtaine de livres et de vidéos et de quelques spectacles, scénarios, articles, newsletters et sites Internet sur des sujets souvent liés à la rationalité de la foi.

Regards Croisés
Regards Croisés

[NDRL : Revenons sur l’un des deux coauteurs le plus connu à savoir Michel-Yves Bolloré, invité de la soirée culturelle de la GLNF « Regards Croisés » le 19 mai 2022. Rappelons qu’il est invité à dialoguer autour du thème « Aux limites de la nature : Dieu, la Science, la Foi » avec Jacques-Noël Pérès, théologien luthérien, Professeur émérite de théologie patristique et d’histoire de l’Église ancienne à la faculté de théologie protestante de Paris – d’ailleurs, n’hésitez pas à aller voir les vidéos de présentation de l’événement

https://vimeo.com/user/41466363/folder/1352569

Afin de mieux comprendre encore son ouvrage qui est, pourrions-nous dire, le livre d’une vie, revenons sur le parcours de Michel-Yves Bolloré.

Sa vie de famille

Issu d’une famille d’industriels bretons, Michel-Yves Bolloré est le fils de Michel et Monique Bolloré. Né en 1945, il est le troisième de la fratrie et grandit avec son frère et ses sœurs, Chantal, Françoise, Laurence et Vincent. Marié en 1971, il est père de trois enfants.

Son parcours estudiantin

Après une scolarité à Gerson, puis à Janson de Sailly et une Maitrise d’informatique en 1968, il obtient le diplôme de l’École Nationale Supérieure d’Ingénieur de Toulouse en 1969. Il suit en parallèle un AEA de Mathématiques Appliquées, puis une maitrise et un Doctorat en Gestion des Entreprises à l’Université Paris Dauphine, obtenu en 1973.

Son service national et ses premiers pas dans le monde de l’entreprise

Après un service militaire d’un an dans l’Armée de l’Air, il entre en 1973 dans l’affaire familiale Papeteries Bolloré. Celle-ci en difficulté est cédée par son père en 1975 au groupe Edmond de Rothschild, qui ne réussit pas à la redresser et la cède alors aux deux frères pour un franc symbolique. Directeur Général de Papeteries Bolloré puis de Bolloré Technologies de 1981 jusqu’à 1990, il dirige la partie industrielle du groupe et participe notamment au développement des films métallisés pour condensateurs.

Michel-Yves Bolloré, le businessman

En 1990, souhaitant mener ses propres affaires, il fonde le groupe industriel, France Essor, dont il est Président Directeur Général. Entre les années 1990 et 2010, ce groupe a investi dans les industries de transformation du papier avec les affaires Claircell et Le Nappage Moderne dans les Vosges ; dans la fabrication de cartes électroniques avec la société SRPI à Redon ; dans le traitement de surface pour l’aéronautique avec Mecacoating ; dans la fabrication de rouleaux industriels avec les sociétés Polimiroir, Ouest-Coating, RCD et Polimiroir Wujan en Chine.

En 2000 France Essor rachète les sociétés Sfar et Civad situées au Creusot à une famille d’industriels locaux. En 2003, France Essor rachète la société Creusot Forge et 25 % de l’aciérie Creusot Métal à Industeel filiale d’Arcelor, puis la même année Creusot Mécanique, une ancienne défaisance de Framatome. Ces cinq affaires sont regroupées dans une nouvelle société holding Sfarsteel qui connaît une forte croissance à partir de 2004. En 2006, France Essor revend Sfarsteel à Areva. Michel-Yves Bolloré vend alors la plupart de ses participations dans le courant des années 2000 et réside depuis 2011 à Londres.

Un homme généreux

Intéressé par l’éducation, il créé trois écoles privées : The Laurels à Londres, Agnès School à Bruxelles, Les Vignes à Courbevoie. Il investit également dans une académie au Cameroun et dans l’académie de langues anciennes Polis à Jérusalem. Il participe au financement d’Aleteia, créé par l’autre coauteur Olivier Bonnassies en 2007, devenu le premier site Internet catholique du monde en huit langues et aujourd’hui propriété du Groupe Media Participation.

À l’heure où nous chroniquons, l’ouvrage est un déjà un très grand succès littéraire !

Il circule même déjà sous le manteau en PDF !!

Le classement du magazine d’actualité hebdomadaire, créé en 1953 par Jean-Jacques Servan-Schreiber (1924-2006) et Françoise Giroud (1916-2003), L’Express – n° 3695 semaine du 26 avril au 4 mai 2022 -, en catégorie ESSAIS-DOCUMENTS donne en 19e position Dieu – La Science – Les preuves : L’aube d’une révolution, en 25e semaine !!!

