De notre confrère russe wsem.ru – Par Oleg Berezovoy
Ce jour-là, lors de la préparation active de la destruction de l’URSS, l’interdiction des activités des francs-maçons sur le territoire de l’Union soviétique a été levée, ce qui a conduit à la création de loges maçonniques et au recrutement de toutes sortes d’aventuriers en leur sein.
Pour créer la première loge maçonnique de l’Union, le 27 avril 1991, des organisateurs sont arrivés en URSS depuis la France, et le lendemain, dans l’une des datchas de la région de Moscou, ils ont procédé à l’initiation de nouveaux candidats.
Georgy Dergachev, devenu le premier citoyen soviétique à intégrer les rangs des francs-maçons le 9 mars 1990, a marqué un tournant dans l’histoire de la franc-maçonnerie en Russie. Ce philosophe autodidacte, qui se présentait comme un académicien de « l’Académie russe des sciences naturelles » – une organisation publique – dissimulait en réalité son parcours académique. Bien qu’il ait soutenu une thèse de doctorat en esthétique, avec une spécialisation en psychologie générale et transpersonnelle, Dergachev cultivait une image de penseur libre et indépendant.
C’est à l’initiative de Dergachev que la franc-maçonnerie a repris vie en Russie. Dès le début de 1989, il a pris contact avec des francs-maçons français pour proposer son adhésion à l’ordre. Lorsqu’il fonda la loge maçonnique russe, il avait déjà recruté six citoyens, dont les identités restent largement méconnues. On sait seulement que l’un d’eux était son ami, un artiste de profession. Cette loge, nommée « Étoile du Nord » en hommage à la dernière loge de l’Empire russe, fermée 73 ans plus tôt, fut naturellement dirigée par Dergachev lui-même.
Bien que la branche française de la franc-maçonnerie soit connue pour son orientation libérale, la loge « Étoile du Nord » choisit de ne pas adopter une direction politique marquée. Elle se concentra sur une franc-maçonnerie dite régulière, centrée sur son aspect religieux. Les membres, tout en rejetant l’étiquette d’organisation religieuse, se définissaient comme une confrérie initiatique fondée sur la croyance en Dieu, le Grand Architecte de l’Univers. Cependant, leur structure de gestion, très hiérarchisée, évoquait davantage une secte. Ce groupe, d’inspiration anglo-américaine, fut perçu comme introduisant des valeurs jugées nuisibles en URSS, qualifiées d’« enseignements occultes ». Cette perception explique pourquoi, dès le 13 août 1822, l’empereur Alexandre Ier signa un rescrit interdisant les sociétés secrètes et les loges maçonniques.
Aujourd’hui, la loge « Étoile du Nord » est inactive, ses membres survivants ayant rejoint une autre entité, la Loge maçonnique « Moscou », à l’instar de nombreuses loges réactivées après le renouvellement de leurs licences. Ce mouvement de consolidation aboutit à la création de la Grande Loge de Russie, orchestrée par Dergachev, qui en devint le Grand Maître. Malgré son nom prestigieux, cette organisation ne rassembla que quelques centaines de membres à travers le pays, limitant son influence réelle.
Dergachev a depuis été remplacé à la tête de la Grande Loge par Andrei Bogdanov, décrit comme un aventurier politique. Sous sa direction, les activités de la loge se sont orientées vers des pratiques controversées, notamment la création et l’enregistrement de partis politiques « morts » pour leur revente, ainsi que des rachats stratégiques de partis concurrents. Bogdanov dirige actuellement le PCUS – Parti communiste de la justice sociale –, une structure qui illustre cette dérive opportuniste.
Cependant, l’influence des francs-maçons en Russie ne doit pas être sous-estimée. De nombreuses figures politiques russes, impliquées dans la structuration de l’État, sont liées à la franc-maçonnerie. Les principes libéraux qu’ils ont introduits continuent d’imprégner la loi fondamentale de la Fédération de Russie. Oleg Platonov, membre de l’Union des écrivains, dans son ouvrage La Russie sous la domination des francs-maçons, soutient que Mikhaïl Gorbatchev, président de l’URSS, aurait initié des contacts avec des francs-maçons en Italie dès les années 1960 et 1970. À cette époque, des loges maçonniques, prétendument contrôlées par la CIA pour contrer le communisme, opéraient dans la péninsule. C’est là que Gorbatchev aurait rencontré George Soros, financier américain dont l’influence en Russie fut, selon Platonov, source de nombreux troubles.
A n’en pas douter, le château d’Arginy est un lieu propice aux « envolées » de l’imagination. Il suffit de se rendre sur les lieux pour sentir tout le potentiel que comporte ce domaine à la fois désolé et envoûtant. Rien ne semble avoir changé depuis l’époque des chevaliers du Temple. Lors de mes nombreuses visites au château, j’ai pu sentir combien Arginy génère de puissants courants de pensée (lumineux ou ténèbreux) qui peuvent alimenter bien des fictions littéraires. Je m’étonne d’ailleurs qu’il n’y ait pas plus de roman ayant pour cadre cette sombre et énigmatique demeure.
En ce qui me concerne j’ai écrit et publié un livre intitulé, « L’Ordre Inconnu des Choses : La Fin des Temps et l’Apocalypse » (2022). Voici un extrait du livre particulièrement intéressant pour notre propos : « Rappelons que les expériences menées à Arginy par le groupe de Jacques Breyer (qui prétendra par la suite être la réincarnation de Jacques de Molay, dernier Grand Maître des Templiers) sont étroitement liées à la résurgence de l’O.S.T.S (Ordre Souverain du Temple Solaire). Pour les affiliés à l’O.S.T.S, c’est à Arginy que se trouve le berceau de l’Ordre du Temple, c’est là que fut son grand quartier général occulte, le lieu de réunion de son Chapitre secret, le point de ralliement des adeptes et des alchimistes de l’Ordre. Pour les « initiés » de l’O.S.T.S, « les Temps étaient venus » (« Le Temps Revient » disent les Templiers modernes) et l’Ordre du Temple était sorti officiellement de son sommeil le 12 juin 1952 à 23 heures précises dans ce même château d’Arginy où il avait déjà vu le jour quelques siècles plus tôt. Par la suite la Résurgence Templière vécut des évènements surnaturels de nature à la conforter dans sa mission salvatrice. De l’O.S.T.S sortiront les hommes qui façonneront plus tard l’O.R.T (Ordre Rénové du Temple), et de l’O.R.T sortira le tristement célèbre O.T.S (Ordre du Temple Solaire) dont les membres furent sauvagement assassinés pour des raisons qui demeurent encore obscures aujourd’hui. Un ami, dont je tairai le nom pour des raisons de sécurité et qui connaît bien cette sinistre affaire de l’O.T.S, m’a cependant laissé entendre que l’ancien ministère de l’Intérieur sous la présidence de François Mitterrand, Charles Pasqua, serait responsable de la tuerie du « trou de l’enfer ». C’est encore un secret bien gardé, mais certaines personnes savent que l’O.T.S était une façade dissimulant une organisation criminelle d’envergure internationale. Il ne fait aucun doute, qu’un lien spécial existe entre ces trois organisations néo-templières – l’O.S.T.S, l’O.R.T, et l’O.T.S –mais ce lien, à l’évidence, n’a pas grand-chose à voir avec la spiritualité des templiers des Xlle et XIIIe siècles ».
Ci-dessus : Le diplomate américain, J.R Gorman, est l’auteur du remarquable et bouleversant livre intitulé The Order of things unknow (« L’Ordre inconnu des choses »), qui aurait pu déclencher dans l’opinion publique une véritable tempête. Mais J.R Gorman fut retrouvé pendu sous sa douche quelques mois après la sortie de son livre en librairie, et ce dernier fut brusquement retiré de la vente. La presse, à l’époque, avait conclu à un acte suicidaire. Une enquête policière bâclée avait, elle aussi, abouti à la même conclusion. J.R Gorman était aussi un passionné de livres anciens traitant d’ésotérisme et de sciences occultes. Ce fut d’ailleurs pour ses qualités d’expert et d’érudit en sciences secrètes qu’il fut engagé comme bibliothécaire au château d’Arginy. Il resta plusieurs mois au service d’un individu inquiétant et mystérieux qui se faisait appeler « M ». Cet énigmatique « M » possédait dans son château la plus étrange et la plus fabuleuse des bibliothèques ésotériques qu’on puisse imaginer. Peu de temps après son entrée en fonction auprès de « M », J.R Gorman s’aperçut que le château d’Arginy abritait un formidable secret.
Et c’est là que nous rencontrons l’étrange personnage qui est désigné par la lettre « M ». Plus loin dans le livre on apprend qu’Arginy est le repère de la « Bête sans Nom » que « M » décrit de la façon suivante : « L’entité/force est très intelligente et très subtile, ce qui lui permet d’élaborer des plans extrêmement sophistiqués dont les différentes phases de réalisation peuvent s’étaler sur des dizaines, voire même sur des centaines d’années. Si rien ne semble alarmant en apparence, ou si rien ne paraît se produire en surface, le plan élaboré par la Bête n’en continue pas moins de se dérouler avec une précision diabolique, et vous, pauvres humains, vous n’avez pas la moindre idée de ce qui se passe en réalité. L’entité/force a besoin de beaucoup d’énergie pour survivre et se développer. Soyez sûr qu’elle ne reculera devant rien pour accroître sa puissance et sa domination. L’énergie elle la trouve où elle peut, c’est-à-dire dans les êtres vivants, les animaux, les humains, ou dans des lieux chargés de fluides subtils. Arginy est précisément un de ces lieux. L’entité/force a choisi Arginy comme repère ou comme l’un de ses repères terrestres. Ce choix a été dicté par le fait que cet endroit est littéralement saturé de fluides subtils de nature psychique ».
