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Méfions-nous de l’antimaçonnisme mou !

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(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)

L’année 2025 n’a connu, à l’échelle de la planète, que quelques bouffées sporadiques d’antimaçonnisme, qui se sont traduites par des dégradations matérielles résultant principalement d’actes de vandalisme ou d’attaques incendiaires[1]. Ce courant polémique, souvent accompagné de violences, se manifeste aussi par des inscriptions hostiles conjuguées à des injures antisémites, notamment en France où ces oppositions idéologiques, promptes à dénoncer des périls outrageusement fantasmés, ont fait cause commune lors de l’affaire Dreyfus, puis, l’État français s’en revendiquant, pendant la Deuxième Guerre mondiale (nous ne disons pas la Seconde… pour ne pas insulter l’avenir !).

En revanche, on ne peut nier une réalité diffuse, ondoyante et, par là-même, inquiétante, qui prospère avec les mouvements complotistes, si frénétiquement actifs dans l’espace numérique, tout renforcés qu’ils sont encore par de puissants relais médiatiques ou institutionnels. Ce beau monde, dont toute l’analyse tient dans l’éructation, prétend seulement – et enfin – « libérer la parole » à la façon dont on l’a vu resurgir parmi les Gilets jaunes, amorce récente des grandes vagues populistes qui déferlent dans notre pays comme, d’ailleurs, en Europe et plus largement dans le monde.

Ce mythe d’un pouvoir caché prétend s’articuler sur une double loyauté dont l’une ferait les frais de l’autre, la démocratie étant minée par l’hydre maçonnique voire judéo-maçonnique, pour faire bonne mesure. De la part d’antidémocrates, c’est un tour de passe-passe assez facile à réaliser : en agitant des peurs paniques, on tend grossièrement des filets comme à la chasse à la tourterelle et, pour compléter la panoplie, il suffit de plonger ses pieds dans la glu et d’entonner un chant rauque pour attirer les citoyens qui seraient restés simplement « étourdis ».

Voilà où nous en sommes et c’est ce que fort opportunément nous invite à mieux comprendre et à mieux combattre Yonnel Ghernaouti, vaillant rédacteur de ce Journal, dans son dernier essai à la fois ample et minutieux qu’il fait paraître aux éditions Lol (dont ce site est une activité), sous le titre éloquent : Antimaçonnisme : Une fabrique du soupçon, L’art d’y répondre, avec une préface de Thierry Zaveroni, passé Grand Maître de la Grande Loge de France.

Quant à moi, en cette période relativement calme à notre égard (car, il faut bien le dire, chahutée quasiment de tous côtés), je résumerais la situation d’une simple mise en garde :

Méfions-nous de l’antimaçonnisme mou !


[1] Références accessibles sur 450.fm

Antimaçonnisme en général 

« L’antimaçonnisme en 2025 : une résurgence contemporaine sous de nouvelles formes », 8 juin 2025

Angleterre

« Londres : l’obligation de se déclarer Franc-maçon à la Met – état des lieux au 15 janvier 2026 », 17 janvier 2026

« Londres : quand la discrétion devient soupçon, la Metropolitan Police impose la déclaration, la GLUA riposte en justice », 21 décembre 2025

« Franc-maçonnerie en Angleterre : une stigmatisation persistante, symptôme des tensions d’une époque en crise », 12 octobre 2025

Australie

« La loge maçonnique historique de Lismore détruite par un incendie au petit matin », 17 octobre 2025

Belgique

La Loge « La Flandre » à Bruges ouvre ses portes au public : Une réponse fraternelle au vandalisme, 5 avril 2025

Canada

« Il regrette d’avoir incendié les Temples maçonniques : condamné à 3 ans et 4 mois de prison », 23 septembre 2025

Grèce

Une bombe explose au Masonic Hall d’Athènes, 14 juillet 2023

Haïti

« Port-au-Prince : un temple maçonnique incendié par Viv Ansanm », 2 février 2025

Suisse

Incendie criminel d’un Temple de Francs-maçons, 26 janvier 2026

Paix sociale, justice humaine et œuvre maçonnique

Nous parlons souvent de paix comme d’un horizon souhaitable, presque d’une évidence morale.

Pourtant, il existe des paix de surface, des paix d’habitude, des paix de contrainte qui ne sont que des silences mal refermés sur des blessures ouvertes.

La franc-maçonnerie, qui travaille à l’élévation de l’homme et à l’amélioration de la société, nous invite à poser une question plus exigeante.

Une paix véritable peut-elle durablement s’établir là où la dignité est blessée, là où les écarts deviennent des fractures, là où la fraternité demeure un mot sans traduction concrète dans la vie des hommes.

La paix fascine parce qu’elle semble répondre à l’un des désirs les plus profonds de l’humanité

Nous voulons vivre sans violence, sans tumulte, sans peur. Nous voulons habiter un monde où les êtres puissent se rencontrer sans se déchirer. Mais encore faut-il savoir de quelle paix nous parlons. Car toute absence de bruit n’est pas la paix, tout ordre n’est pas la justice, toute stabilité n’est pas l’harmonie. Il existe des sociétés calmes en apparence qui abritent sous leur surface des humiliations anciennes, des relégations silencieuses, des colères sans langage. Il existe des mondes bien tenus qui reposent pourtant sur l’abandon des plus fragiles. Cette paix-là n’est qu’un vernis. Elle ressemble à une pierre polie dont le cœur serait resté fendu.

La justice sociale n’est pas une revendication accessoire venue s’ajouter après coup à l’édifice collectif

Elle touche à la structure même de la cité. Elle rappelle qu’aucune communauté humaine ne peut durablement tenir si elle accepte que certains vivent dans l’insécurité permanente pendant que d’autres s’installent dans l’illusion de leur propre préservation. Elle ne signifie pas que tous devraient posséder la même chose, penser de la même manière ou occuper la même place. Elle signifie que nul ne doit être condamné à l’invisibilité, au mépris ou à la privation d’une dignité élémentaire.

La franc-maçonnerie, de ce point de vue, nous offre une grammaire symbolique particulièrement éclairante.

Le niveau nous enseigne l’égale dignité des êtres

L’équerre nous rappelle l’exigence de rectitude. La truelle unit ce qui sans elle demeurerait séparé. Rien de cela n’a de sens si nous acceptons que la société laisse se creuser des gouffres qui rendent impossible toute authentique fraternité. Le Temple ne s’élève pas en rejetant des pierres jugées inutiles. Il se construit par un travail patient d’ajustement, d’intégration, d’élévation. Une société qui laisse des vies entières sur le bord du chemin travaille contre toute idée même d’architecture humaine.

Il faut aussi distinguer avec soin la justice de la simple bienfaisance

La charité peut soulager une détresse. Elle est parfois belle, parfois nécessaire. Mais elle demeure insuffisante lorsque les mécanismes mêmes de l’injustice restent intacts. La justice sociale ne dépend pas d’un élan occasionnel du cœur. Elle relève d’une exigence plus haute, plus ferme, plus universelle. Elle demande que la société elle-même se rende plus habitable. Elle ne distribue pas seulement des secours. Elle restaure des places, des droits, des possibilités, des horizons.

Sans cela, la paix devient une fiction

Ou plutôt une trêve fragile… Car là où les humiliations s’accumulent, là où le sentiment d’abandon s’épaissit, la défiance finit toujours par ronger le lien commun. L’injustice ne produit pas seulement de la souffrance matérielle. Elle altère les âmes. Elle nourrit le ressentiment, la peur, le repli, parfois la haine. Elle fracture la cité bien avant que la violence n’éclate au grand jour. Une société peut ainsi croire qu’elle vit en paix alors qu’elle ne fait que différer l’heure de ses déchirements.

L’initiation maçonnique nous apprend justement à ne pas confondre l’apparence et la vérité Elle nous enseigne que le travail le plus décisif commence souvent là où le regard profane ne voit rien. Une pierre mal dressée compromet l’équilibre de l’ensemble. Une injustice tolérée finit toujours par obscurcir le corps tout entier. Le franc-maçon ne peut donc se satisfaire d’une paix abstraite, décorative, simplement proclamée. Il sait, ou il devrait savoir, que la paix exige un labeur. Non celui de l’incantation, mais celui de la transformation.

Cela vaut aussi sur le plan intérieur

Car l’absence de justice sociale blesse jusqu’à la vie spirituelle d’une société. Ceux qui subissent l’indignité peinent à croire encore au langage du bien commun. Ceux qui bénéficient d’un ordre inégalitaire finissent souvent par s’y habituer au point de ne plus le voir. Les uns vivent dans l’épreuve, les autres dans l’aveuglement. Or il n’est pas de paix profonde là où les consciences s’endurcissent. L’injustice sociale ne détruit pas seulement l’équilibre collectif. Elle appauvrit la vie morale de tous.

Il faut pourtant prendre garde à une autre impasse

La justice sociale elle-même peut être invoquée de manière brutale, partisane, vengeresse. Une société ne se réconcilie pas en remplaçant une domination par une autre ni en transformant le désir de justice en machine à désigner des ennemis. La tradition maçonnique invite à une voie plus haute. Elle cherche une justice qui relève sans humilier, qui corrige sans avilir, qui répare sans attiser des guerres nouvelles. Elle ne rêve pas d’une société purgée par la violence mais d’une société travaillée par la mesure, la responsabilité et la fraternité.

La paix véritable suppose donc davantage qu’un équilibre administratif ou qu’une bonne gestion des tensions. Elle suppose une certaine idée de l’homme. Elle suppose que nous reconnaissions dans chaque être une valeur irréductible. Elle suppose que nous cessions de traiter comme secondaires les blessures que produit l’exclusion. Elle suppose enfin que la fraternité ne reste pas à l’état de mot noble ou de devise commode, mais qu’elle descende dans les réalités du travail, de l’éducation, de la santé, de la parole publique, de la dignité concrète.

