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« Le Vivant, l’Humain, la Planète » : ce qui restera de la Question à l’Étude des Loges 6024-6025 de la Grande Loge de France

Depuis trois ans, une initiative structurante a repris sa place au cœur de la vie intellectuelle de la Grande Loge de France : le retour des Questions à l’Étude des Loges (QEL). Ces Questions, qui ont marqué l’histoire de l’Obédience, reviennent aujourd’hui enrichir les travaux d’une dimension pleinement collective et collaborative : une même interrogation, proposée à l’ensemble des ateliers, travaillée selon la méthode maçonnique – lente, contradictoire, patiente – puis mise en commun afin de nourrir une réflexion partagée.

Les QEL récentes l’ont montré

La Grande Loge de France n’a pas choisi des thèmes de confort, mais des questions qui touchent à la limite et au vertige. La fin de vie, d’abord, où l’éthique rejoint la dignité et où la conscience est appelée à demeurer humaine quand tout vacille. L’intelligence artificielle, ensuite, où l’époque éprouve notre discernement, notre liberté intérieure et notre définition même de l’humain.

Surtout, la démarche ne s’arrête pas au travail en Loge

Le principe, rappelé publiquement, est que chaque Loge est invitée à apporter sa contribution, et que ces apports, une fois synthétisés, deviennent un témoignage collectif : disponible pour toutes et tous, et destiné à nourrir le débat public. (GLDF)
Deux jalons donnent à voir ce que peut produire cette méthode lorsqu’elle va jusqu’au bout : un Livre blanc sur la fin de vie, et un manifeste sur l’intelligence artificielle, publiés par la Grande Loge de France.

C’est dans cette continuité qu’intervient l’année maçonnique 6024-6025, placée sous un triptyque à la fois simple et vertigineux : « Le Vivant, l’Humain, la Planète »

Simple, parce que les mots semblent aller de soi. Vertigineux, parce qu’ils engagent tout : notre place dans l’univers, notre responsabilité dans le monde, notre manière de bâtir — intérieurement et collectivement, sans trahir la mesure.

Thierry Zaveroni, Passé Grand Maître de la GLDF

La Grande Loge de France a annoncé pour 2025 une orientation de ses travaux, notamment au travers des petits-déjeuners mensuels « Enjeux et Perspectives », autour de cette thématique centrale. Le fil directeur, en harmonie avec l’appel à l’éveil et à la lumière porté par le Très Respectable Grand Maître Thierry Zaveroni, invitait chaque Frère et chaque Loge à explorer, approfondir, confronter : qu’est-ce qu’être humain, qu’est-ce que respecter le vivant, qu’est-ce que préserver la planète sans réduire ces notions à des slogans d’époque, ni les dissoudre dans une morale vague.

Blason GLDF
Blason GLDF

Or une difficulté, très concrète, s’est présentée : tout ce qui est travaillé ne se publie pas

Certaines Questions à l’Étude donnent lieu à des synthèses éditées, d’autres non. Et déjà, l’annonce du programme 2026 des petits-déjeuners, avec un fil conducteur explicite – « La liberté de conscience » – fait naître une question naturelle : ces échanges seront-ils, eux, rassemblés et édités ? Beaucoup l’espèrent et certains disent déjà… qu’ils le  seront sûrement !

Mais dans le même mouvement, un constat a circulé : le travail 6024-6025 sur “Le Vivant, l’Humain, la Planète” risque de ne pas laisser de trace publique structurée, alors même que des Frères ont produit des planches de haute tenue, des méditations, des propositions, des alertes, des appels.

C’est la raison d’être de cet article : faire tenir debout ce qui, sinon, se disperserait. Non pas parler “à la place” des Loges, mais proposer une synthèse argumentée à partir de travaux reçus, pour qu’il reste au moins ceci : une ligne claire, une ossature de sens, un héritage lisible.

Une Question à l’Étude, ce n’est pas un thème : c’est une épreuve de cohérence

Dans la tradition de la Grande Loge de France, une Question à l’Étude des Loges n’est pas un simple intitulé annuel destiné à nourrir quelques échanges. C’est un instrument de travail. Un outil d’élévation. Une manière de faire entrer l’époque dans le Temple, non pour la sanctifier, mais pour la mesurer.

Le triptyque « Le Vivant, l’Humain, la Planète » est précisément de cette nature : il oblige à articuler ce que l’on sépare trop souvent.

  • Le vivant, traité comme décor ou réservoir.
  • L’humain, réduit à l’individu consommateur ou à la donnée mesurable.
  • La planète, convertie en enjeu technique plutôt qu’en demeure spirituelle.

La franc-maçonnerie, lorsqu’elle est fidèle à son exigence, ne se contente pas de “réagir” à l’actualité : elle interroge les racines. Elle met l’outil à l’épreuve de la main, et la main à l’épreuve de la lumière.

Le triptyque 6024-6025 : trois mots, trois déplacements intérieurs

1) Le Vivant : sortir de l’utilitaire, entrer dans l’interdépendance

Le premier mot, le vivant, est un rappel à l’ordre. Non pas un ordre moral, mais un ordre cosmique : celui des équilibres, des cycles, des liens invisibles qui font qu’aucune forme de vie ne tient seule.

Dans une lecture maçonnique, le vivant n’est pas un “sujet” parmi d’autres. Il touche à la manière dont nous percevons le monde : sommes-nous encore capables de contempler sans posséder ? de comprendre sans instrumentaliser ? d’agir sans détruire l’architecture d’ensemble ?

La chaîne d’union prend ici une profondeur inattendue : elle ne relie pas seulement des hommes entre eux, elle peut être pensée comme une figure symbolique de l’interdépendance du réel. Briser un maillon n’est pas “un dommage collatéral” : c’est fragiliser la totalité.

La franc-maçonnerie, parce qu’elle travaille la mesure et l’harmonie, peut porter une idée simple : le vivant ne se “gère” pas, il se respecte. Et le respect n’est pas une émotion : c’est une discipline.

2) L’Humain : revenir au centre sans redevenir le centre du monde

Le second mot, l’humain, peut sembler évident dans une obédience initiatique. Et pourtant, il est devenu fragile.

Car l’humain, aujourd’hui, est pris en étau : d’un côté, les discours de puissance (performance, domination, accélération) ; de l’autre, la tentation du renoncement (fatigue, cynisme, désertion du sens). Entre les deux, la personne se dissout : en identité de surface, en profil numérique, en opinion instantanée.

Or l’initiation place l’humain au cœur mais pas comme un petit souverain. Comme un être en travail. Un être qui doit passer de la pierre brute à la pierre taillée, autrement dit : de l’impulsion à la conscience, de la réaction à la rectitude.

C’est là que la Grande Loge de France rappelle une exigence qui n’est pas un détail, mais une charpente : la liberté absolue de conscience. Non pas la liberté de faire n’importe quoi, mais la liberté d’être responsable. La liberté de refuser le dogme – y compris le dogme moderne, celui qui prétend que tout se vaut, tout se calcule, tout se remplace.

Dire « l’humain », dans ce cadre, c’est dire : dignité, responsabilité, élévation. Et c’est poser une question décisive : le progrès nous grandit-il encore, ou nous excède-t-il ?

3) La Planète : du stock de ressources au Temple universel

Le troisième mot, la planète, est celui qui oblige à sortir des abstractions.

La Terre, dans une perspective initiatique, peut être perçue comme un temple universel : non pas un temple bâti par des mains humaines, mais un lieu reçu, transmis, habité avec précaution. La planète devient alors un héritage commun, une demeure fragile, un sol sacré non par superstition, mais parce qu’il est le support de toute vie, le théâtre de toute fraternité possible.

Ce déplacement est majeur : tant que la Terre n’est qu’un “environnement”, nous la traitons comme un décor. Lorsqu’elle est reconnue comme demeure, notre éthique change. Le compas et l’équerre reprennent ici tout leur sens : tracer des limites, rester dans la mesure, construire juste. Non seulement dans nos discours, mais dans nos pratiques.

C’est aussi l’idée d’une écologie spirituelle : l’écologie n’est pas seulement une affaire de technique, mais une affaire de relation. Comment habitons-nous le monde ? Comment nous y tenons-nous ? Quelle qualité de présence laissons-nous derrière nous ?

Trois questions, une seule exigence : passer du constat à la transformation

Le document de travail 6024-6025 s’est souvent cristallisé autour de trois grandes interrogations, que l’on peut reformuler ainsi, sans perdre leur substance.

Question 1 – Revenir pour l’humain à l’essentiel : la sortie des illusions

Cette première question vise le nerf de l’époque : la confusion entre lumière et éclat. L’humain moderne, grisé par la technique, la vitesse, la maîtrise, a parfois pris l’intelligence pour la sagesse. Il a confondu la capacité de faire avec la capacité de bien faire. Il s’est cru propriétaire du monde, alors qu’il en est l’hôte.

Revenir à l’essentiel ne signifie pas refuser la modernité. Cela signifie : retrouver la hiérarchie intérieure. Réapprendre la sobriété du regard. Replacer l’action dans un cadre éthique. Réhabiliter l’humilité : non comme posture de faiblesse, mais comme condition de justesse.

Dans le langage du Rite – rappelons à nos lecteurs que la GLDF est monorite et pratique ce très beau Rite qu’est le Rite Écossais Ancien et Accepté (R.É.A.A.) –, c’est une évidence : tant que la pierre brute commande, l’œuvre se désagrège. Revenir à l’essentiel, c’est accepter le travail lent, le polissage, l’exigence. C’est retrouver la notion de limite, non comme mutilation, mais comme forme.

Question 2 – Le Franc-maçon, un acteur majeur pour renouer avec le vivant : l’exemplarité comme méthode

Ici, la question ne flatte pas. Elle oblige.

Le franc-maçon n’est pas un commentateur du monde. Il est un bâtisseur : quelqu’un qui doit faire descendre la lumière dans la conduite. Or renouer avec le vivant ne se décrète pas : cela se pratique.

La franc-maçonnerie dispose d’un arsenal symbolique qui, bien compris, devient une éthique de l’action :

  • Le compas : apprendre à contenir, à mesurer, à ne pas envahir ;
  • L’équerre : agir droit, ajuster, rendre conforme au juste ;
  • La chaîne d’union : comprendre que l’égoïsme détruit toujours plus loin qu’il ne le croit ;
  • Le travail de la pierre : commencer par soi, sans se donner le luxe de prêcher.

Cela ouvre une piste féconde : les Loges comme laboratoires d’idées, non pas pour fabriquer des programmes politiques, mais pour produire des consciences structurées, capables d’agir sans haine, sans dogme, sans imprudence. Une fraternité qui ne se contente pas de s’émouvoir, mais qui sait élaborer, soutenir, transmettre.

Question 3 – Notre relation à la lumière de la Terre : du savoir à la sagesse

La Terre enseigne. Elle enseigne l’équilibre, le rythme, la patience, la cyclicité, la résilience. Elle rappelle que toute lumière véritable naît d’un rapport juste à l’ombre : rien ne croît sans nuit, rien ne se transforme sans épreuve.

Penser notre relation à la lumière de la Terre, c’est refuser l’écologie de surface, celle des mots commodes et des indignations rapides. C’est entrer dans une spiritualité concrète : habiter au lieu d’exploiter, contempler au lieu d’utiliser, transmettre au lieu d’épuiser.

Et c’est, au fond, la même tension que dans l’initiation : savoir ne suffit pas. La connaissance, sans sagesse, devient un outil d’orgueil. La lumière, sans mesure, devient incendie.

Solidarité et fraternité : quand la pensée prend corps

Cette Question à l’Étude n’est pas restée purement spéculative. Elle a rencontré un terrain d’incarnation : la culture de la solidarité portée par la Grande Loge de France, et notamment par son Fonds de dotation Fraternité et Humanisme.

Là encore, la cohérence est mise à l’épreuve : parler de l’humain, du vivant, de la planète, c’est aussi accepter de secourir, de soutenir, de réparer, d’aider les plus fragilisés — et de le faire dans le respect de l’intérêt général, de la culture, des valeurs éthiques, des principes républicains auxquels l’Obédience se réfère.

Les actions citées (dîners caritatifs au profit de personnes en situation de handicap, appels aux dons pour des sinistrés, soutien à des initiatives culturelles, etc.) rappellent une chose essentielle : la fraternité maçonnique n’est pas un sentiment, c’est une mise en œuvre. Elle devient l’un des lieux où la réflexion sur l’humain et le vivant cesse d’être un discours, pour devenir un geste.

Et maintenant : que restera-t-il de 6024-6025 ?