Il existe dans le monde des lieux étranges qui portent l’empreinte d’événements inexpliqués, et parfois, de circonstances dramatiques. Ce sont des lieux où jadis l’Esprit souffla, dit-on. Mais l’Esprit ayant abandonné depuis longtemps ces endroits réputés sacrés, nous nous demandons avec inquiétude quel genre de « souffle » peut bien aujourd’hui y éteindre les chandelles ? Le château d’Arginy serait-il l’un de ces 1ieux prédestinés, et aurait-il eu une relative importance dans l’économie du sacré de notre territoire ? Nous avons de bonnes raisons d’en douter. En tout cas, il est certain que cette forteresse fut le théâtre de manifestations inquiétantes, horribles même.
Les secrets qui entourent Arginy sont d’une extrême gravité. Ils concernent l’avenir de notre monde. Qui voudrait les aborder sans une solide préparation, à la fois physique et intellectuelle, se verrait aussitôt précipiter avec la plus extrême violence dans quelque gouffre infernal dont il ne pourrait plus s’évader. Les « trésors », qu’ils soient sacrés ou maudits, sont protégés par des forces d’une redoutable puissance.
Parmi toutes les histoires fabuleuses qui courent au sujet du château d’Arginy, il en existe une, très tenace, qui prétend que le trésor des Templiers serait enfoui quelque part dans des souterrains secrets. Comme pour de nombreuses légendes qui circulent en marge de l’histoire officielle, celle-ci repose peut-être sur un fond véridique de faits anciens, déformés, transformés avec le temps, et aujourd’hui méconnaissables. Pour décrypter correctement une légende il faut en posséder la clé. Or, dans le cas d’Arginy, il semblerait que cette clef soit perdue. L’énigme reste donc entière et irrésolue. Seuls quelques « illuminés », le cerveau sans doute « gâté » par de trop longues nuits d’études des divagations occultistes, pourront prétendre apporter des révélations fracassantes sur l’emplacement présumé du fameux trésor des Templiers. Malgré tout, nous sommes bien obligés d’admettre que, trésor Templier ou non, il se passe, et il s’est passé des événements pour le moins étranges, à Arginy.
Le domaine devint la propriété de la famille Chambrun d’Uxeloup de Rosemont. Vers les années 1900, le comte Pierre de Rosemont entreprit des fouilles dans l’espoir de retrouver le fabuleux trésor des Templiers. Après d’épuisants travaux, il parvint à dégager une galerie verticale dans laquelle un de ses ouvriers descendit au bout d’un câble. Là encore, l’implacable fatalité ou plus sûrement le « Gardien du Seuil », fit son œuvre et la descente de l’ouvrier s’acheva par un accident aussi tragique qu’énigmatique. Pour une raison inconnue, l’ouvrier engagea le pied dans une espèce de meule articulée qui se trouvait-là. S’agissait-il d’un piège qui attendait sa victime depuis des siècles ? Bloquée, et incapable de se mouvoir, la machine infernale lui broya affreusement le pied. Toujours à l’époque où le château fut fouillé par le comte Pierre de Rosemont, deux autres accidents auraient également eut lieu à Arginy.
Comme tous ceux qui se produiront sur le domaine, ou dans les souterrains, ces deux accidents restent jusqu’à ce jour totalement inexpliqués. Le premier arriva à un étranger qui se présenta au château en affirmant qu’il pouvait découvrir l’endroit où était dissimulé le trésor des Templiers. Toujours est-il qu’après des recherches qui se révélèrent vite infructueuses, il fut retrouvé trois jours plus tard gisant sur le bord de la route qui mène au château, le crâne fracassé, la langue coupée et les yeux crevés. Qui avait intérêt à tuer un homme qui ignorait l’endroit où était caché le trésor ? Le second accident arriva à un fermier des environs d’Arginy qui avait entreprit des fouilles clandestines sous le château. Une fois de plus, et pour une raison que tout le monde ignore, le fermier fut retrouvé la tête écrasé par la lourde roue de sa charrette chargée de foin.
En 1950, Jacques de Rosemont, le fils de Pierre de Rosemont se lança avec fougue dans la quête du présumé trésor. Pour être sûr d’être plus efficace dans cette recherche, il utilisa un bulldozer pour retourner le sol et le sous-sol d’Arginy. Malgré ce déploiement de puissance mécanique moderne, il semble que Jacques de Rosemont n’ait pas réussi à mettre la main sur la moindre pièce d’or. Toujours en 1950, un mystérieux officier Anglais, se disant représentant d’une société secrète britannique à la recherche de vestiges Templiers, proposa une grosse somme d’argent pour acquérir la totalité du domaine d’Arginy. Malgré l’offre alléchante, le comte Jacques de Rosemont refusa de vendre. Nombreux furent, par la suite, ceux qui cherchèrent à devenir propriétaire du château. Après tant d’événements tragiques, il paraissait évident que le château d’Arginy était protégé par une force redoutable et meurtrière, le « Gardien du Seuil ». Mais la présence hypothétique d’une telle force, apparemment bien décidé à défendre son territoire, ne semblait pas décourager les amateurs d’énigmes et les chercheurs de trésors.
Pour ceux qui avaient quelques connaissances dans les sciences occultes, il ne faisait aucun doute que l’introuvable dépôt Templier était sous la garde d’une entité surnaturelle particulièrement cruelle ou simplement fidèle à sa mission de « gardien ». Cette entité, ou cette force occulte était impitoyable vis-à-vis de ceux qui tentaient de s’approcher un peu trop près du « magot ». Malheur aux curieux, car le cruel « Gardien du Seuil » était sans pitié et faisait son devoir sans aucune hésitation. Il accomplissait avec rigueur la mission qui était la sienne sans aucun état d’âme.
Avec le déclenchement de la guerre en Ukraine, les gouvernements européens tentent de reconstituer leurs maigres forces armées pour faire face à une hypothétique attaque de la Russie. Mais, il faut se demander si, une fois encore, ils ne se trompent pas de guerre et si, une fois de plus, ils ne préparent pas celle d’avant-hier ?
Si, plutôt qu’un ennemi extérieur, il ne faut pas admettre que la menace réelle se trouve à l’intérieur. Le récent conflit israélien ouvre de sérieuses pistes de réflexion pour le stratège : ce pays n’est pas confronté aux États voisins et à leurs armées régulières, mais à des groupes armés installés dans les marges dissidentes qu’il a lui-même créées à sa porte. Une situation d’ores et déjà bien connue en Europe occidentale.
L’auteur :Bernard Wicht est privat-docent à l’Université de Lausanne où il enseigne la stratégie. Il intervient régulièrement dans des institutions militaires dont l’École de Guerre, et des think tanks à l’étranger. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, notamment Vers l’autodéfense (2021), Citoyen-soldat 2.0 (2017, avec A. Baeriswyl) ; Europe Mad Max demain ? Retour à la défense citoyenne (2013) ; Une nouvelle Guerre de Trente Ans : réflexion et hypothèse sur la crise actuelle (2012).
Neuilly-sur-Seine, 28 avril 2025 – Le Prix littéraire des Rencontres Écossaises, créé en 2022 en partenariat avec le site littéraire La Griffe (www.lagriffe. info), dévoile les douze finalistes de son édition 2025. Ce prix distingue un ouvrage publié entre le 1er avril de l’année précédente et le 31 mars de l’année en cours, qu’il s’agisse d’un roman, d’un essai, d’un document ou d’une biographie explorant l’ésotérisme, la spiritualité ou la philosophie. Les œuvres numériques ou auto-éditées ne sont pas éligibles. En 2024, Antoine Sénanque a été récompensé pour son roman Croix de Cendre (Grasset), marquant un jalon pour cette nouvelle édition.
La remise du prix aura lieu le samedi 11 octobre 2025, dans le cadre des 41e Rencontres Écossaises, organisées au Centre de Congrès Jean Monnier à Angers. Cet événement, qui réunira près de 800 congressistes, est un rendez-vous incontournable pour les amateurs de réflexion profonde.
Les finalistes 2025
La sélection des ouvrages, réalisée par l’équipe de La Griffe, a été transmise au jury pour une délibération prévue début septembre 2025. Les douze œuvres en lice sont :
Alice au pays des idées de Roger-Pol Droit (Albin Michel)
Comme l’espérance est violente de Haïm Korsia (Flammarion)
Descartes de Robert Redeker (Cerf)
Forger le faux de Paul Bertrand (Seuil)
J’écris l’Iliade de Pierre Michon (Gallimard)
La Gnose antique d’André Paul (Cerf)
La Splendeur du monde de Laurence Devillairs (Stock)
La vie meilleure d’Etienne Kern (Gallimard)
Le médiocre et le génie de Patrice Guillamaud (Cerf)
Lire entre les lignes de Heinz Wismann (Albin Michel)
Si Einstein avait su d’Alain Aspect (Odile Jacob)
Spinoza code de Mériam Korichi (Grasset)
Ces œuvres, mêlant réflexion philosophique, exploration spirituelle et analyse historique, promettent un débat riche au sein du jury.