La franc-maçonnerie n’a pas vocation à fournir des programmes politiques clés en main

Ce n’est pas son rôle. Mais elle a le devoir de rappeler, avec constance, qu’aucun ordre humain n’est légitime s’il oublie la personne. Elle a le devoir de tenir vivante cette intuition simple et redoutable selon laquelle la paix ne se décrète pas depuis le sommet, mais se bâtit à partir d’une justice rendue sensible dans la vie quotidienne. À défaut, nous ne produisons qu’un calme provisoire. Nous rassurons les uns, nous épuisons les autres, et nous appelons paix ce qui n’est parfois qu’une fatigue collective.

La paix sans justice sociale n’est souvent qu’une politesse du désordre

Elle apaise les façades, mais elle n’atteint pas les fondations. Le regard maçonnique nous invite à une exigence plus haute. Il nous rappelle qu’aucune cité ne tient longtemps lorsque l’homme y est diminué. Là où la dignité est relevée, la paix peut prendre racine. Là où la fraternité s’incarne, elle cesse d’être un idéal lointain pour devenir une œuvre. Et toute œuvre véritable commence toujours par cette question simple et terrible.

Qui laissons-nous encore dans l’ombre pendant que nous parlons de lumière.

Comprendre le bouddhisme -L’expérience et la sagesse – (II – Suite)

Vidéo N° 2

Cet enregistrement a été réalisé à la Pagode Thiện Minh, un temple bouddhiste vietnamien situé à Sainte-Foy-lès-Lyon, connu pour être un lieu de paix, de méditation et d’enseignement bouddhique. Accompagné par Vincent Cao, enseignant bouddhiste, cet enregistrement explore les fondamentaux du bouddhisme et trace le chemin vers l’éveil, en mettant l’accent sur la compréhension des enseignements du Bouddha, la pratique de la méditation et la voie intérieure vers la libération.

Introduction : de la posture à l’attitude intérieure

Après avoir posé, dans l’article n°1, les bases de la méditation, il est utile d’approfondir la posture et surtout l’attitude intérieure qui l’accompagne. Méditer ne se réduit pas à « bien tenir son corps », même si une colonne vertébrale droite, le cou et la tête dans le prolongement, une respiration naturelle et des yeux mi-clos orientés vers le sol à environ 45° constituent un cadre favorable. Il s’agit plutôt de s’installer dans une disponibilité globale : scanner son corps, repérer les zones de tension, les relâcher sans forcer, garder les cinq sens ouverts aux sons, aux formes, aux couleurs, aux odeurs, aux goûts et aux contacts, comme autant de nuages qui traversent l’espace intérieur sans que l’on s’y accroche. De la même manière, pensées, souvenirs, idées, sensations agréables ou désagréables, émotions qui surgissent sont accueillies comme des phénomènes passagers : on les voit venir, on les laisse traverser, sans les juger, sans leur coller d’étiquette.

La posture, le corps… et ce qui se passe dans la tête

Pour qui débute, il est normal de devoir ajuster la posture, bouger un peu, masser une articulation, changer de position quand le corps ne suit plus. L’erreur serait de se crisper sur la douleur ou sur l’idéal d’immobilité, au point de conclure trop vite que « la méditation n’est pas pour moi ». Le corps est un support, pas une fin en soi ; ce qui compte, c’est de maintenir une conscience ouverte, même lorsque l’on bouge, même lorsque la pensée s’agite. Plutôt que de dire « mon corps, ma douleur, mon incapacité », il est plus juste de voir ce qui survient comme un phénomène lié à certaines conditions de posture et de contexte. Il en va de même pour le bruit, les mouvements autour de soi, les allées et venues : loin d’être des obstacles, ils deviennent partie intégrante de la pratique. Méditer dans un environnement agité apprend à reconnaître que le monde extérieur est souvent aussi mouvementé que notre monde intérieur, et qu’il s’agit moins de faire disparaître l’agitation que d’ouvrir en soi un espace pour la laisser passer.

Pleine conscience des phénomènes : laisser traverser

Cette première phase méditative repose sur la pleine conscience des phénomènes : le corps, la respiration, les sons, les pensées, les émotions. On s’exerce à ne pas résister, à ne pas bloquer, afin que ce flux énergétique naturel puisse nous traverser. C’est une étape précieuse pour apprivoiser la maladie, des états physiques ou psychiques difficiles, ou simplement nos sensations agréables, neutres ou désagréables. Petit à petit, on apprend à descendre couche après couche : du corps aux sensations, des sensations aux différentes formes de conscience, jusqu’à toucher nos schémas karmiques, nos habitudes les plus profondes. Un exercice simple consiste à poser et reposer la conscience sur la respiration : inspiration, expiration, encore et encore. Lorsque l’attention part vers un bruit ou un autre stimulus, on en prend note, puis on la ramène au souffle, sans violence. Cette régulation par la respiration contribue à stabiliser les flux énergétiques, à apaiser les tensions, à calmer une excitation ou une frilosité excessive.

Méditer sur les situations difficiles sans réagir

Une autre étape consiste à choisir volontairement un « objet » de méditation : non pas quelque chose de confortable, mais une situation réellement difficile de notre vie. Conflit au travail, relation tendue avec un voisin, maladie, inquiétude pour l’avenir… on laisse venir une scène qui casse notre équilibre et notre bien-être, puis on la regarde comme un film, sans rejouer le rôle, sans chercher de solution immédiate. L’objectif n’est pas l’indifférence, mais la suspension de la réaction impulsive : ouvrir la conscience, observer les détails, les émotions, les pensées associées, sans juger et sans répondre. Cette même attitude peut s’appliquer à nos sens : face à une vision insupportable, une parole blessante, une odeur ou un goût qui nous révulsent, il s’agit d’accueillir le désaccord, de voir la colère monter… mais de ne pas la laisser dicter notre comportement. On apprend ainsi à parler et agir non pas sous l’emprise de l’émotion, mais à partir d’un espace plus stable et plus clair.

L’entraînement à la stabilité : émotions et sagesse

Cette pratique demande un véritable entraînement, répété, patient. Les grandes émotions – colère, peur, angoisse, tristesse – fonctionnent souvent comme des réflexes conditionnés : face à une situation qui nous déplaît, la réaction part instantanément. Méditer, ici, consiste à ralentir ce réflexe : accueillir l’émotion comme un « nuage » intérieur, la laisser prendre forme, la regarder, puis la laisser se dissiper sans s’identifier à elle. Avec le temps, l’intensité de ces tempêtes émotionnelles diminue. On découvre que ne pas répondre immédiatement ne signifie ni faiblesse, ni lâcheté : c’est parfois l’expression d’une force intérieure, d’une sagesse qui sait que répondre « à chaud » ne ferait qu’amplifier le conflit. Apprendre à se taire, à se retirer un moment, à différer une discussion, ce n’est pas fuir, c’est préserver la clarté.

Une pratique quotidienne, sans remède miracle

Il n’existe pas de remède instantané, ni de médicament pour « guérir » nos émotions. La seule voie est celle d’une pratique régulière, humble, quotidienne. S’asseoir, prendre la posture, respirer, scanner le corps, laisser venir les phénomènes, les accueillir comme des visiteurs que l’on reçoit et que l’on laisse repartir. Puis, dans les situations concrètes de la vie, se souvenir de cet espace intérieur que l’on a cultivé : avant de répondre, avant de réagir, laisser retomber le nuage, retrouver un peu de stabilité mentale. C’est à partir de cette clarté retrouvée que l’on peut choisir des paroles et des actes plus ajustés. Cette suite de l’article n°1 nous invite donc à passer de la simple découverte de la méditation à un véritable travail sur soi : patiemment, sans perfectionnisme, en acceptant que chaque séance soit différente et que le chemin se fasse pas à pas.

Vidéo n°1 de la semaine dernière

L’architecture de la pensée : quand l’esprit devient un serviteur

De notre confrère expartibus.it – Par Rosmunda Cristiano

Il arrive un moment dans la vie de chacun où l’on réalise que l’on n’est pas le maître de ses pensées, mais leur prisonnier. Cela arrive le matin, devant un miroir, lorsqu’un mot mal prononcé la veille refait surface et empoisonne toute la journée. Cela se produit en loge, lors d’un débat animé, lorsqu’une critique non sollicitée transforme un frère en adversaire.

Cela se produit dans le silence de la nuit, lorsque les doutes poussent comme des mauvaises herbes entre les pierres d’un temple que nous aurions souhaité voir bien construit. Pourtant, il existe un proverbe ancien, transmis sous divers noms et dans de nombreuses traditions de sagesse, qui résume en quelques mots toute une philosophie de vie :

L’esprit est un merveilleux serviteur, mais un terrible maître.

Le pavé mosaïque dans la loge maçonnique

On ignore qui l’a dit en premier. Peu importe. Ce qui compte, c’est que cela sonne juste et que la franc-maçonnerie s’est toujours employée précisément dans ce sens. Le sol en damier n’est pas qu’un symbole décoratif. Chaque Frère et Sœur qui entre dans la Loge marche sur un sol noir et blanc. Ils le connaissent par cœur, pourtant ils s’arrêtent rarement pour contempler sa signification plus immédiate : la vie est faite de lumière et d’ombre, et notre liberté ne réside pas dans le choix des carreaux sur lesquels nous marchons, mais dans la façon dont nous regardons ceux sur lesquels nous marchons déjà.

Virgile, dans le sixième livre de l’ Énéide , a écrit

mens agitat molem

L’esprit qui donne vie à la matière.

