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3 ans de mandat de Pierre Lucet à la GL-AMF : un bilan que le Grand Maître refuse d’expliquer

DOSSIER SPÉCIAL — GRANDE LOGE DE L’ALLIANCE MAÇONNIQUE FRANÇAISE (1/2)

À un mois du Congrès qui doit élire son futur Grand Maître, l’Alliance aborde l’échéance sur fond de menace de reprise de délégation rituelle par le Suprême Conseil, de vote d’Assemblée Générale non exécuté, de nomination irrégulière au poste de Trésorier, d’une acquisition immobilière ratée à Lyon et de comptes dont la lecture, documents officiels à l’appui, appelle davantage d’explications que de silence. Interrogé par 450.fm, le Grand Maître Pierre Lucet a refusé de répondre.

450.fm — Rédaction — Document établi à partir des comptes annuels 2024 et 2025 de la GL-AMF, de l’avis du Conseil de Surveillance pour l’exercice 2025, des résolutions de l’Assemblée Générale Ordinaire du 21 septembre 2025, et du courrier de réponse du Grand Maître Pierre Lucet daté du 16 septembre 2026.

Pierre Lucet

Dans un mois, les délégués des Loges de la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française (GL-AMF) se réuniront en Congrès pour, notamment, élire leur prochain Grand Maître. L’actuel titulaire de la charge, Pierre Lucet, achève un mandat de trois ans dont le bilan, tel qu’il ressort des propres documents officiels de l’Obédience, appelle un examen que la direction sortante se refuse pour l’heure à assumer publiquement.

450.fm a adressé au Grand Maître, le 10 septembre 2026, une série de questions précises portant sur la gestion de l’exercice 2025 et sur plusieurs points soulevés par le Conseil de Surveillance lui-même. Ce n’est pas une première : depuis plusieurs mois, notre rédaction interroge à intervalles réguliers le Grand Maître sur la gestion de l’Alliance, sans jamais obtenir de réponse sur le fond. Le 16 septembre 2026, Pierre Lucet a de nouveau répondu par un refus.

Une fin de non-recevoir, assortie d’une exigence

Dans son courrier daté du 16 septembre 2026, le Grand Maître écrit que les questions de 450.fm, portant « exclusivement sur le fonctionnement interne et administratif de notre association », resteront sans réponse. Il y ajoute une demande formulée en ces termes :

« Nous vous rappelons expressément qu’en aucun cas les noms et prénoms de nos membres, à l’exception des miens, ne devront y être mentionnés ou reproduits. »

— Pierre Lucet, Grand Maître de la GL-AMF, courrier du 16 septembre 2026 adressé à 450.fm

Une association de la taille de l’Alliance — plus de 7 millions d’euros de bilan, quatre salariés, plus d’une centaine de membres impliqués dans ses instances — n’est pas une officine privée dont la gestion échapperait par nature au regard de ses propres adhérents. La gestion financière, les décisions immobilières et le respect des votes d’Assemblée Générale ne relèvent pas d’un « fonctionnement interne » à l’abri de toute explication : ce sont précisément les sujets sur lesquels les Frères appelés à voter dans un mois sont en droit d’être informés.

Sur la demande d’anonymisation, 450.fm tient à la clarté suivante : les personnes citées nommément dans cet article le sont exclusivement parce qu’elles apparaissent, à ce titre et dans l’exercice d’une fonction officielle, dans des documents que la GL-AMF a elle-même communiqués à l’ensemble de ses membres — voire publiés sur son propre site, s’agissant de l’avis du Conseil de Surveillance. Aucun nom cité ici ne provient d’une source confidentielle. Notre rédaction n’a pas retenu, en revanche, les noms de simples collaborateurs ou bénéficiaires apparaissant dans le détail des écritures comptables, sans lien avec les manquements de gouvernance exposés plus loin.

Le bras de fer avec le Suprême Conseil : une menace sur les trois premiers degrés

Siège du SCPLF – Boulevard Bineau

Au-delà des dossiers financiers et immobiliers détaillés plus loin, une autre ligne de fracture, de nature rituelle et institutionnelle celle-ci, fragilise l’Alliance à l’approche du Congrès. Elle mérite d’être resituée dans son contexte structurel. L’Alliance revendique environ 14 200 Frères (chiffre que notre rédaction cherche encore à faire confirmer précisément). Parmi eux, environ 70 % pratiquent le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), soit un peu moins de 10 000 Frères. Sur cet ensemble, entre 4 000 et 4 500 Frères relèvent en outre de la juridiction du Suprême Conseil pour la France (SCPLF), l’instance qui régit les hauts grades du REAA (du 4e au 33e degré) et qui délègue traditionnellement à l’Obédience l’administration des trois premiers degrés — Apprenti, Compagnon, Maître — pour les Frères placés sous son autorité.

