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Il transforme une friche automobile pour accueillir 19 Loges et un restaurant

De notre confrère sudouest – Par Yannick Delneste

Communiqué rectificatif officiel du Cercle Giordano BRUNO du 31 Juillet 2024.

Le cercle GB tient à préciser que, bien qu’il entretienne de très bonnes relations avec la GL-AMF, il n’est en aucune manière rattaché à cette dernière. Un raccourci malencontreux de plusieurs articles de presse a abouti à une information erronée et incomplète. Le cercle GB est régi par une association loi 1901 qui a pour objet la gestion de locaux associatifs, destiné principalement à des loges maçonniques. Composé exclusivement de membres FM de tous horizons, l’association est dissociée de toute Obédience. Sa philosophie est de rassembler, au sein des locaux qu’elle gère, nombre de loges de différentes Obédiences et/ou Ordres Maçonniques. Actuellement, elle reçoit mensuellement 19 loges représentatives de 13 Obédiences et Ordres différents dont la GL-AMF.

À Cenon*, objectif zéro déchet pour le nouveau restaurant, la Maison Blackwood

C’est un endroit étonnant, niché au fond d’une petite cour… cours de Verdun. Encore plus niché en ce moment avec les lourds travaux que connaît la rue. En 2006, l’architecte Christian François rachète la parcelle contenant une maison, un commerce et un garage. Il y déploie neuf appartements et son bureau.

L’homme est franc-maçon et quand, en 2012, la Grande loge nationale de France [NDLR : Comprendre la Grande Loge Nationale Française (GLNF)] implose, la Grande loge de l’alliance maçonnique française (GLAMF), née de la scission, cherche des locaux, il crée l’association Giordano-Bruno. La friche automobile est progressivement réhabilitée (« sept ans entre copains et avec de la récup ») pour donner naissance à un temple écossais et à un restaurant.

Ce dernier, sous bail commercial de l’association, est mis à disposition de la Grande Poste (Bordeaux centre) qui y développait depuis janvier 2020 l’enseigne Goûtez et partagez, ouverte le midi au grand public, réservée le soir au centre maçonnique doté en 2017 d’un deuxième temple, français celui-là.

« Dix-neuf loges utilisent aujourd’hui les lieux qui comprennent aussi une bibliothèque et des bureaux, complète Christian François. L’influence maçonnique est aussi dans la salle de restaurant, les béotiens du midi admirant bas et hauts-reliefs en métal et résine de Yoann Pérard, les initiés du soir y retrouvant parcours initiatique et outils de symbolisme.

En mars, la Grande Poste a arrêté l’exploitation du restaurant. « On s’est dit qu’on pourrait peut-être gérer directement », raconte l’hyperactif qui, non content d’être architecte, a eu aussi trois restaurants dans la métropole. Il rallie à sa cause deux amis, Cécile Jourde-Laclavetine et Jacques Pinet ; décroche le permis d’exploiter et la formation HACCP (système d’analyse des risques et de maîtrise des points critiques), et le trio fonde une Société par actions simplifiées (SAS), reprend trois des quatre membres du personnel (la quatrième s’est reconvertie) avec un projet en phase avec les enjeux environnementaux : un restaurant le plus neutre possible, sans obérer la qualité, avec un objectif final de zéro déchet.

« À chaque étape, sur chaque produit, nous réfléchissons à la solution la plus vertueuse », explique l’architecte. Et de décliner les exemples autour de la formule buffet à 23,90€ proposée depuis le 3juin et toujours le midi à la Maison Blackwood et ses 82 couverts : l’huile de friture récupérée (à vélo) et recyclée par l’entreprise Ecovadim, le verre des bières Mascaret lavée et réutilisée, le compost géré sur place (avec les locataires des neuf appartements) par la société Vert de terre à Bordeaux-Bastide (à vélo toujours) et le circuit court en maître-mot des produits proposés.

On retrouve entre autres les sirops Meneau de Saint-Loubès, les viandes régionales de Beauvallet, les légumes de L’Eau à la bouche – exploitation en aquaponie située au Pout –, du caviar et des filets d’esturgeons arrivant de Biganos. « Saint-Géron en Auvergne pour l’eau minérale », note Christian François. « Mais le propriétaire de la société habite dans l’Entre-deux-Mers et nous livre. » Côté vins, la maison Dubard de Dordogne assure variété et découverte.

Et au fait, pourquoi Blackwood ? « C’est le nom d’une forêt en Écosse, menacée par les promoteurs et dont le propriétaire a lancé une vente dissuasive via de minuscules parcelles par des acheteurs du monde entier désireux de préserver cette zone naturelle », explique Cécile Joudre-Laclavetine. « Nous y avons participé tous les trois, et vous pouvez m’appeler Lady Blackwood. » Pas la moins savoureuse anecdote pour cet endroit aux multiples histoires.

*Cenon, commune du Sud-Ouest de la France située dans le département de la Gironde, en région Nouvelle-Aquitaine faisant partie de Bordeaux Métropole.

01/08/24 : Au Collège Maçonnique « Quelle Foi pour l’Homme d’aujourd’hui ? »… Vous avez 2 heures !

Le message du Collège Maçonnique

Notre exploration de la modernité des Vertus nous a conduits à revisiter les vertus cardinales classiques et à questionner l’actualité des vertus théologales. La Franc-maçonnerie, enracinée dans une tradition judéo-chrétienne, particulièrement protestante, a hérité de ces vertus et les a conservées symboliquement. Inspirée par la philosophie des Lumières, elle a réformé notre vision de l’Homme vis-à-vis de Dieu et de la société, en prônant l’universalisme de la raison, l’égalité des droits et l’Humanisme.

Qu’en est-il aujourd’hui, dans nos conditions psycho-sociales contemporaines ? Que pouvons-nous espérer dans le cadre de nos valeurs éthiques et sociétales ? Quelle foi pour l’Homme d’aujourd’hui ?

Le docteur Jean Furtos

Le docteur Jean Furtos, l’intervenant d’un soir !

Le Dr. Jean Furtos est psychiatre honoraire des Hôpitaux et ancien chef de service de Psychiatrie au Centre Hospitalier de Lyon-Bron. Il est reconnu pour son expertise et ses contributions significatives dans le domaine de la psychiatrie, notamment en tant que fondateur de l’Observatoire National de Santé mentale et Précarité et de la revue “Rhizome“, Bulletin National Santé mentale et Précarité.

Ses travaux de recherche se concentrent principalement sur le lien entre précarité, isolement social et troubles psychiques, offrant une perspective approfondie sur les impacts psychologiques de la marginalisation et de l’exclusion sociale.

Clinique du Château de la Chavannerie

Actuellement, le DrFurtos exerce en tant que psychiatre à la Clinique du Château de la Chavannerie, au cœur du village de Chaponost, sur une des collines de Lyon à 9 Km du centre-ville. Un établissement de psychiatrie générale accueillant des patients adultes, dans le cadre d’une hospitalisation libre, pour assurer le suivi psychiatrique et le traitement psychothérapeutique des maladies psychiques telles que des épisodes dépressifs et dépressions sévères, la schizophrénie et/ou dépendance à l’alcool.

En parallèle, il est membre permanent de l’Association Mondiale de Psychiatrie Sociale (WASP), où il continue à influencer le domaine de la psychiatrie sociale.

Depuis 2016, il codirige avec François Laplantine, Professeur d’anthropologie à Lyon 2, un séminaire universitaire de recherche sur la pensée métisse dans la mondialisation, contribuant à l’exploration des interactions culturelles et de leurs effets sur la santé mentale.

Ses publications principales sont La santé mentale en actes (Éd. Erès, 2005), coécrit avec Christian Laval, Les cliniques de la précarité (Éd. Masson, 2008), De la précarité à l’auto-exclusion (Éd. Rue d’ULM, 2009) et Pandémie et Biopouvoir, la nouvelle précarité contemporaine (Éd. Rue d’ULM, 2021).

Les contributions du Dr Jean Furtos à la psychiatrie et à la compréhension des dynamiques socio-psychologiques sont vastes et profondément influentes, faisant de lui une figure incontournable dans le domaine de la santé mentale et de la précarité.

Les modérateurs :

– Corinne Gurtner : Docteur en Médecine, ancienne cheffe de service du Département d’Anesthésie et Réanimation du CH du Valais, Grande Loge Féminine de Suisse

– Bertrand Zuindeau : Docteur en Économie (Environnement), ancien Maître de conférences à Lille1, Conseiller technique au sein de la Région Hauts de France, Grande Loge de France

Les organisateurs :

– Alain-Noël Dubart, Ancien Grand Maître, Grande Loge de France

– Marie-Thérèse Besson, Ancienne Grande Maîtresse, Grande Loge Féminine de France

Le Collège Maçonnique nous annonce que le jeudi 8 août à 19h30 accueillera Michèle Vianès, Présidente de l’association Regards de Femmes sur « Combattre pour les droits des Femmes : La Persévérance en action »

Infos pratiques

Entretiens d’Été du Collège Maçonnique sur le thème 2024 « Quelle modernité pour les Vertus ? » – Jeudi 1 Août 2024 à 19h30/Inscription obligatoire sur le site. Toutes les conférences sont gratuites, ouvertes à tous, enregistrées et disponibles sur le site du Collège Maçonnique.

