Accueil Blog Page 252

Shoshin et Franc-maçonnerie : une quête partagée de l’humilité et du progrès

Shoshin, l’art de conserver l’esprit du débutant : une leçon de modestie et d’apprentissage continu. Dans le bouddhisme zen et les arts martiaux japonais, le terme shoshin, signifiant « esprit du débutant », représente une approche essentielle de la pratique et de la vie. Cette philosophie, prônée par des figures majeures du zen telles que Dogen, fondateur de l’école Sōtō, et Shunryu Suzuki, maître zen contemporain, incite chacun à cultiver une humilité constante, quel que soit le niveau atteint.

Adopter le shoshin, c’est embrasser l’idée qu’il y a toujours à apprendre et à améliorer, même pour le plus expérimenté des maîtres. « Dans l’esprit du débutant, n’existe pas la pensée « j’ai atteint quelque chose » », expliquait Shunryu Suzuki. Cette idée est centrale dans la voie du zen, mais aussi dans la discipline du budo (arts martiaux) : il s’agit de progresser avec un esprit frais et ouvert, sans jamais penser que le chemin est accompli.

Explication avec Jean-Olivier Collinet de Jobyourself sur la RTBF. Cliquez pour vous rendre sur le site puis connectez-vous.

Cette mentalité va bien au-delà de la simple pratique spirituelle ou martiale. Le shoshin est une invitation à se libérer des pensées égocentriques, qui risquent de limiter la compréhension. Selon Suzuki, le vrai secret des arts martiaux et du zen réside dans cette disposition mentale : un expert devrait continuellement apprendre avec l’esprit d’un novice, pour éviter de sombrer dans la complaisance et maintenir sa vigilance.

Appliqué au quotidien, le shoshin encourage à redécouvrir chaque expérience, qu’elle soit familière ou nouvelle, comme si elle était unique. Cette capacité à garder un regard neuf est un outil précieux pour quiconque cherche à éviter les certitudes ou à enrichir ses connaissances de manière authentique. Que ce soit dans l’apprentissage ou dans la vie de tous les jours, le shoshin rappelle que la véritable sagesse réside dans l’acceptation que nous n’avons jamais terminé d’apprendre.

Ainsi, l’esprit du débutant nous invite à une modestie face à nos savoirs, à une curiosité renouvelée et à une discipline sans relâche. Dans un monde en constante évolution, le shoshin s’avère un allié précieux pour cultiver la résilience, la souplesse mentale, et une ouverture propice à l’épanouissement personnel et collectif.

Bien que la tradition japonaise du shoshin (« esprit du débutant ») et les principes de la Franc-maçonnerie proviennent de cultures distinctes, leurs valeurs centrales s’accordent de manière surprenante.

Pratiqué dans le bouddhisme zen et les arts martiaux, shoshin invite chaque pratiquant à aborder chaque situation avec humilité et ouverture, comme s’il la découvrait pour la première fois. De même, la Franc-maçonnerie, société initiatique occidentale, valorise la progression personnelle et l’abandon des certitudes pour une quête perpétuelle de vérité.

Pour les pratiquants de shoshin, le secret de l’apprentissage et de la sagesse réside dans la capacité à conserver une attitude de débutant, indépendamment de leur niveau de maîtrise. Cette idée est résonante dans la Franc-maçonnerie, où l’initié évolue graduellement à travers des degrés et des symboles, incité à ne jamais se considérer comme détenteur absolu de la connaissance. Dans ces deux disciplines, la modestie est essentielle pour éviter l’orgueil et les illusions d’achèvement spirituel.

mosaïque maçonnique
triangle, oeil, soleil, rayon, franc maçon, mur, introspection, spiritualité, bleu, jaune

Un autre point commun est l’importance de l’introspection. Le shoshin encourage à réévaluer les certitudes, à réexaminer chaque expérience pour en tirer des leçons nouvelles. En Franc-maçonnerie, les rituels et symboles sont aussi des moyens pour l’initié de regarder en lui-même et d’affronter ses limites, dans un objectif d’amélioration constante. Comme shoshin, la Franc-maçonnerie voit dans le cheminement individuel une étape perpétuelle vers la perfection, un processus de transformation intérieure.

Ces deux approches, bien qu’ancrées dans des cultures distinctes, prônent l’idée que la véritable sagesse repose dans la remise en question permanente et le dépassement de soi. Que ce soit dans l’art martial ou le symbolisme maçonnique, shoshin et Franc-maçonnerie convergent vers un idéal d’humilité et d’évolution personnelle, où l’apprentissage et l’ouverture d’esprit deviennent des valeurs cardinales pour tendre vers la meilleure version de soi-même.

La Gnose : un pilier essentiel de la franc-maçonnerie

De notre confrère elnacional.com – Par Mario Munera Muñoz PGM

Dans le vaste univers symbolique de la franc-maçonnerie, la Gnose occupe une place centrale. Selon Albert Pike, un des grands penseurs maçonniques, « la Gnose est l’essence de la Franc-Maçonnerie ». Ce savoir traditionnel, souvent enveloppé de mystère, ne se dévoile qu’à ceux qui sont prêts à aller au-delà des apparences physiques, pour atteindre une compréhension spirituelle profonde.

La lettre « G » : symbole de la Gnose

L’un des symboles les plus reconnaissables de la franc-maçonnerie est l’équerre et le compas, souvent accompagnés de la lettre « G » au centre. Bien que cette lettre soit souvent interprétée comme représentant « Dieu » ou « Géométrie », pour certains, elle fait surtout référence à la Gnose, représentant ainsi la sagesse divine, l’ordre, la beauté et la connaissance.

La Gnose, terme grec signifiant « connaissance », se présente en franc-maçonnerie comme une sagesse émanant du Grand Architecte de l’Univers (GADU), dont les mystères doivent être révélés aux individus qualifiés, c’est-à-dire à ceux qui sont capables de comprendre ses enseignements cachés derrière des symboles et des rituels.

Les outils du maçon : des symboles de sagesse

Les francs-maçons utilisent des instruments symboliques issus des métiers de la maçonnerie et de l’architecture pour transmettre des connaissances spirituelles. Parmi ces outils, on retrouve l’équerre, le compas, la règle, le maillet et le ciseau. Chacun de ces instruments représente un concept philosophique ou spirituel lié à l’évolution de l’être humain vers la perfection.

En tant qu’héritiers de cette science ancienne, les francs-maçons s’inscrivent dans la lignée des grandes écoles initiatiques du passé. Cette tradition mystique, qui trouve des racines dans les cultures égyptienne, perse, chaldéenne, grecque et même chrétienne, se distingue par une transmission ésotérique, réservée à des initiés dotés d’une conscience élevée.

La Gnose : le secret de l’univers

Sceau de la Grande Loge d’Écosse

La franc-maçonnerie écossaise, en particulier, est souvent perçue comme un résumé des enseignements de toutes les écoles initiatiques. Elle regroupe des connaissances anciennes sur l’évolution de l’humanité et le secret de l’univers. Contrairement à une institution dogmatique, la franc-maçonnerie laisse à chacun de ses membres une grande liberté d’interprétation des enseignements reçus. La raison et la méditation y jouent un rôle central, conduisant progressivement à une initiation spirituelle.

La Gnose maçonnique, souvent transmise oralement dans les temps anciens pour éviter les déformations des dogmes religieux, se veut un chemin vers la perfection de l’être et l’ouverture de la conscience. Elle invite l’initié à tailler sa « pierre brute » afin de l’affiner et de l’intégrer à l’édifice universel.

Les trois étapes de la connaissance

La Franc-maçonnerie et le mystère de l'Écossisme, image générée par IA
La Franc-maçonnerie et le mystère de l’Écossisme, image générée par IA

Dans l’étude maçonnique de la Gnose, on distingue trois étapes majeures : celle de l’apprenti, celle du compagnon et enfin celle du maître.

  • Les apprentis, débutants sur le chemin de la connaissance, sont limités à la compréhension des aspects extérieurs de la loi et des rites.
  • Les compagnons ont une compréhension plus éclairée et rationnelle des mystères maçonniques. Ils se distinguent par leur capacité à raisonner et à saisir des vérités plus profondes.
  • Les maîtres, enfin, sont les plus qualifiés pour déchiffrer les symboles ésotériques. Ils détiennent une connaissance qui dépasse la simple matière pour toucher à la dimension spirituelle.

La Gnose face aux défis du monde moderne

Bien que la Gnose ait survécu à travers les siècles et les persécutions, son message spirituel est aujourd’hui souvent mal compris. Le monde moderne, dominé par l’égoïsme et la quête de pouvoir, a tendance à réduire cette connaissance à une simple information utilisée à des fins personnelles. Cette dérive, que certains qualifient de « sorcellerie profane », dénature l’essence même de la Gnose.

Un véritable aspirant à la connaissance maçonnique doit, au contraire, se débarrasser de ses anciennes habitudes et se purifier intérieurement pour accéder à la Lumière. Il s’agit d’un chemin initiatique exigeant, où l’individu taille progressivement sa pierre brute pour en faire une pierre polie, symbole de la maîtrise de soi et de la réalisation spirituelle.

La lumière des Grands Maîtres

La franc-maçonnerie, bien qu’elle ne propage aucune croyance dogmatique, reconnaît l’existence d’un Être Supérieur, créateur de l’univers, dont la sagesse est inscrite dans le livre de la nature et captée par la conscience humaine. Elle s’inspire également des enseignements des grands avatars spirituels comme Bouddha, Jésus, Moïse ou Mahomet, qui ont tous laissé des messages de Lumière pour guider l’humanité.

Ainsi, la Gnose maçonnique nous aide à réconcilier les contraires et à découvrir notre véritable être. Elle est un chemin de transformation intérieure, une quête de la sagesse, et un appel à se connaître soi-même. Le processus initiatique, réparti en 33 degrés, offre un cadre d’étude et de méditation des symboles, permettant à l’individu d’accéder progressivement à une compréhension supérieure de l’univers.