Pour le Maçon régulier et de tradition, respectueux des Principes Fondateurs de notre Grande Loge, Obédience reconnue comme régulière pour gouverner, en France, l’Ancienne et Très Vénérable Fraternité des Maçons Francs et Acceptés, Ordre maçonnique initiatique et traditionnel, dont l’essence repose sur la foi en Dieu, « Grand Architecte de l’Univers », la fraternité et l’exercice des vertus, ce livre lui donnera des pistes pour répondre à une question fondamentale : existe-t-il un dieu créateur ?

C’est justement ce que retrace, d’une façon très pédagogique, les deux coauteurs que sont Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, qui nous font entrer dans une histoire passionnante. À la découverte de nouvelles preuves de l’existence d’un dieu créateur, aussi bien dans le domaine scientifique que dans d’autres territoires du savoir…

Dieu le Père, Dieu créateur – un attribut où la perfection est réservée à Dieu – lui qui a fait, ex nihilo, toute chose par la répétition de la parole d’appel à la vie, en ce, en six jours.

Nous devons la préface Robert Woodrow Wilson, prix Nobel de physique en 1978 avec Arno Penzias, est le codécouvreur, en 1964, du rayonnement de fond cosmologique, écho du Big Bang.

Après une imposante introduction – p. 17à 52 – où le sous-titre – L’aube d’une révolution – est l’objet d’un chapitre passant en revue un galerie de portraits de découvreurs de Copernic à Freud en passant pas Galilée ou encore Buffon, Laplace et Darwin, ce fort volume se compose de deux grandes parties : « Les preuves liées à la science » et « Les preuves hors science ». Ce plan est surtout un support structurel à l’histoire de la science et de la cosmologie, mais aussi leurs implications philosophiques et religieuses.

Nous avons tout particulièrement aimé :

  • L’écriture faisant que ce livre, qui pourrait sembler difficile compte tenu du sujet, se parcourt avec plaisir ;
  • Les nombreuses illustrations qui jouent aussi leur rôle dans la compréhension des textes ;
  • La pédagogie employée pour leur démonstration. D’ailleurs Michel-Yves Bolloré s’est vu féliciter à la suite d’une conférence ; certains lui demandant s’il n’était pas lui-même Franc-Maçon, tellement sa méthode était compréhensible de tous ! ;
  • L’emploi d’encre noire et bleue. Cette option d’impression met de la couleur dans nos yeux. Pour mémoire, dans l’Egypte antique, le noir avait un symbolisme positif : le verbe « kem » (issu du mot « noir »), signifiait « mener à bien, s’élever à, accomplir, payer, compléter, servir à » et le mot « kem » voulait dire « complet, parfait, obligation, devoir ». Pour la couleur bleue, de nos jours et en matière de communication visuelle, elle est associée à l’intelligence et aussi à tout ce qui est nouveau et innovant ;
  • Les graphique sou croquis, notamment celui du « Grand Retournement » symbolisant cinq siècles de découvertes scientifiques ;
  • Les tableaux offrant une grille de lecture et permettant d’organiser, de présenter et de trier l’information, les idées mais aussi les principales composantes du texte ;
  •  Les repères chronologiques en annexe 1, allant de moins 13 800 000 000 années Big Bang – Ère de Planck à, dans un futur lointain, 10100 : mort thermique de l’Univers dilaté et fin de toute activité ;
  • Le glossaire.]

Philosophie opérative

Pour bien comprendre la franc-maçonnerie « moderne », il ne faut pas hésiter à remonter à la source. Et même s’y attarder, au début de ce premier millénaire avant notre ère. Laissons la fiction se mêler à la réalité : imaginons, écoutons…

…Dans la salle de lecture de la loge, ce soir frisquet de fin décembre, après le travail. Peter, un Maître-maçon, y forme ses trois apprentis, après le travail. Andrew, James et John.

Alors qu’un pâle soleil couchant londonien taquine les vitraux du majestueux édifice de Westminster et auréole la chevelure de l’expert, celui-ci propose à ses protégés de réaliser avec lui une expérience. Il prend une auge à mortier bien creuse et la pose vide sur la table de travail. Il la garnit lentement avec une dizaine de pierres brutes, qu’il pose les unes sur les autres. Lorsque le récipient est rempli de pierres, le Maître-maçon demande s’il est effectivement plein.

– « Sans aucun doute, Maître ! » répondent en chœur les trois jeunes gens.