Le Collège Maçonnique
Le Collège Maçonnique

Casanova : L’art de la séduction et de l’aventure

En ce milieu de l’été, nous clôturons notre série de lectures estivales avec une œuvre captivante qui nous plonge au cœur de la Venise du XVIIIe siècle. Casanova de Edouardo Rescigno, publié par les Éditions Skira dans la collection SkiraMiniARTbooks, est bien plus qu’une simple biographie. Cet ouvrage se présente comme un guide artistique de poche, idéal pour les passionnés d’histoire et d’art.

Giacomo Casanova, l’un des Vénitiens les plus célèbres de son époque, est ici dépeint non seulement comme le libertin notoire, mais aussi comme un aventurier, écrivain et agent secret. Ce livre nous offre une vision complète de cet homme complexe, dont la vie fut aussi riche que mouvementée. À travers des illustrations soigneusement choisies, Edouardo Rescigno nous transporte dans l’univers de Casanova, dévoilant les multiples facettes de sa personnalité et de ses exploits. L’ouvrage se distingue par sa biographie illustrée, où chaque page est enrichie de visuels en couleur – dont une d’un magnifique tablier maçonnique de la fin du XVIIIe siècle. Cela permet au lecteur d’apprécier pleinement le contexte historique et culturel dans lequel évoluait Casanova. Cette dimension visuelle est particulièrement appréciable dans une série comme SkiraMiniARTbooks, conçue pour offrir des contenus à la fois scientifiquement corrects et esthétiquement plaisants.

Les dernières sections du livre, comprenant des fiches techniques des œuvres et une table chronologique, ajoutent une dimension pédagogique à l’ouvrage. Elles permettent de situer les événements marquants de la vie de Casanova dans un contexte plus large, enrichissant ainsi notre compréhension de l’époque. L’auteur ne se contente pas de retracer la vie de Casanova, mais explore également son impact sur la littérature, le cinéma et la musique. Cette approche multidisciplinaire montre à quel point Casanova a marqué les esprits, bien au-delà de son temps.

Sceau de Salomon

Nous avons particulièrement apprécié. La séance de guérison qu’il proposa au grand chambellan, le comte de la tour d’Auvergne, l’auteur nous précise qu’« armé d’un pinceau trempé dans une mystérieuse substance, il traça une croix de Salomon sur la cuisse du malade en prononçant des phrases tout aussi mystérieuses… »

Alchimie sur la table de l'alchimiste
Transmutations mystiques sur l’autel de l’adepte hermétique

On nous entretient aussi, trop peu du reste, d’alchimie et de sciences magiques, ainsi que d’une autres séance de guérison où l’on plonge, à Marseille, la patiente à demi-nue une dans une baignoire…

Pour ceux qui souhaitent approfondir leur connaissance de Casanova et de son époque, l’ouvrage propose une section de conseils bibliographiques. Cette sélection d’ouvrages permet de prolonger la découverte et d’explorer d’autres aspects de la vie et de l’œuvre de Casanova. Edouardo Rescigno, spécialiste reconnu de l’histoire vénitienne, nous livre ici une œuvre à la fois concise et richement documentée. Son approche rigoureuse et son style fluide rendent la lecture agréable et instructive. Rescigno a su capturer l’essence de Casanova, offrant au lecteur une immersion totale dans la Venise du XVIIIe siècle.

Revenons sur le parcours de Giacomo Casanova

Giacomo Casanova, ce célèbre aventurier et séducteur vénitien, qui n’est pas seulement connu pour ses exploits amoureux et ses escapades rocambolesques, l’est également pour son engagement dans la franc-maçonnerie.

Né en 1725 à Venise, Casanova a mené une vie riche en rebondissements. Après une jeunesse tumultueuse marquée par des études de droit et une carrière ecclésiastique avortée, il commence à voyager à travers l’Europe, se mêlant aux cercles les plus influents de son temps. C’est en 1750, à Lyon, qu’il est initié à la franc-maçonnerie, une étape qui marquera le début d’une nouvelle dimension dans son existence.

La franc-maçonnerie, avec ses idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité, trouve en Casanova un adepte enthousiaste. Il fréquente les loges maçonniques de nombreuses villes européennes, y compris Paris, où il noue des relations avec des personnages influents et puissants. Pour Casanova, la franc-maçonnerie n’est pas seulement une fraternité mais aussi une porte d’accès aux cercles de pouvoir et un réseau qui facilite ses aventures.

Ses écrits, notamment ses célèbres mémoires Histoire de ma vie, témoignent de l’importance de la franc-maçonnerie dans son parcours. Il y décrit ses interactions avec d’autres maçons, ses participations aux rites et cérémonies, et les bénéfices qu’il tire de cette appartenance. La franc-maçonnerie lui offre un cadre de valeurs et un réseau de soutien qui l’accompagnent tout au long de ses pérégrinations.

Casanova est également connu pour avoir été un défenseur des idées des Lumières, une période où la franc-maçonnerie joue un rôle crucial dans la diffusion des idées progressistes. Son engagement dans la franc-maçonnerie reflète son esprit curieux et son désir de comprendre et de participer aux grandes transformations de son époque.

Malgré ses exploits souvent controversés, Casanova reste fidèle aux principes maçonniques de liberté et de recherche de la vérité. Son appartenance à la franc-maçonnerie ajoute une dimension supplémentaire à sa personnalité complexe, celle d’un homme en quête de connaissance et de perfectionnement personnel.

Giacomo Casanova, au-delà de son image de séducteur légendaire, demeure une figure fascinante, à la fois pour ses aventures romanesques et pour son engagement dans les courants intellectuels et spirituels de son temps.

La toile « Jeune fille dans son lit, faisant danser son

chien »

La toile « Jeune fille dans son lit, faisant danser son chien » du peintre Jean-Honoré Fragonard (1732-1806) – peintre d’histoire, de genre et de paysages, il se spécialise assez rapidement dans le genre libertin et les scènes galantes – choisie pour la couverture de l’ouvrage consacré à Casanova tisse un lien subtil mais profond avec la figure emblématique du libertin vénitien. Casanova, célèbre pour ses innombrables aventures amoureuses et sa vie de séducteur, incarne une quête incessante de plaisir et de conquêtes, souvent décrite avec une grande délicatesse et un sens aigu du détail dans ses mémoires. De même, la peinture de Fragonard capture une scène intime et légère, où la jeune fille joue avec son chien dans un cadre privé. Cette scène renvoie à l’univers sensuel et hédoniste que Casanova a traversé et décrit dans ses écrits.

Jeune fille et son chien, Jean-Honoré Fragonard,HUW 35, Alte Pinakothek Munich

L’intimité et la sensualité présentes dans la peinture de Fragonard rappellent les nombreuses scènes décrites par Casanova, où l’intimité et les plaisirs secrets sont au cœur de ses récits. Le lit, symbole de la sphère privée, évoque les multiples aventures de Casanova qui se déroulent dans des chambres à coucher, des lieux de confidences et de plaisirs. La jeune fille de la toile, avec son attitude ludique et innocente, incarne une jeunesse qui pourrait séduire et être séduite. Casanova, lui-même, était souvent attiré par la jeunesse et la beauté, et ses aventures impliquaient fréquemment des jeunes femmes dont l’innocence apparente cachait une sensualité plus profonde. La scène de Fragonard capture ce moment de transition entre l’innocence et l’éveil des désirs, un thème récurrent dans la vie de Casanova.

Jean-Honoré Fragonard, autoportrait

Le ton léger et espiègle de la toile reflète l’esprit du libertinage du XVIIIe siècle, dont Casanova est l’un des symboles les plus emblématiques. La scène n’est pas simplement une représentation de la vie quotidienne, mais une allégorie de la liberté des mœurs et du plaisir sans contrainte, des idées chères à Casanova. Le style rococo de Fragonard, avec ses lignes courbes, ses couleurs douces et ses thèmes légers, est emblématique de l’époque de Casanova. Ce style artistique, qui met l’accent sur la beauté, la frivolité et le plaisir, est parfaitement en phase avec l’univers de Casanova, où l’esthétique et le raffinement jouent un rôle central.

Ainsi, la toile de Fragonard et la vie de Casanova sont liées par leur exploration commune de la sensualité, de l’intimité et du plaisir. Le choix de cette œuvre pour la couverture de l’ouvrage sur Casanova est donc hautement symbolique, évoquant non seulement le contexte historique et culturel de l’époque, mais aussi les thèmes centraux de la vie et des récits de Casanova. Elle capture l’essence d’un homme pour qui chaque rencontre était une danse délicate entre l’innocence et le désir, reflétée dans le jeu léger et intime entre la jeune fille et son chien.

Les Éditions Skira Paris, renommées pour leurs livres d’art, monographies d’artistes et catalogues d’expositions, ajoutent ici une perle à leur collection avec la série SkiraMiniARTbooks. Ces ouvrages de poche, entièrement illustrés en couleur, sont parfaits pour les voyageurs et les curieux désirant une lecture enrichissante et accessible.

Avec Casanova de Edouardo Rescigno, nous terminons notre série de lectures estivales sur une note des plus raffinées et instructives. Nous reprendrons prochainement le cours normal de nos actualités littéraires maçonniques, enrichis de cette plongée fascinante dans l’histoire et l’art vénitiens.