Une mise en demeure, selon nos informations. Selon plusieurs sources internes à l’Obédience, le SCPLF aurait déjà mis en demeure le Bureau National de mettre fin à ce qu’il considère comme des dérives dans la pratique rituelle, sous peine de reprendre la délégation qu’il accorde à l’Alliance pour l’administration des trois premiers degrés au nom de ses membres. Toujours selon ces mêmes sources, le SCPLF envisagerait, dans cette hypothèse, de recréer une structure autonome inspirée du modèle des obédiences mixtes existantes, confiant la gestion de ces trois degrés à un Grand Maître dédié, dont l’identité complète reste à établir — placé sous l’autorité d’un Suprême Commandeur.

450.fm précise que ce point n’a pu, à ce stade, être étayé par un document officiel du Suprême Conseil, et qu’il n’a pas non plus figuré parmi les questions transmises par écrit au Grand Maître le 10 septembre 2026, notre rédaction n’en ayant eu connaissance que postérieurement. Il est donc rapporté ici sous la responsabilité de notre rédaction, avec le niveau de prudence qui s’impose sur un sujet de cette gravité, et sera documenté plus avant dans un prochain volet de ce dossier.

Si elle se confirmait, une telle reprise de délégation priverait l’Alliance de l’encadrement rituel de plusieurs milliers de ses membres — jusqu’à 70% des 14200 Frères, soit 9900 Frères au total, ce qui représenterait environ les trois quarts de ses cotisations (1,089 M€) — Ce serait, pour une Obédience déjà fragilisée par les dossiers immobiliers exposés ci-après, une crise sans précédent touchant cette fois au cœur même de sa raison d’être.

Marseille : une décision d’Assemblée Générale que ses propres dirigeants n’ont pas exécutée

Le point le plus sérieux concerne le local de Marseille. Le 21 septembre 2025, en Assemblée Générale Ordinaire, les délégués des Loges ont été appelés à trancher, par un vote, entre deux orientations pour ce bâtiment : engager des travaux de mise en conformité pour y rester, ou rechercher un local mieux adapté et vendre le bien actuel. Le rapport annuel du Conseil de Surveillance — l’instance statutaire chargée précisément de vérifier la conformité des décisions du Bureau National — ne laisse aucune place au doute sur l’issue de ce vote :

« Les FF avaient voté la mise en vente de ces locaux. Le GM et le Bureau National n’ont pas mis en œuvre cette décision prise en AG, qui, pourtant, s’impose à tous. »

— Avis du Conseil de Surveillance pour l’exercice 2025, section « Immobilier », p. 6

Autrement dit : les Frères ont voté la vente de Marseille ; le Grand Maître et son Bureau National ont fait l’inverse, en engageant environ 280 000 € de travaux pour conserver et rénover le bâtiment.

Ce que représentent 280 000 € à l’échelle de l’Alliance. Un chiffre de cette nature ne prend son sens qu’une fois rapporté à l’unité économique de base de l’Obédience : la cotisation annuelle que chaque Frère verse à l’Alliance via sa Loge, fixée à 110 € par les délégués eux-mêmes. Les 280 000 € engagés à Marseille équivalent ainsi à environ 2 545 cotisations annuelles complètes — soit, rapporté à un effectif total d’environ 14 200 Frères à fin 2025 (chiffre que nous cherchons encore à faire confirmer précisément), près de 18 % de l’ensemble des cotisations perçues par l’Alliance sur une année entière. Une précision s’impose toutefois : selon le Conseil de Surveillance lui-même, cette enveloppe de 280 000 € correspond à des travaux « entamés fin 2025 et au cours du premier semestre 2026 » — elle ne représente donc pas une dépense strictement circonscrite au seul exercice 2025 examiné dans cet article, mais l’ordre de grandeur global d’un chantier à cheval sur deux exercices, dont seule une fraction est à ce stade reflétée dans les comptes clos au 31 décembre 2025.

Alerté par courrier dès janvier 2026, le Conseil de Surveillance rappelle, dans des termes qu’il a pris soin de souligner lui-même dans son rapport, une règle qui ne relève d’aucune ambiguïté juridique :

« Le CDS rappelle aux instances exécutives qu’une décision prise par les FF lors d’une AG ne peut être amendée que par un nouveau vote en AGE ou AGO. Il en va, naturellement, de nos statuts, du droit Français, mais également de la confiance des FF envers la gouvernance de l’Alliance. »

— Avis du Conseil de Surveillance pour l’exercice 2025, p. 6

Le même rapport précise que « la réponse écrite faite au CDS par le GM, s’est limitée à expliquer la décision sur le fond, mais ne justifie pas les raisons du non-respect des statuts ». Le Grand Maître a donc été interrogé formellement par l’organe de contrôle de sa propre Obédience sur le non-respect d’un vote souverain, et n’y a pas apporté de réponse sur ce point précis — un silence que notre rédaction, sollicitant les mêmes explications six mois plus tard, s’est vu opposer à son tour.