En conclusion

La véritable franc-maçonnerie, loin des dogmes et des fanatismes, est un voyage spirituel vers la Lumière. Elle ne se contente pas d’offrir des connaissances intellectuelles, mais encourage une méditation profonde des symboles et un éveil de la conscience. Ceux qui suivent ce chemin avec sincérité et dévouement se sentent transportés vers des dimensions supérieures et épanouis dans la lumière de la sagesse éternelle.

Baiser de paix.

Franc-maçonnerie et tolérance sous la Seconde République espagnole

De notre confrère espagnol nuevatribuna.es – Par Eduardo Montagut

Cet article traite de la tolérance à l’époque de la Seconde République dans une perspective maçonnique, celle de Demoófilo de Buen, un homme qui a combiné sa vocation juridique avec l’enseignement, l’engagement républicain et son travail dans la franc-maçonnerie espagnole.

En effet, Demófilo de Buen (1890-1946) fut un éminent professeur de droit civil et président de la Cour suprême. Bien qu’il ne soit lié à aucune formation politique, il fut un républicain éminent et collabora institutionnellement à la Seconde République, sans abandonner sa carrière d’enseignant, en plus d’assister aux sessions de l’OIT à Genève en tant que délégué espagnol. Dans les exilés mexicains et panaméens, il mena une intense carrière d’enseignant, même si la mort le surprit très vite. Il a laissé une grande œuvre, étant également grand maître du Grand Orient espagnol.

Nous allons nous arrêter à une contribution sur la tolérance, publiée dans le numéro de septembre 1931 du Boletín del Grande Oriente Español, et en relation avec le moment historique que l’on vivait et au cours duquel d’intenses controverses se déroulaient au milieu de débat constitutionnel.

Demofil de Buen, un homme qui a combiné sa vocation juridique avec l’enseignement, l’engagement républicain et son travail dans la franc-maçonnerie espagnole

Demofilo de Buen expliquait dans son article que l’une des conditions les plus exigées d’un franc-maçon était la vertu de tolérance, même si, à son avis, cela n’avait pas toujours été le cas, en se référant à l’époque de la franc-maçonnerie opérationnelle, des « corporations et corporations ». des bâtisseurs », qui n’échappe pas à l’esprit intolérant de son époque. Le maçon de cette franc-maçonnerie devait être fidèle à Dieu et à l’Église, sans pouvoir « tomber dans l’hérésie ». Mais dans la franc-maçonnerie spéculative, étant déjà une association à caractère philosophique et non une « corporation de classe », le franc-maçon est devenu fidèle à la tolérance, citant les Constitutions d’Anderson, faisant notamment allusion à l’idée d’une « amitié sincère entre des gens qui le feraient ». sinon, ils resteront étrangers les uns aux autres.

Et c’est là que réside la tolérance envers notre protagoniste, c’est-à-dire la capacité d’avoir une amitié sincère avec des hommes aux idées différentes. Ce serait comme une affinité fondée sur le « fonds commun de l’humanité ». La tolérance deviendrait une défense contre les pulsions tyranniques qui, à certaines époques, nous conduisaient à vouloir conformer les hommes à notre propre modèle, contribuant ainsi à une homogénéité qu’il qualifiait de monotone, « comme des êtres produits en série ».

La tolérance envers notre protagoniste serait comme une affinité fondée sur le « fonds commun de l’humanité ».

Dans le domaine social, la formule de la tolérance serait la liberté, une liberté qui ne saurait vivre sans tolérance, car les lois seraient inutiles si les hommes n’avaient pas la volonté éduquée pour les respecter.

De plus, la tolérance ne s’apprend que par la pratique et par l’exemple. Il ne suffirait pas de l’énoncer ou d’utiliser des maximes, mais il faudrait le vivre.

Et une fois la tolérance définie, Demófilo de Buen pensait que la franc-maçonnerie devait cultiver, plus que jamais, cette vertu à cette époque en Espagne. Les passions s’enflammèrent, il y eut des contrastes d’idées et d’intérêts, des affrontements entre « obstacles traditionnels et désirs de progrès », et les hommes furent séparés en bandes, c’est pourquoi le « rite du culte » ne devait pas être pratiqué dans les loges et les temples maçonniques. discorde. »

La franc-maçonnerie devait contribuer à l’union entre les Espagnols qui combattaient dans différents domaines pour construire une nouvelle Espagne.

La franc-maçonnerie devait contribuer à l’union entre les Espagnols qui combattaient dans des camps différents pour construire une nouvelle Espagne, plus juste et plus propre. Les francs-maçons avaient l’obligation de travailler pour trouver « des instants de trêve et d’entente ». Ils devaient éduquer aux habitudes de coexistence et de respect, car sans ces deux conditions il était impossible de mener une vie civile.

En tout cas, Demófilo de Buen a expliqué que si les dirigeants espagnols devaient imposer la « dure loi du recours à la force collective » pour exiger les conditions minimales pour que la vie civile puisse se développer, les francs-maçons devraient se conformer à leur « triste », mais un devoir nécessaire, avertissant en outre qu’ils devaient dominer les pulsions d’intolérance et de « jouissance du châtiment », même si les victimes étaient les « persécuteurs éternels de la franc-maçonnerie ».

L’escrime au féminin peut-elle éclairer la maçonnerie féminine ?

Du site gallica.bnf.fr – Par Chantal Puech

Si les femmes utilisent les armes depuis l’antiquité pour se défendre, ce n’est qu’à la fin du dix-neuvième siècle qu’elles vont pouvoir pratiquer l’escrime, ce jeu sportif apparu à la Renaissance en Europe. Les escrimeuses participent pour la première fois aux Jeux Olympiques de Paris en 1924.

Un peu d’histoire

Les femmes se sont approprié des valeurs liées aux armes et au combat depuis l’antiquité comme en Egypte. Dans la mythologie grecque, les amazones utilisent les armes. Ces femmes qui ne laissent pas pousser leur sein du côté droit et se couvrent l’autre sein d’une plaque d’acier pour combattre, généralement avec un arc. Rome a vu combattre des gladiatrices.
 

Au Moyen-Âge, c’est l’époque des duels entre chevaliers. Entre le XIIe et le XVe siècle, les activités physiques qui participent aux apprentissages guerriers sont présentées comme exclusivement masculines. Il y a toutefois des exceptions comme l’italienne Marie de Pouzzole qui, au XIVe siècle, a une passion pour les armes. Ou Jeanne d’Arc qui est souvent représentée avec son épée. Certaines femmes ont pu prendre les armes pour protéger leurs logis ou défendre les villes en l’absence des hommes.
Pendant  la Renaissance, des Académies nobiliaires  se développent dans l’entourage des principales cours européennes, principalement d’Espagne puis d’Italie, et font la promotion de jeux sportifs comme l’escrime aux côtés de l’équitation et de la danse. Le contenu de l’éducation académique se structure donc sur la base des anciens sports  chevaleresques. Ces jeux deviennent des « arts » – art équestre, art de l’épée puis du fleuret avec leurs règles. Une telle évolution rend enfin envisageable la réunion des hommes et des femmes dans certains jeux d’exercice.
L’école française d’escrime naît officiellement en 1567, année où Charles IX autorise la création de l’Académie des maîtres d’armes de France.
Les pratiques du jeu, perdant peu à peu leurs caractéristiques initiales exclusivement viriles et guerrières, s’ouvrent aux nouvelles pratiquantes. Certes, ces femmes de l’aristocratie ne sont pas les égales de leurs homologues masculins, mais le fossé qui les tenait éloignées des sports du gentilhomme commence à se rétrécir. Julie d’Aubigny dite Mademoiselle de Maupin pratique l’escrime au XVIIe siècle.
Les traces progressivement plus variées de mixité sont donc apparues à la toute fin de l’ère moderne, mettant en présence des femmes dans des jeux d’exercice traditionnellement masculins.
L’escrime opère sa mutation vers le sport à la fin du XIX siècle. Les armes deviennent plus légères et équilibrées permettent des prouesses techniques en toute sécurité, les maîtres d’armes, au sommet de leur science, transmettent et codifient l’art du fleuret. Ils seront à la source du rayonnement de l’escrime française et italienne. Dès lors, les femmes vont commencer à pratiquer ce sport et l’escrime devient le sport féminin à la mode à Paris.  
Devant cet engouement, les écoles de formation et des salles d’armes s’ouvrent peu à peu afin de former les escrimeuses.

Stade Pershing, 8/5/21, fête du printemps [escrimeuses] / [Agence Rol], 1921

L’École normale de Gymnastique de Joinville-le-Pont ouvre ses portes le 15 juillet 1852 sur le site de la redoute de la Faisanderie du Bois de Vincennes. Passée la Guerre de 1870, la vocation de l’École de Joinville évolue. C’est une école militaire, elle élargit d’abord son champ de compétences à l’escrime et devient l’École normale de gymnastique et d’escrime de Joinville en 1872. En 1925, elle est rebaptisée l’École supérieure d’éducation physique. Elle participe à la féminisation du sport.

Escrime féminine dans une université de Philadelphie (Pacific) / [Agence Rol] ; [d’après la photographie originale de l’agence photographique Pacific and Atlantic], 1928

Déjà présentes en Amérique, les salles d’armes pour femmes apparaissent à la toute fin du dix-neuvième siècle à Paris et connaissent un succès grandissant. Cette activité physique en vogue se démocratise et devient alors un sport féminin à la mode. En 1894, on trouve Le cercle d’escrime des Dames au 92 rue de la Boétie Paris. Leur devise est Ludus pro forma = Jeu pour la forme.

En 1896, s’ouvre la salle d’armes Alexandre Bergès réservée aux dames dans le quartier de l’Opéra à Paris. Il est l’auteur du livre L’escrime et la femme .
Madame Gardère et son mari ouvrent , en 1919, la salle Gardère au 137 avenue Victor Hugo à Paris, nommée aussi Cercle d’escrime Victor Hugo.  Cette salle d’armes devient mondialement connue dans les années 1920-1930.
En 1922, le professeur d’escrime A. Lacaze ouvre un cours de fleuret pour dame à Dinard puis à Paris. Il écrit dans la revue L’escrime et le tir :

Il semble que, jusqu’ici, les maîtres d’armes français aient pensé trop peu à l’escrime féminine… Mais des faits assez nouveaux et très significatifs nous montrent la voix contraire, par exemple… le mouvement en faveur de l’escrime féminine que l’on constate dans la plupart des pays scandinaves, au Danemark notamment. 