Pour ceux intéressés par cette série, les SkiraMiniARTbooks offrent une gamme variée de sujets, allant des artistes individuels aux mouvements artistiques, en passant par l’architecture et les arts décoratifs. Chaque volume, compact et économique, promet une lecture agréable et informative, parfaite pour les passionnés d’art et de culture.

Casanova

Edouardo Rescigno – Skira, Coll. SkiraMiniARTbooks, éd. française,2010, 96 pages. 6,90 €

Portrait de Casanova vêtu d’une culotte et d’une redingote de velours outremer, d’un gilet de brocart doré et d’un jabot de dentelle et tenant un livre ouvert – (Anton Raphaël Mengs, c. 1760)

Ernesto Nathan, juif, gauchiste, anticlérical, maire de Rome… et franc-maçon !

erasmo, la revue mensuelle du Grand Orient d’Italie (GOI), s’affirme comme une pierre angulaire de la communication et de la culture maçonnique en Italie. Sous la direction de Stefano Bisi et avec la précieuse collaboration de Velia Iacovino, cette publication offre chaque mois un reflet fidèle de l’actualité, de l’histoire et des perspectives de la franc-maçonnerie italienne. Publiée par l’Association Grande Oriente d’Italia à Rome, et imprimée par Consorzio Grafico srl à Castel Madama, erasmo se distingue par la richesse et la diversité de son contenu.

Chaque édition débute par une allocution ou un éditorial signé par le grand maître ou d’autres dignitaires, apportant des réflexions éclairées sur les événements contemporains, les orientations de la franc-maçonnerie ou des rappels historiques marquants. Ce préambule sert de guide moral et intellectuel, orientant les lecteurs à travers les thèmes du numéro.

La revue plonge ensuite ses lecteurs dans des articles historiques détaillés, mettant en lumière des figures emblématiques de la franc-maçonnerie. Par exemple, le numéro dédié à Ernesto Nathan explore avec profondeur sa vie, son œuvre et ses contributions majeures en tant que maire de Rome et grand maître du GOI. Nathan, avec sa vision progressiste et ses actions déterminantes, incarne les idéaux maçonniques de liberté, d’égalité et de fraternité. Son héritage est minutieusement retracé, illustrant comment ses initiatives ont façonné la Rome moderne tout en soulignant les valeurs de la franc-maçonnerie.

Blason du GOI

erasmo se fait également l’écho des nouvelles de la grande loge, relatant avec précision les événements récents, les assemblées importantes, les commémorations et les visites officielles du Grand Maître, tant en Italie qu’à l’étranger. Chaque événement est décrit avec une attention particulière aux détails, offrant aux lecteurs une compréhension claire des activités et des initiatives en cours.

Stefano Bisi, directeur de publication

La revue offre également une rubrique intitulée « Rencontre avec l’auteur », où sont présentées des œuvres littéraires et leurs auteurs, souvent en lien avec la franc-maçonnerie. Cette section permet aux lecteurs de découvrir des publications pertinentes, enrichissant ainsi leur culture maçonnique et intellectuelle.

L’une des parties les plus captivantes d’erasmo est sans doute celle qui explore les relations complexes entre la franc-maçonnerie et les régimes politiques historiques, comme le fascisme en Italie. À travers des analyses critiques et des perspectives historiques, cette rubrique éclaire des aspects souvent méconnus ou mal compris de l’histoire maçonnique, offrant une profondeur de réflexion sur les défis et les résiliences de l’ordre maçonnique face aux bouleversements politiques.

La revue ne se limite pas aux sujets nationaux et historiques ; elle s’intéresse également aux initiatives locales et aux activités spécifiques à diverses régions d’Italie. Des articles sur les événements à Livourne, Bagheria, Maida et Trieste illustrent l’engagement régional de la franc-maçonnerie. Les projets locaux, les commémorations et les célébrations sont décrits avec une vivacité qui fait écho à l’esprit communautaire et solidaire de la franc-maçonnerie.

Dans chaque numéro, une section est consacrée aux critiques littéraires, aux nouvelles variées et aux annonces importantes pour la communauté maçonnique. Ces sections regroupent des informations pratiques, des mises à jour sur les activités de la Fondation Grande Oriente d’Italia ONLUS, et des perspectives géopolitiques, offrant ainsi une vue d’ensemble complète et cohérente des sujets d’intérêt pour les frères maçons.

Le numéro de juillet 2024, consacré à Ernesto Nathan, est emblématique de cette diversité et de cette richesse de contenu. La couverture met en avant un hommage à Nathan, avec un buste en bronze offert à la commune de Livourne, soulignant ainsi la continuité de son héritage. Les articles principaux détaillent ses réalisations et son impact, tandis que des événements commémoratifs et des discours du Grand Maître Antonio Seminario ajoutent une dimension vivante et actuelle à son souvenir.

erasmo n’est pas simplement une revue mensuelle ; c’est un lien vivant et vibrant entre les membres du Grand Orient d’Italie, un espace de partage de connaissances, de célébration de l’héritage maçonnique et de renforcement des liens fraternels. À travers ses pages, la franc-maçonnerie italienne se dévoile, se célèbre et se projette vers l’avenir, fidèle à ses idéaux et à son histoire.

D’ailleurs, certaines revues de grandes loges qui ne tirent bien souvent qu’une fois l’an et qu’à la seule gloire de leur « Lider maximo » ferait bien de s’en inspirer…

Ernesto Nathan, politicien et franc-maçon

Ernesto Nathan, figure éminente de la politique italienne et de la franc-maçonnerie, est né à Londres le 5 octobre 1845. Issu d’une famille juive nombreuse, il est le cinquième des douze enfants de Moses Nathan, un agent de change anglais d’origine allemande, et de Sara Levi Nathan, une fervente partisane des idéaux républicains de Giuseppe Mazzini. Son enfance est marquée par l’influence de Mazzini, ami intime de la famille lors de leur séjour à Londres. Cette influence façonne profondément ses convictions politiques et culturelles.

Ernesto Nathan

Après la mort de son père en 1859, Ernesto, alors âgé de 14 ans, quitte Londres pour l’Italie. Il passe son adolescence entre Florence, Milan, la Sardaigne et la Suisse, à Lugano. Ce périple à travers l’Italie et la Suisse, régions alors en plein essor révolutionnaire et culturel, enrichit sa formation intellectuelle et politique. En 1870, à 25 ans, il s’établit à Rome, où il devient administrateur du journal mazziniste La Roma del Popolo. Sa carrière politique débute alors véritablement, marquée par un engagement laïque et anticlérical fort.

En 1888, Nathan obtient la nationalité italienne, un jalon crucial dans sa carrière politique. Dès 1887, il est membre du Grand Orient d’Italie, une organisation maçonnique influente, et il en devient le grand maître en 1899, puis de nouveau en 1917. Son rôle au sein de la franc-maçonnerie est déterminant, il s’emploie à promouvoir les idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité.

Ernesto Nathan rejoint l’extrême gauche historique en 1879, puis le Parti radical historique en 1904. Son engagement politique le conduit à être élu conseiller municipal de Rome en 1898. En 1907, il devient maire de Rome, un poste qu’il occupe jusqu’en 1913. Il est le premier maire de Rome à ne pas être issu de la classe des propriétaires fonciers. Son élection, qui peut sembler surprenante pour l’époque, s’explique par sa réputation d’honnêteté stricte et de sens des affaires, qualités reconnues même par ses opposants.

Monument à Victor-Emmanuel II

Lors de ses mandats, Ernesto Nathan doit gérer une ville en pleine expansion. Rome, devenue capitale du Royaume d’Italie en 1870, voit sa population doubler, passant de 230 000 à plus de 500 000 habitants. Confronté à des défis urbains considérables, il s’attaque à la spéculation immobilière et lance une série de grands travaux publics. Parmi ses réalisations notables figurent le monument à Victor-Emmanuel II, le palais de justice, le Stade national (à l’emplacement de l’actuel stade Flaminio), ainsi que la promenade archéologique sur l’Aventin et le mont Cælius. Ces projets ambitieux suscitent des controverses, certains accusant Nathan de défigurer la ville historique de Rome.

Parallèlement, Nathan œuvre pour l’éducation. Il fait ouvrir 150 écoles maternelles, un chiffre impressionnant à l’époque, surtout dans une ville où l’éducation était traditionnellement sous la coupe de l’Église catholique. Il promeut une éducation laïque, ce qui provoque une vive opposition du Saint-Siège. Ernesto Nathan développe également la formation professionnelle, améliore les infrastructures de transport public et crée une compagnie de distribution de l’énergie.

En 1915, malgré son âge avancé, Nathan s’engage volontairement dans l’armée italienne à 70 ans, servant comme lieutenant d’infanterie. Cet acte de bravoure démontre une fois de plus son dévouement envers l’Italie. En 1917, il est réélu grand maître du Grand Orient d’Italie, une position qu’il occupe jusqu’en 1919. Durant cette période, il guide l’organisation à travers les tumultes de la Première Guerre mondiale.

