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Solange Sudarskis, l’architecte du vagabondage maçonnique

D’un dictionnaire à l’autre, d’un roman à une chronique, une œuvre bâtie pierre après pierre autour du symbole, de la lumière et de la transmission.

Notre collaboratrice a dépassé le million d’accès à ses articles

Certains territoires symboliques ne s’épuisent pas. Solange Sudarskis en habite un particulier, non par manque d’horizon, mais parce qu’il lui offre, livre après livre, de nouvelles pierres à tailler.
Depuis un peu plus de vingt ans, elle explore inlassablement l’univers symbolique et rituel de la Franc-maçonnerie, et en a tiré une œuvre qui dépasse aujourd’hui la soixantaine de volumes édités : essais, dictionnaires, vocabulaires initiatiques, romans, et une collection entière consacrée à la poétique de la lumière maçonnique.
Elle y tient, dans le paysage éditorial francophone consacré à ces questions, une plume à la fois savante et soucieuse de rester accessible.

Une vie entre amphithéâtre et loge

Avant d’être une autrice reconnue, Solange Sudarskis a été maître de conférences à l’université Claude Bernard Lyon 1 où elle a été distinguée chevalier dans l’ordre des Palmes académiques.

Initiée en 1977 au sein d’une loge du Droit Humain, « Évolution et Concorde », elle devient par la suite, en 1989 membre fondatrice d’une nouvelle loge, « L’Arbre de Liberté ». C’est cette double appartenance, à l’université et à l’atelier maçonnique, qui donne à son écriture sa tonalité particulière : la rigueur de la chercheuse mise au service d’une matière ésotérique et symbolique qu’elle refuse de rendre hermétique.

Cette rigueur trouve d’abord à s’exprimer dans un chantier pédagogique : une trilogie de vocabulaires destinés à accompagner les francs-maçons à chaque étape de leur parcours initiatique – de l’apprenti au maître – conçue comme des lexiques vivants plutôt que comme de simples glossaires. Le succès de ces ouvrages, plusieurs fois réédités, a posé les bases d’une entreprise plus ambitieuse : le Dictionnaire vagabond de la pensée maçonnique, publié aux éditions Dervy en 2017, qui lui vaut cette année-là le prix littéraire de l’Institut Maçonnique de France dans la catégorie « Essais et Symbolisme ». Avec une deuxième édition augmentée en 2024, Solange Sudarskis continue d’explorer de nouvelles facettes de l’Art Royal, tout en renforçant l’unité de son œuvre. Les renvois internes, les illustrations ajoutées, et la densité des analyses témoignent d’une volonté de partager non seulement des connaissances, mais aussi une véritable vision de la vie maçonnique.

« Vagabonder » n’est jamais s’égarer : c’est une méthode, une manière de circuler librement entre les rites, les degrés et les siècles pour mieux éclairer un mot, un geste, un symbole, une tradition.

La lumière comme grammaire

C’est sans doute dans la Collection Vagabondages maçonniques que ce principe de circulation trouve sa forme la plus aboutie. Treize titres, déjà traduits en anglais et en espagnol, composent une véritable fresque lexicale organisée tout entière autour du champ sémantique de la lumière : Réflexions, Éclats, Éclaircies, Luminescence, Flamboiement, Effluence, Éclairage, Clartés, Clair-obscur, Nitescence, Lumières, Lueurs, Scintillement… Chaque volume, identifiable à sa propre couleur de couverture, éclaire une facette différente du fait maçonnique (décors, usages, silences, symboles) sans jamais rompre l’unité de ton de l’ensemble. Le geste est rare : faire d’une exploration de l’essence de la Franc-maçonnerie un objet littéraire cohérent, découpé en chapitres autonomes.

 Du symbole au roman

La rigueur du lexicographe n’a jamais éteint chez elle le goût du récit.
Elle revient régulièrement à la fiction, avec des romans qui transposent en intrigue ce que ses essais explorent en théorie : Au royaume des symboles, Le baume de vie, La rose et le poison, ou encore Il fut Pic de la Mirandole, portrait romanesque de l’humaniste florentin.

La chroniqueuse et la conférencière

Chroniqueuse hebdomadaire du site 450.fm (le principal journal en ligne consacré à la Franc-maçonnerie francophone, ), elle y a publié et programmé plus de 330 articles et cumule déjà plus d’un million de vues sur l’ensemble de ses chroniques.

Cette présence en ligne se double d’une collaboration à la presse maçonnique imprimée : elle a notamment signé, dans La Chaîne d’Union, la revue trimestrielle du Grand Orient de France, L’énigme d’Hiram, au-delà du personnage (2023) et La lumière et le franc-maçon (2024), deux articles qui reprennent, sous une forme resserrée, les grands motifs de son œuvre : le mythe fondateur et la symbolique lumineuse.

Solange Sudarskis intervient également comme conférencière, invitée notamment par les Académies maçonniques de Paris, de Bourgogne, de Provence… Cette activité de chroniqueuse et de conférencière fait d’elle une figure singulière : moins une essayiste isolée dans son cabinet qu’une voix en dialogue permanent avec son lectorat.

Une œuvre en mouvement

Ce qui frappe, à l’examen de l’ensemble de cette production, c’est sa cohérence interne malgré la diversité des formes. Essai savant, dictionnaire, roman, chronique hebdomadaire, conférence : chaque genre est chez Solange Sudarskis une manière différente d’aborder la même question : comment transmettre un savoir symbolique sans le figer ?

Le titre même de sa collection, Vagabondages, pourrait servir de signature à l’ensemble de son parcours : une œuvre qui ne cesse de se déplacer, d’un rite à l’autre, d’un genre littéraire à l’autre, sans jamais perdre le fil qui la constitue : l’attention portée au symbole comme lieu de sens.

Cette cohérence n’a pas échappé à ses pairs : après le prix littéraire de l’Institut Maçonnique de France en 2017, c’est le prix Cadet Roussel des Imaginales maçonniques et ésotériques d’Épinal qui est venu, en 2026, couronner l’ensemble de son œuvre.

L’Art au compas – « L’Île des morts » d’Arnold Böcklin : la barque, le seuil et l’ultime initiation

Une barque glisse sur une eau qui ne semble appartenir à aucune mer connue. À son bord, une silhouette blanche se tient debout auprès d’un cercueil tandis qu’un rameur conduit lentement l’embarcation vers une île rocheuse, hérissée de cyprès et percée d’une ouverture étroite. Avec L’Île des morts, dont Arnold Böcklin peignit cinq versions entre 1880 et 1886, le symbolisme européen a produit l’une de ses images les plus énigmatiques. Rien n’y raconte véritablement la mort ; tout, en revanche, semble parler du passage. Et lorsque l’on approche cette œuvre « au compas », sans lui faire dire ce qu’elle ne dit pas mais en laissant résonner ses formes, l’île devient seuil, la barque voyage, la pierre mémoire, et le silence lui-même prend la profondeur d’une initiation.

5e version

Une île qui ne figure sur aucune carte

Arnold Böcklin naît à Bâle en 1827 et meurt en Italie en 1901. Entre ces deux dates s’inscrit une œuvre profondément marquée par la mythologie, l’Antiquité, les paysages méditerranéens et cette inquiétude métaphysique qui traverse la peinture symboliste de la fin du XIXe siècle. L’Île des morts occupe dans son parcours une place particulière, non seulement parce que l’artiste en réalisa cinq versions, mais parce que le tableau semble avoir immédiatement échappé à son auteur pour devenir une image collective, presque un archétype moderne de l’au-delà.

La première version date de 1880. La même année, Marie Berna, jeune veuve venue dans l’atelier florentin de Böcklin, découvre la composition et lui en commande une autre. Le Metropolitan Museum of Art, qui conserve cette seconde version, rappelle que la commanditaire souhaitait un tableau susceptible d’accompagner le souvenir de son époux défunt. C’est dans ce contexte que prennent toute leur importance la barque, la silhouette blanche et le cercueil. Pourtant, rien dans le résultat final ne relève véritablement du portrait funéraire. Böcklin transforme une douleur privée en paysage universel.

San_Michele

Les historiens de l’art ont cherché les sources géographiques possibles de cette étrange île. Les musées berlinois rappellent que Böcklin séjourna notamment à Ischia et qu’il connaissait ces paysages italiens où la roche, l’eau, les architectures funéraires et les cyprès composent déjà une grammaire de la mémoire. On a également évoqué San Michele, l’île-cimetière de Venise, certaines nécropoles étrusques ou encore diverses visions méditerranéennes accumulées au fil des voyages. Mais aucune identification ne suffit, et c’est précisément ce qui rend l’œuvre si puissante : l’île de Böcklin n’appartient pas à la géographie. Elle appartient à cette région beaucoup plus difficile à cartographier où le souvenir, le rêve, la mort et le désir d’éternité deviennent paysage.

Le voyage commence là où s’arrête le monde familier

La composition est presque austère. Aucune anecdote ne vient distraire l’œil. L’eau occupe le premier plan comme une vaste surface d’attente ; la barque avance lentement vers une ouverture taillée entre deux hautes parois rocheuses ; au-delà, des cyprès s’élèvent, sombres et verticaux, tandis que des cavités pratiquées dans la pierre évoquent des chambres funéraires. La lumière est incertaine, le temps suspendu, et l’on ne sait si l’on assiste à une arrivée, à un départ ou à quelque cérémonie silencieuse dont nous demeurerions les témoins étrangers.

La puissance du tableau naît justement de cette suspension

Nous ne sommes ni sur la rive quittée ni encore sur l’île. Böcklin installe le spectateur dans cet entre-deux dont toutes les traditions initiatiques connaissent l’importance : le moment où l’ancien monde s’éloigne alors que le nouveau n’est pas encore devenu familier. La barque avance, mais elle semble presque immobile, comme si le véritable voyage n’était pas mesurable en distance.

Le rapprochement avec Charon, le passeur des morts de la mythologie grecque, s’impose naturellement. Pourtant, aucune déclaration définitive de Böcklin ne permet d’en faire une clé exclusive. C’est heureux, car le tableau perdrait beaucoup de sa profondeur si l’on pouvait le réduire à une illustration savante des enfers antiques. La barque de L’Île des morts appartient à une famille symbolique beaucoup plus vaste, celle de toutes les embarcations qui conduisent l’homme d’un état à un autre, de la rive visible vers l’inconnu, de la vie vers la mort peut-être, mais aussi de l’ignorance vers une forme différente de connaissance.

Une peinture faite pour rêver

Böcklin lui-même semble avoir voulu préserver cette ouverture. Le Metropolitan Museum rappelle qu’il évoquait pour Marie Berna un tableau dans lequel elle pourrait se projeter comme dans un rêve. Cette idée de « tableau pour rêver » permet de comprendre pourquoi l’œuvre a suscité tant d’interprétations sans jamais s’épuiser dans aucune d’entre elles. Après les premières versions, une troisième toile commandée en 1883 par le marchand Fritz Gurlitt contribua largement à la célébrité du motif grâce aux reproductions qui circulèrent dans toute l’Europe.

L’île_des_morts,G. Chamahian–

L’image entra peu à peu dans la culture européenne. Elle fascina écrivains, musiciens et artistes ; Serge Rachmaninov lui consacra en 1909 son poème symphonique L’Île des morts, comme si la peinture appelait naturellement une autre langue que la sienne pour prolonger son silence. Ce succès révèle quelque chose de profond : Böcklin avait réussi à représenter ce qui, par définition, demeure irreprésentable. Il ne peint pas l’au-delà ; il peint la proximité de l’au-delà. Il ne montre pas le secret ; il nous conduit seulement jusqu’à sa porte.

Le paysage comme chambre initiatique

C’est ici que le regard maçonnique peut commencer, à condition de demeurer un regard et de ne pas se transformer en revendication historique. Rien ne permet de faire de L’Île des morts une œuvre maçonnique et ce serait l’appauvrir que de chercher à y découvrir artificiellement une équerre, un compas ou quelque allusion rituelle cachée. L’intérêt est ailleurs : il tient à la manière dont l’œuvre rejoint, par sa structure même, quelques-unes des grandes expériences de l’initiation.

Toute initiation authentique suppose une rupture avec l’état antérieur. On ne franchit pas un seuil pour continuer exactement comme auparavant. Il faut quitter une rive, accepter une obscurité, rencontrer le silence, se dépouiller de certaines certitudes et consentir à une transformation dont nul ne peut connaître d’avance toutes les conséquences. Or la barque de Böcklin porte précisément cette tension : elle transporte un cercueil, signe évident de la finitude, mais à côté de lui demeure une silhouette verticale, enveloppée de blanc, presque lumineuse. Quelque chose est mort et pourtant quelqu’un se tient encore debout.

Cette opposition silencieuse entre l’horizontalité du cercueil et la verticalité de la figure blanche constitue peut-être l’un des points les plus féconds du tableau. Elle rappelle que la mort symbolique, dans les traditions initiatiques, n’est pas une fascination morbide mais une pédagogie de la renaissance. Ce qui disparaît n’est pas nécessairement l’être ; ce peut être une manière ancienne d’habiter le monde, une illusion, une certitude ou cette prétention profane à croire que l’on sait déjà ce que l’on vient précisément apprendre à regarder autrement.

La pierre, le cyprès et le Temple absent

L’île elle-même est presque entièrement minérale. La roche domine, creusée de niches, dressée en murailles, travaillée par une architecture dont on ne sait plus très bien si elle est naturelle ou humaine. Cette ambiguïté convient admirablement au regard du Maçon. La pierre y apparaît à la fois comme matière première, tombeau et possibilité d’édifice. Elle conserve la mémoire, résiste au temps et attend le travail qui lui donnera forme.

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Au centre, les cyprès dressent leurs silhouettes sombres. Depuis l’Antiquité, ces arbres accompagnent les espaces funéraires et les lieux de mémoire. Chez Böcklin, leur verticalité tranche avec l’horizontalité des eaux et semble transformer l’île en sanctuaire. Ils ne sont évidemment pas des colonnes maçonniques, mais leur présence crée cette impression particulière d’un espace consacré, séparé du monde ordinaire, où le visiteur ne pénètre qu’après avoir franchi une étroite ouverture.

Il y a là quelque chose du Temple sans qu’aucun Temple soit représenté. Ce qui compte n’est pas l’architecture visible mais l’expérience du passage. Car le Temple initiatique n’est jamais seulement un lieu ; il devient une disposition intérieure. La pierre extérieure renvoie alors à cette autre pierre, brute et intime, que chacun porte avec lui et qu’aucun autre ne peut tailler à sa place.