Un chiffrage à géométrie variable. Le rapport relève un élément qui mérite d’être posé avec exactitude : le choix de vendre, approuvé en Congrès, s’appuyait sur un chiffrage des travaux de mise en conformité estimé à l’époque à 500 000 €. Les travaux réellement engagés en 2025-2026 ont finalement coûté environ 280 000 €, « avec un faible dépassement ». Que le coût réel se soit révélé inférieur à l’estimation ayant motivé le vote de vente ne dispense pas, selon le Conseil de Surveillance lui-même, de soumettre ce changement de circonstances à un nouveau vote des Frères plutôt que de le trancher unilatéralement en Bureau National.

Marseille

Le coût de cet épisode ne se limite pas à une question de principe statutaire. De nombreuses Loges ont quitté le site après l’annonce de sa fermeture programmée, entraînant une baisse des loyers perçus de plus de 60 % à compter de 2026. Le Conseil de Surveillance chiffre la perte globale accumulée sur le dossier de Marseille — que le bâtiment soit finalement conservé ou vendu — à environ 1,4 million d’euros pour l’Alliance, et anticipe un déficit de trésorerie 2026 de l’ordre de 130 000 € lié au départ des Loges, auquel s’ajouteront plus de 270 000 € de travaux complémentaires. À la date de rédaction du rapport du Conseil de Surveillance (début août 2026), l’Alliance attendait toujours l’accord de la commission de sécurité pour pouvoir rouvrir ces locaux au public.

Le document de travail préparé par notre rédaction avant l’envoi des questions au Grand Maître relevait, à juste titre, que l’engagement de dépenses aussi significatives en contradiction avec une décision votée en Assemblée Générale « soulève une question de qualification juridique qui dépasse le strict champ de la gouvernance associative ». Cette qualification ne relève ni de notre rédaction ni du Conseil de Surveillance : elle appartiendrait, le cas échéant, à un professionnel du droit, voire à la justice. La question centrale réside dans la cohérence de l’investissement, tant financier que pratique, c’est-à-dire, l’usage des Frères. La question, posée par écrit au Grand Maître, est restée sans réponse.

Un Trésorier nommé en dehors des statuts

Second point relevé sans détour par le Conseil de Surveillance : le changement survenu à la tête de la trésorerie de l’Alliance au cours de l’exercice 2025. Le Grand Trésorier en fonction a quitté son poste et a été remplacé par un nouveau Trésorier. Le Conseil de Surveillance, tout en saluant par ailleurs la qualité du travail du nouveau venu, est catégorique sur la régularité de sa nomination :

« Il faut souligner le fait que le GM a désigné un nouveau Trésorier, sans le soumettre à ratification par l’AG, donc non conformément aux statuts. »

— Avis du Conseil de Surveillance pour l’exercice 2025, p. 5

Le Conseil de Surveillance relève par ailleurs que le Délégué au Budget, démissionnaire début 2025, n’a toujours pas été remplacé à ce jour — au point que le budget prévisionnel 2026, normalement établi par ce Délégué, a dû être construit directement par le Trésorier. Deux postes clés de la gouvernance financière de l’Alliance ont ainsi fonctionné, une bonne partie de l’année 2025, hors du cadre statutaire ou en vacance prolongée, sans qu’une communication claire n’en ait, semble-t-il, été faite aux membres. Les questions transmises au Grand Maître demandaient explicitement si une régularisation par vote serait proposée au prochain Congrès. Elles sont, elles aussi, restées sans réponse.

Lyon : 113 140 € d’indemnité perdus dans une acquisition engagée sans les devis nécessaires

Lyon

Le troisième dossier immobilier de ce mandat concerne Lyon. Le Bureau National avait décidé d’acquérir des locaux à Lyon Chassieu, selon un montage combinant achat en pleine propriété d’une partie des locaux et location avec option d’achat pour le reliquat. Une promesse a été signée, assortie d’une indemnité d’immobilisation de 113 140 € frais inclus.

Le Conseil de Surveillance constate que cet engagement a été pris avant que les devis nécessaires à la mise au point du plan de financement n’aient été obtenus, et que la surface visée était surdimensionnée par rapport aux besoins réels des Loges lyonnaises. Faute de financement viable, le Bureau National a fini par renoncer à l’opération en juin 2025 — perdant intégralement, dans l’opération, l’indemnité de 113 140 €. Le rapport ne mâche pas ses mots sur ce point : la promesse « a été signée de façon prématurée pour les raisons exposées plus haut, ce qui se traduit par la perte de l’indemnité d’immobilisation ».

Mis bout à bout avec le dossier de Marseille, cet échec conduit le Conseil de Surveillance à un constat global sur la gestion immobilière de l’Alliance, formulé sans détour dans son rapport :

« Nous constatons que la gestion du parc immobilier de l’Alliance, depuis sa création, est insatisfaisante. Elle consomme des budgets d’investissement conséquents, beaucoup d’énergie interne, engendre des pertes significatives, et, in fine, affecte la confiance des FF envers nos instances. »

— Avis du Conseil de Surveillance pour l’exercice 2025, p. 13

L’organe de contrôle recommande en conséquence que toute acquisition future fasse l’objet d’une étude et d’un processus de décision « collectif, sécurisé, sérieux » avant tout nouvel engagement — une recommandation qui, formulée en ces termes par le propre Conseil de Surveillance de l’Alliance, se passe de commentaire sur l’appréciation portée en interne quant à la méthode suivie jusqu’ici.