La question, au fond, est celle-ci : une obédience peut-elle travailler une grande thématique sans en laisser trace ? Les planches existent, les échanges ont eu lieu, les consciences ont été touchées. Mais l’époque est celle de l’effacement rapide : ce qui n’est pas transmis s’éteint, ce qui n’est pas recueilli se perd.

Or la franc-maçonnerie n’est pas faite pour l’éphémère. Elle est faite pour la stratification : une pierre sur une pierre, une génération sur une génération, une phrase juste qui demeure quand le bruit s’est retiré.

Si l’année 2026 met en avant la liberté de conscience, et si cette thématique donne lieu à des publications, tant mieux : ce sera une continuité logique, et une nécessité. Mais précisément : la liberté de conscience ne vaut que si elle s’exerce aussi comme fidélité au travail accompli. La conscience libre n’oublie pas. Elle recueille. Elle transmet. Elle sauve de l’oubli ce qui a été cherché.

C’est pourquoi cette synthèse importe : parce qu’elle dit, simplement, qu’en 6024-6025, à la Grande Loge de France, des Frères ont travaillé sur le vivant, l’humain, la planète, non comme un décor moral, mais comme une exigence initiatique.

Le Temple n’est pas hors du monde : il est la manière juste d’y demeurer. Quand la Grande Loge de France choisit « Le Vivant, l’Humain, la Planète », elle ne propose pas un thème de saison ; elle pose une question de fidélité : sommes-nous encore capables de bâtir sans détruire, de progresser sans dominer, d’éclairer sans brûler ?
Et si rien ne devait être édité, qu’il reste au moins cela : cette triple mesure, offerte à notre travail… Le vivant comme limite sacrée, l’humain comme dignité en chantier, la planète comme temple commun.

Actualité de la philosophie chrétienne du rite écossais rectifié

La violence augmente en intensité dans notre monde, aussi bien dans les relations internationales que dans les relations individuelles. Pour la franc maçonnerie rectifiée, la question de la violence est nécessairement au cœur de ses préoccupations, car la substance du message chrétien est l’amour du prochain.

En effet, le christianisme primitif est l’ossature et la moelle aussi bien du rite que du régime rectifié.

Penser l’actualité du monde au moyen de l’ontologie[1] du rite est un exercice fructueux. Nous allons donc questionner la polémologie en partant notamment du concept de guerre juste mais aussi en nous interrogeant sur la nature de la violence des hommes.

Dans cet esprit, nous allons utiliser l’anthropologie Girardienne,[2] afin d’éclairer notre réflexion politique et permettre ainsi l’ouverture de chantiers féconds sur la compréhension de notre être.

Pour commencer, rappelons que le christianisme primitif prône le renoncement unilatéral à la violence, ce dont témoigne la passion du Christ. Ensuite les premiers martyrs qui ont suivi à la lettre l’enseignement du Christ.

Cette morale est la sève qui irrigue les travaux du convent de Wilhemsbadt qui précisent :

(…) Notre unique soin (de chevalier) tend à devenir meilleurs, par la pratique des vertus sociales

Chrétiennes et patriotiques, et sensibles à réunir les efforts d’hommes droits, bons et sensibles, qui veulent apprendre à se connaître soi-même et à se rendre utile aux autres et élever des temples à la bienfaisance et à l’humanité. (…..) les souverains nous regarderons comme une élite de citoyens vertueux, dont la réunion peut opérer le plus grand bien, et procurer des secours efficaces à la famille humaine. (…)

(Signé le 21 8 1782 par le Grand Maître Général et tous les députés du convent)

Ces principes sont l’un des fils conducteurs majeurs du rite considéré dans ses six grades, d’apprenti à chevalier bienfaisant de la cité sainte[3].

Christianisme, rite rectifié et anthropologie Girardienne

René Girard (La Libre) ©DR
René Girard (La Libre) ©DR

Pour René Girard, le christianisme est une religion supérieure dans la mesure où il met un terme à la dissimulation[4] de la culpabilité de la victime. C’est à dire qu’au contraire des religions sacrificielles, (qui dissimulent l’innocence du bouc émissaire, et mettent en avant sa culpabilité) Girard met au premier plan la victime en démontrant son innocence.

Depuis deux mille ans nous pouvons observer que le christianisme déconstruit l’ordre sacrificiel fondé sur la nécessité du bouc émissaire et dont la culpabilité constitue la pierre d’angle du pacte social.

Jamais la victime n’a occupé un rôle aussi central qu’au 21e siècle.

Ainsi le christianisme (lu comme une explication lumineuse de notre humanité) offre une grille de lecture de l’histoire tout à fait pertinente et permet de dépasser les impasses paradoxales (par exemple : si vis pacem para bellum – si tu veux la paix prépare la guerre) issues de la pensée sacrificielle.

Au-delà des questions légitimes touchant à la foi – celle du charbonnier comme celle de Joseph

Ratzinger pour qui le doute peut aboutir à un résultat lumineux- le christianisme dans son implacable rationalité indique une route libre à l’écart des impasses de l’indifférenciation et de la différenciation. En effet la mêmeté (exemple : système communiste) produit la violence tout comme la différence (exemple : système fasciste). L’ordre culturel issu du sacrifice qui prend souche dans la violence et le sacré ne peut déboucher que sur l’apocalypse.

Et les paroles de Jésus à Thomas, « Heureux ceux qui croient sans avoir vu », nous rappellent le vrai sens de la foi et nous encouragent à adhérer à sa personne malgré les difficultés.

Comment ne pas être interpellé par le lien entre certains aspects de la doctrine du rite écossais rectifié (il n’y a pas de spiritualisation de la matière)[5] et le trou noir dans laquelle la déconstruction du sacré nous conduit.

René Girard

La perspective, c’est le règne du tous contre tous sur fond de guerre nucléaire possible et de désastre écologique quasiment certain. L’actualité, de Trump à Poutine, du Groenland à l’Ukraine, de l’islam des ténèbres aux écosystèmes comateux en sont les désespérantes illustrations.

Néanmoins les voies pour l’optimisme demeurent : En effet le chemin du rectifié s’est toujours accompagné d’une recherche sur l’anthropologie fondamentale : qui sommes-nous, et où allons-nous ?

Ces questions, fondamentales, sont théorisées par le philosophe René Girard (1923-2015) qui considère la violence comme fondatrice et mère de l’hominisation, en opposition avec Claude Lévy Strauss (1908- 2009) qui pour sa part explique l’origine du processus d’hominisation par les systèmes de parenté.

Une maçonnerie qui enlève et qui élève

La maçonnerie chrétienne rectifiée constitue à la fois une école de la vérification et une école du doute.

Laissant peu de place au symbolisme (et aux verbiages nébuleux qui en découlent) le RER procède à la manière des sculpteurs (par enlèvement) et non pas celle des peintres (par dépôt).

Le RER est une discipline à part entière, concrète et peu soucieuse des signifiés propres aux autres rites.

Avant la réception au grade d’apprenti, dans la chambre de préparation on informe l’impétrant au moyen du deuxième tableau sur lequel figure l’inscription : « Tu viens de te soumettre à la mort, la vie était souillée, mais la mort a réparé la vie. »

Pour expliciter cette assertion, l’évangile de Jean nous propose une méthode pour apprendre, pour avancer dans la confiance et la sérénité.

Lors de la réception, le vénérable maître dit[6] à l’impétrant : « Ce livre sur lequel votre main est posée est l’Évangile de Jean. Y croyez-vous ? Si vous n’y croyez pas quelle confiance pourrions-nous avoir dans votre engagement ? »)

Ainsi le RER dès sa préface se présente tel qu’il est : une école bienveillante de la lucidité, tempérée et éclairée par une espérance.

C ‘est la raison pour laquelle le maçon rectifié peut s’efforcer d’avoir les yeux fixés sur la fin de l’histoire – la sienne comme celle du monde de la matière – et d’être, holistiquement parlant, dans l’amour du prochain. Ceci signifie que le prochain n’est évidemment pas le suivant, ni celle où celui qui est à deux mètres, mais bien l’autre en tant que composante de nous-même.

Ce dont la chaîne d’union dans nos assemblées porte témoignage vivant.

De surcroît, la règle maçonnique à l’usage des loges réunies et rectifiées est l’outil qui précise bien la nature des vertus[7] qu’il convient de porter à l’extérieur du temple.

Une pratique du rite concrète.

Enfin la pédagogie rectifiée souligne à gros traits, pour ceux qui n’auraient pas compris les enseignements des 4 premiers grades, le mouvement physique et spirituel de la doctrine rectifiée.

Le pavé mosaïque dans la loge maçonnique

Le damier noir et blanc (ou pavé mosaïque) y symbolise le logos d’Héraclite (544 avant J.-C)

Chez Héraclite on trouve la lutte nécessaire des contraires, harmonieux dans leur opposition même, de l’identité de ces mêmes contraires, que le maçon RER se doit de dépasser pour aller vers le logos de Jean (qui est le logos de pur amour) suggéré et illustré à la fois par le vénérable maître ou le député maître, l’évangile de Jean, le triangle de l’orient et le chandelier à trois branches (pensée, volonté et action).

L’enseignement rectifié n’est pas que verbal, il nécessite un effort physique. Le logos d’Héraclite c’est, dans ce schéma-là, la matière duale qu’il convient de dépasser pour atteindre la vraie lumière. En effectuant cette progression, en parcourant ce chemin, le maçon rectifié prend appui concrètement sur l’espérance.

L’espérance, cette deuxième vertu placée entre foi et charité, constitue la dynamique et le moteur du maçon rectifié.

Pour conclure, citons Charles Péguy :

« C’est elle, cette petite, qui entraîne tout.
Car la foi ne voit que ce qui est.
Et elle voit ce qui sera.
La charité n’aime que ce qui est.
Et elle aime ce qui sera. »

(Extrait du Porche du mystère de la deuxième vertu.)

Albert Leblanc, c.b.c.s., est membre de la loge souveraine Emanescence, rattachée à la fédération loge nationale française, à l’orient de Montpellier.

Contact : Emanescence.lephoenix9@gmail.com


[1] Chez des penseurs comme Heidegger ou dans l’anthropologie philosophique, les rites ne sont pas réductibles à des fonctions utilitaires ; ils ont une consistance propre, une « présence » qui les distingue des simples habitudes.

[2]L’anthropologie girardienne est une théorie qui part du désir mimétique : nous désirons les objets parce que d’autres les désirent, ce qui engendre rivalité et violence au sein des groupes humains. Pour contenir cette violence, les sociétés auraient découvert, puis ritualisé, le mécanisme du bouc émissaire : la concentration de l’agressivité collective sur une victime, souvent innocente, qui rétablit momentanément la paix et fonde le sacré et les institutions culturelles. Girard relit enfin les mythes et surtout les textes bibliques comme une mise au jour progressive de ce mécanisme victimaire et une dénonciation de l’innocence supposée des victimes sacrificielles, ce qui fait de son projet une « anthropologie évangélique » critiquant l’illusion moderne de pouvoir éradiquer la violence uniquement par la politique.

[3]L’intitulé de ce grade est en soi un excellent résumé de la doctrine RER.

[4]Par exemple le mythe d’œdipe qui occulte son innocence et en fait un bouc émissaire

[5] Extrait de la règle maçonnique à l’usage des loges réunies et rectifiées, paragraphe2 : Homme ! Roi du monde ! Chef-d’œuvre de la création lorsque Dieu l’anima de son souffle ! Médite ta sublime destination. Tout ce qui végète autour de toi, et n’a qu‘une vie animale, périt avec le temps, et est soumis à ton empire : ton âme immortelle seule, émanée du sein de la Divinité, survit aux choses matérielles et ne périra point. Voilà ton vrai titre de noblesse ; sens vivement ton bonheur, mais sans orgueil : il perdit ta race et te replongerait dans l’abîme. Être dégradé ! malgré ta grandeur primitive et relative, qu’es-tu devant l’Éternel ? Adore-le dans la poussière et sépare avec soin ce principe céleste et indestructible des alliages étrangers ; cultive ton âme immortelle et perfectible, et rends-la susceptible d’être réunie à la source pure du bien, lorsqu’elle sera dégagée des vapeurs grossières de la matière. C’est ainsi que tu seras libre au milieu des fers, heureux au sein même du malheur, inébranlable au plus fort des orages et que tu mourras sans frayeur. Maçon ! Si jamais tu pouvais douter de la nature immortelle de ton âme, et de ta haute destination, l’initiation serait sans fruit pour toi ; tu cesserais d’être le fils adoptif de la sagesse, et tu serais confondu dans la foule des êtres matériels et profanes, qui tâtonnent dans les ténèbres.