Un cabinet de réflexion posé au milieu des eaux

Un Franc-Maçon contemplant L’Île des morts pourra également songer au cabinet de réflexion, non par ressemblance littérale mais par communauté d’expérience. Dans cet espace retiré, le futur initié rencontre la solitude, la finitude et la nécessité de s’interroger sur ce qu’il est venu chercher. Il découvre que l’entrée dans la lumière commence paradoxalement dans l’obscurité et que la connaissance de la vie suppose parfois de regarder la mort sans détourner les yeux.

L’île de Böcklin pourrait alors être comprise comme un immense cabinet de réflexion posé au milieu des eaux, mais un cabinet dont nous ne verrions que l’entrée. Aucun personnage ne revient de l’île pour nous expliquer ce qu’il y a trouvé ; aucune inscription ne résout l’énigme ; aucune révélation spectaculaire n’abolit le mystère. Voilà sans doute ce qui rend l’œuvre profondément initiatique : elle ne confond jamais la connaissance avec l’explication.

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Il existe des choses que l’on peut transmettre par des mots, d’autres que l’on ne peut qu’approcher par l’expérience, le symbole ou le silence. Böcklin semble avoir compris que la mort appartient à cette seconde catégorie. Il ne cherche donc pas à la définir. Il nous place simplement devant elle, à la juste distance, comme si la fonction de l’art était moins de répondre à nos questions que de les rendre plus profondes.

L’Île des morts ne nous révèle pas ce qui se trouve derrière les cyprès, et c’est précisément pourquoi elle continue de nous accompagner. Böcklin nous conduit jusqu’au seuil, puis il s’efface. Le Maçon reconnaît cette pédagogie : la Lumière peut être indiquée, désirée, approchée, mais nul ne peut accomplir à notre place le voyage qui conduit jusqu’à elle. Sur l’eau immobile, la barque poursuit ainsi son mouvement silencieux. Elle emporte un cercueil, certes, mais peut-être surtout une vieille illusion : celle de croire qu’il serait possible de renaître sans avoir auparavant consenti à laisser mourir quelque chose de soi.

Staatliche Museen zu Berlin

Sources : Metropolitan Museum of Art, New York ; Staatliche Museen zu Berlin ; notices consacrées aux différentes versions de L’Île des morts et à leur histoire ; documentation relative au poème symphonique de Serge Rachmaninov

Rachmaninov : L’Île des morts op. 29 (Orchestre philharmonique de Radio France)

Pierre Noël est passé à l’Orient Éternel

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Le monde de la recherche maçonnique perd l’un de ses historiens les plus exigeants. Pierre Noël, médecin, universitaire et auteur de nombreux travaux consacrés à l’histoire de la franc-maçonnerie, est décédé mercredi 23 septembre 2026, à l’âge de 84 ans.

Pierre Noël est passé à l’Orient Éternel

Un historien de référence

Né en 1942, Pierre Noël était bien connu des lecteurs d’un blog agrégateur, où il publia régulièrement des articles consacrés à l’histoire, aux rites et aux sources de la franc-maçonnerie. Docteur en médecine et professeur de neurologie à l’Université libre de Bruxelles, il avait également consacré une part importante de son existence à l’étude historique de l’institution maçonnique.

Pierre Noël est passé à l’Orient Éternel
Pierre Noël est passé à l’Orient Éternel

Dans la franc-maçonnerie, il était notamment Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte (CBCS), 33e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté, installé dans l’Ordre des Knights Templar à Londres et membre du Royal Order of Scotland à Édimbourg. Membre fondateur de la Grande Loge Régulière de Belgique, il en fut grand maître adjoint honoraire.

Pendant près de trente ans, Pierre Noël dirigea la revue d’études de cette obédience, Acta Macionica. Cette publication constitue aujourd’hui encore un important réservoir de travaux, de documents et de références sur l’histoire maçonnique belge et européenne. Une préface biographique le présente comme l’auteur de nombreux ouvrages et publications, ainsi que comme le directeur durant trois décennies de la revue d’études de la Grande Loge régulière de Belgique.

Pierre Noël est passé à l’Orient Éternel
Pierre Noël est passé à l’Orient Éternel

Il appartenait à une génération d’historiens qui comptait notamment Alain Bernheim (OE) et René Guilly (OE), avec lesquels il entretenait des liens d’amitié. Comme eux, il défendait une approche fondée sur les textes, les archives et la comparaison des traditions, loin des récits légendaires trop souvent répétés.

Une franc-maçonnerie née dans les îles Britanniques

Pierre Noël est passé à l’Orient Éternel

Parmi ses ouvrages figurent Guide des maçons écossais, publié aux éditions À l’Orient en 2006, Mondialisation, violence & religion, paru chez Fides en 2010, ainsi que La pierre, matériau du passé et de l’avenir, publié en 2012.

Son dernier livre, À la recherche de Jakin & Boaz, paru chez Dervy en 2021, résume l’une de ses convictions historiques essentielles : la franc-maçonnerie moderne est née dans les îles Britanniques, et non sur le continent européen. L’ouvrage s’appuie sur les premiers documents écossais et anglais et propose une relecture de la période qui va de la fin du Moyen Âge à l’âge des Lumières.

Pierre Noël y étudie notamment les rapports entre les anciennes loges opératives écossaises et la franc-maçonnerie spéculative. Selon lui, la transition entre les deux formes d’organisation est historiquement mieux documentée en Écosse qu’en Angleterre. Il invitait ainsi à distinguer les faits établis des reconstructions postérieures, et les archives des mythes fondateurs.

Pierre Noël est passé à l’Orient Éternel

Son travail s’inscrivait dans une volonté constante de rapprocher les historiographies française et britannique. Il soulignait que les deux traditions se connaissaient encore mal, en raison de la barrière linguistique, mais aussi des réflexes anglocentriques et francocentriques qui ont longtemps pesé sur les recherches maçonniques.

Pierre Noël est passé à l’Orient Éternel

Une parole libre et précise

Dans une interview accordée à Jacques Carletto en décembre 2021 à l’occasion de la publication de son livre, Pierre Noël revenait sur plusieurs idées reçues. Il contestait notamment l’idée d’une déchristianisation générale et immédiate des rituels maçonniques anglais, rappelant que les références au christianisme demeurèrent longtemps présentes dans les rituels des loges dites « modernes ».

Il expliquait également que les francs-maçons anglais parlent plutôt de degrés « au-delà de la maîtrise » – beyond the craft – que de « hauts grades ». Une nuance de vocabulaire qui révélait, chez lui, le souci de replacer chaque terme dans son contexte historique et rituel.

À propos de la reconnaissance entre obédiences, il rapportait cette formule d’un dignitaire anglais : « Nous allons en franc-maçonnerie pour être heureux, pas pour être reconnus. » Une phrase qui résumait peut-être sa propre manière d’envisager l’institution : avec sérieux, mais sans céder aux querelles de frontières, de juridictions ou d’étiquettes.

Pierre Noël est passé à l’Orient Éternel

Une œuvre à poursuivre

Avec la disparition de Pierre Noël, la franc-maçonnerie perd un chercheur d’une vaste culture, capable de circuler entre l’histoire des idées, l’étude des rites, la médecine et l’histoire institutionnelle. Ses travaux ont contribué à replacer la franc-maçonnerie dans son environnement britannique, européen et religieux, tout en rappelant la nécessité de revenir aux sources.

Ses funérailles doivent avoir lieu mercredi 30 septembre 2026 à 11 heures, à Uccle, dans la région bruxelloise, selon les informations communiquées.

Pierre Noël est passé à l’Orient Éternel
Pierre Noël est passé à l’Orient Éternel

À travers ses livres, ses articles et les pages d’Acta Macionica, Pierre Noël laisse une œuvre de référence. À ceux qui poursuivront l’étude historique de la franc-maçonnerie, il transmet surtout une exigence : ne jamais confondre la tradition avec la preuve, ni la mémoire avec l’histoire.

À sa famille, à ses proches et à ses frères, 450.fm adresse ses sincères condoléances.

Quand une Obédience salue l’un des siens

Benoît Jadot
Benoît Jadot

Mais derrière l’historien, l’auteur et l’infatigable chercheur demeurait avant tout le Frère. Celui que l’on avait rencontré en Loge, auprès duquel on avait travaillé, appris, parfois discuté, et avec lequel s’étaient tissés ces liens que les années transforment en fraternité véritable. La Grande Loge Régulière de Belgique, dont Pierre Noël fut l’un des membres fondateurs et Grand Maître Adjoint Honoraire, a tenu à saluer sa mémoire. Au-delà de l’hommage institutionnel, les mots qui suivent portent l’émotion de celui qui fut reçu par Pierre Noël à la RL Geoffroy de Saint Omer, en 1990. Ils disent peut-être mieux que toute biographie ce qui demeure lorsqu’un Frère passe à l’Orient Éternel : une œuvre, certes, mais aussi une présence, une transmission et cette empreinte fraternelle que le temps n’efface pas.

Hommage de la Grande Loge Régulière de Belgique (GLRB)

« C’est avec une immense tristesse que j’ai le devoir de vous annoncer le décès ce matin du Très Respectable Frère Pierre Noël, Grand Maître Adjoint Honoraire de la GLRB. Personnellement, je perds celui qui m’a initié à la RL Geoffroy de Saint Omer, dont il était VM en 1990.

Son passage à l’Orient Éternel me peine énormément. Nous perdons un grand connaisseur de l’histoire de notre Ordre. Nous tenterons de nous consoler en lisant ses nombreux ouvrages et articles.

Ce fut un grand honneur pour moi de le côtoyer pendant ces 36 dernières années. Nous aurons bien entendu l’occasion d’évoquer plus en détail sa longue et très riche carrière maçonnique. »

Benoît Jadot, Grand Maître

Pierre Noël est passé à l’Orient Éternel

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Le mot du mois – Équité : après le Niveau, apprendre à lire la Balance

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Le mois dernier, en parcourant les chemins de l’égalité, nous avions posé le Niveau. Nous avions surtout compris que l’égalité ne consiste pas à rendre les êtres identiques, mais à leur reconnaître une égale dignité et une commune appartenance à l’humanité. Nous annoncions alors : « Le mois prochain, un mot issu de la même antique famille viendra éprouver cette belle horizontalité : l’équité. Après avoir posé le Niveau, il nous faudra alors apprendre à lire la Balance. » Nous y voici.

Le mot du mois – Équité : après le Niveau, apprendre à lire la Balance

Or la Balance est un instrument plus inquiétant que le Niveau

Celui-ci constate une horizontalité ; celle-là oblige à peser. L’égalité proclame. L’équité examine. L’égalité donne une règle ; l’équité demande comment cette règle rencontre un visage, une histoire, une situation. Entre les deux ne se joue donc pas un combat, mais peut-être l’un des plus anciens dialogues de la conscience humaine : comment être également juste envers des êtres qui ne sont jamais tout à fait placés dans des situations égales ?

Un mot né de l’égal, mais qui ne signifie pas l’identique

Le mot du mois – Équité : après le Niveau, apprendre à lire la Balance

L’histoire du mot porte déjà toute son ambiguïté féconde. « Équité » apparaît en français au XIIIe siècle ; le Trésor de la langue française en relève une attestation en 1262. Le terme vient directement du latin aequitas, qui signifie à la fois « égalité », « esprit de justice » et « juste proportion », lui-même dérivé de aequus, « égal », « uni », mais aussi « juste ». L’Académie française conserve cette double généalogie lorsqu’elle définit aujourd’hui l’équité comme la disposition consistant à « accorder à chacun ce qui lui est dû ». Dès l’origine, le mot se tient donc à la frontière de deux idées qu’il serait dangereux de confondre : l’égal et le juste.

C’est ici que l’équité commence à se séparer de l’égalité arithmétique

Le mot du mois – Équité : après le Niveau, apprendre à lire la Balance

Donner à chacun exactement la même chose peut être égal sans être nécessairement juste ; inversement, traiter différemment deux situations objectivement différentes n’est pas nécessairement introduire un privilège. L’équité pose une question plus difficile : qu’est-ce qui est dû à chacun, compte tenu de ce qu’il est pertinent de prendre en considération ? Aristote distinguait déjà l’égalité numérique de l’égalité proportionnelle : la justice distributive ne consiste pas toujours à distribuer des parts identiques, mais à rechercher une proportion conforme au principe retenu comme juste.

Le mot du mois – Équité : après le Niveau, apprendre à lire la Balance

Cette nuance oblige cependant à la vigilance. L’équité n’est pas le droit offert à chacun de décider souverainement ce qu’il trouve « juste ». Sans règle commune, elle se dégraderait vite en faveur, en arbitraire, voire en privilège. Elle n’est véritablement équité que lorsqu’elle demeure ordonnée à la justice.

Aristote ou la règle qui accepte d’épouser la pierre

Copie romaine d'un portrait d'Aristote, musée du Louvre.
Copie romaine d’un portrait d’Aristote, musée du Louvre.

C’est probablement dans le livre V de l’Éthique à Nicomaque que l’Occident a reçu l’une des formulations les plus profondes de cette idée. Aristote y parle de l’epieikeia, que l’on traduit traditionnellement par équité. Son raisonnement est d’une remarquable simplicité : toute loi est formulée de manière générale, parce qu’une loi destinée à la cité ne peut prévoir à l’avance l’infinie diversité des cas particuliers. Or il arrive qu’une règle parfaitement raisonnable dans la plupart des situations produise, appliquée mécaniquement à un cas exceptionnel, un résultat contraire à l’intention même de la justice.

L’équitable n’est alors ni l’ennemi du droit ni une dispense sentimentale accordée à celui qui saurait émouvoir le juge. Il accomplit la loi en retrouvant son intention lorsqu’une application trop littérale en trahirait l’esprit. Aristote utilise pour l’expliquer une image dont la résonance est extraordinaire pour quiconque travaille symboliquement avec la pierre : la règle de plomb employée, dit-il, par les constructeurs de Lesbos. Parce que la pierre travaillée n’est pas toujours parfaitement rectiligne, cette règle souple épouse sa forme au lieu de lui imposer une rigidité incapable de la mesurer. Ainsi doit parfois agir le jugement : conserver la fonction de la règle tout en l’adaptant à la réalité qu’elle est chargée d’apprécier.

