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La Franc-maçonnerie face à la menace hantavirus : un nouveau coup d’arrêt possible pour le Temple ?

En mars 2020, la pandémie de COVID-19 a brutalement mis la Franc-maçonnerie en sommeil forcé. Tenues suspendues, agapes annulées, embrassades fraternelles interdites, et surtout une énergie collective qui s’est étiolée pendant de longs mois. Cinq ans plus tard, alors que les loges ont retrouvé un rythme à peu près normal, un nouvel événement sanitaire vient rappeler la fragilité de notre pratique collective : le cluster de hantavirus (souche Andes) détecté en mai 2026 sur le navire de croisière MV Hondius.

Faut-il craindre un nouveau confinement ou des restrictions qui paralyseraient à nouveau la vie maçonnique ? Cet article examine le risque réel et ses implications pour les Francs-Maçons.

Le hantavirus : ce qu’il faut savoir en mai 2026

Coronavirus

Le hantavirus n’est pas un virus nouveau. Il existe sous différentes souches selon les régions du monde. La majorité des cas proviennent d’un contact avec des rongeurs (urine, fèces, salive). La grande majorité des souches ne se transmet pas facilement d’homme à homme. Cependant, la souche Andes virus (ANDV), identifiée dans le cluster actuel, est une exception notable : c’est la seule connue pour permettre une transmission interhumaine limitée, notamment via des contacts étroits et prolongés (gouttelettes respiratoires en milieu confiné).

Situation actuelle (13 mai 2026) :

  • Un cluster limité à un navire de croisière (MV Hondius, environ 147 personnes à bord).
  • 8 cas signalés (6 confirmés, 2 suspects), dont 3 décès (taux de létalité élevé dans ce cluster, autour de 38 %).
  • Le navire est ancré au large du Cap-Vert. Des passagers ont été rapatriés dans plusieurs pays (dont la France).
  • L’OMS, le CDC et l’ECDC qualifient le risque pour la population générale de faible à très faible. Il ne s’agit pas d’un début de pandémie. La transmission reste limitée et liée à des contacts étroits.

Contrairement au SARS-CoV-2, le hantavirus ne se propage pas massivement dans l’air ou via des surfaces contaminées de façon durable. Il n’y a pas de transmission aéroportée efficace comme avec le COVID.

Les leçons douloureuses de la COVID-19 pour la Franc-maçonnerie

La pandémie de 2020-2021 a constitué un choc existentiel pour beaucoup d’obédiences :

La covid-19
  • Tenues interdites pendant de longs mois → perte du rythme initiatique et symbolique.
  • Agapes fraternelles supprimées → disparition d’un des moments les plus forts de la sociabilité maçonnique (repas, échanges, convivialité).
  • Interdiction des embrassades (les trois baisers traditionnels) → atteinte au rituel et à la fraternité charnelle.
  • Travail à distance (tenues virtuelles) → souvent jugé insatisfaisant, car la Maçonnerie est avant tout une pratique incarnée, dans le Temple, avec les sens et les symboles.

Beaucoup de frères et de sœurs ont témoigné d’une « énergie perdue », d’une démotivation, et d’une difficulté à reprendre après les confinements. Certaines loges ont vu leur assiduité baisser durablement, d’autres ont compensé par des initiatives numériques, mais le cœur de la pratique en a souffert.

Le risque spécifique pour la pratique maçonnique

Un confinement généralisé est-il probable ?

À ce stade, non. Les autorités sanitaires internationales insistent sur le caractère limité de l’événement. Le virus n’a pas démontré une capacité de propagation communautaire soutenue. Les mesures actuelles se limitent à la quarantaine et au suivi des contacts étroits des passagers du navire.Cependant, plusieurs scénarios pourraient impacter localement les loges :

  • Foyers localisés : Si des cas secondaires apparaissent dans des villes ou régions (notamment en Europe via les rapatriés), des mesures de restriction ciblées (interdiction de rassemblements en intérieur) pourraient être prises temporairement.
  • Peur collective : Même sans obligation légale, beaucoup de Maîtres de Loge ou de Grands Maîtres pourraient décider d’annuler des tenues par précaution, surtout chez les frères et sœurs plus âgés (population à risque).
  • Effet psychologique : La simple évocation d’un « nouveau virus mortel » peut raviver les traumatismes de 2020 et décourager la participation.

b) Les points de fragilité maçonniques face à ce virus

  • Espaces clos et ventilation : Les temples maçonniques sont souvent des salles anciennes, parfois mal ventilées. Un virus qui se transmet par gouttelettes en milieu confiné pose question.
  • Proximité fraternelle : Les chaînes d’union, les embrassades, le partage du même espace pendant 2-3 heures… tout cela favorise les contacts étroits.
  • Agapes : Repas partagés, couverts, verres… même si le risque de transmission alimentaire est faible pour le hantavirus, cela reste un moment de convivialité à risque perçu.
  • Population maçonnique : Beaucoup de frères et sœurs ont plus de 60-70 ans, population plus vulnérable aux formes sévères.

Comment maçonner sans se mettre en danger ni perdre l’essence ?

Visage de femme et biométrie
Visage de femme et biométrie

Plutôt que d’attendre passivement une éventuelle restriction, la Maçonnerie pourrait tirer les leçons de 2020 plus rapidement :

  1. Protocoles sanitaires permanents : masques facultatifs en cas d’alerte, meilleure ventilation, limitation du nombre de participants.
  2. Hybride intelligent : Garder quelques tenues virtuelles pour les frères et sœurs isolés ou malades, sans remplacer le Temple physique.
  3. Recentrer sur l’essentiel : Si les agapes deviennent difficiles, renforcer le travail rituel et symbolique. La Fraternité ne se limite pas au repas.
  4. Préparation psychologique : Parler ouvertement du sujet en loge pour éviter la panique ou le déni.
  5. Solidarité : Soutien aux frères et sœurs vulnérables, chaînes d’entraide, etc.

Perspective maçonnique : résilience et travail sur soi

La Franc-maçonnerie a traversé des guerres, des interdictions, des persécutions. Un virus, même sérieux, n’est pas une fatalité existentielle. Le vrai risque n’est pas tant la maladie que la perte de sens et le renoncement à notre mission.

Comme l’a souvent rappelé Christian Roblin dans ses éditos, c’est dans les périodes de trouble que le Maçon doit retrouver le silence intérieur, la lumière et la vraie fraternité – celle qui ne dépend pas seulement des circonstances extérieures.

Le hantavirus de 2026 nous rappelle brutalement que nous ne sommes pas maîtres de la matière. Mais nous restons maîtres de notre attitude face à elle.

Pour conclure…

À ce jour, le risque d’un nouveau confinement généralisé bloquant totalement la Franc-Maçonnerie reste faible. Le cluster actuel est circonscrit et ne présente pas les caractéristiques d’une pandémie comme le COVID-19. Néanmoins, la vigilance est de mise, particulièrement pour les loges qui accueillent beaucoup de frères et sœurs seniors.

La Maçonnerie doit rester lucide : ni dans la peur paralysante, ni dans l’insouciance.

Continuer à maçonner, avec sagesse et adaptation, reste le meilleur hommage que nous puissions rendre à nos prédécesseurs qui ont traversé des épreuves bien plus sombres. Le Temple n’est pas seulement fait de pierres. Il est surtout fait de la volonté des hommes de le maintenir allumé, même – et surtout – quand le monde extérieur s’agite.

À 18h00, mardi 12 mai, France info revenait sur la conférence de presse consacrée à l’hantavirus Andes, en soulignant d’abord la volonté des autorités sanitaires de rassurer sans masquer les inconnues. À ce stade, tous les cas recensés demeurent liés à la croisière du MV Hondius. Onze personnes auraient été testées positives dans le monde, dont une Française hospitalisée dans un état grave à Paris.

Côté français, 26 personnes sont suivies comme cas contacts, parmi lesquelles quatre compagnons de voyage de la patiente et 22 passagers ayant partagé des vols avec une autre personne malade. Plusieurs d’entre eux sont hospitalisés ou en cours d’hospitalisation, non parce qu’ils seraient nécessairement malades, mais afin de prévenir toute chaîne de transmission. Les experts ont rappelé que cette souche Andes, issue d’un réservoir de rongeurs, est la seule forme d’hantavirus connue pour pouvoir se transmettre d’homme à homme, probablement lors de contacts rapprochés et prolongés.

Hantavirus

Il n’existe ni vaccin disponible ni traitement spécifique, seulement des soins de support, parfois très lourds lorsque l’atteinte cardio-pulmonaire devient sévère. Les gestes barrières, l’isolement précoce et la surveillance des contacts demeurent donc les seules protections immédiates. La situation invite ainsi les institutions recevant du public à suivre avec sérieux les consignes sanitaires, sans céder à la panique. Entre prudence et transparence, le Temple doit rester un lieu de lumière, non un espace d’imprudence.

Sources : rapports OMS, CDC, ECDC de mai 2026, et retours d’expérience maçonniques post-COVID, Franceinfo

Le Logos et la Ruliad : une exploration philosophique et computationnelle

Cet article va tenter un parallèle entre le Logos de Philon d’Alexandrie et la Ruliad de Stephen Wolfram : une exploration philosophique et computationnelle. Dans les méandres de la pensée humaine, où les idées antiques se mêlent aux découvertes contemporaines, émerge un parallèle fascinant entre deux concepts qui, malgré les millénaires qui les séparent, révèlent une quête commune : celle de comprendre l’ordre sous-jacent à l’univers.