  • « Moi, je ne crois pas, mes Frères ! » dit le Maître malicieux, tout en saisissant un broc de graviers, qu’il verse aussitôt dans l’auge. Ceux-ci s’infiltrent et roulent jusqu’au fond du récipient, entre les pierres.

A nouveau, Peter demande si l’auge est pleine. Les trois apprentis qui flairent une astuce de leur Maître, s’exclament d’une seule voix :

  • « Bien sûr que non, Maître ! »
  • « Effectivement, mes Frères ! » enchaîne le Maître Peter qui verse maintenant un broc de sable entre les pierres. Le sable glisse immédiatement entre les pierres et les graviers.

Une nouvelle fois, le Maître s’exclame :

  • « Et maintenant, l’auge est-elle vraiment pleine, mes Frères ? »
  • « Non, non, Maître ! » répondent narquois, les trois apprentis amusés.
  • « Vous avez raison, mes Frères ! » dit Peter, en versant cette fois un broc d’eau dans l’auge. L’eau s’écoule et remplit le récipient à ras bord.

– « Quelle vérité ai-je ainsi voulu vous démontrer, mes Frères ? demande alors le Maître Peter ?

  • « Que la tâche ne soit jamais finie, que l’on peut toujours ajouter un travail à un autre … ! répond Andrew, qui s’enflamme et parle toujours trop vite.
  • « Que l’on peut toujours enrichir son savoir, qu’il y a toujours un nouveau métier à apprendre et à faire… ! », ajoute James, qui aime les expériences créatives.
  • « Que notre emploi du temps ne soit jamais tout à fait plein, qu’il y a toujours une place pour une occupation de plus… ! ajoute John, qui est avide de rencontres.
  • « Non, mes Frères, vous n’y êtes pas ! » répond le Maître Peter. La vérité que j’ai voulue vous démontrer est que si vous ne mettez pas les pierres d’abord dans l’auge, vous ne pourrez pas les y faire entrer ensuite… !

A l’écoute de ces propos trop évidents, les trois apprentis restent dubitatifs : Andrew, penaud, regarde ses souliers, James lève les yeux au ciel et John fixe l’horizon… Le bon Maître Peter leur dit alors :

– « Imaginez-vous que ces pierres représentent les choses les plus importantes de votre vie. Par exemple, votre santé, celle de votre famille, de vos amis. Par exemple encore, votre désir d’apprendre, de comprendre, d’aimer et d’aider les démunis, d’éduquer la jeunesse. Par exemple enfin, de prendre des loisirs, de réaliser un rêve, de vous occuper de vous tout simplement…Si vous ne placez pas en premier vos pierres dans ce grand récipient qu’est la vie, vous risquez précisément de ne pas bien remplir la vôtre !

Si vous remplissez d’abord votre vie de petites choses sans importance, tels que les symbolisent ici le gravier, le sable, l’eau, vous n’aurez plus assez de temps à consacrer aux choses réellement importantes. Donc, mes Frères, demandez-vous quelles sont les pierres majeures de votre vie…et déposez-les en premier dans votre auge ! Vous y glisserez après seulement les petites choses… ! Il faut prendre le temps des choses et faire chaque chose en son temps… ! »

A ces mots, porteurs d’une philosophie si belle et si pratique, les trois apprentis restent cloués sur leur siège, l’air ravi et pensif : longuement, Andrew se gratte le crâne, James le menton, et John l’oreille. Le bon Maître Peter sourit, satisfait d’avoir conduit ses trois apprentis à la réflexion profonde. A leurs pieds, Oliver, le chat roux et blanc, qui lui paraît indifférent, se gratte le ventre…

Après cet exercice intellectuel, le sage invite ses disciples à boire une pinte de cervoise à la Golden Tavern, à deux pas de Westminster Abbay. A l’emplacement même, où mille ans plus tard, les francs-maçons français, entre autres, viendront admirer le travail de leurs illustres prédécesseurs, d’un coup d’Eurostar !

La construction est une vieille affaire : l’homme a vite compris que son court passage sur terre était lié aux pierres, ces « matériaux éternels » partout présents, à la fois objets concrets et symboles de survivance. Il a deviné leur utile superposition, et, depuis l’âge néolithique, les a empilées sur la planète entière. D’abord en montant des murs protecteurs, ensuite des abris et enfin des maisons habitables, qui, regroupées près des points d’eau, sont devenues villages. Y ont alors fait leur apparition, avec la vie en communauté, les animaux domestiqués puis d’élevage, et bien entendu, les indispensables cultures autour.