Des comptes 2025 flattés par un oubli comptable de deux exercices

Sur le plan strictement financier, l’exercice 2025 affiche un excédent de 365 079 €, en progression de 68,9 % par rapport aux 216 156 € de 2024. Une performance qu’il convient toutefois de nuancer à la lecture attentive du rapport du Conseil de Surveillance. Le résultat financier 2025 ressort à +74 803 €, contre -35 565 € en 2024 — une amélioration de plus de 110 000 € en apparence spectaculaire. Le Conseil de Surveillance en explique l’origine réelle :

« Il est à noter que le résultat financier de 2025 intègre l’échéance des comptes à terme pour environ 120 000 €, ce qui impacte positivement de ce montant l’excédent de l’exercice. Cependant en 2023 et 2024, les intérêts courus de 70 K€ n’étaient pas comptabilisés. L’impact financier réel sur l’exercice est en réalité positif de 50 K€ seulement. »

— Avis du Conseil de Surveillance pour l’exercice 2025, p. 8

En clair : pendant deux exercices consécutifs, 2023 et 2024, l’Alliance n’a pas enregistré des produits financiers pourtant déjà acquis, en contradiction avec le principe comptable d’indépendance des exercices que ses propres comptes annuels revendiquent chaque année noir sur blanc dans leur annexe. Ces deux exercices ont pourtant été certifiés sans réserve. Corrigée en 2025, cette omission gonfle mécaniquement, pour un tiers de son montant environ, l’amélioration affichée du résultat de l’exercice — sans qu’aucune communication spécifique n’ait accompagné, auprès des membres, la révélation de cette erreur de deux ans sur un poste pourtant simple à contrôler.

Une transparence comptable en recul. Autre élément factuel, vérifiable en comparant les deux jeux de comptes : jusqu’à l’exercice 2024 inclus, les comptes annuels de l’Alliance comportaient une version détaillée poste par poste, identifiant individuellement chaque compte bancaire, chaque emprunt, chaque ligne de charge — permettant à tout Frère de vérifier, par exemple, l’évolution exacte de chaque compte de trésorerie ou le détail des prêts consentis aux Loges et aux Frères. Cette version détaillée, produite par le même cabinet comptable l’année précédente, a disparu des comptes communiqués aux membres pour l’exercice 2025. Une telle évolution restreint significativement la capacité des membres, comme des instances de contrôle, à exercer une lecture fine d’un exercice à l’autre — sans qu’aucune explication n’ait, à ce jour, été donnée sur les raisons de cette évolution.

Les frais de déplacement du Grand Maître : le seul dossier resté hors de portée du contrôle

Le rapport du Conseil de Surveillance indique avoir mené des contrôles sur les frais de déplacement de l’ensemble des Officiers de l’Alliance — un poste qui représente, au total, 359 354 € en 2025, soit 24 € par Frère (contre 35 € en 2019, avant la crise sanitaire). Ces contrôles n’ont révélé aucune anomalie significative. Une seule exception est mentionnée, dans une phrase qu’il convient de citer intégralement :

« Il est à noter que le CDS n’a pas pu examiner les frais de déplacement de notre GM, à cause de justificatifs 2025/2026 non transmis par le GM à l’Alliance avant la rédaction de ce rapport. »

— Avis du Conseil de Surveillance pour l’exercice 2025, p. 7

Sur l’ensemble des Officiers de l’Alliance dont les dépenses ont été contrôlées, le Grand Maître est ainsi le seul dont les justificatifs n’ont pas été transmis à l’organe de contrôle interne, malgré ce que celui-ci qualifie pudiquement d’un manque à date de « rédaction du rapport ». Ce constat s’ajoute, sans qu’il soit besoin de le commenter longuement, au refus opposé à 450.fm sur les questions de gestion : le même homme qui n’a pas transmis ses propres justificatifs à l’organe de contrôle de son Obédience a refusé, un mois avant l’élection, de s’expliquer devant la presse spécialisée qui couvre cette même Obédience.

Prêts aux Frères, Dot’Alliance, Eosphoros : la liste s’allonge

D’autres points, de moindre ampleur financière mais révélateurs d’un pilotage perfectible, figurent dans le même rapport. Le taux de remboursement cumulé des prêts consentis aux Frères depuis la création de l’Alliance s’élèverait à 22 %, contre 66 % pour les prêts consentis aux Loges. Le nouveau Trésorier a dû procéder à une revue exhaustive de ces prêts anciens non remboursés, aboutissant à la constitution d’une provision pour dépréciation de 24 000 € et au passage en pertes de 93 000 €.