Ernesto Nathan meurt à Rome le 9 avril 1921. Son décès marque la fin d’une carrière dédiée à la politique, à la franc-maçonnerie et à l’amélioration de la société italienne. Il est enterré au cimetière de Campo Verano, près du Panthéon des grands maîtres et des grands dignitaires du Grand Orient d’Italie. Son héritage perdure à travers ses nombreuses contributions à la ville de Rome et à la franc-maçonnerie italienne, symbolisé par la Casa Nathan, siège du Grand Orient d’Italie à Rome, qui porte son nom en hommage à ses réalisations et à ses idéaux.

L’héritage de Nathan est également célébré par le Grand Orient d’Italie à travers des commémorations et des honneurs posthumes. Le 19 juillet 2024, un buste en bronze de Nathan est offert à la ville de Livourne par le Grand Maître Honoraire Massimo Bianchi, marquant ainsi un hommage durable à son influence et à son rôle historique. La cérémonie de dévoilement du buste souligne les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité incarnées par Nathan tout au long de sa vie.

erasmo, disponible pour tous ICI.

Malgré la présence d’un gouvernement italien qualifié d’extrême droite, erasmo se présente comme une revue totalement décomplexée, accessible au grand public sans aucune forme de censure ou de secret. Les noms et prénoms des contributeurs et des figures mises en avant sont publiés sans réserve, en toute transparence, démontrant ainsi un engagement envers la liberté d’expression et un bel esprit d’ouverture.

Dessin de François Morel « Initiation en distanciel »

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Monsieur,

Je suis heureux de porter à votre connaissance que votre candidature a été retenue, compte tenu du reconfinement nous allons donc procéder à votre initiation en distanciel.

Tout d’abord, vous allez vous enfermer dans les WC en ayant soin de prendre avec vous une Bible, un crâne humain (facilement trouvable sur EBay) une salière, du poivre faisant office de soufre et de quoi écrire. Je vous enverrai par e-mail en PJ la photo d’un coq et quelques inscriptions que vous collerez au mur. Vous resterez enfermé et éclairé seulement par votre iPhone 10 (Évitez le mode stroboscopique) . Vous suivrez ensuite mes instructions après avoir rempli votre testament (il est inutile de faire un legs à vos enfants)

… Au sortir des toilettes, retirez votre gourmette et votre Swatch et mettez-les dans la coupe à fruits, ensuite déshabillez-vous à moitié dans la salle à manger, retroussez la jambe droite de votre pantalon et mettez une charentaise à votre pied gauche. Dégrafez votre chemise pour laisser votre torse nu surtout du côté gauche. Mettez le masque Air-France que vous avez piqué en passant dans les business lors de vos dernières vacances en Martinique. Bien sûr, il est possible que votre entourage vous pose des questions embarrassantes, mais restez dans un mutisme absolu. Vous pourriez malencontreusement livrer des secrets dont vous n’avez pas encore pris connaissance (…) Si toute  fois le Samu venait précipitamment, nous serions dans l’obligation d’ajourner la cérémonie.  Vous allez maintenant suivre nos instructions sur votre téléphone portable et répondre haut et fort aux questions qui vous seront posées.

Irrégularité de la GLMMM : les Obédiences réagissent par la voix de leurs Grands Maîtres !

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Dans un article de samedi, notre consœur La Maçonne dénonçait, preuves à l’appui, « la plus grosse supercherie de la décennie ? » concernant la Grande Loge Mixte de Memphis Misraïm (GLMMM) et du couple Moumdjian qui la contrôle d’une main de fer non gantée. Cette Obédience est encore reconnue par une majorité de grandes maisons maçonniques françaises. Cette légitimité a permis au Grand Maître Moumdjian de s’afficher dans la presse aux côtés des Grands Maîtres officiels durant les récentes cérémonies et autres défilés depuis le début de l’année.

Lire aussi la suite de l’article de la Maçonne en bas de cette page

Ces accords en question avaient été signés par les fondateurs dans les années 2000, l’époque où cette petite obédience monorite égyptien avait le vent en poupe.

Mais voilà, depuis quelques années le Grand Maître Moumdjian, élu il y a 6 ans, dont l’autorité est devenue fortement discutable, a fait passer cette maison maçonnique autrefois respectable avec ses 500 membres et son Rite Unique à une structure de moins de 100 membres suite à la fuite de dizaines de Loges… et de tous les fondateurs qui pleurent encore cet exil.  

La Rédaction s’est penchée sur ce dossier qui avait déjà fait l’objet d’un article en novembre dernier. La question du cautionnement des grandes Obédiences face à des dérives qui peuvent parfois devenir sectaires se pose effectivement. Il est inutile de rappeler que nos Grandes Loges sont garantes du sérieux, de l’honnêteté et de la crédibilité des Obédiences reconnues par elles. C’est pourquoi la question du lien de confiance devient cruciale lorsqu’il existe des dérives de toute nature.

Nous ne développerons pas dans cet article la liste des irrégularités en question, nous vous suggérons plutôt de lire tous les détails de cette affaire chez notre consœur La Maçonne qui a fait un excellent travail de recherche et d’investigations documents à l’appui.

Comme elle le rappelle, les points de confiance de toute structure maçonnique reposent essentiellement sur les critères suivants :

  • Séparation des pouvoirs entre le législatif, l’exécutif et la « justice maçonnique », des élections démocratiques,
  • Séparation entre le caractère associatif de l’obédience et l’initiatique qui ne regarde ni l’exécutif, ni le législatif, mais est uniquement un travail de transmission interne à la loge,
  • Respect des individus que ce soit dans leur intégrité physique comme morale, membres de l’obédience, …
  • et enfin… Respect du rituel.

La GLMMM semble ne plus répondre à tous ces critères.

Par conséquent, il devient dangereux pour les Francs-maçons membres : GODF, GLDF, DH , GLFF, GLMU… et tous les autres, d’être mis en relation avec une micro structure bénéficiant d’un crédit de confiance, dont les dirigeants deviennent fortement discutables. C’est précisément le cas en l’espèce !

Notre rédaction a donc contacté les Grands Maîtres des grandes Obédiences « amies », afin de mieux comprendre la situation et surtout d’envisager l’avenir de cette relation trouble. Ils se sont majoritairement prêtés au jeu en répondant rapidement aux questions que nous leur avons posées sur ce sujet délicat.

Le journaliste chargé de ce dossier à pris contact avec les Grands Maîtres du GODF, GLDF, DH, GLFF, GLMU.

Les 2 questions posées étaient :

1°) Avez-vous connaissance de dysfonctionnements au sein de la GLMMM dont le GM est en poste depuis 6 ans ?

2°) Votre Obédience envisage-t-elle prochainement de remettre en question le Traité d’amitié ?

GODF : Guillaume Trichard.

Il est a noter que nous avions proposé un article la semaine dernière sur « les Grands Maîtres les plus communicants de France ». Nous avions attribué une mauvaise note à Guillaume Trichard. Nous devons reconnaitre que cette fois, il a été très collaboratif. Malgré un deuil dans sa famille proche, nous aurions compris et accepté qu’il nous fasse patienter quelques jours. Il fut pourtant très présent et nous l’en remercions vivement. La rédaction lui présente ses condoleances.

Sa réponse est la suivante : 

« Merci de m’avoir questionné sur cette affaire. Nous ignorions totalement la réalité des faits et nous découvrons les éléments fournis dans l’article de la Maçonne. Nous en prenons acte. Comme vous le savez, le GODF est une vieille institution qui avec ses processus prend le temps de l’analyse. Pour le moment notre priorité c’est le Convent des 22 et 23 août prochain à Lille. Cependant, j’ai demandé à ce que ce dossier soit ressorti. Une chose est certaine, si la GLMMM a modifié les Rituels qui sont l’objet de la Patente que nous leur avons accordée, cela est un motif de suspension de nos accords. Tout cela va être étudié de très près vous pouvez me faire confiance. »

Il est certain que modifier les Rituels sans en référer au GODF n’est probablement qu’un détail pour JJ Moumdjian et son épouse l’artisan de cette modification, mais pour Guillaume Trichard et le Président de la Commission des Rituels, c’est une condition immédiate de suspension.

Un ancien conseiller de l’ordre nous a confié qu’il suffisait de quelques secondes au Grand Maître pour rajouter un thème supplémentaire à l’ordre du jour du dernier Conseil de l’Ordre d’août avant le Convent. Ainsi, nous savons que le Grand Maître a maintenant le pouvoir de faire suspendre le traité d’amitié dans l’attente d’un éclaircissement de cette affaire. Il en devient le comptable. Il lui reste trois semaines avant le Convent. Il y a donc fort à parier que Guillaume Trichard prendra les mesures utiles avant sa descente de charge. Cette affaire devient une épine dans le pied du GODF bien coûteuse pour un rendement très faible.