D’un côté, le Logos tel que décrit par Philon d’Alexandrie, un philosophe juif hellénisé du Ier siècle, de l’autre, la règliade – ou réguliade, néologismes que je propose pour traduire le terme anglais « ruliad » de Stephen Wolfram. Ces termes, réguliade et règliade, capturent l’essence d’un entrelacement infini de règles, formant une structure ultime de la réalité, comme Wolfram l’a conceptualisé dans ses écrits, notamment The Concept of the Ruliad (2021) et A New Kind of Science (2002).

Pourquoi règliade  ou réguliade ? J’ai inventé ces mots, néologismes pour traduire le mot anglais RULIAD avec la racine « règle » directement issue de l’anglais« rule », pour souligner les règles computationnelles au cœur du concept. Cela reste fidèle à l’étymologie anglaise tout en sonnant naturel en français. Et le suffixe « -iade » qui, évoquant la monade de Leibniz (unité fondamentale) ou la triade, conserve la connotation philosophique et abstraite. Le suffixe ajoute une touche épique rappelant L’Iliade (l’épopée), ce qui correspond à l’idée de Wolfram d’une « épopée des règles » – un vaste récit de toutes les possibilités computationnelles entrelacées. Il évoque également des termes existants comme « myriade » (multitude), renforçant l’idée d’une immense structure englobante. Pour la suite de l’article je choisis « règliade ». Au fait, lequel de ces deux mots vous semble le plus approprié ?

L’objectif est d’étudier comment ces idées, l’une théologique et l’autre computationnelle, convergent dans leur rôle de médiateur entre l’abstrait et le manifesté, l’infini et le fini, tout en soulignant leurs divergences. Une tentative d’exploration transhistorique, où l’Antiquité rencontre la science moderne.

Le Logos chez Philon d’Alexandrie : un intermédiaire divin entre transcendance et création

Henry Soulier,  dans sa thèse de 1876, La doctrine du Logos chez Philon d’Alexandrie, considère le philosophe comme le sommet de la théosophie judéo-hellénistique.

Le Logos philonien est présenté comme l’intermédiaire divin indispensable qui permet de concilier la transcendance absolue de Dieu avec la création d’un monde sensible imparfait, marqué par le mal et la multiplicité.

Philon d’Alexandrie, penseur juif du Ier siècle, influencé par Platon, les Stoïciens et les Écritures hébraïques, conçoit le Logos comme un principe central de sa philosophie. Le Logos – terme grec signifiant à la fois « raison », « parole » et « principe ordonnateur » – émerge de la nécessité de réconcilier la transcendance absolue de Dieu avec l’immanence dans le monde créé. Le Logos n’est plus seulement une raison cosmique ou une loi immanente : il devient une hypostase divine, un « second Dieu », un organe de création, de conservation et de révélation, tout en restant subordonné au Père.

Dans un premier temps, pour Philon, le Logos est la raison immanente de Dieu, la « force pensante » (λογισμός) qui contient le plan intelligible du monde, à l’image de l’architecte qui porte dans son esprit la cité idéale avant de la construire (De Opificio Mundi).
Philon évite ainsi tout anthropomorphisme grossier : Dieu ne touche pas directement la matière confuse ; il crée par son Logos.

Ensuite, le Logos est l’ensemble des idées universelles, l’« idée des idées ».
Il rassemble les archétypes platoniciens, organisés en genres et espèces, et les identifie parfois aux « puissances » (δυνάμεις) divines, vivantes et actives. Pour Philon, contrairement à Platon, les idées ne sont plus éternelles et séparées, mais contenues dans le Logos et donc subordonnées à Dieu.

Troisième aspect : le Logos est l’organe de la manifestation divine. Il « dilate » (τείνειν) l’action de Dieu sans la diviser, évitant l’ émanationisme strict. Les paroles de Dieu deviennent des œuvres ; rien de divin n’est fragmenté.

Enfin, le Logos devient une véritable hypostase divine : image (εἰκών), ombre (σκιά), vicaire, interprète, « second Dieu ». Il n’est ni engendré comme l’homme ni inengendré comme Dieu ; il se tient « entre » le Créateur et la créature (Quis rerum divinarum : « Le Logos se tient entre les contraires »). Le Logos est à la fois personnel et impersonnel, ce qui permettra plus tard son identification au Christ.

Envers le Cosmos dans son ensemble, le Logos est à la fois créateur et conservateur. Il divise la matière en éléments contraires et les maintient en équilibre pour empêcher leur destruction mutuelle . Il est la loi éternelle qui régit le monde, la providence active, la force centripète et centrifuge qui assure l’unité du tout. Philon moralise profondément cette cosmologie.

Envers l’homme (microcosme), le Logos est le principe rationnel : l’âme humaine est une parcelle ou un rayon du Logos ; l’homme est « à l’image » du Logos avant d’être à l’image de Dieu.
Il est la source de la vie intellectuelle : il est la manne céleste qui nourrit l’âme, la sagesse qui inspire le sage et provoque l’extase ; source de la vie intellectuelle, intellect, raisonnement, pensée) et morale. L’homme, mélange de matière et d’esprit éthéré, est un petit cosmos ; la source de la vie morale : il est la « droite raison » (orthos logos), la loi universelle gravée dans la conscience. L’allégorie des quatre fleuves du paradis (Genèse) devient, chez Philon, une description du Logos qui arrose les quatre vertus cardinales. La liberté humaine est affirmée, mais limitée par le mal inhérent à la matière, nécessitant une aide divine via le Logos.

Philon ne conçoit pas le Logos seul. Il l’inscrit dans une hiérarchie d’intermédiaires, tous convergent vers lui : les logoi particuliers, les anges (parfois identifiés aux idées ou aux âmes aériennes), les génies, les puissances (δυνάμεις). La Sagesse (Sophia) des Proverbes est explicitement identifiée au Logos ; elle est à la fois mère du monde et épouse de Dieu.

Remarquons le syncrétisme de Philon : il emprunte aux platoniciens les idées (Platon l’élève au rang de monde intelligible et d’archétypes séparés. Aristote le rationalise en formes et causes efficientes.), aux stoïciens (le Logos stoïcien est la raison immanente et divine du cosmos lui-même ; la fonction cosmologique (organisation, loi, providence, harmonie des contraires, pneuma-like tension), la morale de la vie selon la nature, l’idée de raison spermatique disséminée), au judaïsme l’exégèse allégorique, pour tout unifier dans le Logos. (Proverbes ; 8,22 à 31 : « Moi la Sagesse… Le Seigneur m’a faite pour lui, principe de son action, première de ses œuvres, depuis toujours.Avant les siècles j’ai été formée, dès le commencement, avant l’apparition de la terre. »  
Philon opère la synthèse : il hellénise le Memra juif et platonise la Sagesse biblique, faisant du Logos une hypostase médiatrice. Les continuités sont frappantes : le Logos reste toujours raison organisatrice, lien entre l’un et le multiple. Les ruptures le sont tout autant : chez Philon les idées deviennent contingentes et contenues dans le Logos ; la transcendance divine est protégée par une subordination marquée et par le refus de tout contact direct avec la matière.

Le Logos philonien est la raison divine hypostasiée qui permet à un Dieu transcendant de créer et de se révéler sans se compromettre avec la matière.

Je vous encourage à lire tout autant l’article Problèmes du « Récit de la Création » chez Philon d’Alexandrie de Valentin Nikiprowetzky.
Philon d’Alexandrie a développé une exégèse très originale des premiers chapitres de la Genèse (surtout Gn 1–3 : la Création, l’Éden, la chute). Son but était d’harmoniser la révélation mosaïque avec la philosophie grecque, principalement platonicienne, stoïcienne et parfois pythagoricienne.
L’article s’intéresse aux difficultés et apparentes incohérences que l’on rencontre quand on lit les différents passages où Philon d’Alexandrie commente le récit biblique de la Création (Genè L se 1–3). L’auteur constate qu’avant 1965, personne n’avait vraiment confronté systématiquement tous ces textes philoniens, ce qui conduit souvent à des interprétations imprécises ou partielles.
Philon traite du « Récit de la Création » dans plusieurs œuvres (De Opificio Mundi, Sur la fabrication du monde; Legum Allegoriae, Allégories des lois sacrées; Quaestiones in Genesim, Questions sur la Genèse; De Posteritate Caini, De Fuga et Inventione, etc).
Nikiprowetzky montre que Philon ne présente pas une vision unique et linéaire. Il propose au contraire une lecture en deux niveaux superposés du texte de la Genèse :

  1. Genèse 1,1 – 2,3/4 → le grand récit cosmologique (l’hexaméron proprement dit), création du monde visible et invisible, ordonné sur six jours + le sabbat.
  2. Genèse 2,4 – 3,24 → une sorte de récapitulation ou de second regard, plus centré sur l’homme (« petit univers » microcosme), sur l’aspect anthropologique et moral (jardin d’Éden, formation d’Adam, Ève, la chute).

Philon s’inspire fortement du Timée de Platon : la création de l’homme est inséparable de la cosmogonie globale. L’homme est à la fois le couronnement du cosmos et un univers en miniature. Le septième jour n’est pas seulement repos, mais aussi le moment où Dieu « plante le jardin » symbolisant la Sagesse ou les vertus (Leg. I, 43-47).

  • Les textes philoniens oscillent entre une lecture littérale (six jours réels) et allégorique (jours = ordre logique, puissances divines, etc.).
  • La place de l’homme semble parfois antérieure (création intelligible), parfois postérieure (création sensible) à l’hexaméron.
  • L’hebdomade dépasse l’hexaméron : le septième jour introduit une dimension supérieure (repos, perfection, Sagesse).

La Règliade chez Stephen Wolfram : Un entrelacement computationnel de toutes les règles

Stephen Wolfram, physicien et informaticien contemporain, propose la RULIAD comme une structure fondamentale de la réalité. Définie dans The Concept of the Ruliad (2021) comme l’entrelacement limite de toutes les règles computationnelles possibles appliquées à toutes les conditions initiales, elle est un objet unique, nécessaire et infini, englobant tout ce qui est calculable.

