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27/03/26 – « Science et Spiritualité » au Grand Collège des Rites Écossais, au « 16 Cadet »

Il est des journées qui ne se contentent pas d’être annoncées. Elles s’installent déjà dans l’esprit comme une promesse de travail intérieur.

Grand-Collège-des-Rites-Écossais capture d’écran

La rencontre « Science et Spiritualité » portée par le Grand Collège des Rites Écossais relève de cette catégorie rare. Avant même l’ouverture des travaux, quelque chose s’y dessine avec netteté. Une méthode. Une tenue. Une manière de refuser les facilités du temps.

Car le sujet est redoutable

Il est souvent traité sur le mode de l’affrontement sommaire ou de la réconciliation de façade. D’un côté une science réduite à la froideur des procédures. De l’autre une spiritualité abandonnée aux flous, aux slogans, aux séductions de l’imprécis. Le Grand Collège choisit une voie plus exigeante. Il ne s’agit ni d’opposer ni de confondre. Il s’agit d’articuler. L’infolettre du Grand Collège pose clairement cette tension contemporaine en évoquant la crise du vrai et la prolifération des « vérités alternatives », tout en affirmant la possibilité d’un dialogue fécond entre compréhension du réel et ouverture de la conscience.

Ce choix dit beaucoup de l’écossisme vivant au sein du Grand Orient de France

Non pas un écossisme de retrait, refermé sur ses propres miroirs, mais un écossisme de présence, capable de prendre place dans les débats de l’époque sans perdre sa profondeur symbolique. Le GODF rappelle lui-même sa filiation avec les Lumières et son horizon d’amélioration matérielle et morale de l’humanité, tout en assumant la dimension philosophique et spirituelle de la recherche personnelle. La journée du 27 mars apparaît ainsi comme une mise en acte de cette tension créatrice, là où la raison critique et l’intériorité cessent de se regarder en chiens de faïence pour devenir des instruments complémentaires de discernement.

Sceau-Grand-Collège-des-Rites

Il faut saluer ici la cohérence du Grand Collège des Rites Écossais

Son site comme sa brochure témoignent d’un patient travail de transmission, d’une volonté de rendre lisible une culture des hauts grades qui ne se réduit pas au cérémonial mais se déploie aussi dans l’étude, les colloques, les publications, la mise en perspective historique et doctrinale.

Cette journée ne tombe donc pas du ciel. Elle s’inscrit dans une continuité. Elle prolonge un geste ancien et lui donne une forme très actuelle.

La présence de Baudouin Decharneux donne à l’ensemble une assise remarquable. L’Université libre de Bruxelles le présente comme philosophe et historien des religions, spécialiste du judaïsme hellénisé, du christianisme des origines et des Pères de l’Église, avec un travail important sur le mythe, le symbole et le rite. Voilà précisément une voix capable de tenir ensemble érudition et profondeur, histoire des formes et intelligence des transmissions. Une voix qui rappelle que la spiritualité n’est pas un brouillard compensatoire, mais une discipline de lecture du monde et de soi.

Dominique Jardin

La présence de Dominique Jardin est tout aussi précieuse

Dans un cadre écossais, elle est même décisive. Sa manière de travailler les rituels, les tableaux de loge, les manuscrits et les généalogies maçonniques a largement contribué à réinstaller une exigence de méthode dans un champ trop souvent encombré de répétitions approximatives.

L’angle annoncé pour son intervention, centré sur la démarche scientifique appliquée à l’étude historico critique des rituels maçonniques, touche un point névralgique. Il rappelle que la fidélité initiatique ne se mesure pas à la ferveur du commentaire, mais aussi à la probité de l’enquête. Cette parole fait du bien. Elle taille. Elle nettoie. Elle rend à la tradition sa densité au lieu de la laisser flotter dans l’imaginaire.

Ce colloque vaut aussi par les présences qui l’encadrent et lui donnent son retentissement institutionnel.

Christian Confortini, Très Puissant Souverain Grand Commandeur du Grand Collège des Rites Écossais
Pierre-Bertinotti,-Grand-Maître-du-GODF

Christian Confortini et Pierre Bertinotti ne viennent pas seulement fermer une séquence. Leur place dans cette journée inscrit le travail entrepris dans une continuité d’autorité, de responsabilité et de vision. L’infolettre annonce explicitement les conclusions par Christian Confortini, Très Puissant Souverain Grand Commandeur, puis la clôture par Pierre Bertinotti, Grand Maître du GODF. Ce n’est pas un détail. C’est la marque d’une journée qui entend compter.

Ce qui se joue ici dépasse de loin un simple colloque thématique

Suprême Conseil du Grand-Collège-des-Rites-Écossais

C’est une certaine idée de la maçonnerie écossaise qui se donne à voir. Une maçonnerie qui ne renonce ni à la précision de l’examen ni à l’élévation de la conscience. Une maçonnerie qui sait que la science sans intériorité risque de devenir puissance sans boussole, et que la spiritualité sans méthode s’expose à devenir brume. Entre ces deux dérives, le chantier maçonnique retrouve sa juste ligne de force, celle du discernement, de la mesure, de la mise en relation.

En cela, la journée « Science et Spiritualité » au « 16 Cadet » porte déjà sa propre leçon

Elle rappelle qu’une tradition initiatique demeure vivante lorsqu’elle accepte l’épreuve du réel sans abandonner l’exigence du sens. Et qu’au cœur même des turbulences contemporaines, il est encore possible de penser haut, de travailler juste, et de chercher la lumière sans renoncer à l’examen.

Revendiquer la pensée et promouvoir l’imagination

À l’heure des flux continus, des jugements instantanés et des paroles prémâchées, revendiquer la pensée n’est plus un luxe d’intellectuel. C’est une exigence de liberté. Et promouvoir l’imagination n’a rien d’une fantaisie décorative. C’est rouvrir en l’homme la faculté de concevoir un monde plus juste, plus habitable, plus fraternel.

Dans un temps où l’intelligence artificielle, la désinformation et l’empire des écrans redessinent nos rapports au vrai, au savoir et au récit, il devient urgent de défendre ensemble l’esprit critique et la puissance créatrice.

Nous vivons une époque paradoxale

Jamais l’information n’a été aussi abondante, jamais les outils de production de contenus n’ont été aussi puissants, jamais la parole n’a circulé avec une telle rapidité. Et pourtant, dans ce vacarme saturé, la pensée se trouve souvent reléguée. Elle cède devant la réaction. Elle s’efface devant l’algorithme. Elle se dissout dans une économie de l’attention qui récompense moins la profondeur que l’immédiateté. Dans le même mouvement, l’imagination se voit tantôt exploitée comme ressource marchande, tantôt réduite à un divertissement sans conséquence, alors qu’elle constitue l’une des plus hautes facultés humaines.

L’UNESCO rappelle d’ailleurs que l’essor rapide de l’intelligence artificielle soulève des enjeux éthiques majeurs, qu’il peut aggraver des inégalités existantes, et que la dignité humaine comme la supervision humaine doivent demeurer au centre. Le Forum économique mondial souligne, de son côté, qu’en 2025 la pensée analytique reste la compétence la plus jugée essentielle par les employeurs, sept entreprises sur dix la tenant pour décisive.

Revendiquer la pensée, cela signifie d’abord refuser l’abdication intérieure

Penser n’est pas accumuler des opinions, ni même collectionner des savoirs. Penser, c’est discerner. C’est comparer, peser, mettre à distance, accepter la complexité sans se réfugier dans la confusion. C’est aussi consentir à la lenteur lorsqu’une époque entière nous somme d’aller vite. Or cette lenteur active est aujourd’hui un acte de résistance. L’UNESCO définit la culture de l’information et des médias comme un ensemble de compétences essentielles pour affronter la désinformation, les discours de haine, la baisse de confiance dans les médias et les bouleversements numériques. La Commission européenne rappelle elle aussi que l’éducation aux médias est une compétence cruciale à tous les âges pour renforcer l’esprit critique et mieux identifier les manipulations informationnelles.

Mais la pensée, si elle veut demeurer vivante, ne peut se limiter à l’examen du réel tel qu’il est

Elle doit aussi garder ouverte la possibilité du réel tel qu’il pourrait être. C’est ici qu’entre l’imagination. Non comme fuite hors du monde, mais comme puissance de transformation du monde. L’imagination est ce qui permet à l’esprit humain d’ouvrir des issues là où tout semblait verrouillé, d’entrevoir des formes nouvelles de transmission, de justice, de langage, de communauté. Une réflexion publiée par l’UNESCO sur l’éducation à l’ère de l’IA insiste précisément sur ce point. Les récits dominants sur l’avenir technologique tendent à enfermer l’école dans des scénarios étroits, tandis qu’une approche plus ambitieuse suppose de rouvrir le champ des imaginaires possibles. L’OCDE va dans le même sens lorsqu’elle définit la pensée créative comme la capacité à produire des idées originales et valables, puis à les évaluer et les améliorer, dans l’écriture, l’expression visuelle, la résolution de problèmes sociaux ou scientifiques.

Il faut insister sur un point décisif

L’imagination n’est pas l’ennemie de la rigueur. Elle en est souvent la condition secrète. Toute découverte commence par une hypothèse. Toute réforme digne de ce nom commence par une représentation autre du possible. Toute civilisation se juge aussi à la manière dont elle nourrit les puissances symboliques sans lesquelles les sociétés s’assèchent.

Les travaux de l’OCDE le soulignent depuis plusieurs années. Créativité et pensée critique sont des compétences clés pour des sociétés complexes, globalisées et numérisées. Elles préparent certes à l’innovation, mais aussi au bien-être et à la vie civique. Elles ne relèvent donc pas d’un supplément d’âme facultatif. Elles touchent au cœur même de la formation humaine.