Le jury et les Rencontres Écossaises
Le jury, composé de responsables d’associations culturelles françaises et internationales partenaires des Rencontres Écossaises, est présidé cette année par Antoine Sénanque, lauréat 2024. Il compte également Françoise Schwab, primée en 2023 pour son ouvrage sur Vladimir Jonkélévitch (Albin Michel). Leur expertise garantit une évaluation rigoureuse et éclairée.
Les Rencontres Écossaises, qui se tiendront les 11 et 12 octobre 2025 à Angers, sont un événement de deux jours dédié à la spiritualité, l’ésotérisme, la philosophie et les traditions. Pour cette édition 2025, le thème choisi est « le Réel ». Parrainé par l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan, l’événement accueillera des intervenants de renom tels que le philosophe Bertrand Vergely et Patrick Peter, ancien directeur de l’Institut d’Astrophysique de Paris.
La Griffe : Une passion littéraire
Partenaire du Prix, La Griffe est un site dédié aux passionnés de littérature ésotérique, spirituelle et philosophique. Sa mission : guider les lecteurs vers des « livres rares » qui éclairent ou font rêver, loin des titres surcotés ou décevants. Avec des centaines de contributions annuelles, les animateurs bénévoles de La Griffe partagent des avis sincères, sans complaisance ni critiques gratuites. Comme ils le revendiquent, ils « sortent leurs griffes » pour dénicher des pépites littéraires.
Vers l’annonce du lauréat
L’annonce du lauréat 2025 sera un temps fort des Rencontres Écossaises, célébrant une littérature qui interroge et inspire. Pour plus d’informations, consultez les sites des Rencontres Écossaises ou de La Griffe. Pour toute demande, contactez Claude Guichard (0681136270) ou Stéphane Demazure (0642476169) à l’adresse contact@rencontres-ecossaises.com. www.lagriffe.info
(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)
D’année en année, nous avons presque tout dit, dans ces « colonnes », de la célébration du travail au 1ermai[1], de la commémoration de la Commune au Père Lachaise à l’initiative du Grand Orient de France[2], du symbole du muguet[3], que sais-je encore ? Mais, ce marronnier fera-t-il longtemps sens à l’avenir ? Non seulement la notion de travail se dilue dans nos sociétés mais elle est appelée à se recomposer dans des proportions spectaculaires et encore aujourd’hui indiscernables.
Ancienne usine désafectée
Nous avons commencé à en percevoir des contours flous, à mesure que l’emploi industriel régressait gravement dans nos contrées. En parallèle, s’affaiblissaient les traditions ouvrières et le militantisme syndical, historiquement au cœur de ce jour de fête à la fois chômé et férié. La pandémie de Covid-19 aidant, le télétravail se répandit plus vite et rendit mouvante la définition habituelle des espaces de travail, tandis que la réduction du temps de travail (RTT), en permettant aux salariés de bénéficier de journées de repos supplémentaires, contribuait à éroder un peu plus, cette fois-ci dans le temps, le prix et la conscience du travail dans la vie des hommes.
Les jeunes générations, très asservies à toutes sortes de consommations (licites ou illicites) mais en partie moins attachées que les précédentes à la progression hiérarchique, semblent se démobiliser face à l’idée de carrière, celle-ci se déroulant au demeurant de moins en moins dans un seul métier et au sein d’un même cadre. De plus, face à l’accroissement du nombre de candidats diplômés et expérimentés, les perspectives d’évolution se sont bouchées pour un très grand nombre, sans compter qu’au-delà des lourds prélèvements dont elles sont grevées, les entreprises se sont pour la plupart affranchies des responsabilités sociales qu’elles exerçaient localement et que, tout aussi regardées de travers, les administrations ont de plus en plus souffert d’un taux exorbitant d’absentéisme et d’une aggravation continue de leur inefficacité relative, le tout dans une sorte de passivité générale.
Au-delà des miroirs aux alouettes que constituent des influenceurs passablement incultes et formatés et des « people » extravagants mais prévisibles dans leurs excès – tous modèles non conventionnels qui incitent plus ou moins formellement à ne plus travailler –, ce qui, a contrario, devient attractif, ce sont des activités émergentes, certes dans de nombreux domaines, mais globalement marginales à l’échelle de la population – et d’une population qui, majoritairement, n’est guère encline ni même souvent apte à s’y adapter.
Observons, d’ailleurs, que la plupart des évolutions que nous avons connues ces dernières décennies sont liées à l’expansion des outils informatiques et des réseaux sociaux mais ce n’est rien encore au regard des gigantesques bouleversements qu’est en train d’introduire dans tous nos univers et à une vitesse fulgurante l’intelligence artificielle (IA). Elle se substitue à de nombreuses tâches et remplace des employés de toute qualification et des prestataires de tout niveau dont les fonctions se réduisent comme peau de chagrin ou doivent se réorganiser incessamment. Le long apprentissage des langues étrangères ou des mathématiques, par exemple, sera-t-il « rentable » à un terme proche ? Que voudra dire « apprendre », alors que les connaissances classiques qui se sont déjà effondrées chez nos contemporains sont au mieux remplacées par des savoirs techniques fragmentaires, dès l’origine obsolescents ?
Travail maçonnique
Pour en venir enfin, dans nos loges, à notre acclamation : « Gloire au travail ! », n’en appellera-t-elle plus qu’à une vigilance accrue et à une action radicale sur soi ? Nos planches bientôt rédigées par des agents conversationnels utilisant des modèles de langage producteurs de textes ne reflèteront plus notre engagement intime envers des sujets précis[4]. Mais le faisait-on déjà pertinemment, quand, après s’être « inspiré » de grands auteurs de la spécialité, on « aspirait » tout également des pans entiers des encyclopédies en ligne ? Si l’on n’a plus d’autre issue que de rester honnête, on n’aura peut-être plus guère d’autre ressource, sauf à sombrer dans l’imposture généralisée, que d’en revenir au témoignage personnel direct, essentiellement oral, comme à l’origine des travaux anciens. Le passage des degrés prendra une autre allure, tout comme les séances d’instruction. On pourra solliciter l’IA pour élaborer une documentation collective répondant à des angles et à des axes de recherche précis, socle commun ouvrant d’autres pistes[5].
Alors, comme francs-maçons, ou nous auronS gagné ou nous auronS disparu : si notre Voie subsiste, « Gloire au travail ! » résumera plus que jamais une injonction décisive, constamment renouvelée à la mesure des défis que nous devrons affronter : « Travaille sur toi-même ! »
[1] V., par exemple, mon édito du 1er mai 2022. Pour y accéder, cliquer ici.
[2] Comme, par exemple, en 2023. Pour accéder à l’article en cause, cliquer ici. Pour l’hommage rendu, chaque 1er mai, par la Grande Loge Féminine de France (GLFF) à Louise Michel, cliquer ici.
[3] V., à ce sujet, l’article de Yonnel Ghernaouti, le 1er mai 2022. Pour y accéder, cliquer ici.
[4] J’avais déjà abordé ce point dans mon édito du 15 mai 2024. Pour y accéder, cliquer ici.
L’éditeur présente ainsi, en 4e de couverture, l’argument de cet essai pour la rédaction duquel l’auteur a eu lui-même recours à ChatGPT :
« Si l’arrivée de l’Internet, à la fin du siècle dernier, n’a pas changé la face des Loges, la déferlante de l’IA risque de provoquer un tsunami au cours des 10 prochaines années. Nous avons demandé à ChatGPT de nous décrire le futur, les risques, les moyens à mettre en œuvre. Fort de ses prévisions et de l’anticipation de sa croissance, nous pouvons prévoir d’ores et déjà une mutation anthropologique qui impactera l’Art Royal et toutes ses structures. La seule question à poser est : Comment accompagner cette mutation ? C’est justement le thème de cet ouvrage. »
Le Droit Humain commémore une victoire essentielle de la République et de l’égalité
Le 29 avril 1945, les femmes françaises prenaient part pour la première fois à un scrutin national à l’occasion des élections municipales. Cet événement majeur dans l’histoire de notre République fut l’aboutissement d’un long combat pour l’émancipation et la reconnaissance des femmes comme citoyennes à part entière.
Le Droit Humain, première obédience maçonnique mixte et internationale, fondée sur le principe fondamental de l’égalité absolue entre les hommes et les femmes, célèbre avec solennité cette date qui marque une avancée essentielle vers une société plus juste, plus fraternelle et plus démocratique.
2 femmes mûres et complices à table pour le thé
En reconnaissant à toutes et tous les mêmes droits, sans distinction de sexe, de condition ou d’origine, nous poursuivons l’idéal humaniste et universel qui anime notre Ordre depuis sa fondation. Le vote des femmes, obtenu par l’ordonnance du 21 avril 1944 et concrétisé le 29 avril 1945, constitue un jalon fondamental dans ce chemin d’émancipation même s’il fut plus tardif que dans d’autres pays.
Mais cette conquête n’est pas un aboutissement. L’égalité réelle, dans les faits et dans les esprits, reste un combat de chaque instant. Partout dans le monde, des femmes voient encore leurs droits niés ou fragilisés. C’est pourquoi, en tant que Frères et Sœurs du Droit Humain, nous réaffirmons avec force notre engagement :
Pour une société fondée sur l’égalité, la liberté, la solidarité et la justice.
