Le roman de Richard Bach, « Jonathan Livingston le Goéland« , publié en 1970, offre une allégorie de la quête de la liberté et de la perfection qui résonne profondément avec les principes et les idéaux de la franc-maçonnerie.
L’Histoire de Jonathan : un goéland hors du commun
« Jonathan Livingston le Goéland » suit le parcours d’un jeune goéland qui refuse de se contenter de la vie monotone et limitée de sa colonie. Obsédé par l’art de voler, il cherche à aller au-delà des règles établies par son groupe, aspirant à la liberté, à la beauté et à la perfection du vol. Rejeté par ses semblables pour son ambition, il trouve finalement des compagnons qui partagent sa vision et enseigne à d’autres goélands l’art du vol et la quête de la liberté.
Parallèles avec la Franc-maçonnerie
La franc-maçonnerie, connue pour son travail symbolique et initiatique, trouve dans l’histoire de Jonathan plusieurs points de résonance :
La quête de la lumière et du savoir : Comme Jonathan qui vole vers des hauteurs inexplorées pour une compréhension plus profonde de son existence, la franc-maçonnerie encourage ses membres à chercher la « lumière » symbolique, une métaphore de la connaissance, de la vérité et de l’éveil spirituel.
Le dépassement des limites : Jonathan défie les conventions de son clan pour explorer les limites de son potentiel. De même, la maçonnerie pousse à dépasser les contraintes matérielles et intellectuelles pour atteindre une vision plus élevée de soi et du monde, souvent illustrée par l’ascension symbolique de degrés maçonniques.
L’initiation et la transformation : Le voyage de Jonathan est un parcours initiatique où chaque étape lui enseigne de nouvelles leçons. En maçonnerie, l’initiation est un processus où le candidat passe par des rituels pour symboliquement « mourir » à son ancienne vie et « renaître » à une nouvelle compréhension de la vie.
La liberté comme droit et devoir : « Exigez la liberté comme un droit, soyez ce que vous voulez être », dit Jonathan. C’est un écho direct aux valeurs maçonniques de liberté, égalité et fraternité, où chaque membre est invité à se libérer des chaînes de l’ignorance et des préjugés pour devenir la meilleure version de soi-même.
La transmission du savoir : Après avoir atteint son propre éveil, Jonathan revient pour enseigner à d’autres goélands. La maçonnerie met l’accent sur le partage des connaissances et des valeurs morales entre frères, chaque franc-maçon devenant à son tour un guide pour ceux qui suivent.
Les symboles de vol et de lumière
Le vol chez Bach est plus qu’un acte physique ; c’est une métaphore de l’ascension spirituelle et de la libération de l’esprit, un thème central dans la symbolique maçonnique où l’élévation est souvent symbolisée par l’ascension vers la lumière. Le goéland, avec son désir de voler toujours plus haut et plus vite, incarne cette aspiration à transcender les limites du monde matériel pour toucher à l’universel et à l’éternel.
Une œuvre initiatique
« Jonathan Livingston le Goéland » est souvent perçu comme une œuvre initiatique, un conte philosophique qui, sous couvert d’une histoire simple, explore des questions profondes sur la nature de la liberté, de la connaissance et de l’individualité. La franc-maçonnerie, avec ses enseignements par symboles et allégories, reconnaît dans ce récit un reflet de sa propre quête de vérité et de perfectionnement personnel.
Une exploration plus profonde des symboles
Pour aller plus loin dans les parallèles entre l’œuvre de Bach et la franc-maçonnerie, examinons certains symboles spécifiques :
Le goéland comme symbole de l’âme : Dans la littérature mystique et spirituelle, les oiseaux sont souvent des symboles de l’âme ou de l’esprit qui cherchent à s’émanciper du corps. Jonathan, en tant que goéland, incarne cette aspiration à la liberté spirituelle, un concept clé en maçonnerie où l’on travaille à libérer l’esprit des chaînes matérielles.
Le vol et l’initiation : Chaque étape du vol de Jonathan peut être vue comme un degré initiatique. Dans la maçonnerie, chaque grade est une étape vers une compréhension plus profonde des mystères de l’existence. Le vol de Jonathan vers des hauteurs toujours plus grandes symbolise cette progression vers la connaissance et la maîtrise de soi.
L’importance de l’individu dans la collectivité : Jonathan, bien que d’abord isolé, revient pour enseigner et inspirer. Cela résonne avec la mission maçonnique de non seulement s’améliorer soi-même mais aussi de contribuer à l’amélioration de la société, en partageant les lumières acquises.
L’influence de l’histoire sur le travail maçonnique
« Jonathan Livingston le Goéland » peut influencer le travail maçonnique de plusieurs manières :
Motivation personnelle : L’histoire de Jonathan peut inspirer les francs-maçons à persévérer dans leur propre quête de perfectionnement, leur rappelant que chaque obstacle est une opportunité d’apprentissage et de croissance.
Discussion dans les loges : Ce livre peut servir de base pour des discussions philosophiques et morales dans les loges, permettant aux membres d’explorer ensemble des thèmes comme la liberté, la conformité sociale, et le dépassement personnel.
Symbolisme dans les rituels : Les loges peuvent intégrer des éléments de l’histoire comme des allégories vivantes dans leurs rituels, utilisant le voyage de Jonathan comme une illustration de la quête maçonnique.
L’universalité du message
Le roman de Bach n’est pas seulement une histoire pour les francs-maçons; il touche une corde universelle, parlant à tous ceux qui cherchent un sens plus profond à leur existence. La franc-maçonnerie, qui prône une quête de vérité et de sagesse accessible à tous, trouve dans « Jonathan Livingston le Goéland » un écho de cette universalité. C’est une leçon sur comment dépasser les limites imposées par la société ou par soi-même pour toucher à l’essence de la liberté et de la beauté de la vie.
« Jonathan Livingston le Goéland » et la franc-maçonnerie partagent une vision de transformation personnelle et de quête de l’idéal. La beauté de cette connexion réside dans la manière dont le roman de Bach offre une interprétation allégorique de principes maçonniques, rendant accessibles à tous des concepts qui, dans le contexte initiatique, sont souvent enveloppés dans des symboles et des rituels. Ce livre continue d’inspirer ceux qui, comme Jonathan, aspirent à voler au-delà des horizons visibles vers une compréhension plus profonde de l’existence et de notre place dans l’univers.
Richard Bach, bien que n’étant pas un franc-maçon, a écrit un livre qui parle directement au cœur de la tradition maçonnique. « Jonathan Livingston le Goéland » illustre de manière poétique et accessible les principes maçonniques de la recherche de soi, de la liberté et de la perfection. Ce roman est devenu, pour beaucoup, un symbole de la quête initiatique universelle, une invitation à tous à s’élever au-delà de ce qui est perçu comme possible, vers l’infini des possibilités humaines.
Hannah Arendt, philosophe et théoricienne politique du 20e siècle, est souvent citée pour ses analyses profondes sur la nature humaine, la politique et la condition moderne. Si ses écrits ne font pas explicitement référence à la Franc-maçonnerie, il existe des convergences remarquables entre sa pensée et certains principes maçonniques, particulièrement en ce qui concerne la notion de l’homme comme « animal politique » qu’elle reprend à Aristote et les dynamiques de la vie en société. Cet article explore ces liens, en s’appuyant sur des sources historiques et contemporaines pour dessiner un portrait fascinant de l’intersection entre deux mondes a priori distincts.