Non pas comme un tyran qui impose, mais comme un architecte qui conçoit. Telle est la distinction fondamentale que le chemin initiatique nous invite à intérioriser : l’esprit comme outil, non comme maître.

Le profane, et nous disons cela sans condescendance, car nous avons tous été des profanes, a tendance à s’identifier à ses propres pensées.

Il dit :

Je suis en colère

au lieu de

Je suis en colère.

Je suis un échec

au lieu de

J’ai commis une erreur.

Cette petite différence grammaticale est, en réalité, un abîme philosophique. D’un côté, la prison. De l’autre, le Temple. Le cheminement initiatique ne nous immunise pas contre ce désordre intérieur : au contraire, il le rend plus visible. Et cette visibilité, inconfortable, parfois douloureuse, est déjà le premier acte de liberté. Reconnaître le tyran est le seul moyen de cesser de lui obéir. La franc-maçonnerie n’est pas qu’un symbole et un rituel. C’est, dans son essence même, un art pratique. Et, comme tout art, elle exige une pratique quotidienne.

Jeune femme asiatique couchée au lit et dormant
Jeune femme au lit et dormant

Voici trois outils concrets, un pour chaque degré, pour ceux qui ont l’intention de faire de leur esprit un fidèle serviteur. L’apprenti apprend à se taire, à observer, à reconnaître sa propre pierre brute. Le premier outil est aussi simple qu’exigeant : chaque soir, avant de vous coucher, notez trois moments de la journée où vous avez réagi sans réfléchir. Une insulte subie, une attente déçue, une pensée qui vous a envahi sans permission.

Il ne s’agit pas d’autoflagellation ; la franc-maçonnerie n’est pas une discipline de culpabilité, mais de croissance. Il s’agit de regarder la pierre brute avec honnêteté, en utilisant le fil à plomb de la conscience.

Posez-vous alors la question suivante :

Comment cette ombre pourrait-elle servir la lumière ?

Souvent, la réponse surprend.

Age quod agis.

Fais pleinement ce que tu fais.

Même lorsque votre seule action consiste à observer. Le Compagnon travaille sur le brouillon : la pierre a été grossièrement taillée, elle est maintenant affinée. Le deuxième outil entre en jeu au moment le plus difficile, celui de la réaction impulsive.

Face à une provocation, à un moment de tension, il existe une fenêtre de quelques secondes où nous sommes encore libres. Non pas pour changer le cours des événements, mais pour choisir notre réaction. C’est dans cette fenêtre que réside toute la différence entre celui qui construit et celui qui détruit.

Un Homme en train de méditer à la montagne
Un Homme en train de méditer à la montagne

La technique est simple : inspirez lentement, en imaginant absorber la stabilité de la colonne vertébrale Jachin. Expirez tout aussi lentement, en laissant la force tranquille de Boaz s’exprimer. Ce n’est pas du mysticisme : c’est de la physiologie. La respiration profonde interrompt la réponse automatique du système nerveux et permet à la parole de redonner à notre pensée.

Manly P. Hall nous a rappelé que les symboles sont les lettres d’un langage que l’esprit apprend à déchiffrer avec le temps. Le Level ne mesure pas seulement les surfaces : il mesure aussi le poids de l’âme.

Le Maître, ressuscité avec Hiram des ténèbres de l’ignorance, connaît l’œuvre la plus profonde : descendre en lui-même sans crainte.

Visitez Interiora Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidem.

Explorez les entrailles de la terre, et en rectifiant ce que vous y trouverez, vous découvrirez la pierre cachée.

Il ne s’agit pas d’une invitation à la souffrance, mais à la transformation.

Plongez-vous dans vos pensées les plus sombres, non pour les habiter, mais pour les éclairer. L’alchimie intérieure ne transmute pas le plomb en l’ignorant ; elle le traverse, le dissout et le recombine. En méditation, cela signifie accueillir les pensées difficiles au lieu de les fuir. Les nommer. Se demander d’où elles viennent, à quoi elles servent, quelle protection elles offrent. Et puis, guidé par la Lumière du Grand Architecte, les laisser partir… ou les transformer.

Photo : Wikipédia | Albert Pike, général confédéré pendant la guerre civile américaine, est le personnage central de l’histoire.

Albert Pike, dans son ouvrage « Morale et Dogme » , nous rappelle que le but de la franc-maçonnerie est le perfectionnement moral et spirituel de l’individu, toujours au service de la fraternité. On ne peut véritablement servir autrui tant qu’on est esclave de ses propres instincts.

Un esprit libre dans une âme libre.

Un esprit libre dans une âme libre.

Cabinet de reflexion – VITRIOL

Non pas la liberté d’une volonté sans limites, mais la liberté plus profonde et plus difficile de ceux qui ont appris à ne pas être esclaves de leurs propres mécanismes de réaction.

Voici la pierre cachée que VITRIOL promet à ceux qui ont le courage de la chercher. Quel rapport avec vous, chers lecteurs ? Si vous avez lu jusqu’ici sans être membre de la Loge, il y a probablement une raison. Peut-être avez-vous reconnu quelque chose. Cette pensée tyrannique qui vous réveille à 3 heures du matin, les idées en désordre. Ce monologue intérieur qui vous hante à propos d’une erreur commise il y a des années. Ce sentiment, parfois, d’être spectateur de sa propre vie plutôt qu’acteur.

La franc-maçonnerie n’a pas le monopole de ces outils. Mais depuis des siècles, elle les cultive, les transmet et les perfectionne, avec une cohérence symbolique et pratique que peu de traditions peuvent égaler. Ce n’est pas une solution miracle. C’est plutôt une méthode : apprenez à connaître votre esprit, et votre esprit cessera de vous connaître.

Chaque tradition de sagesse, du stoïcisme au bouddhisme, de la philosophie classique aux écoles ésotériques, a cherché à sa manière à répondre à la même urgence : comment devenir un créateur conscient de sa propre expérience intérieure, plutôt que de la subir passivement ?

La franc-maçonnerie propose une voie structurée et progressive, riche en symboles qui s’adressent autant à l’intellect qu’à l’imagination. Une voie qui ne se limite pas à un livre ou à une conférence, mais qui se construit, pierre par pierre, degré par degré, au fil du temps.

Le Temple Intérieur ne requiert ni tablier ni maillet pour sa construction. Seule la volonté de commencer est nécessaire.

La question finale n’est donc ni maçonnique ni profane.

C’est tout simplement humain :

Est-ce vous qui guidez vos pensées, ou est-ce elles qui vous guident ?

« Le Secret de la Licorne » ou l’héritage enfoui

Hergé livre avec Le Secret de la Licorne bien davantage qu’un album d’aventures maritimes. L’exemplaire transmis porte nettement le nom d’Hergé, l’inscription des Aventures de Tintin et l’empreinte éditoriale de Casterman. L’œuvre occupe, dans la chronologie officielle du cycle, une place décisive puisque les sources de référence de l’univers Tintin la situent au cœur des années quarante et l’inscrivent comme le onzième album des aventures du jeune reporter.

Ce qui frappe d’abord, c’est la souveraineté de la mise en marche

Un objet modeste, presque anodin, une maquette acquise sur un marché, suffit à faire basculer le réel. Chez Hergé, le monde ne s’ouvre pas sous l’effet d’un prodige tonitruant. Il cède à partir d’une chose tenue dans la main, d’un signe encore muet, d’un fragment sauvé de l’oubli. L’album fait ainsi naître l’aventure depuis l’infime, ce qui est l’un des grands arts de Georges Remi. Le bateau réduit n’est pas seulement un indice, il est déjà un résumé du livre entier. Il contient une mémoire close, un secret roulé sur lui-même, une vérité qu’il faudra dégager du bois, du vernis, des habitudes et des convoitises. Le récit officiel insiste sur ce point en rappelant que Tintin et le capitaine Haddock suivent la trace de l’ancêtre François de Hadoque à partir d’un modèle de navire renfermant un parchemin mystérieux qui ouvre la course au trésor.

Nous touchons là à une profondeur qui excède très largement la narration policière

Le Secret de la Licorne n’est pas seulement l’histoire d’une enquête. C’est une méditation sur ce qui dort dans les objets, sur la manière dont le passé demeure tapi dans les formes, sur la fidélité obscure des choses qui attendent l’heure de leur réveil. Une lecture initiatique y reconnaît aussitôt l’un de ses motifs majeurs. Rien d’essentiel ne se donne d’un seul bloc. La vérité ne descend pas toute armée dans l’esprit. Elle se fragmente, se dissimule, se transmet par éclats, oblige à la patience, au lien, à l’intelligence des correspondances. Le parchemin enfermé dans le mât, puis la nécessité de réunir d’autres fragments, dessinent une pédagogie du sens.

Pour le lecteur maçon, il est difficile de ne pas songer à cette parole éparse qu’il faut recueillir, ordonner, éprouver, afin qu’elle redevienne orientation et non relique.

L’une des plus belles réussites de l’album réside dans la métamorphose silencieuse du capitaine Haddock

Jusque-là, il pouvait apparaître comme la puissance de l’emportement, du verbe jailli, de l’humeur instable. Ici, il reçoit soudain une épaisseur dynastique, presque chevaleresque. Hergé ne lui donne pas seulement un ancêtre, il lui rend une verticalité. À travers François de Hadoque, Haddock cesse d’être un compagnon pittoresque pour devenir l’héritier d’une lignée blessée, d’un combat interrompu, d’une dignité naufragée qu’il lui revient obscurément de reprendre. C’est l’un des mouvements les plus fins du livre. Nous assistons non à une promotion psychologique, mais à une réinscription symbolique. Le capitaine devient l’homme d’une mémoire. Il découvre que son identité ne se réduit ni à ses excès ni à ses colères. Elle plonge dans une antériorité qui le dépasse et l’appelle. Toute initiation véritable procède ainsi. Elle n’invente pas l’homme à partir de rien. Elle réveille en lui une noblesse oubliée.