La fondation Dot’Alliance, créée le 20 avril 2022, n’a reçu aucun versement de l’Alliance en 2025 et n’a levé que 11 000 € via un appel à projets auprès des Frères — un résultat que le Conseil de Surveillance qualifie lui-même de « modeste ». Le rapport relève surtout que les documents financiers et juridiques de ce fonds de dotation devaient être déposés en préfecture avant le 30 juin 2026 sous peine de perdre l’avantage fiscal attaché aux dons reçus, et que « cette obligation n’a pas été respectée, ce qui pourrait générer un risque fiscal ». Le Conseil de Surveillance note enfin que la présidence statutaire de ce fonds revient de droit au président de l’Obédience — donc, de fait, au Grand Maître lui-même — une organisation qu’il juge « non conforme aux recommandations émises pour les Fonds de Dotation ».

Enfin, Eosphoros, filiale commerciale détenue à 100 % par l’Alliance, repose entièrement sur un seul Frère bénévole, Laurent Faucoeur, Député Grand-Maître, qui la dirige seul. Le Conseil de Surveillance salue son dévouement tout en pointant un « risque de fragilité » structurel : en l’absence de tout plan de continuité documenté, le départ de cette seule personne mettrait en péril l’activité de la filiale. Le risque de fiscalisation (TVA) lié à la location de temples à des Loges extérieures à l’Alliance, lui, est signalé pour la deuxième année consécutive sans qu’un dispositif de plafonnement n’ait encore été mis en place.

Ce que dit — et ne dit pas — le Conseil de Surveillance

L’honnêteté impose de restituer ce rapport dans son intégralité, y compris ce qui vient en nuancer la sévérité. Le Conseil de Surveillance salue explicitement « la disponibilité et la transparence du Grand Trésorier et du nouveau Trésorier », souligne que les contrôles menés sur les Solidarités et sur Eosphoros « n’appellent pas de commentaire significatif », et conclut son avis sur les comptes en ces termes, également soulignés dans l’original :

« Notre avis est que les comptes présentés sont fidèles et peuvent être approuvés en l’état par les délégués des Loges. »

— Avis du Conseil de Surveillance pour l’exercice 2025, p. 10

Cette conclusion mérite d’être lue à la lumière d’un paradoxe : le 21 septembre 2025, l’Assemblée Générale a donné quitus « entier et sans réserve » au Bureau National pour sa gestion de l’exercice 2024 — un exercice dont on sait aujourd’hui, grâce au rapport 2025 du même Conseil de Surveillance, qu’il comportait une omission comptable de deux ans sur les intérêts courus. Les délégués qui ont voté ce quitus en toute confiance ne disposaient donc pas, au moment de leur vote, de cette information. Rien n’indique une intention de dissimulation ; le Conseil de Surveillance lui-même écrit ne mettre en cause « la bonne foi des personnes qui, bénévolement pour la plupart, consacrent du temps à la gestion de l’Obédience ». Mais la question posée aux Frères qui voteront dans un mois demeure entière : celle de savoir si l’information dont ils disposeront, cette fois, sera complète — et si les manquements statutaires identifiés cette année, eux, seront rectifiés avant le scrutin plutôt qu’après.

Un Congrès sous haute tension

Dans un mois, les délégués des Loges de l’Alliance devront donc, le même jour, approuver ou non des comptes 2025 marqués par ces zones d’ombre, et élire l’équipe qui dirigera l’Obédience pour le mandat suivant. Les questions transmises par 450.fm portaient, pour l’essentiel, sur la manière dont le Bureau National entend régulariser la situation statutaire à Marseille et à la Trésorerie, sur le calendrier de retour à la conformité, et sur les mesures de contrôle interne mises en place pour éviter la répétition d’incidents comparables. Aucune de ces questions n’a reçu de réponse.

450.fm poursuivra ce dossier dans les prochaines semaines, notamment sur les points qui n’ont pu être développés dans ce premier volet, à mesure que de nouveaux éléments nous parviendront ou seront rendus publics par l’Alliance elle-même à l’approche du Congrès.

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Sources

Bilan et compte de résultat de l’exercice clos le 31/12/2024 de la GL-AMF (cabinet Julien Le Guen) ; Bilan et compte de résultat de l’exercice clos le 31/12/2025 de la GL-AMF (cabinet Julien Le Guen) ; Avis du Conseil de Surveillance de la GL-AMF pour l’exercice 2025, daté du 28 juillet 2026, signé François Pignault (Secrétaire) et Thierry Lapenderie (Président) ; Résolutions de l’Assemblée Générale Ordinaire de la GL-AMF du 21 septembre 2025 ; courrier de réponse du Grand Maître Pierre Lucet à 450.fm daté du 16 septembre 2026. Toutes les citations entre guillemets sont reproduites telles quelles depuis ces documents officiels, communiqués aux membres de l’Alliance et, s’agissant de l’avis du Conseil de Surveillance, publiés par l’Obédience elle-même. Les questions de qualification juridique évoquées dans cet article relèvent de l’appréciation de professionnels du droit indépendants et ne constituent en aucun cas des accusations ou des conclusions établies par 450.fm.