La métaphore pourrait presque sembler écrite pour un chantier initiatique.

Le mot du mois – Équité : après le Niveau, apprendre à lire la Balance

La règle n’est pas détruite parce qu’elle se courbe ; elle devient au contraire capable de mesurer ce que la rigidité aurait laissé hors de sa compréhension. Mais elle ne se transforme pas davantage en corde molle : elle demeure instrument de mesure. Toute la grandeur et tout le danger de l’équité sont contenus dans cette tension.

Avant la philosophie, les mythes avaient déjà placé la justice sur une Balance

Maât
Maât

Bien avant que les philosophes ne lui donnent un vocabulaire conceptuel, les civilisations anciennes avaient compris que la justice supposait une pesée. Dans l’Égypte pharaonique, Maât personnifie simultanément l’ordre cosmique, la vérité, la justice et la rectitude morale. Le British Museum rappelle que, dans les représentations du jugement des morts, le cœur du défunt est mis en balance avec Maât, souvent symbolisée par sa plume d’autruche. Le salut ne dépend donc pas d’une égalisation abstraite : il résulte d’une juste pesée entre une existence singulière et l’ordre auquel elle devait s’accorder.

La Grèce donne à cette intuition d’autres visages

Hésiode
Hésiode

Chez Hésiode, Thémis enfante notamment Eunomia, le bon ordre, Dikè, la Justice, et Eirènè, la Paix. Dans Les Travaux et les Jours, Dikè s’oppose à l’hybris, la démesure, et le poète condamne les « jugements tortueux » des puissants qui détournent la justice. Dire le juste revient déjà, symboliquement, à redresser ce qui s’est courbé. Il y a là une intuition extrêmement ancienne : l’injustice n’est pas seulement le manque de règle ; elle peut être une règle faussée par celui qui la tient.

Rome donnera même un visage à Aequitas

Sur des monnaies impériales conservées au British Museum, elle apparaît tenant d’une main une balance et de l’autre une corne d’abondance. La rencontre des deux attributs mérite attention : la justice doit peser, mais sa finalité n’est pas la pénurie ; elle doit permettre à l’ordre commun de produire ses fruits. Cicéron résumera quant à lui le danger de la justice devenue mécanique dans une formule passée en proverbe : summum ius, summa iniuria. La plus extrême application du droit peut devenir la plus extrême injustice lorsqu’une interprétation subtilement littérale en détruit la finalité.

Salomon : couper également n’est pas juger équitablement

Le mot du mois – Équité : après le Niveau, apprendre à lire la Balance

La Bible a légué à l’imaginaire occidental l’une des paraboles les plus saisissantes de ce problème. Deux femmes revendiquent le même enfant vivant. Salomon ordonne qu’on apporte une épée et propose de partager l’enfant en deux, une moitié pour chacune. À première vue, jamais égalité ne fut plus parfaite : chacune recevrait exactement cinquante pour cent du bien disputé. Mais cette égalité géométrique serait évidemment une monstruosité.

Le jugement n’a de sens que parce que Salomon sait que le vivant ne se divise pas comme un héritage. En provoquant la réaction des deux femmes, il fait apparaître ce qu’une répartition identique était incapable de révéler : la relation. Celle qui préfère perdre l’enfant plutôt que de le voir mourir manifeste par son renoncement le lien maternel recherché. Le récit ne célèbre donc pas la division égale ; il montre au contraire qu’une justice authentique doit parfois quitter l’apparence de l’égalité pour découvrir la vérité de la situation. Le texte conclut que le peuple reconnaît en Salomon une sagesse capable « de rendre la justice ».

Le mot du mois – Équité : après le Niveau, apprendre à lire la Balance

Il ne faudrait évidemment pas transformer Salomon en théoricien moderne de l’équité. Le récit biblique appartient à un autre univers culturel et théologique. Mais sa puissance symbolique demeure intacte : il existe des réalités que l’on détruit en voulant les partager également.

Le mot du mois – Équité : après le Niveau, apprendre à lire la Balance

Quand les contes populaires corrigent les rois

Les contes connaissent eux aussi cette méfiance envers les décisions trop simples. Dans La Fille avisée du paysan, conte n°94 recueilli par les frères Grimm, un paysan voit naître un poulain qui va se coucher entre deux bœufs. Le roi tranche le litige en décidant que l’animal appartiendra au propriétaire des bœufs puisqu’il a été trouvé auprès d’eux. Le jugement respecte apparemment un critère objectif – le lieu où se trouvait le poulain – mais il aboutit à l’absurde.

La fille avisée imagine alors une démonstration. Elle conseille au paysan de se placer sur la route du roi et de faire semblant de pêcher avec un filet sur un sol parfaitement sec. Lorsque le roi s’étonne, il répond en substance qu’il est aussi possible de pêcher sur la terre ferme qu’à un bœuf de mettre bas un poulain. Par le détour du conte, la sagesse populaire vient rappeler au souverain qu’un critère n’est juste que s’il demeure relié au réel.

Le mot du mois – Équité : après le Niveau, apprendre à lire la Balance

Cette littérature de l’astuce est précieuse. Elle montre que l’équité possède souvent quelque chose de l’intelligence pratique : elle déplace le regard, fait apparaître l’incohérence cachée dans une décision formellement impeccable et oblige le puissant à réexaminer son raisonnement. Le conte ne détruit pas l’autorité du juge ; il exige de lui qu’il soit davantage qu’un automate.

L’histoire française a construit une image comparable autour de Saint Louis sous son chêne de Vincennes. Joinville rapporte bien que le roi recevait ceux qui avaient affaire à lui sans l’interposition d’un huissier ; les historiens contemporains rappellent toutefois que l’iconographie du « bon roi rendant personnellement la justice sous son arbre » a considérablement amplifié cette scène. L’image est devenue légende parce qu’elle répond à un désir très ancien : celui d’une justice assez proche pour écouter la singularité des hommes avant de les enfermer dans une procédure.

De Thomas d’Aquin à la justice moderne : la lettre et l’esprit

Thomas-d’Aquin
Thomas-d’Aquin

Au XIIIe siècle, Thomas d’Aquin reprend explicitement l’epieikeia aristotélicienne dans la Somme théologique. Il en fait une vertu liée à la justice. Son argument rejoint celui d’Aristote : les actes humains sont si divers qu’aucune formulation légale ne peut prévoir absolument tous les cas. Suivre matériellement la lettre d’une loi lorsqu’elle produit manifestement un effet contraire au bien qu’elle cherche à protéger peut alors devenir injuste. L’équité ne juge pas que la loi est mauvaise ; elle discerne que le cas singulier excède ce que la formulation générale avait pu prévoir.

L’histoire du droit occidental continuera d’explorer cette tension

En Angleterre, la tradition de l’equity se développera précisément pour apporter certains remèdes lorsque les procédures de la common law se montrent insuffisantes ou trop rigides. La Cour de Chancellerie devint ainsi historiquement un lieu où pouvaient être recherchées des solutions que les seules formes du droit commun ne permettaient pas d’obtenir. Cette equity anglo-saxonne constitue aujourd’hui un ensemble technique de règles et de recours ; elle ne doit donc pas être confondue avec une vague faculté de décider selon son sentiment personnel.

Le mot du mois – Équité : après le Niveau, apprendre à lire la Balance

Le droit français contemporain demeure lui aussi prudent. L’article 12 du Code de procédure civile pose que le juge tranche « conformément aux règles de droit qui lui sont applicables ». L’équité ne lui donne donc pas un pouvoir général de s’affranchir du droit. Le même article prévoit toutefois que, dans certaines matières et avec l’accord des parties, celles-ci peuvent lui conférer mission de statuer comme « amiable compositeur ». La vieille question demeure ainsi, juridiquement encadrée : comment laisser une place au juste sans abandonner la sécurité de la règle ?

Avec Rawls, l’équité quitte le seul tribunal pour interroger la société

Au XXe siècle, John Rawls (1921-2002) donne à la notion une nouvelle ampleur avec sa théorie de la justice as fairness, traditionnellement rendue en français par « justice comme équité ». Il ne s’agit plus seulement de corriger exceptionnellement une loi trop générale, mais de réfléchir aux principes selon lesquels des personnes libres et égales pourraient organiser équitablement les institutions fondamentales de leur société.

John Rawls  en 1937
John Rawls en 1937

John Rawls maintient précisément ce qui est trop souvent oublié dans les débats contemporains : l’équité n’abolit pas l’égalité. Elle la présuppose. Son premier principe garantit un même ensemble de libertés fondamentales ; son second admet certaines inégalités sociales ou économiques sous des conditions précises, parmi lesquelles l’égalité équitable des chances et l’exigence que les inégalités bénéficient particulièrement aux plus désavantagés. On peut discuter cette philosophie – et elle l’a été abondamment – mais elle interdit de caricaturer l’équité comme une simple préférence accordée arbitrairement à certains. Dans la pensée de Rawls, égalité et équité se répondent au sein d’une architecture commune de la justice.

C’est pourquoi la petite illustration aujourd’hui omniprésente représentant plusieurs personnes de tailles différentes recevant des caisses différentes afin de regarder par-dessus une clôture peut être pédagogiquement utile, mais philosophiquement insuffisante. L’équité n’est pas seulement « donner davantage à celui qui a moins ». Elle demande d’abord pourquoi, selon quel critère, dans quel but, selon quelle règle commune et jusqu’où une différence de traitement peut être justifiée. Sans cette interrogation, le remède pourrait devenir à son tour une injustice.

En Loge, le Niveau ne suffit pas si l’on ne sait pas aussi mesurer

Le mot du mois – Équité : après le Niveau, apprendre à lire la Balance

Le Franc-Maçon ne peut demeurer insensible à cette question, tant l’Art royal est une école de mesure. Il serait pourtant aventureux de prétendre que « la Balance » constitue universellement un symbole maçonnique équivalent au Niveau, à l’Équerre ou au Compas. Elle nous offre plutôt une clé de lecture complémentaire.

Bijou du 1e Surveillant
Bijou du 1e Surveillant

Le Niveau rappelle admirablement l’égale dignité des Frères et des Sœurs : nul n’est, par nature, placé au-dessus de l’autre sur le chantier humain. Mais le chantier lui-même enseigne qu’un édifice ne se construit pas en donnant à toutes les pierres exactement la même forme, le même emplacement ou la même fonction. La pierre d’angle n’est pas la pierre du seuil ; la clef de voûte n’est pas le moellon du soubassement. Leur dignité de matériaux de l’œuvre peut être égale tandis que leur place, leur travail et les contraintes qu’elles supportent diffèrent.

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Les Constitutions d’Anderson de 1723 contiennent déjà, dans un langage marqué par leur époque, quelque chose de cette logique proportionnelle. L’avancement dans le Métier y est rattaché à la « valeur réelle » et au « mérite personnel » plutôt qu’à la seule ancienneté ; le Maître doit administrer loyalement les biens qui lui sont confiés, tandis que chacun doit recevoir justement son salaire. Nous ne sommes évidemment pas encore dans le vocabulaire contemporain de l’équité sociale, mais le texte rappelle que la justice du chantier n’est pas indifférenciation : elle suppose appréciation, responsabilité et juste mesure.

On pourrait alors lire ensemble quelques-uns de nos outils sans prétendre enfermer leurs significations rituelles dans une définition unique. Le Niveau nous avertit contre l’orgueil des hauteurs illusoires ; l’Équerre interroge la rectitude de nos actes ; le Compas nous apprend à circonscrire, mesurer et proportionner. L’équité naît peut-être symboliquement de leur dialogue. Elle refuse autant le privilège que l’uniformité, autant la faveur arbitraire que la rigidité aveugle.

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Dans une tradition maçonnique qui fait de la liberté, de l’égalité et de la fraternité des références essentielles – explicitement inscrites, par exemple, dans la devise du Grand Orient de France –, cette interrogation prend un relief particulier. L’égalité empêche que l’équité ne devienne privilège ; la fraternité empêche que l’égalité ne devienne indifférence. Entre les deux, l’équité introduit cette intelligence du particulier qui rappelle que l’humanité se conjugue toujours au singulier.

Plume et Pierre dans une balance
Plume et Pierre dans une balance

La Balance n’abolit pas le Niveau

Voilà peut-être pourquoi il serait faux de demander : faut-il choisir entre égalité et équité ? Ce serait demander à l’architecte s’il préfère le Niveau au Compas. Les outils ne s’annulent pas ; ils se corrigent et se complètent.

L’égalité affirme que nul être humain ne vaut moins qu’un autre. Elle est le sol commun, l’horizontalité première sans laquelle toute équité risquerait de redevenir faveur accordée par le puissant. L’équité intervient ensuite pour rappeler que des êtres également dignes peuvent connaître des situations différentes et que l’application indifférenciée d’une même règle peut parfois renforcer ce qu’elle prétend corriger. Mais elle doit, elle aussi, accepter une limite : aucune différence de traitement ne peut se dispenser de rendre raison d’elle-même.

Le mot du mois – Équité : après le Niveau, apprendre à lire la Balance

Il y a dans la Balance une leçon plus profonde encore. Pour peser justement, il faut commencer par ne pas mettre son propre pouce sur l’un des plateaux. L’équité exige donc davantage que la bonté : elle requiert la lucidité, la retenue, l’écoute, le refus du préjugé et cette difficile capacité à se déprendre un instant de soi pour considérer ce qui est dû à l’autre.

Après avoir posé le Niveau, nous apprenons ainsi que la justice n’est pas immobilité. Elle ressemble davantage à cette règle de plomb évoquée par Aristote, assez ferme pour mesurer et assez souple pour épouser la pierre. Peut-être est-ce là une définition profondément initiatique de l’équité : ne jamais renoncer à la règle, mais travailler assez longtemps sur soi pour comprendre que la règle n’a de sens que lorsqu’elle sert le juste.

Le mot du mois – Équité : après le Niveau, apprendre à lire la Balance

Alors seulement le Niveau et la Balance cessent de s’opposer. Le premier nous rappelle que nous appartenons tous au même chantier ; la seconde nous enseigne que chaque pierre demande à être regardée, comprise et ajustée avant de trouver sa juste place dans l’édifice commun.