[6] Rituel de 1778 – convent de Lyon, manuscrit fond Kloss 190 D21.

[7]Article 5 de la règle maçonnique à l’usage des loges réunies et rectifiées.

De la beauté à la joie : la GLFF et l’art comme discipline de lumière

De la beauté à la joie – Inspiration, création, transmission, en Grande Loge Féminine de France ne se contente plus, à la lumière des pages nouvelles, de proposer une traversée esthétique. L’ouvrage se révèle comme une horloge intérieure, un instrument de mesure du vivant, où chaque poème, chaque titre, chaque motif vient frapper à la même porte, celle qui sépare le bruit de la voix, l’image de la vision, l’émotion de l’engagement. Nous croyions lire un livre d’art, nous découvrons un livre d’initiation par l’art, au sens où l’art y devient méthode et non parure.

Le fil bleu n’est pas seulement chromatique

Il est la couleur d’un état de conscience, ce bleu, teinte même de l’encre, qui appartient à la fois au ciel de la promesse et aux profondeurs où l’esprit se forme. Les textes ajoutés insistent sur cette vérité. La lumière n’y est jamais une possession mais un éclat, c’est-à-dire une brisure et une grâce, un surgissement bref qui oblige à se tenir en veille. Dans « Éclats de lumière », elle apparaît comme une déchirure au cœur du temps, ravivant le désir de vie, tout en portant la réminiscence d’une innocence trahie. Nous touchons là un point décisif. La joie dont parle ce livre ne vient pas d’un oubli, elle vient d’une lucidité. La lumière, ici, blesse autant qu’elle guide, et c’est précisément cette blessure qui rend la quête honorable. Nous puisons l’espérance au calme de l’étang, là où le ciel se reflète depuis l’Origine, et dans le creux de nos mains l’eau pure étanche la soif d’infini.

Ce geste de puiser est initiatique

Il est humble, il refuse la grandiloquence, il accepte la patience du geste répété. Et pourtant, à peine entrevue, la Vérité disparaît, se perd dans nos ténèbres. Le poème ose cette oscillation, il ne nous flatte pas. Il dit le destin paradoxal de toute recherche. Le plus petit éclat suffit à orienter une vie, mais il ne suffit jamais à la rassasier.

Cette dramaturgie de la lumière s’approfondit dans « En son château », où l’alchimie n’est plus une métaphore vague mais une architecture symbolique. Le château de l’alchimiste, ses pierres de schiste qui scintillent, le papillon noir accueillant le silence du soir, tout cela compose un paysage de l’Œuvre. L’ombre se meurt sur le donjon, un nuage couvre la lune et laisse filtrer sa lumière, la vallée s’éteint dans le bruit sourd de la rivière. Mais l’obscur, dit le texte, ne dépend pas du ciel, il dépend de l’œuvre qui s’accomplit. La nuit n’est plus une fatalité cosmique, elle devient une matière opérative. L’alchimie véritable ne consiste pas à rêver un soleil facile. Elle consiste à boire la nuit où tout se lie, à consentir aux ténèbres encerclantes, jusqu’à renaître aux ferments de la vie. La transmutation s’y fait douce, scellée d’un secret à la source, comme si l’eau de l’esprit portait, en silence, l’or caché. La lumière ne triomphe pas contre la nuit. Elle naît d’elle, comme l’aube naît de la profondeur même de l’obscur.

Ces pages confirment que l’ouvrage travaille une spiritualité des éléments

« Terre, air, eau, feu » ne sont pas ici des catégories décoratives, mais des forces qui éprouvent et refaçonnent. La page Terre, air, eau, feu tient d’une liturgie sauvage. Elle évoque le passage de la première porte, l’instant où la pensée ne défend plus des dérives, où la conscience se retrouve lâchée dans le magma, où l’on désespère de retrouver une reine de la Nuit. La mythologie affleure avec Déméter, et l’on entend la plainte des ventres incandescents, l’anathème de la stérilité, la question primitive, de la douleur même naîtra-t-il plus rien. Dans ce monde élémentaire, l’humain avance titubant vers le gardien du seuil, porté par un flux souterrain, tressé comme un panier, comme si la matière elle-même tissait l’épreuve. La langue accepte la morsure. Puis l’eau arrive, non comme une consolation immédiate, mais comme une vérité ambivalente. Mer ou ruisseau, filet courant sur le sable, océan de l’incréé qui vient en nous, elle est aussi paysage accaparé, incapable de lever le voile. Nous reconnaissons là une sagesse initiatique. L’élément qui sauve est aussi l’élément qui éprouve. L’élément qui purifie est aussi l’élément qui dissout. Il faut apprendre à boire sans se perdre.

Le chemin maçonnique Françoise Bertin Fuhreur

Avec « L’œuf primordial », une autre matrice s’ouvre, rythmée comme une incantation. Entre l’ordre et le chaos, le texte évoque la matière inondant le monde de scories qu’il faudra purifier dans le feu cosmique. Tout est là. L’alchimie comme cosmologie, la purification comme avenir de l’âme, l’aller et le retour comme marée intérieure, le flux et le reflux comme respiration du travail. L’œuf, en tradition symbolique, n’est jamais un simple commencement. Il est une totalité en devenir, un monde enclos dans sa propre énigme. Le livre semble nous dire que la joie créatrice naît de cette confiance dans la forme qui vient, dans la naissance lumineuse arrachée à l’abîme.

L’expérience initiatique elle-même se dit plus frontalement dans « Voyage initiatique ». La page a la simplicité d’une confession et la rigueur d’un récit d’épreuve. Elles m’ont enfermée dans le cachot secret du centre de la terre, dit la voix, et nous reconnaissons la descente, la séparation, le bandeau, la perte de repères, le silence comme condition d’écoute. La flamme d’une bougie, le passage au V.I.T.R.I.O.L., le sel, le soufre et le mercure ne sont pas là pour faire couleur.

Ils signifient un parcours. Le cœur fait silence pour entendre les anges, pour écouter l’histoire du lieu, et les âmes s’éloignent de leurs sépultures. Puis viennent les douze coups, midi ou minuit, rien n’a bougé. Le temps est suspendu, comme si l’initiation cassait l’horloge profane pour réinstaller un temps autre.

GLFF, 80 ans

L’épreuve, pourtant, ne bascule pas dans le spectaculaire. Chute, sol rugueux, bruissements, et surtout ce moment où l’eau salvatrice apparaît, où le silence remplace le brouhaha. La respiration revient. Le feu purifie. Le soleil éblouit quelques instants, puis la lune complice renvoie dans le noir. Qui suis-je, où vais-je.

La question n’est pas rhétorique. Elle est le cœur battant de la démarche

Yvonne Mouly, la carline

Et lorsque la voix affirme être fille du jour et de la nuit, de l’ombre et du soleil, engendrée par la terre et le ciel, nous entendons une définition du sujet initiatique. Non pas une identité figée, mais une naissance double, une appartenance à la tension même des contraires. Enfin la réintégration s’accomplit, dans le temple sacré, libre et de bonnes mœurs, les sœurs reconnaissent, les regards amicaux souhaitent bienvenue, et le vrai voyage commence. Ce vers est capital. Il rappelle que la cérémonie n’est pas un aboutissement, elle est une mise en route.

Dans cette logique, « Métamorphose » apparaît comme un miroir plus méditatif. Midi est l’heure où le travail est notre liberté, minuit l’heure où l’égrégore nous aura éclairé. Entre ces deux pôles, la voix parle d’un fil suspendu, d’étoiles marionnettistes, d’un carré long qui peut-être signe, même si le sens demeure sibyllin. Nous reconnaissons la langue des symboles, ces formes simples qui contiennent davantage qu’elles ne montrent. La métamorphose de l’apprentie, puis celle de l’initiée, disent la même exigence, ne cessons jamais de travailler. La beauté du geste n’a de hauteur que la pierre chaque jour taillée, par la persévérance du labeur. La joie ne descend pas du ciel comme un cadeau. Elle monte de l’effort comme une dignité.

Cette dignité passe aussi par la patience. La page « La patience », avec « Chemin », introduit une douceur ferme. Loin des désirs incertains, je mène mon chemin, accepté en libre choix, en confiance, sans méfiance, juste pour vivre en harmonie avec la Vie. La patience se fait alors prière d’amour, et nous sentons qu’elle n’est pas résignation. Elle est un art de marcher, ce qui donne au temps sa profondeur. Dans une époque qui confond souvent vitesse et intensité, ces vers rappellent une vérité initiatique. La transformation réclame une lenteur active, une constance, une fidélité au pas quotidien.

GLFF Patricia Viudez Midi moins une

La marche devient musique dans « Marche sous la lune », qui joue sur la sonate au Clair de lune, l’écoute dans le noir, le corps qui s’aiguise, le marcheur apprenti qui compte un deux trois. Le poème invente une pédagogie du rythme. Il y a l’étrange terre noire, l’alphabet du temple intérieur, la capture de la musique blanc sur noir, et cette formule qui revient comme un maillet, la route du marcheur, un deux trois. L’oreille attend les notes, peut-être douloureuses, peut-être amoureuses, donnant un peu de paix à la petite mort. Mais il n’est pas temps de se coucher. Il est temps d’être toujours debout. Là, l’œuvre rejoint la morale la plus noble, celle de la vigilance. Marcher sous la lune, c’est marcher avec l’ombre, apprendre à escalader les dunes, à bâtir son rêve, à forger l’âme des conquêtes à la pierre martelée, alchimie aux heures ciselées. Le poème se ferme sur une définition de l’adepte comme compositeur de l’intime harmonie, auteur-acteur du livre de sa vie, interprète fidèle cheminant en sagesse, force et beauté, un pèlerin amoureux, joyeux et apaisé.

« Solstice d’été en Périgord » ouvre une autre porte, celle des cycles. La croix céleste, les quatre points cardinaux, les axes orthogonaux, les quatre éléments, les quatre saisons, les quatre âges de la vie ancrent la symbolique dans le cosmos. Puis Lascaux surgit, avec ce rayon d’or éclairant l’entrée et les parois, dévoilant pendant près d’une heure une éternité de bonheur. La grotte devient grotte-temple, mémoire de l’humanité contemplant un instant loin de l’obscurité, la sagesse du passé. Le livre tisse ainsi une histoire longue, où la joie créatrice rejoint la naissance même des images, comme si les premières fresques étaient déjà des prières, déjà des tentatives de faire passer la beauté dans l’âme.

Enfin, « Marianne, suis-je ta sœur ? » apporte une densité politique et spirituelle très précieuse. La voix parle à Marianne, trop éprise de liberté, et confesse ne pas être encore initiée, se glacer, avoir peur, parce que cette idée de fraternité, de sororité, renvoie sans cesse à la réalité. Ce tremblement n’est pas faiblesse, il est lucidité. La fraternité proclamée devient une exigence concrète, parfois terrifiante, parce qu’elle demande de tenir ensemble les différences sans les dissoudre. Le texte dit aussi la difficulté de lever le bras, de porter le bonnet phrygien, de dévoiler le sein, parce que cela suggère non un commencement mais une fin. Puis il bascule vers une affirmation profonde. Marianne, tu es ma sœur, nos liens dépassent les apparences et les appartenances, ils s’inscrivent dans un temps et un espace sans décadence. La sororité ne se réduit pas à une identité. Elle devient alliance au-dessus des assignations. La voix conclut qu’elle suivra demain les pas de sa grande sœur, la main sur le cœur. Ce geste lie la cité à l’âme, l’idéal à la chair.

À ce stade, la cohérence de l’ouvrage apparaît plus fortement encore. Tout y parle de portes, de seuils, de grottes, de châteaux, de cachots secrets, d’œufs primordiaux, de vallées où s’évanouit le bruit, de marches sous la lune, de solstices, d’eaux salvatrices, de feux qui purifient. Nous sommes dans une cartographie du passage. La beauté n’est jamais fixée. Elle circule. Elle est le moyen d’un franchissement. Et la joie n’est pas une émotion aléatoire. Elle est la conséquence spirituelle d’un travail, d’une transmutation, d’une patience, d’une métamorphose.