En ce jour de mémoire, nous rendons hommage à toutes celles et à tous ceux qui, par leur lutte, leur engagement, leur courage, ont permis aux générations suivantes de faire entendre leur voix dans l’espace public.
La consécration des lévites : un rôle sacré au service de Dieu
Dans les traditions bibliques et maçonniques, les lévites occupent une place à la fois sacrée et symbolique, incarnant un idéal de service, de devoir et de quête spirituelle. Leur rôle, tel que décrit dans les textes fondateurs et dans les rituels maçonniques, offre une richesse de significations qui méritent une exploration détaillée. Le Seigneur, s’adressant à Moïse, ordonna : « Sépare les lévites des autres Israélites, afin de les purifier. Tu placeras les lévites devant Aaron et ses fils, et tu me les consacreras solennellement. De cette façon, tu marqueras la différence entre les lévites et les autres Israélites, et les lévites m’appartiendront. »
À partir de ce moment, les lévites furent autorisés à exercer leur ministère dans la tente de la rencontre, un espace sacré où se déroulaient les rituels les plus solennels de la communauté israélite. Cet ordre divin, rapporté dans le livre des Nombres (chapitre 8), souligne la distinction des lévites au sein du peuple d’Israël. Ils ne sont pas seulement des serviteurs, mais des élus, consacrés à une mission particulière qui les place au service de Dieu et de la communauté sous la direction des prêtres, descendants d’Aaron. Moïse, Aaron et toute la communauté d’Israël exécutèrent scrupuleusement les ordres divins : les lévites se purifièrent, lavèrent leurs vêtements, et Aaron les consacra solennellement au Seigneur, effectuant sur eux les gestes rituels du pardon et de la purification.
Une fois ce processus achevé, les lévites purent commencer à exercer leur ministère dans la tente de la rencontre, sous la supervision d’Aaron et de ses fils. Tout fut fait conformément aux ordres que le Seigneur avait donnés à Moïse, marquant ainsi l’entrée des lévites dans leur rôle sacré. Dans le contexte historique, entre 950 et 70 avant notre ère, les prêtres du Temple de Jérusalem étaient appelés cohanim, pluriel de Cohen. Ces prêtres, descendants directs d’Aaron, frère de Moïse, appartenaient à la tribu des Lévi, une des douze tribus d’Israël. Les cohanim étaient chargés des sacrifices et des sacrements du Temple, des actes centraux dans la vie religieuse de l’époque. Cependant, ils ne chantaient pas dans le Temple, une tâche réservée aux lévites, et ils n’enseignaient pas non plus directement les Écritures ou les lois divines, un rôle qui revenait souvent à d’autres figures, comme les scribes ou les prophètes. Les lévites, quant à eux, avaient une fonction plus large et complémentaire. Ils étaient les protecteurs spirituels du peuple israélite, des serviteurs du Seigneur agissant sous l’autorité d’Aaron, des gardiens de la tente de la rencontre – et plus tard du Temple de Jérusalem – et, dans une certaine mesure, des enseignants transmettant les valeurs et les rituels sacrés.
Le rôle initiatique des lévites dans la franc-maçonnerie : un parallèle avec Melchisédech
Dans une perspective maçonnique, l’admission parmi les lévites, notamment au 4ème degré du Rite Français, revêt une signification profonde. Ce degré, connu sous le nom de Maître Secret, introduit des notions de service, de gardiennage et de devoir, qui résonnent avec les fonctions historiques des lévites. Être lévite dans ce contexte maçonnique, c’est se mettre au service de la communauté, une synthèse des enseignements des trois premiers degrés – apprenti, compagnon et maître – auxquels s’ajoute une dimension spirituelle nouvelle. Le lévite maçonnique se place au service du temple et de ce qu’il représente : un espace sacré, un lieu de rencontre avec le divin, mais aussi une métaphore de l’intériorité de l’initié. Symboliquement, le lévite est au service d’Aaron, ou plutôt de Salomon, représenté dans le rituel par le Trois Fois Puissant, une figure d’autorité spirituelle.
Il devient un des gardiens de la tente sacrée, du tabernacle, un rôle qui évoque la protection des valeurs spirituelles et la préservation de la lumière initiatique face aux forces profanes. Ce rôle de service et de gardiennage trouve un écho fascinant dans une comparaison avec Melchisédech, une figure mystérieuse et énigmatique de la tradition biblique. Melchisédech, roi de Salem et prêtre du Dieu Très-Haut, apparaît dans la Genèse (chapitre 14) lorsqu’il bénit Abraham après sa victoire sur les rois ennemis. Abraham lui donne la dîme de tout son butin, reconnaissant ainsi son autorité spirituelle. Melchisédech, dont le nom signifie « roi de justice » et qui est aussi roi de Salem, c’est-à-dire « roi de paix », est une figure sans généalogie, sans commencement ni fin, rendu semblable au Fils de Dieu selon l’épître aux Hébreux (chapitre 7).
Il demeure prêtre à perpétuité, une éternité qui contraste avec la mortalité des lévites, qui perçoivent la dîme en tant qu’hommes soumis au cycle de la vie et de la mort. Cette comparaison soulève une question théologique : si le sacerdoce lévitique suffisait à atteindre la perfection spirituelle, pourquoi un autre prêtre, selon l’ordre de Melchisédech et non d’Aaron, devait-il apparaître ? Cette interrogation, posée dans l’épître aux Hébreux, suggère que Melchisédech représente une forme de sacerdoce supérieur, universel, qui transcende les limites du sacerdoce lévitique. Dans une perspective maçonnique, l’élévation au rang de lévite peut être vue comme une étape vers cet idéal melchisédechique, une aspiration à une perfection spirituelle qui dépasse les contraintes terrestres et temporelles.
Les tâches et la philosophie des lévites : gardiens et bâtisseurs du temple
Les tâches et la philosophie des lévites offrent une richesse de significations dans le cadre maçonnique, en particulier au 4ème degré. Le Trois Fois Puissant, lors de l’initiation, déclare : « Par le rang que vous venez d’acquérir, vous avez mérité d’être admis parmi les lévites ; en qualité de Maître Secret, vous devenez le fidèle gardien du Saint des Saints et un des sept nommés pour remplacer notre Respectable Frère Hiram-Abiff et poursuivre ainsi la construction du Glorieux Édifice. » Ces paroles soulignent la mission des lévites maçonniques : ils sont à la fois des gardiens et des bâtisseurs, des protecteurs de la tradition initiatique et des continuateurs de l’œuvre sacrée.
Selon la légende du 4ème degré, sept Maîtres Experts, élevés au rang de lévites, se mettent en route pour rechercher le Maître Hiram-Abiff, figure centrale du mythe maçonnique. Ils tournent autour de sa sépulture, marquée par un acacia, et assistent à la résurrection symbolique du nouveau Maître à travers les cinq points parfaits, un rituel qui symbolise la transmission de la lumière et de la connaissance. Cet événement marque un tournant dans leur parcours initiatique : les sept Maîtres, en témoignant de cette résurrection, acquièrent-ils une nouvelle vision de la condition humaine ? Leur expérience leur donne-t-elle la capacité de franchir une nouvelle étape dans leur quête de connaissance ? Ces questions, bien que symboliques, invitent à une réflexion profonde sur le rôle des lévites dans la progression spirituelle.
Le but apparent de cette légende est de substituer Hiram-Abiff par ces sept Maîtres Experts, désormais lévites, qui ont pour mission d’achever le Temple et de construire le tombeau d’Hiram. Cette tâche semble éloignée des fonctions historiques des lévites, qui étaient davantage des assistants des prêtres et des gardiens du culte. Cependant, dans le contexte maçonnique, les Maîtres Secrets, en tant que lévites, transcendent ce rôle traditionnel : ils deviennent des bâtisseurs, des artisans spirituels qui participent à l’édification d’un édifice sacré, à la fois matériel et intérieur. Ils sont également les gardiens du Temple, un rôle qui évoque les deux colonnes Boaz et Jakin, qui encadrent l’entrée du Temple de Salomon et symbolisent la force et la stabilité. Les lévites se tiennent dans l’Hekhal, la partie sainte du Temple, qui précède le Saint des Saints, ou Débir. Symboliquement, l’Hekhal représente le chemin spirituel que l’initié doit parcourir pour accéder au lieu le plus sacré, un espace qui peut être interprété comme l’intériorité profonde, le centre de l’être où réside la connexion avec le divin.
Le Saint des Saints, de forme cubique, rappelle la pierre cubique, symbole maçonnique par excellence : après avoir taillé la pierre brute – représentation de l’ego et des imperfections – l’initié façonne une pierre cubique, une part universelle de son être, prête à s’intégrer harmonieusement dans l’édifice sacré. Cependant, le Maître Secret, en tant que lévite, n’a pas encore la possibilité de pénétrer dans le Saint des Saints. Une balustrade, appelée Ziza, le sépare de ce lieu ultime. Bien qu’il possède la clé pour passer, il n’est pas encore prêt spirituellement à franchir ce seuil. Cette limitation symbolise une étape dans la progression initiatique : le lévite est un gardien, un serviteur, mais il doit encore se purifier et s’élever pour accéder à la pleine lumière. Avant le serment d’initiation, le Vénérable Maître, les yeux voilés et une cordelette au cou, tient un flambeau dans sa main gauche.