La France, de ce point de vue, offre un signal d’alarme autant qu’un motif d’espérance

Le signal d’alarme est connu et il devrait nous inquiéter bien davantage. Selon les données officielles mobilisées par les pouvoirs publics en 2025, les jeunes passent en moyenne dix fois plus de temps devant les écrans que devant les livres de loisir.

La grande consultation nationale sur la lecture des jeunes, restituée en décembre 2025, a réuni plus de 36 000 participants dont 6000 jeunes et a confirmé que la baisse du temps de lecture touche particulièrement les moins de 25 ans, dans un contexte d’inégalités géographiques, culturelles et sociales persistantes. Le ministère de l’Éducation nationale note en outre qu’en milieux modestes, 36 % seulement des jeunes déclarent avoir beaucoup de livres à la maison, contre 74 % dans les milieux favorisés.

Ces chiffres ne disent pas seulement quelque chose de l’état de la lecture

Ils disent quelque chose de l’état de notre disponibilité intérieure.

Car lire, penser et imaginer appartiennent à la même famille spirituelle.

Lire, c’est se rendre habitable à une voix autre que la sienne. C’est accepter d’être déplacé, contrarié, agrandi. C’est entrer dans des formes de temps qui ne sont plus celles du défilement permanent.

Il n’est donc pas anodin que les États généraux de la lecture pour la jeunesse aient voulu replacer le livre au centre du débat public et penser un parcours de lecture continu de la naissance à l’âge adulte. Derrière cet enjeu éducatif, il y a une question de civilisation. Quelle intériorité voulons-nous transmettre. Quelle capacité d’attention, quelle densité du langage, quelle aptitude à la nuance et au symbole voulons-nous sauver.

Dans une perspective maçonnique, cette question prend une résonance particulière

La franc-maçonnerie n’a jamais eu pour vocation de produire des esprits dociles. Elle ne travaille pas à fabriquer des consciences alignées, mais des êtres capables d’approfondissement. Elle fait confiance à la lenteur du symbole, à la pédagogie de l’image, à la fécondité du silence, à l’effort patient de l’interprétation. Tout, dans le travail initiatique, s’oppose à la consommation immédiate du sens. L’image n’y est pas décor. Elle est seuil.

Le rite n’y est pas répétition vide. Il est reprise intérieure. L’outil n’y est pas accessoire. Il est appel à transformer la matière brute que nous sommes. Ainsi la pensée y est-elle inséparable d’une imagination disciplinée, orientée, éclairée. Non l’imagination déréglée qui dissout le réel, mais celle qui révèle derrière les apparences des plans plus profonds de signification.

C’est pourquoi revendiquer la pensée et promouvoir l’imagination peuvent devenir aujourd’hui un véritable programme de santé démocratique et spirituelle.

Une société qui ne pense plus devient vulnérable aux simplismes

Une société qui n’imagine plus devient prisonnière de l’ordre existant. Elle n’espère plus, elle répète. Elle ne crée plus, elle gère. Elle ne transmet plus, elle occupe. Inversement, une société qui apprend à penser avec justesse et à imaginer avec exigence retrouve le chemin de l’émancipation. Elle redevient capable de forger des formes nouvelles de solidarité, d’éducation, de culture et de présence au monde.

Il faudrait donc cesser d’opposer l’esprit critique et la vie symbolique

Nous avons besoin des deux. Nous avons besoin d’esprits lucides pour déjouer les pièges de l’époque. Nous avons besoin d’imaginations fortes pour ne pas réduire l’avenir à une pure gestion technique du présent. Entre la raison sèche et la rêverie creuse, il existe une troisième voie, plus haute et plus difficile. Celle d’une pensée habitée. Celle d’une imagination responsable. Celle d’une culture qui n’endort pas, mais éveille.

Revendiquer la pensée, c’est refuser que d’autres pensent à notre place

Promouvoir l’imagination, c’est refuser que l’avenir soit écrit sans nous. Entre la lumière froide des automatismes et la lumière vive de l’esprit, il nous appartient encore de choisir. Et peut-être la tâche la plus urgente n’est-elle pas seulement de mieux informer les hommes, mais de leur rendre à nouveau le goût de comprendre, de créer et d’espérer.

Philippe Foussier ou la mémoire battante des trois couleurs

Dans la belle collection « Les symboles de notre Histoire » dirigée par Pierre Mollier, Le Drapeau tricolore occupe une place singulière, presque nerveuse, tant il touche à une matière qui paraît familière et qui demeure pourtant instable dès que nous consentons à la regarder avec un peu plus de profondeur.

Il suffit, en effet, de croire connaître le drapeau français pour découvrir aussitôt que cette connaissance repose sur un malentendu de surface.

Nous pensions voir un emblème. Philippe Foussier nous rend une histoire

Nous croyions tenir un signe définitivement fixé. Il nous restitue une succession de combats, d’hésitations, de reprises, de contestations, de liturgies civiles, de ferveurs populaires et d’appropriations concurrentes. Sous sa plume, le bleu, le blanc et le rouge cessent d’être une évidence scolaire pour redevenir des couleurs disputées, traversées de mémoire, de sang, de souveraineté, de peuple et d’espérance blessée.

Il y a dans ce petit livre une vertu rare

Il réussit à traiter un sujet que l’habitude a desséché sans jamais tomber ni dans la sécheresse du manuel, ni dans la rhétorique civique. Philippe Foussier possède cet art délicat de rendre à un objet public sa dimension presque charnelle. Le drapeau n’est plus seulement ce qui flotte au fronton des mairies, sur les façades officielles ou dans la liturgie républicaine des commémorations. Il redevient une peau visible de la nation, une manière pour l’histoire de se laisser voir, un tissu où se nouent des fidélités incompatibles, des héritages rivaux et parfois des visions contradictoires de la France. C’est précisément ce qui donne à l’ouvrage son intensité. Il ne raconte pas seulement comment un signe s’est imposé. Il montre comment un signe devient le lieu d’une bataille pour le sens.

Philippe Foussier connaît depuis longtemps ce terrain où les représentations collectives révèlent davantage qu’elles ne décorent

Journaliste attentif à la tradition républicaine et à ses figures, observateur des usages politiques, sociaux et culturels des emblèmes, il poursuit ici un travail déjà engagé dans Marianne, paru dans la même collection en 2025. Son écriture témoigne d’une familiarité avec la longue durée française, avec les résonances de la Révolution, avec la vie paradoxale des symboles qui survivent justement parce qu’ils n’appartiennent jamais tout à fait à un seul camp. Il faut rappeler aussi, pour comprendre la justesse de son regard, que Philippe Foussier fut Grand Maître du Grand Orient de France (2017-2018).

Ce point ne réduit évidemment pas son livre à une lecture maçonnique, mais il permet de mieux sentir chez lui cette intelligence des formes symboliques, cette conscience que les peuples vivent aussi de signes, de récits, de figures condensées, et qu’aucun emblème n’est innocent dès lors qu’il devient support d’adhésion, de mémoire et d’orientation.

Sa bibliographie, du moins celle qui se dessine à travers ses centres d’intérêt et ses travaux, révèle une fidélité à ces objets où la République prend visage.

Marianne formait déjà une méditation sur l’incarnation allégorique du corps civique. Le Drapeau tricolore prolonge cette interrogation en la déplaçant vers l’ordre des couleurs, c’est-à-dire vers quelque chose de plus abstrait en apparence et de plus archaïque en profondeur. Car les couleurs précèdent souvent les discours. Elles se déposent dans l’œil avant de se justifier dans la raison. Elles relèvent du sentiment, du ralliement, de l’élan, de la peur, de l’orgueil, de la blessure. Elles sont presque liturgiques. Elles séparent et rassemblent en même temps. De ce point de vue, Philippe Foussier touche à l’une des puissances les plus anciennes de la vie collective, celle qui fait d’un morceau d’étoffe un opérateur d’identité.

L’un des grands mérites de ce livre tient à ce qu’il rappelle, avec une précision toujours vivante, qu’avant d’être drapeau le tricolore fut cocarde

Ce déplacement est décisif. Il nous arrache au réflexe rétrospectif qui imagine le symbole déjà constitué dès l’origine. Non, le drapeau n’apparaît pas comme une révélation pure et simple. Il naît dans un désordre de circonstances, de perceptions, de gestes, de réemplois et de tensions. Il est d’abord porté, épinglé, agité, mêlé aux corps et aux foules avant de s’ordonner dans la géométrie plus souveraine de la bannière. Cette genèse donne au livre une véritable profondeur initiatique.

Car tout symbole vrai commence dans l’équivoque.

Il ne descend pas tout armé du ciel des idées. Il se cherche dans les événements, il traverse l’épreuve du conflit, il hésite entre plusieurs sens avant de devenir le lieu d’une reconnaissance. C’est là une leçon que la pensée maçonnique connaît bien. Le symbole n’est jamais un simple code. Il est une condensation de temps, une cristallisation lente, un foyer de significations superposées.