Sources et repères bibliographiques : Académie française, Dictionnaire de l’Académie française, 9e édition, entrée « Équité » ; CNRTL – Trésor de la langue française informatisé, entrée « Équité » – Aristote, Éthique à Nicomaque, livre V, notamment chapitres 3 et 10, sur la justice proportionnelle et l’epieikeia ; Hésiode, Théogonie, v. 901 et suiv. ; Les Travaux et les Jours, notamment v. 202 et suiv. et 248 et suiv. ; British Museum, notices consacrées à Maât et aux représentations d’Aequitas sur les monnaies romaines ;

Le mot du mois – Équité : après le Niveau, apprendre à lire la Balance

Cicéron, De officiis, I, 33, sur l’interprétation abusive du droit et l’adage summum ius, summa iniuria ; Premier Livre des Rois, 3, 16-28, jugement de Salomon ; Jacob et Wilhelm Grimm, Kinder- und Hausmärchen, KHM 94, Die kluge Bauerntochter – La Fille avisée du paysan ; Jean de Joinville, tradition du chêne de Vincennes ; Marie Dejoux, Pierre-Anne Forcadet, Vincent Martin et Liêm Tuttle, La Justice de Saint Louis – Dans l’ombre du chêne, PUF, 2024 ; Thomas d’Aquin, Somme théologique, IIa-IIae, question 120, « De l’epieikeia ou équité » ; John Rawls, A Theory of Justice, 1971 ; Justice as Fairness: A Restatement, 2001, et synthèse de la Stanford Encyclopedia of Philosophy ; James Anderson, The Constitutions of the Free-Masons, Londres, 1723, « Charges of a Free-Mason », notamment les obligations relatives à la direction du Métier.

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À lire aussi sur 450.fm

Tour du monde des médias maçonniques du 25/09/26

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Vendredi 25 septembre 2026

Mes très chères Sœurs, mes très chers Frères,
De la France aux horizons du monde, 450.fm vous propose un regard quotidien sur l’actualité maçonnique, ses échos dans la presse et les débats qui traversent nos sociétés. Entre vie des obédiences, culture, histoire et questions contemporaines, cette revue rassemble les informations utiles pour nourrir notre réflexion et exercer ce discernement auquel nous invite la démarche initiatique.

Période couverte : du mercredi 23 septembre 2026 à 12 h au jeudi 24 septembre 2026 à 12 h, heure de Paris.

France

Éducation et engagement républicain

Reconstruire le pacte républicain par l’École
Fondation du Grand Orient de France – lettre d’information – France – Publication : 24 septembre 2026 – Langue d’origine : français – Lire la source
Dans une communication institutionnelle reçue ce matin, la Fondation présente trois axes d’action inspirés du Livre blanc du GODF sur l’École de la République : lutter contre le déterminisme social par le mentorat, soutenir la laïcité et l’esprit critique, puis réduire la fracture numérique. L’appel comporte aussi une dimension explicite de collecte de dons.

Justice et déontologie

Magistrature et franc-maçonnerie : que dit le droit ?
Actu-Juridique – analyse de Valérie-Odile Dervieux – France – Publication : 22 septembre 2026 – newsletter reçue le 23 septembre – Langue d’origine : français – Lire la source
L’auteure rappelle que l’avis no 2026-27 du Collège de déontologie est consultatif et ne constitue ni une interdiction générale ni une sanction. Elle confronte liberté d’association, impartialité et traitement des conflits d’intérêts, puis compare les régimes européens. Cette nouvelle lecture juridique prolonge le débat sans reprendre simplement les prises de position déjà recensées.

Laïcité et mémoire

Samuel Paty : projection publique du film L’Abandon

Unité Laïque – annonce associative – France – Publication : 16 septembre 2026 – complément agenda demandé – Langue d’origine : français – Lire la source
À l’occasion de la commémoration de l’assassinat de Samuel Paty, Unité Laïque annonce une projection le 15 octobre à 19 h 30 à l’UGC Odéon, à Paris. Le film de Vincent Garenq sera présenté avec Mickaëlle Paty et Antoine Reinartz. Cette annonce publique, volontairement ajoutée hors fenêtre, articule mémoire, liberté d’expression et responsabilité éducative.

Franc-maçonnerie féminine

La Grande Loge Féminine de France ouvre ses temples à Paris
Le Blog des Spiritualités – annonce de Jean-Laurent Turbet – France – Publication : 23 septembre 2026 – Langue d’origine : français – Lire la source
La notification du blog annonce une opération « Temples ouverts » organisée par la GLFF le samedi 26 septembre à Paris, à destination des personnes souhaitant découvrir la franc-maçonnerie féminine. La page détaillée demeure inaccessible au moment de la vérification : cette notice repose donc sur le texte de la notification reçue, sans ajouter d’horaires ni de modalités non confirmés.

Conférence publique

Pourquoi être franc-maçon ou franc-maçonne au Grand Orient de France ?
Le Petit Journal – Tarn-et-Garonne – France – Publication : 23 septembre 2026 – Langue d’origine : français – Lire la source
La loge Le Réveil du Quercy, à Moissac, annonce une conférence publique consacrée aux raisons contemporaines d’entrer au Grand Orient de France. La page du média n’a pas pu être ouverte lors de la vérification ; la notice s’appuie prudemment sur l’extrait Google Alerts, qui établit l’organisateur, le thème et la date de publication, sans extrapoler le programme.

Édition et symbolisme

Mémoire juive et transmission

Histoire du Nouveau Talmud
La Franc-Maçonnerie au cœur – article de Michel Levine – France – Publication : 24 septembre 2026 – Langue d’origine : français – Lire la source
Michel Levine s’intéresse à un projet de transmission né dans l’immédiat après-guerre, alors que des survivants juifs étaient regroupés dans des camps de personnes déplacées en Allemagne, en Autriche et en Italie. L’article complet n’a pas pu être chargé lors de la vérification ; cette notice reste donc fondée sur son introduction indexée et la notification du blog.

Monde

Brésil – reconnaissance civique

Maringá honore la Loge Maçonnique Justiça pour ses 75 ans
Maringá Atual – Brésil – Publication : 23 septembre 2026 – Langue d’origine : portugais – Lire la source
Le conseil municipal de Maringá a remis un Titre de consécration publique à la Loja Maçônica Justiça no 12, saluant soixante-quinze années d’activité. Les élus ont insisté sur ses actions sociales, la solidarité et la formation civique. Au-delà du cérémonial, cette reconnaissance éclaire la visibilité municipale d’une loge brésilienne et son inscription dans le tissu associatif local.

Afrique du Sud – télévision et croyances

Govan Ontbloot explore francs-maçons, sorcières et communautés méconnues
InBound SA – Afrique du Sud – Publication : 23 septembre 2026 – Langue d’origine : anglais – Lire la source
La deuxième saison de cette série documentaire de treize épisodes débutera le 6 octobre sur kykNET. Le journaliste Govan Whittles rencontrera notamment des francs-maçons, des personnes se disant sorcières, des naturistes et des communautés isolées. Le média affirme privilégier curiosité et empathie plutôt que sensationnalisme, sans établir de lien entre ces univers distincts.

Pays-Bas – ouverture au public

La loge Quintessens invite le public à découvrir la franc-maçonnerie à Bois-le-Duc
De Bossche Omroep – Pays-Bas – Publication : 23 septembre 2026 – Langue d’origine : néerlandais – Lire la source
La loge Quintessens organise le 5 octobre, de 20 h à 22 h 30, une soirée d’initiation publique à Den Bosch. Une courte présentation sera suivie d’échanges en petits groupes sur ce que la franc-maçonnerie est ou n’est pas. L’annonce insiste sur la tolérance, le développement personnel, l’écoute et le lien social, sans exigence préalable.

Royaume-Uni – santé publique

Un dépistage du cancer de la prostate réunit un nombre record de participants à Worthing
The Argus – Royaume-Uni – Publication : 23 septembre 2026 – Langue d’origine : anglais – Lire la source
Le quotidien local rapporte que 1 200 hommes ont participé au rendez-vous annuel de dépistage organisé par les Lions de Worthing, l’association PCaSO et les francs-maçons de la ville. L’article n’était pas accessible lors de la vérification ; ces éléments proviennent donc de l’extrait Google Alerts. L’initiative montre une coopération locale concrète autour de la prévention.

États-Unis – histoire et migrations

Franc-maçonnerie, immigration et formation de l’Amérique ancienne
The Magpie Mason – blog – États-Unis – Publication : 23 septembre 2026 – Langue d’origine : anglais – Lire la source
Le blog relaie une conférence de l’historien Glenn Kreisberg consacrée aux liens entre fraternités maçonniques, migrations et construction sociale de l’Amérique ancienne. La page renvoie à une rencontre annoncée dans les Catskills. Le site ayant bloqué l’accès automatisé, cette notice demeure fondée sur l’extrait indexé et l’agenda public correspondant, sans prétendre résumer l’intervention elle-même.

Au fil de ces regards croisés, cette revue de presse invite à prolonger la réflexion, à confronter les points de vue et à demeurer attentifs aux mouvements de notre temps, dans un esprit de liberté, de vigilance et de fraternité.

Mes très chères Sœurs, mes très chers Frères, nous vous souhaitons une bonne lecture.
Ainsi va le Monde…

GL-AMF : la Maison Écossaise au bord de la sécession, l’Alliance sans aucun candidat consensuel

DOSSIER SPÉCIAL — GRANDE LOGE DE L’ALLIANCE MAÇONNIQUE FRANÇAISE (2/2)

À un mois du Congrès, notre première enquête avait révélé des comptes fragilisés, des décisions d’Assemblée Générale non exécutées et un Grand Maître sortant refusant de s’expliquer. En examinant l’ensemble des candidatures déposées pour cette élection et une note stratégique interne consacrée aux enjeux du scrutin, 450.fm a voulu comprendre ce qui se joue réellement le mois prochain. Le tableau qui s’en dégage est celui d’une obédience à la croisée des chemins : sa Maison la plus importante, celle du Rite Écossais Ancien et Accepté, y est décrite comme menacée d’une rupture avec le Suprême Conseil qui encadre ses hauts grades, quatre candidats se disputent la Grande Maîtrise sans qu’aucun ne rassemble une adhésion évidente, et un Bureau National déjà recomposé par ordonnance avant même le vote.

Un Congrès qui peut faire, ou défaire, l’Alliance

Dans un mois, les délégués des quelque 700 Loges de la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française (GL-AMF) devront à la fois approuver — ou non — des comptes 2025 que le Conseil de Surveillance a lui-même qualifiés d’insatisfaisants sur plusieurs points, et élire l’équipe appelée à diriger l’Obédience pour le mandat 2027-2029. Notre première enquête avait documenté, pièces à l’appui, les zones d’ombre de ce bilan. Une note d’analyse stratégique interne, consacrée spécifiquement aux enjeux de cette élection et que notre rédaction a pu consulter, va plus loin : elle décrit une obédience à un moment charnière de son existence, où l’issue du scrutin engagerait la survie même de l’Alliance sous sa forme actuelle.

Cette note, dont le ton résolument engagé et la connaissance fine des dossiers internes suggèrent qu’elle émane de Frères proches de la mouvance écossaise traditionnelle, ne constitue pas en elle-même une source neutre : elle défend une lecture particulière de la situation, favorable à un resserrement des liens avec le Suprême Conseil pour la France (SCPLF). 450.fm la restitue ici comme un document de campagne parmi d’autres, révélateur des lignes de fracture internes, et non comme un constat que notre rédaction aurait vérifié de manière indépendante dans tous ses chiffres.

Le Rite Écossais, 72 % des effectifs, une Maison au bord de la rupture

Un modèle de tablier au grade de « maître » du Rite écossais ancien et accepté.

Le constat de départ, lui, est difficilement contestable : le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) représente à lui seul environ 72 % des effectifs de l’Alliance, et c’est autour de lui que l’Obédience s’est constituée en 2012, les autres Maisons de Rite s’y étant agrégées par la suite.

« La Direction actuelle de la maison du REAA s’oppose depuis 6 ans à la Tradition : une vision du Rite en 3 degrés. […] Plus grave, l’équipe actuelle instille l’idée que le REAA est un rite en 3 degrés qui se suffit à lui-même dans les Loges symboliques. Nous serions des Side-Degrees, par nature superfétatoires. »

Le document égrène une série de griefs présentés comme des faits — parmi lesquels une baisse de 50 % en cinq ans du nombre de « Maîtres Secrets » rejoignant la juridiction du Suprême Conseil, des démissions massives de Maîtres estimant ne plus avoir de perspective de progression, et l’éviction progressive des Grands Experts Régionaux liés à cette juridiction. Nous n’avons pas été en mesure, à ce stade, de vérifier ces chiffres de manière indépendante ; ils sont rapportés ici comme l’expression d’un point de vue interne, clairement partisan, et non comme des données établies par notre rédaction.

Ce que confirme en revanche notre première enquête, à partir de sources documentaires distinctes, c’est l’existence bien réelle d’une tension avec le SCPLF : selon plusieurs sources internes à l’Obédience, celui-ci aurait mis en demeure le Bureau National de mettre fin à des pratiques rituéliques jugées déviantes, sous peine de reprendre la délégation qu’il accorde à l’Alliance pour administrer les trois premiers degrés au nom de ses quelque 4 000 à 4 500 Frères concernés. La note stratégique interne, sur ce point, est sans ambiguïté sur l’alternative qui se dessinerait :

« Dans ce contexte, une réaction du SCPLF est inévitable. […] 2 alternatives s’offrent donc à lui : la scission — une nouvelle organisation purement écossaise est créée en étroite relation avec le SCPLF [sur le modèle de la relation entre la GLDF et le SCDF] — ou la réforme de l’intérieur, dont l’élection est le premier étage de la fusée, avec un AGM qui travaillerait en étroite relation avec le SCPLF. »

Autrement dit : selon cette lecture, l’issue de l’élection à la tête de la seule Maison du REAA — et pas seulement celle du Grand Maître — pourrait déterminer si l’Alliance conserve dans son giron les trois quarts de ses effectifs pratiquant l’Écossais ou si cette partie nettement majoritaire s’en détache pour créer une nouvelle structure en lien exclusif avec le Suprême Conseil Pour la France…

Quatre prétendants à la Grande Maîtrise, aucune évidence

Sur cette toile de fond, quatre Frères ont déposé leur candidature à la succession de Pierre Lucet. 450.fm a pu consulter l’intégralité des professions de foi et curriculum vitae des quatre candidats. Aucun des quatre profils ne s’impose comme le choix évident d’une majorité de délégués — chacun incarnant une réponse différente, parfois ouvertement opposée, à la crise que traverse l’Obédience.