L’Animal Politique et la Pluralité
Arendt, dans son œuvre majeure « La Condition de l’Homme Moderne » (1958), décrit l’être humain comme un « animal politique« , une créature qui ne peut se réaliser pleinement que dans l’espace public, à travers l’action et la parole. Elle insiste sur la « pluralité » comme condition fondamentale de la politique, où l’identité de chaque individu émerge et se définit en relation avec autrui.
La Franc-maçonnerie, avec son modèle de loges comme espaces de rencontre et de délibération, reflète cette vision. Les loges sont conçues comme des lieux où les « frères » se réunissent pour discuter, apprendre et agir ensemble, promouvant ainsi une forme de pluralité où chaque membre est à la fois indépendant et interdépendants des autres. Cette structure rappelle l’importance arendtienne de la « vita activa » où l’action politique est une manifestation de liberté et de créativité humaine.
Liberté de Pensée et de Conscience
Un autre point de convergence réside dans la liberté de pensée, une valeur centrale dans la philosophie d’Arendt et dans la pratique maçonnique. Arendt critique sévèrement la mentalité de conformité qui mène à la banalité du mal, décrite dans son analyse du procès d’Eichmann. Elle souligne l’importance de la pensée critique et de la responsabilité individuelle. De même, la franc-maçonnerie encourage le libre examen et la recherche personnelle de la vérité, loin des dogmes et des préjugés, ce qui est évident dans les rituels et les discours maçonniques où le développement de la conscience morale et intellectuelle est central.
Le Rôle de la Communauté et la Fraternité
Arendt estime que la politique n’est pas seulement une affaire de pouvoir ou de domination, mais bien de création d’un monde commun où les individus peuvent agir et vivre ensemble. Sa vision de la politique comme un espace de naissance et de renouveau est proche des idéaux maçonniques de fraternité et de construction d’une société plus juste et éclairée. La Franc-maçonnerie, avec son engagement dans l’éducation, la charité et l’amélioration sociale, reflète cette conception de la communauté comme un lieu de transformation positive et de développement éthique.
Critique de la Modernité et de la Bureaucratie
Arendt critique la modernité pour sa tendance à réduire l’homme à une fonction administrative, perdant ainsi le sens de l’action politique authentique. Elle analyse comment la bureaucratie peut mener à des atrocités par simple conformité, un thème qu’elle explore dans « Les Origines du Totalitarisme ». Bien que la franc-maçonnerie ne critique pas directement la modernité de la même manière, elle a souvent servi de contre-pouvoir à des systèmes autoritaires, en particulier lors de périodes où la liberté était menacée, offrant ainsi un espace où la pensée critique et l’engagement civique pouvaient fleurir.
En conclusion
Hannah Arendt au 1er Congrès des critiques culturelles, 1958
Bien que Hannah Arendt, à ma connaissance n’ait jamais été affiliée à une loge maçonnique, ses réflexions sur l’action politique, la liberté de pensée, la pluralité et la communauté résonnent profondément avec certains des principes fondamentaux de notre organisation séculaire. Les deux courants de pensée partagent une foi en l’humain comme créateur de son destin à travers l’action collective, la recherche de la vérité et le respect de l’altérité. Cette convergence montre comment des idées philosophiques peuvent trouver des échos dans des pratiques sociales et rituelles, enrichissant notre compréhension de l’engagement citoyen et de la vie politique dans la cité.
Sources Utilisées :
Arendt, Hannah. La Condition de l’Homme Moderne, Paris, Gallimard, 1983.
Cairn.info. « La Franc-maçonnerie : une certaine idée du politique ».
Cairn.info. « Franc-maçonnerie et politique : attirance et répulsion ».
Arendt, Hannah. Les Origines du totalitarisme, Paris, Le Seuil, 1972.
Presses de l’Université de Bruxelles. Franc-maçonnerie et histoire : bilan et perspectives.
Raison Publique. « Absence de pensée et responsabilité chez Hannah Arendt ».
Cet article vise non seulement à éclairer les lecteurs sur des parallèles peu explorés, mais aussi à inviter à une réflexion plus profonde sur la manière dont la philosophie et les pratiques sociales peuvent s’interpénétrer pour enrichir notre compréhension maçonnique de la vie politique et de l’engagement civique.
Jules Ferry est-il un mythe républicain ? Au pouvoir pendant 6 ans sous la troisième République entre 1879 et 1885, il a accompli une œuvre considérable en enracinant en France les libertés publiques (Réunion – Presse – Syndicat) et rendu aux élus locaux une légitimité accordée non plus par le gouvernement mais par le peuple. Développeur de l’Ecole libre, laïque et obligatoire comme fondement de la pérennité républicaine.
Il a permis une multiplication par 10 de l’empire colonial français renouveau de la fierté française suite au désastre de la perte de guerre en 1870. Homme le plus haï de France durant son vivant il fut statufié, après sa mort pour ses réalisations scolaires et universitaires.
En 2025 les tenants de la culture de l’effacement colonial et de l’aspect non assez féministe de son programme scolaire le contestent violemment sans prendre en compte les contextes historiques.
Les deux auteurs proposent donc d’appréhender la modernité de son parcours en rappelant les faits dans leur contexte pour illustrer les légendes noires comme les légendes dorées qui courent sur son action.
Paul Baquiast est docteur en histoire et proviseur de lycée. C’est un spécialiste de l’histoire, de l’idée, de la culture et du personnel républicain. Il a consacré à l’histoire de l’éducation une vingtaine d’ouvrages. Celui-ci est le troisième qu’il a co-signé avec Bertrand Sabot
Bertrand Sabot, ancien maire adjoint à la culture de Meudon est un érudit et collectionneur de manuscrits anciens
C’est à Paris qu’aurait été ouverte la première maison célébrant une boisson venue de Turquie : le café. Quelques siècles après, le café d’aujourd’hui, lieu de réflexion solitaire pour une pause méditative dans sa journée, lieu d’attente de l’être aimé, comme dans les Fragments du discours amoureux qui hantèrent notre jeune âge adulte, est resté lieu de discussions, d’échanges, lieu de sociabilité où les rencontres se font et se défont, où les idées se croisent.
quand la maçonnerie prend le café…
Le café philosophique est venu, il y a quelques décennies, installer la discussion et les échanges dans les salles du fond. Mais souvenons-nous que les francs-maçons avaient inauguré cette formule en tenant leurs premières réunions maçonniques dans les arrière-salles d’auberge, où s’installaient leurs rencontres éphémères qui ne s’appelaient pas encore « tenues ». L’idée d’un café maçonnique est donc une idée ancienne mais, chose curieuse, à part quelques expériences sans suite, il n’y avait pas de café maçonnique à Paris.