Cette intensité est d’autant plus convaincante que le livre demeure choral

Liliane-Mirville-GLFF

Il n’est pas la voix isolée d’un écrivain cherchant son style. Il est une polyphonie portée par la Grande Loge Féminine de France, qui assume un geste de création collective. Sous l’impulsion de Liliane Mirville, Très Respectable Grande Maîtresse, l’ouvrage s’inscrit dans une dynamique où l’obédience n’est pas seulement une institution, mais une force de transmission. Caroline Chabot Laloy, Grande Maîtresse Adjointe, accompagne ce mouvement de cohérence. Annie Debray, Conseillère fédérale, garantit une tenue éditoriale qui permet aux textes de dialoguer sans s’annuler, tandis que l’ensemble respire dans une mise en forme graphique due à Caroline Keppy, où le bleu devient espace, silence, intervalle, et où le blanc n’est pas vide mais lieu d’écho. Dans la tradition initiatique, cela a un sens profond. La parole n’y appartient pas à l’ego. Elle se met au service de la chaîne.

Il faut dire un mot, enfin, de l’objet lui-même

Car l’ouvrage se revendique comme transmission et cela passe aussi par sa fabrication. Le fait qu’il soit imprimé à Montreuil – département de la Seine-Saint-Denis, en région Île-de-France – n’est pas une mention anodine.

Nous y lisons une fidélité au geste artisanal, au proche, au maîtrisé, au traçable, presque une éthique matérielle répondant à l’éthique intérieure. Dans un monde où tant d’objets culturels naissent sans lieu et sans main, cette précision donne au livre une épaisseur supplémentaire, et elle pose une question simple, donc essentielle. Que signifie “transmettre” si nous acceptons, pour des raisons de coût ou d’habitude, de déléguer à l’autre bout du monde ce que nos ateliers savent encore accomplir avec excellence.

GLFF Héléna Ballardi La joie de la transformation

Cette décision prend d’autant plus de relief que d’autres obédiences ont fait des choix inverses, parfois de manière réitérée. La mention « Printed by BPC in China in November 2021 », relevée sur certaines publications de la Grande Loge Nationale Française, rappelle que la délocalisation n’est pas un accident isolé, mais une option. Il ne s’agit pas d’ouvrir un procès, mais d’assumer un discernement. À l’heure où l’empreinte carbone des transports et des chaînes logistiques longues n’est plus une abstraction, comment ne pas interroger l’impact environnemental de tels arbitrages. Et comment ne pas entendre aussi, derrière la question écologique, celle du respect de notre main-d’œuvre, de notre belle âme d’œuvre française, de nos imprimeurs, de nos métiers du livre, de ce savoir-faire patient qui tient l’encre, le papier, le pli et la reliure comme on tient une promesse.

Dans cette perspective, l’impression française n’est pas un supplément de prestige. Elle est un acte d’alignement. Le livre parle de pierre, d’eau, de feu, de patience, de travail, de métamorphose, et il choisit, jusque dans sa matérialité, de ne pas trahir cette leçon. Il rappelle, sans militantisme tapageur, qu’un bel ouvrage n’est pas seulement un contenu, mais une manière de faire, et que la joie créatrice commence aussi là, dans le respect du geste humain, dans le souci du monde commun, dans l’attention portée aux conséquences de nos choix. C’est une joie qui ne flotte pas hors-sol. Elle s’inscrit, elle s’imprime, elle se prouve.

Et c’est pourquoi nous refermons ce volume avec une évidence calme, presque solennelle

De la beauté à la joie n’est pas seulement un beau livre, c’est un acte de transmission qui a la tenue d’une œuvre. Il mériterait un prix littéraire, non comme une médaille ajoutée au bleu de ses pages, mais comme la reconnaissance d’un travail juste, d’une parole collective devenue chant, d’une lumière gagnée sur l’ombre par la patience et par le style.

Pour les 80 ans de la Grande Loge Féminine de France, il offre ce que les anniversaires devraient toujours célébrer : non pas la commémoration, mais l’élan, non pas le souvenir, mais la promesse, et cette joie grave qui dit, en silence, que l’œuvre continue.

De la beauté à la joie – Inspiration, création, transmission, en Grande Loge Féminine de France

Les Cahiers de la GLFFGLFF, 2025, 128 pages, 26 €

« Pour vivre heureux, vivons cachés » : Jean-Pierre Claris de Florian et la juste discrétion maçonnique au XXIᵉ siècle

Proverbe si célèbre qu’il a fini par flotter sans racines, « Pour vivre heureux, vivons cachés » naît pourtant d’une fable précise, Le Grillon, où Jean-Pierre Claris de Florian oppose l’éclat du papillon à la paix du retrait. Resituée dans la fin du XVIIIᵉ siècle – celui des salons, des réputations et des basculements révolutionnaires – la maxime prend, au XXIᵉ, une acuité nouvelle.

Jean-Pierre Claris de Florian

Époque d’exposition permanente, de brillance numérique, d’identités affichées. Pour un franc-maçon, la question n’est pas de se cacher par crainte, ni de se montrer par vanité, mais d’apprendre l’art de la mesure : protéger l’intime initiatique, respecter la discrétion fraternelle, et témoigner dans la Cité sans se transformer en enseigne.

Tombe cimetière de Sceaux

Jean-Pierre Claris de Florian, né le 6 mars 1755 à Sauve et mort le 27 fructidor an II (généralement donné comme le 13 septembre 1794) à Sceaux, est un dramaturge, romancier, poète et fabuliste français. Il appartient à cette fin de XVIIIᵉ siècle où l’on peut encore croire à la vertu civilisatrice des lettres, tout en pressentant déjà que la société de l’esprit est une société du regard : salons, réputation, brillance mondaine, art de plaire puis, brusquement, l’Histoire qui se raidit et transforme l’exposition en péril.

Élu à l’Académie française en 1788, Jean-Pierre Claris de Florian est un écrivain reconnu par l’Ancien Régime finissant, au moment même où les assises symboliques de ce monde commencent à se fissurer.

C’est dans ce contexte qu’il faut entendre la formule devenue proverbiale : « Pour vivre heureux, vivons caché »

Le grillon

Elle n’est pas un aphorisme détaché, mais la morale d’une fable précise, Le Grillon, où Jean-Pierre Claris de Florian met en scène la tentation de briller et le prix réel de l’éclat. Le grillon, modeste habitant de l’herbe, envie le papillon, superbe et visible ; puis il le voit happé, saisi, déchiré : trop vu, trop convoité, trop offert aux mains. Et le grillon conclut : « Il en coûte trop cher pour briller dans le monde… Pour vivre heureux, vivons caché. »

La leçon n’est pas de fuir la vie mais est d’éviter que la vie soit confisquée par le théâtre social, que l’être intérieur soit mis en gage pour un éclat extérieur.

Or Jean-Pierre Claris de Florian ne parle pas dans le vide

Le XVIIIᵉ est le siècle des Lumières, mais aussi celui de la fabrique des réputations. L’opinion se forme, circule, juge et la célébrité existe déjà comme puissance. Puis vient la Révolution, et ce qui était visibilité devient parfois vulnérabilité. Jean-Pierre Claris de Florian, noble, est banni de Paris, se replie à Sceaux, est emprisonné à Port-Libre en 1794, libéré après le 9 thermidor, et meurt peu après, dans une précocité que des sources relient aux souffrances endurées durant sa détention.

Le « vivons caché » prend alors une coloration plus grave. Non pas l’éloge d’une lâcheté, mais la conscience qu’une société peut se retourner contre ceux qu’elle a trop bien identifiés.

Transportée au XXIᵉ siècle, la maxime devient presque prophétique

Nous vivons dans une économie de l’exposition. Le briller dans le monde s’est industrialisé en profils, flux, prises de parole continues, identités affichées, et parfois en procès permanents. Dans ce décor, la question maçonnique que tu poses est décisive : un franc-maçon doit-il se dévoiler ou non ? La réponse initiatique n’est ni toujours ni jamais. Elle est mesure.

Car la franc-maçonnerie connaît une triple exigence

Il y a d’abord la protection du vécu initiatique, ce qui ne se réduit pas à une information, mais relève d’une expérience intérieure. Le symbole ne se raconte pas comme un fait divers. Il y a ensuite la discrétion fraternelle. Ne pas exposer autrui, ne pas transformer la loge en annuaire, ne pas livrer au dehors ce qui doit rester à l’abri pour demeurer fécond.

Et il y a enfin la responsabilité dans la Cité : la parole du citoyen, la rectitude de l’homme, l’engagement éthique qui, lui, n’a pas vocation à se cacher derrière un rideau. Autrement dit, le franc-maçon n’a pas à “se montrer” pour se prouver, mais il n’a pas non plus à “se taire” pour se dérober.

C’est ici que Jean-Pierre Claris de Florian devient une boussole

« Vivons caché »

Se cacher n’est pas se nier. « Vivons caché », lu maçonniquement, signifie : ne pas faire de l’appartenance un ornement, un argument d’autorité, un titre de domination, un capital social. Refuser que l’ego s’empare du signe. Refuser que la visibilité serve d’aliment au paraître. Le grillon n’est pas honteux : il est libre. Il choisit une lumière qui n’attire pas les mains prédatrices. Il choisit la paix d’un centre plutôt que le vacarme d’une vitrine.

Mais la même boussole oblige à l’autre versant

Si l’antimaçonnisme caricature, si la rumeur accuse, si l’ignorance simplifie, le silence systématique peut devenir une fuite, et la discrétion une démission. Jean-Pierre Claris de Florian n’enseigne pas l’effacement : il enseigne la lucidité sur le coût du « briller ». Au XXIᵉ siècle, l’enjeu n’est donc pas de se rendre invisible ; il est de régler la distance : parler quand il faut, se taire quand il convient ; expliquer les principes sans livrer l’intime ; témoigner sans s’exhiber ; assumer sans se vendre.

Ainsi, la question « doit-il se dévoiler ? » se reformule en question plus initiatique

Pourquoi le ferait-il ? Si c’est pour convaincre, rassurer, instruire, dissiper les fantasmes, ouvrir un chemin de compréhension, alors la parole peut être juste. Si c’est pour briller, peser, impressionner, se distinguer, alors Jean-Pierre Claris de Florian prévient : « il en coûte trop cher ». Et ce « trop cher », aujourd’hui, n’est pas seulement social. Il peut être intérieur : perte de simplicité, inflation de l’ego, confusion entre œuvre et image.

La morale de Jean-Pierre Claris de Florian, resituée dans son siècle et relue dans le nôtre, devient alors une maxime de tenue.

Sceaux, Jardin des Félibres, buste de J.-P. Claris de Florian

La discrétion n’est pas un masque, c’est une discipline. Elle n’interdit pas la lumière ; elle la purifie. Elle rappelle qu’il existe une clarté qui éclaire, et une clarté qui expose. Le franc-maçon n’a pas vocation à se cacher du monde ; il a vocation à ne pas se laisser prendre par le monde. Et, comme le grillon, à préserver en lui une retraite profonde non pour disparaître, mais pour demeurer vrai.

Le grillon de Jean-Pierre Claris de Florian ne choisit pas l’ombre

il choisit une lumière qui ne piège pas. Au XXIᵉ siècle, où le projecteur se confond trop souvent avec la vérité, la discrétion maçonnique n’est ni un secret crispé ni un silence commode : elle est une tenue intérieure. Se dévoiler, parfois, peut relever du témoignage ; se taire, souvent, relève de la maîtrise. Entre les deux, il existe une voie droite : celle qui refuse de « briller dans le monde » au prix du centre, et qui rappelle, simplement, qu’une vie heureuse n’est pas une vie cachée mais une vie préservée.

« Servir, ne pas se servir, ne pas asservir » : quand le pouvoir s’oublie en Franc-maçonnerie

La Franc-maçonnerie enseigne le dépouillement, la mesure et le sens du passage. Pourtant, ici ou là, la fonction semble parfois se figer, le maillet s’alourdir, et la charge devenir possession.

Lorsque le pouvoir s’installe durablement au sommet des obédiences, la question n’est plus seulement profane : elle devient initiatique. Comment servir sans se servir, diriger sans dominer, transmettre sans confisquer ? À l’heure où certains systèmes obédientiels dérivent vers une personnalisation excessive de l’autorité, la devise compagnonnique résonne comme un rappel à l’ordre symbolique.

Il est des mots que l’institution redoute parce qu’ils viennent du dehors, mais qu’ils éclairent un mal du dedans

Le « dégagisme », né dans le tumulte des places publiques, paraît d’abord étranger à l’univers feutré des Temples. Il sent la clameur, l’instant, le slogan. Et pourtant, si nous le dépouillons de sa brutalité médiatique, si nous le débarrassons de ses simplifications, il devient une question de fond, presque une épreuve de vérité : comment une école qui prétend former des êtres libres peut-elle tolérer, en son sommet, des formes d’emprise, de confiscation, d’autorité durable devenue identité ?