Les différents sports de l’escrime
 

Les trois disciplines de l’escrime moderne sont le fleuret, l’épée et le sabre. Chaque discipline utilise un type de lame différent et a ses propres règles. Ces trois armes sont sexuées.

[Concours internationaux d’escrime] : Pal (1855-1942). Illustrateur, 1900

Le fleuret est une discipline olympique depuis 1896 pour les hommes et 1924 pour les femmes. Il utilise une arme légère d’estoc de convention à la lame à base carrée. Il est ainsi appelé car il est moucheté comme une fleur. Le but est de toucher l’adversaire au tronc avec la pointe de la lame.
L’épée est une discipline olympique depuis 1900 pour les hommes et 1996 pour les femmes. Elle utilise une arme plus lourde. On peut toucher tout le corps.
Le sabre est une discipline olympique depuis 1896 pour les hommes et 2004 pour les femmes. Le sabre est une arme légère de pointe à la lame tranchante et contre-tranchante.On peut toucher uniquement le haut du corps.
 
Les trois disciplines se disputent sur une piste de 14 mètres de long et de 1,5 à 2 mètres de  large. 
L’escrime est un sport de combat dans lequel deux athlètes utilisent des armes blanches pour s’attaquer et se défendre dans le but de porter des touches à son adversaire et, donc, de marquer des points. Il s’agit de toucher un adversaire avec la pointe ou le tranchant (estoc et taille) d’une arme blanche sur les parties valables sans être touché. Les assauts sont donnés à l’aide de l’épée ou fleuret. Le combat peut aller jusqu’à neuf touches. Le premier qui a acquis 5 touches est victorieux.
Si un combattant recule jusqu’à sortir en-dehors de l’extrémité de la piste, il concède un point à son adversaire. Chaque touche équivaut à un point et chaque combat est divisé en trois périodes de trois minutes (avec une pause d’une minute entre chaque période). Le premier combattant à atteindre 15 points, ou l’athlète menant le combat à la fin de la troisième période, est déclaré vainqueur.

Escrime féminine à la maison des étudiants / [Agence Rol], 1925

L’escrime est l’un des sports où le français est la langue officielle : chaque pays utilise sa langue pour les compétitions nationales, mais le français est obligatoire pour l’arbitrage dans les compétitions internationales : « En garde ! », « Prêts ? », « Allez ! », « Halte ! ». L’arbitre dispose, en plus, d’un code de signes pour expliquer chaque phrase d’armes.

 Quelques célèbres escrimeuses

Mme Gardère [au Cercle d’escrime Victor Hugo] / [Agence Rol], 1930
Cercle Hoche : tournoi du fleuret féminin organisé par M. Gardère / Agence Mondial Photo-Presse, 1932

Madame Gardère est professeur de fleuret. Elle est la première femme brevetée de l’Académie d’armes de Paris. Son mari est aussi escrimeur ainsi que ses enfants, les champions André et Edward Gardère. En 1916, elle quitte les Vosges pour Paris. Elle devient professeur à  l’Académia avec quelques jeunes filles pour les former au maniement des armes. Elle est aussi professeur au lycée Jules Ferry dans le 9ème arrondissement à Paris. En 1919, elle ouvre avec son mari, de retour de la Grande guerre,  la salle Gardère au 137 avenue Victor Hugo nommé Cercle d’escrime Victor Hugo.  Cette salle d’armes devient mondialement connue dans les années 1920-1930.  Elle forme de nombreuses championnes internationales de fleuret.

Elle organise des tournois féminins d’escrime. Selon elle, le fleuret améliore la femme. Ses élèves sont âgées de 4 à 60 ans. Soucieuse de son apparence, elle porte des cheveux courts et la culotte avec la jupe par-dessus de couleur noir. La majorité des escrimeuses de cette époque porte un haut blanc et une jupe noire, rarement la culotte.

Miss Davis [à gauche], Mlle Adams [i. e. Jenny ou Edith Addams, escrimeuses] / [Agence Rol], 1927

Les épreuves d’escrime s’ouvrent aux femmes lors des Jeux olympiques d’été de 1924 à Paris, soit plus tôt que d’autres disciplines du sport féminin.
Quelques figures féminines championnes Olympiques comme la danoise Ellen Osiier ou la britannique Gladys Davies.
Aux JO 1924 à Paris, les femmes ont pu concourir pour la première fois à une épreuve individuelle de fleuret. Il y a 25 concurrentes représentant 9 nations. C’est la danoise Ellen Osiier qui est championne olympique cette année-là. L’anglaise Gladys Davis est deuxième.

Helen Mayer [à gauche], Mrs Freeman [escrimeuses] (CNews) / [Agence Rol], 1927

L’allemande vivant à San Francisco, Helen Mayer (1910-1953), est championne olympique en 1928 à l’âge de 17 ans. Elle est sélectionnée pour les JO de 1936 à Berlin malgré ses origines juives. Sa famille a quitté l’Allemagne pour les Etats-Unis fuyant le Troisième Reich.  Elle répond au Comité Olympique allemand qu’elle n’irait aux JO de Berlin qu’à la condition de voir ses coreligionnaires réintégrés dans leurs droits civiques. En vain. Si elle refusait, elle ne pouvait participer aux JO. Elle finit deuxième, battue par la hongroise liona Eleck Schacherer. En 1937, elle est championne du monde de fleuret au Palais des sports à Paris et reçoit la coupe Marie Claire.

Plus proche de nous, Laura Flessel, est quintuple médaillée olympique à l’épée. Elle est Ministre des sports entre 2017 et 2018. Ce qui illustre que la politique est un sport de combat.

Les femmes se sont imposées relativement tôt dans la pratique de l’escrime en comparaison aux autres sports. Elles peuvent concourir dès 1924 aux JO de Paris au fleuret.
 

Pour aller plus loin
 

Les femmes et les sports du gentilhomme de l’époque médiévale à l’époque moderne / Serge Vaucelle in Clio. Femmes, Genre, HistoireOpenAIRE, 2006-04-01

Il était une fois l’escrime… féminine / site ABLOCK

Une longueur d’avance ! : Ecole de Joinville, l’invention du sport contemporain (1852-1939). Exposition du 17/10/2023 au 31/07/2024 au Musée Nogent sur Marne

L’Olympiade Culturelle est une programmation artistique et culturelle pluridisciplinaire qui se déploie de la fin de l’édition des Jeux précédents jusqu’à la fin des Jeux Paralympiques.
La série « 
Histoire du sport en 52 épisodes » de Gallica s’inscrit dans la programmation officielle de Paris 2024.

Le Delta : symbolisme pythagoricien

Les Old charges en témoignent : pour les opératifs, Géométrie et Maçonnerie sont synonymes et elles évoquent tantôt Pythagore, tantôt Euclide, comme l’un des fondateurs du métier qui enseigna la maçonnerie aux Égyptiens.

Pythagore

Les maçons, même les spéculatifs, reçoivent avec leur initiation une filiation pythagoricienne. Le Delta placé à l’orient en témoigne… Et ce n’est là que le premier témoignage que rencontre le maçon spéculatif.

Malheureusement, la culture contemporaine est très éloignée du pythagorisme qui n’est rien d’autre qu’une « métaphysique des nombres et des figures géométriques ».  Il en résulte que cet aspect du symbolisme est souvent, non pas négligé, mais ignoré. Il est même, par certains, considéré comme sans intérêt…

Digression nécessaire : Nombres, figures, symboles

Les nombres sont des idées abstraites, les figures sont la traduction ou plutôt la manifestation de ces idées dans le monde intermédiaire « dit de la création » : le monde où est conçue l’idée d’espace et de forme, mais où il n’existe encore ni espace ni forme…  Ce sont donc des « objets de l’esprit »

Les figures géométriques sont imparfaitement reproduites dans le monde créé celui où existent l’espace et la matière : Il ne peut y avoir dans le monde créé ni point, ni droite, ni cercle, ni aucune figure géométrique. Il n’existe dans le monde créé que des représentations imparfaites de ces figures qui sont comme les nombres : des vues de l’esprit.

En témoigne la définition du point donnée par Euclide dans ses Éléments de géométrie [1]:

« Les physiciens disent que le point est le moindre objet de la vue et que celui-ci peut être [dessiné] avec [de l’] encre ou autre chose » Voilà selon Euclide la définition, non du point, mais de sa représentation dans le monde matériel.

« Mais les mathématiciens, rejetant cette définition disent que le point est un objet de l’intellect si subtil qu’il ne peut être divisé en aucune partie : Et ce dernier ne se peut écrire [dessiner] mais seulement entendre et imaginer »

En clair, le point est un concept qui ne peut exister dans le monde matériel. Euclide ajoute aussitôt que « pour le représenter à nos sens extérieurs » nous nous servons du « point physique ».

Puis il revient au concept de point (au point du mathématicien) en précisant que celui-ci n’a aucune dimension (ni longueur ni largeur ni épaisseur) mais est le principe de toutes les dimensions.

Cette distinction entre le « point concept » et son imparfaitereprésentation matériellequ’Euclide nomme le « point physique » est essentielle pour comprendre le symbolisme des figures.

Par ailleurs, avant d’aller plus loin, il faut savoir que les auteurs pythagoriciens ne se préoccupaient que des concepts et témoignaient d’un profond mépris pour les mathématiques appliquées (leurs mathématiques étaient en réalité une métaphysique). Cependant nous traitons de symbolisme maçonnique et la Maçonnerie, fusse-t-elle spéculative est l’héritière (au moins spirituellement) d’une maçonnerie, qui pour bâtir, utilisait les mathématiques appliquées, ce qui a influencé la nature et le sens des symboles maçonniques. Nous serons, pour cette raison (et parce que les mathématiques qu’on enseigne de nos jours sont orientées sur la pratique) contraints d’envisager les propriétés particulières des représentations matérielles des figures géométriques. Pour cela nous emprunterons à René Guenon la notion d’unité minimum absolue de distance[2] dont l’existence dans le monde matériel est une conséquence directe de la double définition du point donnée par Euclide.