Contrairement au Logos théologique, la règliade est agnostique, émergente d’algorithmes simples comme les automates cellulaires .

« Le langage de cette révolution réside dans le Ruliad de Wolfram, la limite infinie de tous les calculs possibles. C’est un objet mathématique abstrait contenant toutes les règles de calcul possibles, appliquées de toutes les manières possibles, à travers toutes les conditions initiales possibles et évoluées au fil de toutes les histoires possibles ».

Le « ruliad » (voir son concept ici) est un hypergraphe géant où chaque nœud et arête représente une transformation selon une règle. Elle n’est pas créée mais existe comme nécessité formelle, où les observateurs limités computationnellement (nous) parsent  (parcourent le contenu d’un texte ou d’un fichier en l’analysant pour vérifier sa syntaxe ou en extraire des éléments) des tranches cohérentes pour percevoir un univers ordonné. Les lois physiques (relativité, quantique) émergent de ce « parsing », via l’équivalence computationnelle et l’irréductibilité (principe que les calculs complexes ne peuvent être prédits qu’en les exécutant).

La règliade médiatise entre l’abstrait (toutes règles possibles) et le manifesté (notre réalité perçue), organisant le chaos infini en structures émergentes.

Comme principe rationnel, elle est la « raison computationnelle » de l’univers, où tout est calcul, sans divinité personnelle mais avec une universalité absolue. En 2025, des modèles N-Frame intègrent la règliade à la physique quantique, renforçant son rôle comme loi universelle émergente.

Parallèle entre Logos et règliade

Le parallèle entre le Logos et la règliade réside dans leur fonction de principe médiateur et organisateur. Chez Philon, le Logos comble l’abîme entre Dieu transcendant et la matière chaotique, évitant tout contact direct pour préserver la pureté divine. Il est l’instrument qui divise et harmonise, transformant le non-être en cosmos ordonné. De même, la règliade médiatise entre l’abstraction infinie des règles possibles et notre réalité perçue, où les observateurs « divisent » le chaos computationnel en lois cohérentes. Wolfram décrit cela comme une « projection » de tranches de la règliade, analogue à la projection divine via le Logos.

Les deux concepts incarnent une rationalité universelle. Le Logos est la raison divine (λόγος θεοῦ), englobant idées et forces comme archétypes guidant la création. Il est le « pilote » du cosmos, unifiant les contraires. La règliade, quant à elle, est la raison computationnelle, où toutes règles s’entrelacent en un objet unique, produisant complexité émergente via itérations rationnelles. Comme le Logos est l’idée des idées, la règliade est la règle des règles, une monade computationnelle totalisante.

L’organisation du chaos est un autre lien. La matière philonienne est passive et confuse, organisée par le Logos en éléments harmonisés. Wolfram voit l’univers comme émergeant du chaos des possibilités computationnelles, organisé par le parsing en structures stables – un dualisme règles/chaos similaire au Dieu/matière. Les forces divines comme cachets actifs évoquent les règles wolframiennes itérant pour former des patterns complexes.

Sur le plan moral et intellectuel, le Logos est source de sagesse (σοφία, sophia) et vertu, inspirant l’extase. L’homme, microcosme, reflète le Logos via sa raison, mais limité par le mal matériel, nécessitant médiation divine. La règliade, agnostique, offre une « sagesse computationnelle » où la conscience émerge de règles, comme dans les observateurs parsant la règliade pour percevoir ordre moral ou physique. Wolfram (The Second Law, 2023) lie cela à l’entropie, parallèle au mal philonien comme désordre.

Influences partagées renforcent le lien : Philon synthétise Platon (formes) et Stoïciens (raison cosmique), Wolfram étend cela à la computation, évoquant un Logos numérique. Des analyses comme The God Conjecture (academia.edu, 2024) voient la règliade comme isomorphe au Logos, reliant théologie et science.

N’hésitez pas à utiliser les sous-titres traduits en français

Différences et Implications : De la Théologie à la Computation

Malgré les parallèles, des divergences profondes existent. Le Logos est théologique, ancré dans un Dieu transcendant, avec dualisme moral (bien/mal). Il est hypostase divine, médiateur volontaire pour réconcilier transcendance et immanence, influencé par des traditions juives et grecques. La règliade est séculaire, sans divinité personnelle, émergente d’algorithmes sans but moral inhérent. Elle est nécessaire, non créée, où le mal est entropie computationnelle, non péché originel.

Implications philosophiques : Le parallèle suggère une continuité dans la quête humaine d’un principe unificateur. Philon préfigure des idées computationnelles en voyant le Logos comme « programme » divin organisant la matière ; Wolfram théologise la science en posant la règliade comme « verbe » cosmique. Cela ouvre des débats sur la personnalité : le Logos, impersonnel-personnel, évoque l’observateur wolframien comme « parsing » subjectif. En 2025, des travaux comme N-Frame Dynamics (arxiv.org) intègrent la règliade à la conscience quantique, résonnant avec l’extase philonienne.

En conclusion, le Logos et la règliade illuminent une aspiration éternelle à l’ordre cosmique. Ce parallèle, loin d’être anecdotique, invite à repenser l’univers comme un entrelacement rationnel, où antique sagesse et moderne computation convergent vers l’infini.

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« Quêtes initiatiques… », quand la lumière devient chemin de connaissance

Avec Quêtes initiatiques – Voyages dans la Lumière, Fernand Cafiero, Hugues Lorient et Alain Desbrosse proposent bien davantage qu’un parcours symbolique. Ils ouvrent une voie intérieure où René Descartes, la géométrie sacrée, l’hermétisme et l’imaginaire maçonnique se répondent dans une même tension vers l’Être. Un livre exigeant, dense, parfois déroutant, mais traversé par cette conviction profonde que la connaissance véritable ne s’acquiert pas seulement par l’intellect, mais par une lente transformation de soi.

Quêtes initiatiques appartient à cette famille d’ouvrages qui ne cherchent pas seulement à instruire, mais à modifier le regard. Fernand Cafiero, Hugues Lorient et Alain Desbrosse y composent une œuvre à trois voix, où la connaissance cesse d’être accumulation pour devenir passage, dépouillement, tension vers une lumière qui ne se possède jamais. Le livre se présente comme un voyage du socle des savoirs vers une connaissance transcendante, où la géométrie, René Descartes et la cartographie intérieure dialoguent avec l’ésotérisme vivant.

Ce qui frappe d’abord, c’est l’audace de reprendre René Descartes à contre-habitude

René Descartes

Non plus seulement le philosophe de la méthode, du doute et de l’évidence rationnelle, mais un veilleur travaillé par l’invisible, un esprit dont les songes, les prières, les inquiétudes et les intuitions ouvrent une chambre secrète dans l’édifice cartésien. Hugues Lorient cherche la faille lumineuse par laquelle la raison, au lieu de fermer le monde, devient l’instrument d’une ascèse. Le « je pense » devient une pierre d’attente, presque une pierre brute, que la quête oblige à reprendre, à tailler, à orienter. À cet endroit précis, l’ouvrage touche une vérité maçonnique. La lumière n’abolit pas la raison. Elle lui donne une verticale.

Fernand Cafiero porte dans ce livre une mémoire initiatique longue, nourrie par le symbolisme, l’alchimie et la tradition maçonnique

Initié au sein de la Grande Loge de France en 1975, il est présenté par l’éditeur comme un chercheur ayant consacré une part considérable de son œuvre aux planches, aux conférences, à l’alchimie et à la lecture modernisée du symbole.

Alain Desbrosse, né en 1960, ancien cadre supérieur de la fonction publique d’État, inscrit son travail dans l’histoire, la spiritualité et l’étude des signes. Leur bibliographie commune, notamment Être plutôt que paraître – Esse quam videri et Du chaos à la lumière – L’ultime voyage, montre déjà cette volonté de conduire l’être humain de l’apparence vers l’épreuve de soi.

Le grand mérite de Quêtes initiatiques – Voyages dans la Lumière tient à sa manière de faire de la forme un événement spirituel

Le socle, les plans, l’échelle, la rose crucifiée, la boussole mystique, l’athanor, la loge de lumière ne sont pas des images ajoutées à une pensée abstraite. Ils sont les opérateurs d’un travail. Le socle rappelle que nul envol n’est juste sans assise. Il n’y a pas d’ascension sans pesée, pas de lumière sans matière première, pas de voyage sans ancrage. Cette sagesse rejoint la tradition des bâtisseurs. Le maçon sait que la pierre oblige à mesurer, à reprendre, à corriger, à éprouver dans l’épaisseur du réel ce que l’esprit croit parfois avoir compris trop vite.

La progression proposée possède quelque chose d’alchimique

Fernand Cafiero

Elle engage une coction lente, une transformation de la perception, une conversion du savoir en connaissance. Les fractales de lumière ouvrent ici une intuition forte. La vérité ne se donne pas en bloc. Elle se répercute, se diffracte, se reprend d’un plan à l’autre, selon des correspondances qui rappellent autant l’hermétisme que la géométrie sacrée. Les 1296 arcanes ou plans de connaissance suggèrent une immensité intérieure, une manière de cartographier l’invisible sans prétendre l’enfermer. Nous sommes devant une tentative rare, parfois déroutante, toujours tenue par l’idée que connaître revient à s’accorder.

Cette notion d’accord traverse l’ouvrage

S’aligner ne signifie pas se soumettre à une doctrine. Il s’agit de retrouver une justesse, une proportion entre le haut et le bas, entre l’intelligence et le cœur, entre le visible et ce qui l’excède. La « Grande règle de l’Être » nommée par les auteurs rejoint l’une des plus anciennes intuitions initiatiques.