Il perçoit une « petite lueur », une lumière diffuse qui trouble sa vue. Cette lueur représente la Vérité que chacun porte en soi, mais qui reste confuse, un éclat si faible qu’il peut facilement se perdre ou être mal interprété. Ce sont les bribes de la grande Lumière, celle qui guide l’initié vers la Loi Morale et, ultimement, vers la Loi Divine. L’initié doit se mettre à l’ouvrage, conscient qu’il ne parviendra pas à achever pleinement sa mission édificatrice. Mais comme le disait Guillaume d’Orange : « Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. » Cette persévérance, même face à l’inachevé, est au cœur de la démarche initiatique. L’initiation au 4ème degré, que l’on pourrait qualifier de sacerdotale, marque une transition majeure dans le parcours maçonnique. Elle fait passer l’initié du « Faire », caractéristique des Loges Bleues (les trois premiers degrés), au « Dire », c’est-à-dire de la maîtrise artisanale de l’outil à la maîtrise du Verbe, un passage qui s’opère sous le signe du silence.
Ce silence, loin d’être une absence, est une présence, une écoute intérieure qui permet à l’initié de se connecter à une dimension spirituelle plus profonde. Cette réception au rang de lévite trace un cheminement indispensable dans la carrière de la régénération spirituelle. Chaque étape de ce parcours est nécessaire : il s’agit de réédifier mystiquement le temple intérieur, de relever les ornements dans le sanctuaire du cœur, de purifier les désirs, les sentiments, les idées et les aspirations, et de les offrir en don au Grand Architecte de l’Univers. Pour parvenir au Saint des Saints, l’initié doit consentir à de nombreux sacrifices : sacrifier ses penchants, brûler ses passions et ses préjugés sur l’autel des holocaustes, enterrer son orgueil, fuir la paresse. Ce n’est qu’après ces renoncements que l’esprit peut pénétrer dans un monde supérieur, passer le voile tendu à l’entrée du tabernacle et accéder à un nouvel état spirituel, surnaturel. Le but ultime est d’approcher l’arche sainte, d’entrer en contact avec la lueur de l’Esprit et de se laisser transfigurer par cette lumière divine.
Les lévites et le devoir : une quête de vérité et de lumière
Les tâches et le rôle des lévites dans le Temple mettent en lumière la thématique du devoir, un concept central au 4ème degré maçonnique. Ce devoir se manifeste à deux niveaux : le devoir de faire – assurer le service du Temple, continuer son édification, veiller le corps d’Hiram – et le devoir de ne pas faire – respecter l’interdiction de franchir la balustrade du Saint des Saints. Le rituel d’initiation décrit ce devoir comme « inflexible », « exigeant » et « impératif », un chemin qui mène à la vérité et à la vraie Lumière.
Dans le Temple, le lévite est avant tout celui qui accomplit ses missions avec dévouement, mettant sa vie spirituelle au service de Dieu et sa vie physique au service des prêtres. Il exécute les rituels, veille à la sécurité des lieux sacrés, et remplit des fonctions multiples : il est à la fois Couvreur, Maître des Cérémonies, Expert et Secrétaire, des rôles qui reflètent sa polyvalence et son engagement total. Sur un plan plus intime, le lévite est le gardien de son propre temple intérieur. Il sécurise son chemin spirituel, bâtit les fondations de sa connexion avec le divin, et prépare les conditions qui rendront possible l’accès à la Vérité. Il devient ainsi le bâtisseur de son propre chemin, luttant contre l’orgueil, les passions et les illusions qui menacent de le détourner de sa quête.
En manipulant les instruments du sacrifice dans le cadre des offrandes à Dieu, le lévite se sacrifie lui-même, abandonnant les aspects profanes de sa personnalité pour s’élever spirituellement. Le lévite doit également rester vigilant face aux « trois mauvais compagnons », une métaphore maçonnique désignant les faiblesses intérieures – l’orgueil, l’envie, l’ignorance – qui cherchent à profaner le cœur du Temple, c’est-à-dire à s’installer sur le trône de Dieu dans l’âme de l’initié. Cette profanation intérieure est un danger constant, souvent négligé, qui demande une vigilance de chaque instant. La tâche du lévite est donc immense et jamais achevée : elle exige un engagement total, une persévérance sans faille, et une humilité face à l’ampleur de la mission. Voilà, mes bien chères Sœurs et bien chers Frères, toute la grandeur et la beauté de cette tâche du nouveau lévite que vous êtes devenus. Soyons-en dignes le temps qui nous sera octroyé, que le langage de nos cœurs soit à la hauteur de ce Devoir sans fin, que notre chemin soit aussi pur que la plus belle des pierres, et que la Lumière du Verbe nous éclaire dans cette quête éternelle.
l’Opéra Grand Avignon a vibré d’une énergie particulière avec la représentation de Zaïde, l’opéra inachevé de Wolfgang Amadeus Mozart. Sous la direction musicale de Simon Melchior et la mise en scène audacieuse de Louise Vignaud, cette production a su captiver le public avignonnais en tissant un dialogue fascinant entre l’œuvre mozartienne, les idéaux de Voltaire, et la modernité d’une scénographie contemporaine.
Coproduit avec l’Opéra de Rennes et Angers-Nantes Opéra, cet événement, qui s’est prolongé jusqu’au 27 avril, a marqué les esprits par sa capacité à réinventer un fragment musical tout en le reliant à des thématiques universelles. Plongeons dans cette expérience lyrique où le génie de Mozart rencontre l’esprit des Lumières et la sensibilité d’aujourd’hui.
Zaïde : un joyau inachevé, un terrain de création
Composé en 1779, Zaïde est un singspiel – un genre mêlant dialogues parlés et airs chantés – que Mozart n’a jamais achevé. Sans ouverture ni conclusion, l’œuvre est restée un mystère, un éclat brut qui fascine par son intensité dramatique et sa richesse musicale. L’histoire, centrée sur Zaïde, une esclave chrétienne, et Gomatz, un jeune homme captif, explore des thèmes intemporels : la quête de liberté, le pouvoir oppressif, et l’amour face à l’adversité. Dans le contexte de l’époque, ces sujets résonnent avec les idéaux des Lumières, notamment ceux portés par Voltaire, fervent défenseur de la tolérance et de la justice.
À Avignon, l’équipe artistique a relevé le défi de faire vivre ce fragment. Le compositeur Robin Melchior, chargé de compléter la partition, a opté pour une approche subtile : plutôt que d’imiter servilement Mozart, il a créé des préludes, interludes et un final qui s’intègrent harmonieusement à l’œuvre originale. Ces ajouts, respectueux du style mozartien, apportent une touche contemporaine sans trahir l’esprit du génie viennois. Sous la baguette de Simon Melchior, l’Orchestre National Avignon-Provence a su rendre justice à cette partition hybride, mêlant la grâce classique de Mozart à des accents plus modernes, notamment dans les interludes où des dissonances subtiles évoquent les tourments intérieurs des personnages.
Voltaire et Mozart : un dialogue philosophique et musical
Si Mozart n’a jamais rencontré Voltaire – ce dernier est mort en 1778, un an avant la composition de Zaïde – les deux esprits se rejoignent dans cette production avignonnaise. Voltaire, avec ses écrits comme Candide ou Zadig, a dénoncé l’intolérance, l’esclavage, et les abus de pouvoir, des thèmes qui traversent Zaïde. Louise Vignaud, en collaboration avec la dramaturge Alison Cosson, a choisi de renforcer cette résonance en intégrant des dialogues parlés en français, inspirés par l’esprit des Lumières. Un personnage inédit, Inzel, interprété par la comédienne Charlotte Fermand, agit comme une narratrice espiègle, un clin d’œil à la verve ironique de Voltaire. Inzel s’adresse directement au public, brisant le quatrième mur pour l’inviter à réfléchir sur des questions contemporaines : la peur de l’autre, la quête de liberté, et l’identité.
Dans une scène marquante, Inzel commente l’amour naissant entre Zaïde et Gomatz avec une tirade qui semble tout droit sortie d’un conte philosophique voltairien : « La liberté, mes amis, n’est pas un don du ciel, mais une conquête de l’âme. Voyez ces deux cœurs enchaînés : ils se libèrent par l’amour, mais sauront-ils briser les chaînes du monde ? » Ce dialogue, mêlé aux airs poignants de Mozart, crée un pont entre le XVIIIe siècle et notre époque, rappelant que les combats pour la liberté et la tolérance restent d’une brûlante actualité.
La distribution vocale de cette production est à la hauteur de l’ambition artistique. Aurélie Jarjaye, dans le rôle-titre, incarne une Zaïde à la fois fragile et déterminée. Sa voix, d’une pureté cristalline, excelle dans l’aria « Ruhe sanft, mein holdes Leben » (« Repose doucement, ma douce vie »), où elle exprime un amour tendre et une profonde mélancolie. Face à elle, Kaëlig Boché, en Gomatz, apporte une puissance émotionnelle qui culmine dans son duo avec Zaïde, un moment de grâce où leurs voix s’entrelacent avec une harmonie bouleversante.
Andres Cascante, en Allazim, offre une interprétation nuancée de ce personnage complexe, un esclave fidèle qui oscille entre résignation et espoir. Sa voix de baryton, chaude et profonde, contraste avec celle de Mark Van Arsdale, qui incarne un Soliman autoritaire mais tourmenté. La direction musicale de Simon Melchior met en valeur ces contrastes vocaux, tandis que l’Orchestre National Avignon-Provence excelle dans les passages dramatiques, notamment lorsque Soliman menace de séparer les amants.