Le navire lui-même mérite une halte contemplative

La Licorne n’est pas un simple bâtiment. Son nom suffit à déplacer le récit du côté du symbole. La licorne appartient à l’ordre des créatures que l’esprit moderne range volontiers dans la fable, alors même qu’elles continuent d’agir dans l’imaginaire profond comme des puissances d’unification.

Figure de pureté, d’indocilité, de pointe souveraine, elle traverse les bestiaires, les tapisseries, l’héraldique et l’alchimie. Qu’un tel nom soit donné à un vaisseau voué à la traversée, au combat et à la perte n’a rien d’innocent. Hergé noue discrètement deux régimes de sens. D’un côté la mer, matrice instable, espace des déroutes et des commencements. De l’autre la licorne, signe d’une unité difficile, presque introuvable. Le livre entier tient dans cette tension. Il faut traverser le mouvant pour reconquérir l’axe. Il faut accepter la dispersion pour retrouver la forme.

À cela s’ajoute le génie narratif d’Hergé, qui ne sépare jamais la limpidité du mystère

Le trait demeure d’une netteté souveraine, la composition avance avec une exactitude presque musicale, les péripéties se répondent sans lourdeur, et pourtant quelque chose de plus ancien circule sous la surface. Cette clarté n’appauvrit pas l’énigme, elle la rend plus pénétrante. Le grand art d’Hergé consiste précisément à produire une lisibilité qui n’épuise jamais le livre. Nous lisons vite et nous revenons lentement. L’enfant y reçoit le bonheur de l’élan. L’adulte y découvre la gravité des transmissions, la violence de la prédation, le prix de la fidélité.

Le lecteur initié, lui, y perçoit une autre musique encore.

Le trésor annoncé n’est peut-être pas d’abord l’or ou les pierreries. Il est la reconstitution d’une filiation, la remise en ordre d’un legs rompu, la réouverture d’une histoire ensevelie dans la matière.

Il faut alors rappeler ce qu’est Georges Remi, devenu Hergé en retournant ses initiales

Herge-Italie-1965-Linus

Le site officiel consacré à son œuvre rappelle sa naissance à Etterbeek en 1907, ses années de scoutisme, l’apparition du nom d’Hergé en 1924, puis la naissance de Tintin en 1929. Cette trajectoire éclaire profondément Le Secret de la Licorne. Le sens de la promesse, l’appel du large, la morale de la droiture, l’attention au compagnonnage, tout cela vient de loin dans l’univers d’Hergé. Son œuvre ne relève pas du seul divertissement graphique. Elle procède d’une discipline du regard, d’une éthique du déplacement, d’un art du récit où l’aventure demeure inséparable d’une certaine probité intérieure.

Sa bibliographie, dès lors, ne se laisse pas réduire à une succession de succès

Une du Petit Vingtième du 16 juillet 1931

Elle forme un continent cohérent. Les sources officielles de Tintin rappellent la continuité du cycle depuis Tintin au pays des soviets, puis Le Lotus bleu, Le Crabe aux pinces d’or, Le Secret de la Licorne, Le Trésor de Rackham le Rouge, Les 7 Boules de cristal, Le Temple du Soleil, jusqu’à Tintin au Tibet et Les Bijoux de la Castafiore. À côté de ce massif, Hergé a également créé Quick et Flupke – une série de BD jeunesse publiée en marge des Aventures de Tintin, et moins connue que cette dernière, qui apparaît dans les pages du journal Le Petit Vingtième à partir du 23 janvier 1930 –, ainsi que Jo, Zette et Jocko – Les Aventures de Jo, Zette et Jocko est une série de bande dessinée jeunesse créée par Hergé en 1936 pour Cœurs vaillants, premier hebdomadaire français à publier Les Aventures de Tintin.

Cette bibliographie n’est pas celle d’un artisan répétitif

C’est celle d’un auteur qui a peu à peu donné à la bande dessinée européenne son ampleur narrative, sa rigueur rythmique et sa capacité à accueillir l’histoire, le mythe, la géographie intérieure et l’inquiétude métaphysique sous les apparences du voyage. Le Secret de la Licorne occupe dans cet ensemble une place éminente, parce qu’il fait passer Tintin de l’aventure extérieure à une quête de mémoire, et Haddock de la présence comique à l’épaisseur lignagère.

Ce qui nous demeure enfin de cette lecture, c’est une sensation de veille

Le livre n’accorde pas encore l’achèvement, il prépare, il ouvre, il promet. Il place ses personnages au bord d’une vérité plus vaste qu’eux-mêmes.

En cela, il possède une qualité profondément initiatique.

Il ne livre pas seulement un secret, il enseigne la manière de s’en rendre digne. Entre le parchemin caché, l’ancêtre retrouvé, la mémoire ranimée et le trésor pressenti, Hergé compose une petite épopée de la transmission. Nous y lisons, sous la grâce apparente d’un album pour tous, une leçon exigeante. Ce que nous cherchons hors de nous n’a de valeur que si cette quête nous reconduit à ce que nous portions déjà obscurément en nous-mêmes.

Le Secret de la Licorne est alors moins un récit de découverte qu’un récit de restitution. Il rend à un homme son nom profond, à une histoire son fil perdu, à la fidélité sa récompense invisible. C’est beaucoup. C’est rare. Et c’est la marque des œuvres qui, sous leur éclat familier, continuent de travailler longtemps l’âme du lecteur.

Conformément au droit d’auteur et aux droits d’exploitation attachés à l’œuvre de Georges Remi, nous ne reproduisons aucune image issue des albums, ni couverture, ni planche, ni élément graphique identifiable. Les illustrations accompagnant cet article sont des créations originales, conçues sans reprise de l’univers visuel protégé.

Les aventures de Tintin – Le Secret de La Licorne

HergéCasterman, 1993, 62 pages, 12,50 €

À l’Arche Royale de la GLNF, les Pèlerins Précepteurs ouvrent un nouveau passage

Le 17 avril prochain, à la Maison des Maçons, une tenue exceptionnelle du Conclave Caesar Titus n°0 doit permettre l’admission de plusieurs Passés Z – les Passés Z, ou Passés Zorobabel, sont à l’Arche Royale les anciens Premiers Principaux d’un Chapitre, soit l’équivalent capitulaire de ce qu’est un ancien Vénérable Maître dans une loge symbolique et  désignent donc des Compagnons ayant exercé la présidence d’un Chapitre et franchi un seuil de responsabilité rituelle et initiatique reconnu – au sein de l’Ordre des Pèlerins Précepteurs.

Encore discret dans le paysage capitulaire français, cet ordre d’origine britannique ne relève pas d’une pure nouveauté de circonstance

Il s’inscrit dans une histoire plus ancienne, nourrie de légende, de transmission et de restauration symbolique, et vient désormais prendre place plus visiblement dans l’univers de l’Arche Royale lié à la Grande Loge Nationale Française (GLNF).

Blason de l'Arche Royale
Blason de l’Arche Royale

Il est des annonces qui semblent d’abord réservées aux seuls initiés, et qui révèlent pourtant un mouvement plus large

Celle adressée à certains Compagnons du Suprême Grand Chapitre des Maçons de l’Arche Royale de France appartient à cette catégorie. Le vendredi 17 avril, en ouverture de matinée, en présence du Très Excellent Compagnon Yves Pennes – Grand Maître de la GLNF – et autour du Most Illustrious Grand Master David John Boswell, plusieurs Passés Z doivent être admis dans l’Ordre des Pèlerins Précepteurs. Cet ordre est ouvert aux seuls Compagnons ayant achevé leur mandat de Premier Principal, et que l’admission s’inscrit dans une cérémonie exceptionnelle portée par le Conclave Caesar Titus n°0.

Il convient d’emblée de dissiper un possible malentendu

Nous ne sommes pas devant la création ex nihilo d’un ordre entièrement nouveau, mais devant l’installation plus visible, dans le cadre français, d’un système déjà constitué dans sa forme actuelle depuis 1984. Le site officiel anglais rappelle en effet que l’Ordre des Pilgrim Preceptors, tel qu’il existe aujourd’hui, a été organisé à cette date, même si ses racines rituelles sont plus anciennes et renvoient à la découverte d’un rituel d’origine irlandaise rédigé après 1862, puis retravaillé au début du XXe siècle par trois comédiens francs-maçons.

L’une des forces de cet ordre tient précisément dans cette articulation entre récit fondateur et histoire reconstituée

L’Ordre des Pèlerins Précepteurs

La présentation française insiste sur une quatrième Grande Loge formée à Rome par trois grands princes, Titus César, Simonide et Valérien, et sur une diffusion des valeurs de fraternité vers l’Europe. Le site officiel, lui, résume l’économie symbolique de l’ensemble en une phrase limpide. L’ordre repose sur l’histoire du passage de la franc-maçonnerie de Jérusalem à l’Angleterre. Nous retrouvons là une géographie initiatique très lisible, où l’Orient de la source, Rome comme lieu de transmission, puis l’Occident de la diffusion composent un itinéraire de mémoire plus qu’un simple déplacement.

Cette structure se déploie en trois degrés

Le grade de Pèlerin évoque le voyage de Jérusalem à Rome. Celui de Précepteur développe ensuite le passage de Rome à l’Angleterre. Le troisième correspond à l’installation dans la Chaire comme Illustre Précepteur. L’accent est mis sur la restauration des monuments sacrés et sur la transmission d’enseignements majeurs pour la sagesse humaine. Le site officiel ajoute que l’ethos même de l’ordre se résume dans une devise, Fraternity, Equality and Liberty. Sous cet angle, les Pèlerins Précepteurs n’ajoutent pas seulement un échelon de plus au millefeuille des grades complémentaires. Ils proposent un récit de conservation, de passage et d’enseignement.