Ainsi, peut-on dire que la pierre a « maçonné » (de l’anglais to make, faire), a donc bâti l’homme et l’a élevé, dans les deux sens du terme ! Instruit par cette affinité avec « la roche mère », sa volonté, son effort de maîtrise des ressources naturelles, l’ont par étapes, modelé physiquement, en le dotant d’un corps mieux adapté, et sociologiquement, en induisant son nécessaire rapport aux autres. Et même aujourd’hui, la pierre, si elle remplacée dans les grands travaux immobiliers, par le béton et le fer, laisse d’évidence en eux son empreinte !

SAKYADHITA association Internationale des Femmes Bouddhistes

Sakyadhita « les filles de Bouddha », principale organisation internationale de femmes bouddhistes, est une alliance de femmes (et d’hommes) qui entend se vouer à la transformation du mode de vie des femmes dans les sociétés où fleurit le bouddhisme. Elle a été fondée lors du premier Congrès International des Femmes Bouddhistes à Bodhgaya (Inde) en 1987.

Sakyadhita cherche à unir des femmes de nationalités et de traditions bouddhistes différentes afin de promouvoir leur bien-être et de faciliter leurs activités pour le bien de tous.

Elles sont 300 millions de femmes bouddhistes dans le monde, dont plus de 130.000 moniales. Pour un très grand nombre, elles vivent dans la pauvreté et n’ont pas accès à l’éducation ou aux structures qui soutiennent la pratique bouddhiste.

De nos jours, ce n’est qu’au sein de trois traditions bouddhistes (chinoise, coréenne et vietnamienne) que les femmes peuvent recevoir une ordination dont le statut est identique à celui des hommes.

Sakyadhita œuvre à la réalisation de l’égalité hommes/femmes dans le bouddhisme, c’est-à-dire à l’obtention, pour les femmes bouddhistes du monde entier, de l’égalité des chances en matière d’éducation et de formation. Ses membres leur apportent l’aide nécessaire afin qu’elles développent leurs potentiels et capacités, en tant que chercheuses, pratiquantes, enseignantes, avocates, artistes, membres ou organisatrices de mouvements associatifs, personnes compatissantes engagées dans le domaine social.

Les objectifs de Sakyadhita sont :

Etablir une alliance internationale de femmes bouddhistes

Faire progresser le bien-être spirituel et temporel des femmes dans le monde

Œuvrer à l’égalité hommes/femmes en matière d’éducation, de formation, d’ordination et de structures institutionnelles.

Promouvoir l’harmonie et le dialogue entre les diverses traditions bouddhistes, ainsi qu’avec les autres religions.

Encourager la recherche et la publication de travaux ayant trait à des sujets concernant les femmes bouddhistes.

Favoriser l’action sociale axée sur le bien de l’humanité.

Promouvoir la paix mondiale au travers des enseignements du Bouddha.

Une conscience aigüe et un engagement pour l’action sociale se développent naturellement parmi les femmes qui participent aux Conférences Internationales Sakyadhita des femmes bouddhistes. Jusqu’ici les conférences internationales de Sakyadhita se sont tenues à Bodhgaya en 1987, Bankgok en 1991, à Colombo en 1993, au Ladak en 1995, à Phnom Penh en 1998, à Lumbini (lieu de naissance du Bouddha) en 2000, à Taipei en 2002, à Séoul en 2004, à Kuala Lumpur en 2006, à Ulanbator en 2008, et Ho Chi Minh ville en 2009, et de nouveau à Bangkok en 2011, en Inde en 2013, en Indonésie en 2015, à Hong Kong en 2017, Blue Mountain (Australie) en 2019 et la dernière s’est déroulée à Bornéo en 2021.

Les femmes ont joué un rôle très important dans l’histoire du Bouddhisme. Le Bouddha leur a conféré la pleine ordination. Elles ont été tour à tour enseignantes, Yoginis, grands Maîtres, fondatrices de lignées, et ont atteint l’illumination. Elles ont grandement contribué, de différentes manières, à venir en aide aux êtres.

L’accès à l’éducation ayant toujours été très difficile, la plupart d’entre elles ne savaient ni lire, ni écrire. Il leur était donc souvent impossible de transmettre leur haute expérience spirituelle, en tous cas d’en laisser un témoignage écrit ou durable.

Il aura fallu mener des recherches très poussées pour retrouver la trace de ces femmes d’exception et de leurs précieuses expériences.

Afin de faciliter dorénavant aux femmes l’accès à l’éducation et au savoir, de nombreux projets ont récemment vu le jour. Nous aimerions présenter et soutenir activement certains projets.