À cet égard, Le Drapeau tricolore se lit aussi comme l’histoire d’une fixation difficile

Quel ordre donner aux couleurs. Quelle source retenir. Quelle légitimité invoquer. Le livre montre admirablement que les origines du drapeau français restent travaillées par une zone d’incertitude. Nous touchons ici à quelque chose de presque ésotérique, au sens noble du terme. Plus un symbole est fort, plus son commencement se voile. Michel Pastoureau, convoqué par Philippe Foussier, le suggère avec finesse lorsqu’il évoque le mystère entourant naissance et significations premières. Ce brouillard n’est pas un défaut documentaire. Il participe de la puissance même de l’emblème. Un signe totalement transparent serait un signe déjà mort. Ce qui dure porte toujours une part d’ombre. Le tricolore ne fait pas exception. Il garde dans sa couture même une énigme de provenance, comme si la nation française n’avait pu se reconnaître en lui qu’à la condition de ne jamais épuiser tout à fait la question de son surgissement.

Cette opacité des commencements appelle une lecture plus intérieure

Dans une perspective symbolique, le bleu, le blanc et le rouge ne se réduisent jamais à un code politique. Ils mettent en jeu une dramaturgie de la relation. Le bleu relève volontiers de la profondeur, de la fidélité, de la distance céleste, de la méditation et de la permanence. Le blanc ouvre sur l’idée de centre, de vacance, de souveraineté, de pureté revendiquée ou disputée, d’axe autour duquel s’organise la composition. Le rouge porte la chaleur, l’effusion, la vie risquée, la violence, l’ardeur, le sacrifice, la colère populaire autant que l’offrande du sang. Philippe Foussier n’écrit pas un traité d’herméneutique chromatique, et il a raison.

Pourtant son livre laisse constamment sentir que l’histoire politique des couleurs ne va jamais sans une anthropologie plus profonde du regard et de l’affect. C’est pourquoi son essai parle à quiconque s’intéresse à la symbolique, à l’initiation, au destin des formes collectives. Une couleur n’est jamais seulement une couleur. Elle est une manière de distribuer le monde.

La lutte entre le tricolore, le blanc monarchique et le rouge insurrectionnel constitue l’un des plus beaux fils du livre

Philippe Foussier n’en fait pas une simple alternance de régimes. Il montre mieux que cela. Il montre un véritable duel de légitimités visibles. Le blanc veut rétablir une continuité, effacer la parenthèse révolutionnaire, réancrer la France dans une mémoire royale et catholique, dans une filiation de pureté et d’antériorité. Le rouge surgit comme le signe de l’irruption populaire, de la souffrance sociale, de la promesse de justice ou de l’énergie révolutionnaire livrée à son propre feu. Entre les deux, le tricolore cherche sa place, non comme compromis tiède, mais comme tentative de synthèse instable entre la nation, la loi, le peuple et l’État. Nous sommes là devant une véritable alchimie politique. Le blanc ne disparaît pas, le rouge ne s’éteint pas, le bleu ne domine pas sans partage. Les trois couleurs du drapeau officiel portent en elles, comme une mémoire résorbée mais jamais abolie, la rivalité des drapeaux qui le contestèrent.

D’où la très belle importance donnée à la séquence lamartinienne

Philippe Foussier a raison de lui accorder une force doctrinale. Le refus du drapeau rouge en 1848 n’est pas un détail oratoire. Il engage toute une vision du destin national. Lamartine comprend que la République ne peut durablement s’identifier à une seule mémoire d’émeute ou de colère, si noble soit-elle dans ses sources. Il veut pour la France un emblème qui porte plus loin qu’une circonstance révolutionnaire, un signe capable d’embrasser la nation entière sans effacer le peuple. Dans cette scène, il se joue quelque chose de profondément maçonnique, non au sens partisan, mais au sens d’une recherche d’équilibre entre la force du mouvement et la nécessité de l’ordre juste. L’initiation authentique ne détruit pas pour le plaisir de détruire. Elle ordonne, mesure, relie, élève ce qui s’affronte vers un plan plus haut. Lamartine, dans cette perspective, agit presque comme un passeur symbolique. Il empêche le rouge de devenir exclusif et il sauve le tricolore comme forme plus vaste de la communauté historique.

Le livre devient particulièrement émouvant lorsqu’il aborde ce que l’on pourrait appeler la sacralisation laïque du drapeau

À mesure que l’histoire avance, le tricolore cesse d’être seulement un enjeu de conflit interne pour devenir objet de culte civique. Ce mot n’est pas excessif. Il convient même très exactement. Il existe une liturgie du drapeau. Défilés, fêtes nationales, écoles, monuments aux morts, levées de couleurs, funérailles militaires, rituels de commémoration, tout cela compose une religion civile au sens le plus élevé du terme.

Reproduction – Musées de la Ville de Paris – Cliché Pierrain

Philippe Foussier montre bien que la Troisième République, puis les guerres du vingtième siècle, ont intensifié cette charge. Le drapeau n’est plus seulement le signe de la nation politique. Il devient presque le réceptacle des morts. Il flotte sur les sacrifices, il recueille les deuils, il figure la continuité malgré les hécatombes. C’est sans doute dans cette dimension que son pouvoir affectif devient le plus profond. Une bannière cesse d’être abstraite quand elle est traversée par les absents.

Pour un lecteur attentif aux traditions initiatiques, cette montée en dignité du drapeau touche à une structure anthropologique très ancienne

Toutes les communautés humaines ont éprouvé le besoin de condenser leur principe d’unité dans un signe visible orienté vers le haut. Enseigne, bannière, étendard, oriflamme, pavillon, autant de formes d’une verticalité chargée de présence. Le drapeau civilisé n’abolit pas cette dimension archaïque. Il la transforme. Il sécularise ce que l’étendard sacré accomplissait autrefois dans la guerre, le culte ou la royauté. Il ne faut donc pas lire le tricolore seulement avec des catégories modernes. Philippe Foussier nous invite implicitement à remonter plus loin, vers cette nécessité humaine d’habiter un signe qui dépasse l’individu. De ce point de vue, le drapeau est une figure de l’égrégore national. Il n’est pas l’âme d’un peuple, certes, mais il en devient la condensation visible, le point où la multitude consent à se reconnaître sous une forme.

Cette puissance rend d’autant plus saisissantes les séquences où le tricolore est contesté, récupéré, souillé ou retourné

Le passage par le régime collaborationniste de Vichy, l’affrontement symbolique avec la croix de Lorraine, la reconquête du drapeau par la France libre, tout cela donne au livre une intensité dramatique remarquable. Philippe Foussier montre avec netteté qu’un emblème ne vaut jamais par lui-même. Il vaut par l’esprit qui l’habite, par l’usage qui le met en circulation, par le récit qui l’accompagne. Le même drapeau peut se trouver compromis par une politique de soumission ou relevé par une énergie de libération. Voilà pourquoi les symboles sont redoutables. Ils peuvent mentir sans cesser d’émouvoir. Ils peuvent être instrumentalisés sans perdre leur force. Ils peuvent servir l’abaissement autant que le relèvement. Il faut donc toujours les interpréter, les resituer, les juger. En cela, Philippe Foussier accomplit un geste salubre. Il sauve le drapeau des simplifications adoratrices autant que des rejets réflexes.

Cette lucidité est précieuse aujourd’hui, au moment où le drapeau tricolore se trouve revendiqué par des familles politiques diverses, parfois opposées, tandis que d’autres le regardent avec soupçon ou malaise.

L’ouvrage ne verse jamais dans le commentaire immédiat, mais il éclaire puissamment notre présent

Qui possède un symbole national. Personne, et c’est là sa grandeur autant que sa difficulté. Le drapeau français n’appartient en vérité à aucun parti, précisément parce qu’il a traversé des régimes, des renversements, des deuils, des trahisons et des relèvements trop nombreux pour se laisser réduire à un usage unique. Il demeure disponible à la captation, certes, mais il résiste aussi à qui voudrait l’enfermer. Philippe Foussier fait sentir cette résistance intime du symbole. Plus un signe a d’histoire, moins il se laisse confisquer durablement.

Dans une lecture maçonnique, cette idée mérite d’être méditée longtemps

Un véritable symbole ne se laisse jamais épuiser par ceux qui le brandissent. Il les déborde. Il les juge presque. Il exige d’eux une hauteur qu’ils n’atteignent pas toujours. Il en va du drapeau comme de certains mots que l’initiation nous apprend à ne pas profaner. Liberté, égalité, fraternité, patrie, République, nation, autant de termes qui peuvent sombrer dans l’incantation ou se relever dans l’exigence. Le tricolore appartient à cette famille de signes qui ne valent que par l’effort intérieur qu’ils réclament. Il ne suffit pas de l’exhiber. Encore faut-il être à la hauteur de ce qu’il contient. Philippe Foussier ne formule pas les choses en ces termes, mais son livre les rend sensibles à chaque page. Il n’idolâtre pas le drapeau. Il le remet à l’épreuve de l’histoire, et c’est ainsi qu’il le rend plus respectable.

Il faut dire aussi un mot de la beauté matérielle de cette collection, qui accompagne la lecture avec une grande justesse sans jamais l’alourdir

Comme souvent chez Dervy, dans « Les symboles de notre Histoire », l’iconographie ne vient pas illustrer le propos de manière secondaire ou décorative. Elle prolonge le texte, elle l’approfondit, elle lui donne une respiration sensible et une mémoire du regard. De la « Suite de l’armée parisienne » de Jean-Baptiste Lesueur, qui donne à voir la garde nationale sous la Révolution, jusqu’à l’« affiche de propagande de la Libération » vers 1945 attribuée à Philippe Grach, en passant par « La Liberté guidant le peuple » d’Eugène Delacroix ou encore par « Le 14 juillet » de 1914 de Fernand Léger, c’est tout un théâtre visuel du drapeau français qui se déploie au fil des pages. Les images ne sont jamais là pour doubler ce que dit déjà l’auteur. Elles ajoutent au récit la densité du visible, elles montrent les usages, les ferveurs, les crises, les réemplois, les métamorphoses. Philippe Foussier bénéficie ainsi d’une mise en scène éditoriale particulièrement heureuse. Le drapeau y réapparaît dans ses traversées historiques, dans ses charges affectives, dans ses incarnations successives, comme s’il fallait rendre à la couleur sa part de drame, de mémoire et de présence. Ce dialogue entre le texte et l’image convient admirablement à un sujet dont la vérité profonde réside précisément dans la relation entre ce qui se voit et ce qui se transmet.