Le café maçonnique vu par l’IA : des hommes, des hommes, des hommes et question ambiance c’est un peu guindé… Quant à la déco, elle ne brille pas par sa discrétion…
Je fais ici une distinction entre, d’une part, les rencontres organisées par des obédiences et, d’autre part, l’idée d’un café inter-obédientiel, lieu de rencontres et de partage d’expériences et de ressentis divers ; non pas bien sûr que j’oppose l’un ou l’autre ou que j’imagine une hiérarchie entre ces deux modalités : elles ont des buts et des économies différentes ; et vive la diversité !
Toujours est-il qu’un frère de grande expérience, Bernard, s’est mis en tête de relever ce défi : créer à Paris un espace de parole, ouvert aux francs-maçons de différentes obédiences et également aux profanes et ce, une fois par mois. Bernard fit, pour cela, un pèlerinage dans la bonne ville de Lyon où un café maçonnique existe depuis plus de 15 ans et avec grand bonheur. Le grand avantage de notre frère Bernard c’est d’être un passionné de la chose maçonnique : il appartient à plusieurs loges d’obédiences différentes, il visite un nombre important de Loges plusieurs fois par mois, parfois par semaine et partage son temps et sa passion avec toutes les obédiences présentes sur la place de Paris, au gré de ses inspirations, privilégiant avant toute chose la rencontre humaine. La grande difficulté pour lui dans Paris intramuros a été de trouver un local convivial, l’idée de Bernard étant que personne n’irait dans un café maçonnique au-delà du périphérique. Pari gagné, puisqu’il finit par trouver un local en sous-sol, dans une belle cave voutée du 18° siècle (et du 5° arrondissement), à deux pas de Notre-Dame et de la Fontaine St-Michel, c’est tout dire !
Poussons la porte du café maçonnique de Paris…
Comment se passent les séances ? Il y a eu pour l’instant trois réunions assez différentes les unes des autres. Pour la première, la cave était bondée et aucun thème n’avait été prévu par le maître de céans ; c’était plus une présentation du projet, une discussion à bâtons rompus. Mais l’envie d’échanger permit que d’emblée le dialogue s’engage entre les différents présents, essentiellement des francs-maçons, avec toutefois deux ou trois non-maçons, nullement intimidés d’ailleurs. La réunion suivante fut plus restreinte en nombre de participants. Pour cette deuxième rencontre, un thème avait été prévu et envoyé aux intéressés quelques jours auparavant ; l’intelligence artificielle. Enfin troisième rendez-vous avec une affluence plus grande et deux thèmes proposés aux visiteurs, sur la place du sacré dans nos sociétés sécularisées, et une question sur le but de la franc-maçonnerie : changer le monde ou changer les individus ?
« Après le café maçonnique… » Pour l’IA, qui dit Paris dit Tour Eiffel… Mais le mot-clé Paris apporte déjà un peu de fantaisie et nous propose des portraits de francs-maçons d’aujourd’hui très crédibles !
Alors, quels ressentis dégager de ces trois réunions si différentes ? Personnellement, je craignais beaucoup le thème sur l’intelligence artificielle et l’effet « café du Commerce » qu’un tel thème peut engendrer, avec des points de vue nourris soit par une technophobie irrépressible et passéiste, ou, à l’inverse, une technophilie enthousiaste et fébrile. Le tout vaguement appuyé sur des « on-dit-que » ou « j’ai-entendu-dire par-un-spécialiste ». En fait, le débat était très intéressant, nourri des échanges entre de jeunes maçons, porteurs d’expériences professionnelles réelles sur le sujet. J’avoue que ces paroles, d’un public jeune, m’ont beaucoup séduit et j’ai retrouvé dans les échanges une liberté de ton réelle, détachée des postures que l’on prête habituellement à telle ou telle obédience, et que l’on retrouve parfois chez les francs-maçons aguerris (moi le premier, je le confesse volontiers). J’y ai vu un espace de dialogue réel, nourri de valeurs maçonniques transversales sur des sujets que, par ailleurs, je ne traite pas dans ma loge qui ne s’intéresse qu’aux sujets symboliques. C’était ni mieux ni moins bien, mais différent, différent également des fraternelles que je fréquente et où les échanges, entre frères et sœurs qui possèdent déjà un long parcours maçonnique, sont plus codifiés.
Bien entendu, la bonne circulation de la parole n’empêche pas certains ajustements. L’enthousiasme conduit parfois certains participants vers des jugements à l’emporte-pièce sur telle ou telle intervention et les positions se raidissent très vite ; il faut une bonne dose de tolérance pour abandonner le conflit stérile et lui préférer une joute constructive, même et surtout si tout le monde ne possède pas le même avis ; on retrouve d’ailleurs ce type de nécessaires accommodations dans tout débat, qu’il concerne des francs-maçons ou pas. La présence apaisante de notre frère organisateur a pour conséquence de lisser souvent quelques éclats un peu coupants, et il faudra quelques sessions pour que les tensions s’apaisent et que le groupe, qui voit se créer de session en session un noyau dur d’habitués, trouve un centre de gravité. Un groupe qui vit, se construit dans l’harmonie, mais également sur une dimension agonistique, de combat, d’échanges parfois rudes ; il faut trouver le bon état d’équilibre entre le trop et le trop peu.
L’IA nous propose ici un savant contre-jour avec un discret symbole posé sur la table. Chose étonnante, les francs-maçons ne boivent que des boissons chaudes, ce qui dénote le manque de connaissance de l’IA des habitudes du maçon…
Le café maçonnique explore en tout cas, des types d’échanges qui ne sont pas éloignés de l’art de la conversation, tel qu’il se pratiquait au 18° siècle, et que même l’austère Kant a célébré : « le plaisir de la conversation n’est certainement pas la chose la moins importante1 ». Si l’on voulait pousser le bouchon philosophique un peu plus loin, pourquoi ne pas convoquer ici d’autres philosophes comme Apel et Habermas et leur proposition d’une discussion exigeante, entre humains libres, qui n’exige de personne l’adoption d’un système de normes universel, sans pour autant se conclure par la recherche d’un consensus à tout prix. La recherche mérite sans doute d’être un peu poussée dans ses retranchements de ce côté-ci, j’y reviendrais sans doute un jour, convaincu que « de la discussion jaillit la lumière » alors que du consensus mou ne jaillissent que de la bête soumission, ou de la soumission bête ; ce que mon maître Daniel Béresniak avait déjà, en son temps, montré du doigt.
D’autres thématiques ont été abordées, je les ai déjà évoquées, lors des réunions suivantes, comme la place du sacré dans nos sociétés ou le rôle de la franc-maçonnerie dans la société d’aujourd’hui. Sur ce genre de questions, l’apport des non-maçons est plus qu’intéressant, il apporte une vision différente et surtout nous renvoie, en tant que francs-maçons, à une image exigeante de nous-mêmes, que nous avons parfois du mal à assumer. Et pourtant, nos textes ne prévoient-ils pas, tous, d’améliorer la condition humaine, voire de réaliser « la concorde universelle » ? Ces textes sont-ils à revoir à la baisse pour adapter la franc-maçonnerie d’aujourd’hui à un projet plus pragmatique, voire utilitariste ? Ou bien oserons-nous assumer d’être porteurs d’utopie, peut-être d’en être les derniers ? Nos différents catéchismes et enseignements sont-ils dépassés par une sorte de principe de réalité, ou sont-ils, plus que jamais des textes d’avant-garde ? La question reste ouverte, mais la façon dont je la pose devrait vous permettre de voir de quel côté mon cœur balance…
Et les non-maçons dans tout ça ?