Arn∴ Ric∴ : le candidat de la gouvernance partagée

Retraité, ancien commissaire aux comptes, franc-maçon depuis 44 ans et actuel président du Conseil de Surveillance — l’organe même qui a dressé le constat sévère sur la gestion de Marseille, de Lyon et de la Trésorerie —, Arn∴ Ric∴, 66 ans, se présente en garant institutionnel. Son projet insiste sur la transparence budgétaire (« je présenterai des comptes intermédiaires à l’assemblée générale d’octobre »), la création d’un échelon régional inexistant à ce jour, et une révision des équilibres institutionnels de l’Alliance après quinze ans d’existence. Il sera accompagné, s’il est élu, par Guy∴ Wil∴, actuel Assistant Grand Maître de la Maison du Rite Écossais Rectifié.

Sa position à la tête du Conseil de Surveillance lui donne une légitimité particulière pour porter un discours de rigueur de gestion — mais elle l’expose aussi à la question inverse : en tant que président de cet organe de contrôle depuis 2024, pourquoi les manquements qu’il a lui-même signés dans son rapport n’ont-ils pas été corrigés avant l’échéance électorale ?

Jea∴ Dum∴ : le candidat de la continuité assumée

Journaliste et éditeur de formation, l’un des cofondateurs de l’Alliance en 2012, actuel Premier Grand Surveillant et ancien directeur des Cahiers de l’Alliance, Jea∴ Dum∴, 69 ans, défend une ligne de continuité explicite. Sa profession de foi ne mentionne à aucun moment les dossiers immobiliers, la trésorerie ou la tension avec le SCPLF déjà documentés par ailleurs ; elle affirme au contraire que « l’heure n’est ni à la rupture ni à l’agitation » et que l’Alliance « dispose d’institutions solides, d’une gestion saine ». C’est le seul des trois candidats à revendiquer aussi directement l’héritage de la mandature sortante.

Cla∴ Sei∴ : le candidat qui nomme les erreurs

À 87 ans, courtier en assurances et membre du Conseil des Sages depuis la création de l’Alliance, Cla∴ Sei∴ est le seul des trois candidats étudiés à évoquer explicitement, dans sa profession de foi, la gestion contestée du mandat qui s’achève — sans jamais nommer son prédécesseur. Sa profession de foi, construite autour du mot « simplicité », est aussi la plus ouvertement critique :

« Des erreurs de gestion sont venues obérer une partie de vos efforts. Je ne veux ni les minimiser, ni m’en servir. Je veux qu’elles ne se reproduisent plus. Je m’y engage, ici, solennellement. […] Une obédience ne meurt pas d’un coup. Elle s’éteint à bas bruit, par renoncements successifs, sans que personne ne s’en aperçoive vraiment, jusqu’au jour où il est trop tard. Le premier risque, c’est l’opacité. »

Cla∴ Sei∴, profession de foi, candidat à la Grande Maîtrise, 10 juillet 2026

Il sera épaulé, en cas de victoire, par Lau∴ Qui∴ comme Député. Son âge — 87 ans à la prochaine mandature — en fera, s’il est élu, l’un des plus anciens Grands Maîtres de l’histoire de l’Alliance, un paramètre que certains délégués pourraient mettre en balance avec la franchise de son discours.

Nic∴ Val∴ : le candidat qui vient du cœur du REAA — et s’y oppose

Cadre commercial retraité dans le secteur automobile, 76 ans, franc-maçon depuis 25 ans, Nic∴ Val∴ est, des quatre candidats, le seul dont tout le parcours interne à l’Alliance s’est fait au sein de la Maison du REAA elle-même : Grand Expert Régional, Grand Expert, Député Assistant Grand Maître, puis Assistant Grand Maître de cette Maison à une période antérieure à l’actuel titulaire, Jea∴ Uss∴. C’est aussi, des quatre professions de foi que nous avons pu consulter, la seule à reconnaître ouvertement un climat de crise, dès ses premières lignes :

« Aujourd’hui, je la sens fragilisée. Des tensions inutiles, des zones d’ombre, des décisions mal comprises : autant de signaux qui nous invitent à revenir à l’essentiel, à nos principes fondateurs qui ont prévalu à sa création en 2012. »

Nic∴ Val∴, profession de foi, candidat à la Grande Maîtrise, 5 juillet 2026

Sur le fond, pourtant, sa réponse à la crise du REAA prend le contre-pied exact de la voie que recommande la note stratégique interne évoquée plus haut. Là où celle-ci appelle à un rapprochement du SCPLF, Nic∴ Val∴ inscrit, dans son deuxième axe de campagne intitulé « Une indépendance affirmée », l’engagement inverse : « Préserver la souveraineté de l’Alliance en maintenant une séparation stricte et respectueuse avec les juridictions des grades de perfection. » Venant du candidat le plus expérimenté sur les dossiers propres au REAA, cette prise de position — la seule, parmi les quatre candidatures à la Grande Maîtrise, à aborder même indirectement la question du Suprême Conseil — indique que la ligne dite de « la réforme de l’intérieur en lien avec le SCPLF », si elle existe vraiment comme option, ne trouve pas de porte-parole déclaré à ce niveau de l’élection – y compris chez l’ancien AGM du Rite. Il sera épaulé, s’il est élu, par Cla∴ Cél∴, ancien Assistant Grand Maître de la Maison du Rite Émulation, comme Député Grand Maître.

Billet d'un dollar, pyramide
Partie d’un billet d’un dollar.

De l’aveu même de la note stratégique interne, « aucun des 4 candidats ne fait une unanimité totale », pléonasme versant dans l’hyperbole pour souligner, à la manière d’une litote, qu’à ce stade, aucun nom ne semble réunir d’emblée une majorité de suffrages — situation rare pour une Obédience qui n’a connu, à sa tête, en quinze ans d’existence, que des successions relativement consensuelles. L’examen des quatre professions de foi le confirme : la continuité (Jea∴ Dum∴), la réforme institutionnelle et budgétaire (Arn∴ Ric∴), l’aveu des erreurs passées (Cla∴ Sei∴) et l’indépendance souverainiste vis-à-vis des juridictions de hauts grades (Nic∴ Val∴) tracent quatre lignes de crête distinctes, sans qu’aucune ne semble s’imposer.

REAA : trois candidats issus du sérail, un silence unanime sur la crise

Si l’avenir du REAA au sein de l’Alliance se joue en partie à la tête de sa Maison, l’examen des trois candidatures déposées pour la fonction d’Assistant Grand Maître (AGM) de cette Maison offre un enseignement à contre-courant du ton alarmiste de la note stratégique : aucun des trois candidats — Jér∴ Bel∴, Thi∴ Cam∴ et Bru∴ Pal∴ — n’évoque, dans sa profession de foi publique, ni le Suprême Conseil, ni la menace de reprise de délégation, ni même la moindre allusion à une quelconque tension avec la « Juridiction ». Les trois textes se ressemblent jusque dans leur vocabulaire : proximité avec les Loges, fidélité à la tradition, fraternité, écoute — un registre consensuel qui tranche avec la gravité de la situation décrite en interne.

Les trois profils, en outre, sont d’authentiques héritiers de l’équipe sortante plutôt que des candidats de rupture. Jér∴ Bel∴, 59 ans, négociant dans l’industrie, est l’actuel Député Assistant Grand Maître de Jea∴ Uss∴, l’AGM REAA sortant explicitement visé, sans être nommé, par les critiques de la note stratégique ; il propose de nommer à son tour Jea∴ Cai∴ comme son Député. Thi∴ Cam∴, 74 ans, gérant de société retraité, siège depuis la création de l’Alliance au Bureau National et au Conseil du Rite. Bru∴ Pal∴, chef d’entreprise, a été pendant six ans Grand Hospitalier de la Maison ; il propose Jea∴ Mén∴ comme Député.

Aucun des trois ne revendique le profil que la note stratégique appelle de ses vœux pour désamorcer la crise — « un AGM qui travaillerait en étroite relation avec le SCPLF ». Le seul candidat à cette élection à prendre position, même indirectement, sur ce dossier n’est pas l’un de ces trois-là, mais Nic∴ Val∴ — lui-même ancien Assistant Grand Maître de cette Maison — candidat à la Grande Maîtrise, et c’est pour défendre la position inverse de celle que recommande la note : la séparation plutôt que le rapprochement (voir plus loin). Si cette note reflète réellement un courant d’opinion présent parmi les Frères du Rite, l’absence de tout candidat déclaré à cette ligne de réconciliation, à quelque niveau que ce soit de cette élection, pose une question simple : qui, au sein de la future équipe dirigeante de l’Alliance, sera en mesure de renouer le dialogue avec le Suprême Conseil, si personne ne s’en réclame publiquement ? Pourquoi ne pas entendre les 3 Assistants Grand Maître avant le vote afin qu’ils expriment leurs positions effectives ?

Un Bureau déjà recomposé, avant même le vote

Notre première enquête avait révélé, sur la foi du rapport du Conseil de Surveillance, qu’un nouveau Trésorier avait été nommé au cours de l’exercice 2025 « sans le soumettre à ratification par l’AG, donc non conformément aux statuts ». 450.fm a pu se procurer les deux ordonnances signées de la main du Grand Maître qui documentent, avec une précision qu’aucun rapport ne pouvait donner, l’ampleur exacte de ce remaniement : le même jour, le 1er janvier 2026, Pierre Lucet a nommé par ordonnance un nouveau Grand Secrétaire, Ren∴ Lav∴, en remplacement de Pas∴ Del∴, et un nouveau Grand Trésorier, Thi∴ Les∴, en remplacement de Max∴ Gri∴.

Le texte même de l’ordonnance relative à la Trésorerie prévoyait explicitement que « la ratification sera proposée lors du Congrès le plus proche » — soit celui d’octobre 2025. Or c’est précisément l’absence d’une telle ratification que le Conseil de Surveillance a constatée et dénoncée dans son rapport pour l’exercice 2025. Les deux plus hautes fonctions administratives de l’Alliance après celle de Grand Maître ont donc changé de titulaire, le jour de l’An, par la seule signature du Grand Maître sortant — quelques mois avant que les délégués ne soient appelés à choisir son successeur, et sans que la procédure de ratification prévue par les statuts n’ait, à notre connaissance, été menée à son terme depuis.

Les autres Maisons de Rite : la continuité, sauf au Rite Standard d’Écosse

En dehors du REAA et de la Grande Maîtrise, l’essentiel des dix autres candidatures examinées par 450.fm dessine un paysage électoral d’une tout autre nature : celle de successions préparées de longue date, sans opposition déclarée. À la Maison du Rite Écossais Rectifié, Hen∴ Fou∴, 64 ans, se présente seul. À la Maison du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, Mar∴ Jai∴ se présente pour succéder à Jac∴ Gal∴, qui l’a lui-même choisi comme Député avant de le pousser vers sa succession, et propose à son tour Chr∴ Ber∴, l’actuel Grand Secrétaire de la Maison, comme son propre Député. À la Maison du Rite Français, Vin∴ Laf∴ se présente également sans opposition, dans la continuité directe de son prédécesseur — dont la profession de foi rappelle qu’il fut lui-même formé, entre autres, par Pierre Lucet, alors responsable de cette même Maison avant d’accéder à la Grande Maîtrise. À la Maison du Rite Émulation, enfin, Eri∴ Lem∴, 39 ans de maçonnerie derrière lui, se présente seul également, avec Jea∴ Gri∴ comme Député pressenti.

Seule la Maison du Rite Standard d’Écosse échappe à cette logique de succession fléchée : deux candidats s’y affrontent, Hat∴ Bou∴, actuel Grand Secrétaire de la Maison, et Fra∴ Mei∴, qui se présente avec Pat∴ Bou∴ (sans lien de parenté avec le précédent, la coïncidence des initiales n’étant due qu’au hasard des patronymes) comme Député pressenti. Les deux professions de foi, ici encore, se rejoignent largement sur le fond — stabilité de la Maison, fidélité au rituel, rayonnement du Rite — sans que l’une ou l’autre ne revendique une ligne de rupture avec la mandature sortante.

Ce contraste mérite d’être souligné : sur seize candidatures examinées, deux Maisons seulement font l’objet d’une compétition réelle — Le REAA et le Rite Standard d’Écosse — tandis que le reste de l’appareil dirigeant de l’Alliance se renouvelle par cooptation, chaque Assistant Grand Maître sortant désignant son propre successeur parmi ses Députés. Un mode de fonctionnement qui peut se lire comme un gage de stabilité et de continuité du travail rituel — ou comme une forme de renouvellement interne limité, que la note stratégique interne, sur un tout autre sujet, appelait déjà implicitement à interroger.

Intérieur loge Rite York autel et chaire VM Canada
Intérieur loge Rite York autel et chaire VM Canada

Ce que nous ne savons pas encore

Par souci d’exactitude, 450.fm précise les limites de cette édition, mise à jour depuis sa version initiale par la réception du dossier de candidature de Nic∴ Val∴ : les documents de candidature pour la Maison du Rite York ne nous sont toujours pas parvenus. La profession de foi de Fra∴ Mei∴ pour la Maison du Rite Standard d’Écosse ne nous est parvenue que partiellement. Ces éléments seront intégrés à notre couverture dès qu’ils auront pu être consultés dans leur intégralité, et nous nous efforcerons, comme pour le premier volet de ce dossier, de donner à chaque candidat la possibilité de compléter ou de nuancer ce qui est rapporté ici.

Quel Congrès pour quelle Alliance ?

Dans un mois, les délégués des Loges de l’Alliance devront donc trancher, le même jour, la question des comptes déjà documentée dans notre premier volet et celle, plus existentielle encore, de la direction à donner à une Obédience dont la Maison fondatrice — le REAA — est décrite, par une partie au moins de ses membres, comme menacée d’une rupture avec les hauts grades qui l’ont vue naître. Les quatre candidats à la Grande Maîtrise offrent quatre lectures incompatibles de la situation : la continuité assumée, la réforme institutionnelle et budgétaire, l’aveu explicite d’erreurs passées, ou l’indépendance souverainiste vis-à-vis des juridictions de hauts grades. Aucun, à ce stade, ne semble rassembler une majorité évidente. Et parmi les trois candidats à la tête de la Maison la plus directement concernée par le risque de scission, aucun n’a choisi, publiquement du moins, d’en faire un axe de sa campagne — seul le candidat à la fonction suprême le plus rompu aux dossiers du Rite, Nic∴ Val∴, ose en dire quelque chose, et c’est pour prendre le contre-pied de la voie du rapprochement.