GLDF : Thierry Zaveroni

Très réactif le Grand Maître Zaveroni nous a aussitôt adressé sa réponse :

Thierry Zaveroni, Grand Maître de la GLDF
Thierry Zaveroni, Grand Maître de la GLDF

« Je confirme que la Grande Loge de France entretient des rapports fraternels avec cette Obédience. De longue date, notre Obédience est conviée à la Cérémonie de clôture de leur Convent et nous les invitons également à la nôtre. Nos rapports s’arrêtent pourtant là, s’agissant d’une Obédience mixte, nous ne pouvons avoir de Traité d’amitié. Pour rappel, à ce jour, la seule Obédience française avec laquelle nous avons signé un Traité d’amitié est la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française. Pour compléter la réponse, une Convention administrative et judiciaire a été signée entre nos deux Obédiences comme avec d’autres. Mais ce n’est en aucune façon un Traité d’amitié. Comme vous le savez probablement, il s’agit d’échange d’informations administratives utiles entre Obédiences. Est-ce suffisant pour dire que nos deux Obédiences sont amies ? Je pense qu’il y a confusion entre Traité et Convention. Pour finir, dans le cadre du caractère limité de nos relations avec cette Obédience, je ne vois pas comment répondre à la question d’un éventuel dysfonctionnement constaté au sein de la GLMMM. »

Nous pouvons donc conclure qu’entre la GLDF et la GLMMM le courant passe encore, mais qu’elle n’a pas connaissance des faits dont la maçonne se fait l’écho. C’est désormais chose faite. Il sera donc utile de rester attentif sur la future prise de position de la GLDF.

Droit Humain : Sylvain Zeghni

Selon son habitude, le Grand Maître du Droit Humain fut très réactif. Nous vous livrons sa réponse :

« Nous connaissons bien entendu les problèmes de gouvernance de la GLMMM et les départs nombreux de l’obédience. Nous verrons comment évolue la situation interne lors du convent d’octobre de cette Obédience. »

Cette réponse démontre clairement une inquiétude et la question semble être d’actualité. Il y a fort à parier qu’en cas d’action des autres Obédiences, le DH suivra le mouvement en écartant la GLMMM afin de rester dans l’esprit de respect des valeurs républicaines si chères au Droit Humain.

GLFF : Liliane Mirville

Liliane Mirville – Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France.

Nous avons contacté la nouvelle Grande Maîtresse afin de recueillir son avis sur la situation. Nous étions assez inquiets, compte tenu de la proximité de JJ Moumdjian et C. Lyautey sur la photo officielle de la GLFF lors du 1er mai dernier (voir ci-dessous). Le silence de la GLFF pouvait laisser penser qu’il valait pour accord.

Or, il n’en est rien. Nous avons pu échanger quelques mots avec Liliane Mirville. Cette dernière a été frappée ces jours derniers par un double décès en 24h. Elle vient de perdre des êtres très chers et très proches. La rédaction lui présente ses plus sincères condoléances. L’heure n’est donc pas à la Franc-maçonnerie pour elle. Elle nous a cependant confirmé qu’elle allait mettre ce dossier sur le dessus de la pile, afin de prendre les décisions qui s’imposent au vu des éléments.

GLMU : Bernard Dekoker-Suarez

Très rapidement, nous avons obtenu réponse du Grand Maître de la GLMU :

« Nous n’avons pas connaissance de dysfonctionnements au sein de cette obédience. Nous avons un traité d’amitié qui date de 2014 et nous ne pensons pas remettre en question ce dernier. En fait nous n’avons pas beaucoup d’échanges avec cette Obédience, parce que nous ne pratiquons pas le rite de Memphis Misraïm. Nous nous rencontrons seulement lors des clôtures des convents d’obédiences amies. »

Conclusion de la rédaction :

Crédit photo : Grande Loge Fémine de France – 1er plan de gauche à droite : JJ Moumdjian GLMMM- Catherine Lyautey GLFF – Bernard Dekoker-Suarez GLMU

Les Grandes Obédiences ne semblaient pas avoir connaissance de l’ampleur de cette affaire et de la récente irrégularité de la GLMMM. Nous savons que l’ex Grand Maître de la GLMF Christiane Vienne s’est très justement opposée à l’entrée de la GLMMM dans un groupe auquel son Obédience participait. Il faut dire que la GLMF, très avisée, a été la seule pour le moment à rompre définitivement son traité d’amitié il y a 6 ans (2018).

A cette même époque, le traité avec le GODF était d’ailleurs suspendu, depuis qu’une guerre interne au sein de la GLMMM avait éclaté… avant d’être rétabli quelques mois plus tard pour des raisons que l’actuel Grand Maître Trichard à promis de découvrir.

Compte tenu de ces informations nouvelles et de la situation assez intenable, Jean-Jacques Moudmjian devra :

  • Soit garder le maillet pour une septième année, ce qui sonnera de facto le glas de ses précieux traités d’amitiés, car plus aucune Obédience ne pourra décemment le soutenir.
  • Soit trouver un remplaçant crédible… et surtout assez docile pour exécuter les ordres du vrai décideur de la maison. Car il est peu probable que le Maître lâche les rênes de la GLMMM.

Les centaines de démissionnaires de la GLMMM depuis les 8 dernières années en sont témoins, la seule solution envisageable serait que JJ Moumdjian quitte définitivement l’Obédience afin de laisser un réel pouvoir démocratique digne de la Franc-maçonnerie se mettre en place.

La balle est maintenant dans le camps des Obédiences qui donnent légitimité à cette structure atypique. Le jour où les traités seront suspendus ou annulés, la centaine de membres restant quittera aussitôt cette micro Obédience grande comme une Loge, faute de reconnaissance. Cela permettra sans aucun doute un assainissement du paysage maçonnique. En attendant, la caution Obédientielle nuit à la cause maçonnique par une exemplarité désastreuse.

A bon entendeur… car plus personne ne pourra dire, nous ne savions pas.

La suite de la Maçonne… Ce lundi soir 29 juillet, la Maçonne vient d’envoyer à tous ses abonnés (dont nous faisons partie), la suite de son article de samedi dernier. Nous vous invitons à la découvrir…

« Les inventions de reliques » : Par Laurent Ridel

Du site de Laurent Ridel decoder-eglises-chateaux.fr

Ne vous méprenez pas. L’invention de reliques ne signifie pas la création de reliques de toutes pièces. Inventer, ça veut aussi dire « trouver, découvrir une chose qui existe, mais jusque-là inconnue ». On invente des trésors, au sens où on les découvre. Pour les reliques c’est pareil : à la faveur de travaux dans les églises, ou grâce à un signe du ciel, on tombe parfois sur des tombeaux et donc des restes de saints. Comme en l’an 386, quand l’évêque de Milan Ambroise met au jour les corps de martyrs Gervais et Protais, apparemment parfaitement conservés (mais un peu pâlots). 

Cependant le Moyen Âge invente bien des reliques au sens premier du terme. Autrement dit, il y a des fraudes. Les croyants, qu’ils soient hommes du peuple, hommes d’Église ou rois, recherchent tellement les reliques que des escrocs trouvent leur vocation. Le moine Raoul Glaber raconte l’histoire d’un homme qui ouvrait les vieilles sépultures pour en retirer les os, les placer dans des reliquaires et les vendre comme reliques de saints, martyrs ou confesseurs. Les clercs ne sont pas toujours dupes. Guibert de Nogent (1053-1124) est par exemple sceptique sur l’authenticité des reliques de la cathédrale de Laon, en particulier le « lait de la Vierge ». A-t-on vraiment pu en recueillir quelques gouttes ? Le reliquaire montrait une sorte de poudre blanche. Plutôt que du lait en poudre, n’était-ce pas un peu de calcaire gratté dans une grotte de Bethléem ?  Le même Guibert s’interroge sur les reliques de saint Jean-Baptiste. Étant donné qu’à son époque, la possession de sa tête est revendiquée à la fois par Constantinople et Saint-Jean-d’Angély, faut-il conclure que le saint était bicéphale ? Bref, le clergé se méfiait de certaines découvertes. Et les fidèles ? Ils adoptaient probablement une attitude pragmatique. Si les reliques avaient réputation d’avoir guéri, c’est qu’elles devaient être vraies. On était alors prêt à visiter les églises qui les abritaient. 
Les pièges dans les sculptures
Je reprends ma série sur ces images religieuses qui trompent les visiteurs. Saurez-vous bien les interpréter ? J’avoue m’être parfois fait piéger.  En entrant dans la cathédrale de Chartres par le portail nord, vous êtes accueillis par la Vierge et l’Enfant Jésus.

Que nenni ! Dès qu’on voit une femme tenant un bébé dans ses bras, on a le réflexe d’y voir Marie et Jésus. Mais cette interprétation facile ne marche pas toujours. À Chartres, c’est sainte Anne, la mère de Marie, qui vous accueille. Marie joue donc ici le rôle du bébé. La perte de sa tête ne nous aide pas à identifier son sexe aujourd’hui.

Tout aussi trompeur est ce groupe sculpté.

Œuvre du XVIe siècle, il se trouve dans la cathédrale de Nevers. Ce n’est pas la Vierge et l’Enfant. Alors sainte Anne et Marie ? Encore perdu. Je suis diabolique aujourd’hui. 

La cathédrale de Nevers est dédiée à saint Cyr et sainte Julitte. Il fallait donc s’attendre à une mise en valeur de ce duo dans l’église. Comme la Vierge et l’Enfant, Julitte et Cyr sont mère et fils. La posture et les visages avenants de la sculpture ne laissent pas soupçonner leur histoire tragique. Sous l’Empire romain, Julitte et son fils furent arrêtés comme d’autres chrétiens et amenés devant le juge.