Le point matériel (physique) est donc, pour nous, Francs-maçons, un symbole : la représentation d’un concept universel « le point du mathématicien ».

Il représente le point mathématique, ce dernier étant lui-même l’image idéale de L’unité. L’Unité mathématique, qui, comme le point géométrique, ne peut être divisée[3].

Cette Unité relève de l’arithmétique, mais ces deux aspects des mathématiques sont tellement liés qu’Euclide consacre la totalité de son septième livre a l’exposé de l’arithmétique.

Les termes monde de la création et monde créé que nous avons employé dans cette introduction étaient certes pratiques adaptés à notre explication, mais ne correspondent pas aux concepts qui seront utilisés par la suite. Nous devrons en effet employer les termes :

« Monde des idées » ou des concepts et « Monde sensible »

Le « Monde sensible » englobant toutes les « choses et êtres, phénomènes » qui sont perceptibles aux sens.

Le « Monde des idées » englobant tout le reste dont, entre autres, nos pensées.

Fin de la digression

Le Delta : un symbole.

Delta rayonnant avec l’oeil d’Horus au centre

Que les travaux maçonniques soient ouverts au nom du G. A. D. L. U, de l’Humanité ou de quoi que ce soit d’autre, le Delta Lumineux est à l’Orient.

Aspect physique

C’est un delta, donc la lettre grecque majuscule du même nom qui a la forme d’un triangle isocèle qui est (en typographie) presque un triangle régulier (équilatéral[4]).  Pourquoi « presque » ? Parce que la perfection n’est pas de ce monde et que notre delta est matériel. Dans le dessin de la lettre grecque cette imperfection est volontairement perceptible. Quant au delta de l’orient c’est un triangle régulier… mais forcément imparfait puisque matériel.

Tout triangle fusse-il lumineux qui ne présenterait pas à l’œil l’image d’un triangle régulier (qui est le concept du delta) ne pourrait être appelé « Delta ». Nous reviendrons marginalement sur cette question.

Sens

Pour ceux qui utilisent ce terme, le Delta représente « la première manifestation du Grand Architecte de L’univers ». Pour les autres, il représente forcément quelque chose d’équivalent un « commencement des choses » parce que le triangle est la plus simple et le principe de toute surface.

Le delta et le point physique

Le point du mathématicien (ou du métaphysicien) est un objet de l’intellect. Sa représentation dans le monde sensible est le point physique qui a des dimensions (certes minimales) et une forme.

Le dessinateur qui veut déterminer un point, trace l’intersection de deux lignes. Le typographe, qui veut représenter un point utilise l’image d’un cercle assez petit pour représenter le « point physique ». Nous devons donc observer que le point du typographe n’a pas la même forme que le point du dessinateur. Cette réalité étant constatée, il devient légitime de se poser cette question :

Quelle serait la forme symbolique idéale du point matériel pour qu’il représente le point du physicien ?

Étant matériel notre représentation devrait avoir une surface aussi petite que possible. Il en résulte que la représentation idéale du point du physicien (le moindre objet de la vue) serait le triangle tracé en joignant trois points mathématiques assez distants les uns des autres pour que la surface triangulaire obtenue soit visible.

Autrement dit, il faudrait commencer par déterminer trois points juste assez éloignés les uns des autres pour que l’espace entre eux puisse être vu par l’observateur puis joindre les trois points…. Comme l’acuité de la vue de l’observateur est variable, cette représentation est un pur concept.

En revanche ce raisonnement peut et même doit nous conduire à affirmer que le delta lumineux à l’orient, étant la représentation démesurément agrandie, du point du physicien, symbolise (entre autres choses) le point mathématique et par conséquent l’unité mathématique.

De ce fait, il symbolise également l’Un. Le point central l’unité métaphysique.

Le delta : un triangle régulier.

(Crédit photo : Nicolas Parent)

C’est donc une figure composée de trois points reliés entre eux par des segments de droite. Comme son nom l’indique le triangle se relie au ternaire….

Remarquons que du point de vue des anciens, tout triangle « non régulier » est un triangle déformé ou imparfait.

Le delta : une lettre grecque

Telles sont les quatre premières lettres de l’alphabet grec. Le delta est la quatrième lettre et représente le nombre quatre. Il en est de-même de notre delta à l’Orient, parce que le delta est l’initiale de Zeus en grec, de Dia (dieu en dorique) qui donne Deus en Latin et Dio en italien… Il s’agit bien entendu de ce que les Églises chrétiennes appellent « Dieu le Père ».

Mais pourquoi le delta triangulaire représente-t-il le quatre ?

Avant d’aller plus loin considérons la forme des lettres grecques

A se compose de trois traits qui mettent en valeur un minuscule triangle… Deux côtés de ce triangle, prolongés laissent penser qu’il pourrait croître.

B entoure deux surfaces suggérant une dualité. On pourrait penser que ces surfaces signalent à l’observateur la proximité de deux points géométriques.

G, le Gamma a la forme d’une équerre, deux droites perpendiculaires joignent trois points[5].

Le D est un triangle. C’est la première figure fermée, il délimite une aire mesurable, mais ne comporte toujours que trois points… Il a pour valeur quatre mais symbolise à la fois : le UN (le point), le trois, et le dix qui est l’unité de second rang.

Comment le delta peut-il symboliser tant de nombre

La clé qui permet de le comprendre est l’arithmétique de la Grèce ancienne (empruntée à l’Égypte et à Babylone qui l’avaient eux-mêmes emprunté à L’Inde). En un mot l’arithmétique antique.

Les nombres y sont représentés par des points.

. représente le 1, : représentent le 2, \représente le 3.

1 n’est pas un nombre, mais le principe de l’imparité. Ce n’est pas un nombre parce qu’il ne répond pas à la définition antique du nombre impair : Un nombre impair peut être divisé en deux parties inégales ». Or, par définition l’unité ne peut pas être divisé.

2 n’est pas, non plus, un nombre, parce qu’il ne répond ni à la définition antique du nombre pair ni à celle du nombre impair et qu’il n’existe que deux sortes de nombres : les pairs et les impairs. « Définition du nombre pair « Un nombre pair peut être divisé en deux parties égales ou en deux parties inégales ». Deux est le principe de la parité. (quatre est le premier nombre pair : on peut le diviser en deux parties égales – 2 + 2 = 4 et en deux parties inégales – 3 + 1 = 4.

3 est le premier nombre et le premier impair (on ne peut le diviser qu’en deux parties inégales) : 2 + 1 = 3.

4 est le 2e nombre et le premier nombre pair (on peut le diviser en deux parties égales (2 + 2 = 4) et en deux parties inégales (3 + 1 = 4).

Ces principes étant posés, arrivons-en à la clé : les nombres triangulaires.

Le symbolisme du delta par les triangulaires

Définition : Le triangulaire (ou triangle) de rang r est la somme des nombres de 1 à r

De cette définition, il résulte que pour tracer le triangle de rang 1, nous dessinons 1 point sur la première ligne. Le triangle de rang 1 est 1.

Pour tracer le triangle de rang 2, nous dessinons 2 points sur la seconde ligne. Le triangle de rang 2 est 1 + 2 = 3.

Pour tracer le triangle de rang 3, nous dessinons 3 points sur la troisième ligne. Le triangle de rang 3 est 1 + 2 + 3 = 6.

Pour tracer le triangle de rang 4, nous dessinons 4 points sur la quatrième ligne. Le triangle de rang 4 est 1 + 2 + 3 + 4 = 10.

Notre delta situé à l’Orient symbolise l’Unité parce que la représentation du point la plus parfaite est triangulaire (voir ci-avant).

Pour la même raison, il symbolise le trois : parce que le triangle est la première manifestation spatiale possible (dans un espace à deux dimensions[6]).

Parce que la lettre Delta vaut 4, il vaut quatre… et symbolise aussi le 4 d’ailleurs :

  • Étant triangle régulier il peut être inscrit dans un cercle et le centre de ce cercle est alors également le centre du triangle. Il comporte donc trois points visibles plus un point invisible soit quatre points.
  • Le triangle régulier est la projection sur le plan du solide appelé tétraèdre, solide qui a quatre sommets et quatre faces triangulaires… Il comporte donc trois points visibles plus un point invisible soit quatre points (trois dans le plan et un hors du plan). C’est la première manifestation possible dans un espace à trois dimensions.

Cependant, le tétraèdre est peu utilisé en architecture et, quand le pythagoricien pense tétraèdre (pyramide à base triangulaire), le maçon pense pyramide ou pyramidion.

Le tétraèdre a quatre sommet, et quatre est le nombre pyramidal d’ordre 3 de rang 2 : le premier qui puisse représenter un volume. Le tétraèdre est un triangle à 3 dimensions

La pyramide a base carrée (ou le pyramidion) qui a cinq sommets, est le pyramidal d’ordre 4 de rang 2

Un pyramidal d’ordre o de rang r est égal au pyramidal d’ordre 3 de rang r auquel on ajoute, o-3 fois, le pyramidal d’ordre 3 de rang r-1. Quant au pyramidal d’ordre 3 de rang r, c’est la sommes des triangles de 1 à r (tout comme le triangle est la somme des nombres de 1 à r).

La pyramide a base carrée est un carré à 3 dimensions.

Enfin il symbolise la dizaine, parce que le triangle de rang quatre vaut 10 et parce que 10 est l’unité de second rang (voir la représentation des nombres sur l’abaque ci-avant).

Parce qu’il symbolise à la fois l’unité de rang 1 et l’unité de rang 2 on doit le considérer comme le symbole de toutes les unités de rang impair et pair. : unités, dizaines, centaines, milliers …

On doit également considérer qu’à ce titre il est symbole de la totalité. En effet, la totalité est semblable à l’unité, parce qu’elle est indivisible : la totalité divisée cesse d’être la totalité.