L’histoire moderne de l’ordre mérite aussi d’être racontée avec précision

La tradition évoque bien un long week-end pluvieux à Manchester, lorsque trois acteurs et maçons, rendus disponibles par l’annulation d’une représentation, décidèrent de donner vie à un rituel oublié. Mais le site officiel précise que cette première élaboration releva d’abord d’une entreprise privée, sans volonté immédiate d’expansion. Il faudra attendre la transmission des manuscrits après Albert Le Fre (1870-1969), puis leur reprise par John Edward Nowell Walker à la fin des années 1970, avant qu’une structuration réelle ne s’opère.

Le premier conclave consacré comme unité de l’ordre fut Saint Augustine en 1998, et l’expansion internationale s’est ensuite accélérée, avec un conclave itinérant aux États-Unis en 2010, puis le premier conclave d’Europe continentale à Athènes en 2019. Le site officiel indique aujourd’hui 52 conclaves répartis entre l’Angleterre et le Pays de Galles, les États-Unis, la Grèce et Malte, sous l’autorité d’un septième Grand Maître, David John Boswell, installé le 28 juin 2025.

Les conditions d’accès disent beaucoup, elles aussi, de la nature de cette voie

Dans la présentation française, elles supposent d’être Passé Maître d’une loge symbolique et Passé Premier Principal d’un Chapitre de l’Arche Royale. Le site officiel anglais formule la même exigence dans le cadre de sa juridiction d’origine, en précisant qu’il s’agit d’une admission par invitation. Autrement dit, nous sommes ici devant un ordre réservé à des frères déjà éprouvés par la charge, déjà passés par l’exercice de la présidence et appelés non à collectionner des décors, mais à prolonger une responsabilité intérieure.

C’est là que commence la véritable question maçonnique

Un ordre complémentaire n’a d’intérêt que s’il apporte davantage qu’un apparat nouveau, davantage qu’un insigne rare, davantage qu’une filiation flatteuse. Il doit donner une forme sensible à une exigence, offrir une matière de méditation, réveiller une fidélité. L’Arche Royale a toujours porté en elle cette tension entre la mémoire du dépôt et l’acte de relèvement. Les Pèlerins Précepteurs ne seront véritablement reçus dans le paysage capitulaire français que s’ils savent habiter cette tension avec justesse.

Dans un temps où tant d’institutions initiatiques cherchent à transmettre sans disperser et à enrichir sans superposer, l’arrivée plus visible de cet ordre à la GLNF pourra être lue comme un test de densité.

La légende, l’histoire, la structure en trois degrés et la sélection des candidats composent un ensemble cohérent. Reste l’essentiel, qui n’appartient ni aux brochures ni aux annonces officielles. La qualité du rituel, la tenue de ceux qui le servent, la vérité de la transmission et la profondeur du travail intérieur feront seules la différence.

Toute naissance institutionnelle attire les regards, mais toutes ne laissent pas une trace.

Les Pèlerins Précepteurs arrivent aujourd’hui dans le paysage de l’Arche Royale française avec une histoire singulière, une filiation britannique assumée et une promesse de continuité symbolique. Il leur faudra désormais prouver qu’ils n’apportent pas seulement un degré de plus, mais un passage de plus, non vers l’accumulation, mais vers une fidélité plus vive à ce que la transmission maçonnique a de plus exigeant.

Ordre des Pèlerins Précepteurs, en savoir + : le site, l’histoire, les dignitaires anglais, la galerie photos

Frères en politique, quand la loge croise l’urne

À l’approche des élections, le vieux refrain revient. Dès qu’un franc-maçon s’avance dans l’arène électorale, certains ne regardent plus un programme, un bilan, un parcours ni un rapport de forces. Ils cherchent aussitôt un réseau, une influence cachée, une arrière-boutique. C’est plus simple que d’examiner les faits. C’est aussi plus paresseux.

Car l’urne, elle, se montre beaucoup moins sensible aux fantasmes qu’aux réalités très concrètes d’une campagne, d’un territoire, d’un contexte et d’un lien de confiance.

La vie électorale n’a rien d’un roman ésotérique

Elle se joue dans les engagements publics, les fidélités, les reniements, les promesses, les échecs, les réussites et cette rude exposition qu’impose le suffrage. La loge travaille l’homme intérieur. L’élection, elle, expose l’homme public. Entre les deux, il n’y a ni magie ni passe-droit. Il y a une épreuve. Et cette épreuve a un juge très profane, très concret, souvent impitoyable. Le vote.

Gérard Collomb, la transparence sans immunité

Gérard Collomb (OE) n’a jamais fait mystère de son appartenance au Grand Orient de France. Cette franchise a une vertu. Elle coupe court au théâtre des révélations tardives et prive les rumeurs d’une part de leur aliment. Mais elle ne protège de rien. En politique, un homme public n’est pas jugé sur le symbolisme que d’autres lui prêtent. Il l’est sur ce qu’il fait, sur ce qu’il incarne, sur ce qu’il décide, sur ce qu’il laisse derrière lui. Les légendes de réseau pèsent peu face aux actes, aux choix et aux responsabilités assumées.

François Rebsamen, l’atelier ne remplace pas le suffrage

François Rebsamen a lui aussi été publiquement relié à la loge Solidarité et Progrès du Grand Orient de France à l’Orient de Dijon. Il a même expliqué ne plus avoir fréquenté l’atelier depuis son élection à la mairie, comme pour rappeler une vérité élémentaire. La loge ne gouverne pas à la place de l’élu. L’appartenance initiatique ne dispense ni du contradictoire, ni de l’usure du pouvoir, ni de la vérification permanente du réel. L’élection ne récompense pas une sociabilité de milieu. Elle soumet un homme à l’épreuve de la durée, du conflit, du jugement public et de la responsabilité.

Xavier Bertrand, un coming out maçonnique… validé par le suffrage

Le cas de Xavier Bertrand éclaire utilement le sujet. En 2008, il reconnaît publiquement être franc-maçon et explique avoir adhéré en 1995 à une loge du Grand Orient de France.

Ce geste de clarté n’a pourtant jamais valu capital électoral automatique. Sa trajectoire montre au contraire que seule compte l’épreuve du vote. Député de l’Aisne, il est élu en 2002, réélu dès le premier tour en 2007, puis de nouveau en 2012 au second tour. Surtout, il conquiert la région en 2015 dans un contexte très tendu en battant Marine Le Pen au second tour avec 57,77 %, avant d’être reconduit en 2021 à la tête des Hauts-de-France avec 52,37 %. Autrement dit, son appartenance assumée n’a ni empêché ses victoires ni suffi à les produire. Elle n’a pas tranché pour lui. Ce sont ses campagnes, son implantation et sa capacité à convaincre qui ont décidé du résultat.

Roger Dachez, du tablier maçonnique à la veste électorale

Roger Dachez essuie la cinglante sécheresse des chiffres. Lors des élections législatives de 1993, dans la 6e circonscription des Hauts-de-Seine, il recueille 584 voix, soit 1,43 % des suffrages exprimés. Ce score dérisoire démontre combien l’érudition maçonnique ne galvanise pas les foules… Sorti de sa tour d’ivoire, ce monarchiste de conviction, qui s’était, toutefois, présenté sous l’étiquette « Union écologie et démocratie », préférera ne plus tâter des urnes. Il éprouva ainsi, une fois pour toutes, la loi brutale de la démocratie dont Winston Churchill a pu dire, en 1947, que ce régime politique était « le pire système de gouvernement, à l’exception de tous les autres », restriction que l’inamovible ou doit-on dire l’indétrônable président de l’Institut maçonnique de France ne manqua sans doute pas de nuancer en son for intérieur…

Les élections libres et universelles constituent la seule (et saine) base de légitimité, à l’écart des rumeurs complotistes propagées à l’encontre de la franc-maçonnerie.

Le procès qui vise à dénoncer la franc-maçonnerie comme papillonnant dans les sphères du pouvoir et manipulant les décisions politiques rappelle les bien funestes souvenirs de la dernière guerre (1939-1945). On sait combien la diabolisation est un procédé facile, dont usent éhontément ceux qui ont toujours violemment combattu l’idéal républicain et qui s’en prennent, par un tour de passe-passe, à ceux qui, dans leur écrasante majorité, n’ont cessé de le servir avec un zèle impénitent. Cette imposture ombrageuse permet tous les soupçons, tous les amalgames, toutes les accusations. Certes, quand il y a faute, il faut circonscrire les faits et châtier les auteurs mais cela n’en fait pas l’opprobre de tout un courant de pensée et ne doit pas se transformer en un prétexte nauséeux. À ce compte-là, la maçonnerie devient le passe-partout de tous les fantasmes, une clé imaginaire pour des serrures que l’on refuse d’ouvrir sérieusement.

Il faut tenir une ligne plus sobre et plus ferme. Il y a toujours une perversité machiavélique à sombrer dans l’insulte et la paranoïa. Convenons-en : Pas plus que l’appartenance maçonnique n’équivaut à un brevet de vertu, elle ne saurait davantage supposer un esprit de manœuvre. Revenir aux parcours, aux déclarations publiques, aux contextes, aux résultats, aux carrières réelles. Puis seulement penser.