La mise en scène de Louise Vignaud est un autre point fort de cette production. Fidèle à sa réputation, la metteuse en scène transforme l’inachèvement de Zaïde en une force créative. La scénographie, épurée mais évocatrice, utilise des jeux de lumière et des décors mobiles pour symboliser les chaînes de l’esclavage et les élans de liberté. Les costumes, conçus par Anne Lombardi et Camille Costantino, mêlent des éléments du XVIIIe siècle (jabots, brocarts) à des touches contemporaines (coupes asymétriques, couleurs sobres), renforçant l’idée d’une œuvre intemporelle. Les éclairages de Vincent Lanteri et les maquillages de Laurence Delarue accentuent l’expressivité des personnages, tandis que les contributions de Claire Rousseaux et Émilie Duclos à la dramaturgie enrichissent le récit.
Une expérience immersive pour le public avignonnais
L’Opéra Grand Avignon, avec cette production, a su créer une expérience immersive qui transcende les siècles. Le personnage d’Inzel, en s’adressant directement au public, instaure une complicité rare dans le monde lyrique. « Vous, qui êtes libres ce soir, saurez-vous entendre le cri de ceux qui ne le sont pas ? » lance-t-elle lors d’une scène clé, provoquant un frisson dans l’assemblée. Cette interaction rappelle la vocation de l’opéra comme miroir de la société, un espace où l’art interroge et émeut.
Le public, venu nombreux pour les représentations des 25 et 27 avril, a été particulièrement sensible à la modernité des thèmes abordés. La quête de liberté de Zaïde et Gomatz résonne avec les enjeux actuels, qu’il s’agisse des migrations forcées, des discriminations, ou des luttes pour l’égalité. Comme l’écrit Louise Vignaud dans le programme : « À travers les aventures de Zaïde et de ses compagnons, nous confirmons que seule l’épreuve de l’étranger est réellement émancipatrice, et que l’on ne peut rêver de liberté sans nous délester de nos préjugés. » Un message qui fait écho à Voltaire, mais aussi à notre époque.
Un héritage vivant : Mozart et Voltaire au service du présent
Cette production de Zaïde à l’Opéra Grand Avignon n’est pas seulement une célébration de Mozart ; elle est une réinvention audacieuse qui donne une nouvelle vie à une œuvre inachevée. En convoquant l’esprit de Voltaire, Louise Vignaud et son équipe rappellent que l’art lyrique est un vecteur de réflexion et d’émotion, capable de transcender les époques. Les ajouts musicaux de Robin Melchior, la direction inspirée de Simon Melchior, et la vision scénique de Louise Vignaud ont transformé ce fragment en un spectacle complet, où la musique, le théâtre, et la philosophie s’entrelacent pour questionner notre humanité.
Cette expérience restera une date mémorable pour les amateurs d’opéra avignonnais. En mêlant le génie de Mozart, la pensée de Voltaire, et une sensibilité contemporaine, cette production de Zaïde a prouvé que l’art lyrique peut être à la fois un hommage au passé et une fenêtre ouverte sur l’avenir. Comme Voltaire l’écrivait dans Zadig : « Il n’y a point de mal dont il ne naisse un bien. » De l’inachèvement de Zaïde est né un chef-d’œuvre théâtral, une ode à la liberté qui résonnera longtemps dans les mémoires.
Ce lundi 28 avril 2025, à 20h, la Grande Loge Nationale Française (GLNF) a accueilli un événement d’exception dans le cadre des prestigieuses Conférences publiques Villard de Honnecourt. Comme annoncé dans nos colonnes du 9 avril dernier, la Loge de recherche Villard de Honnecourt a reçu Raphaël Gaillard, un conférencier de renom, pour une soirée placée sous le signe de la réflexion et de l’humanisme. Avec pour thème « L’hybridation de l’Homo sapiens du XXIe siècle et de l’Intelligence Artificielle ».
Cette conférence a attiré plus de 500 personnes de tous horizons, remplissant le Grand Temple de la Maison des Maçons, située au 12 rue Christine de Pisan, dans le 17e arrondissement de Paris. Retour sur une soirée qui a marqué les esprits par sa profondeur, son actualité, et son succès indéniable. La soirée s’est ouverte par un mot d’accueil du Vénérable Maître Yves Hivert-Messeca, suivi d’un discours du Grand Maître de la GLNF Yves Pennes.
Raphaël Gaillard, normalien, médecin, psychiatre, et professeur à l’université Paris Cité, est une figure éminente des neurosciences cognitives. Chargé du pôle hospitalo-universitaire de l’hôpital Sainte-Anne, il a été élu à l’Académie française le 25 avril 2025, au fauteuil de Valéry Giscard d’Estaing, une distinction qui souligne son rayonnement intellectuel. Auteur de plusieurs ouvrages, dont son récent essai L’homme augmenté, Gaillard s’est imposé comme un penseur incontournable des interactions entre biologie, technologie, et éthique. Il a offert au public avide de réflexion une exploration rigoureuse et humaniste des enjeux liés à l’intelligence artificielle (IA).
Grande Loge Nationale Francaise GLNF Siege social 12 rue Christine de Pisan Paris 17e Photo : Yonnel Ghernaouti
Le choix du thème, « L’hybridation de l’Homo sapiens du XXIe siècle et de l’Intelligence Artificielle », n’était pas anodin. À une époque où les avancées technologiques redéfinissent notre rapport au monde, la franc-maçonnerie, fidèle à sa vocation de recherche de la vérité et de compréhension de l’univers, se devait d’aborder cette question cruciale. Comme l’indiquait l’annonce du 9 avril sur 450.fm, cette soirée promettait d’être un espace de dialogue unique, mêlant science, sociologie, et pensée maçonnique. Et le pari a été largement tenu.
Une affluence record et une ambiance studieuse
Dès 19h45, les participants ont afflué dans le Grand Temple de la rue Christine de Pisan, un lieu emblématique de la GLNF, accessible via la ligne 14 du métro parisien (station Pont Cardinet) ou par le tramway.
Les 500 places disponibles ont rapidement été prises d’assaut, témoignant de l’engouement pour le sujet et de la réputation des Conférences Villard de Honnecourt.
Maçons, profanes, chercheurs, étudiants, et simples curieux se sont réunis dans une ambiance à la fois studieuse et fraternelle, prêts à explorer les implications de l’IA sur l’avenir de l’humanité.
La GLNF, obédience maçonnique fondée sur des valeurs de régularité, de tradition, et d’humanisme, a une nouvelle fois démontré sa capacité à rassembler un public diversifié autour de thématiques universelles. Depuis sa fondation, la GLNF s’attache à promouvoir le perfectionnement de soi et l’engagement humaniste, des idéaux qui ont trouvé un écho particulier dans les propos de Raphaël Gaillard. Cette soirée, ouverte à tous sur inscription gratuite via le site de la GLNF, a incarné la vocation de l’obédience à « réunir ce qui est épars » en favorisant le dialogue entre science et spiritualité.
L’IA : entre réparation, augmentation, et risques
Professeur Raphaël Gaillard
Raphaël Gaillard a ouvert sa conférence en posant une question fondamentale : l’IA est-elle une menace ou une opportunité pour l’Homo sapiens ? Initiée dans les années 1950, l’intelligence artificielle repose sur des réseaux neuronaux artificiels simulant le fonctionnement du système nerveux humain. Grâce à l’augmentation exponentielle des capacités de calcul des ordinateurs, l’IA a connu un essor fulgurant, transformant des domaines aussi variés que la médecine, la communication, ou encore l’éducation.
Le conférencier a d’abord insisté sur une distinction essentielle : celle entre la réparation et l’augmentation. Dans le domaine médical, les interfaces cerveau-machine, rendues possibles par des implants cérébraux, ont déjà permis des avancées spectaculaires. Un homme paralysé peut désormais marcher ou transmettre ses pensées grâce à ces technologies. Ces applications, qui relèvent de la réparation, sont unanimement saluées pour leur contribution au bien-être humain. Mais Gaillard a alerté sur une dérive potentielle : l’augmentation. Avec l’essor des écrans et des objets connectés, nous nous habituons déjà à une forme d’hybridation technologique. Demain, l’IA pourrait devenir un prolongement de nous-mêmes, un « appendice » comparable à nos smartphones, voire être incorporée directement dans notre corps.
Cependant, cette perspective soulève des questions éthiques et psychologiques majeures. Gaillard a rappelé une réalité fondamentale :
« Il n’y a pas de port USB dans le cerveau ! » Contrairement à une machine, le cerveau humain est un système d’une complexité inouïe, coordonnant 85 milliards de neurones, chacun établissant entre 1 000 et 10 000 connexions.
Une « neuroprothèse » peut certes suppléer ou remplacer une fonction perdue, mais elle risque aussi de déséquilibrer l’harmonie psychique. En augmentant de manière excessive une compétence spécifique – comme la mémoire ou la rapidité de calcul – au détriment des autres, on perturbe l’équilibre des savoirs et des capacités. Le moindre décalage dans le traitement de l’information peut engendrer des dérèglements comportementaux majeurs, voire des troubles mentaux.
réfléchir rationnellement
Gaillard a ainsi averti contre une possible « épidémie de troubles mentaux » comme prix à payer pour une hybridation mal maîtrisée. Les effets secondaires de l’augmentation, amplifiés par une dépendance croissante aux technologies, pourraient fragiliser la santé psychique de l’humanité. Ce constat, loin d’être alarmiste, invite à une réflexion collective sur la manière dont nous intégrons l’IA dans nos vies.