Pour plus d’infos et d’éventuels dons suivre ce lien :

www.buddhistwomen.eu/FR/index.php/Main/HomePage

Ida Radogowski

Ida a créé avec d’autres personnes LA LETTRE DES DEUX VOIES pour favoriser des échanges et des liens entre Francs-Maçon (nes) qui sont déjà dans une démarche bouddhiste ou qui souhaite connaître un peu mieux le bouddhisme.

La lettre est trimestrielle et gratuite, on peut s’y inscrire en précisant son Ob., sa L. et la Ville de résidence à ce mail : lesdeuxvoies@orange.fr

Les maçons au-delà de leurs « secrets » et théories du complot

De notre confrère espagnol theobjective.com – Par Winni

Dans « L’Ordre, une histoire globale du pouvoir des francs-maçons », John Dickie va au-delà du halo de mystère et de peur qui entoure la franc-maçonnerie pour découvrir les lumières et les ombres de cette confrérie de longue date.

John Dickie a passé plus de cinq ans à faire des recherches sur l’histoire de la franc-maçonnerie. Le résultat est The Order, A Global History of Freemason Power , un livre publié par Debate. Dickie est historien, journaliste et professeur à l’University of College London. 

La franc-maçonnerie s’est formée en Grande-Bretagne aux XVIIe et XVIIIe siècles et a survécu jusqu’à ce jour. Cette confrérie a toujours été accompagnée d’un halo de mystère, ainsi que de la fierté du nombre de personnages pertinents qui l’ont traversée : Garibaldi, Simón Bolívar, George Washington, Conan Doyle, Mozart, Haydn, Peter Sellers, Nat King Cole, Oliver Hardy, Henry Ford, Oscar Wilde, Disney ou Churchill. Les hommes, bien sûr. Car, comme l’écrit Dickie : « Le plus offensant de tous, la fraternité de la franc-maçonnerie a traditionnellement exclu les femmes et a contribué à cimenter cette exclusion dans toutes les autres sphères de la vie avec lesquelles elle entre en contact. L’utopie maçonnique est ouverte à tous, sauf quand elle ne l’est pas. 

L’essence de la franc-maçonnerie n’a pas changé : c’est une confrérie d’hommes liés par serment à une méthode d’amélioration de soi. Une méthode qui se concentre sur les rituels qui se déroulent à huis clos et où les symboles représentent des qualités morales, explique Dickie dans le livre. « Le mélange de rituels, d’instructions morales et de camaraderie masculine des maçons peut toujours conférer une dignité et un plan d’amélioration de soi qui va au-delà de l’ego », écrit Dickie. « Seuls les cyniques les plus paresseux se moqueraient de l’objectif maçonnique de rendre les bons hommes meilleurs. » Pourtant, tout ce qui brille n’est pas or, « dans le passé de la franc-maçonnerie il y avait autant de lumières et d’ombres que sur le sol d’une loggia -à carreaux noirs et blancs-« , annonce Dickie. 

Image via débat éditorial.

Ni blanc ni noir, bien au contraire

John Dickie reçoit L’OBJECTIF à l’Ateneo de Madrid: «J’ai parlé avec de nombreux francs-maçons et je n’ai jamais rien trouvé d’autre que l’ouverture, la transparence et l’enthousiasme. Je commence toujours par leur demander de m’expliquer ce qu’est la franc-maçonnerie et la plupart d’entre eux veulent vraiment m’expliquer à quel point cette fraternité est puissante pour eux, le sens de la communauté qu’ils ont trouvé, d’appartenance, d’avoir un but éthique, une raison d’y aller dans le monde, pour aider les gens et aussi pour s’amuser, parce que les francs-maçons aiment manger et boire », dit Dickie avec un sourire. L’auteur admet qu’au début du livre, il se méfiait beaucoup des francs-maçons.Je pensais qu’ils étaient au centre de rumeurs, de scandales : toute la question de la corruption liée aux policiers francs-maçons britanniques, par exemple. Aussi la loge maçonnique P2 en Italie, qui était impliquée dans le terrorisme, le blanchiment d’argent pour la mafia, etc. 

« Il y a deux histoires par rapport à la franc-maçonnerie : l’une est qu’il s’agit d’une organisation aux rituels étranges, voire un peu macabres, et l’autre est l’histoire que les francs-maçons racontent d’une noble tradition de fraternité »

« L’une des raisons pour lesquelles je me suis senti si excité par ce livre est venue quand j’ai réalisé qu’il y a deux histoires par rapport à la franc-maçonnerie : l’une est qu’il s’agit d’une organisation avec des rituels étranges, voire un peu macabres, et l’autre c’est leur histoire, les maçons racontent une noble tradition de fraternité. Lorsque vous adoptez une perspective plus globale, vous voyez que les deux histoires ont des aspects vrais et qu’au milieu il y a tout un monde d’histoires qui ne rentrent dans aucun des deux modèles et qui peuvent surprendre à la fois les maçons eux-mêmes et les personnes qui ont commencé à se méfier d’eux », dit Dickie. 