Ce qui nous touche, au bout du compte, dans Le Drapeau tricolore, c’est que Philippe Foussier parvient à faire sentir qu’un emblème national n’est ni un fétiche ni un chiffon.

Entre ces deux dégradations symétriques, il retrouve la juste profondeur du symbole

Le drapeau est une mémoire en mouvement, une architecture d’appartenance, une cicatrice aussi, parfois une promesse, parfois un rappel à l’ordre moral d’un peuple qui ne coïncide jamais totalement avec ses propres principes. Le bleu, le blanc et le rouge ne flottent pas seulement dans le vent des cérémonies. Ils flottent aussi au-dessus d’une question toujours recommencée. Qu’avons-nous fait, que faisons-nous, que voulons-nous faire ensemble sous ces couleurs.

C’est pourquoi ce livre dépasse de beaucoup son format

Il touche à cette région où l’histoire rejoint la méditation civique, où la politique rejoint le symbolique, où la nation cesse d’être une abstraction polémique pour redevenir une œuvre inachevée de transmission, de fidélité et de discernement. Philippe Foussier a écrit un ouvrage dense, fin, très utile et, plus profondément encore, habité par la conscience que les peuples meurent lorsqu’ils ne savent plus lire leurs propres signes. À l’inverse, ils se relèvent lorsqu’ils apprennent à nouveau à les regarder sans naïveté, sans haine, avec cette gravité fraternelle qui sépare l’idolâtrie de la fidélité.

Dans le paysage éditorial contemporain, saturé d’opinions rapides et de simplifications sonores, un tel livre fait du bien parce qu’il rend au symbole sa complexité native

Il rappelle qu’aucune couleur collective ne devient légitime sans avoir traversé l’épreuve du temps. Il nous invite aussi, discrètement mais fermement, à ne pas abandonner les signes communs à ceux qui voudraient les rapetisser. Il y a là une leçon qui touche autant le citoyen que l’initié.

Car toute tradition digne de ce nom nous enseigne ceci

Les emblèmes ne valent que si nous consentons à les purifier par l’intelligence, à les habiter par la conscience, et à les servir sans les dégrader. Philippe Foussier y parvient avec une élégance sobre et une profondeur très sûre. Son livre mérite d’être lu non seulement comme une histoire du drapeau français, mais comme une méditation sur la possibilité même d’un signe commun dans une nation qui ne cesse de se chercher.

Le Drapeau tricolorePhilippe Foussier / Dervy, coll. Les symboles de notre Histoire, 2026, 72 pages, 12,99 € – numérique 8,99 € /

Dervy, une marque du groupe Guy Trédaniel, le SITE – Illustrations drapeau tricolore non contractuelle

La parole du Véné du lundi : « Les indétrônables sont-ils propriétaire de leur charge ? »

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« Les indétrônables sont-ils propriétaires de leur charge ? »

Les immortels du maillet

Dans certaines loges, le renouvellement, c’est comme les comètes : ça revient rarement et, quand ça arrive, ça éblouit tout le monde avant de disparaître aussitôt. Certains Vénérables ou Grands Maîtres semblent s’être fait greffer le maillet à la main — un accessoire vital qu’ils brandissent avec la ferveur de Moïse tenant ses Tables de la Loi. À croire que le jour où ils le reposeront sur l’autel, c’est leur cœur qui s’arrêtera de battre.
Mais puisqu’il faut bien poser la question : combien d’années faut-il pour confondre « mandat successif » et « droit héréditaire » ? On ne sait plus si l’élection maçonnique est un scrutin ou une cérémonie de reconduction divine.

L’indétrônable, cet animal rare (et bien nourri)

L’indétrônable ne se contente pas d’un siège : il l’a modelé à son image. Il connaît le règlement sur le bout des doigts — y compris les virgules susceptibles de lui offrir une réélection sans heurts. On le retrouve à toutes les installations, sur toutes les photos, parfois même sur les tapis de loge (au sens symbolique comme au sens domestique).
On pense évidemment à Arthur Groussier, qui multiplia ses passages à la direction du Grand Orient de France comme d’autres collectionnent les décorations. Plus récemment, le Prince Edward, duc de Kent, Grand Maître de la Grande Loge Unie d’Angleterre depuis… 1967, soit cinquante-neuf ans de règne pacifique.

Ce record absolu de stabilité institutionnelle ferait pâlir n’importe quel monarque constitutionnel. On dit qu’à Londres, son fauteuil est désormais classé monument historique.

Le secret de la longévité : la fraternité ? ou la stratégie ?

Car, soyons francs : pour durer autant, il ne suffit pas d’être « fraternel ». Il faut une méthode. Un savant dosage entre réseaux, influence, mémoire sélective et gestion diplomatique de l’ambition des autres. Et un peu de fatuité — parce qu’à force de se voir porter le cordon, on finit par croire qu’il fait partie de la peau.
Quant à ceux qui songeraient à se présenter contre ces figures tutélaires, ils sont souvent invités, avec courtoisie mais fermeté, à « travailler d’abord leur régularité » avant d’espérer une candidature. Traduction : « attends que je parte, ou mieux, que je m’évapore ». Ce qui, reconnaissons-le, peut prendre plusieurs lustres…

Propriété ou service ?

Alors, les indétrônables sont-ils propriétaires de leur charge ? À voir la durée de certaines présidences, on pourrait croire à une forme de bail emphytéotique maçonnique : transmissible de facto, résiliable de jure, mais jamais dans les faits. Pourtant, à l’origine, cette fonction devait rester un service temporaire, un acte de dévouement périodiquement confié à de nouvelles mains. Aujourd’hui, elle ressemble parfois à une carrière à temps plein, avec avantages symboliques, rang privilégié à l’Orient et — qui sait ? — quelques compensations discrètes sous forme d’arrondis fraternels.

À vous la parole, mes Frères

Alors, si quelques noms vous viennent à l’esprit — car il y en a, et pas que dans les annales — notez-les dans les commentaires. La rédaction vérifiera, bien sûr, avec toute la prudence fraternelle qui s’impose. Mais, entre nous, vous les connaissez : ces Maîtres, dirigeants, présidents… qui ne passent plus le maillet (ou le mandat), mais l’astiquent soigneusement, comme un héritage personnel. Et vous savez quoi ? Peut-être que, quelque part, on leur envie un peu cette éternité symbolique. Après tout, qui n’a jamais rêvé d’être Grand Maître… pour toujours ?

Grandes obédiences, petites questions : et si le vrai problème n’était pas le nombre ?

Il arrive, au détour d’une tenue ou d’une conversation fraternelle après les travaux, qu’une question surgisse presque spontanément : où allons-nous vraiment ?

La franc-maçonnerie aime parler de transmission, d’élévation, de chemin intérieur. Et pourtant, depuis plusieurs années, un autre discours s’installe progressivement dans certaines obédiences : celui des chiffres. Combien d’initiations cette année ? Combien de nouvelles loges ? Combien de membres supplémentaires ? Les statistiques circulent, les bilans sont commentés, les perspectives de croissance sont évoquées.

Rien de tout cela n’est en soi illégitime. Toute institution a besoin de se projeter dans l’avenir. Mais une interrogation demeure, presque silencieuse : la quête du nombre ne risque-t-elle pas de masquer une question plus profonde : celle du sens ?

Quand la logique du chiffre s’invite dans l’initiatique

Sablier avec courbe qui symbolise l'argent
Le temps qui passe dans le sablier et qui symbolise la production d’argent et de richesse avec des pièces de monnaie

Nous vivons dans un monde où tout se mesure. La réussite se mesure en pourcentages, en audiences, en volumes. Il n’est donc pas surprenant que cette culture du résultat finisse par atteindre également les institutions initiatiques.

Certaines obédiences donnent parfois l’impression de fonctionner comme des organisations soucieuses avant tout de maintenir leur niveau d’adhésion. Les convents commentent les courbes démographiques comme des actionnaires du CAC 40 commenteraient un rapport annuel.

Mais la franc-maçonnerie n’est pas une entreprise. Elle n’a jamais été conçue comme un système de croissance permanente. Son ambition est d’un autre ordre : accompagner des femmes et des hommes dans un travail intérieur exigeant. Ce travail ne se mesure pas en effectifs.

Le temps long de l’initiation

Dans une loge vivante, l’initiation est un processus lent. Elle demande du temps, de l’écoute, parfois des silences. Elle suppose aussi de l’exigence. Or, lorsque la priorité devient le recrutement, un glissement peut s’opérer presque à notre insu. Les rythmes s’accélèrent. Les formations se raccourcissent. Les parcours initiatiques perdent parfois de leur profondeur.

Les loges se remplissent, mais le temps consacré à l’accompagnement des nouveaux frères et sœurs se réduit. Progressivement, sans que personne ne l’ait vraiment voulu, la forme peut prendre le pas sur le fond.

Le vieillissement silencieux des colonnes

À cette question du nombre s’ajoute une réalité que beaucoup de loges observent avec lucidité : le vieillissement des effectifs. Dans de nombreuses obédiences, l’âge moyen augmente année après année. Ce phénomène n’est pas propre à la franc-maçonnerie ; il touche l’ensemble des institutions associatives et spirituelles en Europe.