La Franc-maçonnerie ne s’est jamais pensée comme une démocratie profane, ni comme une entreprise de conquête

Elle se veut laboratoire de discernement, école de mesure, méthode de transformation. À ce titre, le pouvoir n’y est pas une propriété : il est une fonction. Le maillet n’est pas un sceptre : il est un outil. Le tablier n’est pas un insigne de supériorité : il est un rappel du travail, du service, de la poussière acceptée. Lorsque la charge devient trône, lorsque la durée devient stratégie, lorsque l’autorité s’épaissit en domination, quelque chose se fissure au cœur même du projet initiatique.

C’est ici que la devise compagnonnique « servir, ne pas se servir, ne pas asservir » cesse d’être une belle formule et redevient une règle intérieure.

Servir, c’est consentir à la verticalité de la transmission sans jamais la confondre avec une hiérarchie de personnes. Ne pas se servir, c’est refuser que la fonction devienne rente symbolique, carrière interne, récompense narcissique, ou dispositif d’influence. Ne pas asservir, enfin, c’est se souvenir que nul ne détient la Lumière, que nous n’en sommes que les dépositaires provisoires, et que toute prétention à l’incarner durablement mène, tôt ou tard, à l’ombre.

Le problème n’est donc pas l’existence de Grands Maîtres, de Grands Officiers, d’une administration centrale, d’un rythme obédientiel

Une structure est nécessaire ; un centre, parfois, protège l’ensemble. Le problème surgit lorsque la temporalité initiatique (alternance, retrait, transmission, effacement) est remplacée par une temporalité politique : reconduction, verrouillage statutaire, neutralisation des contrepoids, mise en scène de fidélités. Là où l’Ordre devrait apprendre à « mourir » à sa fonction pour mieux transmettre, certains apprennent à s’y attacher.

Dans ces dérives, le langage lui-même se corrompt

Nous invoquons la stabilité pour masquer l’immobilisme, l’unité pour étouffer la pluralité, la tradition pour interdire la critique. Et la contestation, même argumentée, même fraternelle, est disqualifiée comme profane, dangereuse, voire antimaçonnique. Or c’est l’inverse : la critique interne, dès lors qu’elle demeure précise, juste, et soucieuse de l’intérêt commun, relève d’un acte maçonnique majeur. Elle est une forme de courage silencieux : préférer l’Ordre à ceux qui prétendent l’incarner.

Exemple : une dérive observée dans certaines obédiences africaines

Dans plusieurs pays d’Afrique, la Franc-maçonnerie a connu un essor rapide, porté par une quête de structuration, de reconnaissance, parfois de protection symbolique dans des contextes où l’État est fragile, où l’arbitraire rôde, où la société civile manque de garde-fous. Mais cet enracinement, lorsqu’il n’est pas accompagné d’une véritable culture initiatique de l’alternance, a pu engendrer des dérives préoccupantes.

Nous voyons, dans certaines Grandes Loges, des Grands Maîtres se maintenir de longues années, adapter statuts et règlements, affaiblir les contre-pouvoirs internes, et s’appuyer davantage sur des fidélités personnelles que sur la respiration des ateliers.

La fonction devient alors un instrument d’influence sociale, politique ou économique, au lieu de rester un service temporaire rendu à l’Ordre. Ce n’est pas une « singularité africaine ». C’est simplement plus visible là où les institutions civiles sont faibles, et où la confusion entre autorité symbolique et pouvoir réel s’installe plus facilement. À ce titre, ces situations agissent comme un miroir grossissant : elles rendent lisible, en pleine lumière, ce que d’autres contextes dissimulent sous des formes plus feutrées.

Peut-on parler, dès lors, d’un « dégagisme maçonnique » ?

Le mot reste maladroit, tant il charrie une violence et une simplification étrangères à notre méthode. Mais le principe qu’il pointe, lui, est profondément initiatique : rappeler que nul n’est indispensable, que toute charge est transitoire, que le pouvoir qui dure trop longtemps cesse d’être service pour devenir emprise. Ce n’est pas un appel à la table rase. C’est un appel au rappel à l’ordre symbolique.

La Franc-maçonnerie n’a pas vocation à copier les révolutions profanes. Elle a mieux à offrir : la révolution intérieure. Celle qui commence par le renoncement à soi, par la capacité à passer la main, par l’acceptation du silence après la parole. Un Grand Maître véritablement « au travail » ne devrait pas aspirer à durer : il devrait aspirer à transmettre, puis à s’effacer dignement, laissant derrière lui des Sœurs et des Frères plus libres, plus responsables, plus conscients.

La Franc-maçonnerie ne se grandit jamais en protégeant ceux qui s’accrochent

Elle s’élève lorsqu’elle se souvient que toute charge est un passage, toute autorité un prêt, toute lumière une responsabilité. Là où le pouvoir se prolonge, l’initiation se fige. Là où nous savons passer la main, l’Ordre demeure vivant. Servir, ne pas se servir, ne pas asservir : cette devise n’est pas un idéal abstrait, mais une exigence quotidienne, sans laquelle la Franc-maçonnerie cesse d’être une école de liberté pour devenir un simple système de domination.

L’Art Royal n’est pas une philosophie mais une morale enseignée sous le voile des symboles

Pour un franc-maçon du XXIe siècle, parler de spiritualité et de philosophie est presque inévitable.  Ces mots circulent partout, ils servent de passe-partout, ils rassurent, ils donnent l’impression d’un “supplément d’âme” à une époque saturée de technique, d’urgence et de colère froide. Mais c’est précisément là que commence la vigilance.

Philosophe en méditation ?

Car si l’on confond l’Art Royal avec un courant philosophique, une posture intellectuelle, une spiritualité vague ou une quête de bien-être, on se trompe de nature, donc de travail.

La définition classique issue de la tradition anglaise dit l’essentiel, sans lyrisme et sans détour

« La franc-maçonnerie est un système particulier de morale, enseigné sous le voile de l’allégorie, au moyen de symboles. »

Cette phrase a la densité d’une règle. Elle fixe une frontière et ouvre une méthode. Elle rappelle d’abord que le centre n’est pas l’opinion mais la morale. Non pas la morale comme moralisme, comme police des conduites, mais la morale comme art de rendre l’homme capable de justesse. Et cette morale n’est pas enseignée par un catéchisme, ni par des thèses, ni par des sermons : elle est transmise par un dispositif symbolique, c’est-à-dire par une pédagogie où l’on ne possède pas le sens, mais où l’on est progressivement possédé par lui, travaillé, repris, redressé.

La tentation contemporaine : tout réduire à des idées

Au XXIe siècle, le premier piège est de croire que l’on se transforme parce que l’on comprend. L’époque aime les concepts, les analyses, les prises de position. Elle transforme la pensée en identité : « je suis ceci », « je pense cela ». Or l’initiation, lorsqu’elle est authentique, ne confond jamais la clarté intellectuelle et la rectitude intérieure. On peut briller en parole et demeurer brut en soi. On peut disserter sur la liberté et demeurer prisonnier de ses réflexes. On peut parler de fraternité et demeurer incapable de supporter la contradiction sans humilier.

La philosophie, ici, est utile – mais seulement si elle accepte de ne pas régner. Elle offre des outils de discernement, de distinction, de critique. Elle apprend à nommer les erreurs de raisonnement, à débusquer les idoles modernes. Le dogmatisme camouflé en valeurs, le cynisme travesti en lucidité, l’émotion confondue avec une vérité. Mais dès qu’elle prétend être la voie elle-même, elle devient un nouveau masque de l’ego. Elle fabrique des tribunes intérieures : on a raison, on démontre, on réfute… et l’on se croit arrivé.

Or, l’Art Royal ne se définit pas comme une école d’arguments. Il est une école de métamorphose.

Le symbole n’explique pas : il agit

Là où la philosophie cherche la cohérence des idées, le symbole vise la cohérence de l’être. Et cette différence est capitale. Le symbole ne se contente pas d’informer l’intelligence : il met en tension la conscience. Il ne dit pas seulement « voilà ce que tu dois penser » ; il murmure plutôt : « voilà ce que tu dois apprendre à devenir ». Il ne clôt pas ; il ouvre. Il ne donne pas une conclusion ; il donne une tâche.

C’est pourquoi l’allégorie est un « voile ». Non pas un rideau destiné à cacher pour conserver un pouvoir, mais un voile qui empêche la profanation immédiate du sens. Le voile oblige à la patience. Il empêche l’esprit de réduire l’expérience à une formule. Il oblige le cœur à mûrir. Il instaure une lenteur dans un monde pressé : on ne consomme pas le symbolique, on le rumine. On ne s’en sert pas, on se laisse instruire par lui, parfois contre soi.

Et le XXIe siècle a un besoin aigu de ce voile. Nous vivons dans une civilisation de l’exposition permanente : tout doit être expliqué, montré, “rendu transparent”. Mais la transparence totale n’élève pas l’homme ; elle l’épuise et l’appauvrit. Elle fait croire que connaître, c’est voir. Or une part essentielle de la vie humaine ne se voit pas : elle se travaille. Elle se traverse. Elle se conquiert.

Loge à Londres au XVIIIe siècle

La spiritualité maçonnique : une discipline, pas une brume

La spiritualité, dans ce cadre, n’est pas une ambiance. Elle n’est pas une émotion collective, ni une esthétisation du sacré. Elle est une discipline d’attention. Elle commence par une capacité simple et rare : se tenir devant soi-même sans tricher. Être capable de silence, donc de présence. Apprendre à distinguer en soi ce qui relève du désir de vérité et ce qui relève du désir de domination.

Pour un maçon du XXIe siècle, cette discipline est d’autant plus nécessaire que l’époque fabrique des spiritualités de surface. On se relie à tout et à n’importe quoi, on collectionne des fragments de traditions comme on collectionne des objets, on confond l’intensité avec la profondeur. Le symbolique devient un décor, l’ésotérisme devient une marchandise, le mystère devient une mise en scène.

L’Art Royal, lui, est sévère d’une manière douce

Il rappelle que le spirituel se mesure à ses effets moraux. Pas à la beauté des discours, pas aux références, pas aux frissons. À ses effets. Est-ce que je deviens plus juste ? Plus fiable ? Plus responsable ? Est-ce que ma parole est plus tenue ? Est-ce que mon rapport à l’autre est moins violent, moins impatient, moins captif de l’ego ?

La spiritualité maçonnique n’a pas besoin d’être “sans Dieu” ou “avec Dieu” pour être réelle : elle a besoin d’être incarnée. Elle n’est pas une théorie sur le ciel : elle est une manière de marcher sur la terre.

La morale comme axe : l’éthique n’est pas un supplément, c’est le centre

Dire « système particulier de morale », c’est rappeler que la franc-maçonnerie ne cherche pas d’abord à produire des “croyants” ni des “sachants”, mais des hommes et des femmes capables de rectitude. Et cette rectitude n’est pas la rigidité. Elle n’est pas la raideur de celui qui se croit pur. Elle est l’alignement intérieur : l’accord entre ce que l’on affirme et ce que l’on fait ; entre ce que l’on proclame et ce que l’on tolère ; entre la lumière que l’on invoque et l’ombre que l’on nourrit.

Au XXIe siècle, l’éthique est partout dans les discours : éthique de l’entreprise, éthique de l’intelligence artificielle, éthique du soin, éthique environnementale… Mais cette inflation cache souvent une démission : on parle d’éthique pour éviter de parler de responsabilité, de sacrifice, de limites. On “charte” au lieu de se réformer. On affiche au lieu de s’obliger.

L’Art Royal ne se contente pas d’une éthique déclarative. Il propose une éthique formative. Il fait passer l’homme du registre des intentions au registre de la transformation. Il rappelle que la morale n’est pas ce que l’on dit, mais ce que l’on choisit quand personne ne regarde.

Outils du Maçon

La philosophie comme garde-fou : utile, mais subordonnée

Cela ne signifie pas que la philosophie est inutile au maçon. Au contraire : elle lui offre un antidote précieux contre deux maladies contemporaines.

La première, c’est la crédulité : la tentation d’avaler du symbolique sans discernement, de confondre initiation et fascination, tradition et folklore, profondeur et obscurité. La philosophie apprend à questionner, à vérifier, à distinguer le sens de l’illusion.

La seconde, c’est le fanatisme : la tentation de faire du Rite une identité fermée, une appartenance brandie, une supériorité insinuée. La philosophie rappelle la mesure, la complexité du réel, la dignité de l’autre. Elle empêche le symbole de devenir une arme.