Auteur : HUERIONS

Avons-nous tous le même âge ?

Deux personnes peuvent être nées à quelques semaines d’intervalle. Sur leur carte d’identité, elles ont pratiquement le même âge. Mais leur corps a-t-il réellement parcouru le même chemin ? Imaginez deux amis qui viennent de fêter leurs 60 ans. Ils se connaissent depuis longtemps. Ils ont traversé les mêmes décennies, vu changer les mêmes villes, entendu les mêmes chansons, connu les mêmes événements. Sur le calendrier, rien ou presque ne les sépare.

Pourtant, l’un monte quatre étages sans vraiment y penser. L’autre commence à sentir ses genoux à chaque marche. L’un entend parfois : « Tu ne fais vraiment pas ton âge. » L’autre commence à entendre : « À ton âge, tu devrais peut-être ralentir. »

Et pourtant, tous les deux ont 60 ans. Alors lequel des deux a réellement 60 ans ?

Avons-nous tous le même âge ?

Cette question pourrait sembler presque banale. Nous savons tous que certaines personnes paraissent vieillir plus rapidement que d’autres. L’histoire familiale, l’environnement, les maladies, l’activité physique, l’alimentation, le tabac, le sommeil et bien d’autres facteurs participent à ces différences. Mais une étude publiée le 31 août 2026 dans Nature Aging pousse la question beaucoup plus loin. Car il ne s’agit plus seulement de comparer deux personnes.

À l’intérieur d’un même corps, tous nos tissus vieillissent-ils eux-mêmes au même rythme ?

Notre âge est exact… mais il ne dit pas tout. Lorsque nous disons « j’ai 60 ans », nous donnons une information parfaitement exacte. Nous indiquons le temps écoulé depuis notre naissance. C’est notre âge chronologique. Le calendrier est implacable et remarquablement simple. Une seconde succède à une autre, une année à une autre. Deux personnes nées le même jour atteignent leur soixantième anniversaire exactement au même moment. Mais notre organisme n’est pas un calendrier. Depuis longtemps, les chercheurs distinguent l’âge chronologique de ce que l’on appelle plus largement le vieillissement biologique. Avec le temps, notre organisme accumule des transformations moléculaires, cellulaires, fonctionnelles et structurelles. Elles ne se produisent pas nécessairement de manière identique chez tous les individus. Nous pouvons donc avoir le même âge chronologique sans présenter exactement le même état biologique.

Mais une autre possibilité apparaît alors. Peut-être ne vieillissons-nous même pas d’un seul bloc.

Votre cœur, vos artères, votre intestin, votre peau ou votre cerveau ont partagé exactement le même nombre d’années depuis votre naissance. Pourtant, rien n’oblige leurs tissus à se transformer de manière identique au cours de ces années. C’est précisément cette dimension qu’Anamika Yadav et ses collègues ont voulu explorer. Leur étude ne cherche pas seulement à mesurer des molécules associées au vieillissement. Elle regarde quelque chose de beaucoup plus tangible : la structure même de nos tissus.  25 306 fragments d’une histoire biologique Pour réaliser cette cartographie, les chercheurs ont utilisé les données du projet GTEx et analysé 25 306 biopsies post-mortem provenant de 970 donneurs âgés de 21 à 70 ans. Quarante types de tissus différents étaient représentés.

Avons-nous tous le même âge ?

Imaginez ce que cela représente. Des milliers de lames histologiques. Sur chacune, une portion minuscule d’un tissu humain observée au microscope. Des cellules, des vaisseaux, de la matrice extracellulaire, des architectures particulières qui diffèrent selon que l’on observe une artère, un tissu digestif, reproducteur ou nerveux. Au total, les chercheurs ont extrait plus de 30 millions de petites régions d’images à partir de ces lames. Un modèle informatique préentraîné en pathologie numérique transforme alors leurs caractéristiques morphologiques en représentations numériques pouvant être comparées.  Mais il existe ici une subtilité essentielle. Le système développé par les chercheurs, appelé PathStAR — pour Pathology-based Structural Aging Rate — n’a pas été entraîné simplement à regarder un tissu et à deviner l’âge de la personne à laquelle il appartenait. C’est une différence importante. De nombreuses « horloges biologiques » cherchent précisément à prédire l’âge chronologique à partir de marqueurs biologiques.

PathStAR pose une autre question : à quelle vitesse la structure d’un tissu change-t-elle à différents moments de la vie ?