Une note d’espérance : l’écriture comme modèle d’hybridation
Plume de l’écriture
Malgré ces mises en garde, Raphaël Gaillard a conclu sa conférence sur une note d’espérance, en proposant un parallèle historique éclairant. Il a rappelé que l’humanité a déjà connu une forme d’hybridation réussie avec l’avènement de l’écriture, il y a plusieurs millénaires. Ce passage de la Préhistoire à l’Histoire a marqué une révolution majeure : en déposant notre savoir hors de nous par l’écriture, puis en nous le réappropriant par la lecture, nous avons transformé notre rapport au monde et à nous-mêmes. Pour Gaillard, cette expérience peut servir de modèle pour appréhender l’hybridation avec l’IA.
« L’écriture nous a appris à externaliser notre pensée sans perdre notre essence. L’IA pourrait être une nouvelle étape, à condition de la maîtriser avec sagesse », a-t-il déclaré.
Ce parallèle a particulièrement résonné avec l’audience maçonnique, pour qui le symbolisme et l’histoire occupent une place centrale. La franc-maçonnerie, avec sa tradition de recherche de la lumière et de perfectionnement de soi, trouve dans cette réflexion une invitation à aborder l’IA comme un outil au service de l’humanité, et non comme une fin en soi.
Un échange riche avec le public
La conférence s’est prolongée par un temps d’échange avec le public. Les questions ont fusé, reflétant la diversité des participants. Un chercheur a interrogé Gaillard sur les avancées de Neuralink, la société d’Elon Musk, qui développe des implants cérébraux pour augmenter les capacités cognitives. Un étudiant en philosophie a demandé comment l’IA pourrait affecter notre conception du libre arbitre. Une sœur a évoqué les implications spirituelles de l’hybridation, questionnant le rôle de la conscience dans un monde de plus en plus technologisé.
Gaillard a répondu avec clarté et humilité, soulignant l’importance d’une régulation éthique et d’une réflexion collective.
« L’IA doit rester au service de l’humain, et non l’inverse »
a-t-il insisté, rejoignant ainsi les préoccupations de nombreux penseurs contemporains. Ce dialogue, qui s’est prolongé jusqu’à 21h30, a permis à chacun de nourrir son esprit et d’élargir ses horizons, dans l’esprit des Conférences Villard de Honnecourt.
Un succès qui consacre la vocation de la GLNF
Cette soirée du 28 avril 2025 a été un franc succès, tant par l’affluence que par la qualité des échanges. Elle a démontré une fois de plus la pertinence des Conférences publiques Villard de Honnecourt, un rendez-vous incontournable pour les esprits curieux et les chercheurs de vérité. En accueillant Raphaël Gaillard, la GLNF a offert à son public une réflexion d’une actualité brûlante, tout en restant fidèle à ses valeurs humanistes et initiatiques.
Pour les participants, cette soirée a été une occasion unique de découvrir la richesse de la pensée maçonnique et son ouverture aux grands enjeux de notre temps. Comme l’a souligné un frère présent dans l’assemblée, « la franc-maçonnerie, en s’emparant de sujets comme l’IA, montre qu’elle est un espace de dialogue et de progrès, capable d’éclairer les défis de demain ». Un sentiment partagé par de nombreux profanes, qui ont découvert avec intérêt une obédience attachée à la recherche de la lumière et à l’élévation spirituelle.
Vers une nouvelle ère de réflexion maçonnique
En cette année 2025, alors que l’humanité se trouve à un tournant décisif de son histoire, la GLNF continue de jouer son rôle de phare intellectuel et spirituel. La conférence de Raphaël Gaillard, à la croisée de la science, de la philosophie, et de la pensée maçonnique, a ouvert des perspectives nouvelles sur l’hybridation entre l’Homo sapiens et l’IA. Elle a aussi rappelé une vérité essentielle : face aux bouleversements technologiques, c’est en cultivant notre humanité – notre capacité à réfléchir, à dialoguer, et à nous perfectionner – que nous pourrons relever les défis de demain.
Les mots de Raphaël Gaillard résonnent encore dans les esprits :
« Comme l’écriture nous a transformés sans nous aliéner, l’IA peut être une chance, à condition de la guider avec sagesse. »
Une leçon que la Franc-maçonnerie, plus que jamais, est prête à méditer et à transmettre.
Depuis le début des années 2000, l’arrivée de Wikipédia a transformé la manière dont les francs-maçons abordent la recherche et la rédaction de leurs planches. Autrefois, une planche sur un sujet comme « La symbolique du pavé mosaïque » ou « L’histoire du Rite Écossais Ancien et Accepté » demandait des heures de recherche dans des ouvrages spécialisés, des visites à la bibliothèque de l’obédience, ou des échanges avec des frères et sœurs plus expérimentés.
Avec Wikipédia, tout est devenu accessible en quelques clics. Mais cette facilité a eu un prix : une suspicion généralisée. Chaque conférencier était scruté, ses sources mises en doute. Combien de fois un Vénérable Maître a-t-il entendu, après une planche bien ficelée, un commentaire du type : « Très intéressant, mais ça sent le copié-collé de Wikipédia, non ? »
Avec l’IA en 2025, cette suspicion n’a plus lieu d’être, mais pour une raison bien plus radicale : l’IA surpasse désormais les capacités humaines dans la synthèse et la production de contenu. Des modèles comme ChatGPT, Grok (développé par xAI), Copilot, Perplexity…, ou leurs successeurs de 2025, peuvent produire une planche complète en quelques minutes, avec des références historiques précises, des analyses symboliques cohérentes, et même des citations maçonniques adaptées au contexte.
Un Apprenti qui maîtrise le prompt de son IA peut désormais lui demander de rédiger une planche sur « Les influences de la kabbale dans la franc-maçonnerie » et obtenir un texte qui rivalise avec celui d’un Maître expérimenté. Alors, à quoi bon continuer à plancher ?
Les défis d’Enthoven et Le Tellier : des signaux d’alarme
Raphael Enthoven
Revenons sur les deux défis mentionnés en introduction, qui illustrent l’évolution fulgurante de l’IA. En 2023, Raphaël Enthoven, philosophe médiatique, s’est mesuré à une IA lors d’un exercice de dissertation philosophique pour le bac. Le sujet était : « La technique nous rend-elle plus libres ? » Enthoven a obtenu 20/20, l’IA 11/20. Dans son livre L’esprit artificiel, une machine ne sera jamais philosophe (2025), il célèbre cette victoire comme une preuve que l’IA manque de profondeur, d’intuition, et de sensibilité humaine. Mais ce score de 11/20, bien qu’inférieur, est déjà impressionnant pour une technologie encore jeune. Comme le souligne Enthoven lui-même, l’IA a produit un texte structuré, avec des références correctes à Kant et Heidegger, mais elle a péché par un manque de nuance et d’originalité.
Rencontre avec Hervé Le Tellier et Jean-Michel Devésa autour de l’ouvrage « L’anomalie » aux éditions Gallimard et de l’écriture Oulipienne. Entretien avec Jean-Michel Devésa.
Un an plus tard, en 2024, Hervé Le Tellier, prix Goncourt 2020, a relevé un défi plus créatif : écrire une nouvelle avec des contraintes précises. Face à ChatGPT, Le Tellier a produit un texte littéraire, mais l’IA a surpris les juges par sa capacité à créer une intrigue cohérente, des personnages crédibles, et une narration fluide. Si l’IA n’a pas officiellement « gagné », elle a démontré qu’elle pouvait rivaliser avec un écrivain de renom. Comme le note RTL, « elle ne l’a pas perdu, et ça, c’est une victoire en soi ».
Ces deux exemples montrent une tendance claire : l’IA progresse à une vitesse exponentielle. Si en 2023, elle obtenait 11/20 en philosophie, et en 2024, elle rivalisait avec un prix Goncourt en écriture créative, qu’en sera-t-il en 2026 ou 2027 ? Une planche maçonnique, qui repose souvent sur des recherches historiques ou des analyses symboliques, est un exercice bien plus simple pour une IA qu’une dissertation philosophique ou une nouvelle littéraire. Autrement dit, le temps des planches « artisanales » est révolu.
II. La crise de la planche maçonnique : un symptôme d’un malaise plus profond
La planche : un pilier de la méthode maçonnique
Apprenti devant son ordinateur à rédiger sa Planche
La planche est devenu dans certains Rites le cœur de la méthode maçonnique. Elle est un exercice intellectuel et spirituel qui permet au maçon de travailler sur lui-même tout en apportant une contribution à la Loge. Rédiger une planche sur un sujet comme « La symbolique de la lumière » demande de la recherche, de la réflexion, et une introspection pour relier le sujet à son propre cheminement initiatique. En Loge, la présentation de la planche est suivie d’un débat, où les frères et sœurs enrichissent le sujet par leurs propres perspectives. Ce processus collectif est censé incarner l’idéal maçonnique de « réunir ce qui est épars ».