Mais la philosophie doit rester à sa place : elle éclaire la route, elle ne remplace pas la marche. Elle aide à nommer, elle ne suffit pas à transformer.

Philosophe vs Franc-Maçon taillant sa pierre

Le point décisif : le travail sur soi n’est pas un narcissisme

Il faut aussi répondre à une objection fréquente du XXIe siècle : “travailler sur soi”, n’est-ce pas une forme d’individualisme spirituel ? Non, si l’on comprend correctement le but. L’Art Royal ne creuse pas l’ego ; il le taille. Il ne fait pas de l’intime un royaume ; il fait de l’intime un chantier. Le travail sur soi est une condition de la fraternité réelle. Sans ce travail, la fraternité devient une posture sociale, un mot qui sonne bien, une façade.

Le symbole, lui, travaille au plus près de ce qui rend l’homme dangereux : l’orgueil, la peur, le ressentiment, le besoin d’avoir raison, la jalousie, la tentation de réduire l’autre. Et c’est précisément parce qu’il travaille ces zones-là qu’il prépare une éthique qui ne soit pas un slogan.

Le maçon du XXIe siècle, s’il veut être fidèle à sa vocation, doit accepter cette vérité un peu rude : l’initiation n’est pas un confort. C’est une exigence. Une exigence joyeuse, certes, mais une exigence.

L’enjeu moderne : la technique sans conscience et la parole sans tenue

Nous entrons dans une époque où la puissance technique grandit plus vite que la maturité humaine. L’IA, les réseaux, l’économie de l’attention, la fragmentation du lien social… Tout pousse à l’immédiateté, à la réaction, à la violence verbale. Le danger n’est pas seulement ce que ces outils font, mais ce qu’ils réveillent en nous : la paresse de penser, le plaisir d’humilier, la peur de la nuance, l’addiction à l’indignation.

Franc-Maçon-taillant-sa-pierre

Dans ce contexte, la définition traditionnelle de la franc-maçonnerie redevient une arme pacifique : un “système particulier de morale”. Elle signifie : nous avons besoin d’une école de formation intérieure, capable de produire des êtres plus stables, plus responsables, moins manipulables. Une école qui n’alimente pas la guerre des opinions, mais qui transforme la parole en engagement, et l’engagement en service.

Ni-ni : ni philosophie, ni vague spiritualité, mais une morale symboliquement formée

Pour un maçon du XXIe siècle, la spiritualité n’est pas un parfum d’ambiance : c’est une tenue intérieure, vérifiable, exigeante. La philosophie n’est pas un trône : elle demeure un instrument de discernement, utile tant qu’elle n’alimente pas la vanité de ceux qui alignent deux citations comme on accroche des décorations – au risque de se prendre pour des agrégés de pensée quand il ne s’agit que d’érudition d’apparat.

Car l’Art Royal n’est pas un discours

Il est une méthode. Une transformation morale opérée par le symbolique. Le Rite, l’allégorie, les symboles ne sont pas des ornements ; ce sont des forces de formation. Ils font passer l’être du commentaire à l’épreuve, de l’opinion à la responsabilité, du « Moi » qui veut briller au « moi » qui consent à se rectifier.

Alors se reconnaît la vraie spiritualité

Non à ce qu’elle proclame sur le monde, mais à ce qu’elle rend possible dans la vie. Une parole plus juste. Un geste plus droit. Une fraternité moins proclamée et davantage pratiquée. Et cette définition anglaise, si sobre, prend pour notre temps une clarté presque prophétique : la franc-maçonnerie n’est pas une philosophie de plus, mais un système particulier de morale, non imposé par des dogmes, et pourtant profondément structurant, enseigné sous le voile de l’allégorie, au moyen de symboles – afin que l’homme apprenne, enfin, à devenir ce qu’il dit chercher.

Le-Rite,-l’allégorie,-les-symboles-ne-sont-pas-des-ornements-;-ce-sont-des-forces-de-formation

Mort nécessaire et Franc-maçonnerie

J’ai étudié la religion chrétienne toute ma vie, j’ai étudié au séminaire et j’essaie donc de tout considérer à travers le prisme de la Bible. Mais dans la Franc‑maçonnerie, pour moi, la Bible est le symbole principal, et le serment donné à ce à quoi je consacre toute ma vie joue un rôle énorme dans mon auto‑amélioration maçonnique. « Le nom vaut mieux qu’une bonne huile, et le jour de la mort vaut mieux que son jour de naissance » (Ecclésiaste 7 :1).

Pourquoi ? La question se pose immédiatement. Analysons ce qu’est le concept de mort. La mort, selon le dictionnaire explicatif de Dahl, est la cessation de la vie, l’arrêt complet des processus biologiques et physiologiques de l’activité vitale du corps. Mais est‑ce de cela que nous allons parler ? Non.

Nous parlerons de ce qui est bien exprimé dans la lettre à Ménécée par Épicure : « Quand nous sommes, il n’y a pas encore de mort, et quand la mort arrive, il n’y a plus de nous ». Oui, c’est ainsi que je dois comprendre la mort dont je vais parler. Il s’agira de la mort spirituelle, qui résulte de la commission de certains actes ou de certaines actions. « Le péché est entré dans le monde par un seul homme, et avec le péché, la mort ; la mort est passée sur tous les hommes, parce que tous ont péché » (Romains 5 :12). C’est le péché qui est la véritable cause de la souffrance humaine et de la mort spirituelle.

Mais qu’est‑ce qui a conduit à cela ? Au chapitre 2, verset 17 de la Genèse, le Seigneur dit à Adam : « Ne mange pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras le fruit, tu mourras certainement ». C’était une petite règle d’éthique, car le but de l’éthique, comme le dit Aristote, n’est pas la connaissance, mais l’action. Et maintenant, nous lisons plus loin dans la Bible comment le serpent affirme qu’après avoir mangé le fruit, ils ne mourront pas, mais deviendront sages comme des dieux. Et Adam et Ève mangent ce fruit.

Ce moment est devenu un tournant pour toute l’humanité et pour l’univers. C’est le péché de désobéissance qui a donné libre cours aux émotions et aux désirs, et les passions sont venues après lui. La Bible dit qu’Adam et Ève ont vu qu’ils étaient nus : ce sont leurs corps spirituels qui ont commencé à mourir. C’est pourquoi Dieu leur avait dit de ne pas manger, comprenant la faiblesse de leur corps spirituel. Comme l’a dit Épictète : « Celui qui est fort dans le corps peut supporter la chaleur et le froid. Ainsi, celui qui est en bonne santé mentale est capable de supporter la colère, le chagrin, la joie et d’autres sentiments ».

Dieu a compris que la prise de conscience de tout cela, pour la première âme, signifierait la mort, et l’expulsion du Paradis est devenue une mesure forcée pour tout purifier, longtemps après, par un grand sacrifice, comme le dit la Bible : « C’est pourquoi il est le médiateur du nouveau testament, afin que, par la mort intervenue pour la rédemption des transgressions commises sous le premier testament, les appelés à l’héritage éternel reçoivent ce qui leur a été promis » (Hébreux 9 :15).

Considérons maintenant ce qu’est le Calvaire, afin que tout soit plus clair. Le Calvaire, à l’époque de Jésus‑Christ, était un lieu frontalier à l’extérieur de Jérusalem, où les exécutions pour violation des lois étaient fréquentes. On y exécutait des traîtres et des assassins. Cependant, personne ne savait qu’Adam était enterré à cet endroit.

La plupart des saints Pères et des docteurs de l’Église, sur la base d’une tradition ancienne, estiment que le Calvaire tire son nom du crâne d’Adam, qui avait été déposé jadis en ce lieu, et que la croix de Jésus‑Christ, le « second Adam », fut plantée juste au‑dessus de lui. « Il y a une légende », dit saint Basile le Grand dans son interprétation du livre d’Isaïe, chapitre 5, « préservée par la tradition orale, selon laquelle la Judée aurait été la première demeure d’Adam qui, après avoir été chassé du Paradis, vécut dans ce pays pour se consoler de ses pertes. Ainsi, elle fut la première à accueillir l’homme mort, lorsque la condamnation d’Adam fut accomplie ».

Le crâne d’Adam a reçu sur lui tout le sang de tous les temps et de toutes les époques, et c’est lui qui a été purifié par le sang saint.

En Franc‑maçonnerie, nous voyons les symboles de la mort nous entourer dès le premier degré, dans la chambre de réflexion. Une fois que le Frère chirurgien accomplit sa tâche en mettant à l’épreuve et en mesurant les forces et les capacités de l’initié, au niveau spirituel, le sang coule entre les cases noires et blanches du temple et, touchant le Calvaire, lave le crâne d’Adam. L’homme en cours de consécration renaît alors d’un être temporel, par lequel il était entré dans la chambre de réflexion, en un homme spirituel.

Nous pouvons le voir très clairement dans le célèbre roman Le Maître et Marguerite, où Woland, ayant retourné le crâne, et qui se trouvait en chemise et en pantoufles effilochées, renaît en habits noirs avec une épée au côté.

Mais qu’est‑ce que traverse l’initié ? Il passe par des épreuves, par le chemin difficile des péchés et des erreurs, où il peut tomber, mais où il est obligé de se relever et de poursuivre la route. Spirituellement, il sent que la lumière l’attend à la fin. Le mathématicien belge, professeur de logique et de philosophie des sciences Jean‑Paul Van Bendegem (1953), éminent Franc‑maçon, parle de la signification de la lumière : « La lumière joue un rôle important dans la Franc‑maçonnerie. Le nouveau participant reçoit lors de l’initiation la “lumière” – un rituel qui trouve sa source dans l’illumination. Les Francs‑maçons utilisent la lumière au sens où l’entend la Bible, chapitre 1 de Jean : “La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point comprise.” »

La vraie lumière est celle qui nous purifie. En tant qu’initiés, chaque fois que nous commettons un péché, nous retournons dans la chambre de méditation et nous suivons de nouveau le chemin difficile de l’expiation, afin que notre demande atteigne le crâne comme le sang dans la salle de méditation. « Ô Dieu, aie pitié de moi par ta grande miséricorde, et efface mes iniquités par la multitude de tes grâces. Lave‑moi complètement de mon iniquité, et purifie‑moi de mon péché » (Psaume 50 :3‑4).

Et c’est par la lumière purifiée que nous aspirons à vivre en Christ, avec Christ. Chaque fois que nous nous tenons sur une planche oscillante entre l’ancien Adam‑Bélial et le sage Adam‑Cadmon, nous essayons de vivre selon la conscience et la pureté de l’esprit. « Pour son mal, le méchant sera rejeté, et le juste, même à sa mort, a de l’espérance » (Proverbes 14 :32).

Mais sans erreurs, nous ne pouvons pas refaire le chemin en nous abstenant de les commettre. C’est pourquoi la mort est nécessaire, comme cycle du péché, du châtiment, de la purification et de la renaissance. « Il ne peut y avoir de vie sans la mort », nous dit Épicure dans ses jardins.

Liste de littérature :

  • Livre de l’Ecclésiaste, chapitre 7.
  • Dictionnaire explicatif de Dahl.
  • Épicure, lettre à Ménécée.
  • Épître aux Romains de l’apôtre Paul, chapitre 5.
  • Genèse, chapitres 2 et 3.
  • Épître aux Hébreux de l’apôtre Paul, chapitre 9.
  • Basile le Grand, Interprétation du prophète Isaïe, chapitre 5.
  • Liturgie de la charte écossaise ancienne et acceptée.
  • Boulgakov, roman Le Maître et Marguerite.
  • Évangile selon Jean, chapitre 1.
  • Psautier, Psaume 50.
  • Le livre des Proverbes, chapitre 14.

Le mot de René : « Je ou à l’assaut de soi-même » 2/2

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« La pierre brute est à peine dégrossie. L’heure du repos n’est donc pas arrivée » Rituel.

« L’individu contient beaucoup plus de personnes qu’il ne croit »

Friedrich Nietzsche, Fragments posthumes.

Connais-toi toi-même (2)

Michel Foucault

« La plupart du temps, les gens croient que ce qu’on doit faire, c’est dévoiler, libérer, déterrer la réalité cachée du soi… Le problème ce n’est pas de délivrer, ce n’est pas de « libérer » le soi, mais d’envisager comment il serait possible d’élaborer de nouveaux types, de nouvelles sortes de relations à nous-mêmes » (Michel Foucault, La culture de soi). Autrement dit, si la chenille passe son temps à s’examiner à ce stade de son développement, jamais elle ne pourra imaginer le papillon qu’elle deviendra.