Rose-croix

L’être humain n’accède à lui-même qu’en consentant à devenir mesure, et non propriétaire du mystère. La Rose-Croix, l’échelle de lumière et l’athanor forment alors les stations d’une discipline intérieure où la liberté devient exigence, où le détachement n’est pas fuite, où la spiritualité ne se confond jamais avec l’évasion.

Quêtes initiatiques – Voyages dans la Lumière n’est pas un livre confortable

Il demande une lecture lente et fraternelle avec l’invisible. Il relie René Descartes à Platon, la rose crucifiée aux voyages dans le monde d’en haut, la boussole mystique à la loge de lumière, dans une profusion refusant de séparer l’intellect de l’imaginal. Il rappelle que la connaissance véritable ne triomphe pas dans le bruit des certitudes, mais dans cette zone plus haute où l’esprit accepte d’être conduit par ce qu’il ne maîtrise pas encore. Fernand Cafiero, Hugues Lorient et Alain Desbrosse offrent moins un traité qu’une marche vers cette lumière que nous cherchons depuis toujours, non pour la capturer, mais pour apprendre à devenir dignes de ce qu’elle éclaire.

Un QR code, placé dès la première page ou en dernière de couverture, prolonge encore cette expérience de lecture en donnant accès, par un simple scan, à de magnifiques illustrations en couleurs où se déploient blasons, cartes de tarot, figures symboliques et sceau templier, comme autant de supports visuels offerts à la méditation du lecteur et au travail intérieur de l’initié.

Au terme de cette traversée, la lumière n’apparaît pas comme une récompense accordée au chercheur, mais comme une responsabilité

Elle ne couronne pas celui qui sait. Elle oblige celui qui avance. C’est peut-être là, dans cette exigence silencieuse, que ce livre rejoint le plus fortement la voie maçonnique. La connaissance n’y est jamais possession. Elle est passage, service et fidélité à ce qui, en nous, cherche encore à s’élever.

Quêtes initiatiques – Voyages dans la Lumière

Fernand Cafiero – Hugues Lorient – Alain Desbrosse

Le compas dans l’œil, coll. La parole circule, 2026, 268 pages, 22 €

L’éditeur, le SITE

Méditer avec les bols chantants

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Les bols chantants, originaires du Tibet, du Népal et des régions himalayennes, sont utilisés dans certains rituels bouddhistes et chamaniques. Fabriqués traditionnellement en alliage de sept métaux (correspondant aux sept planètes), chaque bol émet, lorsqu’on le frotte ou le frappe, une vibration sonore riche en harmoniques.

Ces sons ne sont pas de simples notes de musique : ils agissent comme des « bains sonores » capables de traverser le corps et d’induire un état de conscience modifié. Les auteures insistent sur le fait que le son est l’une des formes d’énergie les plus anciennes utilisées par l’humanité pour guérir et élever la conscience.

Les bienfaits des bols chantants, validés à la fois par la tradition et par certaines recherches en neurosciences agissent sur le physique et le psychique avec réduction du stress et de l’anxiété grâce à l’action des vibrations sur le système nerveux autonome et harmonisation des chakras et des champs énergétiques subtils du corps. Par ailleurs les sons génèrent une induction d’états méditatifs profonds (ondes thêta et alpha), favorisant la récupération mentale, ce qui conduit à une amélioration du sommeil, de la concentration et de la créativité.

Les auteures soulignent que la pratique régulière permet d' »ancrer » le méditant dans le moment présent bien plus efficacement que de nombreuses techniques mentales, car le son capte l’attention de manière immédiate et naturelle.

Pour choisir son bol il est conseillé de ne pas acheter un bol sans l’avoir d’abord entendu : chaque instrument a sa propre « voix » et il convient de trouver celui dont la résonance « parle » à son utilisateur. On distingue les bols martelés (anciens) qui ont un son plus rugueux, riche en overtones, selon la tradition tibétaine authentique, les bols coulés (modernes) qui ont un son plus pur et plus stable, facile à jouer pour les débutants, enfin les bols de cristal de quartz à vibration très pure, souvent utilisés en sonothérapie contemporaine.

Comme pour tous les exercices spirituels comme physique, il faut noter  l’importance de la régularité. Même quelques minutes par jour suffisent pour ressentir des transformations durables. On peut alors utiliser les bols au réveil, pour ancrer l’intention de la journée dans la clarté ou bien avant une séance de yoga ou de méditation afin de faciliter le passage à l’état méditatif, mais aussi en soirée pour déposer les tensions accumulées et préparer un sommeil réparateur.

Les auteures

Isabelle Serges, initialement assistante sociale s’est formée à la psychologie positive, puis à la méditation auprès du moine bouddhiste tibétain Lama Lobsang Samtem et du psychiatre Christophe André. Elle est actuellement coach de vie et enseignante en calme mental. Elle anime des ateliers « bols chantants » dans le Lubéron. Elle a produit les cartes méditatives : Voyage vers l’Harmonie.

Isabelle Cerf, diplômée en psychologie , écrivaine et conférencière est l’auteure de nombreux best-sellers parus chez Guy Trédaniel dont = le guide du lightworker

La United Grand Lodge de Maurice célèbre son premier anniversaire : un bilan de croissance et d’engagement social

MAURICE – le 9 mai 2026 – À l’occasion de la Grande Tenue Annuelle du 9 mai 2026, le Grand Maître Fondateur de la United Grand Lodge (UGL), le Très Respectable Frère Christian Lefèvre, a dressé un bilan historique pour l’institution qui célébrera, le 10 mai 2026, le premier printemps de sa consécration.

L’événement a été marqué par une dimension fraternelle internationale de premier plan. Témoignant de la vitalité de ses relations diplomatiques, la United Grande Lodge a eu l’honneur d’accueillir les représentants de plusieurs Grandes Loges régulières étrangères.

Ces liens d’amitié et de coopération, entretenus avec les plus hautes instances maçonniques mondiales, confirment la pleine reconnaissance de l’institution. La présence de ces délégations lors de cette Tenue Annuelle souligne l’engagement commun pour les valeurs universelles de l’Ordre et renforce la position de la United Grand Lodge comme un maillon essentiel de la chaîne d’union internationale.

Christian Lefèvre – Grand Maître de la Grande-Loge-Ile-Maurice

Une institution en pleine expansion

L’obédience a pris son autonomie par rapport à la Grande Loge de Maurice après une période de fortes tensions. Cette séparation résulte d’un conflit de valeurs, la vision de l’époque ayant été pervertie et fragilisée par diverses polémiques.

Moins d’un an après sa création, la United Grand Lodge s’affirme déjà comme une institution solide et structurée. Le Grand Maître a souligné avec fierté que l’obédience compte désormais sept loges pratiquant six rites différents et rassemblant plus de 120 frères. Cette diversité fait de la United Grand Lodge un véritable « trait d’union vivant entre l’Orient et l’Occident » au cœur de l’Océan Indien.

Le succès de cette première année repose sur une gouvernance saine et des processus transparents, garantissant la stabilité de l’institution au-delà des individualités.

Trois axes stratégiques pour l’avenir

Pour l’année à venir, le TRF Christian Lefèvre a défini une feuille de route ambitieuse axée sur trois piliers fondamentaux :

  • L’Excellence initiatique : Renforcement des pratiques rituéliques et de la réflexion symbolique au sein de chaque loge.
  • Rigueur et modernisation : La digitalisation intégrale des services administratifs pour assurer une agilité et une transparence exemplaires.
  • Rayonnement et coopération : Une ouverture continue vers les autres puissances maçonniques régulières, sans distinction d’origine ou de religion.

Un engagement fort pour l’éducation

Fidèle à sa devise — « Nous ne bâtissons point de murs, mais des hommes » — la United Grand Lodge place l’action caritative au centre de ses priorités. Pour l’année 2026, l’obédience concentrera ses efforts sur le soutien à l’éducation des enfants démunis de l’île Maurice.

« Offrons-leur les outils de la dignité. Rappelons-nous que si le monde oublie parfois ce que nous disons, il n’oubliera jamais ce que nous accomplissons. » — Christian Lefèvre, Grand Maître.

Perspectives et projets

L’institution a également confirmé que le projet de création d’un propre Centre Maçonnique est actuellement à l’étude avec des perspectives encourageantes. Ce futur centre renforcera l’ancrage de la United Grand Lodge dans le paysage social et culturel mauricien.


À propos de la United Grand Lodge : La United Grand Lodge est une obédience maçonnique régulière fondée à Maurice, dédiée à la construction de la sagesse humaine, à la pratique de la fraternité universelle et au service de l’humanité sous les principes de Paix, de Justice et de Liberté.

Contact :

Christian Lefèvre
Grand Maitre

Email : gm@uglm.mu
Web: www.uglm.mu

CLIPSAS : coup de tonnerre à quelques heures de l’ouverture de l’Assemblée Générale annuelle

La démission de la Secrétaire générale du CLIPSAS, Ionela Cuciureanu, adressée à quelques heures de l’Assemblée générale de Sofia, fait l’effet d’un séisme. Le texte, dense, grave et sans détour, ne ressemble pas à un simple départ administratif : c’est un acte d’accusation moral contre une culture institutionnelle que l’autrice juge traversée par le harcèlement, l’indifférence et l’hypocrisie.

À quelques heures d’une réunion censée célébrer l’union, la fraternité et la construction de ponts, cette lettre jette une lumière crue sur les tensions internes d’une organisation que 450.fm suit depuis longtemps et dont il a régulièrement signalé les crises de gouvernance, les controverses judiciaires et les dérives de fonctionnement. Dans ce contexte déjà chargé, le départ de celle qui avait été élue à 98% des voix prend une portée symbolique considérable.