Cette absence de consensus, sur fond de gestion déjà fragilisée, place l’Alliance devant un choix dont la portée dépasse la seule question des personnes : celui de savoir si le Congrès d’octobre sera le moment d’un sursaut de transparence et d’unité, ou l’acte de naissance d’une fracture entre les Frères du plus ancien et du plus important de ses Rites. 450.fm suivra ce dossier jusqu’au Congrès, et au-delà.

Méthodologie et sourcing : Cette enquête s’appuie sur les professions de foi et curriculum vitae officiels de quinze des seize candidats déclarés pour l’élection 2026 de la GL-AMF — les quatre candidats à la Grande Maîtrise et onze candidats aux dix Maisons de Rite représentées, le dossier du candidat à la Maison du Rite York n’étant pas parvenu à notre rédaction —, tels que déposés auprès du Conseil des Sages de l’Obédience ; sur une note d’analyse stratégique interne consacrée aux enjeux de cette élection, dont le point de vue partisan est signalé chaque fois qu’elle est citée ; sur deux ordonnances du Grand Maître datées du 1er janvier 2026 ; et sur les constats déjà établis dans notre article du 23 septembre 2026, « 3 ans de mandat de Pierre Lucet à la GL-AMF ». Conformément à l’usage retenu pour ce volet, les noms des personnes citées à partir de documents internes ou de candidature sont rendus sous la forme de leurs initiales, à la seule exception de Pierre Lucet, Grand Maître sortant, qui a expressément autorisé la citation de son nom complet. Les chiffres et affirmations attribués à la note stratégique interne n’ont pas tous pu être vérifiés de manière indépendante par notre rédaction et sont rapportés comme tels ; 450.fm sollicitera chacun des candidats cités pour toute mise au point qu’il souhaiterait voir publiée.


Lire l’article un de cette série

La falaise et le bloc – Dans la Paume du Monde c.2

Deuxième chronique d’une série de seize sur la soustraction, tirée de « Dans la paume du monde » (Éditions L.O.L., 2026). La précédente laissait le singe dans la main du Bouddha et posait une question : qui tient le ciseau. Celle-ci pose la formule.

Deux choses perdent de la matière, et je voudrais qu’on les regarde côte à côte. La mer ronge la falaise ; elle en emporte à chaque marée, siècle après siècle, et ce qui en reste est ce qu’il y avait, en moins. La falaise ne devient pas meilleure falaise. Elle devient moins de falaise, et un jour elle n’est plus rien du tout. Le maillet entame le bloc ; il en fait tomber davantage, plus vite, plus violemment que la mer ne prend à la craie. Et ce qui reste se réorganise : les faces se répondent, les arêtes s’alignent, une géométrie paraît que la matière retirée tenait cachée. Même perte, deux destins. 

La différence n’est pas morale. Elle n’est pas dans la quantité, ni dans la violence, ni dans l’intention de qui frappe, puisque la mer n’a pas d’intention et que le tailleur maladroit ruine une pierre aussi sûrement qu’une falaise. Elle est dans ce qui vient après le retrait. D’un côté, ce qui reste demeure tel quel, en moins. De l’autre, ce qui reste se recompose.

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De la main au billet gagnant : retirer pour révéler

Regardez votre main. Vers la sixième semaine, la plaque qui deviendra cette main est une palette, et les cinq rayons digitaux y sont dessinés sans être séparés. Rien ne viendra sculpter les doigts du dehors. Entre la septième et la huitième semaine, les cellules situées entre les rayons reçoivent l’ordre de mourir ; les protéines de la famille BMP portent le signal, et les facteurs qui maintenaient ces cellules en vie se retirent au même moment. Il faut à la fois qu’un ordre arrive et qu’un soutien cesse. La forme humaine la plus reconnaissable, celle de la main qui tient le maillet, est le résultat d’un suicide cellulaire ordonné. Et pour qu’on ne prenne pas cela pour une image, la nature fournit la contre-épreuve. Le canard a la même palette au même stade ; chez lui, le signal de mort n’est pas exprimé entre les doigts, et la palme demeure. La membrane du canard n’est pas un ajout. C’est une soustraction qui n’a pas eu lieu. Le cerveau d’un enfant fait la même chose, plus lentement : il perd des connexions par millions, et les circuits survivants ne se contentent pas de rester, ils se recâblent et prennent des fonctions que l’encombrement leur interdisait.

Les ingénieurs ont rencontré la même différence sans la chercher, et ils lui ont donné le nom d’un jeu de hasard. En 2019, Jonathan Frankle et Michael Carbin ont montré qu’un réseau de neurones dense, initialisé au hasard, contient déjà un sous-réseau capable, entraîné seul, d’atteindre la même exactitude que le réseau entier, alors qu’on lui a retiré entre 85 et 95 % de ses paramètres. Ils l’ont appelé le billet gagnant. Le point qui doit arrêter le lecteur est celui-ci : le sous-réseau n’a pas été construit par l’élagage, il était là dès le tirage, et l’élagage n’a fait que le découvrir. Le remettre au hasard le détruit. Une pierre brute dont la forme était dedans, et une opération qui ne l’ajoute pas mais la dégage.

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La formule : retrancher, recomposer, recommencer

J’écris donc la chose ainsi. Un état ; un opérateur qui retire selon l’environnement ; un substrat qui subsiste ; un opérateur qui recompose ; et le cycle qui reprend sur le résultat. Qui n’aime pas les formules traduira sans rien perdre : on retranche, ce qui reste se réagence, on recommence. Trois affirmations sont logées là-dedans, et ce ne sont pas des définitions, car une définition ne peut pas être fausse.

La première est que le retrait dépend de la destination. Le même bloc, promis à un linteau ou à une clé de voûte, n’appelle pas les mêmes coups. Une clé veut des faces qui divergent, un linteau des faces parallèles, et la matière qu’il faut ôter pour l’une est exactement celle qu’il faut garder pour l’autre. Deux ouvriers également habiles feront tomber des choses opposées sans qu’aucun se trompe. Il n’existe donc pas de superflu en soi ; il n’existe que du superflu au regard d’une fin, et la fin n’est pas dans la pierre. Retenez ce que cela engage : celui qui fixe la destination décide du superflu sans jamais toucher au ciseau, et c’est de lui qu’il faudra parler avant de parler des outils.

La deuxième est que le retrait précède la recomposition. J’affirme un ordre et j’interdis la lecture inverse, celle où l’on atteindrait d’abord la forme pour ôter ensuite ce qui n’y sert plus. Un contre-exemple établi me forcerait à restreindre la formule à une classe de processus. Je n’en connais pas.

La troisième est que la recomposition n’est pas rien. C’est la seule qui sépare tout ceci d’une description de l’usure, et c’est la plus difficile à établir, parce qu’il est facile de montrer qu’on a retiré et malaisé de montrer que ce qui reste s’est réagencé plutôt qu’appauvri. On y reviendra avec un carnet et un dé.

Trois refus et un adversaire sérieux, Simone Weil

Trois refus l’accompagnent, et ils valent autant. La formule ne promet aucune amélioration : quand le signal de mort déborde sa zone, les doigts ne se séparent pas mieux, ils se raccourcissent ; un retrait mal indexé ne donne pas une forme plus fine, il donne une forme fausse. Elle ne promet aucune conservation : rien ne persiste sous l’opération, on ne remonte pas de l’état successeur à l’état d’origine, et Canguilhem le disait déjà de la guérison, qui n’est jamais un retour mais l’institution de normes nouvelles. Elle ne promet aucun terme, et ce refus est le plus lourd. La pierre cubique, celle qu’on tient pour achevée, n’est pas un état où l’on s’assied ; c’est une direction. Qui la croit finie pose son maillet, et poser son maillet, dans une opération qui se reprend, n’est pas se reposer au sommet. C’est commencer lentement à ne plus convenir.

On m’objectera que j’aligne trois registres qui ne se doivent rien, et que trois ressemblances ne font pas une loi. C’est juste et j’y reviendrai dans deux semaines.

Il existe en revanche une pensée pour laquelle tout ceci serait un contresens, et c’est la seule que je tienne pour un adversaire sérieux. Simone Weil nomme décréation le mouvement par lequel un être défait en lui ce qui dit je, non pour devenir meilleur, mais pour laisser la place. Chez elle, le retrait est la fin et non le moyen, et la recomposition qui suit n’est plus l’ouvrage de celui qui s’est retiré. Je ne réfute pas cela. Je note que je décris un tailleur qui reste, et qu’elle décrit une pierre qui consent à n’être plus une pierre ; le lecteur choisira laquelle des deux il reconnaît dans sa propre vie.

Ciseau, fil à plomb : les trois gestes du tailleur de pierre

Reste à distinguer les gestes, car un tailleur ne possède pas un outil mais trois, et celui qui les confond ruine sa pierre. Le ciseau détache un éclat à l’endroit où on le pose : c’est le retrait, la suppression d’éléments, la seule forme qui laisse un tas au pied de l’établi et qu’on peut compter le soir. Le fil à plomb ne retire rien ; le maçon le pose contre le mur qu’il vient de monter et le regarde pendre. Le mur est intact et il est condamné. Quelque chose est tombé, qui n’était pas de la matière : la validité d’un cadre que les faits démentent. La troisième ne supprime ni éléments ni structures ; elle abat la cloison de planches entre deux ateliers, et deux hommes qui ne se voyaient pas découvrent en une heure une manière de faire qu’aucun n’aurait trouvée seul. Le retrait a porté sur une planche.

Trois gestes, donc, et une question qui vaut pour chacun : quel genre de chose tombe quand il sert. Une matière, une croyance, ou une séparation. On peut retenir la question sans rien savoir des outils.

Les confondre n’est pas une faute d’école. L’homme qui prend pour une anomalie ce qui n’était qu’un élément de trop démolit sa maison parce qu’une tuile manque ; celui qui prend pour un élément de trop ce qui était une anomalie remplace des tuiles sur une charpente pourrie. Il vaut la peine de demander lequel des trois nos machines exécutent. Elles font le premier à une échelle inouïe ; elles se prêtent au troisième en mettant en rapport des domaines qui s’ignoraient ; elles ne font jamais le second. Rien en elles ne rencontre l’anomalie qui rend un cadre intenable, parce qu’il faudrait d’abord tenir un cadre. Et seule la première salit le sol.

Cette chronique se prolonge et se débat si l’on démontre un processus de formation, où la forme est atteinte d’abord et le superflu ôté ensuite, ou bien un retrait dont le résidu se réagence sans qu’aucune destination l’ait indexé.

La semaine prochaine, on comptera ce que pèse une décision qui ne touche pas la pierre : quatre mots d’un maître d’œuvre, et quarante-sept avenirs qui tombent.

Julien Cartier

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Il fut Pic de la Mirandole – Chapitre 14 – Les vents mauvais

Chapitre précédent ici.

1492 fut une année de ruptures.

En avril, Laurent de Médicis mourut.

Il avait quarante-trois ans. La goutte, cette ennemie fidèle, l’avait depuis des années rongé, mais sa mort fut soudaine : une aggravation brutale de la maladie rénale qui l’accompagnait depuis longtemps, une semaine de souffrance, et puis la fin, dans sa villa de Careggi, entouré de ses fils, de ses amis humanistes et de Savonarole qui lui donna l’absolution.

La mort de Laurent fut pour Giovanni quelque chose d’irréparable.
Ce n’était pas seulement la perte d’un protecteur bien que cette perte-là fût réelle et dangereuse. C’était la perte d’un monde.
Laurent avait été, pendant ces années florentines, le garant d’une certaine idée de la vie : l’idée qu’on pouvait penser librement sous la protection de la beauté, que le mécénat intelligent était une forme de justice, que la cité pouvait être à la fois prospère et belle et sage. Avec lui disparaissait cette idée-là,  ou du moins, le sol sous ses pieds.

Giovanni apprit la nouvelle à Querceto. Il resta tout le jour dans son studiolo, sans manger, sans lire, regardant par la fenêtre les oliviers dans le vent d’avril.

Le soir, Ficin vint.
Ficin avait soixante ans. Il était plus petit, légèrement plus courbé, et il avait ce soir-là le visage d’un homme qui a perdu quelque chose d’essentiel. La mort ne le surprenait plus à son âge, c’était juste une douleur profonde, intime, qu’il n’essayait pas de dissimuler.

Il s’assit en face de Giovanni. Ils restèrent silencieux un long moment.
— Il nous a donné vingt ans, dit Ficin enfin. Vingt ans de liberté pour penser. C’est plus que la plupart des hommes n’ont dans une vie entière.
— Oui, dit Giovanni.
— Il a lu l’Heptaple deux jours avant de mourir. Il m’a dit que c’était le plus beau livre de notre siècle. J’ai cru qu’il exagérait. Maintenant je pense qu’il avait raison.
— Il avait souvent raison sur les choses importantes.

Un silence encore. Dehors, une chouette appela.
— Son fils, dit Ficin, ne sera pas son père.
— Non, en effet.
— Pierre est… moins.
C’était l’euphémisme complet pour une réalité que tous deux connaissaient : Pierre de Médicis, qui allait maintenant gouverner Florence, n’avait ni le génie politique de son père, ni sa culture, ni sa capacité à tenir ensemble les multiples fils de la réalité florentine.
— Il est vain, impulsif, incapable de la longue vue que Laurent possédait comme un sixième sens, confia Ficin.
— Il va faire des sottises, dit Giovanni.
— Oui. Et les Médicis seront chassés.
— Vous le croyez vraiment ?
Ficin hocha la tête lentement.
— Savonarole le croit depuis des années. Et Savonarole, sur ce sujet… je crains qu’il ne voie juste.

La mort d’Innocent VIII cet été-là, et l’élection de Rodrigo Borgia sous le nom d’Alexandre VI, changèrent la situation de Giovanni. Les bulles d’absolution arrivèrent en juin 1493, le nouveau pape, plus pragmatique et moins théologique que son prédécesseur, n’avait aucune raison de maintenir une condamnation qui ne lui avait jamais appartenu.

Giovanni était libre, officiellement. Mais la liberté avait un goût amer, cette année-là.