Toute élection devrait être une mise à nu

La loge enseigne une discipline intérieure. Le suffrage exige une responsabilité visible. Quand un franc-maçon se présente, il n’apporte aucune puissance occulte. Il se soumet à une contrainte plus rude que les fantasmes qui circulent. Il doit convaincre sans se réfugier derrière quelque mythe que ce soit. Il doit servir sans raconter d’histoires. Il doit accepter cette vérité simple que les urnes rappellent mieux que bien des discours : le vrai pouvoir n’est pas de régner dans l’ombre. Le vrai pouvoir est plus rare, plus élevé, plus difficile. C’est d’abord celui de se gouverner soi-même avant de prétendre gouverner au destin d’autrui.

Quoi de neuf ? Freud !

La parole, l’écoute et le psychanalyste

La psychanalyse – dite chaque année moribonde en raison des progrès des neurosciences et de la pharmacopée – est maintenant plus que centenaire…et continue de traverser le temps. Nous la retrouvons d’ailleurs, sous diverses formes, jusque dans nos planches, articles et livres maçonniques… après y avoir été un temps critiqué, voire moquée, il convient de le dire !

Certes, en empruntant notamment son vocabulaire aux praticiens, puis de la politique au cinéma, de la littérature au journalisme, la socioculture, l’a exposée au risque de perdre du sens… et de gagner des idées reçues ! Au-delà de l’analysant allongé sur son divan et écouté par un analyste parfois somnolent assis derrière lui, la psychanalyse reste bien plus qu’une thérapeutique. La « cure par la parole » est aussi un remarquable outil de découverte et d’accomplissement de soi, que ne remplacera jamais une molécule chimique.

Si l’on veut vraiment saisir les mécanismes de cette méthode d’exploration de l’inconscient, il convient de remonter à la source, à « l’enfant de Vienne », son concepteur, puis de suivre le regard curieux, qu’il a su porter sur le monde, tout au long de sa vie.

 La psychanalyse (investigation des processus psychiques profonds) n’existerait peut-être pas si Sigmund FREUD n’avait pas été un « gourmet » précoce des mots, de sa langue, du langage et de la littérature, et par là même un amoureux de l’écriture et des « signes imprimés ».

 La clé des songes

 « L’aventure psychanalytique » commence, à son insu, dès qu’enfant puis adolescent, il lit les grands auteurs et traduit « les 33 vers de Sophocle » à l’occasion de son baccalauréat (vers qui décrivent la légende d’Œdipe, qui deviendra l’un des piliers de son œuvre).
Pour lui, les mots des autres, ce sont donc d’abord de « l’écriture entendue ».

 Elle deviendra ensuite « écoutée ». Parce que « ça parle », au fil même de la lecture. Elle fait intervenir tous les sens : la vue, le toucher (du papier), l’olfaction (l’odeur de l’encre), l’ouïe (l’écriture est une voix), le goût (l’écriture peut se « déguster » comme un bonbon de l’esprit !). Son écriture quasi-calligraphiée, précisément, montre son respect du signe, son goût pour l’enchaînement de ces signes et son esthétisme en matière graphique. Sans doute, aurait-il pu être un excellent dessinateur ou peintre.

Sigmund Freud
Sigmund Freud entouré de ses plus proches partisans (Sandor Ferenczi, Hanns Sachs (debout), Otto Rank, Karl Abraham, Max Eitingon, et Ernest Jones).

Sigmund FREUD comprend précocement que ces signes (cette écriture, que l’on doit aux Sumériens) traduisent non seulement la pensée mais contiennent différents sens. C’est en lisant passionnément les auteurs qu’il comprend la richesse de la « graphie ». Se « parler écrit » contient donc des sons, des images, des scènes, des idées, des pensées, des sous-entendus, des demandes, des non-dits aussi. Il constate que l’écriture, qui devient parole à l’oreille du lecteur, contient la personnalité et surtout le désir de l’auteur.

De toute évidence, il avait cette particularité de « voir » écrit (défiler devant ses yeux) les mots prononcés par lui et les autres, ce qui donnait une dimension particulière à son écoute (tels les films sous-titrés). C’est cet amour du mot, du mot juste surtout, qui lui a permis de s’aventurer sur la route du rêve et de découvrir « la clé des songes ». Il fut le premier à comprendre que le rêve est articulé comme un rébus. Pour le décoder, il faut remplacer chaque image par une syllabe ou un mot (ce qui donne une phrase ensuite) et non l’interpréter comme un dessin, ce qu’avaient fait ses prédécesseurs, sans résultat, de ce fait.

De l’entente à l’écoute

Parler. Écouter. C’est donc par le langage (et ses multiples formes, hors de l’écrit et de la parole) que « l’on peut entrer dans la vie de l’autre ». Sans attention particulière, on entend l’autre. Avec attention, avec le désir de « vivre sa vie », on écoute l’autre. Ainsi le psychanalyste, par « intérêt », par altruisme, vit plusieurs vies, à longueur de journée. Celui qui dépasse sa simple curiosité et qui aime ses patients, les entend donc mieux. C’était le cas de Sigmund. FREUD. Ses analyses ratées ont souvent concerné des patientes, ou patients, qu’il ne parvenait pas à aimer. L’amour, l’amitié, restent une mystérieuse alchimie !

C’est parce qu’il a perçu, par l’écoute, « le manque » des hystériques que FREUD a pu différencier cette névrose de l’épilepsie. Ce manque, ce « trou psychique », est, entre autres, constitué par le fait que l’homme est un être contradictoire qui veut « être adulte quand il est enfant, et enfant quand il est adulte ». Il a compris qu’il fallait renvoyer ses patients à leur enfance, à leur vécu du passé, pour obtenir la « mise en mots » de leurs anciennes émotions, et entendre puis écouter leur désir en instance, non réalisé, que ce désir se présente sous forme d’amour ou d’hostilité envers d’autres personnes. La nature de ce désir est ensuite restituée à l’émetteur-analysant par la parole du récepteur-analyste. Le manque verbalisé, le trou, va devenir ensuite un « espace de liberté », et la souffrance, c’est-à-dire le manque, se transforme en plénitude. Le trou est comblé.

Cette parole libératrice passe par l’organe vocal, ou par le corps sous forme de symptômes, tel un filet d’eau qui ruisselle. « Ça » coule de source, en quelque sorte. La parole analytique, c’est à la fois du « ça » et du « Surmoi » qui s’évacuent et du « Moi » qui s’exprime. Un « Moi » qui doit se frayer un passage entre le « ça » et le « Surmoi » pour exister et prendre de l’amplitude. Toute parole demande une écoute, elle existe pour être écoutée (de soi et des autres). L’écoute est d’abord une attitude. Pour être réceptif, il faut s’ouvrir, être disponible pour écouter, c’est-à-dire avoir volonté, patience, curiosité, altruisme, pour recevoir la parole prononcée.

S’installer dans le cœur de l’autre

Entendre est difficile : ce n’est pas pour rien que l’oreille est équipée d’un labyrinthe qui filtre les sons. Écouter est encore plus difficile, car l’écoutant doit « neutraliser » ses propres parasites internes (ses soucis, ses préjugés, son stress, etc.) et « maîtriser » le milieu dans lequel s’exerce l’écoute (ambiance environnante). L’écoute n’est pas naturelle en soi, puisqu’en premier lieu, elle met l’écoutant sur la défensive, alors qu’il doit s’ouvrir.

Comment comprendre la parole de l’autre ? L’écoute demande d’être non-directive (donner la liberté d’expression à l’autre) et empathique (sans jugement). Il s’agit de se centrer sur ce que l’écouté vit, plutôt que sur ce qu’il dit. Le psychologue Carl Rogers a bien formalisé les règles de l’écoute : accueillir, percevoir (filtrer ce que l’autre dit), s’intéresser d’abord à la personne plus qu’au problème, respecter cet autre, faire le miroir (pas le buvard). L’écoute est un art : il s’agit d’apprendre à s’écouter soi-même en premier lieu, puis à poser les questions (ouvertes ou fermées), à reformuler (vérifier que l’autre écoute aussi et reconnaît ce qu’il a dit), ne pas avoir peur des silences (le silence parle, il est riche).

Sigmund Freud généré par l’IA

L’écoute est ainsi une responsabilité partagée. Chacun devient responsable de chacun. Elle demande que l’écoutant installe la confiance, montre son engagement dans l’acte d’écoute (comme dans l’acte de parole) et personnalise l’entretien. L’écoutant est présent uniquement pour l’écouté qui devient le centre de l’échange. Écouter, c’est aussi s’installer dans le coeur de l’autre. Mieux qu’un corps à corps verbal, « la parole-écoute », est un « accord à cœur ».

Les mots sont des fenêtres, il faut les ouvrir. Pour comprendre le sens que leur donne le locuteur. La parole est une musique : l’analyste doit entrer en harmonie avec la mélodie qui se joue à son oreille. La bonne parole soulage, la bonne oreille guérit. Elle évite des prescriptions inconsidérées. Montrer que l’on écoute bien vaut une ordonnance. La bonne écoute, perceptible par l’écoutant est une prescription de détente. Elle installe l’égalité entre les interlocuteurs.

Sigmund FREUD a parlé « d’attention flottante ». Il veut dire par ces mots que l’écoutant doit éviter de se bloquer dans une concentration crispée qui « rétrécit » l’écoute. En étant, au contraire, détendu (mains posées sur les genoux, bras et jambes décroisées), en laissant entrer le discours de l’autre, le labyrinthe de l’oreille retient le trop plein, et laisse passer les doubles sens, contre-sens et lapsus… si riches de sens. Vu psychanalytiquement, ce duo parole-écoute, instruit et enrichit les deux parties, auxquelles un effort de dépassement de soi est demandé.