John Dickie est historien, journaliste et professeur d'université
John Dickie est historien, journaliste et professeur d’université | Photo : Winnie | L’objectif.

Les secrets des maçons

John Dickie est bien conscient du pouvoir d’attraction qu’exercent les secrets de la franc-maçonnerie sur les non-maçons. « C’est pourquoi j’ai commencé le livre avec une histoire sur le secret », dit-il avec un sourire complice. « Je voulais qu’il soit clair que ce qui est important dans le secret, c’est le nombre d’histoires qu’il génère et pas tant les secrets eux-mêmes, bien que les secrets maçonniques soient le moteur de l’histoire des maçons. » Quand on devient maçon, explique-t-il, on passe par des rituels secrets et la signification de ces rituels est cachée dans des symboles. Tout au long de ces rituels, il y a d’horribles avertissements, le candidat jurant de ne pas révéler les secrets de l’ordre sous peine de mort dans les circonstances les plus désastreuses – ce qui est du pur théâtre car ces châtiments horribles ne sont jamais exécutés. «Il y a trois secrets des francs-maçons que je risque de vous dévoiler », dit Dickie amusé : « La première chose est que les secrets n’ont pas vraiment été très secrets car le premier document à ce sujet date du début du XVIIIe siècle, mais bon . Le premier secret est : essayez d’être un gentil garçon. La seconde chose est : essayez de comprendre un peu mieux le monde. Et la troisième : la mort est un sujet grave qui devrait nous faire réfléchir. 

Comme l’explique Dickie, l’architecture rituelle qui se crée autour de ces secrets est disproportionnée. Pour cette raison, ce qui compte, c’est le sentiment d’appartenance, la sacralité qu’ils créent et non le contenu des secrets eux-mêmes. Ces secrets sont si basiques car à la naissance de la franc-maçonnerie il y avait beaucoup de conflits religieux et ajouter une composante théologique, éthique ou morale à l’ordre aurait causé des problèmes avec les autorités, explique l’auteur. Il y a le cas des maçons qui après être entrés dans la confrérie ont été déçus d’apprendre les secrets. Comme l’écrit Dickie, il se peut que « la vérité sur la franc-maçonnerie soit absolument décevante ». 

A long terme, les secrets ont été une arme à double tranchant pour les francs-maçons tout au long de leur histoire : d’une part, il y a le pouvoir de créer une identité collective au sein de l’ordre grâce à eux et, d’autre part, les nombreux malentendus et méfiances que les maçons ont toujours soulevés. Comme l’écrit Dickie, « cela inspire la loyauté et attire les ennuis ». 

L’influence de la franc-maçonnerie et la théorie du complot

Les États-Unis ont eu quatorze présidents maçonniques du gouvernement. Pendant le mandat de George Washington, la franc-maçonnerie est devenue le credo de la nouvelle nation américaine. L’Église mormone, la mafia sicilienne ou le Ku Klux Klan doivent leurs origines à la franc-maçonnerie . Les maçons ont été influents malgré eux, dit Dickie. « Partout où la franc-maçonnerie s’est installée, son influence a imprégné la société », écrit-il. « Pendant longtemps, les francs-maçons ont aspiré à vivre selon un code de tolérance religieuse et raciale, de démocratie cosmopolite et d’égalité devant la loi . » Des idéaux qui n’ont pas toujours été réalisés, ni au sein de la franc-maçonnerie, ni dans les différents groupes qui en sont nés. 

John Dickie avec son livre sur l’histoire et l’influence de la franc-maçonnerie sur la société. | Photo : Winnie | L’objectif.

La franc-maçonnerie est responsable de la naissance des théories du complot. Le secret et le mystère de l’ordre ont conduit de nombreuses personnes à travers l’histoire à le craindre. « Depuis le début du 19e siècle, les conspirations maçonniques ne se sont jamais démodées, allant de l’étrangement plausible à l’excentrique. Les francs-maçons ont empoisonné Mozart, Jack l’éventreur était un franc-maçon et ses pairs ont couvert sa piste. Les francs-maçons ont été les architectes de la Révolution française, de l’unification de l’Italie, de la chute de l’Empire ottoman et de la Révolution russe », écrit Dickie, citant certaines des théories du complot les plus célèbres liées aux francs-maçons.