« Les francs-maçons rencontrent un impétrant », vu par l’IA.
Bien entendu les trois ou quatre « non-maçons » présents à chaque réunion sont vite entourés et les propositions d’intégrer une loge, ou en tout cas d’aller plus loin, fusent. Les non-maçons qui fréquentent le café maçonnique de Paris n’auront, à mon avis, que l’embarras du choix pour commencer un parcours, si tel est leur désir. Une solution qui en vaut largement d’autres : ne vaut-il pas mieux rencontrer physiquement des maçons, plutôt que de cliquer sur Internet ?
D’ores et déjà, quelques habitués constituent un petit noyau qui aime à se retrouver ; la clochette qui annonce le début de la réflexion est le signal du début des échanges, autour d’une simple boisson que chacun chacune s’engage à prendre pour financer le restaurateur qui fournit le local (au passage je me dois de signaler que le vin blanc en carafe est excellent, avec modération bien entendu !). Il suffit maintenant au café maçonnique de Paris de trouver ses marques, proposer des thèmes, s’installer dans la durée ; tout en veillant à laisser l’espace de liberté individuelle qui permette à chacun d’avoir envie de s’exprimer et de le faire dans l’idée d’une belle co-construction.
Finissons en beauté sur la conversation, en écoutant ce qu’en disait le sociologue américain Goffman pour la définir : « cet engagement spontané et conjoint est une unio mystica, une transe socialisée […] c’est un îlot de dépendances et de loyauté, avec ses héros et ses traîtres . » Une « transe socialisée », une « unio mystica », je vois là deux belles définitions de la franc-maçonnerie !
Pour l’instant les salons des nouvelles technologies présentent seulement des robots humanoïdes assez proches des êtres humains hommes ou femmes et selon des critères standards. IIs prêtent même parfois encore à sourire et ils nous plongent dans un univers proche de la science fiction. Ils avancent à pas constant et s’améliorent au fil du temps. Nous commençons à nous habituer à leurs présences comme nous avons intégré les animaux domestiques qui partagent notre vie.
« Va t’il falloir les caresser dans le bon sens du poil et leur donner une friandise ? »
Il faut s’attendre à tout, car on peut leur donner déjà l’apparence physique de notre choix. Avenir, science fiction, évidence, monde en pleine métamorphose, on ne peut rester indifférent face à une telle frénésie qui ne cesse de grandir.
Comment la Franc-maçonnerie va t’elle vivre ces transformations, ces passages dans cette nouvelle approche de la vie…
Le Grand René s’est penché sur la question dans la vidéo ci-dessous :
– Hello Lhermitt. Que se passe-t-il ? Je ne t’attendais que pour l’apéro ce soir ! Un café alors ?
Il appelait son ami toujours par son nom de famille, considérant que c’était une familiarité complice rappelant que c’est ainsi qu’il avait fait sa connaissance lors de l’appel de leur rentrée en classe de terminal.
De prestance naturelle, svelte et bien bâti comme on dit, Guido Lhermitt porte ses cheveux bruns coupés courts, avec quelques mèches légèrement ondulées qui encadrent son visage aux traits réguliers et aux pommettes légèrement saillantes. Des lunettes en écaille sombre lui donnent un air à la fois sérieux et charismatique.
Guido est le fils d’une mère italienne, restauratrice d’œuvres d’art. Elle mourut alors qu’il avait 10 ans, il en garde un souvenir d’amour idéalisé. Son père, Peter Lhermitt, est un cryptographe anglais de renom. Cette double origine lui confère une apparence qui reflète à la fois la chaleur méditerranéenne et la patience introvertie des anglo-saxons. Ses yeux, d’un marron profond, sont vifs et expressifs, ses manières polies et réservées.
Né dans une famille artistique et scientifique, passionnée par le savoir comme celle d’Alexander, dès l’adolescence, il s’est lié d’amitié avec lui, une curiosité intellectuelle commune ayant cimenté leur lien.
Guido a poursuivi des études universitaires en histoire de l’art et en criminologie, combinant ainsi sa passion pour l’art avec un intérêt croissant pour les aspects juridiques de la préservation du patrimoine culturel. Il a commencé sa carrière dans la police en tant qu’agent spécialisé dans les crimes culturels en tous genres, vols, fraudes, spoliation, destruction volontaire. Sa passion et son expertise ont rapidement attiré l’attention de ses supérieurs, le propulsant vers des postes de plus en plus responsables. Il dirige désormais une unité spécialisée d’Interpol chargée de prévenir et d’enquêter sur les crimes culturels, tout en collaborant étroitement avec des fondations privées internationales.
– Hello Alex ! Pas le temps pour le café. Changement de programme : j’ai pris rendez-vous en début d’après-midi avec le conservateur de la National Portrait Gallery. Mes services ont reçu d’un lanceur d’alerte une information suggérant qu’un groupuscule fanatique pourrait être sur le point d’y voler un tableau de Newton. J’ai pris deux billets pour Londres, j’ai pensé que tu pourrais m’accompagner. Tu deviens trop casanier avec tes dossiers qui peuvent attendre, et puis j’ai besoin de ton expertise. Oust, dépêche ! Prends quelques affaires au cas où…dit-il avec un clin d’œil malicieux.
Au-delà de son intellect brillant, Guido est également doté d’un sens de l’humour pétillant et d’une nature sociable. Son charme naturel et son attitude décontractée font de lui un compagnon de voyage idéal, et les aventures féminines partagées par ces deux beaux garçons au cours de leur adolescence ont créé des souvenirs indélébiles qui renforcent encore davantage leur amitié.
– L’Eurostar part à 11h12, cela nous laisse tout juste le temps de le prendre et d’arriver vers 13h30 pour rejoindre le musée. Pas une seconde à perdre.
Tilt ! Laissant sans façon son ami sur le seuil, Alexander traverse son appartement à grandes enjambées pour saisir le dossier créé la veille. Il glisse sur les parquets en chevron des pièces de réception en enfilade, se cogne dans sa vitesse à une cheminée en marbre, faillit rater son virage pour traverser le corridor le conduisant à son bureau.
Il n’avait pas rêvé, il était bien là où il l’avait laissé. Ses mains tremblent légèrement alors qu’il s’empare de la chemise cartonnée. Étonné par la tournure des événements et revenant vers son ami il tente de lui expliquer,
– Lhermitt, c’est une drôle de coïncidence. Hier, justement j’ai vu le portrait de Newton parmi des photos. Je t’expliquerai plus tard. Et comment, je pars avec toi!
Alexander s’empresse de fourrer automatiquement le dossier, un nécessaire de toilette toujours prêt et de quoi se changer dans un élégant sac de voyage en s’exclamant sans savoir pourquoi, mais sans pouvoir s’en empêcher : l’aventure commence !
Durant le voyage, Alexander raconta à son ami ses amusantes découvertes par mégarde, les drôles de tableaux dans la pièce vide et puis ce dossier de tableaux éclectiques.