Une démission qui sonne comme un réquisitoire

Ionela Cuciureanu

Le texte d’Ionela Cuciureanu est construit comme une prise de parole de rupture, mais aussi comme une méditation sur ce que signifie réellement la fraternité. Elle ouvre sa lettre par une allusion à Thrasybule de Milet et au geste des pavots coupés, image antique du pouvoir qui égalise tout ce qui dépasse. Le symbole est limpide : au sein d’une institution, les fleurs qui s’élèvent trop haut deviennent vite la cible. La métaphore dit la violence sourde des appareils qui tolèrent mal les voix singulières, les consciences autonomes, les personnalités qui refusent de se plier aux équilibres de façade.

Mais le cœur du message est ailleurs. La Secrétaire générale explique qu’elle a accepté sa fonction par fidélité à la promesse la plus noble de la Franc-Maçonnerie : une obligation sacrée de fraternité. Elle précise immédiatement qu’il ne s’agit pas de la fraternité des discours, des bannières ou des proclamations, mais de celle qui se manifeste lorsque quelqu’un devient gênant, isolé, attaqué, politiquement coûteux à défendre. C’est là, selon elle, que l’institution a failli.

Le poids des mots

Photo non contractuelle

Certaines formules de la lettre frappent par leur netteté. Ionela Cuciureanu affirme avoir été témoin de « harcèlement transformé en stratégie », de « lâcheté déguisée en diplomatie » et d’une « indifférence élevée au rang de prudence institutionnelle ».
Elle vise ici un mécanisme bien connu des organisations en crise : la violence n’y est plus nécessairement frontale, elle se fait administrative, prudente, feutrée, et se pare de bonnes intentions pour mieux s’imposer.

La fraternité, dans cette logique, devient un langage cérémoniel qui ne protège plus personne.

Autre passage fort : elle écrit que le Président lui a demandé de « se retirer pour le bien de l’association », et qu’elle s’exécute. Mais elle ajoute aussitôt qu’une institution peut survivre au conflit, alors qu’elle ne peut pas survivre indéfiniment à l’indifférence et à la normalisation de l’hypocrisie. La formule résume tout : le conflit n’est pas forcément mortel ; le renoncement moral, lui, l’est souvent.

Le problème de la mémoire

Photo non contractuelle

L’une des dimensions les plus graves de cette lettre tient à la question de la mémoire. Ionela Cuciureanu évoque l’auteur d’une lettre hostile diffusée dans le groupe, en suggérant que cette personne a peut-être elle-même connu l’isolement, la diffamation et l’exclusion après avoir dénoncé des irrégularités.
Elle souligne que le temps passe, que les mémoires s’effacent de manière sélective, et que la survie dans certains systèmes exige parfois le sacrifice de ses propres vérités passées.

Cette remarque dépasse le simple cas personnel. Elle accuse un fonctionnement institutionnel où la mémoire morale se dissout au profit de l’obéissance et de la commodité.
Selon elle, lorsque les institutions ne cultivent plus la mémoire, elles finissent par produire une forme d’aveuglement collectif : l’obéissance remplace la conscience, et la fraternité cesse d’être vécue pour devenir une chorégraphie. C’est sans doute l’un des passages les plus sévères de toute la lettre.

Une sortie sans amertume

Louis Daly – Président du CLIPSAS

La force du texte tient aussi à sa tonalité. Ionela Cuciureanu refuse explicitement l’amertume : « l’amertume n’est qu’une autre forme de captivité ». Elle dit partir « sans haine, ni vaincue ni rancunière », et rappelle que les blessures ne devraient jamais devenir des identités.
Ce refus du ressentiment donne à son geste une dignité particulière. Elle ne cherche pas à se venger ; elle veut nommer ce qui, selon elle, a été trahi.

Elle reconnaît néanmoins sa déception devant certaines attitudes, certains comportements et certaines pratiques qu’elle qualifie d’anti-maçonniques. Le mot n’est pas anodin. Il signifie que la critique ne porte pas seulement sur des personnes, mais sur des usages qui contredisent les valeurs mêmes que l’organisation prétend défendre. Autrement dit, ce n’est pas seulement la secrétaire générale qui s’en va ; c’est une certaine idée de la fraternité qui se sent abandonnée.

Les lumières au milieu des ombres

Le texte ne serait pas complet s’il ne rappelait pas qu’au sein même de la crise, il y a eu des gestes de loyauté. Ionela Cuciureanu dit qu’au milieu de la déception, il y a encore des « lumières » : des frères et des sœurs qui lui ont donné de la dignité, du courage, du soutien silencieux, là où d’autres offraient du calcul. Elle insiste sur ces personnes qui restaurent les institutions non par des fonctions ou des titres, mais par leur décence.

Ce contrechamp est essentiel. Il empêche le texte de sombrer dans un noir total.
Il montre que le CLIPSAS n’est pas réduit à ses tensions, et que la fraternité n’y a pas disparu partout. Mais il renforce aussi la critique : s’il existe de vrais gestes fraternels, alors les comportements dénoncés par la démission n’en sont que plus inacceptables.

Union ou tribunal ?

La notion d’union, au cœur du CLIPSAS, est elle aussi requalifiée par la lettre.
Ionela Cuciureanu dit croire encore en l’Union, en un centre d’union, mais pas lorsqu’on le confisque pour en faire un « tribunal martial improvisé », pas lorsqu’il protège l’influence davantage que la vérité, pas lorsqu’il confond diplomatie et neutralité morale.
Cette phrase touche au centre symbolique de l’organisation : un centre d’union ne peut pas être une machine à neutraliser les dissidences au prix de la justice.

Ce qui choque dans le texte, ce n’est donc pas seulement le départ d’une dirigeante.
C’est la manière dont elle pose une question que l’institution devra affronter : quel genre de fraternité demande à la personne blessée de partir pour que l’ensemble demeure confortable ?
La question est d’autant plus dérangeante qu’elle renvoie à une expérience universelle des organisations : le sacrifice des plus exposés au nom de la paix apparente.

Un dossier qui dépasse un seul nom

Cette affaire n’arrive pas dans un vide. 450.fm a déjà documenté, à plusieurs reprises (voir en annexe ci-dessous), les tensions récurrentes du CLIPSAS : difficultés de gouvernance, conflits internes, affaire judiciaire, problèmes de légitimité, contestations publiques.
On se souvient notamment des articles évoquant des procédures judiciaires autour de l’élection de Louis Daly, ou encore des critiques sur la liberté de la presse et sur le fonctionnement des instances. Le départ d’Ionela Cuciureanu vient donc s’ajouter à une série d’épisodes qui laissent apparaître une crise structurelle plus profonde qu’un simple désaccord conjoncturel.

Dans ce contexte, sa lettre agit comme un révélateur. Elle donne une voix intérieure à ce que les observateurs extérieurs percevaient déjà : une institution qui peine à conjuguer ses idéaux fraternels avec ses pratiques réelles. Et c’est précisément ce décalage qui rend la démission si significative.

Une trace qui restera

Le dernier mouvement de la lettre est profondément maçonnique dans son ambition morale : Ionela Cuciureanu affirme qu’aucune démission ne peut effacer la fraternité, et qu’aucun échec institutionnel ne peut détruire les liens humains qui furent réels. Elle conclut en disant qu’elle demeure « silencieusement, fidèlement, imparfaitement, mais sincèrement » la sœur de tous ceux qui l’ont connue. C’est une formule de retrait, mais aussi de maintien du lien.

Cette conclusion est sans doute la plus belle parce qu’elle ne ferme pas tout.
Elle laisse ouverte la possibilité d’une mémoire commune, d’un avenir plus juste, d’un retour à ce que la fraternité signifie vraiment : reconnaître l’autre, non quand il est utile, mais quand il est vulnérable. Et c’est peut-être cela, au fond, le véritable coup de tonnerre de cette démission : elle ne se contente pas de quitter une fonction ; elle met l’institution face à sa propre définition.

Ce que dit cette démission du CLIPSAS

Au-delà du cas personnel, cette lettre dit beaucoup du moment que traverse le CLIPSAS.
Elle montre qu’une organisation qui se veut lieu de convergence peut devenir lieu de crispation, si les mécanismes internes privilégient la sauvegarde du confort au détriment de la vérité. Elle montre aussi que la fraternité, lorsqu’elle n’est plus éprouvée dans les actes, devient un mot décoratif.

Le texte d’Ionela Cuciureanu est donc à la fois un départ, une protestation et un miroir tendu à toute l’institution. À l’heure où l’Assemblée générale s’ouvre à Sofia, le CLIPSAS se retrouve confronté à une question simple et terrible : veut-il être un espace de fraternité vivante, ou une machine à produire de la conformité ?

La réponse, désormais, ne pourra plus être seulement rhétorique.

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30/05/26 – Le Grand Architecte de l’Univers au cœur de la 6e Journée des auteurs du SCPLF

Le samedi 30 mai 2026, le Suprême Conseil pour la France organise, dans son Grand Temple de Bineau à Neuilly-sur-Seine, la 6e Journée des auteurs.

Après le langage symbolique du REAA en 2024 et l’alchimie en 2025, cette nouvelle édition interrogera l’une des notions les plus sensibles, les plus fécondes et parfois les plus discutées de la tradition écossaise, le Grand Architecte de l’Univers. Trois voix, celles de Jacques Clément, Marie-Andrée Clamens et Gaël de Kerret, viendront ouvrir un chantier de réflexion où le symbole, la pensée et la liberté intérieure auront toute leur place.