Les chercheurs comparent ainsi les caractéristiques morphologiques observées dans différentes fenêtres d’âge et reconstruisent une trajectoire des transformations structurelles. Autrement dit, ils ne demandent pas seulement : « À quoi ressemble un tissu de 50 ans ? » Ils demandent : « À quel moment ce tissu change-t-il le plus ? » Et cette différence va modifier profondément l’image que nous pouvons nous faire du vieillissement. Nos tissus ne suivent pas tous la même horloge Si notre organisme vieillissait selon un rythme unique, nous pourrions imaginer une transformation relativement régulière. À mesure que les années passent, nos tissus changeraient progressivement, comme une pente que nous descendrions lentement. Ce n’est pas ce que montre l’étude. Les trajectoires observées sont non linéaires et diffèrent selon les tissus. Les auteurs identifient notamment des tissus dont les transformations structurelles s’accélèrent relativement tôt, d’autres plus tard et d’autres encore présentant deux périodes d’accélération.  Certains tissus vasculaires appartiennent au premier groupe. Pour plusieurs d’entre eux, les changements structurels les plus marqués apparaissent déjà autour de la trentaine. À l’opposé, l’utérus et le vagin présentent des transformations structurelles plus tardives, notamment autour de la période de la ménopause. Plusieurs tissus digestifs et reproducteurs masculins suivent encore une autre trajectoire : ils présentent deux périodes au cours desquelles les changements s’accélèrent.

Avons-nous tous le même âge ?

Voilà qui change déjà notre représentation. Le vieillissement ne ressemble peut-être pas à une longue pente parfaitement régulière. Il pourrait davantage ressembler à une route faite de portions relativement calmes et de passages où certaines transformations s’accélèrent. Et surtout, tous nos tissus ne semblent pas emprunter ces passages au même moment.

Votre cœur pourrait-il avoir 67 ans et votre cerveau 52 ? La formule est évidemment séduisante.

Si différents tissus vieillissent selon des trajectoires différentes, pourquoi ne pas imaginer que notre cœur possède un âge, notre cerveau un autre, notre intestin encore un autre ? Nous voyons d’ailleurs apparaître de plus en plus souvent cette idée dans le langage courant. Des montres connectées, des tests biologiques ou certains services commerciaux promettent d’estimer notre « âge biologique ». Le chiffre semble immédiatement parlant : votre carte d’identité indique 60 ans, mais votre organisme n’en aurait que 54. Ou 67. L’étude de Yadav et de ses collègues ne permet pas de dire cela. PathStAR ne permet pas d’examiner une personne et d’affirmer : « Votre cœur a 67 ans, votre cerveau 52 ans et votre intestin 58 ans. » Ce que les chercheurs reconstruisent, ce sont des trajectoires de transformation structurelle observées à partir de tissus provenant d’un grand nombre de personnes d’âges différents. Leur approche permet également de calculer, pour un échantillon, un écart par rapport à la trajectoire structurelle observée dans la population. Mais cela ne transforme pas chaque organe en petite horloge donnant un âge individuel directement comparable à celui d’une carte d’identité. Cette nuance est essentielle. Car l’image des organes possédant chacun leur âge est simple à comprendre, mais la réalité scientifique est beaucoup plus intéressante. Ce que l’étude suggère, c’est que nos différents tissus ne suivent pas exactement la même histoire structurelle au cours du vieillissement.

Que voit-on réellement vieillir ?

Il faut ici regarder d’un peu plus près ce que les chercheurs observent. Un tissu n’est pas simplement un amas de cellules. Son fonctionnement dépend aussi de son organisation. La disposition des cellules, les vaisseaux qui le parcourent, la matrice extracellulaire qui contribue à son architecture : toute cette organisation participe à ses propriétés et à sa fonction.

Avons-nous tous le même âge ?

Au cours du vieillissement, cette architecture peut se transformer. C’est précisément cette dimension structurelle que PathStAR cherche à quantifier à partir des images histologiques. Il ne regarde donc pas seulement une concentration dans le sang ou l’expression d’un gène. Il cherche dans la morphologie du tissu la trace d’une transformation qui s’est installée au cours du temps. Et lorsque les chercheurs rapprochent ces périodes de transformations structurelles des données moléculaires disponibles, ils trouvent plusieurs associations intéressantes. Les périodes d’accélération du vieillissement structurel sont notamment associées, dans plusieurs organes, à une augmentation de processus inflammatoires et à une diminution de fonctions liées à la production d’énergie, à la réparation et au contrôle de qualité cellulaire. Les auteurs identifient également des programmes moléculaires particuliers selon certaines périodes et certains tissus. Il faut cependant résister à une tentation : chercher « la » cause du vieillissement. Ce que nous appelons vieillir résulte d’un ensemble extrêmement complexe de mécanismes. Altérations moléculaires, sénescence cellulaire, inflammation, modifications métaboliques, changements de la matrice extracellulaire et bien d’autres processus peuvent interagir. L’étude ne découvre donc pas un bouton biologique qui se déclencherait soudainement à 35 ou 50 ans. Elle montre plutôt que les traces structurelles du vieillissement ne semblent pas s’accumuler partout selon un rythme constant.

Et cela ouvre une question fascinante : pourquoi certains tissus semblent-ils connaître des périodes de transformation plus intense à certains moments de notre vie ? Nos organes vieillissent-ils chacun de leur côté ?