– Je suis sûr qu’il y avait un portrait d’Isaac Newton.
– C’est donc le moment opportun pour aller le voir en vrai, répondit Guido. Si nos informations sont justes, la probabilité qu’on ne le voit plus n’est pas négligeable.
– Pourquoi voudrait-on voler spécifiquement le tableau de Newton ? Après tout il y a beaucoup d’œuvres à la Portrait Gallery d’une valeur bien plus grande.
– Ce n’est pas une simple histoire d’argent. Notre Newton a un fan club très particulier. Ses membres ne veulent pas seulement voler ce portrait-là. Ils veulent plus probablement le détruire ! Et surtout on ne sait pas pourquoi.
– Alors j’ai une piste pour toi Guido ! Tu devrais chercher parmi les afficionados de Robert Hooke !
– Ah oui, pourquoi?
– J’ai lu le livre de Lisa Jardine sur le « Géomètre de Londres ». Apparemment c’est sous la présidence du fielleux Isaac Newton à la Royal Society que le portrait officiel du fellow Robert Hooke, secrétaire de ladite société, a mystérieusement disparu. Dans son livre, Lisa Jardine sous-entend que ce serait à l’initiative de notre cher Isaac Newton qu’il aurait été détruit. Avec un sourire malicieux, Alexander conclut triomphalement :
– C’est le clan des Hooke qui veut prendre sa revanche !
– Tu ferais un sacré enquêteur Alex ! Répondit Guido en riant franchement.
Puis il reprit
– J’ai un coup de fil à passer pour prévenir de notre arrivée. Quelques minutes après, ayant raccroché, il annonça simplement :
– Un ami viendra nous chercher à la gare St Pancras pour nous conduire à Trafalgar Square.
L’ami en question, venu chercher Alexander et Guido, jusque dans le hall de la gare, les accueille chaleureusement, glissant à l’oreille de ce dernier, tout en l’embrassant, un murmure qu’Alexander n’entendit qu’à moitié, quelque chose étrange comme « ôté».
Vêtu avec une élégance discrète, Lord Archibald Winston, Comte de Kersal, est un homme d’âge mûr. Son front est celui d’un intellectuel. Malgré ses années, une grande force, qu’on devine inaltérable, lui donne cette beauté souveraine faite d’une harmonie délicate où se mêlent l’intelligence, la mansuétude, la spiritualité, la droiture. Son regard gris, protégé par des lunettes sans bord aux fines branches de titane, est si perçant qu’il impose le respect. Mais son sourire, quand il sourit, l’éclaire de douceur et invite au dialogue.
Il porte un costume en flanelle grise, à l’évidence sur mesure, parfaitement ajusté, soulignant un goût classique. Une cravate en soie grenat, où l’on peut distinguer dans les reflets, ton sur ton, une chouette au niveau du nœud, rehausse sa chemise blanche impeccable. Ses chaussures, polies à la perfection, confirment son attention méticuleuse aux détails, et chaque geste, chaque mouvement, semblent nonchalamment contrôlés, un aristocrate anglais à l’évidence, mais avec une légère claudication.
Le français de Lord Winston, teinté d’un léger accent britannique, résonne avec une éloquence tranquille. Il choisit ses mots avec soin, articulant chaque syllabe avec précision. Tout en lui est à la fois nuance et exigence.
Non loin de la sortie de la gare, le chauffeur de Lord Winston, James Parker, les attendait dans une voiture de grande remise, une Bentley.
En désignant le B de la marque qui orne la calandre, avec un clin d’œil à Guido et, s’adressant à Alexander, Lord Winston lâcha
– B comme « bôase » évidemment.
Guido en sourit.
– Bon, curieux d’appeler ainsi une voiture ? pensa Alexander reconnaissant quelque originalité au personnage ou du moins un humour british qu’il ne comprit pas mais que son ami, à l’évidence, avait su apprécier.
« Souvent, des gens fermés viennent à nous » : comment vivent les maçons de Moscou
Il y a trente-trois ans, en janvier 1992, des francs-maçons russes fondaient la Loge de l’Harmonie à Paris. Le même jour, elle a été enregistrée auprès du ministère de la Justice de Moscou et est officiellement devenue la première organisation maçonnique de la Russie moderne – depuis 1918, la franc-maçonnerie était interdite dans le pays. Aujourd’hui, la franc-maçonnerie régulière en Russie est représentée par la Grande Loge, qui regroupe 54 loges actives et environ 1 300 personnes, dont près de la moitié vivent à Moscou.
Victor Beliavski
« La Loge de l’Harmonie a été fondée par le philosophe Gueorgui Dergachev« , a déclaré le Grand Maître adjoint du VLR Viktor Belyavsky lors d’une conférence dans le temple maçonnique. « Au début des années 1990, il a eu une conversation avec un Français en visite qui s’est avéré être franc-maçon ». Dergachev a menti en disant que son grand-père était aussi franc-maçon, le Français en était ravi et l’a invité à aller à Paris et à rejoindre l’ordre. Ainsi commença l’histoire de la franc-maçonnerie dans la nouvelle Russie.
Les francs-maçons s’y réunissent une fois par mois, les membres d’une des loges (il y en a 25 à Moscou) deux fois par mois. Certains vont aux Tenues non seulement de leur propre loge, mais aussi des autres ; ce n’est pas interdit par la charte.
Andreï Bogdanov
« Un maçon peut participer aux taravaux d’absolument n’importe quelle loge dans n’importe quel pays du monde qui nous a reconnus, et le VLR a été reconnu par les États-Unis, les pays européens (sauf l’Ukraine), le Brésil, l’Australie, le Canada, le Mexique, le Japon, l’Inde, certains États africains – un total de 200 Grandes Loges , – a déclaré à Moskvich Mag le grand maître du VLR Andrei Bogdanov. – Mais ici, il faut garder à l’esprit que le nombre de loges n’est pas égal au nombre d’États – dans les pays avec des divisions administratives-territoriales, il y a une Grande Loge dans chaque État. Nous maintenons le contact avec presque toutes les loges, tout en étant totalement autonomes. Dès sa création à Paris, le VLR est automatiquement devenu indépendant de la France.
Les Tenues maçonniques sont appelées « œuvres », et les membres de la loge s’adressent les uns aux autres en s’appelant « vous » et se disent frères. Avant de commencer les travaux, un compas et une équerre sont posés d’une certaine manière sur l’Évangile, puis commence le rituel d’initiation des Maçons, qui n’a pas changé depuis 300 ans.
« Avant de frapper à la porte des maçons, il est utile de se renseigner sur eux« , explique le responsable du VLR. Ensuite, vous devez rédiger un dossier et rencontrer deux membres de la loge qui pourront vous recommander. Après cela, plusieurs frères discutent avec le candidat ; ils peuvent lui donner rendez-vous dans un café, par exemple, et lui poser des questions sur n’importe quel sujet. Déjà dans le temple, pendant le travail, la partie la plus intéressante commence : l’interrogatoire sous le bandeau. Une personne est amenée dans la salle les yeux bandés, assise sur une chaise, et pendant un certain temps, on lui pose toutes les questions : où il est né, s’il a trompé sa femme… Après cela, un vote secret a lieu et si au moins trois membres de la loge s’y opposent, la personne n’est pas acceptée.