Délire ? Élucubrations ? Certainement pas ! ces aspects symboliques du triangle sont validés à la fois par l’arithmétique et par la géométrie.

Le triangle en arithmétique et en géométrie

Tout nombre entier plus grand que 3 est une somme de triangulaire :

Quatre (le carré de deux) est la somme du triangle de rang 1 (1) et du triangle de rang 2 (3). Cela vaut pour tous les carrés ! le carré du nombre n est égal à n x par n ou à la somme du triangle de rang n et du triangle de rang n-1 par exemple 9, carré de 3 est la somme du triangle de rang 3 (6) et du triangle de rang 2 (3).

Cinq est la somme du triangle de rang 2 (3) et de deux fois le triangle de rang 1 (1). Ce nombre est le prototype des nombres dits pentagonaux (ou pentagone). Le pentagone de rang n est égal à la somme du triangle de rang n et de deux fois le triangle de rang n-1.

Et ainsi de suite…

Ainsi si nous appelons « ordre » le nombre de sommet d’un polygone nous pouvons écrire :

Le polygonal d’ordre o et de rang 1, vaut 1.

Le polygonal de d’ordre o et de rang 2 vaut o.

Le polygonal d’ordre o et de rang n vaut la somme du triangle d’ordre n et de o-3 fois le triangle de rang n-1.

Ainsi 153, le nombre de poissons pêchés par les disciples du Christ peut être ainsi calculé :

le nombre 153 est :
Polygone d’ordre 153 de rang 2.

  • Il peut être calculé comme :
    Polygone d’ordre 52 de rang 3
    Soit le triangle de 3 (6) + 49 fois le triangle de 2 (3) → 6 + (49 x 3),
     donc : 6 + 147 = 153[7].
    Polygone d’ordre 6 de rang 9
    Soit le triangle de 9 (45) + 3 fois le triangle de 8 (36) → 45 + (36 x3),
    donc : 45 + 108 = 153.
  • Polygone d’ordre 3 de rang 17 :
    La somme des nombres de 1 à 17 ou selon la formule de calcul rapide :
     17 x 18 / 2 = 153.

Toute surface polygonale est une somme de triangles

Donc toute surface polygonale peut être pavée avec des triangles d’une ou de plusieurs façons. Ici un petit dessin sera plus parlant qu’un long exposé.

Ainsi tout nombre et tout polygone est composé de triangles. Par ailleurs, dans le monde sensible la courbe n’existe pas, et ne peut exister en raison de l’existence d’une unité minimum absolue de distance en deçà de laquelle deux points matériels sont confondus. Il en résulte que dans le monde sensible le « cercle » est une approximation : un polygone avec un nombre indéfini de côtés…

Revenons donc à notre delta en tant que symbole du point primordial, de la première manifestation de l’espace.

Il est évidemment ; de la même façon la plus petite surface que l’on puisse dessiner.

Pourquoi le delta est-il souvent représenté dans un cercle ?

Souvent ce cercle est un cercle de nuages, il existe une explication astronomique qui justifie cette représentation. Cela dit, cette représentation se justifie mathématiquement. Considérons notre point primordial.

Les trois sommets d’un triangle représentant le point primordial sont, puisqu’il est le moindre objet de la vue, séparés d’une distance inférieure ou égale à l’unité minimum absolue de distance. Le triangle étant inscriptible dans un cercle et un seul on peut en conclure que les trois sommets du triangle sont situés sur un cercle dont le rayon est (c x √3)⁄ et sa circonférence mesure c x 2√3 x pi.

Donc le tiers de la circonférence est un nombre inférieur à deux. Entre deux sommets du triangle, aucun point situé sur le cercle exinscrit ne peut donc être figuré. En voici la démonstration graphique. L’unité minimum absolue de distance est appelée u.

Sur notre schéma, le centre n’apparait pas. Il se situe à moins d’une unité minimum absolue de distance des points A B et C. C’est donc un point géométrique, mais ce ne peut être un point des physiciens. Si nous appelons ce centre O, les points A B et C matérialisent physiquement le « lieu géométrique des points (du physicien) équidistants du point O[8] » … Il en résulte que notre plus petit triangle matériel possible est aussi le plus petit cercle matériel possible.

Au-delà du delta…

En revanche dans un cercle de diamètre deux u, On peut placer un triangle qui soit le reflet du premier. On obtient un hexagone étoilé dont les sommets sont distants de u. Les six sommets de l’hexagone, sont les seuls points matériels qui peuvent être placés sur la circonférence du cercle.

Le centre est ici figuré par un triangle pointe en bas, comme dans la tradition tantrique.

Définition du cercle par Euclide :
« Le cercle est une figure plane contenue par une seule ligne qu’on appelle circonférence vers laquelle toutes les lignes droites menée du d’un seul point de ceux qui sont en icelle figure sont égales entre-elles.
Et ce point est appelé centre. »  

Résumé : Le Delta a l’Orient représente l’unité, le point matériel, donc la première manifestation du créateur dans le monde des idées puis dans le monde matériel. Comme il représente l’unité, il symbolise aussi la totalité. Parce que tous les nombres sauf 3 sont des « sommes de triangles (nombres triangulaires) et parce que toutes les figures polygonales sont des sommes de triangles, il est la clé de la compréhension des nombres et des formes.


[1] Les quinze livres des éléments géométriques d’Euclide Paris 1632 – disponible sur Google Books. Cette traduction a l’avantage de ne pas être commentée par un mathématicien contemporain.

[2] Voir Le symbolisme de la croix et Les principes du calcul infinitésimal qui, contrairement à ce que son titre laisse penser est un ouvrage de métaphysique.

[3] Du point de vue métaphysique et symbolique les nombres décimaux doivent être considérés comme un artifice de calcul ou d’écriture et relèvent du quantitatif quand l’unité et les nombres évoqués ici relèvent du qualitatif.

[4] C’est la même chose ! Le triangle équilatéral que j’avais étudié à l’école primaire est devenu un triangle régulier quand je suis entré au collège.

[5] Je ne sais pas si ces observations symboliques répondent à une quelconque tradition, mais elles semblent correctes pour les quatre premières lettres majuscules… Pour les suivantes, je ne sais pas

[6] Trois est aussi, le premier nombre pouvant exprimer une aire et donc le premier nombre à deux dimensions (aire du triangle de base 2 et de hauteur 3 – ou demi  aire du rectangle de 2 sur 3).

[7] Nous utilisons pour ces calculs la formule Tr = r(r+1) / 2 qui est plus rapide qu’une somme de 1 à n.

[8] Cette définition moderne est incorrecte du point de vue pythagoricien, car selon Euclide la ligne du mathématicien est « une longueur sans épaisseur ». Elle ne saurait être composée de points, mais c’est, comme lui, un « objet de l’esprit ».

Qu’est-ce qu’un rite d’initiation et quelle punition encourrez-vous si vous le trahissez ?

De notre confrère peruvien larepublica.pe – Par Diane Decurt

La franc-maçonnerie est une fraternité énigmatique qui, de par son exclusivité, suscite une certaine curiosité dans la société. Dans l’article suivant, nous vous expliquons comment se déroule la cérémonie d’initiation et quelles conséquences attendent ceux qui trahissent leur serment.

La franc-maçonnerie est connue par beaucoup comme une fraternité pleine de secrets, ainsi que la cible de controverses prétendant qu’elle a des objectifs philosophiques et philanthropiques pour guider le développement des êtres humains. L’organisation reste une énigme pour les personnes extérieures à son cercle. C’est pourquoi elle suscite l’intérêt de savoir ce qu’elles étudient, sur quoi elles travaillent, quels rituels elles accomplissent habituellement lorsqu’elles sont membres actifs, et une longue liste de questions que certains tentent. pour répondre, mais ils ne font rien d’autre que créer des conjectures.

Maçons : comment se déroule leur rituel d’initiation ?

On sait que tous les rituels ne sont pas identiques, mais beaucoup partagent une structure similaire.

Dans l’article « L’initiation, un rite de passage dans la franc-maçonnerie: mort symbolique », réalisé par l’anthropologue sociale et docteur en Histoire du Mexique Raquel Ofelia Barceló Quintal, il est expliqué que l’étape d’initiation consiste à conduire le candidat, les yeux bandés, dans une pièce sombre appelée « Cabinet de Réflexion », qui est un lieu funéraire contenant des objets liés à la mort.

Dans cet espace, vous devez méditer sur le monde matériel et spirituel, en plus d’avoir votre testament à remplir, puisque le futur membre « renaît » en entrant dans la fraternité.

Maçons : sachez à quoi ressemble leur rite d'initiation. Photo : Religion en liberté
Maçons : sachez à quoi ressemble leur rite d’initiation. Photo : Religion en liberté

Ensuite, les mains et le cou liés, il sera guidé jusqu’au lieu de la loge, où il subira des tests de purification avec trois éléments : l’air, l’eau et le feu. Les membres accompagnent généralement le candidat pour effectuer des tours sur place, plongent la main dans l’eau et, enfin, brandissent des torches vers le candidat.

Après quatre heures de cérémonie, suit le serment, qui, pour les maçons, est une promesse sincère et sacrée.

Ensuite, la coupe placée sur le cœur de l’aspirant, on laisse couler quelques gouttes sur sa peau. Comme dernière étape, le déjà membre reçoit un tablier blanc qui signifie « appartenance ».

Il convient de noter que dans certaines loges, les rites d’initiation se déroulent avec une dynamique plus agressive, qui implique des coupures dans la peau et l’utilisation d’épées pour marquer le candidat.

Dans certains rites d'initiation, des épées sont utilisées pour pointer le candidat au niveau des yeux. Photo de : ARV

Dans certains rites d’initiation, des épées sont utilisées pour pointer le candidat au niveau des yeux. Photo de : ARV

Quelle punition encourriez-vous si vous trahissez les francs-maçons ?

Après un entretien avec un ancien membre de la franc-maçonnerie sur la chaîne YouTube du Club 113, on a appris que la pire punition à laquelle pourrait être confrontée une personne ayant trahi la fraternité serait l’expulsion définitive.