« Internet regorge de pages consacrées aux Illuminati, une branche de la franc-maçonnerie dont les membres, dont Bono, Bill Gates et Jay Z, ont signé un pacte occulte qui les lie à un plan diabolique de domination mondiale. Certains de ces mythes sont inoffensifs. D’autres sont très dangereux

« Internet regorge de pages consacrées aux Illuminati, une branche de la franc-maçonnerie dont les membres, dont Bono, Bill Gates et Jay Z, ont signé un pacte occulte qui les lie à un plan diabolique de domination mondiale. Certains de ces mythes sont inoffensifs. D’autres sont très dangereux. Mussolini, Hitler et Franco ont soupçonné les francs-maçons de conspirer et ont assassiné des milliers d’entre eux. Les communistes ont toujours considéré la franc-maçonnerie comme une clique bourgeoise malveillante, et elle est toujours interdite en RPC. Le monde musulman a également une forte tradition de paranoïa anti-maçonnique – elle n’est autorisée qu’au Liban et au Maroc », écrit-il. Evidemment les loges ont aussi parfois été des nids de personnes sans scrupules, d’intrigues et de complots, donc toutes les théories et suspicions qu’elles suscitent ne sont pas fausses.

Dickie pense que les francs-maçons ont moins d’influence aujourd’hui parce que le nombre de membres diminue. « Les francs-maçons adorent attirer des personnes célèbres, également pour attirer de nouveaux membres, mais souvent ces derniers sont trop occupés pour passer trop de temps sur tout ce que la franc-maçonnerie exige : il y a de nombreux rituels, de nombreuses réunions, etc. Les francs-maçons réfléchissent aux raisons de ce déclin et réfléchissent à comment renverser la situation et recruter des jeunes », explique Dickie. 

« La mondialisation et Internet nous obligent à repenser et à réinventer un besoin humain fondamental : la communauté. À un tel moment, notre quête du bien-être ferait bien de contempler l’histoire tragi-comique de la façon dont une forme de communauté née à une époque mondiale antérieure a tenté de mettre en pratique certains de ses idéaux les plus chers », écrit Dickie. Une histoire tragi-comique pleine de clairs-obscurs qui va au-delà des secrets et des théories du complot. 

L’étude du symbolisme est-elle primordiale à la construction du Franc-maçon ?

Comme à l’accoutumée, il est difficile de répondre à une question qui sous-entend clairement des opinions qui ne sont pas, faute de place, expliquées clairement. Je vais m’y risquer et, à chaque lecture, je ferai part de ma réponse. Ce faisant je laisserai de côté les interrogations sur le symbolisme, « primordial » et « construction »

Allons-y. La question-mère est « Qu’est-ce donc le franc-maçon auquel nous pensons ? ». Là encore un tiroir à ouvrir en répondant maintenant à la seconde question grand-mère « Quelle franc-maçonnerie avons-nous en tête ? »

J’en propose sept visions qui sont interdépendantes les unes des autres, bien entendu. C’est une question d’accent. Une même loge peut cumuler plusieurs finalités, en les faisant varier au long des tenues.

            La première c’est d’être le centre de l’union comme le racontait James en 1717 ; à savoir vivre une fraternité conviviale en faisant bien attention à ne pas aborder les sujets qui fâchent, en restant des gentlemen relativement tolérants. C’est la position toujours actuelle de la maçonnerie anglo-saxonne (80% des effectifs).

            La deuxième vision c’est de considérer une loge comme « un laboratoire d’idées » sociales ou sociétales pour faire plus moderne, comme le répétaient quelques Grands Maîtres du GO. À charge pour chacun de répandre la bonne parole dans son entourage et d’influencer le cours des évènements. Ce fut le cas sous la IIIème République.

            La troisième vision propose que le voyage maçonnique nous mène dans les contrées spirituelles et, dans certains cas, occultes. Avec une nuance : spiritualité religieuse ou spiritualité laïque.

            La quatrième conception veut que les loges soient comme des clubs-services et interviennent pour des causes caritatives. Option manifeste chez les frangins américains (qui trouvent que nous ne sommes pas des Maçons !)

            La cinquième finalité est proche au cœur des Français, en particulier : le maître sait et il enseigne. Il détient le savoir et par là, le pouvoir.

            Le sixième choix est bien aimé aussi dans notre pays gaulois : chacun y va de son avis sur des sujets qui touchent la conception de la vie, l’humanité, le bonheur, et toute autre question philosophique. Mariée à la précédente, cette option institue les maîtres à penser de la loge.