Toute personne souhaitant devenir franc-maçon est contrôlée sur son casier judiciaire, on lui lui demande si elle a des prêts et si elle paie une pension alimentaire. Seuls les hommes qui correspondent à la définition de « libres » (sans obligations financières ouvertes), de « bonne moralité » (croyants) et de « fidèles au souverainou au dirigeant du pays » (non engagés dans des activités illégales) sont acceptés dans la loge. L’ensemble de la procédure pour rejoindre les maçons prend généralement deux à trois mois ou plus. « Nous acceptons une personne, pourrait-on dire, dans notre famille, nous devons donc nous assurer qu’elle n’a aucun problème préjudiciables pour nous« , explique Bogdanov.
Comme nous l’avons déjà précisé, généralement sur dix personnes souhaitant répondre à l’enquête, seules cinq personnes ou moins réussissent l’enquête.
Le franc-maçon moscovite moyen est un représentant de la classe moyenne, âgé d’environ 40 ans, parfois plutôt réservé et avec un petit cercle de connaissances.
« Parmi les maçons de Moscou, il y a des gens de différentes professions : militaires, policiers, hommes d’affaires, avocats, fonctionnaires, informaticiens, de nombreux professeurs d’université et d’école, en règle générale, ces derniers sont de très bons orateurs, certains d’entre eux donnent des conférences. » précise le patron du VLR. — Une centaine de personnes rejoignent l’ordre en Russie chaque année. Il s’agit essentiellement d’un club d’hommes où les Frères se réunissent pour passer un bon moment, discuter et nouer des contacts utiles. Au 19ème siècle, de nombreuses personnalités célèbres étaient francs-maçons car c’était une sorte de Facebook de l’époque. »*
Sur quoi les maçons restent-ils silencieux ?
Un représentant de loge ne peut pas parler publiquement ou communiquer avec les journalistes, parlant au nom de tous les maçons ; seul le Grand Maître a le droit de le faire ; Mais on ne peut pas lui parler de tous les sujets. « Je ne peux pas parler publiquement de politique ou de religion », déclare Bogdanov. — Si, par exemple, je fais campagne pour voter pour tel ou tel candidat à la présidentielle, je serai vite « euthanasié » (exclu de la société sans droit de restauration). De plus, je n’ai pas le droit de révéler l’affiliation de ces frères qui ne veulent pas que le public les connaisse. Si l’on me demande si une personne est membre d’un ordre, je dois répondre « je ne sais pas », en évitant un « oui » ou un « non » définitif. Tant qu’une personne ne déclare pas publiquement son appartenance, on ne peut pas parler de lui comme d’un franc-maçon.»
Sur le mur de la salle du temple maçonnique est accrochée une grande planche de bois avec les noms des représentants du Comité des Grandes Puissances du VLR. À certains endroits, seuls le prénom et la première lettre du nom de famille sont indiqués, et quelque part à la place, il y a un tiret.
« Tout le monde ne veut pas dévoiler sa participation à la Franc-maçonnerie», explique Belyavsky. « Il était une fois un tiret à la place de mon nom. J’ai publié des manuels pour les écoliers – imaginez la joie de mes concurrents s’ils découvraient que j’étais franc-maçon.»
Il y a aussi des sujets tabous à l’intérieur du lodge. La politique, la religion et les femmes ne peuvent pas être l’objet de nos échanges lors des Tenues. « Là où ils parlent de l’un de ces sujets, en règle générale, les conflits commencent. Mais les gens essaient encore d’en discuter, ils sont en conflit, parfois il ne reste plus qu’à endormir la personne », explique Bogdanov.
Ceux qui ont été reconnus coupables d’un délit, ont révélé l’affiliation d’un des frères ou ont violé les commandements de la Bible, du Coran ou de la Torah, selon la religion de la personne, sont également exclus de la société. Il y a aussi ceux qui sont tout simplement déçus par la franc-maçonnerie et s’en vont. Ce sont généralement des Frères qui s’attendaient à voir dans la Loge des personnes riches et influentes ayant une influence politique. « Ces gens vont vite être déçus, car nous n’avons pas tout cela », estime Bogdanov.
Sergueï Belyavski
Il n’y a pas de politiciens célèbres ni de stars du show business au sein du VLR. Ces derniers sont acceptés dans la société avec beaucoup de réticence, m’a-t-on dit au temple. « Il y a plusieurs années, le rappeur Ptah est devenu franc-maçon. Mais en général, les artistes ne sont pas particulièrement embauchés, car un franc-maçon est une personne de bonnes mœurs. À quand remonte la dernière fois que vous avez vu une star du showbiz de bonne moralité ? – plaisante le premier grand gardien du VLR, Sergei Belyavsky, qui gère les réseaux sociaux au nom des maçons, réalise des TikToks et consulte également en tant que psychologue.
« L’objectif principal de la franc-maçonnerie est de faire d’une bonne personne une personne encore meilleure » – cette phrase est répétée par tous ceux qui ont au moins un lien avec la société.
Qui finance les maçons ?
Les maçons paient des cotisations au trésor du VLR lors de leur initiation aux 1er, 2e et 3e degrés, ainsi que des cotisations annuelles, ne dépassant généralement pas 20 000 à 40 000 roubles (Pour info 10 000 Roubles = 94,53 Euro), dans certaines loges – 50 à 100 000 roubles. Lors de la Tenue, des fonds sont reversés au «Tronc de la veuve » – cet argent sert à aider les représentants de la loge et leurs familles qui se trouvent dans des situations difficiles. Dans certaines loges, il existe également le concept « d’obole » – il s’agit d’une amende qu’une personne paie pour ne pas être présente à la réunion. Cependant, il s’agit généralement d’un montant modeste – environ mille roubles.
« Le temple est construit grâce aux dons volontaires des frères, principalement grâce aux dons des grands intendants. Un maçon peut recevoir ce titre en payant 1 million de roubles au trésor. Le statut de Grand Intendant lui confère de nombreux privilèges. Par exemple, il a le droit de participer à l’introduction du grand maître dans la salle lors de l’assemblée et de verser du vin », explique Bogdanov.
À partir du moment de son acceptation dans la loge, un maçon parcourt un long chemin : il devient d’abord Apprenti et marche dans ce statut pendant six mois. Durant cette période, il n’a pas le droit de parler lors des rituels, seulement d’écouter les autres. La personne devient ensuite Compagnon et enfin un Maître.
Victor Belyavsky donne une conférence
« Cependant, après avoir reçu ce statut, un maçon peut poursuivre son « voyage » en adhérant à l’une des nombreuses chartes de diplômes supplémentaires. Il y en a plus de 30 », explique Bogdanov.
VLR vend également activement des marchandises – à l’entrée du temple, vous pouvez voir une étagère en verre avec des symboles maçonniques : boussoles, insignes, bijoux. Le prix de ce dernier atteint 700 000 roubles ou plus.
A quoi ressemble le temple maçonnique ?