Il se passe beaucoup de choses à l’intérieur d’une tête : des pensées, des affections, des désirs, des souvenirs… Vivre c’est se déplacer, c’est se rendre disponible à ce qui nous est donné de connaître et de rencontrer. Toute expérience, toute situation nouvelle nous changent. Comme les cellules de notre corps qui se renouvellent, notre vision du monde évolue. Pourtant, comme les neurones de notre cortex cérébral qui ne se remplacent pas, ceux qui comptent sur nous doivent pouvoir nous trouver toujours avec les mêmes dispositions. C’est vrai dans les actes de la vie comme dans les paroles énoncées.

Comment nommer ?

Jean-Pierre Vernant

Jean-Pierre Vernant (L’Individu, la mort, l’amour : soi-même et l’autre en Grèce ancienne) distingue l’individu, le sujet et la personne.

Individu : c’est ce qui se lit dans les biographies. C’est tel homme ou femme, le spécimen, l’être concret avec son existence propre.

Sujet : il se trouve dans les autobiographies ou les Mémoires. Cette notion recouvre le souci de choisir ses comportements dans son temps historique et culturel. « Derrière tes sentiments et tes pensées, mon frère, se tient un maître plus puissant, un sage inconnu – il s’appelle soi. Il habite ton corps, il est ton corps » (Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra).

Personne : elle écrit ses confessions, un journal intime comme saint Augustin, Montaigne ou Rousseau. Cela se répand au XIXe siècle, « développement maladif et monstrueux du moi » (Ferdinand Brunetière, 1849-1906). C’est un individu certes mais avec en plus la conscience de soi. Marcel Mauss fait démarrer à Kant et à Fichte que « tout fait de conscience est un fait du « moi » » (Sociologie et anthropologie).

« La personne dit : Je suis ; l’individu dit : Je suis ainsi… La personne contemple son soi, l’individu s’occupe de ce qui est sien ; il dit mon esprit, ma race, mon activité, mon génie… Nul homme n’est purement une personne, nul n’est purement un individu » (Martin Buber, 1878-1965, philosophe).

La théorie freudienne

Freud

L’homme est régi par des processus dont il n’est pas l’agent conscient : « Le conscient ne serait que des actes isolés, des fractions de la vie psychique totale. » Dans le vocabulaire freudien, la personnalité se décompose en trois instances, le moi, le ça et le surmoi. Le moi définit la personnalité et lui permet de s’adapter à la réalité. Le ça traduit les forces profondes et involontaires de la vie humaine. Il est activé par le principe de plaisir (la libido ou énergie sexuelle) et se traduit par des pulsions, instinctives et inconscientes, investies sur des objets ou des images. « Des impulsions sexuelles jouent en tant que causes déterminantes des maladies nerveuses ou psychiques un rôle extrêmement important. Ces mêmes émotions sexuelles prennent une part qui est loin d’être négligeable aux créations de l’esprit humain dans les domaines de la culture, de l’art et de la vie sociale » (Introduction à la psychanalyse). La pulsion est culturellement orientée vers des objets socialement valorisés, ce en quoi elle diffère totalement de l’instinct. Le surmoi représente la censure, l’autorité, l’intériorisation des interdits. Il a pour conséquence le refoulement de ce que l’on ne veut pas connaître mais qui est présent dans l’inconscient. C’est l’héritier du complexe d’Œdipe, amour frustré de la mère et idéalisation du père rival. Tout ceci se structure lors de l’enfance où la libido se heurte au social/censeur au cours de trois stades (oral, anal et œdipien), et dans la vie de l’adulte par sa gestion de ses deux instincts fondamentaux, Éros (le désir) et Thanatos (la mort).

Jung

Pour lui, le psychisme se conçoit dans quatre dimensions.

le masque des conventions : « L’identification à la fonction, à la profession ou au titre, a quelque chose de séduisant. »

le visage du moi avec sa spécificité, son libre arbitre, son intégrité, sa cohérence et sa conscience.

le subconscient, mémoire de tout ce que nous avons connu, mémoire présente ou non, partie de l’inconscient qui remonte partiellement à la conscience et influence le comportement.

l’inconscient : « L’inconscient n’est pas un monstre démoniaque. C’est un organisme naturel, indifférent aux points de vue moral, esthétique et intellectuel. Il est dangereux si notre attitude à son égard est fausse » (L’Âme et la vie). Il est à la fois personnel, produit par les « rejets » de la conscience, et collectif. Chacun porte en lui les traits de tout homme ; dans des circonstances données, nos comportements sont analogues à ceux de tout homme. « L’inconscient est commun aux humains à un degré bien plus élevé que ne le sont les contenus de la conscience individuelle » (Métamorphoses de l’âme et ses symboles).

Mon hérédité : destin ou libre-arbitre ?

Le gène est un ensemble d’instructions donnant le mode d’emploi de la fabrication d’un corps. Le génome est une bibliothèque dont il est une page. Quelle part de déterminisme s’y trouve, ce présent qui contraint mon futur ? (L’inverse du destin qui est un futur qui contraint le présent).

Le déterminisme génétique

Le déterminisme génétique est une idée remontant à la génétique des années 1920, selon laquelle tout le développement biologique d’un organisme est déterminé par ses gènes. Elle postule donc que la connaissance de ces gènes et de leur « activité » permet de comprendre le développement, le fonctionnement et même les comportements de cet organisme. Résumant les découvertes de son époque, le professeur François Gros écrivait : « Des facteurs héréditaires au principe transformant, on dégage enfin le responsable, l’élément qui renferme en lui notre destinée et recèle la vertu explicative du caractère : le gène. Résolument déterministe, la biologie croit dur comme fer à cette équation par elle maintes fois vérifiée : le gène expliquera non seulement nos actes, mais aussi nos comportements – des plus intimes au plus sociaux – notre pensée, bref, tous nos caractères » (Les secrets du gène). Le gène égoïste de Richard Dawkins a largement participé à la diffusion du déterminisme génétique.

L’épigénétique

Schéma représentant les mécanismes de l’épigénétique : les marques biochimiques de méthylation apposées par des enzymes sur l’ADN conduisent à l’inactivation des gènes concernés. Les marques apposées sur les histones modifient l’état de compactage de la molécule d’ADN, favorisant ou au contraire limitant l’accessibilité aux gènes.

« Les mots « génétique » et « héréditaire » sont devenus quasiment synonymes. Cependant, de la même manière que la théorie de Newton n’est pas la physique mais une théorie de la physique, la génétique n’est pas l’hérédité, mais une théorie de l’hérédité… Il y a de nombreux cas où un gène détermine plusieurs caractères, où plusieurs gènes déterminent un caractère et des cas où le caractère associé à un gène n’apparaît que chez une fraction des individus qui le possèdent. Il faut souligner que ces notions ont été très vite acquises, dès les années 1920 » (Jean-Jacques Kupiec, Ni Dieu ni gène : pour une autre théorie de l’hérédité). Les composants agissent sur le comportement du système, et le système agit en retour sur le comportement des composants. »

L’épigénétique étudie les changements de l’expression des gènes qui ne sont pas dus à des modifications de la séquence d’ADN et sont stables à travers les divisions cellulaires. « Tout organisme est une coproduction de ses gènes, de l’épigénétique et de l’environnement » (Pierre-Henri Gouyon, Muséum d’histoire naturelle) ; je suis la résultante d’interactions entre mes gènes, mon environnement et ma culture. La pratique de la chasse a diminué la taille des intestins et libéré de l’énergie au profit de la matière cérébrale (Kevin Laland et Isabelle Coolen, Dossiers de la recherche).

« L’épigénétique crée au fond l’espoir que nous sommes « plus » que la séquence de nos gènes » (Edith Heard, professeur au Collège de France).

L’initiation

« Sur l’acacia, emblème de la renaissance ».

Rituel

L’ère « post-génomique » qu’est l’hérédité étendue confirme cette mise à distance de la fatalité. En s’en tenant simplement à l’initiation, il est clair que la Franc-maçonnerie promet un nouveau départ qui écarte toute vision déterministe. Une renaissance symbolique est possible à condition d’en être un acteur qui veut utiliser les outils symboliques proposés. L’apprentissage est donc le temps pour connaître les causes de ce que je fus. Et comme le dit la philosophe pour un transclasse, il s’agit de mettre « « en jeu l’invention d’une existence nouvelle au sein d’un ordre établi sans qu’un bouleversement social ou une révolution se soient produits » (Chantal Jaquet, Les transclasses ou la non-reproduction). L’initiation qui initie aussi au monde profane permet de « comprendre les déterminismes sociaux pour mieux pouvoir s’en libérer » (Chantal Jacquet).

Recommandations

Gaëlle Pontarotti, Par-delà les gènes, Une autre histoire de l’hérédité, Gallimard, 2025.

René Rampnoux, Penser en Franc-maçon, Quand la franc-maçonnerie dialogue avec la philosophie, Dervy, 2019.

Le clan des retraités britanniques sape la Franc-maçonnerie espagnole

De notre confrère elconfidencial.com Par Antonio Fernández. Barcelona

Le sénateur socialiste Txema Oleaga ne s’est pas représenté, mais depuis un an, il forme un protégé pour prendre la tête de la Grande Loge d’Espagne.

La Grande Loge d’Espagne (GLE), la plus importante organisation maçonnique du pays, a un nouveau dirigeant : le Britannico-Espagnol Shaun Parsons-Herrera. Une victoire serrée a permis au nouveau chef de l’organisation d’accéder à la tête de l’organisation. Figure jeune et dynamique, il a été nommé à ce poste par le précédent Grand Maître, le sénateur socialiste Txema Oleaga. De fait, certains milieux maçonniques soulignent que Parsons-Herrera « représente la continuité de l’administration précédente en raison de ses affinités logistiques et politiques avec son prédécesseur ». 

Francisco Javier Rivas et Txema Oleaga lors d’une réunion de loge. | Photo : GLE

Le nouveau Grand Maître a été élu grâce au vote britannique. Fait intéressant, la Franc-maçonnerie espagnole est largement contrôlée par les Britanniques. De nombreux Francs-maçons britanniques retraités se sont installés sur les côtes andalouses et valenciennes, exerçant une influence considérable qui peut faire basculer le scrutin. C’est précisément ce qui s’est produit cette fois-ci. « Ce n’est pas que les Francs-maçons britanniques installés en Espagne soient socialistes, mais plutôt qu’ils ont voté massivement pour l’un des leurs, soutenu par Oleaga », ont confié des sources maçonniques internes à El Confidencial. L’autre atout majeur du vainqueur a été le vote en ligne, qui a mobilisé un électorat qui ne s’était pas rendu aux urnes auparavant.

Les élections au sein de la Grande Loge d’Espagne (GLE) révèlent que la Franc-maçonnerie est plus divisée que jamais. La candidature de Shaun Parsons-Herrera était la candidature officielle, soutenue par Oleaga et ses partisans, parmi lesquels on trouve une importante représentation socialiste, à commencer par Oleaga lui-même et son frère Jesús, qu’il nomma Grand Maître de Castille puis directeur du Conseil d’État de la GLE. Un autre socialiste de premier plan, Francisco Javier Rivas, était le numéro deux de la Franc-maçonnerie et a récemment présidé la Commission constitutionnelle permanente.

Felipe González

Le socialiste Jesús Gutiérrez Morlote, qui avait été secrétaire général à la Santé sous la présidence de Felipe González, était également candidat au titre de Grand Maître. Comme en politique, la Franc-maçonnerie a connu un affrontement entre deux factions socialistes : l’une liée au socialisme traditionnel et l’autre aux partisans de Pedro Sánchez. De fait, Oleaga est considéré comme un fervent partisan de Sánchez.

La liste soutenue par Oleaga partait avec un handicap en raison de la baisse de popularité du sénateur. Elle n’était pas favorite, mais Parsons parvint à renverser la situation. « Le clan britannique a joué un rôle déterminant dans ce résultat. Cette fois-ci, son fonctionnement était parfaitement huilé. Jusqu’à présent, tous les candidats au poste de Grand Maître avaient dû se concilier les Britanniques pour espérer diriger la GLE », indiquent des sources.

Parsons-Herrera a remporté une victoire écrasante, ne recueillant aucune voix pour ses adversaires dans des régions comme l’Andalousie et raflant le vote à Valence par 85 voix contre 8. Au total, sa candidature a recueilli 539 voix, contre 283 pour Gutiérrez et 101 pour Rubén Argemí. La liste d’Argemí, catalane, a obtenu le plus grand nombre de voix dans cette région. Ironie du sort, Gutiérrez a gagné à Madrid, mais la mobilisation des Francs-maçons britanniques basés sur la côte a fait pencher la balance en faveur du candidat officiel. Tout cela reste à déterminer, dans l’attente du dépouillement des votes des îles Canaries, qui, quoi qu’il en soit, ne modifiera pas les résultats définitifs.