Pendant l’interrogatoire de sa mère, le jeune Cyr, âge de 3 à 5 ans selon les sources, s’exclama courageusement : « Moi aussi, je suis chrétien ». Cette déclaration mit le juge Alexandre dans une colère noire. Il tenta alors de faire taire l’enfant, mais celui-ci continua à proclamer sa foi. Fou de rage, le juge saisit violemment l’enfant par les pieds et le projeta contre les marches du tribunal. Cyr mourut sur le coup. Après avoir assisté à la mort brutale de son fils, Julitte fut à son tour torturée et martyrisée. Leur histoire a profondément marqué la chrétienté, faisant de saint Cyr l’un des plus jeunes martyrs chrétiens.

Au final, vous devriez rarement confondre les couples Cyr-Julitte et Marie-Jésus. Les premiers sont beaucoup moins figurés que les Vierges à l’Enfant. Surtout, dans les représentations que je connais, saint Cyr n’est jamais dans les bras de sa mère comme l’est Jésus. Il est debout.

Terminons par une image encore destinée à vous égarer. Vous allez me détester.

Dans ce bas-relief exposé au musée des Beaux-Arts de Lille, le repas est présidé par le Christ, reconnaissable à son visage barbu, son geste de bénédiction et son auréole timbrée d’une croix. Avant la lecture de cette infolettre, beaucoup d’entre vous auraient identifié la Cène, le dernier repas du Christ. Certes, le nombre d’apôtres n’y est pas, mais faute de place, les sculpteurs ne les représentent pas toujours au complet. À bien y regarder, il y a cependant trois intrus. Déjà les chiens qui s’amusent autour d’un os (mais ils n’ont aucune utilité dans notre essai d’interprétation). Ensuite une femme parmi les convives. Enfin une seconde au pied de la table. C’est elle qui est la clé de la scène. 

Elle essuie les pieds du Christ avec ses cheveux. Ce qui renvoie à un épisode de l’Évangile de Jean : « Six jours avant la Pâque, Jésus arriva à Béthanie, où était Lazare, qu’il avait ressuscité des morts. Là, on lui fit un souper ; Marthe servait, et Lazare était un de ceux qui se trouvaient à table avec lui.Marie, ayant pris une livre d’un parfum de nard pur de grand prix, oignit les pieds de Jésus, et elle lui essuya les pieds avec ses cheveux ; et la maison fut remplie de l’odeur du parfum ».  Vous ne regardez donc pas la Cène mais un épisode moins connu du Nouveau Testament : le repas chez Lazare. La femme nommée Marie est souvent assimilée à Marie-Madeleine en dépit de l’absence de liens.  Avec ces quelques exemples, je vous ai rendu sûrement plus prudent sur l’interprétation des saints et des scènes. Heureusement, la plupart du temps, vous tomberez sur des cas plus évidents. Ne soyez donc pas découragé.
Le livre « Décoder les abbayes et monastères de France »
Il y a deux mois, je vous informais de mon projet d’écrire un livre numérique sur les abbayes. Sa rédaction a pris du retard, car j’ai dû revoir ma copie. En effet, dans mon dernier sondage, vous avez choisi en majorité d’avoir un livre plus infographique que narratif.  Le deuxième chapitre est presque terminé. 12 d’entre vous sont actuellement en train de relire le premier chapitre. La machine est bien lancée pour que le travail soit terminé le mois prochain. Je réitère mon appel : si vous connaissez des romans ou des films qui se déroulent largement dans des monastères ou des abbayes, je les insérerai dans la bibliographie. 
Passez un bon état. A dimanche prochain
Laurent Ridel, le décodeur d’églises et de châteaux 

Nouveau livre de Chris Ruli : « Brother Lafayette » disponible en prévente

De notre confrère freemasonsfordummies.blogspot.com

C’est la Bastille aujourd’hui, je pense donc qu’il est approprié de publier cette histoire.  Macoy Publishing a annoncé la prévente du dernier livre du frère Christopher Ruli, Brother Lafayette: the Marquis de Lafayette’s Masonic Travels in America 1824-25  (Macoy, 2024 , 24,95 $) jusqu’au 24 septembre, date à laquelle il devrait commencer à être expédié. 

Cette année marque le 200e anniversaire de la tournée triomphale de bienfaisance du général de division Marie-Joseph-Paul-Yves-Roch-Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, en Amérique entre 1824 et 1825. De nos jours, de moins en moins d’Américains connaissent le général de division La Fayette et son rôle dans la Révolution américaine, et encore moins savent à quel point il était dévoué à la cause de la liberté, avant son arrivée en Amérique, et longtemps après son retour en France où il fut emporté par sa propre révolution. Mais en plus de sa longue carrière de militaire, d’homme d’État, de révolutionnaire, de protecteur, de prisonnier politique et bien plus encore, il était également franc-maçon.

En 1824, Lafayette se rendit en Amérique à l’invitation du président James Monroe et commença à parcourir le pays. Le cinquantième anniversaire de la Révolution américaine approchait et Lafayette était le dernier général de division de George Washington encore en vie. Au cours de sa tournée éclair, il prit la parole dans de nombreux endroits, notamment dans plusieurs loges maçonniques. Il fut traité avec le même genre de respect et d’adoration que George Washington lui-même, ce qui ne cessa jamais de l’étonner. Partout où Lafayette allait, des foules en adoration le suivaient dans les rues. Des bals, des dîners, des visites, des concerts, des défilés et des honneurs publics de toutes sortes furent organisés pour lui rendre hommage, et ce qui devait être un voyage de trois mois dura plus d’un an. C’est au cours de cette visite que le parc au nord de la Maison Blanche fut rebaptisé en son honneur. Des centaines d’autres parcs, villes et comtés à travers les États-Unis portent son nom. Et il y avait plus d’une loge maçonnique fondée en son nom.

La célèbre tournée américaine de Lafayette l’a conduit dans les 24 États des États-Unis de l’époque – 6 000 miles au total – et dans les décennies qui ont suivi sa visite, il semblait que chaque loge maçonnique du pays voulait prétendre que ses membres avaient eu une sorte de contact significatif avec le général et franc-maçon légendaire.

Ironiquement, malgré les visites et les relations très médiatisées avec les francs-maçons pendant son séjour ici, à peine un an plus tard, William Morgan disparaîtrait dans l’ouest de l’État de New York, prétendument assassiné par des frères francs-maçons, et la période la plus véhémente de persécution anti-maçonnique américaine éclaterait dans tout le pays.

Aujourd’hui, l’auteur et franc-maçon de Washington DC Christopher Ruli a fait une plongée en profondeur dans les itinéraires, lettres, journaux, registres de procès-verbaux et articles de presse de l’époque pour créer un compte rendu complet et définitif des contacts et des voyages maçonniques du frère Lafayette tout au long de son célèbre voyage. Le résultat est  Brother Lafayette: the Marquis de Lafayette’s Masonic Travels in America 1824-25 ,  un récit de voyage détaillé, fascinant et éminemment captivant avec une focalisation spécifiquement maçonnique. 

De nature similaire à l’histoire maçonnique précédente de Chris sur la Maison présidentielle de Washington, DC ( The White House & the Freemasons, Macoy, 2023, 29,95-39,95 $ ), Chris a méticuleusement retrouvé tous les cas connus de Lafayette visitant des obédiences maçonniques, des grandes loges et des francs-maçons individuels. Grâce à des journaux, des comptes rendus de journaux, voire des registres de procès-verbaux de loges, il a fourni les preuves les mieux documentées des interactions de Lafayette avec les francs-maçons tout au long de son parcours. Et elles étaient considérables en nombre !

Vous y trouverez des lettres, des transcriptions de discours, des hommages, des toasts, des diplômes, des chansons écrites pour l’occasion, des descriptions de médailles et d’autres cadeaux offerts à Lafayette. Il fut nommé membre honoraire d’obédiences et de grandes loges. Lorsque le temps devint froid en novembre 1824, il passa l’hiver à la célèbre Gadsby’s Tavern d’Alexandria, en Virginie. En janvier 1925, à mi-chemin du voyage, il écrivit à son ami Thomas Jefferson : « Je pense partir pour les Carolines, la Géorgie, l’Alabama, la Nouvelle-Orléans et les États de l’Ouest, pour parcourir plus de 5 000 miles en 99 jours avec seulement 13 jours de repos… et 300 miles à travers une sorte de désert. Nous ferons de notre mieux. » 

Il avait 69 ans et le voyage aurait été éprouvant pour des hommes deux fois plus jeunes que lui.

(Comme d’habitude pour mon propre État de l’Indiana, qui n’avait obtenu le statut d’État que moins de 10 ans auparavant, notre législature, notre gouverneur et notre grande loge n’ont fait aucun effort pour inviter Lafayette, et la seule raison pour laquelle il a débarqué ici, c’est lorsque son bateau à vapeur s’est échoué – la version du XIXe siècle qui consiste à s’arrêter dans une aire de repos pour camions de l’Indiana avant d’aller ailleurs.)

Macoy’s propose le livre en prévente dès maintenant au prix de 24,94 $ et la livraison est prévue en septembre. CLIQUEZ ICI POUR COMMANDER .