Cela s’avère être une chose profondément grave car, pour les francs-maçons, il n’est pas possible de se débarrasser du baptême de franc-maçonnerie. Cependant, ce précepte serait mis de côté s’il y avait déloyauté.

Quelle est l’étape finale pour faire partie des francs-maçons ?

Les membres doivent remplir diverses conditions pour rejoindre la loge. Le troisième degré est la dernière étape qu’ils doivent franchir avant de devenir maçon à part entière.

Cette cérémonie implique un interrogatoire exhaustif , d’où vient l’expression « soumettre quelqu’un au troisième degré ».

Peinture représentant l'intérieur de ce que l'on pense être la maison de campagne de Nueva Esperanza Coronada (Vienne). Mozart serait parmi les participants. Photo : diffusion

Peinture représentant l’intérieur de ce que l’on pense être la maison de campagne de Nueva Esperanza Coronada (Vienne). Mozart serait parmi les participants. Photo : diffusion

Quelles personnes célèbres sont francs-maçonnes ?

La franc-maçonnerie est restée secrète pendant de nombreuses années en raison d’un besoin de survie, essentiellement parce qu’elle a été persécutée dans plusieurs pays.

Cependant, le secret de ses activités internes et le fait qu’un grand nombre de personnes illustres étaient membres de cette confrérie créaient des doutes sur sa finalité. Pour cette raison, il est courant de trouver des théories du complot qui prétendent que leur objectif est de contrôler le monde.

De grands philosophes, comme Montesquieu et Voltaire ; l’inventeur Benjamin Franklin ; et les écrivains Oscar Wilde et Antonio Machado étaient membres de cette confrérie.

Rencontrez les hommes politiques qui étaient francs-maçons. Photo : LR Composition/Diffusion/Concept

Rencontrez les hommes politiques qui étaient francs-maçons. Photo : LR Composition/Diffusion/Concept

Quelle est l’origine des francs-maçons ?

L’origine des francs-maçons reste un mystère, tout comme de nombreux aspects de l’institution. On pense cependant qu’il s’agit de la première expression d’une « société civile internationale », selon l’historien français Dévrig Mollè.

En outre, Mollè considère l’existence d’une relation entre la création de la franc-maçonnerie et la révolution culturelle du XVIIIe siècle .

L'origine des francs-maçons n'est pas tout à fait précise. Photo de : Panorama culturel

L’origine des francs-maçons n’est pas tout à fait précise. Photo de : Panorama culturel

Quelle est la mission des francs-maçons ?

Les francs-maçons  se traitent comme des frères et s’entraident. Pour ce faire, les membres prêtent des serments ou accomplissent des rituels.

Parce que leur but ultime est le développement de l’individu, ils procèdent à une étude scientifique et morale des choses. Un aspect particulier est l’utilisation de mythes et de symboles de l’Antiquité comme méthodes pédagogiques. Ils transmettent également des connaissances à travers les arts libéraux et les sciences.

Les francs-maçons se traitent comme des frères et s’entraident. Photo : composition de Fabrizio Oviedo/LR/Quora/OkDiario

Les francs-maçons  se traitent comme des frères et s’entraident . Photo : composition de Fabrizio Oviedo/LR/Quora/OkDiario

Quelle est la croyance des francs-maçons ?

Les francs-maçons croient au « grand architecte de l’univers », qui n’est pas le même Dieu de la Bible. Les membres de cette institution ne suivent aucune religion particulière, mais la seule exigence est d’avoir foi en une « puissance supérieure ».

VOUS POUVEZ VOIR : Pourquoi la confrérie des francs-maçons est-elle un mystère pour beaucoup ?

D’autre part, ce groupe aspire à réaliser le développement intégral de l’homme sous tous ses aspects.

Quels sont les secrets des francs-maçons ?

Les francs-maçons ont différents secrets dans la loge. Le premier est lié aux mots de passe secrets pour communiquer entre les codes, ce qui leur permet de s’identifier lorsqu’ils se saluent.

De plus, l’organisation est dirigée par des membres de l’élite. Ils accordent une grande importance à la figure du soleil, présente dans nombre de leurs reliques.

Comment sont les vêtements des francs-maçons ?

Ils portent des tabliers ou tabliers maçonniques. Selon l’histoire, cette tenue a évolué à partir des tailleurs de pierre qui les utilisaient pour se protéger lors de la taille de la pierre.

Oscar de Alfonso Ortega, actuel grand maître de la loge d'Espagne, porte les vêtements typiques des francs-maçons. Photo : diffusion

Oscar de Alfonso Ortega, actuel grand maître de la loge d’Espagne, porte les vêtements typiques des francs-maçons. Photo : diffusion

Combien y a-t-il de francs-maçons dans le monde ?

On estime qu’il y a environ 6 millions de francs-maçons dans le monde, selon la BBC.

VOUS POUVEZ VOIR : Les maçons en politique : qui étaient les personnages célèbres qui faisaient partie de la loge ?

Pourquoi les réunions maçonniques ne sont-elles pas publiques ?

Bien que la franc-maçonnerie soit connue depuis de nombreuses années comme une institution qui recèle de secrets, sur le site The Mason’s Blog, un de ses membres a révélé que leurs activités sont parfois partagées avec des « maçons qui ont déjà fait leur temps et les exigences d’en connaître certaines ». aspects de la commande.

Qu’est-ce que le 33ème degré des francs-maçons ?

Le degré maximum de la franc-maçonnerie est de 33, ce qui se reflète dans ses attributs correspondants d’ une grande richesse ornementale .

Cette section présente trois exemples d’attributs d’un Maçon du 33ème degré : le bijou, le collier et l’anneau.

Les membres se réunissent pour discuter de sujets d'étude liés au symbolisme maçonnique. Photo de : El Confidentiel

Les membres se réunissent pour discuter de sujets d’étude liés au symbolisme maçonnique. Photo de : El Confidentiel

Le Psaume 133 et la Fraternité maçonnique : un appel à l’unité et à l’harmonie

De notre confrère elnacional.com – Par Mario Munera Muñoz PGM

Le Psaume 133, tiré de la version Reina-Valera de 1960, commence par ces mots : « Voyez comme il est bon et délicieux pour des frères de vivre ensemble en harmonie. » Ces versets anciens, riches en symbolisme, trouvent un écho tout particulier au sein de la franc-maçonnerie, où ils sacralisent l’idéal de fraternité humaine.

Le Psaume 133 célèbre la réunion des douze tribus d’Israël en une seule entité, marquant ainsi l’importance de l’unité et de l’harmonie au-delà des différences tribales ou sociales. Ce message résonne profondément chez les francs-maçons, pour qui la fraternité est un principe fondamental. Dans les loges maçonniques, cette unité dépasse les distinctions d’origine, de religion ou de statut social, et appelle à une harmonie collective au sein de la communauté.

Une huile symbole d’union spirituelle

L’huile mentionnée dans le Psaume est un symbole puissant : elle coule sur la tête, descend sur la barbe d’Aaron, puis jusqu’au bord de ses vêtements. Dans la tradition maçonnique, cette image évoque l’harmonisation des esprits et des cœurs. L’huile, symbole de la spiritualité, descend du haut de la tête vers les émotions, reflétant la nécessité d’un équilibre entre l’intellect et le cœur.

En franc-maçonnerie, cette huile sacrée représente également l’unité et la cohésion entre les membres de la loge. Tout comme l’huile bénie sert à oindre les prêtres et les rois, elle devient ici un signe de dignité, de sagesse et de respect mutuel. L’action de l’huile qui coule sur la barbe incarne la diffusion de cette sagesse à travers les actes, rappelant que la spiritualité sans action n’a pas de sens, tout comme l’action sans spiritualité est vaine.

La fraternité, fondement de la franc-maçonnerie

La fraternité est au cœur de la franc-maçonnerie, unissant ses membres par un amour fraternel qui transcende les relations sociales traditionnelles. La fraternité maçonnique repose sur la confiance et le soutien mutuel, et elle se veut un modèle pour la société en général. Les francs-maçons cherchent à construire un monde plus juste, où l’harmonie et la tolérance sont les maîtres mots.

Le Psaume 133 est souvent interprété en franc-maçonnerie comme une invitation à vivre en harmonie, en s’appuyant sur des valeurs universelles de respect et de solidarité. Ce psaume reflète l’idéal maçonnique d’une fraternité unissant des individus de tous horizons, quelle que soit leur appartenance religieuse, culturelle ou politique.

Interprétation mystique et kabbalistique

Une interprétation kabbalistique du Psaume 133 propose une lecture plus profonde de l’unité harmonieuse entre les frères. Aaron, oin grand prêtre, représente l’émotion, tandis que Moïse, son frère, incarne l’intellect. Leur union symbolise la nécessité d’équilibrer les émotions et la raison, un équilibre essentiel pour atteindre une compréhension spirituelle plus élevée.

L’huile utilisée pour l’onction des prêtres et des rois est ici perçue comme le résultat d’un travail rigoureux, comparable à l’extraction de l’huile d’olive par broyage. Ce processus symbolise la nécessité de transcender la matérialité et de purifier l’esprit à travers l’étude, la pratique et la méditation.

Un appel à des principes plus élevés

Le Psaume 133 nous invite à rechercher des principes plus élevés, symbolisés par la rosée de l’Hermon, cette montagne élevée dont la neige fondue nourrit les rivières. Tout comme la rosée descend des hauteurs pour nourrir la terre, l’esprit humain doit s’élever vers des idéaux plus spirituels et transcendants.

Le temple de Jérusalem, érigé par le roi Salomon, petit-fils de Boaz, est également évoqué comme un lieu sacré où convergent les énergies spirituelles. Dans cet espace de fraternité, les francs-maçons se réunissent pour partager un idéal commun : celui de bâtir une société plus harmonieuse, fondée sur l’amour fraternel et la sagesse.