            Enfin la septième est une des plus anciennes ; il s’agit de l’étude de la morale ; en fait la morale maçonnique émerge dès les Constitutions d’Anderson et ne varie guère depuis. Car on peut maintenir que l’humanisme, l’altruisme sont des valeurs universelles par-delà les lieux et les siècles.


            Bon voilà des rayonnages de livres hâtivement résumés. Je vais esquisser sept réponses par rapport à la question, une par finalité, puis je donnerai ma conception de la Voie maçonnique, qui est en train d’émerger.

  1. Centre de l’union. Les symboles ne sont pas primordiaux pour se sentir bien ensemble. Les cérémonies à caractère religieux des Frères du Missouri suffisent à remplir cette tâche.
  2. Laboratoire d’idées sociales. Surtout laisser les symboles, auxquels on ne comprend rien et qui bouchent les débats, de côté. Comme ce fut le cas dans l’entre-deux guerres en France. Et aujourd’hui dans plusieurs loges du Grand Orient de France. Un grand risque est lié à ce genre de « débat » pour la simple raison qu’il ne saurait y avoir de « débat » en loge. Quand la rigueur de la technique de demande de la prise de parole est écornée, c’est le génie du voyage maçonnique qui en prend un coup.
  3. La spiritualité ne peut être un voyage sans les symboles. Si la phase fondamentale de la quête spirituelle telle qu’on l’observe dans maintes sagesses est de se connaître soi-même, dans ce cas la méthode d’exploration des symboles est inévitable. Car c’est elle qui permet la trame exceptionnelle des miroirs : « En ce que tu dis, mon Frère, je me reconnais un peu…beaucoup…pas du tout ».C’est une voie de croissance personnelle familière à la Grande Loge de France. Elle constitue un idéal de : loges de plus en plus fréquemment. Mais attention, il ne s’agit pas de « l’étude du symbolisme » comme le porte le libellé de la question mais du « vécu des symboles » ce qui est notoirement différent. Étudier l’étiquette d’une bouteille de vin n’est pas le goûter !
  4. Club-service. Point n’est besoin de symboliser. Peut-être une étude de-ci de-là comme la question le dit ; mais pas une descente en soi. Le Diner’s club n’a pas besoin de symboles. À écarter donc.
  5. Conférences érudites Elles portent sur tous sujets. La relation est celle du maître-qui-sait aux élèves-qui-ne-savent-pas. Très typique de la culture française. Surtout pas de symbolisme, jugé comme peu clair, sans références et qui permet de dire « n’importe quoi », ce dont a horreur un érudit .
  6. Le débat philosophique  Il tourne autour de l’Homme, sa place dans la nature, l’humanité voire maintenant sa responsabilité dans le désastre écologique. Ce débat, par le mot même montre bien que nous sommes dans une confrontation d’idées. Les symboles peuvent être accueillis comme des arguments du genre : « la perpendiculaire met l’Homme vertical au centre de la nature, ralliant la terre par ses pieds et le ciel par la voûte crânienne » En ce cas le symbole fait image et a une vocation pédagogique.
  7. Étude de la morale Elle tient de la philosophie, de la catéchèse qui répète inlassablement les vertus maçonniques traditionnelles, mais aussi des plus actuelles. Le symbole est convoqué comme une illustration, dans le genre : l’équerre, c’est la droiture. C’est de la morale mais pas de l’éthique, à savoir la réflexion personnelle qui débouche, en soi, sur une attitude et des comportements que l’on estime moraux.

            Je réfléchis à notre engagement depuis si longtemps que je me suis fait une idée claire que je trimballe de livre en livre. Pour moi, la voie maçonnique c’est Une spiritualité pour agir. Chacun de ces quatre mots pèse lourd dans mon esprit. Ce sont donc les options 3) pour laquelle le vécu des symboles (pas leur « étude » ; ce n’est pas une classe, une tenue !) est primordial. Et l’option 4), qui n’a pas du tout besoin de symbole.

             Le génie de notre voie, telle qu’elle se dessine, dans les pays latins est dans cette alliance de la spiritualité et de l’action. Ce faisant je me situe dans une lignée ouverte en 1894 par Oswald Wirth et prolongée depuis par Arthur Groussier, Daniel Béresniak et d’autres. Lis ce qu’a écrit magistralement un de nos Frères du Grand Orient de France, Joannis Corneloup : « Médite dans le temple, agis sur le forum ». Je crois que l’avenir est dans une loge qui privilégie la quête spirituelle, menée, entre autres, à l’aide de la réflexion, la méditation sur les symboles et de leur vécu, quel qu’il soit.