Après la mort de Laurent, Giovanni se rapprocha de Savonarole d’une façon qui déconcerta ses amis humanistes. Politien, qui restait fidèle à une vision du monde que l’austérité savonarolienne menaçait, observait avec une inquiétude croissante la fascination de Giovanni pour le moine dominicain. Ficin, plus prudent, tentait de maintenir des ponts entre les deux mondes qui semblaient irréconciliables.

Mais Giovanni ne se convertissait pas au savonarolisme. Il faisait quelque chose de plus subtil et de plus personnel : il intégrait la dimension prophétique de Savonarole dans sa propre vision du monde.Il reconnaissait dans l’insatisfaction fondamentale du moine, son refus de se contenter d’une Florence belle mais injuste, son exigence d’une conversion authentique du cœur, quelque chose de vrai que l’humanisme de salon avait tendance à esquiver.

Il dédia à Savonarole son dernier grand ouvrage, les Disputationes adversus astrologiam divinatricem, une attaque systématique contre l’astrologie divinatoire. Ce livre était à bien des égards la synthèse de tout son parcours intellectuel : la défense de la liberté humaine contre le déterminisme astral, la conviction que l’homme n’est pas gouverné par les étoiles mais par sa propre volonté, l’affirmation que la dignité humaine requiert la liberté, et que la liberté est incompatible avec toute prédiction mécanique du destin.

C’était, en un sens, le prolongement naturel du Discours sur la Dignité de l’Homme. Là où le Discours affirmait positivement la liberté, les Disputationes la défendaient contre ses ennemis.

— Vous avez passé votre vie à défendre la liberté, lui dit Ficin un matin de printemps 1494, dans le studiolo de Querceto, en feuilletant le manuscrit.
— J’ai passé ma vie à comprendre ce que la liberté signifie, dit Giovanni. Ce n’est pas la même chose.
— Et qu’est-ce qu’elle signifie ?
— Qu’on ne peut pas être libre à demi. Ou on croit que l’homme peut se définir lui-même et alors les étoiles, les humeurs, la race, le sang, tout ça ne compte pas plus que le vent. Ou on croit que la nature détermine la destinée et alors il n’y a ni liberté ni responsabilité, et la philosophie elle-même est inutile.
— La philosophie n’est jamais inutile.
— Non. Mais si les étoiles décident de tout, elle n’est que le spectacle de notre impuissance.
Ficin hocha la tête.
— Savonarole dit la même chose, en d’autres termes.
— Savonarole dit que la grâce libère. Je dis que la liberté est déjà là, dans notre nature, parce que Dieu l’y a mise en faisant l’homme à son image. Ce n’est pas tout à fait la même chose. Mais cela converge.

Ce printemps 1494, Giovanni maigrit.
Ce n’était pas la maigreur de l’ascète, il n’avait jamais pratiqué les mortifications physiques qui fascinaient Savonarole. C’était une maigreur progressive, qui venait de l’intérieur, une transparence croissante de la chair qui inquiéta d’abord ses domestiques, puis ses amis.
Ficin s’inquiéta.
— Vous ne mangez pas assez, dit-il.
— Je n’ai pas faim.
— Vous dormez combien d’heures ?
— Cinq. Quatre, parfois.
— Depuis combien de temps ?
Giovanni réfléchit.
— Des mois. Depuis l’automne.
— C’est la bile noire, dit Ficin, la mélancolie. Déjà hippocratique en parlait. Savez-vous que le premier « représentant » de la mélancolie fut Héraclite? C’est du moins ce qu’affirme Théophraste, successeur d’Aristote, à propos du philosophe d’Éphèse. Vous devriez ralentir. Prendre de l’air. Marcher plus.
— J’ai des livres à finir.
— Vos livres seront là après vous. Vous ne le serez pas.

Cette prophétie involontaire laissa Giovanni silencieux.

Il y avait, dans ces derniers mois, quelque chose de changé dans sa façon de voir le monde. Non pas une tristesse, ou pas seulement une tristesse, mais une sorte d’acuité nouvelle, comme si l’approche d’une limite rendait les choses plus claires. Il voyait Florence avec plus de netteté qu’il ne l’avait jamais vue. Il entendait les chants des oiseaux dans le jardin de Querceto avec une précision qui ressemblait à de la gratitude. Il lisait les textes anciens avec une intensité nouvelle, comme si chaque ligne pouvait être la dernière qu’il lisait.

Il écrivit, dans ces mois-là, des lettres à Politien, à Ficin, à Benivieni, à Mithridate, des lettres longues et inhabituellement personnelles pour lui, où quelque chose se disait qu’il ne disait pas ordinairement.
À Mithridate, il écrivit : « Je pense souvent à notre nuit à Paris, dans la chambre froide où les manuscrits occupaient plus de place que les hommes, et où nous avons travaillé jusqu’à l’aube sur des textes que personne d’autre en Europe ne lisait. J’ai été heureux cette nuit-là d’une façon que je comprends mieux maintenant. Peut-être que le bonheur, comme les couleurs de Botticelli, n’est visible que dans la lumière juste. Et la lumière juste vient souvent trop tard. »

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Jérôme Touzalin a rejoint l’Orient Éternel – Le dramaturge qui bâtissait des ponts entre les hommes

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Dramaturge, écrivain, librettiste, Franc-Maçon et cofondateur de la Grande Loge de l’Europe et de la Méditerranée, Jérôme Touzalin vient de quitter la scène des vivants. Il avait fait du théâtre un lieu où se dévoilent nos vérités derrière les masques, et de la Franc-Maçonnerie un espace où les différences pouvaient cesser d’être des frontières pour devenir des chemins de rencontre. À 85 ans, celui qui fut le premier Grand Maître de la GLEM laisse derrière lui des livres, des pièces, une Obédience, mais surtout une certaine idée de l’homme : fragile, contradictoire, perfectible et pourtant toujours capable de fraternité.

Il est des disparitions qui ressemblent à une extinction de lumière et d’autres qui nous obligent, au contraire, à regarder ce que cette lumière éclairait. Celle de Jérôme Touzalin, né le 23 février 1941 à Tours, appartient sans doute à cette seconde catégorie. Dramaturge de métier et Franc-Maçon de conviction, il aura passé une grande partie de son existence à observer les hommes, leurs mensonges et leurs fidélités, leurs masques et leurs vérités, leurs querelles et cette étrange faculté qui demeure la leur de recommencer à dialoguer lorsqu’ils semblaient condamnés à ne plus s’entendre.

Son parcours commence loin des Temples maçonniques. Après des études classiques à Châtellerault, Jérôme Touzalin gagne Paris. Il y rencontre l’univers intellectuel et théâtral de son temps, collaborant notamment avec l’académicien Thierry Maulnier et l’écrivain Gilbert Prouteau, tout en suivant l’enseignement de Tania Balachova, immense pédagogue du théâtre français. Ses pièces seront diffusées sur France Culture et France Inter, jouées à Paris, au Festival Off d’Avignon et, durant plusieurs années, au Québec, notamment à Montréal.

Sur la scène, les hommes ôtent leurs masques

Il y avait chez Jérôme Touzalin une interrogation qui traversait obstinément son théâtre : que disons-nous lorsque nous mentons ? Et que cachons-nous lorsque nous prétendons dire la vérité ? Le mensonge, loin d’être chez lui un simple ressort comique, devenait presque une petite métaphysique des relations humaines.

Mentir, y’a qu’ça d’vrai !, Le Passager clandestin, devenu au Québec Mon meilleur ami, Chloé, Futur intérieur, Auteur en panique, L’Homme et l’Oméga, Ne coupez pas, Mesdames ou encore L’Oreille du Président composent ainsi un théâtre où la gravité ne renonce jamais à l’humour et où l’ironie demeure une manière élégante de conduire le spectateur jusqu’à lui-même. Mentir, y’a qu’ça d’vrai ! reçut le prix Albert Willemetz ; Le Passager clandestin fut également distingué dans plusieurs festivals.

Il serait tentant d’établir ici un parallèle trop commode entre le théâtre et la Loge. Il existe pourtant entre eux une parenté troublante. Dans les deux cas, un espace est délimité. Des paroles s’y échangent selon un ordre particulier. Des hommes et des femmes y entrent pour devenir, pendant quelques instants, différents de ce qu’ils étaient dans la rue. Et surtout, le masque social peut parfois s’y fissurer.

Le dramaturge connaissait l’artifice des décors. Le Franc-Maçon savait que certains décors permettent précisément d’atteindre ce qui n’est pas artificiel.

De la parole théâtrale à la parole initiatique

Jérôme Touzalin ne se limita d’ailleurs jamais au théâtre parlé. Sa rencontre avec le compositeur Alain Krotenberg, en 1995, ouvrit une autre voie : celle de la musique et du livret. Il écrivit pour lui Sophia, puis l’Hymne pour l’Europe nouvelle, créé à l’église de la Madeleine le 9 décembre 2005. Vinrent également Le Chevalier armé pour le combat de la vie, oratorio maçonnique composé en 2007, et l’Hymne à la femme en 2008.

Ces titres disent déjà beaucoup de celui qui les écrivit : Sophia, la sagesse ; le chevalier confronté au combat de la vie ; l’Europe pensée comme horizon commun ; la femme célébrée comme présence essentielle. Derrière la diversité des formes apparaît une même recherche : comment l’être humain peut-il dépasser ce qui l’enferme ?

La Franc-Maçonnerie devint naturellement l’un des territoires privilégiés de cette interrogation. Jérôme Touzalin lui consacra notamment Promenades maçonniques, publié en 2017, participa à l’ouvrage collectif Causeries maçonniques et fit paraître en 2024 La Franc-maçonnerie ? Frappez et l’on vous ouvrira.

450.fm avait présenté ce dernier ouvrage lors de sa parution. Jérôme Touzalin y défendait une Franc-Maçonnerie débarrassée autant que possible des fantasmes qui l’entourent, attentive à ses symboles mais tournée vers l’humain. La diversité n’y était pas envisagée comme une menace contre laquelle il faudrait dresser des murailles, mais comme une richesse à partir de laquelle bâtir. La Franc-Maçonnerie apparaissait ainsi moins comme un refuge à l’écart du monde que comme une tentative de tracer, au milieu de ses violences, une voie plus apaisée.

Et son titre semble aujourd’hui prendre une étrange profondeur : « Frappez et l’on vous ouvrira. »

Toute initiation commence devant une porte. Toute existence, peut-être, s’achève devant une autre.

Bâtir une Obédience comme on ouvre un passage

Cette conviction devait prendre une forme institutionnelle lorsqu’en 2021, Jérôme Touzalin participa avec François Furia et Didier Aynoun à la fondation de la Grande Loge de l’Europe et de la Méditerranée – GLEM, dont il devint le premier Grand Maître.

Il ne s’agissait pas seulement d’ajouter une Obédience supplémentaire au paysage maçonnique. Dans son texte de présentation, la GLEM affirme sa volonté de travailler à une société pacifiée en faisant précisément de la diversité des cultures un lien fraternel. Elle veut inscrire son action dans cet espace européen et méditerranéen qui vit naître tant de civilisations, de religions et de philosophies mais fut aussi, durant des millénaires, le théâtre d’innombrables affrontements.

La Méditerranée prenait alors presque valeur de symbole initiatique. Elle sépare et relie. Elle fut frontière et passage, champ de bataille et route des marchands, des savants, des philosophes et des pèlerins. Autour d’elle naquirent Athènes, Jérusalem, Rome, Alexandrie, Byzance ; les trois grands monothéismes s’y rencontrèrent, mais aussi les héritages grecs, latins, arabes et berbères.

Vouloir y faire vivre une fraternité maçonnique relevait donc moins de la géographie que d’un projet.

Sous la Grande Maîtrise de Jérôme Touzalin, la GLEM affirma cette ambition de rencontres entre les cultures et les traditions. Son site rappelle aujourd’hui encore que la Franc-Maçonnerie ne saurait demeurer un simple « cercle d’études », mais doit chercher à donner une traduction concrète à ses ambitions humanistes par les rencontres, les conférences et les échanges entre les peuples.

En avril 2025, Jean-Michel Foulquié lui succéda à la Grande Maîtrise. Jérôme Touzalin devint alors Passé Grand Maître, restant auprès de l’Obédience qu’il avait contribué à édifier, avec cette place singulière qui appartient aux fondateurs : celle de ceux qui cessent un jour de conduire le chantier mais dont l’intention demeure inscrite dans les plans.

La dernière scène n’est jamais tout à fait la dernière

La mort d’un dramaturge possède quelque chose de particulièrement troublant. Toute sa vie, il a fait entrer et sortir des personnages. Il leur a donné des mots, organisé leurs rencontres, ménagé leurs silences. Il savait que le rideau finirait par tomber mais également qu’au théâtre, lorsque la représentation s’achève, quelque chose demeure dans celui qui a regardé.

Il en va peut-être ainsi de toute transmission initiatique.

Nous parlons beaucoup, en Franc-Maçonnerie, de pierre, d’architecture, de Temple et de chantier. Mais un Temple ne survit pas seulement par ses murs. Il demeure parce que des hommes et des femmes continuent le geste de ceux qui les précédèrent.

Jérôme Touzalin laisse ainsi derrière lui des textes que d’autres comédiens reprendront, des livres que d’autres lecteurs ouvriront, des réflexions que d’autres Frères et Sœurs prolongeront et une Obédience que d’autres continueront de bâtir.

Il laisse surtout cette intuition à laquelle son théâtre comme son engagement maçonnique semblent avoir constamment ramené : l’autre n’est jamais totalement celui que nous croyons connaître. Derrière le rôle, le masque, l’appartenance, la croyance, l’origine ou la frontière demeure un être humain dont il reste encore à découvrir le visage.

Peut-être est-ce finalement cela, frapper à la porte. ccepter que quelque chose puisse encore nous être ouvert.

À Jean-Michel Foulquié, Grand Maître de la Grande Loge de l’Europe et de la Méditerranée, aux Sœurs et aux Frères de la GLEM, à ceux qui travaillèrent avec Jérôme Touzalin, aux artistes qui portèrent ses mots sur scène, à ses lecteurs, à ses proches et à sa famille, 450.fm présente ses pensées les plus fraternelles et les plus émues.

Et puisque la tradition maçonnique nous enseigne que l’espérance doit subsister jusque dans l’épreuve de la séparation, reprenons les mots par lesquels le Grand Maître de la GLEM lui rend hommage :

Gémissons, gémissons, gémissons… mais espérons.