Il est des expressions maçonniques que l’on croit connaître parce qu’elles nous accompagnent depuis longtemps

Derrière ces quatre mots se tient tout un paysage spirituel, philosophique et initiatique.

Le Grand Architecte de l’Univers appartient à cette famille de mots essentiels, si souvent invoqués, si souvent médités, et pourtant toujours capables de rouvrir la question du sens.

Dieu, Principe, Ordre, Lumière, Verbe, transcendance, symbole, silence, apophase, tradition, liberté de conscience. Le G.A.D.L.U. n’est jamais une formule neutre. Il touche à ce que chacun porte au plus profond de lui-même, à ce qu’il nomme ou ne nomme pas, à ce qu’il pressent sans toujours pouvoir le dire.

C’est précisément à cette profondeur que la 6e Journée des auteurs du Suprême Conseil pour la France entend se consacrer

Le samedi 30 mai 2026, c’est au Grand Temple de Bineau qu’il faudra être. Là, et nulle part ailleurs !

Au 65 boulevard Bineau, à Neuilly-sur-Seine, auteurs, Sœurs, Frères et profanes curieux seront invités à réfléchir ensemble à une question majeure, celle du Grand Architecte de l’Univers, qui traverse toute l’histoire du Rite Écossais Ancien et Accepté.

Le choix du thème ne doit rien au hasard

Le G.A.D.L.U. renvoie à l’héritage du Convent de Lausanne, aux débats qui ont marqué la franc-maçonnerie spiritualiste, aux tensions parfois vives entre affirmation traditionnelle, liberté interprétative et exigence de conscience.

Est-il une manière de nommer Dieu sans enfermer Dieu dans un dogme. Est-il une représentation symbolique du Principe. Est-il une voie pour préserver l’espace du sacré sans le réduire à une religion. Est-il au contraire un terme qui déplace, voile ou dépasse la question religieuse. À travers ces interrogations, c’est tout le rapport du maçon au langage, au mystère et à sa propre liberté qui se trouve mis en chantier.

Trois interventions viendront nourrir cette matinée de réflexion

Gaël de Karret

Jacques Clément, du SCPLF, proposera un « Essai de caractérisation du REAA ». Marie-Andrée Clamens, du Suprême Conseil Féminin de France, abordera « Notre invocation au G.A.D.L.U. » Gaël de Kerret, du SCPLF, développera une approche intitulée « De l’apophase au G.A.D.L.U. » Trois angles, trois sensibilités, trois chemins pour approcher une même question sans la réduire. Car le propre d’un symbole véritable est de ne jamais s’épuiser dans une définition. Il ouvre plus qu’il ne clôt. Il appelle moins la réponse immédiate que la lente maturation intérieure.

Cette journée s’inscrit dans une continuité. En 2024, la réflexion portait sur la richesse du langage symbolique dans le REAA, avec Jacques Simon, Gaël de Kerret, Jacques Branchut, Jean Dumonteil et Irène Mainguy. En 2025, l’alchimie avait été mise à l’honneur avec Jean-Paul Hostein, Françoise Sabadel et Dominique Jardin.

L’édition 2026 prolonge donc naturellement cette exploration des grandes matrices de la pensée écossaise

Après le symbole et la transmutation, vient la question du Principe. Après les mots et le feu, voici l’invocation.

La Journée des auteurs n’est pas seulement une suite de conférences. Elle est aussi un moment de rencontre, de débat, de lecture et de transmission. La franc-maçonnerie vit de parole partagée, de contradictions fraternelles, de questions parfois inattendues, parfois malicieuses, toujours nécessaires lorsqu’elles demeurent au service de la recherche sincère. Elle ne grandit jamais dans la répétition mécanique des certitudes, mais dans l’effort patient pour faire dialoguer la tradition avec l’intelligence vivante du présent.

Le programme donnera à cette rencontre un rythme simple et fraternel

L’accueil se fera de 9 h 30 à 10 h. Les conférences auront lieu de 10 h à 12 h 30. Le déjeuner réunira les participants de 12 h 30 à 14 h. L’après-midi, de 14 h à 16 h, sera consacré aux séances de dédicaces, permettant de prolonger les échanges autour des ouvrages et des auteurs.

L’entrée aux conférences est gratuite, mais l’inscription est fortement recommandée sur le site Agapae Shop

Les personnes qui le souhaitent pourront également s’inscrire au repas, proposé au tarif de 35 euros. Ouverte aux maçonnes, aux maçons et aux profanes, cette 6e Journée des auteurs confirme que la culture maçonnique peut se partager sans se dissoudre, s’ouvrir sans se perdre, transmettre sans imposer.

Le 30 mai 2026, à Neuilly, le Suprême Conseil pour la France ne proposera pas seulement une journée autour d’un thème majeur du REAA. Il invitera chacun à revenir vers ce point intérieur où la parole maçonnique cesse d’être formule pour devenir méditation. Le Grand Architecte de l’Univers n’y sera pas seulement nommé. Il sera interrogé, approché, travaillé comme une pierre vive de la conscience initiatique.

Infos pratiques

6e Journée des auteurs du Suprême Conseil pour la France – Samedi 30 mai 2026
Suprême Conseil pour la France – Grand Temple de Bineau – 65 boulevard Bineau 92200 Neuilly-sur-Seine
Accueil de 9 h 30 à 10 h / Conférences de 10 h à 12 h 30 / Déjeuner de 12 h 30 à 14 h / Dédicaces de 14 h à 16 h


Inscription recommandée sur Agapae Shop
Repas sur inscription au tarif de 35 euros

Didier Molines et la Parole vivante du Rite Français

Avec Du mot à la parole, Didier Molines poursuit une œuvre de clarification rare autour du Rite Français. En quelques pages denses, il montre que la parole maçonnique n’est ni une formule morte ni un vestige sacralisé, mais une méthode de transmission, de liberté et de construction intérieure autant que sociale.

Dans ce bref ouvrage d’une rare densité, Didier Molines poursuit une méditation qui, livre après livre, prend l’allure d’une œuvre cohérente, presque d’une lente architecture intérieure.

Il ne s’agit jamais chez lui d’accumuler des connaissances pour le seul plaisir de l’érudition

Il s’agit de comprendre ce qui, dans la voie maçonnique, transmet, relie, transforme et oblige. Avec ce nouveau volume, il place au centre de son regard un terme dont la familiarité apparente masque la profondeur abyssale, la « Parole ». Et ce qu’il en fait est remarquable. Il ne la traite ni comme une relique à vénérer, ni comme un mot de passe agrandi par le commentaire, mais comme une réalité vivante, progressive, opérative, qui accompagne l’initié dans son cheminement et l’arrache à toute paresse de l’esprit.

Didier Molines montre avec une grande netteté que le Rite Français ne peut être compris si nous le réduisons à une succession de degrés ou à une belle mécanique rituelle

Ce qui lui donne sa cohérence, c’est précisément cette maturation de la parole, depuis le mot reçu jusqu’à la parole élaborée, depuis la reconnaissance jusqu’à la conscience, depuis le signe jusqu’à la construction d’un sens. Cette idée est l’une des plus fécondes du livre. Elle rend au rite sa respiration propre. Elle rappelle que la tradition n’est pas répétition mais transmission, et que transmettre n’est jamais reproduire à l’identique, mais faire vivre une méthode qui permet à chacun de dégager sa part de vérité dans la fidélité à un cadre commun.

Il y a là une intuition profondément maçonnique

La parole n’est pas seulement ce qui se dit. Elle est ce qui se conquiert contre la confusion intérieure, contre les séductions du dogme, contre l’illusion qu’une formule pourrait dispenser du travail sur soi. Dans cette perspective, le Rite Français apparaît comme une ascèse de la lucidité. Didier Molines insiste avec force sur le fait que cette parole demeure ouverte. Certains y liront une parole divine, d’autres un projet humain, d’autres encore une exigence éthique sans cesse reprise. L’essentiel n’est pas que tous nomment la même chose de la même manière. L’essentiel est que tous travaillent à partir des mêmes principes, dans une même rigueur, avec cette liberté absolue de conscience qui constitue l’un des biens les plus précieux de la tradition du Grand Orient de France.

C’est ici que ce petit livre prend une ampleur qui dépasse son format.

Car Didier Molines ne sépare jamais l’initiatique du social

Didier Molines

Il appartient à ces auteurs pour lesquels la franc-maçonnerie ne se justifie pas seulement par l’approfondissement intérieur qu’elle rend possible, mais aussi par la qualité du lien qu’elle permet de tisser entre l’homme qui se transforme et la société qu’il contribue à servir. La parole, telle qu’il la pense, n’est donc ni retraite ni refuge. Elle devient une manière de construire, de relier, d’ordonner, d’éclairer. Elle devient une méthode de présence au monde. En cela, son essai touche à quelque chose de très juste. Il rappelle que le maçon n’est pas appelé à contempler sa propre élévation, mais à faire passer dans la cité une part du travail accompli en lui-même.

Cette réflexion ne surgit pas de nulle part

Elle prolonge un itinéraire intellectuel et maçonnique déjà fortement dessiné. Médecin à la retraite, né en 1951, docteur en médecine, Didier Molines a d’abord exercé en cabinet avant d’orienter son activité vers la direction d’établissements médico-sociaux, puis vers des responsabilités de direction générale dans le secteur social et médico-social. Cette traversée du soin, de l’écoute et de la responsabilité institutionnelle n’est pas étrangère à sa manière d’écrire.