Un monde de « parlêtres »

 La parole et l’écoute en harmonie constituent un contrat de « bonne intelligence ». En fait, « écouter » et « être écouté », c’est simplement cela, si je puis dire, l’échange psychanalytique auquel se livrent l’analyste et l’analysant. Etre écouté par une oreille attentive, c’est être, mieux que reconnu, pris en compte, en clair, CONSIDÉRÉ ! Un humain respecté par un autre humain : nous touchons ici au « sacré ». Car, oui, tout ce qui concerne de près ou de loin « l’humain » est SACRÉ !

Jacques Lacan

Dans notre monde de « parlêtres » (mot de Jacques Lacan), chacun, chacune parle, chacun, chacune entend (sauf les sourds-muets bien entendu, mais qui possèdent pour beaucoup un langage par signes et une riche perception inter-sensorielle manquant à bien des « parlentendants » !) … Or peu de gens écoutent vraiment !

Constat : les échanges sociaux se réduisent souvent à des monologues entrecroisés. Pour preuve : les débats télévisés, d’où il ne sort jamais grand-chose car si les propos (trop souvent « grinçants » !) fusent gaillardement, les locuteurs restant en général crispés sur leurs positions, fermés à l’autre. Partant, dans la vie, nous « croisons » beaucoup de gens mais nous en « rencontrons » très peu !

Combien sont victimes de cette « mal-communication », en milieu familial, professionnel et même associatif ! Enfants de l’univers, nous avons toutes et tous « droit à la parole » et par là, vocation à parler comme à être entendus (dues) et écoutés (tées). Mais les relations interpersonnelles sont faites à la fois de concordes et de discordes. Les mots sont des caresses ou des projectiles. Ces derniers conviennent mieux, souvent au tempérament gaulois, davantage porté, par soupçon, à « balancer » des jugements défavorables qu’à offrir des compliments !

 Dès lors, il n’est peut-être pas étonnant que la critique de la psychanalyse soit récurrente. Eventuellement suspectée d’être une manipulation psychique, elle est à même de faire peur. Freud, mort en 1939, n’en finit pas ainsi d’être tué par ses détracteurs. Dite chaque année moribonde – comme dit plus haut – voire nuisible, sa méthode d’exploration de l’inconscient, par le jeu de la parole et de l’écoute, enjambe néanmoins les époques, nous le répétons, depuis plus d’un siècle ! N’est-ce pas le témoignage d’un apport bénéfique à des personnes en souffrance ?! Sinon, elle n’existerait plus depuis longtemps !

 Il est loisible de remarquer que la psychanalyse est interdite dans les pays sous régime dictatorial, c’est à dire interdictif. Ce n’est pas sans raison en l’occurrence. Conclusion : tant que la psychanalyse existera dans notre pays (par le biais d’un divan ou désormais davantage en « face à face ») nous vivrons en liberté !

Au lieu de vouloir l’éliminer, ses opposants (qui bien souvent ne l’ont même jamais expérimentée !) feraient mieux de chercher à comprendre les motivations de son créateur, (dont quatre sœurs sont mortes en déportation) qui, en proposant son « aide à vivre » auxdits souffrants, n’a jamais voulu subir la société humaine mais la créer.

Pour rendre l’Homme LIBRE, MEILLEUR ET PLUS HEUREUX !

 Gilbert GARIBAL

(Lire : FREUD, L’Homme, le Médecin, le Psychanalyste – Gilbert Garibal – Préface de Michèle Freud – Editions NUMERILIVRE)

Avec « Erasmo », le Grand Orient d‘Italie rallume le Grand Œuvre

Lorsque nous parcourons ce numéro d’Erasmo de février 2026, nous ne lisons pas seulement un périodique du Grande Oriente d’Italia. Nous entrons dans un espace où l’actualité maçonnique se laisse encore porter par une mémoire de chantier, par une langue de travail, par une respiration opérative qui donne aux pages une chaleur particulière. Le français peut accueillir cette matière sans la refroidir, à condition de ne pas la traiter comme un simple bulletin institutionnel.

La revue se présente comme un notiziario, un bulletin d’information, et cette définition est juste sans épuiser ce que nous y trouvons. Stefano Bisi y apparaît à la fois comme directeur responsable et comme Grand Maître, ce qui imprime d’emblée à l’ensemble une tonalité singulière, institutionnelle bien sûr, mais aussi fraternelle et intérieure. La couverture, avec sa miniature de maestranze au travail venue du XIIIe siècle, annonce déjà l’orientation du fascicule. Le présent y est placé sous le regard d’une mémoire opérative plus ancienne que nos débats immédiats. Le sommaire confirme cette cohérence en faisant voisiner la Grande Loge, la mémoire de Lando Conti, Giordano Bruno, la Loge Spartacus, la Shoah, Antonio Meucci, le mystère des cathédrales, une réflexion sur le bonheur et la basilique secrète de Rome. Rien n’y paraît dispersé. Tout converge vers une même méditation sur la construction, la vérité, la transmission et la vigilance.

Il suffit d’ailleurs de quelques formules pour comprendre la colonne vertébrale du numéro

« Al lavoro uniti per la Grande Opera » puis « Proseguiamo nella costruzione » ne relèvent pas de la simple devise de circonstance. Elles donnent le ton moral du fascicule. En français, la traduction garde toute sa force lorsque nous entendons qu’il ne s’agit pas seulement de bâtir au dehors, mais de poursuivre une œuvre intérieure, de reprendre l’aplomb, de corriger ce qui penche, de tenir la main sans relâcher l’effort. C’est dans cette justesse que les mots italiens conservent leur densité et trouvent leur répondant sans perdre leur vibration.

Stefano Bisi ne présente pas la Gran Loggia de Rimini des 6 et 7 mars comme un rendez-vous administratif. Il la situe dans une éthique du travail maçonnique où construire signifie d’abord travailler sur soi, fortifier la conscience, accorder les vertus et orienter l’existence vers un bien commun plus vaste que chaque individualité. Ce point est essentiel, parce qu’il arrache la métaphore du chantier à tout usage rhétorique. Ici, construire ne relève ni de l’affichage ni de l’autocélébration. Construire devient une ascèse concrète. Une manière de vérifier l’alignement intérieur. Une manière de reprendre mesure devant l’œuvre et devant soi-même. Nous sentons dans cette insistance une fidélité aux anciens bâtisseurs, non comme silhouettes de vitrail, mais comme témoins d’une temporalité longue où l’ouvrage excède toujours la durée d’une vie. La revue rappelle ainsi que nous héritons d’un chantier que nous ne terminerons peut-être pas et dont pourtant la responsabilité présente nous revient tout entière.

La présence de la Table d’Émeraude au seuil du numéro éclaire tout ce qui suit

Les verbes qu’elle met en mouvement, séparer, monter, redescendre, recevoir, convertir, ne décrivent pas seulement une alchimie de laboratoire ni une cosmologie symbolique. Ils dessinent une pédagogie de l’âme. Séparer la Terre du Feu, le subtil du grossier, doucement et avec grand art, c’est la tâche même de toute discipline initiatique digne de ce nom. Monter de la Terre au Ciel puis redescendre en Terre, c’est refuser à la fois la lourdeur sans élévation et l’élévation sans incarnation. Le fascicule entier se laisse lire dans cette lumière. Il cherche à maintenir ensemble l’histoire et le symbole, la cité et le temple, la mémoire blessée et la rectitude de l’œuvre. La Grande Œuvre maçonnique y apparaît moins comme un idéal abstrait que comme une conversion de la puissance en terre, donc en actes, en fidélités, en transmissions, en formes visibles de présence.

Sous cet angle, l’évocation de Lando Conti prend une force particulière

Lando Conti – Source GOI

La revue rappelle, quarante ans après l’agguato, ce moment tragique de l’histoire italienne et de la mémoire du Grande Oriente d’Italia, l’assassinat de Lando Conti, Frère maçon et ancien maire de Florence, abattu par les Brigades Rouges le 10 février 1986. Ce qui touche ici n’est pas seulement le rappel historique. C’est la tenue du ton. La douleur n’est pas exploitée. Elle demeure contenue, digne, offerte à la méditation plutôt qu’à l’effet. Nous n’y lisons pas une lamentation, mais la persistance d’une chaîne d’union qui se sait éprouvée par le siècle. La mémoire cesse alors d’être commémoration décorative et redevient épreuve de fidélité.

Dans la même logique, Giordano Bruno n’apparaît pas comme une figure de dévotion laïque prête à l’emploi. Il est reçu comme une présence de l’intransigeance intellectuelle, de la fidélité à la vérité cherchée contre les puissances qui veulent la confisquer. Ce déplacement est précieux. La revue montre ainsi qu’une mémoire maçonnique digne de ce nom n’est pas un panthéon figé, mais une école de discernement. Nous y apprenons à reconnaître, dans des destins très différents, une même exigence de liberté intérieure.

La Loge Spartacus, dont Erasmo célèbre les cinquante-cinq ans, ajoute à cette méditation une tonalité civique et fraternelle très romaine

Spartacus, musée du Louvre

Le nom lui-même agit comme un programme. Spartacus convoque la dignité insurgée, le refus de l’asservissement, la mémoire de la liberté comme conquête toujours inachevée. Le compte rendu insiste sur la qualité de la présence, sur la pluralité des responsables de l’Ordre, sur l’ampleur de la participation et sur l’harmonie de la rencontre. Ce qui se dessine alors est une image rare et juste d’une maçonnerie qui se sait institution sans se refroidir en appareil, une maçonnerie capable d’unir la solennité et la chaleur de l’atelier. La revue ne raconte pas seulement un anniversaire de loge. Elle montre une communauté au travail sur sa continuité.