Parsons a été désigné successeur au début de l’année dernière, après avoir été choisi comme adjoint directement par le sénateur Oleaga et avoir reçu le privilège de le représenter lors d’événements officiels. « Salutations à tous. Je m’appelle Shaun Parsons-Herrera et j’ai récemment été nommé Grand Maître adjoint de la GLE. Le Grand Maître de la GLE m’a fait l’honneur de me confier cette fonction et de me donner également l’opportunité de rédiger l’éditorial de ce numéro du bulletin interne, El Oriente. Ceci fait suite à sa demande de le représenter aux Grandes Assemblées des différentes provinces, tenues ces derniers mois après le renouvellement des postes au sein de la GLE », annonçait-il dans le bulletin interne en avril 2025. En deux mois, il a présidé cinq grandes assemblées provinciales en l’absence d’Oleaga. Cela lui a permis de se présenter aux différents dirigeants territoriaux et de s’imposer comme le favori du Grand Maître sortant.

Socialiste contre socialiste

Selon les experts, le tournant de la Franc-maçonnerie a été l’élection d’ Adolfo Alonso au poste de Grand Orateur de la Grande Loge d’Angleterre (GLLE) en mars de l’année dernière. Alonso, ancien conseiller municipal socialiste en désaccord avec Oleaga, a remporté l’élection contre toute attente, obtenant 54 % des voix pour ce poste (qui, comme celui de Grand Maître, est pourvu par élection directe). Cet avocat des Baléares, partisan de la séparation de la politique et de la Franc-maçonnerie, est ainsi devenu une figure clé des procédures disciplinaires engagées contre les Grands Officiers de la GLLE. Il est également chargé de réglementer et de diriger les processus électoraux maçonniques et de faire respecter le droit maçonnique, qui lui permet de demander des corrections ou des annulations de décision avant de donner son consentement.

Son tempérament est très différent de celui d’Oleaga. Tandis qu’Alonso a démissionné de son poste de conseiller municipal pour occuper ses nouvelles fonctions, Oleaga est resté sénateur malgré sa présidence du GLE, une situation qui, selon certains critiques, le disqualifie pour prendre des décisions ou se présenter comme neutre.

La victoire d’Alonso a mis Oleaga dans une position délicate, tandis que ses rivaux gagnaient du terrain. De fait, son mandat controversé est marqué par la visibilité accrue des personnalités politiques socialistes au sein de la GLE. Par ailleurs, il a exclu son prédécesseur, l’avocat valencien Óscar de Alfonso, pour avoir exigé que les Francs-maçons canariens enquêtent et traduisent en justice les responsables des scandales judiciaires impliquant de hauts fonctionnaires socialistes du gouvernement canarien, à l’époque où le ministre Ángel Víctor Torres présidait l’exécutif régional. Ces scandales étaient liés à l’ attribution de marchés de fournitures médicales pendant la pandémie de COVID-19.

De Alfonso a été suspendu pour deux ans pour avoir refusé de retirer sa pétition. Torres, quant à lui, dans l’attente de l’enquête judiciaire concernant l’affaire Koldo, a assisté l’automne dernier à l’inauguration du temple maçonnique de Santa Cruz de Tenerife, un projet financé par l’État espagnol à hauteur de 3 millions d’euros.

Un autre ancien Grand Maître, Tomás Sarobe, a démissionné en raison de la dérive autoritaire d’Oleaga, qu’ils accusaient d’importer les manœuvres politiques au sein de la Grande Loge d’Espagne (GLE). Cette démission, conjuguée à plusieurs scandales, comme les tentatives de transfert du siège de Barcelone, a marqué un mandat tumultueux, dont l’objectif était de moderniser l’organisation en révisant les statuts maçonniques. Le mécontentement général et le double discours ont considérablement nui à la réputation d’Oleaga, qui a finalement décidé de ne pas se représenter, tout en laissant tout en suspens concernant la candidature de Parsons.

En mai, le nouveau Grand Maître avait déjà pris ses fonctions et était considéré comme le successeur d’Oleaga. Ce même mois, il s’adressa aux membres, soulignant la croissance de la GLE et la réouverture de certaines loges. « Pour ma part, voyageant à travers l’Espagne pour participer à des cérémonies ou les diriger, en ma qualité de Grand Maître adjoint, je suis témoin de cette situation et je suis ravi de constater l’enthousiasme des frères à reprendre leurs activités sous de nouvelles chartes ou des chartes renouvelées. » Il dispose désormais de quatre ans pour apaiser une organisation divisée, dont les plaies restent vives et qui nécessitent du temps, du dialogue et de la sérénité pour guérir.

Réservez la 19e croisière maçonnique. Départ le 1/06/26 : Corée du Sud, Japon et Chine

Embarquez pour un Orient inattendu, entre Corée du Sud, Japon et Chine, à l’occasion de la 19e croisière maçonnique et philosophique organisée par le Cannes Cercle Azuréa à bord du Costa Serena, du 1ᵉʳ au 12 juin 2026 au départ d’Incheon. Placée sous le thème inspirant « Natures et goûts du sacré », cette nouvelle odyssée propose aux Francs-maçons, à leurs familles et à leurs proches un voyage où découvertes culturelles, travaux symboliques et fraternité se répondent comme autant d’étapes d’un même chemin initiatique.

Un itinéraire entre ciel et mer

Pendant 12 jours et 11 nuits, le Costa Serena vous conduira au cœur d’un Orient à la fois moderne et empreint de traditions millénaires. Après l’embarquement à Incheon, en Corée du Sud, le 1ᵉʳ juin 2026, la croisière alternera journées de navigation propices à la réflexion et escales riches en symboles.

Les principales étapes vous mèneront à Pusan, grande métropole portuaire coréenne, puis vers plusieurs joyaux du Japon : Sasebo, Yatsushiro, Kagoshima et Nagasaki, chacun offrant son propre rapport au sacré, entre nature, mémoire et spiritualité. Une escale longue à Shanghai, en Chine, viendra prolonger ce voyage intérieur par la découverte d’une mégalopole où traditions, modernité et quête de sens se croisent comme dans un vaste temple à ciel ouvert.

DateEscalePaysParticularité du jour
1ᵉʳ juinIncheonCorée du SudEmbarquement, départ à 23 h 30
2 juinNavigation entre ciel et merJournée de réflexion et de rencontres
3 juinPusanCorée du SudArrivée 8 h, départ 20 h
4 juinSaseboJaponArrivée 8 h, départ 20 h
5 juinYatsushiroJaponArrivée 7 h, départ 17 h
6 juinKagoshimaJaponArrivée 9 h, départ 19 h
7 juinNagasakiJaponArrivée 9 h, départ 20 h
8 juinNavigation entre ciel et merTemps de travaux et de détente
9 juinShanghaiChineArrivée 8 h, escale longue
10 juinShanghaiChineDépart 18 h
11 juinNavigation entre ciel et merRetour à soi et partage en Loge
12 juinIncheonCorée du SudArrivée 6 h, débarquement jusqu’à 14 h

Un temple flottant dédié au sacré

À bord du Costa Serena, véritable « navire des Dieux » déjà bien connu des habitués des croisières maçonniques du Cercle Azuréa, tout est pensé pour conjuguer confort matériel et élévation spirituelle. Cinq restaurants, dont le restaurant Club, la pizzeria Pummid’Oro et le Sushino at Costa (sur réservation), ainsi que neuf bars – avec bar à vin et Gelateria Amarillo – offrent de multiples lieux de convivialité fraternelle.

Le navire propose également un vaste centre de bien-être avec salle de sport, salles de traitement, sauna, hammam, cinq vasques à hydromassage, quatre piscines dont une sous verrière amovible, un terrain multisport et un parcours de footing en plein air. Théâtre sur trois niveaux, casino, discothèque, galerie marchande, monde virtuel, Squok Club et piscine enfants complètent ce décor où chaque Frère et chaque Sœur peut trouver sa juste place entre silence intérieur et joie partagée.

Un programme maçonnique en gestation

Fidèle à l’esprit des précédentes éditions, cette 19e croisière maçonnique et philosophique s’articulera autour d’un programme de conférences, de planches et d’échanges fraternels en lien avec le thème « Natures et goûts du sacré ». Si le programme détaillé est encore en cours d’élaboration, les organisateurs annoncent d’ores et déjà des intervenants de grande qualité, des temps de parole libre et la possibilité, pour celles et ceux qui le souhaitent, de proposer un travail à l’avance.

Les participants sont invités à prendre leurs décors pour des cérémonies maçonniques à bord, dans un salon privé dédié aux rendez-vous du groupe, et à profiter de présentations spécifiques avant chaque escale afin de mieux articuler découverte profane et réflexion symbolique. Une soirée cinéma, des surprises et un cocktail de bienvenue musical le premier jour viendront renforcer la dimension fraternelle de ce voyage hors du commun.

Des intervenants de haut vol

Pour accompagner ce cheminement autour du sacré, le Cannes Cercle Azuréa a réuni des personnalités dont les parcours font dialoguer sciences, humanisme et démarche initiatique.

Aline Mercan

Aline Mercan : médecin, anthropologue, nutritionniste et phytothérapeute, elle accompagne notamment des patients en post-cancer et a longuement étudié les médecines traditionnelles asiatiques, leurs pharmacopées et leurs pratiques nutritionnelles. Enseignante-chercheuse rattachée à l’Université Grenoble Alpes et à l’Université libre de Bruxelles, elle a publié plusieurs ouvrages d’ethnobotanique, de phytothérapie et d’anthropologie, dont le dernier interroge les différents visages de la guérison.

Jean-Jacques Cros

Jean-Jacques Cros : journaliste, ancien présentateur du journal télévisé de France 3 Paris, il a aussi enseigné à Sciences Po et dans des écoles de journalisme, et forme à la communication audiovisuelle ainsi qu’à la prise de parole en public. Auteur de plusieurs ouvrages, on lui doit notamment Le Journalisme pour les Nuls et Médias, la grande illusion.

Patrick Carré

Patrick Carré : poète, philosophe et Franc-maçon français, il développe une œuvre où littérature, spiritualité et symbolisme maçonnique se rencontrent. Diplômé en philosophie, arts et métiers, arts plastiques, formé à la langue hiéroglyphique des anciens Égyptiens, il est initié à 23 ans à la Grande Loge de France, membre de la juridiction du Suprême Conseil de France et aujourd’hui rattaché à l’OIAPMM. On lui doit notamment CathédralesFrancs-Maçons alchimistesDürer alchimiste, Maître du trait, philosopheNous sommes tous androgynes et Méditations du Sphinx.

Conditions pratiques et réservations

Cette 19e croisière maçonnique et philosophique est proposée à partir de 1149 € TTC par personne en cabine intérieure, 1299 € en cabine extérieure et 1669 € en cabine balcon, en base double, dans la limite des stocks disponibles au moment de la réservation, pour un départ le 1ᵉʳ juin 2026 d’Incheon à bord du Costa Serena. Ce prix comprend la croisière dans la catégorie choisie, la pension complète, les taxes et charges portuaires, le port des bagages en gare maritime, l’assistance de personnel parlant français, le programme d’animation avec un spectacle chaque soir, ainsi que les privilèges exclusifs Cannes Cercle Azuréa.

Ne sont pas compris : le forfait de séjour à bord de 121 € par personne, les boissons, les assurances, les excursions et l’assurance Costa Relax. Le règlement est possible en trois fois sans frais, et un tarif enfant est envisageable directement auprès du service de réservation.

Les formalités administratives exigent un passeport valable au moins six mois après le retour, avec une double page vierge disponible. La croisière est ouverte aux familles et aux amis proches, et le groupe bénéficie d’un code spécifique afin de profiter des avantages réservés au Cercle Azuréa.

Les inscriptions sont impérativement à effectuer par mail auprès du service de réservation Costa ou via la page dédiée, afin de bénéficier des conditions spécifiques et des privilèges du Cannes Cercle Azuréa. Dans la continuité des précédentes éditions, cette 19e croisière s’annonce comme une nouvelle invitation à conjuguer voyage, réflexion et fraternité, sur un Orient où chaque escale devient un atelier à ciel ouvert pour celles et ceux qui cherchent à éprouver, au plus près, les multiples « natures et goûts du sacré ».