L’expérience et la mémoire des anciens sont précieuses. Elles constituent même une richesse incomparable. Mais lorsque les générations se renouvellent difficilement, l’équilibre se fragilise.

Certaines loges peinent à transmettre certaines charges. D’autres constatent une diminution de la participation active aux travaux. Beaucoup ressentent, parfois confusément, que quelque chose doit évoluer.

Face à cette situation, la réponse la plus évidente semble être le recrutement. Mais attirer de nouveaux membres ne suffit pas. Encore faut-il leur offrir une démarche initiatique vivante, habitée, capable de donner du sens à leur engagement.

Ce que disent les loges, souvent à voix basse

Dans les temples, ces questions ne sont pas toujours formulées publiquement. Pourtant elles existent. Elles circulent dans les échanges fraternels, dans les confidences après la tenue, dans ces moments où l’on parle simplement de ce que l’on vit en loge.

Beaucoup de frères et sœurs expriment le même désir : retrouver de la profondeur. Prendre le temps de l’étude. Redonner aux travaux leur dimension initiatique. Sortir parfois des logiques administratives pour revenir à l’essentiel.

Ce désir n’est pas une critique. Il est plutôt l’expression d’une attente.

Revenir à l’essentiel

L’histoire de la franc-maçonnerie montre une chose simple : sa force n’a jamais reposé uniquement sur le nombre de ses membres. Certaines périodes où les effectifs étaient plus modestes ont été parmi les plus fécondes sur les plans intellectuel et symbolique. La vraie question n’est peut-être pas : « Combien sommes-nous ? », mais : « Que faisons-nous ensemble lorsque les travaux commencent ? »

Car une obédience vivante n’est pas forcément la plus grande. C’est celle qui soutient réellement le travail des loges, protège l’exigence initiatique et permet à chaque frère et à chaque sœur de poursuivre son chemin.

Le défi des années à venir

La franc-maçonnerie traverse aujourd’hui une profonde période de transformation. Les attentes des nouvelles générations évoluent, la société change, les repères se déplacent.

Dans ce contexte, la tentation de répondre par le chiffre est compréhensible. Mais elle peut aussi devenir un mirage. Car si le nombre peut donner l’apparence de la vitalité, seul le sens, nourrit durablement l’initiation.

Si la question que les obédiences doivent se poser aujourd’hui était finalement très simple :

non pas comment être plus nombreuses, mais comment redevenir plus vivantes.

Car au fond, le véritable défi n’est pas de savoir combien de frères et de sœurs franchissent chaque année la porte du temple. Le véritable défi est de savoir ce qu’ils y trouvent réellement.

Si la franc-maçonnerie devient une organisation préoccupée d’abord par ses statistiques, elle risque de perdre ce qui a toujours fait sa singularité : un espace rare où l’on prend le temps de chercher, de douter, de se transformer.

Mais une question restera toujours suspendue dans le silence du temple : « Sommes-nous encore fidèles à la promesse initiatique qui nous a fait entrer ? »

S. Morin

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Rencontre au miroir du temps – notre invité cette semaine : « Tubalcaïn : le forgeron au feu des mondes »

Il est là, massif et silencieux, le regard comme vitrifié par des siècles de braises. Ses mains portent encore la mémoire du métal rougeoyant. Nous avons rendez‑vous avec celui dont le nom traverse la Bible, les légendes, puis les rituels de la Franc‑maçonnerie : Tubalcaïn.

Aux origines : descendant de Caïn

450.fm : Tubalcaïn, si nous parcourons le Livre, vous n’apparaissez que dans un très bref passage. Qui êtes‑vous, au juste ?

Tubalcaïn : Je suis un nom dans une généalogie, une ligne dans un chapitre que beaucoup survolent. On me présente comme « l’ancêtre de tous ceux qui forgent le bronze et le fer », descendant de Caïn, le frère meurtrier. Au reste, le peu de mots qui me sont consacrés portent un monde entier : celui de la maîtrise du feu et de la transformation de la matière.

450.fm : Être inscrit dans la descendance de Caïn, ce n’est pas une filiation facile à porter. L’ombre du premier meurtre ne vous suit‑elle pas ?

Tubalcaïn : L’ombre de Caïn, c’est la marque de la faute, mais aussi la trace de l’exil et de l’apprentissage. Dans cette lignée, on voit naître la musique, l’élevage, la ville, l’artisanat. C’est l’humanité qui se cherche en dehors du jardin perdu. Je porte cette ambiguïté : je viens d’une lignée marquée… au fer rouge, justement, mais qui invente, qui crée, qui façonne. Le feu avec lequel je travaille brûle et éclaire.

Métal, feu et transformation intérieure

450.fm : Vous êtes décrit comme forgeron, artisan des métaux. Pourquoi cette figure parle‑t‑elle autant aux symbolistes et aux Francs‑maçons ?

Tubalcaïn : Le forgeron est celui qui accepte d’entrer dans la fournaise, pas seulement pour y jeter le métal, mais pour s’y confronter lui‑même. Le minerai brut est informe, opaque, inutile. Le feu le rend malléable, le marteau lui donne forme. C’est une parabole de l’être humain : sans épreuve, il reste brut ; sous le coup des expériences et la chaleur des crises, il peut devenir outil, arme ou œuvre.

450.fm : Vous dites que le feu transforme autant l’artisan que le métal ?

Tubalcaïn : Bien sûr. Celui qui « joue avec le feu », comme on dit, se brûle, faute de discipline. Celui qui maîtrise le feu, au contraire, découvre un secret : ce n’est pas la force brute qui façonne, mais la maîtrise du temps, de la température, du geste. La transformation par le feu, c’est d’abord un art de la mesure, dans la démesure même de la flamme. Cette image incarne le paradoxe de la vie humaine. L’initié comprend un jour que les braises qu’il affronte ne sont pas seulement dans la forge, mais en lui : colères, désirs, peurs, ambitions. Tout cela demande un foyer, un souffle, un marteau.

450.fm : Votre nom est parfois associé à l’idée de progrès technique, d’armes, de domination sur la nature. Est‑ce ainsi que vous vous voyez ?

Tubalcaïn : Le métal peut devenir charrue ou épée, clef ou chaîne, coupe ou clou. Le forgeron offre des formes, mais il ne décide pas toujours de leur usage. Ma symbolique n’est pas celle du progrès pour le progrès, mais celle de la responsabilité : lorsque l’humanité apprend à travailler la matière, elle se met aussi en position d’en abuser. Le feu ne choisit pas son camp, il révèle celui des hommes.

Tubalcaïn et la Franc‑maçonnerie : un nom qui passe la porte du Temple

450.fm : Dans certains rites maçonniques, votre nom devient un mot de passe, à certains grades. Comment vivez‑vous cette récupération symbolique ?

Tubalcaïn : Un mot de passe n’est jamais un simple mot. C’est une porte, un miroir, un rappel. Lorsqu’un maçon prononce mon nom, il ne convoque pas seulement un forgeron biblique ; il rappelle la nécessité de transformer sa propre matière brute. Le mot marque un passage : celui de la pierre extérieure à la pierre intérieure, de l’outil profane à l’outil initiatique.

450.fm : Pourquoi un descendant de Caïn, et non un héros irréprochable, pour accompagner le frère dans sa quête initiatique ?

Tubalcaïn : Parce que l’initiation n’est pas un concours de pureté, mais un travail sur l’imperfection. Caïn, c’est la faute. Moi, j’appartiens à cette lignée, mais j’y représente le travail, la technique, la création. En moi, la mémoire de la transgression rencontre la possibilité de la sublimation. La Franc‑maçonnerie, avec sa tradition de symboles, a compris que l’ouvrier véritable naît lorsqu’il accepte sa propre ambivalence : lumière et ombre, élévation et chute, tout aussi possibles les unes que les autres.

450.fm : Le maçon change la pierre, vous changez le métal. Y voyez‑vous une fraternité ?

Tubalcaïn : Une grande fraternité. L’un et l’autre transforment la matière résistante, l’un avec le ciseau et la règle, l’autre avec le marteau et la pince. Mais derrière la pierre comme derrière le métal, il y a l’être humain. Dès le premier grade, il est ainsi rappelé que l’initié n’est encore qu’un bloc à dégrossir, un métal à purifier. Mon nom utilisé comme mot de passe, c’est une invitation : « Souviens‑toi que rien ne se fait sans feu intérieur ni effort répété ! »

Le feu comme épreuve initiatique

450.fm : Si vous deviez décrire, en langage d’atelier, le chemin d’un jeune Franc‑maçon, quelle image utiliseriez‑vous ?

Tubalcaïn : Je dirais : on commence par mettre la pièce au feu. Elle grésille, se déforme, change de couleur. C’est la première phase du processus de questionnement : accepter que le brûlement voire l’irradiation des remises en cause troublent la tranquillité des habitudes. Puis vient le marteau : chaque coup est une épreuve, un travail sur l’ego, les préjugés, les certitudes trop souvent acquises à bon compte. C’est là que la forme adéquate se façonne. Enfin, dans la dynamique des passages résolutoires, on en vient à tremper le métal : c’est le retour dans le monde, après la tenue, la confrontation avec les réalités, le moment où l’on doit poursuivre au-dehors l’action entreprise au-dedans. La vie est la seule instance d’aboutissement où l’on vérifie l’absence de scories, le bon fonctionnement des outils et, grâce à l’expérience, la consolidation des qualités intérieures.

450.fm : Le feu brûle, pourtant. Beaucoup redoutent ces épreuves.