En passant, les  Amis américains de Lafayette  se préparent à célébrer le bicentenaire de la tournée d’adieu de Lafayette, en érigeant des marqueurs historiques et en organisant des événements tout au long du parcours de 6 000 miles de son voyage initial. Les festivités commenceront le 16 août 2024 à New York et se termineront à Mount Vernon en septembre 2025. Si vous vivez ou appartenez à une loge dans une région que Lafayette a réellement visitée, vous devriez envisager d’ériger un marqueur historique permanent décrivant la visite. Ou si votre ville ou village le fait déjà cette année, assurez-vous que votre loge contacte le groupe local qui organise le marqueur et demandez si votre obédience ou grande loge peut participer à l’inauguration et aux autres festivités.

Si vous ne savez pas grand-chose sur Lafayette ou ne comprenez pas pourquoi il était si adoré par les Américains à l’époque, lisez l’extrait ci-dessous adapté de mon livre de 2005, Solomon’s Builders :

Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, s’était engagé dans l’armée française à seulement 14 ans, désireux de suivre les traces de son père en tant qu’officier militaire. Il avait 19 ans lorsque la guerre éclata en Amérique en 1775, et lui et son ami, le mercenaire allemand John Baron de Kalb, s’arrangèrent avec enthousiasme par la voie diplomatique pour être autorisés à quitter le service français et à rejoindre l’armée continentale. Comme La Fayette, des centaines d’officiers français faisaient la queue pour partir en Amérique, et La Fayette avait reçu l’assurance des agents de recrutement américains qu’il obtiendrait le grade de major-général à son arrivée à Philadelphie. La guerre ne se déroulait pas bien pour les colons américains, et bien que le roi de France Louis XVI ait approuvé au début leur aide, il commença à envisager l’idée troublante de voir des soldats français se retrouver du côté des perdants d’une guerre contre les Britanniques. La guerre de Sept Ans avait été une défaite assez coûteuse sur le sol américain, et les chances n’étaient pas vraiment en faveur des colons américains rebelles contre la plus grande puissance militaire que le monde ait jamais connue.

Gilbert du Motier, marquis de Lafayette rencontra George Washington pour la première fois le 5 août 1777.

À son arrivée, l’entrée de Lafayette dans l’armée continentale en tant que major-général, qui avait été organisée à l’avance, fut d’abord rejetée par le Congrès, qui estimait que nommer un étranger sans expérience du champ de bataille serait une insulte aux officiers américains qui avaient fait leurs preuves. Il n’était pas le premier officier étranger à se présenter à Philadelphie pour exiger une commission et d’autres avantages. Lafayette riposta en proposant d’accepter le poste sans solde et en disant qu’il devait être considéré comme un volontaire. Son offre surprenante, combinée à son enthousiasme, à ses relations familiales et à sa fortune personnelle, les convainquit d’honorer son rang négocié.

Nomination honoraire du Congrès ou non, c’était à Washington d’affecter le jeune homme. Ils se rencontrèrent le 1er août 1777 et le général l’apprécia immédiatement. Il devint rapidement membre du cercle intime de Washington et les deux hommes devinrent des amis pour la vie. Lafayette fut blessé presque immédiatement à la bataille de Brandywine en Pennsylvanie, un mois seulement après avoir rejoint Washington. Mais ce qui lui manquait en expérience, il le compensait par sa passion pour la cause américaine. Et Washington voyait dans cet adolescent un modèle important pour les jeunes soldats américains qu’il commandait.

L’estime du jeune officier pour George Washington était telle que son fils, né en 1779, fut nommé George Washington Lafayette.

La Fayette rentra brièvement chez lui pour intercéder auprès du roi Louis pour aider la cause américaine après que la Grande-Bretagne eut déclaré la guerre à la France. À son retour en Amérique en 1781, il fut placé à la tête des forces chargées de défendre toute la Virginie, et il dépensa sa propre fortune pour équiper ses troupes lorsque le Congrès ne le pouvait pas. Il joua un rôle important dans la bataille de Yorktown et la capture du commandant britannique, George Cornwallis.

Lafayette dans le parc du château de la Grange-Bléneau , par Louise-Adéone Drölling, Musée de l’armée, Paris, 1830

Pendant de nombreuses années, on a souvent dit et répété que Lafayette était devenu franc-maçon dans la loge militaire American Union No. 1, soit à Valley Forge, soit à Morristown, dans le New Jersey. De nombreux récits écrits longtemps après la guerre affirment qu’il a lui-même fait cette déclaration. Des affirmations similaires ont été faites pour la loge militaire Washington No. 10 de New York, la loge régimentaire St. John’s du New Jersey et la loge militaire No. 19 de Morristown, dans le New Jersey. Mais les archives françaises affirment qu’il est devenu franc-maçon en France avant la guerre, à la loge Saint-Jean d’Ecosse du Contrat Social, le 15 décembre 1775, avec l’encouragement de son général commandant, Charles-François, comte de Broglie.


Après la Révolution américaine, il revint en France et libéra les esclaves de son domaine. Il leur créa un domaine à Cayenne, en Guyane française, qu’il offrit également comme refuge aux esclaves de Washington. Là, il interdit la vente d’esclaves, créa des écoles pour les enfants, versa aux ouvriers un salaire équitable et imposa des règles de plantation qui s’appliquaient aussi bien aux Noirs qu’aux Blancs.

Durant cette période, Lafayette devient membre de la Loge Saint Jean d’Ecosse du Contrat Social de Paris en 1782, et sert comme Maître des Amis de la Vérité à Rosay en Brie en 1806.


En tant que patriote français, il rejoint l’Assemblée nationale, où il joue un rôle déterminant dans l’adoption du drapeau français rouge, blanc et bleu. Il se bat pour la formation d’une monarchie constitutionnelle et propose en 1789 une Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, calquée sur l’exemple américain et rédigée avec l’aide de Thomas Jefferson.

Il est tragiquement ironique que la dette contractée par Louis XVI pour aider l’Amérique dans sa révolution ait contribué à la ruine financière de la France. Ceci, combiné à de mauvaises récoltes et à une inflation écrasante, a conduit à la sanglante Révolution française de 1789. Lafayette avait été placé à la tête de la Garde nationale de Paris, où il a contribué à protéger à la fois les roturiers et les aristocrates, y compris la famille royale. Pourtant, il a lui-même contribué à diriger la prise de la Bastille – des années plus tard, il enverra une clé de la prison à son ami Washington. Il a chevauché la frontière entre la philosophie radicale qui a alimenté la révolution et sa propre politique plus modérée, tout en faisant ce qu’il pouvait pour empêcher la folie et le meurtre qui mettraient même sa propre vie en danger. Il finit par dénoncer les Jacobins lorsqu’il devint clair que leur objectif était de décapiter le roi et la reine. En 1792, l’Assemblée nationale contrôlée par les Jacobins le déclara traître.

Il s’enfuit en Belgique, mais en tant que l’un des premiers révolutionnaires, il fut capturé et emprisonné par le Saint-Empire romain germanique en Autriche. Pendant ce temps, chez lui, la Terreur tuait tous les aristocrates qu’elle pouvait trouver. Le fils de Lafayette s’enfuit à New York, mais Adrienne et leurs deux filles furent emprisonnées, et ne purent finalement obtenir leur libération que grâce à la pression du gouvernement américain. Le reste de sa famille aristocratique fut exécuté cinq jours seulement avant l’effondrement de la Terreur avec la mort de Robespierre.

Immédiatement, Adrienne se rendit en Autriche avec ses enfants pour implorer la libération de Lafayette. Lorsque l’empereur du Saint-Empire romain germanique refusa, elle et ses filles le rejoignirent dans sa cellule de prison pendant les deux années suivantes. En 1797, le gouverneur Morris, représentant de l’État de New York, négocia finalement la libération de toute la famille.

Tout au long de sa vie, la popularité de Lafayette en France fluctuait au gré des vagues de troubles politiques. Une année, il était détesté en tant que chef de la Garde nationale pour avoir réprimé une émeute et tué cinquante manifestants. L’année suivante, il était proposé comme candidat à la mairie. Ses mandats allaient et venaient. Pourtant, il survécut à la fois à la Révolution américaine et à la pire période de l’histoire de France et, comme son père, Washington, il finit par se retirer dans sa plantation, La Grange, avec sa femme. La santé d’Adrienne ne se rétablit jamais complètement après les nombreuses années de confinement en France et en Autriche. Elle mourut en 1807 à l’âge de quarante-huit ans. Lafayette, le cœur brisé, ne se remariera jamais.

Au cours de sa vie longue et tumultueuse, La Fayette côtoya et dîna avec les sept premiers présidents des États-Unis : George Washington, John Adams, Thomas Jefferson, James Madison, James Monroe, John Quincy Adams et le futur président Andrew Jackson.

Lors de son voyage à travers les États-Unis, il s’arrêta à Bunker Hill dans le Massachusetts et ramena avec lui en France un peu de terre américaine de la base du monument. Il mourut en 1834 et fut enterré à côté de sa femme dans le minuscule cimetière de Picpus à Paris. Depuis sa mort, le drapeau américain flotte sur sa tombe, sans être dérangé même pendant l’occupation nazie de Paris pendant la Seconde Guerre mondiale.