L’amour fraternel, clé de la vie éternelle

Le Psaume 133 se termine sur une promesse de bénédiction divine et de vie éternelle. Pour les francs-maçons, cet amour fraternel transcende les simples relations humaines et devient un principe spirituel fondamental. C’est à travers cet amour, exprimé par des actions justes et bienveillantes, que l’on peut espérer atteindre un état de paix intérieure et de transcendance.

Lorsque la vie terrestre touche à sa fin, ce qui importe réellement, ce sont les œuvres que nous laissons derrière nous. Ce sont elles qui nous transcendent et nous ramènent à notre état originel. Le Psaume 133 nous rappelle ainsi que la fraternité est une bénédiction, un lien sacré entre les hommes, et qu’elle nous guide vers une existence pleine de sens et d’harmonie, non seulement ici-bas, mais aussi au-delà.

Les aventures de Pierre-Paul, le candide (Épisode n°5)

Texte de Pierre Pelle Le Croisa – Illustrations de François Morel.

L’ÉCHANSON.

Les bouteilles sont vides. Un échanson en ouvre d’autres, qui sont aussitôt désemplies.

  • Ce sont les bouteilles vides qui font le plus de bruit ! constate l’un des commensaux, l’air malheureux.
  • Si le vin manque, tout manque ! insiste un autre, aussi dépité.
  • Le vin qu’on a bu ne vaut pas celui qu’on va boire ! implore un troisième en se tournant vers l’échanson.

J’appuie leur requête :

  • Holà, Ganymède, apporte vite de ce bon breuvage, ou de ma thyrse je t’envoie courir l’oribasie[1] avec les Satyres sur la montagne du Parnasse, qu’après cette épreuve – tu peux me croire -, tu voleras plus vite que Mercure !
  • Tout de suite ! Tout de suite, Monsieur ! s’active l’échanson, affolé, en multipliant les bouteilles.

« ÉVOHÉ ! ÉVOHÉ, BACCHE ! »

Le vin m’égaye. Je lance mon cri de guerre :

  • J’aime la nuit, le vin, les chants et les bruits ! Compagnons d’orgie, répétez après moi : Évohé ! Évohé, Bacche[2] ! Vivent mes Bacchanales ! Buvons !
  • Évohé ! Évohé, Bacche ! Buvons ! Buvons tout ! reprennent-ils.
  • À votre santé, amis chers ! Que le vin se mette à chanter ! En chœur, faisons tinter nos verres !… On verra plus tard pour payer !
  • Très bonne remarque !
  • Et fort juste !
  • Nous sommes tous d’accord ! concluent-ils à l’unisson.
  • Pas tout à fait ! reprend le Vénérable, qui a préféré se tenir à l’écart. Il est prévu que chacun paye son écot.

Je l’arrête :

  • Qu’est-ce ceci, maraud ? Entre les verres, les affaires se taisent !
  • Oui, tais-toi, maraud ! appuient quelques hôtes, que j’ai visiblement convaincus.

Le Symposiarque, néanmoins, n’en démord pas. Il insiste : « Seule la première bouteille est coûteuse, vous savez. »

Avant qu’il ait repris son souffle, je le coupe. Mes arguments sont sans appel :

  • Le vin offert est une bénédiction :  quand il est gratuit, il ne provoque pas de hernie. Il est donc bon pour la santé. Voilà pourquoi un ivrogne remplit plus facilement son verre que ses engagements. Alors, n’attends rien de moi !
  • Ni de nous ! confirment les convives, solidaires.

« LA FÊTE EST FINIE ! »

À ce moment, la porte s’ouvre avec fracas, et trois hommes en costume bleu avec des casques ronds à la Hermès[3] – le dieu des transports -, pénètrent dans la pièce en hurlant :

  • Ah, enfin les flics ! s’exclame le Vénérable, soulagé.
  • Où il est, le fou ? demande l’un d’eux.
  • C’est moi !

Je me tourne vers lui, le verre dans une main et le thyrse dans l’autre.

  • Il n’y a pas de doute, c’est bien lui ! confirme le malandrin en me voyant avancer en toge, ma couronne sur la tête.
  • Venez nous rejoindre ! La fête commence ! proposais-je.
  • Je crois que pour toi, elle est finie ! reprend mon interlocuteur. Allez, viens mon gars ! Suis-nous. Ne fais pas d’histoire !

Pourquoi en ferais-je ? Drapé dans ma toge, je redresse ma couronne qui a tendance à glisser sur mon nez, et je lui réponds : « Vaillant guerrier, je te suis. »

LE RETOUR DANS L’OLYMPE.

Les hommes en bleu hochent la tête, d’un air entendu. Dehors, un beau char grillagé m’attend. Ce n’est pas celui d’Hélios[4] – il ne le sort pas la nuit -, mais il a ses quatre roues.

Ce qui m’inquiète, c’est que je ne vois pas l’attelage de chevaux qui doit le tirer. Je m’en ouvre à mes guides. L’un d’eux me répond : « Ne t’en fais pas, on est parti les chercher. Allez, grimpe, maintenant ! On est pressé. On va te ramener chez toi. Vite ! Monte ! »

Ah, quel bonheur ! Grimper, monter chez moi… Je vais enfin retrouver mon Olympe et ses dieux !

Mon thyrse avec sa pomme de pin dans ma paume de main, j’adresse une dernière invite à mes hôtes qui s’agglutinent à la porte : « Venez Ménades, Satyres, Bacchantes ! Suivez-moi ! Et fêtons ensemble mon retour ! »

Mais ma proposition n’a pas le succès escompté. Tous se précipitent dans la taverne, me laissant seul, avec mes cochers, rejoindre, aux cieux, mon empyrée[5]


[1] Oribasie : L’oribasie est l’ascension d’une montagne sacrée (le Parnasse pour Delphes, le Cithéron pour Thèbes, le Solmissos pour Éphèse) que les ménades, les thyades ou les bacchantes gravissent en l’honneur de Dionysos.

[2] « Évohé ! Évohé, Bacche ! » :C’est le cri que poussaient les Bacchantes en invoquant leur dieu, lors des « Phallophories ». Les phallophores « étaient des hommes qui ne portaient point de masque sur leur visage, mais qui le couvraient avec un tissu formé par des feuilles de lierre, de serpolet et d’acanthe. Une épaisse couronne de lierre et de violette ceignait leur tête. Ils portaient l’amict [une pièce du vêtement liturgique, que le prêtre place autour de son cou et sur ses épaules, sous l’aube] et la robe augurale ; ils tenaient en main de longs bâtons, de la cime desquels pendaient des phallus » (« Les divinités génératrices » de Jacques-Antoine Dulaure, 1805).

[3] Hermès : Dieu grec des voyageurs, gardien des routes et des carrefours, il porte un casque ailé. Son correspondant romain est Mercure.

[4] Hélios:Dieu grec, il personnifie le Soleil. Il est parfois identifié à Apollon (qui, lui-même, est souvent confondu avec Phébus).

[5] Empyrée : Dans le système cosmologique antique, l’empyrée est le ciel supérieur, le plus éloigné de la Terre ; c’est là qu’en censée se situer la demeure des dieux.

Un ouvrage indispensable : « Le Dictionnaire vagabond en Franc-maçonnerie »

Pour une lecture sans finPour une meilleure compréhension de la pensée maçonniquePour avoir un bel objet dans sa bibliothèquePour s’en servir comme haltère avec ses 2 kilosParce qu’il est indispensable à tout franc-maçonParce qu’il procure du plaisir à le parcourirParce que c’est Solange Sudarskis qui l’a écrit (humour)

La spécificité lexicale du Dictionnaire vagabond n’est pas dans la terminologie, mais dans l’usage qui en est fait, et cela constitue véritablement un langage que l’auteure a dû apprendre depuis sa réception en Franc-maçonnerie. Cet ouvrage est le partage de cette formation. Chaque entrée est une porte dérobée vers un monde cognitif. Il y a une manière d’approcher l’histoire de la Franc-maçonnerie, ses référents symboliques et mythiques, un besoin de comprendre le parcours de l’initiation.

Solange Sudarskis a voulu une approche pluridimensionnelle des mots et expressions de ce Dictionnaire comme tout autant de symboles en essayant d’en dégager 4 aspects :

Leur forme matérielle sous laquelle ils se présentent, on appelle cela le signifiant. Ce sont les entrées du Dictionnaire.

Leur signifié en tant que concepts de pratiques symboliques non seulement celles de la Franc-maçonnerie mais d’autres aussi, telles la kabbale, l’alchimie, par exemple, quand c’était possible, pour les rapprocher de leur utilisation par les rituels et usages en FM. C’est ce que l’on peut appeler le contexte culturel.

L’endroit de leur usage au cours des travaux de Loge selon les trois premiers degrés

Leur intentionnalité issue des sources de la FM, en particulier dans les catéchismes, facilitant l’interprétation des rituels. Les mythes sont à cet égard des réservoirs d’archétypes qui exposent les grandes questions existentielles.

Conformément à la méthode dialectique, qui procède par «division et rassemblement», le Dictionnaire vagabond propose des éléments, apparemment séparés mais qui ne se suffisent pas nécessairement par eux-mêmes. C’est pourquoi ils renvoient à un ou plusieurs autres fragments faisant éclater le carcan abécédaire permettant «de passer d’un sens à un autre, mu par un élan, une sorte de ricochet du raisonnement et de l’imaginaire».

Quant aux illustrations, elles permettent une approche plus immédiate, à la fois réduction et extension du sens qui accompagne les entrées.

Pour aller plus loin, il en ressort, pour le lecteur, qu’une réflexion personnelle est nécessaire. Il s’agit, pour lui, de trouver sa propre grille de lecture de ce que lui offre la Franc-maçonnerie.