Orateur en conférence
Mais depuis plusieurs décennies, de nombreuses loges ont perdu le sens profond de cet exercice. Dans certaines obédiences, notamment celles qui privilégient un travail sociétal (comme le Grand Orient de France, le DH, la GLMU, GLMF… et depuis quelques temps GLFF), les planches se sont transformées en exposés encyclopédiques ou en tribunes politiques. On y parle de bioéthique, de laïcité, ou de géopolitique, souvent au détriment du symbolisme et du travail intérieur. Cette dérive a déjà affaibli la portée initiatique de la planche, et l’IA vient porter le coup de grâce.
Prenons un exemple concret. Imaginons un maçon qui prépare une planche sur « L’histoire de la franc-maçonnerie à Orléans ». En 2025, il peut demander à une IA comme Copilot de produire un texte complet en quelques secondes. Voici ce que l’IA pourrait fournir :
Une introduction sur les débuts de la franc-maçonnerie à Orléans, avec le rôle de Louis II de Pardailhan de Gondrin, duc d’Antin, nommé gouverneur en 1721.
Une chronologie détaillée : la création des premières loges comme L’Union et Saint-Jean en 1760, leur mise à sac en 1793, leur renouveau au XIXe siècle avec Les Adeptes d’Isis-Montyon et La Véritable Amitié.
Une analyse des tensions entre laïcité et religion lors des fêtes johanniques de 1907, où les maçons ont défilé pour protester contre l’influence de l’Église.
Des données sur les figures maçonniques orléanaises, comme Jean Zay, ministre de l’Éducation nationale (1936-1939).
Une conclusion sur l’état actuel de la franc-maçonnerie à Orléans, avec environ un millier de membres et trois temples actifs.
Ce texte serait précis, bien structuré, et sourcé (l’IA peut même citer des ouvrages comme Histoire de la franc-maçonnerie française de Pierre Daniel ou des archives municipales d’Orléans). Alors, pourquoi un maçon passerait-il des heures à rédiger une planche similaire, sachant que l’IA fait mieux et plus vite ? Pour les sujets de connaissances générales, la planche maçonnique est désormais obsolète.
Les limites de l’IA : le vécu et l’introspection
Cela dit, l’IA a une limite majeure : elle ne peut pas ressentir, expérimenter, ou introspecter. Une planche qui repose sur le vécu personnel du maçon – par exemple, « Ce que le Rite m’a appris sur la fraternité » ou « Mon expérience de l’initiation au grade de Compagnon » – reste hors de portée de l’IA. Ces travaux, qui exigent une authenticité émotionnelle et une réflexion personnelle, conserveront leur valeur en Loge. Mais combien de planches, aujourd’hui, relèvent réellement de ce registre ? Dans de nombreuses loges, les planches sont des exposés factuels, et non des témoignages initiatiques. C’est là que le bât blesse.
III. Une crise plus large : la perte du sens maçonnique
Le Rituel : un pilier oublié
La désuétude des planches n’est que la partie émergée de l’iceberg. Depuis plusieurs décennies, de nombreuses loges ont perdu le sens du Rituel, qui est pourtant le cœur de la démarche maçonnique. Le Rituel – avec ses gestes, ses paroles, et ses symboles – est un langage universel qui transcende les mots. Il permet au maçon de vivre une expérience intérieure, de se connecter à l’égrégore de la Loge, et de progresser sur le chemin initiatique. Mais dans certaines loges, le Rituel est devenu une formalité, un décor folklorique, voire une gêne pour ceux qui préfèrent les débats sociétaux.
Cette dérive est particulièrement marquée dans les obédiences qui ont fait le choix d’un travail « sociétal » plutôt que symbolique. Si le Rituel est vidé de son sens, et si les planches deviennent obsolètes face à l’IA, que reste-t-il à ces loges pour justifier leur existence ?
Les planches : la dernière raison de se réunir
Dans ce contexte, les planches étaient souvent la dernière raison pour les maçons de se réunir. Elles offraient un prétexte pour se retrouver, échanger, et maintenir un semblant de vie maçonnique. Mais si l’IA rend cet exercice caduc, comment ces loges vont-elles survivre ? Les réunions risquent de se transformer en simples clubs de discussion, sans lien avec la démarche initiatique. Et dans un monde où les réseaux sociaux et les forums offrent des espaces de débat bien plus accessibles, pourquoi continuer à se réunir en Loge ?
IV. Réinventer la franc-maçonnerie : des pistes pour l’avenir
Un retour au Rituel et au symbolisme
Pour survivre à l’ère de l’IA, la franc-maçonnerie doit revenir à ses fondamentaux : le Rituel et le symbolisme. Le Rituel n’est pas un simple décor, mais une expérience vécue qui engage le corps, l’esprit, et l’âme. Il offre ce que l’IA ne pourra jamais reproduire : une connexion profonde avec le sacré, une communion avec les frères et sœurs, et un cheminement intérieur. Les loges doivent redonner au Rituel sa place centrale, en formant les officiers à le maîtriser et en sensibilisant les membres à sa portée symbolique.
De même, le travail symbolique doit être privilégié. Plutôt que de débattre de la bioéthique ou de la géopolitique, les loges pourraient se concentrer sur des sujets intemporels : la symbolique des outils, le sens des grades, ou la méditation sur les nombres. Ces sujets, qui exigent une approche intuitive et spirituelle, sont moins vulnérables à l’IA, car ils reposent sur l’interprétation personnelle et collective.
Des planches centrées sur l’introspection
Si les planches généralistes sont obsolètes, celles qui reposent sur le vécu personnel et l’introspection ont encore un avenir. Les loges pourraient encourager des travaux comme « Ce que le grade de Maître m’a appris sur moi-même » ou « Mon expérience de la chaîne d’union ». Ces planches, qui demandent une authenticité émotionnelle, sont un antidote à l’IA, car elles ne peuvent être produites par une machine. Elles permettent aussi de renforcer les liens entre les membres, en favorisant le partage et l’écoute.
Un Grenelle de la planche : repenser la méthode maçonnique
Comme suggéré en introduction, il est urgent d’organiser un « Grenelle de la planche » au sein des obédiences concernées. Ce Grenelle pourrait réunir des représentants de différentes loges pour réfléchir à l’avenir de la planche dans un monde dominé par l’IA. Voici quelques pistes de réflexion :
Redéfinir le rôle de la planche : doit-elle être un exposé intellectuel ou un témoignage initiatique ?
Intégrer l’IA comme un outil : plutôt que de rejeter l’IA, les maçons pourraient l’utiliser pour la recherche, tout en se concentrant sur l’analyse personnelle. Par exemple, une IA pourrait fournir des données historiques, mais le maçon apporterait son interprétation symbolique.
Créer des formats innovants : les loges pourraient expérimenter de nouveaux formats, comme des planches collectives, des méditations guidées, ou des ateliers pratiques (par exemple, un travail sur la taille de la pierre).
Un renouveau initiatique : la franc-maçonnerie comme expérience vécue
Au-delà de la planche, la franc-maçonnerie doit se réinventer comme une expérience vécue, et non comme un simple espace de discussion. Cela passe par une redécouverte des initiations, des cérémonies, et des travaux collectifs. Par exemple, les loges pourraient organiser des tenues spéciales dédiées à la méditation, à la contemplation des symboles, ou à des rituels de passage. Elles pourraient aussi renforcer les liens avec la nature, en organisant des travaux en extérieur (comme des chaînes d’union dans un bois ou près d’une rivière), pour renouer avec l’aspect universel de la maçonnerie.
Enfin, la franc-maçonnerie pourrait s’ouvrir à de nouvelles formes d’expression. Pourquoi ne pas intégrer l’art – musique, peinture, poésie – dans les travaux de Loge ? Une Loge pourrait, par exemple, demander à ses membres de créer une œuvre inspirée par un symbole maçonnique, puis d’en partager la signification. Ces approches, qui privilégient la créativité et l’émotion, sont un rempart contre la déshumanisation de l’IA.
V. Un défi, mais aussi une opportunité
Conférence politique d’un membre du part radical et radical-socialiste
L’arrivée de l’IA en 2025 marque un tournant pour la franc-maçonnerie. Les planches généralistes, qui reposent sur des connaissances accessibles à tous, sont désormais obsolètes. Mais cette crise est aussi une opportunité pour la maçonnerie de se réinventer. En revenant au Rituel, en privilégiant le symbolisme, et en encourageant les travaux introspectifs, les loges peuvent retrouver leur essence initiatique. Elles doivent aussi expérimenter de nouveaux formats, intégrer l’IA comme un outil, et repenser leur rôle dans un monde en mutation.
Sans vouloir jouer les Cassandre, il est urgent d’agir. Les obédiences qui ont fait le choix d’un travail sociétal doivent se poser les bonnes questions : comment survivre dans un monde où l’IA surpasse les humains dans la production de savoir ? Un Grenelle de la planche pourrait être un premier pas. Mais au-delà, c’est toute la franc-maçonnerie qui doit se réinventer, pour redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un chemin initiatique, une quête de lumière, et une expérience de fraternité. Comme le dit l’adage maçonnique, « c’est dans l’adversité que l’on taille la pierre brute ». À nous, maçons, de transformer ce défi en une chance de renouveau.
Sources
Observations générales sur l’évolution des pratiques maçonniques et l’impact des technologies, basées sur des témoignages et des analyses disponibles en 2025.