Elle donne à sa pensée une gravité concrète, une attention constante à l’humain, aux structures, aux effets réels des idées sur les existences. Franc-maçon depuis 1977 au Grand Orient de France, engagé dans les loges symboliques comme dans les chapitres de Rite Français, ayant exercé des mandats nationaux au Conseil de l’Ordre et à la Chambre d’Administration du Grand Chapitre Général, il connaît de l’intérieur les tensions, les héritages et les promesses de ce rite. Ses recherches, nourries par l’étude des décisions de l’obédience, des rituels anciens et actuels, et par un travail assidu sur les archives, donnent à ses ouvrages une assise que nous sentons à chaque page sans que jamais le texte ne s’alourdisse.

Ce livre gagne encore en profondeur lorsqu’on le replace auprès des deux précédents

Dans Les tribulations de « Dieu » au Grand Orient de France, Didier Molines suivait le long déplacement qui conduit de la croyance obligatoire à la liberté absolue de conscience. Dans Le Rite Français, une construction dialectique entre démarche initiatique et engagement social ?,

il montrait déjà comment le rite tenait ensemble le travail de l’être et la vocation de la cité. Du mot à la parole apparaît dès lors comme le troisième moment d’un même ensemble. Après la question de « Dieu », après celle de l’articulation entre intériorité et monde commun, voici celle de la parole elle-même, c’est-à-dire du médium vivant par lequel une tradition se transmet sans se pétrifier, s’éclaire sans s’ériger en absolu, se continue sans se trahir.

Nous aimons dans ce texte sa probité, sa tenue, son refus des facilités

Didier Molines n’écrit pas pour impressionner. Il écrit pour clarifier, pour restituer au Rite Français sa cohérence intime, pour montrer que la voie maçonnique n’a de sens que si elle demeure un chemin de construction. Il en résulte un essai bref, mais d’une réelle intensité, dont la portée excède largement le cadre du seul commentaire rituel. Car ce qui s’y joue, au fond, touche à la question la plus haute. Comment une tradition peut-elle transmettre sans contraindre, structurer sans enfermer, donner forme sans retirer la liberté ? À cette question, Didier Molines répond avec une sobriété lumineuse. La parole véritable n’est ni possédée ni close. Elle se cherche, elle se travaille, elle se partage, et c’est à ce prix seulement qu’elle devient féconde.

Dans ce livre bref et profond, Didier Molines rappelle une vérité que bien des maçons pressentent sans toujours la formuler.

Le Rite ne vaut que s’il met l’être en travail et donne à la parole la force d’éclairer l’homme sans jamais l’asservir. C’est peut-être là, au cœur même de cette tension entre fidélité et liberté, que le Rite Français conserve sa jeunesse et sa puissance d’avenir.

Du mot à la parole – Le chemin du Rite français, transmettre et construire ?
Didier Molines – Cépaduès, coll. de Midi, 70 pages, 14 €

L’éditeur, le SITE

Arthur Schopenhauer nous apprend à ne plus souffrir de la bêtise des idiots

Vous avez déjà connu cette situation : vous vous trouvez face à une personne qui ne saisit pas vos propos. Non pas à cause d’une explication confuse de votre part, mais parce qu’elle manque fondamentalement de la capacité à comprendre. Vous simplifiez votre discours, vous utilisez des analogies, vous tentez différentes approches, la personne acquiesce, elle donne l’impression d’être attentive. Pourtant, quelques instants plus tard, elle n’a absolument rien compris au fond de votre message.

Ou alors, vous avez déjà été témoin de quelqu’un qui répète inlassablement la même erreur flagrante, ignorant les évidences, rejetant la logique et privilégiant systématiquement l’émotion au détriment de la raison. Et vous vous demandez : comment est‑ce même possible ?

La philosophie d’Arthur Schopenhauer offre une réponse brutale, claire, libératrice : la plupart des individus fonctionnent à un niveau cognitif bien inférieur à ce que l’on nous apprend à attendre. Pas par malveillance, mais en raison d’une limitation intrinsèque de leur capacité de pensée. Et dès l’instant où vous acceptez cette réalité, vous cessez de souffrir du décalage entre vos attentes et leurs contraintes.

1. La bêtise, moteur silencieux de l’humanité

Schopenhauer consacre des décennies à observer la bêtise humaine sous toutes ses formes, sans mièvrerie, sans adoucissement.
Contre la platitude réconfortante selon laquelle « tout le monde peut penser de manière critique s’il fait juste un peu plus d’efforts », il oppose une vérité inconfortable : la vraie pensée – celle qui est logique, distanciée, capable de remettre en cause ses propres fondements – est une denrée rare, rarissime.
Pour lui, la plupart des hommes ne sont pas capables de penser, mais seulement de croire ; ils ne sont pas accessibles à la raison, mais à l’autorité, à l’émotion, à l’habitude.

Lorsque vous parlez à quelqu’un et que, malgré tous vos efforts, rien ne passe, ce n’est pas forcément de votre faute :
vous êtes confronté à une structure de l’esprit qui ne supporte pas le niveau d’abstraction, de nuance, de complexité que vous manipulez naturellement.
Les mots, les analogies, les exemples, même les métaphores… tout cela reste à la surface, car ce qui manque, c’est le récepteur interne, la machine de traitement.

2. La majorité : « croire » plutôt que penser

Schopenhauer insiste sur un point central : la plupart des gens ne réfléchissent pas, au sens strict du terme ; ils mémorisent, répètent et récitent.
Ils adoptent des schémas, des slogans, des formules toutes faites, puis les défendent avec une assurance démesurée, sans jamais les avoir véritablement examinés.
On leur présente de la logique ? Ils répondent par des slogans.
On leur offre des preuves ? Ils rétorquent avec de l’émotion.
On invoque la raison ? Ils répliquent par ce que « tout le monde sait ».

Dans ce cadre, la conversation cesse d’être un échange d’idées : elle devient la confrontation entre votre tentative de penser et leur répétition de programmes pré‑installés.
Les croyances qu’ils défendent ont été constituées hors de la pensée, par imitation, par pression sociale, par peur, par identification tribale.
Rien n’a été choisi au sens intellectuel : tout a été adopté, par contagion, par résonance, par confort.

3. L’intelligence, exception, non règle

Schopenhauer refuse l’idée répandue selon laquelle « tout le monde est raisonnable, dans le fond », dès lors qu’on lui donne les bonnes conditions ou la bonne éducation.
Pour lui, la vraie intelligence – la faculté de pensée abstraite, d’analyse logique, de mise à distance, de nuance – est extraordinairement rare.
Peut‑être, suggère‑t‑il dans l’esprit, 5% de la population, voire moins, sont capables de mobiliser ce type de cognition de manière stable et sérieuse.
Observons, en effet, la façon dont la majorité des gens prennent leurs décisions :

  • Non par analyse, mais par émotion et pression sociale.
  • Non par investigation, mais par identification tribale (« c’est ce que pense mon clan, donc c’est ce que je pense »).
  • Non pour découvrir la vérité, mais pour défendre leur camp, leurs positions préétablies, parfois sans jamais les avoir questionnées.

Schopenhauer va jusqu’à écrire que l’homme du commun n’est pas capable de penser, mais seulement de croire.
C’est une vision brutale, mais qui résonne si l’on cesse de se mentir à soi‑même :
l’intelligence, la pensée libre, la capacité de remise en cause sont des anomalies, des rarités, non la norme.

4. « Certains ne peuvent pas comprendre » : une libération

Une des idées les plus libératrices de Schopenhauer est celle‑ci : certaines personnes ne peuvent pas vous comprendre, non parce qu’elles ne veulent pas, mais parce qu’elles ne peuvent pas.
Leur architecture cognitive ne supporte pas le niveau d’abstraction, la complexité, la distance, la nuance avec laquelle vous raisonnez.
C’est comme si vous tentiez d’expliquer le calcul intégral à quelqu’un qui peine avec l’arithmétique de base : vous pouvez simplifier autant que vous voulez, la différence de niveau reste infranchissable.
On peut parler de plafond cognitif : chaque esprit a un plafond, et pour la plupart, ce plafond est assez bas.

Cette idée est libératrice, car elle supprime une faute morale :
vous ne ratez pas votre communication, vous rencontrez la limite de l’autre.
Vous n’êtes pas responsable de la capacité de compréhension de l’interlocuteur, tout comme vous n’êtes pas responsable de la taille de son corps ni de la couleur de ses yeux.
Votre intelligence, votre capacité de nuance, de réflexion, de synthèse, ne sont pas des défauts, mais des données objectives.
Ce n’est pas votre tort si l’autre est incapable de les suivre.

5. La confiance agressive : symptôme de l’ignorance

Schopenhauer observe un phénomène aujourd’hui connu sous le nom d’effet Dunning‑Kruger : plus une personne est peu compétente, plus elle se croit compétente.
Les individus dépourvus de capacité de remise en cause, de nuance, de doute, ne peuvent concevoir un véritable doute, car le doute demande précisément cette capacité.
Ils sont donc absolument certains de tout.
Leur confiance n’est pas la confiance de l’expert, mais celle de l’ignorant, qui ignore justement son ignorance.

Présentez‑leur des faits contradictoires ? Ils les rejettent avec assurance.
Montrez‑leur des erreurs de logique ? Ils les écartent avec confiance.
Prouvez‑leur qu’ils ont tort ? Leur assurance redouble plutôt qu’elle ne diminue.
La raison ne peut rien contre cette confiance fondée sur l’incompréhension.
Schopenhauer en conclut qu’il est inutile, voire nuisible, de s’engager auprès de l’ignorance agressive :
vous ne pouvez pas gagner, et vous gaspillez votre énergie, votre clarté, votre temps.

6. L’émotion domine la pensée (la plupart du temps)

Pour Schopenhauer, la plupart de ce que l’on appelle « penser » est en réalité du raisonnement émotionnel habillé de langage rationnel.
On ressent d’abord, on veut sauver une émotion, une identité, une appartenance, puis on cherche des arguments a posteriori pour la justifier.
La peur façonne la politique, la colère dicte le jugement, l’insécurité oriente la critique.
La logique n’est pas le moteur, mais la justification.