Tubalcaïn : L’Apprenti qui veut rester intact ne devient jamais outil. Il restera un bloc de métal oublié au fond de l’atelier. Se laisser travailler puis travailler, c’est accepter des renoncements, des doutes, parfois des souffrances. Savoir que c’est la seule voie pour que la matière brute trouve sa destination, son noble usage. Dans la symbolique initiatique, le feu n’est destructeur que dans une phase intermédiaire : il est aussi purificateur dans cette transition. Il ôte tous les résidus de traitement, il sépare le superficiel de l’essentiel.

450.fm : Vous semblez dire que l’initiation est plus proche de la forge que du salon.

Tubalcaïn : Absolument. L’initiation confortable est un fallacieux oxymore. Ce serait, au bas mot, une mondanité spirituelle tournant à la supercherie ; bref, changer pour ne pas changer. On peut installer de beaux décors, des colonnes, des lumières, des symboles, mais si le feu n’est qu’illusion, rien ne se transforme. Vous me direz que vous en avez vu, dont la carrière maçonnique fut monnayée de subterfuges. C’est malheureusement inévitable, comme de tout homme au contact de l’Histoire. La peur de ne rien être fait souvent préférer n’être rien, rien qu’un spectacle d’apparences. Ici aussi, comme un peu partout, me semble-t-il, l’apparat des cérémonies attire les personnages boursouflés, ostentatoires et ennuyeux. Il serait injuste que la franc-maçonnerie n’en ait pas son lot, même si, je l’espère, il est peut-être plus compté qu’ailleurs. Ce qui importe vraiment, en définitive, c’est un peu plus que jouer le jeu, c’est intérioriser les sortes de mimodrames, actualiser en soi les allégories, s’inspirer des métaphores, recevoir un souffle et l’habiter. L’atelier maçonnique devient, alors, une forge invisible : les mots, les gestes, les silences y jouent le rôle du feu et du marteau.

De la faute à la maîtrise : le long travail sur la matière humaine

450.fm : Votre lignée porte la trace du meurtre de Caïn. Dans certains récits, vous auriez même, par accident, tué votre ancêtre. Que faites‑vous de cette rumeur ?

Tubalcaïn : Que ce soit un mythe ou une allégorie, peu importe. Ce qui est dit là, c’est que la faute peut se répéter, parfois sans intention, lorsqu’on ne maîtrise pas ses forces. Un projectile mal dirigé, une parole mal pensée, un outil mal manié : tout cela peut inutilement blesser voire tragiquement tuer. L’important est de comprendre qu’une puissance sans conscience est une menace.

450.fm : Peut‑on lire en vous une sorte de parabole conjuguant technique et éthique ?

Tubalcaïn : On le peut, en effet. L’humanité apprend très tôt à produire des outils plus puissants qu’elle. Le danger n’est pas dans l’outil lui‑même, mais dans le cœur qui donne son pouls à la main qui le tient. C’est là que la Franc‑maçonnerie, avec sa quête d’éthique, apporte quelque chose : elle rappelle que la maîtrise de la matière doit aller de pair avec la maîtrise de soi. Sans cela, le feu se transforme en incendie. Le porteur de flamme, en cédant aux passions, devient pyromane, tandis qu’en prêtant attention au bon ordre du monde, il se mue en porteur de lumière et cherche à se fondre dans l’émerveillement de la vie.

450.fm : Votre parole met en garde contre bien des dérives et des dangers qui atteignent à un certain paroxysme dans le triptyque contemporain : technologies, armes, pouvoir…

Tubalcaïn : Le forgeron biblique qui martèle le fer ne savait pas qu’un jour on programmerait des machines capables de dévaster des continents. Pourtant, le principe est le même : chaque nouvelle maîtrise de la matière pose la question de l’usage. C’est pourquoi je parle de transformation intérieure. Si l’homme ne se travaille pas lui‑même, sa puissance s’accroît plus vite que sa sagesse. Et ce déséquilibre est toujours dangereux.

Tubalcaïn aujourd’hui : un symbole plus vivant que jamais

450.fm : Au regard de ce que vous représentez, que diriez‑vous à un Apprenti qui prononce votre nom pour la première fois en loge ?

Tubalcaïn : Je lui dirais : « Ne te contente pas de me répéter, forge‑toi ! » Mon nom n’opère pas magiquement comme un sésame. C’est un rappel : tu as tout en toi, le minerai brut et la potentialité du métal pur. Le travail maçonnique n’ajoute pas de l’extérieur ce qui te manque ; il réveille ce qui dort déjà au fond de ton être.

450.fm : Et à un Compagnon, à un Maître ?

Tubalcaïn : À eux, je pose une autre question : « Que fais‑tu du feu que l’on t’a confié ? As‑tu appris à l’entretenir sans le laisser tout ravager ? As‑tu forgé des outils pour construire ou des armes pour détruire ? Es‑tu devenu, pour d’autres, un artisan patient ou un pyromane échevelé ? » La progression dans les grades n’est en rien assimilable à une collation de titres honorifiques, c’est un parcours qui t’est offert pour permettre un approfondissement de ta conscience, une élévation de tes degrés de responsabilité.

450.fm : Vous semblez très proche, finalement, de l’idéal maçonnique : travailler sans relâche sur la matière humaine.

Tubalcaïn : Je suis une figure liminale : entre faute et progrès, entre violence et création, celle où l’intérieur et l’extérieur s’articulent. La Franc‑maçonnerie, dans certains de ses rites, m’a placé au seuil de son parcours pour rappeler que l’initiation commence là : à l’instant où l’on accepte de descendre à la forge intérieure, d’y affronter le feu, de s’y laisser transformer. Tant qu’il y aura des hommes et des femmes décidés à travailler sur eux‑mêmes, à polir leur pierre et à forger leur être, mon nom aura encore quelque chose à leur dire, en ayant toujours à l’esprit que les franchissements sont réversibles, que l’éveil n’a de sens qu’accompagné d’une veille constante, c’est-à-dire d’une vigilance critique tournée aussi bien vers soi que vers le monde.

450.fm : Un dernier mot pour conclure notre rencontre au miroir du temps ?

Tubalcaïn : Oui : n’ayez pas peur du feu ! Craignez plutôt de rester froid, inerte, intact. La vie initiatique n’est pas faite pour les statues, mais pour les métaux qui acceptent de se laisser rougir, plier et, finalement, ennoblir. Là où chantent les étincelles, là commence le vrai travail.

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« La Voix du GODF », ou la parole retrouvée d’une obédience dans son siècle

Mis en ligne le 13 mars 2026 sur la chaîne YouTube Grand Orient de France Officiel, suivie par 13,5 k abonnés, le premier épisode de « La Voix du GODF » approchait déjà, dès le lendemain, les 1200 vues !

Pour une émission inaugurale consacrée aux enjeux, aux perspectives et à la place singulière du Grand Orient de France dans le débat d’idées contemporain, ce démarrage n’a rien d’anodin. Il révèle une attente, peut-être même une curiosité réelle, autour d’une parole obédientielle qui choisit désormais le format du podcast pour se faire plus directe, plus audible et plus présente.

450.fm a obtenu un bref échange exclusif avec Fabrice Millon-Desvignes, Grand Maître adjoint chargé de la Culture et de la Communication du Grand Orient de France

Grille de la salle du Conseil de l’Ordre

Il y rappelle avoir porté ce projet dès son arrivée au Conseil de l’Ordre et salue en Pierre Bertinotti un Grand Maître capable de faire passer les idées à l’action. À ses yeux, GODF Actu et les podcasts constituent deux leviers essentiels de la transformation de la communication obédientielle.

Nous le remercions vivement pour ces mots adressés à 450.fm, qui permettent de mieux comprendre la portée de ce lancement.

Car avec « La Voix du GODF », c’est bien plus qu’un nouvel outil qui apparaît. C’est une parole qui cherche une forme, un souffle et un public.

Pierre Bertinotti

Avec ce premier numéro, le Grand Orient de France ne se contente pas d’ajouter un support de communication à ceux dont il dispose déjà. Il accomplit un déplacement plus profond. Il choisit de faire entendre une voix. Non plus seulement de publier, d’annoncer ou de relayer, mais de donner un timbre, un rythme, une présence à ce qu’il entend transmettre de lui-même.

Le premier invité ne pouvait guère être autre que Pierre Bertinotti, Grand Maître du Grand Orient de France, appelé à ouvrir cette série en revenant sur ce qui en constitue aujourd’hui la ligne de force, à savoir les enjeux de son mandat, les perspectives de l’obédience et la place particulière qu’elle revendique dans le débat d’idées contemporain.

Il y a là davantage qu’une simple nouveauté technique

Le podcast introduit une forme de proximité que l’écrit institutionnel ne possède pas toujours. La voix porte avec elle des inflexions, une chaleur, parfois une gravité, qui modifient la nature même de la réception. Dans le cas d’une obédience comme le Grand Orient de France, souvent observée de loin, souvent commentée sans être réellement écoutée, cette entrée dans une parole audio identifiée revêt une portée symbolique forte. Elle marque la volonté de conjuguer héritage et modernité, fidélité à une tradition et adaptation aux formes contemporaines de transmission.

Il faut prendre ce lancement au sérieux

Non parce qu’un podcast suffirait à transformer une institution, mais parce que le choix du son n’est jamais neutre.

La voix transmet autre chose que l’écrit. Elle introduit de la proximité, de la respiration, de l’inflexion, parfois même une forme de confiance.