Selon ses dernières volontés, lorsque son corps fut inhumé à côté d’Adrienne, le peu de terre qu’il avait rapporté d’Amérique fut répandu sur sa tombe.

La carte postale ancienne (CPA) maçonnique du dimanche 28 juillet 2024

L’analyse de cette carte postale ancienne, appartenant à une loge maçonnique baptisée « Petit Orient de France » et intitulée « Loge de la Casserole – Vigilante », dévoile un ensemble de symboles et de figures à décoder avec minutie. L’iconographie, empreinte de mystère et d’ironie, s’attaque visiblement à des personnalités influentes de l’époque, tout en jouant avec les codes maçonniques traditionnels.

La dénomination « Loge de la Casserole – Vigilante »

Elle se déploie avec une ironie mordante et acérée, dévoilant une intention clairement antimaçonnique. L’emploi du terme « Casserole » n’est pas anodin (cf. Le « jeu de la casserole », jeu de l’oie antimaçonnique en 33 cases qui fut mis en vente dès 1905, un titre s’inspirant de « l’affaire des casseroles » ou « affaire des fiches » au début du XXe siècle).

En effet, dans l’imaginaire collectif, la casserole évoque à la fois le bruit, le désordre et les scandales. Elle est l’ustensile des déboires domestiques, le symbole des affaires embarrassantes que l’on traîne comme un boulet. En nommant ainsi cette loge fictive, les auteurs de cette carte postale font preuve d’une malice raffinée, transformant la grandeur de la franc-maçonnerie en une farce domestique et triviale.

Et le qualificatif « Vigilante »

Le qualificatif « Vigilante », quant à lui, ajoute une couche supplémentaire de sarcasme. Il suggère une posture de surveillance, une prétention à la moralité et à l’intégrité, alors même que les membres de cette loge, représentés dans des casseroles, sont tournés en ridicule. Ces casseroles suspendues, avec leurs portraits caricaturés, incarnent une métaphore puissante : celles des figures politiques et sociales « cuits » sous le feu de la critique publique, jugés et moqués par leurs adversaires.

La combinaison des deux termes crée une image de gardiens hypocrites, des vigiles qui prétendent observer les autres tout en étant eux-mêmes la risée. « Loge de la Casserole – Vigilante » sonne comme une moquerie cinglante de ceux qui se voient comme des gardiens de l’ordre moral et social, mais qui, aux yeux des satiristes, ne sont que des acteurs maladroits d’une comédie humaine.

L’ensemble de la carte postale est une parodie mordante, chaque détail étant soigneusement choisi pour dénigrer et discréditer. Les questions intrusives posées dans la section « Fiche de M » ne sont pas de simples interrogations, mais des insinuations perfides, des dards empoisonnés visant à exposer les vices cachés, les failles intimes des maçons. Ces questions dévoilent une suspicion systématique, une volonté de révéler l’hypocrisie perçue des membres de cette société secrète.


Le cachet « Petit Orient de France » (PODF) achève de réduire l’aura de grandeur du « Grand Orient de France » (GODF). Il miniaturise et moque cette vénérable institution, en jouant sur la réduction de sa dénomination officielle. Les symboles sacrés de la franc-maçonnerie, comme le triangle et l’œil omniscient, sont détournés de leur contexte solennel pour servir une satire féroce. Ils deviennent des emblèmes de clairvoyance prétentieuse et de justice biaisée, dénaturés par le sarcasme des auteurs.

Une CPA, fruit d’un antimaçonisme primaire et viscéral

Ainsi, « Loge de la Casserole – Vigilante » se révèle être une création littéraire riche en symbolisme et en critique sociale. Elle est le produit d’une époque où l’antimaçonisme trouvait des expressions variées, allant des pamphlets acerbes aux caricatures mordantes. Cette carte postale incarne une opposition viscérale à l’influence maçonnique, utilisant l’humour et l’ironie pour saper la dignité et l’autorité des figures maçonniques et politiques de la Troisième République. C’est une pièce maîtresse de satire, où chaque élément est conçu pour exposer, critiquer et ridiculiser, dans un style à la fois érudit et populaire.

En haut et à gauche…

En haut et à gauche de cette composition se trouve un triangle, emblème universel de la maçonnerie, contenant un œil omniscient, souvent interprété comme l’Œil de la Providence ou de l’omniscience. Ce symbole est entouré de rayons lumineux, renforçant son caractère divin et révélateur. Autour de ce triangle, des balances sont inscrites avec des termes cryptiques comme « Ptit Aride » et « Va d’écart en écart », qui semblent évoquer des comportements fluctuants ou instables, en contraste avec l’idéal d’équilibre et de justice généralement associé à la balance maçonnique.

Sous le triangle…

Sous le triangle, un ruban arbore la mention « J’en ai un œil !. » suivie, dans un cercle façon ouroboros,  de « F .˙. Pas quet (d’ordures) », ce qui semble être une phrase sarcastique, peut-être visant à ridiculiser une prétendue clairvoyance ou compétence des figures en question. Le cachet « Petit Orient de France » estampille l’authenticité de ce document.

Demandes sans réponse…

En dessous, la section intitulée « Fiche de M » propose une série de questions intrusives et potentiellement compromettantes, destinées à évaluer un individu mystérieux nommé M. Ces questions, telles que « Age et lieu de naissance ? », « Enfant naturel… ou artificiel ? », et « Relations conjugales… et extra conjugales ? », sont autant d’indices d’une enquête approfondie et indiscrète, typique des critiques acerbes ou des satires politiques et sociales.

La galerie de portraits

La partie inférieure de la carte montre une galerie de portraits intitulée « Nos Vénérables », avec une série de figures masculines insérées dans des casseroles, renforçant l’idée de les « faire cuire » ou de les exposer à une sorte de jugement public. Les personnages sont identifiés comme André (affaire des fiches), Henri Brisson, président du Conseil des ministres à deux reprises et connu pour être un franc-maçon actif, Émile Combes, également président du Conseil des ministres et, lui aussi, connu pour son engagement dans la franc-maçonnerie. Ces noms, souvent associés à des figures politiques et sociales de la Troisième République en France, sont ici caricaturés, leur stature déformée par l’iconographie satirique.

Des hommes politiques de la IIIe République

Ces personnages, principalement issus de la Troisième République, témoignent de l’influence notable de la franc-maçonnerie dans la sphère politique de l’époque. Les figures étaient particulièrement marquantes, non seulement pour leurs contributions politiques mais aussi pour leur engagement maçonnique. Ici caricaturés, leur stature est volontairement déformée par l’iconographie satirique.

La mise en scène globale

La mise en scène globale de cette carte postale est à la fois une moquerie et une dénonciation, utilisant des symboles maçonniques familiers pour critiquer et ridiculiser les personnalités éminentes de l’époque. Elle reflète un esprit frondeur, un mélange de symbolisme ésotérique et de satire politique, typique de certaines publications clandestines ou pamphlets qui circulaient à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Chaque détail, des expressions faciales des figures aux jeux de mots et symboles, est conçu pour offrir une critique mordante et ironique des mœurs et des personnalités contemporaines, dans un style à la fois érudit et populaire.

Cette carte postale utilise des éléments visuels et textuels typiques de la franc-maçonnerie mais les détourne de manière à les tourner en dérision. Le but semble être de critiquer et de dénigrer les figures maçonniques ou celles associées au mouvement maçonnique, ce qui est une caractéristique classique de la littérature ou des pamphlets antimaçonniques de l’époque.

Franc-maçonnerie en couleurs

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Sommes-nous sur la bonne voie ? !!!

Cette fois-ci, c’est un article intitulé « Comparatif : Quels sont les Grands Maîtres les plus communicants ? » de la rédaction de notre journal qui m’a  donné le déclic pour à mon tour écrire ces quelques lignes. J’ai lu cet article : comme un lecteur, je dois dire très intéressé et curieux.

La couleur est synonyme de joie, de gaité, de bonheur, j’irai même jusqu’à dire de concorde.

« Cette concorde que l’on souhaite retrouver entre toutes les obÉdiences maÇonniques voire mondiales »

Citation inspirée de: I have a dream-Martin Luther King

Un défi, noble, salutaire qui doit conduire à donner une image forte et prospère de notre franc-maçonnerie qui semble dans la période contemporaine que nous traversons s’interroger sur sa validité et ses modes de fonctionnements.

Je le redis encore une fois avec force et vigueur, je ne suis pas un « politico-essayiste-sociologue », je suis éventuellement un saltimbanque et je suis rentré en maçonnerie pour des valeurs humaines qui m’ont séduites. Je travaille sur ma pierre brute, entre autres, et mon chemin est long comme pour nous tous.

Malgré toutes ces vagues, ou parfois de vives altercations, je crois percevoir que bon nombre de sœurs et frères, au-delà de la bienveillance, que nous pratiquons entre nous, gardent présent à l’esprit que nous sommes dépositaires de connaissances et d’un savoir faire unique.

Nous savons tous aussi que les débats de clocher n’aideront pas et n’élèveront pas  la franc-maçonnerie que nous aimons, celle qui nous fait honneur car riche en couleurs.

Méfions-nous des dérives comme celles imaginaires recueillies dans la vidéo ci-dessous :