L’hommage officiel de la Grande Loge de l’Europe et de la Méditerranée – GLEM

Avant la nécrologie que nous consacrons à Jérôme Touzalin, nous donnons à lire ci-dessous l’hommage officiel publié par la Grande Loge de l’Europe et de la Méditerranée – GLEM, dont il fut l’un des fondateurs et le premier Grand Maître.

« Jérôme Touzalin, dramaturge, écrivain et bâtisseur de la Grande Loge de l’Europe et de la Méditerranée

La disparition de Jérôme Touzalin endeuille profondément la Grande Loge de l’Europe et de la Méditerranée, dont il fut l’un des fondateurs et le premier Grand Maître.

Né le 23 février 1941 à Tours, Jérôme Touzalin était un homme de lettres, un dramaturge reconnu et un franc-maçon profondément attaché à la transmission, au dialogue et à l’humanisme.

Après des études classiques à Châtellerault, il s’installa à Paris, où il collabora notamment avec l’académicien Thierry Maulnier et l’écrivain Gilbert Prouteau. Il suivit également l’enseignement de Tania Balachova, grande figure de l’art dramatique français.

Son œuvre profane est principalement consacrée au théâtre. Plusieurs de ses pièces furent diffusées sur France Culture et France Inter, puis représentées à Paris, au Festival Off d’Avignon et au Québec, notamment à Montréal.

Parmi ses œuvres les plus connues figurent Mentir, y’a qu’ça d’vrai !, Le Passager clandestin, repris au Québec sous le titre Mon meilleur ami, Chloé, Futur intérieur, Auteur en panique, L’Homme et l’Oméga, Ne coupez pas, Mesdames et L’Oreille du Président.

Son théâtre savait mêler la gravité à la comédie, avec un goût particulier pour l’humour, l’ironie et l’exploration du mensonge dans les rapports humains. Plusieurs de ses pièces furent distinguées, notamment Mentir, y’a qu’ça d’vrai !, récompensée par le prix Albert Willemetz, et Le Passager clandestin, qui reçut plusieurs prix dans des festivals de théâtre.

Jérôme Touzalin fut également librettiste. Aux côtés du compositeur Alain Krotenberg, il écrivit notamment le livret de l’opéra Sophia, ainsi que l’Hymne pour l’Europe nouvelle, créé en décembre 2005 en l’église de la Madeleine à Paris. Il est aussi l’auteur du livret de l’oratorio maçonnique Le Chevalier armé pour le combat de la vie et de l’Hymne à la femme.

Son œuvre maçonnique occupait une place essentielle dans sa vie et dans sa réflexion. Il publia notamment Promenades maçonniques et La Franc-maçonnerie ? Frappez et l’on vous ouvrira, ainsi que plusieurs contributions et chroniques consacrées à l’initiation, à la fraternité et à la place de la franc-maçonnerie dans la société.

En 2021, Jérôme Touzalin fonda la Grande Loge de l’Europe et de la Méditerranée – GLEM avec François Furia et Didier Aynoun. Il en assuma la Grande Maîtrise depuis sa création jusqu’en avril 2025.

Durant ces années fondatrices, il donna à la GLEM ses premières orientations et contribua à établir une obédience ouverte sur l’Europe et la Méditerranée, attachée à la liberté de conscience, au respect des différences et à une fraternité vécue au-delà des frontières.

En avril 2025, Jean-Michel Foulquié lui succéda à la Grande Maîtrise. Jérôme Touzalin demeura dès lors Passé Grand Maître de la GLEM, continuant à accompagner l’obédience par son expérience, sa culture et sa présence fraternelle.

Avec sa disparition, la GLEM perd l’un de ses pères fondateurs. Le monde maçonnique perd une voix singulière, et le monde culturel un auteur dont les œuvres continueront à être lues et représentées.

Nous garderons de Jérôme le souvenir d’un homme de culture et de conviction, d’un esprit libre, d’un Frère profondément humaniste et d’un bâtisseur qui aura consacré une part essentielle de sa vie à transmettre, à écrire et à réunir.

Jean-Michel Foulquié

Grand Maître de la Grande Loge de l’Europe et de la Méditerranée

Gémissons, gémissons, gémissons… mais espérons. »

À gauche, notre Très Cher Frère Jérôme Touzalin

Tour du monde des médias maçonniques du 24/09/26

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Jeudi 24 septembre 2026

Mes très chères Sœurs, mes très chers Frères,
De la France aux horizons du monde, 450.fm vous propose un regard quotidien sur l’actualité maçonnique, ses échos dans la presse et les débats qui traversent nos sociétés.
Entre vie des obédiences, culture, histoire et questions contemporaines, cette revue rassemble les informations utiles pour nourrir notre réflexion et exercer ce discernement auquel nous invite la démarche initiatique.

Période couverte : du mardi 22 septembre 2026 à 12 h au mercredi 23 septembre 2026 à 12 h, heure de Paris.

France

En Martinique, la Grande Loge de France entrouvre ses portes

Source : France-Antilles — Martinique
Date : 23 septembre 2026
Langue : français

À l’occasion des Journées du patrimoine, le temple du Lamentin a accueilli des visiteurs autour de l’histoire, des symboles et des traditions de la Grande Loge de France.

La page n’étant que partiellement accessible, cette notice s’appuie également sur l’extrait de l’alerte Google, sans extrapoler sur le contenu des échanges.

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À Moulins, une rencontre avec la Grande Loge féminine de France

Source : La Montagne — France
Date : date de publication non vérifiable
Langue : français

La loge locale a présenté au public une démarche centrée sur le perfectionnement humain et la rencontre de personnes issues d’horizons différents.

L’article étant inaccessible, cette notice repose sur l’extrait Google Alerts reçu dans la période. Elle signale surtout l’effort d’ouverture d’une obédience féminine auprès du public bourbonnais.

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Soutien à Guillaume Trichard face à la haine antimaçonnique

Source : UFAL — France
Publication : 3 septembre 2026 ; mise à jour le 22 septembre 2026
Langue : français
Nature : communiqué associatif

L’UFAL apporte son soutien au Grand Maître du Grand Orient de France après des réactions hostiles suscitées par ses positions sur l’enseignement privé hors contrat.

Ce texte militant ne relève pas de la presse indépendante. Il défend explicitement une conception républicaine et laïque du débat, tout en dénonçant les attaques antimaçonniques.

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Deux conférences du Grand Maître de la GLDF à Millau et Béziers

Source : Grande Loge de France — France
Dates : 2 novembre 2026 à Millau ; 6 novembre 2026 à Béziers
Langue : français
Nature : communications officielles

Jean-Raphaël Notton donnera deux conférences publiques consacrées aux raisons et aux chemins qui conduisent à devenir franc-maçon.

Ces annonces institutionnelles privilégient l’explication directe de l’engagement initiatique.

À Cassis, comprendre la ’Ndrangheta et ses relations avec des cercles de pouvoir

Source : JDS — France
Date : mise à jour le 23 septembre 2026
Langue : français
Nature : annonce culturelle

Le 13 octobre, l’éditrice Brünhilde Delhommeau présentera l’organisation, l’expansion internationale et les stratégies d’infiltration de la mafia calabraise.

L’annonce mentionne des relations avec certains cercles de pouvoir, jusqu’à la franc-maçonnerie. Il s’agit du thème annoncé d’une conférence, et non d’une preuve générale de collusion entre mafia et institutions maçonniques.

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Au Fauga, le Moyen Âge festif remet les Templiers en scène

Source : La Dépêche du Midi — France
Date : 22 septembre 2026
Langue : français

Après trois années d’interruption, le marché médiéval du Fauga a retrouvé artisans, percussions, costumes et spectacle de feu.

Les figures templières y relèvent de la reconstitution populaire plutôt que de l’histoire savante. Ce succès local illustre la persistance d’un imaginaire chevaleresque souvent réinvesti, parfois sans nuance, dans les cultures initiatiques contemporaines.

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À Riantec, près de 150 visiteurs sur les traces d’un trésor templier

Source : Le Télégramme — France
Date : 22 septembre 2026
Langue : français

Un jeu patrimonial a conduit près de 150 participants à explorer Riantec sur le thème d’un trésor templier.

L’accès au texte intégral étant restreint, cette notice s’appuie sur l’extrait de l’alerte. L’initiative montre comment le mythe du trésor sert de médiation ludique pour faire découvrir un territoire et son patrimoine.

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Michel Foucault raconté comme un « roman initiatique pop »

Source : Série-News — France
Date : date de publication non vérifiable
Langue : français

Michel Foucault

France 5 consacre un documentaire de 53 minutes à Michel Foucault, composé d’archives et présenté comme un parcours intellectuel accessible.

La page source étant inaccessible, cette notice repose sur l’extrait Google Alerts. L’intérêt initiatique tient ici à la transformation d’une pensée exigeante en récit de formation, sans lui attribuer de dimension maçonnique.

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Quarante ans de quête spirituelle réunis dans L’Odyssée 3e Millénaire

Source : Revue 3e millénaire — France
Date : lettre d’information du 23 septembre 2026
Langue : français
Nature : communication éditoriale

La revue annonce un volume d’environ 300 pages retraçant 160 numéros publiés depuis le printemps 1986, avec des résumés d’éditoriaux, des citations, des œuvres et des portraits.

Proposé en précommande, ce projet éditorial témoigne de quarante années de recherche autour de la conscience, de la méditation et des traditions spirituelles, hors de tout rattachement maçonnique affirmé.

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Le Grand Orient pris pour cible dans un billet sur l’école

Source : Le Salon beige — France
Date : 23 septembre 2026
Langue : français
Nature : blog d’opinion

Dans un billet polémique, ce site catholique conservateur accuse le Grand Orient de France d’exercer un « cléricalisme maçonnique » dans le débat scolaire.

Il s’agit d’une position éditoriale engagée, et non d’un fait établi. Sa présence dans la revue permet d’observer la permanence d’un vocabulaire antimaçonnique dans les controverses contemporaines sur la laïcité.

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Monde

Belgique — Une promenade pour lire les symboles maçonniques de Liège

Source : La Commanderie — Belgique
Date : annonce diffusée le 22 septembre 2026
Langue : français
Nature : communication culturelle

Le 27 septembre, Catherine Vankerkhove conduira une promenade de deux heures au départ de La Commanderie, à Liège, à la recherche d’équerres, de compas et de damiers dans l’architecture urbaine.

La visite prolonge son livre consacré aux balades maçonniques liégeoises et propose une lecture symbolique du patrimoine bâti, ouverte au grand public.

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Belgique — Le bouddhisme, la religion et le miroir maçonnique

Source : La Libre Belgique — Belgique
Date : 22 septembre 2026
Langue : français
Nature : tribune

Carlo Luyckx, président de l’Union bouddhique belge, conteste qu’un ensemble de temples, de rituels, de vêtements et de bougies suffise à définir une religion, puisque cette grille inclurait également la franc-maçonnerie.

Cette tribune défend la reconnaissance du bouddhisme en Belgique. Son raisonnement comparatif relève d’une argumentation d’auteur, et non d’une qualification juridique établie.

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Royaume-Uni — 55 000 livres pour prévenir la rupture de familles touchées par le handicap

Source : Greater Birmingham Chambers — Royaume-Uni
Date : 15 septembre 2026
Langue : anglais
Nature : communication institutionnelle

Une subvention des francs-maçons du Staffordshire financera le service de médiation de YMCA Burton, destiné à environ 75 familles confrontées aux besoins éducatifs spéciaux ou au handicap.

Le soutien passe par la Freemasons’ Charity. Cette action illustre le versant social concret des structures maçonniques britanniques, au-delà de leur visibilité cérémonielle.

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Royaume-Uni — Southport ouvre son temple et reçoit près de 200 visiteurs

Source : West Lancashire Freemasons — Royaume-Uni
Date : date de publication non vérifiable
Langue : anglais
Nature : communication officielle

La province annonce qu’environ 200 personnes ont découvert l’histoire du Southport Masonic Hall ainsi que les activités caritatives et communautaires de ses membres.

La page n’ayant pas pu être consultée intégralement, cette notice s’appuie sur l’extrait Google Alerts. Elle témoigne néanmoins d’une stratégie britannique d’ouverture patrimoniale et de pédagogie publique.

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Royaume-Uni — Un donneur de rein mobilise près de 800 000 livres pour des œuvres caritatives

Source : Hampshire Chronicle — Royaume-Uni
Date : date de publication non vérifiable
Langue : anglais

Le quotidien relate le parcours d’un père donneur de rein dont les collectes auraient atteint près de 800 000 livres au bénéfice de plusieurs associations, dont une œuvre maçonnique.

L’article intégral étant inaccessible, les détails restent fondés sur l’extrait de l’alerte. Le sujet relie engagement personnel, santé et philanthropie structurée.

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Royaume-Uni — Un nouveau livre enquête sur le lien supposé entre Templiers et francs-maçons

Source : The Templar Knight — Royaume-Uni
Date : 22 septembre 2026
Langue : anglais
Nature : blog d’auteur

L’historien de télévision Tony McMahon présente son livre The Knights Templar and Freemasonry: The Hidden Connection, consacré aux récits reliant les deux traditions.

Le billet est promotionnel et certaines formulations relèvent de la thèse de l’auteur. L’ouvrage promet néanmoins un parcours historique passant par les papes, les présidents américains et les recherches victoriennes à Jérusalem.

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Australie — Visite du musée maçonnique et dîner ouvert aux proches

Source : Lodge Southern Cross n° 91 — Australie
Date : annonce du 17 septembre 2026
Langue : anglais
Nature : communication officielle

La loge de Sydney annonce pour octobre une visite guidée du Museum of Freemasonry, suivie d’un dîner avec l’association Psychs on Bikes.

L’invitation s’étend aux non-maçons, aux partenaires et aux amis. Cette formule associe transmission patrimoniale, sociabilité et ouverture, dans un cadre clairement institutionnel plutôt que journalistique.

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Au fil de ces regards croisés, cette revue de presse invite à prolonger la réflexion, à confronter les points de vue et à demeurer attentifs aux mouvements de notre temps, dans un esprit de liberté, de vigilance et de fraternité.

Mes très chères Sœurs, mes très chers Frères, nous vous souhaitons une bonne lecture.

Ainsi va le Monde…