Puis vient « La storia del piccolo Gianni » et la lecture change de respiration. Le texte consacré à Gianni Polgar, dans le cadre d’une tornata (tenue) dédiée à la Journée de la Mémoire à Casa Nathan, introduit une gravité que rien ne force et que rien ne théâtralise. Le récit de l’enfance volée, de la clandestinité, du changement d’identité, des visites impossibles de la mère, des gestes retenus pour survivre, agit avec une puissance exceptionnelle. La revue a l’intelligence de ne pas dissoudre cette histoire dans l’abstraction du devoir de mémoire. Elle laisse la singularité d’un enfant traverser le lecteur. Gianni Polgar devient Franco Derenzini pour rester en vie, apprend des prières chrétiennes comme bouclier de fortune, vit sous discipline de silence et d’effacement. Cette construction forcée d’une identité de protection renvoie, dans un registre tragiquement inversé, au thème de la construction qui traverse le numéro. Ici, construire n’est plus œuvre de perfectionnement, mais stratégie de survie face à la machine de persécution. C’est précisément cette tension qui rend la lecture maçonnique plus exigeante. La fraternité ne peut pas se contenter d’élévation symbolique si elle oublie la violence historique qui a voulu détruire la personne humaine jusque dans son nom. En donnant place à ce témoignage, Erasmo protège la pensée maçonnique d’une dérive purement spéculative et la reconduit à sa responsabilité morale.

L’article sur Antonio Meucci déplace ensuite le regard vers une autre forme de combat, celui de l’invention, de la spoliation et de la reconnaissance tardive. Le choix est très juste dans un tel numéro, parce qu’il relie le génie technique à l’histoire des exils, à la condition des patriotes, au travail manuel et à la vie maçonnique. Antonio Meucci y apparaît comme patriote et libre maçon, inventeur du telettrofono (téléphone), engagé dans une longue bataille juridique contre Graham Bell, vaincu de fait par la puissance économique et procédurale avant d’être reconnu bien plus tard. La revue rappelle aussi la présence de Giuseppe Garibaldi à Staten Island, le travail commun, la fabrique, la fraternité des exilés et, plus loin, l’activité maçonnique de Meucci jusqu’à cette cérémonie d’initiation présidée à New York sur délégation d’Adriano Lemmi. Ce n’est pas seulement une page d’histoire des techniques. C’est une méditation sur la justice différée, sur la vulnérabilité du créateur face aux appareils de pouvoir, sur l’honneur discret de celui qui continue à servir malgré l’injustice. Dans une lecture initiatique, Antonio Meucci devient une figure du travailleur de l’ombre dont la vérité finit par remonter, après de longues années d’oubli ou de déni.

La fin du parcours avec « La basilica segreta » est particulièrement belle pour qui lit ce numéro dans une clé symbolique

Sous Porta Maggiore, la basilique apparaît comme un écrin de signes ésotériques, découvert lors de travaux ferroviaires en 1917, relié à des couches de mémoire plus anciennes, à la Gens Statilia, à des échos des Mystères d’Éleusis, à des traditions d’Apollon, de Pythagore, d’Orphée et de Déméter, et à des rites initiatiques explicitement nommés. Ce n’est pas une curiosité archéologique de plus. C’est une leçon de profondeur. Le texte insiste sur l’ensevelissement, sur les redécouvertes, sur les fragilités matérielles du monument, sur la lumière qui descend par un lucernaire et vient éclairer la nef centrale. Cette description architecturale agit comme une allégorie involontaire et magnifique. La lumière n’arrive pas de partout. Elle vient d’un point précis, d’une ouverture ménagée, puis se répand. Nous retrouvons ici la logique de la construction et de la transmission. Ce qui est enfoui n’est pas mort. Ce qui est caché n’est pas absent. Il faut descendre, préserver, restaurer, interpréter, pour que la pierre recommence à parler. La revue place ainsi le lecteur au bord d’un passage entre archéologie, symbolisme et vie intérieure.

Même les rubriques que le sommaire énonce plus brièvement, « Il mistero delle cattedrali » et « Una via per la felicità », participent de cette économie d’ensemble

Elles rappellent que la pierre et l’âme, le bâti et la voie, la forme et l’éthique, doivent rester noués. Le fascicule ne sépare jamais totalement la méditation symbolique de la vie vécue. C’est là une qualité rare des périodiques maçonniques lorsqu’ils sont tenus avec justesse. Ils ne sont ni de simples bulletins de nouvelles ni des recueils de dissertations détachées des ateliers. Ils peuvent devenir des instruments de réglage intérieur. Erasmo atteint par moments cette justesse avec une réelle densité.

Dans cet ensemble, Stefano Bisi apparaît moins comme un simple signataire que comme un ordonnateur de seuils

Bisi - GOI
Bisi – GOI

Sa double présence de responsable éditorial et de Grand Maître donne au numéro une cohérence sensible sans l’alourdir. Journaliste par formation et homme de parole publique, il travaille ici dans une tradition de direction maçonnique qui ne consiste pas à imposer une doctrine, mais à disposer les matériaux pour qu’ils se répondent. Ce que nous percevons de sa trajectoire, à travers cette tenue éditoriale, est celui d’un passeur entre le monde civique, la mémoire italienne et l’espace initiatique. Cela explique la tonalité du numéro, ferme sans dureté, symbolique sans flottement, fraternelle sans naïveté.

Ce qui demeure après lecture n’est pas l’impression d’avoir traversé une suite de rubriques, mais d’avoir suivi un même fil à travers des matières très diverses, la Grande Loge, la mémoire politique, le martyre philosophique, la vie d’atelier, la Shoah, l’histoire des inventions, l’archéologie sacrée. Ce fil est celui de la construction, mais d’une construction entendue dans sa profondeur la plus exigeante. Construire signifie ici persévérer sans se durcir. Construire signifie honorer les morts sans transformer la mémoire en musée.

Construire signifie défendre la vérité sans idolâtrer ses propres certitudes

Construire signifie accepter que la lumière se gagne souvent dans l’épaisseur du temps, parmi les ruines, les injustices, les faux noms imposés, les œuvres volées, les pierres ensevelies.

Nous lisons alors Erasmo non comme une simple revue d’obédience, mais comme une chambre de résonance où la maçonnerie italienne se donne à entendre dans ce qu’elle a de plus vivant, une pratique de l’esprit qui ne sépare jamais la verticalité de l’exigence intérieure et la responsabilité envers le monde.

Erasmo février 2026Notizario del GOI

Grande Oriente d’Italia, Anno XI – Numero 2, Febbrario 2026, 32 pagine da scaricare gratuitamente

21/03/26 – Académie maçonnique Paris : « Les Mystères d’Éleusis »

Ce samedi 21 mars à 10h30, l’Académie maçonnique à Paris recevra, lors de son webinaire mensuel, dans le cadre d’une conférence intitulée : « Les Mystères d’Éleusis », Yvonne NICOPOULOS de SIKE, universitaire spécialiste de la question.

Christian Roblin
Christian Roblin

Ce webinaire est gracieusement accessible aux Sœurs et aux Frères de toutes Obédiences, titulaires du grade de Maître, sur inscription préalable : https://us06web.zoom.us/webinar/register/WN_sjVbcgo8SDCaVZudNpi1SA

Dans son cycle annuel 2025-2026 ayant pour thème général : « Paroles de vie maçonnique(s) », l’Académie maçonnique Paris recevra la T⸫ C⸫ S⸫ Yvonne NICOPOULOS de SIKE.

C’est ainsi, qu’au cours d’un entretien avec Christian Roblin, suivi des habituels échanges avec le public en ligne, elle répondra aux questions que suscitera sa conférence sur :

« Les Mystères d’Éleusis ».

Yvonne NICOPOULOS de SIKE

Pour quelles raisons un rite et un culte, apparemment agraires, liés à une divinité féminine implantés – pendant le XVe siècle avant notre ère – aux abords de l’acropole d’une petite ville insignifiante ont-ils perduré jusqu’à la fin du IVe siècle de notre ère ? Comment ces pratiques religieuses « privées » sont devenues avec le temps « publiques », capables d’assurer le passage prodigieux de la vie courante à celle des initiés (hommes et femmes) bénis par Déméter – la déesse de la culture de céréales – et par Perséphone, sa fille, qui fut enlevée par Pluton, Hadès, le dieu invisible et roi du monde des morts, pour revenir auprès de sa mère ? S’agit-il d’un mythe ou d’une lutte entre deux panthéons et deux mentalités pour aboutir enfin à un compromis syncrétique ?

Que célébrait-on pendant les Mystères ? La crainte du monde d’en Bas, la réconciliation avec la « Grande Lois de la Nature », celle qui implique la finitude de tout être vivant, l’apaisement devant une fin inéluctable de la vie ou la victoire de la vie au-delà de la mort du corps ?

Musée du quai Branly. Vue sur le bâtiment Branly et le mur végétal recouvrant les bâtiments administratifs du musée du quai Branly. Juin 2014.Il a été conceptualisé et réalisé par Patrick Blanc (né en 1953), botaniste et chercheur au CNRS.

À ces questions complexes répondra une éminente spécialiste des mystères d’Éleusis : Yvonne NICOPOULOS de SIKE, ancienne directrice du site de Delphes, maîtresse de conférences (er) au Musée de l’Homme, présidente de la Société des Études Euro-asiatiques au Musée du Quai Branly et autrice, non seulement, de travaux scientifiques sur la question mais aussi de plusieurs livres destinés à un plus large public dans les domaines des fêtes, des rites, des cérémonies et de leur interaction avec les structures sociales et politiques en Europe et dans la Méditerranée orientale.

En visioconférence avec l’outil Zoom en vous inscrivant grâce au lien suivant : https://us06web.zoom.us/webinar/register/WN_sjVbcgo8SDCaVZudNpi1SA

Accès réservé aux Sœurs et aux Frères de toutes obédiences, titulaires du grade de maître.