Dans le cas d’une obédience souvent regardée de l’extérieur à travers le filtre du fantasme, du soupçon ou de l’abstraction, faire entendre une parole posée, identifiée, assumée, relève déjà d’un geste politique et culturel. En cela, « La Voix du GODF » ne vaut pas seulement comme nouveauté médiatique. Elle s’inscrit dans une tentative plus large de rendre audible une présence maçonnique dans l’espace public, au moment où le Grand Orient de France affirme de nouveau sa volonté de participer au débat civique.

Pierre-Bertinotti-Grand-Maitre-du-GODF, Photo © Yonnel Ghernaouti

Pierre Bertinotti revient d’ailleurs sur les deux axes qui structurent son mi-mandat

D’une part, resserrer les liens entre l’obédience et ses loges afin de fortifier le sentiment d’appartenance. D’autre part, inscrire plus visiblement le Grand Orient de France dans le débat public. Ce double mouvement est éclairant, car il dit bien la nature du GODF tel qu’il se pense lui-même. Une institution de transmission intérieure, certes, mais aussi une maison d’engagement républicain qui entend faire entendre sa voix sur les grandes fractures contemporaines.

De ce point de vue, le podcast ne vient pas après la ligne de conduite du mandat. Il en devient l’un des instruments les plus lisibles.

C’est ici que l’épisode trouve sa véritable cohérence

Fabrice Millo-Desvignes, Grand Maître adjoint chargé de la Culture et de la Communication – Photo © Yonnel Ghernaouti

Ce que Pierre Bertinotti appelle la refondation du pacte social n’est pas une formule de circonstance. Le GODF en a fait un fil rouge explicite, décliné en un cycle de quatre tables rondes ouvertes au public autour du numérique et de l’intelligence artificielle, de la solidarité et de la pauvreté, de l’état de droit et des atteintes à la dignité humaine. La deuxième rencontre de ce cycle est d’ailleurs annoncée pour le 26 mars 2026 à 16 Cadet sur la question sociale. Autrement dit, la parole enregistrée ne flotte pas dans un vide promotionnel. Elle s’adosse à un programme, à un calendrier, à une scénographie intellectuelle déjà installée par l’obédience.

Le mérite de ce premier épisode tient à sa clarté

Pierre Bertinotti y expose une vision du travail maçonnique qui ne réduit pas l’initiation à un perfectionnement intime coupé du monde.

Le Grand Maître insiste au contraire sur une méthode fondée sur l’écoute, le respect d’autrui, la liberté de conscience et la capacité au dialogue. Ce point mérite d’être souligné.

Dans une époque saturée de bruit, de réflexes identitaires et d’anathèmes mécaniques, le GODF tente de rappeler qu’il existe une discipline de la parole, une éthique de la discussion, une manière de construire du commun sans renoncer à la fermeté des principes. C’est sans doute là le cœur implicite de l’émission. La franc-maçonnerie n’y est pas présentée comme un refuge hors du siècle, mais comme un lieu où s’apprend une forme de civilité exigeante.

Cet accent mis sur l’engagement n’a rien d’anecdotique au regard de l’histoire de l’obédience

Le Grand Orient de France se présente lui-même comme la plus ancienne obédience maçonnique française, directement issue du siècle des Lumières, attachée à la démocratie, à la laïcité, à la solidarité et à la dignité humaine.

L’entretien inaugural avec Pierre Bertinotti ne fait donc que réaffirmer, dans un langage d’aujourd’hui, une vieille matrice du GODF. Ce qui change, ce n’est pas la substance. C’est la forme de sa circulation. Le podcast permet à l’obédience de passer d’une parole souvent perçue comme verticale ou écrite à une parole plus incarnée, plus immédiatement partageable, plus adaptée aux usages contemporains.

Il faut cependant noter que cette nouveauté n’est pas une naissance absolue

Le Grand Orient de France possède déjà une mémoire sonore, à travers des archives et des émissions antérieures qui avaient préparé le terrain. Il n’entre donc pas dans l’audio comme un profane entrant dans un temple inconnu. Il y revient, mais sous une bannière nouvelle, avec une identité plus nette, une présentation plus contemporaine et surtout une volonté de signature institutionnelle plus affirmée. La nouveauté réelle n’est pas tant la prise de parole enregistrée que la manière de l’ordonner désormais sous une marque identifiable, « La Voix du GODF ».

Reste maintenant l’essentiel

Un premier épisode peut donner un ton, il ne crée pas encore une collection. La réussite durable de cette série dépendra de sa capacité à éviter l’autocélébration et à tenir une promesse plus ample. Faire entendre non seulement l’institution, mais aussi ses lieux de mémoire, ses engagements concrets, ses débats internes, ses figures de culture, ses médiations vers le public profane. Sur ce point, l’infolettre annonçant déjà de futurs épisodes autour du musée de la franc-maçonnerie et de la Fondation du Grand Orient de France ouvre des perspectives intéressantes. Si cette ligne est tenue, « La Voix du GODF » pourrait devenir davantage qu’un outil de communication. Elle pourrait devenir un espace de traduction, presque un vestibule sonore entre le temple, l’histoire et la cité.

Il y a, dans cette initiative, quelque chose de juste

Une obédience qui parle de pacte social ne peut pas se contenter de publier. Elle doit aussi faire entendre une manière d’habiter la parole. Ce premier numéro n’épuise évidemment ni la complexité du GODF ni les tensions du temps présent. Mais il pose un cadre, il donne un souffle, il dessine une méthode. Et dans un monde où tout le monde parle sans toujours rien transmettre, retrouver une voix peut déjà être une manière de reprendre rang.

La pierre d’une parole publique ne se taille plus seulement dans les colonnes imprimées ou les tribunes solennelles

Elle se travaille aussi dans le timbre, l’échange et l’écoute. Avec « La Voix du GODF », le Grand Orient de France ouvre moins un simple podcast qu’un nouvel atelier de présence. À lui désormais de faire de cette voix non un écho passager, mais une respiration durable.

1La Voix du GODF #01 – mars 2026, le podcast – Écoute 12’14

Dessin et Texte du Frère Rémi

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Notre Frère Rémi de Guyane nous offre pour ce week-end de nous mettre l’eau à la bouche avec cet avant-goût de printemps avec ce dessin du dimanche assorti d’un texte comme à l’habitude. Nous saluons la création de ce frère, ainsi que toutes les Sœurs et tous les Frères des territoires et départements d’Outre-mer.

Fidèle à ses traditions,
L’Apprenti prépare le Temple.
Comme tout bon Maçon,
Il veut montrer l’exemple.

S’il manque un élément,
L’imagination sera,
Pour ce Maçon brillant,
La solution au tracas.

Placé au centre de la Loge,
Symbole de droiture morale,
Le fil à plomb, s’il déroge,
Pourrait trouver son égal

A la pointe d’une canne à pêche
Sensible aux vibrations,
Il orientera cette flèche
A la verticale du plomb.

  JFL

Légendes de France ou d’ailleurs : « La Poule à poils » ou le merveilleux dans la basse-cour

Il arrive que les légendes ne surgissent ni d’un château en ruine, ni d’une forêt hantée, ni d’un rivage battu par les vents. Elles naissent parfois dans une ferme, au milieu des bêtes familières, là où le quotidien semble trop modeste pour accueillir le mystère.

Avec La Poule à poils, ouvrage publié en 1904, le peintre, sculpteur, dessinateur et illustrateur Auguste Vimar (1851-1916) fait d’une étrange aventure de basse-cour une fable savoureuse sur la différence, la métamorphose et la puissance d’étonnement du vivant.

Il y a dans les vieux récits populaires une leçon que notre temps oublie volontiers

Le merveilleux ne commence pas toujours dans l’extraordinaire éclatant. Il peut naître d’un simple décalage, d’une infime dissonance dans l’ordre des choses. La Poule à poils repose tout entière sur ce trouble léger et décisif. Yvonne, grosse poule de ferme, créature parfaitement ordinaire, voit un jour pousser des poils là où chacun attendait des plumes. L’événement semble minuscule. Il suffit pourtant à bouleverser tout un monde.

Car la basse-cour est un univers réglé

Chaque bête y tient son rôle, chaque apparence y confirme une habitude, chaque forme rassure parce qu’elle se répète. L’ordre du poulailler est moins savant qu’instinctif, mais il est implacable. Or voici qu’Yvonne échappe soudain à sa définition. Elle demeure poule, bien sûr, mais une poule devenue autre, une poule que l’on ne sait plus tout à fait nommer. Cette incertitude même fait entrer le récit dans la légende. Dès qu’un être familier cesse d’être parfaitement lisible, l’imaginaire se met en marche.

C’est là tout le charme du conte d’Auguste Vimar

Sous ses dehors de fantaisie animale, il met en scène l’une des plus anciennes expériences humaines, celle de l’apparition de l’inclassable. Yvonne devient une créature de seuil. Elle n’appartient plus entièrement à l’ordre rassurant du connu. Elle brouille les catégories. Elle dérange sans menacer. Elle étonne sans effrayer. Elle est cette figure discrètement monstrueuse au sens ancien du terme, non pas monstre d’épouvante, mais monstre de révélation, c’est-à-dire être qui montre quelque chose, qui force à regarder autrement ce que l’on croyait acquis.

La symbolique du récit est d’autant plus riche que la poule n’est pas, dans notre imaginaire, un animal prestigieux

Elle appartient au monde de l’humble et du terrestre. Elle gratte le sol, elle veille aux rythmes ordinaires de la ferme, elle accompagne la vie quotidienne plutôt qu’elle ne la transcende. L’aigle domine, le corbeau intrigue, le hibou médite. La poule, elle, demeure du côté du proche, du simple, du presque invisible. Et pourtant c’est précisément cette modestie qui rend sa métamorphose si éloquente. Le merveilleux ne choisit pas ici une créature noble ou spectaculaire. Il vient habiter l’ordinaire lui-même. Il révèle que le mystère peut surgir dans la plus familière des présences.