Face à cela, opposer des arguments logiques est souvent vain :
l’émotion sous‑jacente n’a pas changé, donc la position non plus.
On ne peut pas raisonner une personne pour la faire changer de position si cette position a été adoptée par l’émotion, non par la raison.
La philosophie de Schopenhauer démasque ainsi l’illusion selon laquelle la majorité des gens « pensent » sérieusement, et rappelle que, dans ces échanges,
on ne débat pas contre des idées, mais contre des affects, des peurs, des besoins identitaires.
Et les affects ne sont pas sensibles à la logique.

7. Reconnaître ses limites : une forme supérieure d’intelligence

Schopenhauer insiste sur un point souvent oublié :
l’être dénué d’intelligence ne peut pas admettre son propre manque, car reconnaître ses limites exige justement la capacité qui lui fait défaut.
De la même manière, il ne peut pas déceler une intelligence supérieure chez l’autre.
Vos intuitions lui paraissent absurdes, votre profondeur une complication inutile, votre nuance une confusion.
« Si tu avais vraiment compris, tu expliquerais plus simplement », dit‑il, ignorant que la complexité, parfois, est irréductible.

La simplification excessive détruit la vérité.
Parfois, la limite est chez le récepteur, non chez l’émetteur.
La personne intelligente, éclairée par Schopenhauer, comprend qu’elle n’a pas à se justifier devant ceux qui ne peuvent pas la suivre.
Elle cesse de chercher la validation de la part de personnes incapables de porter un jugement juste.
Leur incompréhension devient alors sans importance.

8. La foule, toujours inférieure à la somme de ses parties

Schopenhauer observe que l’intelligence ne se multiplie pas dans la foule : elle diminue.
La dynamique de groupe récompense le conformisme, la résonance émotionnelle, l’appartenance tribale, pas la réflexion.
Mettez la même personne dans un groupe, et son raisonnement se simplifie, la nuance disparaît, la pensée indépendante s’évapore.
Les positions complexes deviennent des slogans, la réflexion cède la place aux cris, aux slogans, aux répétitions identitaires.
La majorité, à grande échelle, devient moins que la somme de ses parties.

La personne intelligente, donc, ne s’attend plus à des discours rationnels des foules, des groupes, des assemblées.
Elle comprend qu’elle doit interagir plutôt avec des individus isolés, un esprit à la fois, ou pas du tout.
Car là où la foule a le pouvoir, la réflexion est exilée.

9. La vérité, en trois étapes, mais souvent ignorée

Schopenhauer note que « toute vérité traverse trois étapes » :

  1. elle est ridiculisée,
  2. elle est violemment combattue,
  3. elle est acceptée comme évidente.

La majorité des individus ne veulent pas la vérité, ils veulent le confort.
La vérité exige de changer, d’admettre ses erreurs, d’affronter des réalités inconfortables.
Les mensonges réconfortants, eux, offrent un soulagement immédiat :
« tout a une raison », « ça va s’arranger », « ce qui doit arriver arrivera ».
Même si ces phrases sont fausses, elles sont apaisantes.
Le réconfort l’emporte presque toujours sur la vérité, pour la plupart des individus.

La personne perspicace, inspirée par Schopenhauer, cesse alors d’offrir la vérité à ceux qui ne la veulent pas.
Elle comprend qu’une vérité non sollicitée engendre du ressentiment, non de la gratitude.
Elle réserve son honnêteté, sa clarté, sa nuance, à quelques rares individus qui la valorisent vraiment.
Ainsi, elle évite de se brûler inutilement.

10. La solitude de l’intelligence, pas une faute

Schopenhauer a vécu lui‑même cette solitude : plus on est intelligent, plus ses propres pensées deviennent un monde à part.
La plupart des conversations paraissent répétitives, superficielles, prévisibles.
La plupart des gens ne peuvent pas suivre un cheminement de pensée s’éloignant des clichés, des opinions reçues, des slogans.
Si l’intelligence suit une distribution normale et que vous êtes dans les 5% supérieurs, alors 95% de la population ne peuvent pas interagir avec vous à votre niveau.

Cette solitude n’est pas une preuve d’arrogance, mais une conséquence statistique.
La personne intelligente, éclairée par Schopenhauer, cesse de vouloir forcer une connexion avec ceux qui ne peuvent pas la rejoindre là où elle se trouve.
Ce n’est pas de la méprisance, c’est de l’acceptation réaliste :
l’intelligence crée naturellement une distance, et plus la perception est claire, plus ce cercle d’âmes compatibles est restreint.

11. Transformer la compréhension en stratégie, non en amertume

Schopenhauer ne se contente pas de décrire la bêtise : il montre comment l’utiliser comme une donnée de terrain, non comme une torture intérieure.
Une fois que vous admettez que la plupart des individus ne pensent pas vraiment, mais réagissent par émotion, par appartenance, par peur, par conditionnement,
vous cessez d’être surpris, vous cessez d’être déçu, et vous commencez à anticiper leurs réactions.
Vous devinez à l’avance ce qui fonctionnera et ce qui ne fonctionnera pas.
Vous savez qu’ils suivront la confiance, non la compétence, le confort, non la vérité, la tribu, non la réflexion individuelle.
Cette prévisibilité devient votre avantage.

Au lieu de gaspiller votre énergie à vouloir « raisonner » des personnes déraisonnables,
vous agissez avec une précision chirurgicale :
vous identifiez les rares individus capables de pensée, vous les rejoignez, vous les éclairez, et vous laissez la masse fonctionner à son niveau, sans illusions.
Vous ne combattez pas la majorité, vous la contournez.
Vous parlez la langue de l’émotion et de la simplicité à ceux qui en ont besoin, tout en réservant la profondeur, la nuance, la logique, aux esprits qui peuvent la soutenir.

12. Accepter la réalité, pour enfin agir avec efficacité

Schopenhauer propose une forme de paix intérieure que peu de philosophies osent franchement :
accepter la réalité humaine telle qu’elle est, et agir en conséquence, non avec amertume, non avec mépris, mais avec lucidité.
Les sages, dit‑il, ont toujours dit la même chose, et les imbéciles, qui sont la majorité, ont toujours agi exactement à l’opposé.
Accepter ce fait n’est pas une capitulation, c’est une stratégie de préservation :
vous préservez votre énergie, votre clarté, votre capacité de pensée pour des usages qui valent la peine.

Vous cessez de gaspiller votre temps à vouloir changer des mentalités immuables,
à vouloir convaincre des individus dont la pensée est déjà figée dans des schémas non révisables.
Vous acceptez que la plupart des gens ne vous comprendront pas, que la plupart des gens ne peuvent pas penser de manière critique, et que la plupart des gens resteront, toute leur vie, au même niveau de compréhension.
Cela ne changera pas, et ce n’est pas votre faute.

Et dans cette acceptation, vous trouvez une forme de liberté :
la liberté de la frustration, de la déception, des efforts vains.
Vous cessez de lutter contre la réalité de la cognition humaine ;
vous agissez à l’intérieur de ses limites, avec calme, avec stratégie, avec une précision inédite, sans gaspiller votre lumière.

La parole du Véné du lundi : « Ras-le-bol des problèmes humains en Loge, on recrute des robots maçons »

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Mes Très Chers Frères, Mes Très Chères Soeurs,
On ne va pas se mentir plus longtemps : les loges se vident. Doucement, mais sûrement. Les tenues commencent à ressembler à des réunions Tupperware un mercredi soir pluvieux. L’absentéisme n’est plus un problème, c’est devenu un sport national maçonnique. On est passé du « je viendrai si je peux » au « je viendrai peut-être l’année prochaine si mon astrologue est d’accord ».

Résultat : les capitations annuelles rentrent au compte-gouttes, les temples coûtent de plus en plus cher à chauffer pour trois pelés et un tondu, et certaines obédiences commencent à regarder leur bilan financier avec la tête du type qui vient de découvrir que sa femme le trompe depuis dix ans.

La cohésion fraternelle ? Elle tient encore, mais à peu près autant qu’un costume de location après trois mariages. Quant aux plateaux d’officiers… on en est rendu à supplier les frères pour qu’ils acceptent une charge, comme on supplie un ado de ranger sa chambre. Face à ce désastre annoncé, une solution radicale et terriblement tentante émerge :

Remplacer les absents par des humanoïdes.

Avouez que l’idée a du charme. L’humanoïde ne rate jamais une tenue. Il ne vous sort pas le « désolé, j’ai le petit qui est malade / ma femme qui fait la gueule / un match important ». Il connaît le rituel par cœur, ne bute jamais sur une phrase, ne s’emmêle pas les pinceaux entre le maillet et le glaive. Mieux : il n’a ni ego, ni ambition dévorante, ni envie de piquer la place du Vénérable. Plus de coups bas, plus de manœuvres de couloir, plus de « c’est à mon tour depuis 2008 ».

Un robot ne boude pas, ne se vexe pas, ne menace pas de démissionner si on ne le félicite pas assez. Il est ponctuel, fiable, et surtout… il paye sa capitation sans discuter.

Décidément, l’avenir de la Franc-maçonnerie s’annonce passionnant. Pendant que certains métiers vont remplacer les humains par des IA, nous, nous allons peut-être remplacer les Maçons par des androïdes. Au moins, eux, ils ne nous feront plus faux bond. Et quelque part… on se demande si ce ne serait pas déjà le cas dans certaines loges.

Fraternellement (mais avec un sourire en coin).

Votre Vénérable… un peu trop lucide ce lundi matin.

Si vous pensez qu’il s’agit d’une plaisanterie… regardez ce reportage