Le temple de Savelovskaya a été construit en 2019 ; avant cela, les francs-maçons se réunissaient dans les salles de conférence des hôtels. Aujourd’hui, un autre temple est en construction à proximité ; il devrait être prêt d’ici l’été, dit Bogdanov. La salle du temple où se tient la partie rituelle principale des réunions, la salle Bogdanov, porte son nom. Aux murs sont accrochés les symboles de toutes les loges représentées en Russie, ainsi que d’un Biélorusse, dont presque tous les représentants vivent, par hasard, à Moscou.
Une fois les rituels terminés, les maçons se rendent à la salle de banquet et le grand orateur dit : « Frères, chargez les canons », ce qui signifie un appel à verser du vin dans des verres. Ensuite, des toasts sont portés : le premier à la Russie, le deuxième au gouvernement légalement élu, le troisième au grand maître et à la confrérie mondiale des francs-maçons. Après cela, chaque participant à la loge se présente à tour de rôle, et chacun lui lève son verre et boit.
Alors le grand orateur dit : « Le tabac est dédouané », ce qui signifie la fin de la partie officielle et l’autorisation d’aller au salon de cigares, qui est aussi la bibliothèque – une belle pièce à deux étages avec une immense bibliothèque, où les frères fumer des cigares achetés dans le temple et communiquer. Ceux qui manquent de communication peuvent venir à la réunion du club du cigare, qui a lieu tous les mercredis.
Délégation indienne dans le salon de cigares à Moscou
« C’est ainsi que se déroule la vie d’un humble maçon », termine sa conférence Victor Belyavsky en nous faisant traverser plusieurs salles du temple.
Les maçons y passent trois à quatre heures une fois par mois. Deux fois par an, absolument tous les frères doivent se réunir lors d’une assemblée – un banquet, où les femmes – leurs épouses ou amies – peuvent également être présentes.
« Beaucoup de fous nous écrivent »
Chaque jour, des gens viennent à la Grande Loge proposer leurs projets pour sauver le monde, par exemple un programme de lutte contre le réchauffement climatique. La plupart de ces demandes sont reçues pendant les périodes d’exacerbations automnales et printanières. Il n’y a pas si longtemps, un homme a fait irruption dans le temple, criant qu’il avait créé un projet top secret et exigeant de lui payer 4 milliards de dollars.
« J’ai réalisé que 50-55 ans est un âge vraiment limite ; les gens de cet âge et plus ont tendance à croire aux théories du complot. En règle générale, ce sont ceux qui ont étudié à l’école en URSS ; d’eux, on entend le plus souvent parler des « juifs-maçons », des Rothschild, etc. Cela n’a pas été mis dans l’esprit des jeunes, ils n’ont donc aucun préjugé. En général, beaucoup de jeunes viennent chez nous. Mais ils ont l’autre extrême, ils nous considèrent comme des « mummers », ils disent que les vrais francs-maçons ont disparu il y a 30 ans », explique Bogdanov.
« Ils m’écrivent régulièrement que nous, dans la Grande Loge, dirigeons les Illuminati et collectons 10 000 dollars de chaque personne », explique Sergei Belyavsky. « Quand j’en ris, les mêmes, sans réfléchir à deux fois, écrivent : Tout cela parce que vous êtes des clowns et que vous servez de couverture aux vrais francs-maçons. »
Après la conférence, un homme âgé à l’air intelligent pose une question : « La loge a-t-elle des relations avec le Prieuré de Sion ? La réponse « Non, car le Prieuré de Sion n’existe pas » ne le satisfait visiblement pas.
Le VLR, qui appartient à la franc-maçonnerie régulière, c’est-à-dire reconnue par l’Angleterre, est une structure plutôt statique avec une hiérarchie stricte et un ensemble de règles qui n’ont pratiquement pas changé depuis des siècles. En plus de la franc-maçonnerie régulière, il existe également une franc-maçonnerie non officielle et « libérale » ; ses représentants peuvent s’engager dans la politique. Il existe également de nombreux autres « groupes » différents de francs-maçons, par exemple la Grande Loge de Sibérie.
« Une fois qu’un jeune homme est venu nous voir de Sibérie, qui connaissait très mal les fondements. Nous ne l’avons pas accepté, nous l’avons envoyé faire son apprentissage des bases », explique Sergueï Belyavsky. « Il a répondu qu’il ne reviendrait pas, mais qu’il préférerait créer sa propre Loge. » Et il fonda la Grande Loge de Sibérie, qui comptait environ 40 personnes. Il a facturé 5 000 roubles pour son adhésion. Ensuite, il s’est associé à d’autres imposteurs similaires et, ensemble, ils ont créé la Grande Loge Libérale de Russie. Lorsque les gens ont commencé à quitter sa loge, il m’a écrit : « Nous, les maçons, devons nous serrer les coudes », me suggérant de nous unir.
VLR a des pages sur tous les réseaux sociaux et même TikTok. Sur la page publique de VKontakte, les commentaires sont ouverts sous les messages dans lesquels Sergei Belyavsky lui-même répond aux utilisateurs. Force est de constater qu’il en connaît personnellement certains. Le public règne dans une ambiance conviviale, les interlocuteurs s’appellent « cher frère ». J’ai écrit à plusieurs membres du groupe qui ont indiqué leur affiliation à une loge dans leur profil. Certains ont immédiatement refusé de parler, d’autres ont accepté de répondre aux questions, puis ont écrit : « Désolé, je ne réponds pas aux questions. »
Un de mes interlocuteurs a poliment décliné l’offre de parler, affirmant qu’il ne connaissait rien aux francs-maçons et qu’il en cherchait lui-même. Une demi-heure plus tard, il m’écrivait un long message dont le sens se résumait à ceci : Est-ce que j’ose vraiment m’attendre à ce que les gens me parlent si facilement de leur « Grand Art », ce que, en principe, je ne suis pas ? capable de comprendre. A la fin, l’interlocuteur m’a souhaité tout le meilleur.
* Appartient à la société Meta, reconnue comme extrémiste et interdite en Fédération de Russie.
Les « Cahiers de la Sagesse » numéro 3, publication sous l’égide du Grand Chapitre du Rite Français (G.C.R.F.), vient d’être mis en vente sur Amazon. Comme les numéros précédents, il traite d’un sujet qui est examiné à travers le prisme des différents ordres de sagesse du rite français. Le thème de ce numéro 3 est « La Quête de la Vérité chez le Franc-Maçon ».
À la différence des ouvrages précédents, il ne s’agit pas de textes provenant de travaux collectifs, mais d’articles rédigés par les auteurs signataires. La raison en est qu’il s’agit de textes écrits antérieurement à la mise en place par le G.C.R.F. des universités d’automne dans leur forme actuelle.
Les Cahiers de la Sagesse Numéro 3 : « La Quête de la Vérité chez le Franc-Maçon »
L’ouvrage débute par une revue de Pierre Pelle le Croisa sur la notion de vérité depuis les philosophes grecs jusqu’à nos jours. L’auteur dégage les éléments à prendre en compte afin de nous émanciper des influences à la fois personnelles et sociales qui nous empêchent d’accéder à toute forme de vérité. Très largement documenté, ce texte constituera pour beaucoup une base de référence sur ce thème.