Le détail du poil, remplaçant la plume, mérite qu’on s’y arrête.

La plume appartient à l’oiseau, à la légèreté, à l’accord naturel entre le corps et l’air

Le poil évoque une autre matière, une autre logique du vivant, quelque chose de plus dense, de plus ambigu, de plus troublant dans son déplacement même. En remplaçant les plumes par des poils, le récit ne se contente pas d’inventer une curiosité. Il fabrique une créature hybride, un être de frontière, une figure qui déplace les lignes entre les règnes. Et c’est bien souvent ainsi que procèdent les légendes. Elles font vaciller les classements trop sûrs. Elles rappellent que le monde est plus poreux que ne le voudrait notre désir d’ordre.

Autour d’Yvonne, tout s’anime alors

Ce qui était banal devient événement. Ce qui passait inaperçu attire désormais les regards. La poule singulière devient phénomène. On la regarde, on la commente, on se presse autour d’elle, on veut comprendre, on s’étonne, on s’amuse, on s’agite. Toute l’aventure tient à cette montée progressive de la curiosité. Yvonne ne change pas seulement d’apparence. Elle change de statut. Elle passe de l’animal domestique à la figure exceptionnelle, de la présence de fond à l’objet d’attention, de la bête anonyme à l’attraction.

Ce passage est essentiel. Il dit quelque chose de profond sur le destin de l’étrange dans les sociétés humaines.

L’anomalie est d’abord perçue comme trouble

Puis elle devient spectacle. Ensuite elle peut devenir renommée. Ainsi la différence, qui déstabilise d’abord, finit parfois par produire fascination et mémoire. Ce renversement fait de La Poule à poils bien plus qu’un simple divertissement illustré. Le récit montre avec finesse comment un monde fermé sur ses habitudes apprend, bon gré mal gré, à faire une place à ce qu’il n’avait pas prévu.

Il faut aussi reconnaître à Auguste Vimar un talent rare, celui de faire sourire sans appauvrir son sujet

Son univers animalier est vivant, expressif, malicieux. Les bêtes y sont dessinées avec une vérité pleine d’humour, mais jamais réduites à de simples marionnettes. Elles composent un petit théâtre du vivant où se lisent, en filigrane, nos propres réactions devant l’écart, l’étrangeté, l’inattendu. C’est toute la réussite de ces récits illustrés anciens que de conserver la légèreté du conte tout en laissant affleurer une observation très fine des comportements collectifs.

La Poule à poils sur un tas de fumier

Yvonne, au fond, suit une trajectoire presque initiatique

Elle commence les pattes dans le fumier, à caqueter dans la boue commune, promise en apparence à l’anonymat de la basse-cour.

Puis vient l’épreuve du regard, l’étonnement, la rumeur, l’attroupement. Elle devient objet de curiosité, puis centre d’attention, puis figure mémorable. Sa singularité, loin de la condamner, la conduit à une forme d’accomplissement paradoxal. Elle ne rentre plus dans la norme, mais c’est précisément ce décalage qui lui ouvre une place à part dans l’imaginaire. Partie du fumier, Yvonne entre dans la légende.

Voilà pourquoi ce livre continue de toucher bien au-delà de son charme bibliophilique ou de sa saveur ancienne

Il parle d’une vérité durable. Ce que nous appelons merveilleux n’est pas toujours un surgissement venu d’ailleurs. Il peut être la révélation soudaine de l’étrangeté cachée dans le quotidien. Il suffit qu’une forme familière se décale un peu, qu’un être échappe à l’image que l’on avait de lui, pour que le réel s’ouvre à nouveau. La légende naît souvent de cette fêlure légère dans le tissu de l’habitude.

La Poule à poils rappelle ainsi que l’imaginaire populaire ne méprise jamais les humbles figures du monde vivant. Il sait qu’une ferme peut contenir autant de mystère qu’une ruine féodale, qu’un volatile peut devenir symbole, qu’une basse-cour peut soudain prendre des airs de seuil enchanté. Sous le rire, sous la fantaisie, sous la cocasserie du trait, le récit dit quelque chose de grave et de beau. Il nous apprend à ne pas refermer trop vite le monde sur ses apparences.

Avec Yvonne, Auguste Vimar offre bien davantage qu’une curiosité animalière

Il donne à voir le moment fragile où le familier se défait de son évidence pour entrer dans la mémoire du conte. C’est peut-être cela, une légende. Non pas l’irruption d’un impossible tapageur, mais la lente transfiguration d’un être ordinaire en signe durable d’étonnement.

Et parce que les légendes vivent aussi de celles et ceux qui les recueillent, les transmettent et les sauvent de l’oubli, 450.fm entend poursuivre ce patient travail de mémoire et d’émerveillement.

Nous savons que nos lectrices et nos lecteurs sont aussi des passeurs de traditions, des collecteurs d’imaginaires, des arpenteurs du merveilleux.

Alors, plutôt que de laisser vos trouvailles se perdre dans des fils éphémères ailleurs, envoyez-nous vos légendes locales, françaises ou venues d’ailleurs, accompagnées de quelques lignes de contexte et, si vous le souhaitez, d’une photo du lieu, d’un détail, d’une pierre ou d’un paysage.

Vos contributions pourront nourrir la rubrique « Légendes de France ou d’ailleurs » et seront présentées, signées et mises en valeur comme elles le méritent, avec respect pour la mémoire des territoires et reconnaissance pour votre regard de veilleur.

Méfions-nous de l’antimaçonnisme mou !

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(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)

L’année 2025 n’a connu, à l’échelle de la planète, que quelques bouffées sporadiques d’antimaçonnisme, qui se sont traduites par des dégradations matérielles résultant principalement d’actes de vandalisme ou d’attaques incendiaires[1]. Ce courant polémique, souvent accompagné de violences, se manifeste aussi par des inscriptions hostiles conjuguées à des injures antisémites, notamment en France où ces oppositions idéologiques, promptes à dénoncer des périls outrageusement fantasmés, ont fait cause commune lors de l’affaire Dreyfus, puis, l’État français s’en revendiquant, pendant la Deuxième Guerre mondiale (nous ne disons pas la Seconde… pour ne pas insulter l’avenir !).

En revanche, on ne peut nier une réalité diffuse, ondoyante et, par là-même, inquiétante, qui prospère avec les mouvements complotistes, si frénétiquement actifs dans l’espace numérique, tout renforcés qu’ils sont encore par de puissants relais médiatiques ou institutionnels. Ce beau monde, dont toute l’analyse tient dans l’éructation, prétend seulement – et enfin – « libérer la parole » à la façon dont on l’a vu resurgir parmi les Gilets jaunes, amorce récente des grandes vagues populistes qui déferlent dans notre pays comme, d’ailleurs, en Europe et plus largement dans le monde.

Ce mythe d’un pouvoir caché prétend s’articuler sur une double loyauté dont l’une ferait les frais de l’autre, la démocratie étant minée par l’hydre maçonnique voire judéo-maçonnique, pour faire bonne mesure. De la part d’antidémocrates, c’est un tour de passe-passe assez facile à réaliser : en agitant des peurs paniques, on tend grossièrement des filets comme à la chasse à la tourterelle et, pour compléter la panoplie, il suffit de plonger ses pieds dans la glu et d’entonner un chant rauque pour attirer les citoyens qui seraient restés simplement « étourdis ».

Voilà où nous en sommes et c’est ce que fort opportunément nous invite à mieux comprendre et à mieux combattre Yonnel Ghernaouti, vaillant rédacteur de ce Journal, dans son dernier essai à la fois ample et minutieux qu’il fait paraître aux éditions Lol (dont ce site est une activité), sous le titre éloquent : Antimaçonnisme : Une fabrique du soupçon, L’art d’y répondre, avec une préface de Thierry Zaveroni, passé Grand Maître de la Grande Loge de France.

Quant à moi, en cette période relativement calme à notre égard (car, il faut bien le dire, chahutée quasiment de tous côtés), je résumerais la situation d’une simple mise en garde :

Méfions-nous de l’antimaçonnisme mou !


[1] Références accessibles sur 450.fm

Antimaçonnisme en général 

« L’antimaçonnisme en 2025 : une résurgence contemporaine sous de nouvelles formes », 8 juin 2025

Angleterre

« Londres : l’obligation de se déclarer Franc-maçon à la Met – état des lieux au 15 janvier 2026 », 17 janvier 2026

« Londres : quand la discrétion devient soupçon, la Metropolitan Police impose la déclaration, la GLUA riposte en justice », 21 décembre 2025

« Franc-maçonnerie en Angleterre : une stigmatisation persistante, symptôme des tensions d’une époque en crise », 12 octobre 2025

Australie

« La loge maçonnique historique de Lismore détruite par un incendie au petit matin », 17 octobre 2025

Belgique

La Loge « La Flandre » à Bruges ouvre ses portes au public : Une réponse fraternelle au vandalisme, 5 avril 2025

Canada

« Il regrette d’avoir incendié les Temples maçonniques : condamné à 3 ans et 4 mois de prison », 23 septembre 2025

Grèce

Une bombe explose au Masonic Hall d’Athènes, 14 juillet 2023

Haïti

« Port-au-Prince : un temple maçonnique incendié par Viv Ansanm », 2 février 2025

Suisse

Incendie criminel d’un Temple de Francs-maçons, 26 janvier 2026