COMME L’ÉCRIT CHRISTIAN ROBLIN dans la préface, «ce dictionnaire si puissamment original va, dans sa nomenclature, du glossaire à l’encyclopédie, en passant par la définition des mots usuels et l’exégèse des formules consacrées. Comme son titre le laisse subodorer, il ne s’est pas limité à circonscrire étroitement son sujet, par le seul jeu des notions, des symboles, des figures et des expressions qui s’y rattachent coutumièrement, mais il a multiplié les entrées poreuses, les enjambements épistémiques qui complètent la compréhension du domaine et c’est ainsi, qu’en butineuse ordonnée autant qu’inspirée, Solange Sudarskis a déployé sa curiosité sur tous les terrains, facilitant, par ses fréquents renvois des circulations rationnelles et des acquisitions approfondies, avec une unité de style et une vivacité d’esprit qui donnent à l’ensemble une passionnante et vertigineuse vitalité : expositions aussi rigoureuses que foisonnantes, approches aussi singulières que méthodiques, embardées aussi compréhensibles qu’inattendues».

Retenons le résumé de la note de lecture de l’éditeur. ICI

Le « Dictionnaire vagabond en Franc-maçonnerie » de Solange Sudarskis est une œuvre colossale qui explore en profondeur l’univers de la franc-maçonnerie.

Ce dictionnaire ne se contente pas d’une simple définition des termes maçonniques. Il propose plutôt un voyage initiatique à travers les symboles, les rituels, et les concepts fondateurs de la franc-maçonnerie. L’auteure, par une approche à la fois érudites et poétique, invite le lecteur à une réflexion personnelle sur les mystères de l’Art Royal.

Les points clés de cet ouvrage :

  • Une approche « vagabonde » et personnelle : L’auteure ne se limite pas à une approche académique, mais propose une vision personnelle et intuitive de la franc-maçonnerie, en tissant des liens entre différents concepts et en ouvrant des perspectives inattendues.
  • Un réseau dynamique de significations : Chaque terme du dictionnaire renvoie à d’autres, créant un réseau complexe et vivant de significations qui invite le lecteur à explorer les différentes facettes de la pensée maçonnique.
  • Une ouverture aux autres traditions : L’auteure établit des liens entre la franc-maçonnerie et d’autres courants spirituels et philosophiques, tels que la kabbale, l’alchimie, et la gnose, enrichissant ainsi sa compréhension.
  • Un style poétique et méditatif : Le langage utilisé est riche en images et en métaphores, invitant le lecteur à une réflexion profonde et à une exploration intérieure.
  • Une œuvre en constante évolution : Cette deuxième édition propose de nouvelles analyses et des renvois internes supplémentaires, témoignant de la volonté de l’auteure de poursuivre son exploration de la franc-maçonnerie.

En résumé, le « Dictionnaire vagabond en Franc-maçonnerie » est un ouvrage incontournable pour tous ceux qui souhaitent approfondir leur connaissance de la franc-maçonnerie. Il offre une vision à la fois rigoureuse et poétique de cette tradition millénaire, invitant chacun à construire sa propre compréhension des symboles et des mystères qui la composent.

Ce dictionnaire est bien plus qu’un simple ouvrage de référence. C’est un véritable compagnon de route pour tous ceux qui souhaitent s’engager dans une quête spirituelle et personnelle.

Ouvrage de 850 pages, Dimensions ‏ : ‎ 20.2 x 4.5 x 29.8 cm, Poids ‏ : ‎ 2,02 Kilogrammes :

Le combat entre transcendance et immanence n’est pas fini : « Religare » ou « Religere » il faut choisir !

Étymologie du mot du mot religion = religio

L’ambivalence d’Augustin sur l’étymologie de « religio »

Le débat sur l’origine étymologique du mot « religio » remonte à l’Antiquité, avec deux propositions principales :

  1. Cicéron : « relegere » (relire, observer scrupuleusement)
  2. Lactance : « religare » (relier, attacher)

La position d’Augustin

Augustin adopte une position intermédiaire, utilisant les deux étymologies de manière stratégique :

  • Il choisit l’étymologie de Cicéron (« relegere ») lorsqu’il s’adresse aux non-chrétiens
  • Il opte pour l’étymologie basée sur « religare » dans ses controverses avec les manichéens

Une nouvelle approche analytique

Baptême d’Augustin

L’article propose d’analyser ces choix étymologiques d’un point de vue rhétorique, plutôt que purement linguistique. Cette approche permet de comprendre les motivations d’Augustin dans son utilisation des différentes étymologies en fonction de son auditoire.Cette analyse rhétorique considère les étymologies comme des éléments d’argumentation, révélant ainsi la stratégie discursive d’Augustin dans ses écrits théologiques et apologétiques.

La signification de la religion : un débat antique aux multiples facettes

Depuis l’Antiquité, l’étymologie du mot « religion » a fait l’objet de nombreux débats. Les auteurs latins comme Cicéron et Lactance proposaient deux origines distinctes du terme. Cicéron suggérait que « religion » venait du verbe relegere (qui signifie « relire » ou « rassembler avec soin »), tandis que Lactance, plus tard, proposait que ce mot venait plutôt de religare (signifiant « relier »). Cette divergence a traversé les siècles, et les chercheurs modernes ont continué à explorer ces propositions pour comprendre le sens original du mot.

L’étude linguistique moderne penche en faveur de l’étymologie proposée par Cicéron. Cependant, cette analyse ne permet pas d’expliquer la manière dont Saint Augustin, l’un des plus grands penseurs de l’Antiquité chrétienne, a utilisé ces deux étymologies de manière stratégique dans ses écrits. En effet, Augustin ne choisissait pas une seule définition du mot « religion », mais optait pour l’une ou l’autre selon ses interlocuteurs.

Augustin jeune

Lorsqu’il s’adressait aux non-chrétiens, il préférait l’étymologie de Cicéron, évoquant l’idée de « relire » ou « réexaminer » la foi. Mais lorsqu’il débattait avec les Manichéens, une secte influente à son époque, Augustin choisissait plutôt l’étymologie de Lactance, insistant sur l’idée de « lien » ou de « connexion » entre l’homme et Dieu.

Cette approche flexible d’Augustin met en lumière la manière dont les anciens auteurs utilisaient l’étymologie non seulement pour expliquer un mot, mais aussi pour servir un argument. Pour eux, l’étymologie était un outil rhétorique, un moyen de renforcer un discours en fonction du contexte ou du public visé.

Les linguistes modernes, en se concentrant sur la recherche de l’origine précise d’un terme, soulignent souvent la « justesse » de Cicéron et l’erreur de Lactance. Pourtant, la démarche d’Augustin montre que la valeur d’une étymologie ne résidait pas uniquement dans sa précision, mais aussi dans sa capacité à convaincre ou à persuader.

Ainsi, l’analyse des textes antiques révèle que l’étymologie avait, à l’époque, un rôle argumentatif essentiel, loin des critères strictement scientifiques que nous lui attribuons aujourd’hui. Cette vision permet de mieux comprendre pourquoi Saint Augustin a pu jongler entre deux définitions, en fonction des débats religieux et philosophiques de son temps.

La controverse entre Augustin et les manichéens autour du terme religare

Saint Augustin

L’usage du terme religare dans l’œuvre d’Augustin trouve des similitudes avec la pensée de Lactance, notamment en ce qui concerne le rapprochement entre la philosophie et la religion. Cependant, en observant de près les passages où ce mot est utilisé, des différences significatives apparaissent entre les deux penseurs. Ils décrivent en effet des expériences religieuses très distinctes.

Lactance, dans son ouvrage Les Institutions divines, rejette ouvertement l’étymologie du terme religio proposée par Cicéron, qui associe la religion à l’idée de « relier ». Pour Lactance, la religion est avant tout un lien de soumission entre l’homme et Dieu, évoquant des termes liés à l’esclavage comme uinculum (lien), obsequium (obéissance) et seruire (servir). Cette vision présente la religion comme une forme de servitude spirituelle où le fidèle se soumet à son créateur. Cependant, Lactance ne développe pas cette étymologie de manière scientifique, mais l’utilise plutôt pour appuyer son argumentation apologétique contre le paganisme.

Saint Augustin

Augustin, quant à lui, adopte une approche différente dans ses écrits, en particulier dans ses controverses contre les manichéens. L’un des points centraux de son opposition au manichéisme est la relation entre l’âme et Dieu. Pour Augustin, l’âme humaine, séparée de Dieu par le péché, doit être réconciliée avec Lui. C’est à travers la réconciliation que l’âme peut à nouveau se relier à Dieu, un processus que décrit le terme religare. Il n’utilise pas cette étymologie dans un sens purement linguistique, mais plutôt pour renforcer son argument contre l’émanatisme manichéen, qui voit l’âme comme une partie consubstantielle de Dieu, donc parfaite et sans besoin de purification.

Dans son traité De la vraie religion, Augustin développe cette idée en affirmant que la vraie religion est celle qui permet à l’âme de retrouver son créateur après avoir été arrachée de lui par le péché. Il insiste sur la notion de purification de l’âme, qui doit être renouvelée par la religion pour se rapprocher de Dieu. Contrairement à Lactance, qui voit la religion comme un lien de servitude, Augustin envisage une relation plus spirituelle et intérieure, où l’âme du croyant cherche à se reconnecter avec son créateur.

Lactance

Cette opposition entre Lactance et Augustin met en lumière deux conceptions très différentes de la religion : pour Lactance, elle est un lien de soumission, tandis que pour Augustin, elle est un processus de réconciliation et de renouvellement spirituel. Ces divergences soulignent l’importance du contexte dans lequel chacun utilise l’étymologie de religare, non pas comme une vérité scientifique, mais comme un outil rhétorique pour soutenir des arguments théologiques.

Augustin et sa mère Sainte Monique

Ainsi, même si les recherches linguistiques modernes privilégient l’étymologie proposée par Cicéron, il est important de comprendre que Lactance et Augustin utilisaient ces étymologies pour soutenir leurs discours dans des débats philosophiques et religieux. L’enjeu pour eux n’était pas tant de définir la religion de manière linguistique que de l’expliquer dans un cadre spirituel ou apologétique, en fonction de leurs interlocuteurs et des contextes polémiques dans lesquels ils écrivaient.

En conclusion, la lecture de ces étymologies dans le cadre de la pensée antique montre qu’elles ne doivent pas être prises comme des vérités immuables, mais comme des arguments visant à persuader un public dans un contexte de controverse religieuse.