Quatre textes de cet ouvrage abordent la notion de vérité telle qu’elle est utilisée dans les rituels du rite français. Un texte particulièrement original est celui qui associe la quête de vérité aux pas du maçon aux différents Grades et Ordres du Rite Français.
Deux textes se distinguent par leur originalité puisque l’un met en rapport la quête de la vérité avec l’amour, principalement au sens d’agape, et l’autre met en exergue la relation de cette quête avec les sept dons de Dieu.
Le dernier texte de l’ouvrage établit un lien entre la quête de la vérité et la recherche d’unité avec le Grand Architecte de l’Univers, ce dernier considéré davantage comme « Principe » au sens métaphysique qu’à celui de Dieu dans un sens religieux de ce terme. Un point intéressant à propos de ces textes est l’absence de toute forme de vision dogmatique. Ils sont porteurs de propositions sur le thème de la vérité et de sa recherche, reflets de la vision sans parti pris de frères pour qui la maçonnerie est principalement un cheminement spirituel. Cet ouvrage s’adresse donc tout d’abord à ceux qui ont une appétence pour ce type de réalisation.
Il y a, et c’est le cas dans cet ouvrage, certains textes qui comportent une connotation personnelle. Cela est d’ailleurs implicite dans le titre même de l’ouvrage, « La Quête de la Vérité chez le Franc-Maçon », qui indique clairement qu’il s’agit de points de vue individuels, qui en eux-mêmes, ne sauraient constituer une forme de Vérité, mais peuvent néanmoins servir à ouvrir des pistes de réflexion chez les lecteurs. C’est pour cela que la lecture de cet ouvrage, même si l’on ne partage pas la totalité des assertions qui y sont rapportées, constitue une base de réflexion éclairante sur les sujets de la vérité et de sa recherche, qui en dépit d’un nombre colossal d’écrits, n’ont toujours pas reçu de réponse appropriée.
C’est pour cette raison que la lecture de cet ouvrage pourra particulièrement être utile, à la fois par le rappel des changements que le concept de vérité a subis au cours des siècles et parce qu’il peut apporter sur ce sujet un éclairage spirituel particulier qu’on ne retrouve pas fréquemment dans les ouvrages maçonniques.
Dans le cadre de son cycle annuel de conférences, réservées aux Sœurs et aux Frères de toutes Obédiences, l’Académie Maçonnique de Lille vous convie à une matinée de réflexion profonde et éclairée autour d’un thème essentiel :
« L’Homme et le Sacré »
Date : Samedi 25 Janvier 2025 Horaire : de 9H à 12H Lieu : Ronchin, 59790, 3 Rond-Point des Acacias, (site de la GLDF)
Programme :
9H15 : introduction par le Président, qui posera les jalons de cette exploration intellectuelle, symbolique et initiatique, invitant chacun à appréhender les mystères du Sacré.
Ancien Grand Maître de la Grande Loge Symbolique de France (GLSF), et en même temps Haut responsable religieux, Olivier Bérut nous entrainera dans une méditation profonde et sage sur ce mystère ultime qui effraye les Hommes et les fascine tout à la fois depuis la nuit des temps. Mystère qui est au cœur de l’initiation maçonnique.
10H30 : « Le Temple de Salomon, Temple Universel ? » – Bertrand ZUINDEAU
Membre de la Grande Loge de France (GLDF), Bertrand Zuindeau nous propose une réflexion sur le Temple de Salomon, explorant ses dimensions mythiques et intemporelles, et partant, son caractère universel, archétype de tous les temples de l’Humanité. Construction idéale qui est aussi au centre de l’initiation maçonnique.
11H30 : « Le Volume de la Loi Sacrée et le Cosmos »- Catherine QUENTIN
Figure éminente de la Grande Loge Féminine de France (GLFF), Catherine Quentin nous engagera dans la recherche des relations profondes reliant le Volume de la Loi Sacrée au Cosmos, et nous fera percevoir les conjonctions étroites entre la Loi Universelle et le Cosmos, cosmos dont l’étymologie veut dire simplement “Ordre“. Elle nous fera entendre ainsi l’Harmonie de l’Univers sous l’éclairage de l’Éternité.
12H30 : Dédicaces de livres et de revues par les participants, pour poursuivre le dialogue.
Infos pratiques : – Participation pour la journée : 15€
– Gratuit pour les abonnés 2024, c’est la deuxième session de l’année 2024
– Agapes à midi :20€ réservation obligatoire
Inscription et règlement :
par chèque à l’ordre du Cercle de l’Acacia à adresser à Patrick Weslinck, 27 Impasse de la Forge, 59190 Morbecque
ou par virement bancaire sur le compte de l’Association
Quand un « sage » marseillais raconte la franc-maçonnerie à un caganis !
« Bon, écoute minot, en Franc-maçonnerie, on part pas en biberine ; ici, c’est pas la frime qui compte, c’est pas la tune ni le blouson ! Pas de cacou chez nous ! Sinon méfi ! Sinon, il vaut mieux que tu te fasses une patrouille et une soupe d’esques ! Ce qui compte, on n’est pas des jobastres, c’est ta moralité et ton esprit, tu vois ?
Que tu sois degun, croyant ou pas, fan de l’OM, ça change rien ! Faut pas faire le mac sinon tu vas te faire escagasser et moi, ça va m’engatser ! Ce qui est important, c’est d’être un bon maçon, un vrai au grand cœur, pas un djobi, pour éviter de faire des cagades ! Ici, c’est la rigueur qui fait la Loi, c’est comme une bonne bouillabaisse, faut que ça mijote sous l’œil de notre bonne mère et du GADLU ! Nous, on recherche la vérité ! Et c’est pas la peine d’aller te jeter aux Goudes si tu la trouves pas, c’est normal ! C’est notre boussole, notre étoile du berger, tu vois ?
Ah, on est aussi très discret et on sait faire silence ! Ça aussi c’est important, faut pas se comporter comme un chien des quais ! Tu ranges tout ce que tu as envie de raconter dans un cafoutche et tu fermes à clé. C’est comme quand tu te fais un petit jaune, Vallon des Auffes, tu fais pas trop de bruit sinon ça attire les mouettes ! Et tu te rambles ! Avec le soutien des frangins et des frangines, y a pas d’engambi !
On est fraternels chez nous. La fraternité, c’est notre poutargue, on se serre les coudes, on se file un coup de main, on s’assiste avec nos lumières, comme si tous, on voguait plein mistral sur le même pointu direction Callanques !
Tu l’auras compris la règle, c’est sacré, la Loi faut la respecter, sinon, c’est que t’es un fada ! La franc-maçonnerie, c’est pas pour les fifres et on peut pas rester tanquer comme un santon ! C’est comme les boules… Tu veux jouer ? Apprend les règles et la mesure , respecte-les. Ça demande de la persévérance, de l’engagement, du boulot ! Voilà gari, la franc-maçonnerie c’est pas pour les stassi, c’est un vrai chemin et s’il peut être plus raide que le Cap Canaille, c’est une sacrée belle aventure humaine ! Alors ? Prêt ? Allé zou !