On pourrait maintenant être tenté d’imaginer notre corps comme une collection de petites horloges indépendantes. Le cœur suivrait son rythme. L’intestin le sien. Les artères le leur. Les tissus reproducteurs un autre encore. Mais là aussi, l’étude complique l’image. Les chercheurs observent des corrélations entre les trajectoires structurelles de certains tissus. Des coordinations apparaissent notamment entre des tissus appartenant à des systèmes fonctionnellement liés. Dans l’analyse étendue aux 40 tissus, les auteurs rapportent par exemple des corrélations au sein du système digestif, du système vasculaire et entre certains tissus nerveux et artériels.  Cela a biologiquement du sens. Nos organes ne vivent pas enfermés dans des compartiments indépendants. Ils partagent le même sang, sont exposés à des signaux hormonaux, à des médiateurs inflammatoires, à notre environnement métabolique et, évidemment, à toute notre histoire individuelle.Le corps pourrait donc vieillir à plusieurs rythmes sans pour autant devenir une juxtaposition de quarante vieillissements indépendants. C’est peut-être l’une des images les plus intéressantes qui ressortent de cette recherche. Nous vieillissons à la fois comme un ensemble et comme une mosaïque.

Existe-t-il alors un véritable âge biologique ? La question devient presque inévitable.

Si l’âge chronologique ne raconte qu’une partie de notre histoire et si nos tissus connaissent des trajectoires différentes, existe-t-il quelque part en nous un âge plus profond, plus vrai, que la science pourrait mesurer ? Peut-être faut-il commencer par se méfier du singulier. L’expression « âge biologique » donne l’impression qu’un chiffre unique serait caché dans notre organisme et qu’il suffirait de trouver le bon instrument pour le lire. Mais que devrait mesurer cet instrument ? L’état de nos chromosomes ? L’expression de certains gènes ? Les modifications épigénétiques ? Notre métabolisme ? Nos capacités cardiovasculaires ? Notre force musculaire ? Notre cerveau ? L’architecture microscopique de nos tissus ? Toutes ces dimensions peuvent évoluer avec l’âge, mais elles ne décrivent pas exactement la même chose. PathStAR ajoute ainsi une nouvelle pièce au puzzle : le vieillissement structurel des tissus. Il ne remplace pas les autres façons d’étudier le vieillissement. Il montre au contraire pourquoi il est probablement réducteur de vouloir résumer toute la complexité du vieillissement humain à une seule horloge.

Ce que cette étude ne nous permet pas encore de savoir. Les résultats sont fascinants, mais leurs limites sont tout aussi importantes.

Les tissus étudiés proviennent de biopsies post-mortem. Surtout, l’étude est principalement transversale : elle compare des tissus provenant de personnes différentes à différents âges. Elle ne suit pas les mêmes individus de 25 à 70 ans en observant régulièrement leurs organes. Les auteurs soulignent eux-mêmes l’intérêt futur d’approches longitudinales pour mieux suivre l’évolution individuelle.  La population étudiée présente également certaines caractéristiques qu’il faut garder à l’esprit : les 970 donneurs avaient entre 21 et 70 ans et environ deux tiers étaient des hommes.  Enfin, une accélération de transformation structurelle n’est pas automatiquement synonyme de maladie. Vieillir signifie changer. Toutes les transformations observées avec l’âge ne peuvent pas être interprétées comme le début d’une pathologie. PathStAR fournit donc une carte. Il ne fournit pas encore le destin individuel de celui qui la regarde. Et cette distinction est probablement fondamentale si, demain, ce type de recherche devait contribuer à une médecine davantage personnalisée.

Alors, quel âge avez-vous ? Revenons  à nos deux amis.

Ils viennent de fêter leurs 60 ans. Le calendrier ne s’est pas trompé. Ils ont réellement 60 ans. Mais nous comprenons maintenant pourquoi cette réponse, aussi exacte soit-elle, ne raconte pas nécessairement toute leur histoire. L’un peut avoir connu des maladies que l’autre n’a jamais rencontrées. Leurs modes de vie ont pu différer. Leur patrimoine génétique n’est pas identique. Leur environnement, leur alimentation, leur activité physique et des milliers d’événements biologiques ont accompagné différemment leurs soixante années. Et l’étude publiée dans Nature Aging ajoute une dimension supplémentaire : même à l’intérieur d’un seul de ces deux corps, tous les tissus n’ont probablement pas suivi exactement la même trajectoire structurelle au fil du temps.

Avons-nous tous le même âge ?

Ces deux femmes avancent dans la même direction, sur le même terrain. Pourtant, chacune occupe sa propre place sur le chemin. L’image n’est évidemment pas une représentation scientifique du vieillissement. Mais elle dit assez bien ce que cette recherche nous invite à imaginer : partager le même temps ne signifie pas nécessairement parcourir exactement la même trajectoire. Le calendrier mesure le temps écoulé depuis notre naissance. Notre corps, lui, semble raconter une histoire beaucoup plus complexe : des tissus qui changent tôt, d’autres plus tard, des périodes d’accélération, des périodes plus stables et des transformations qui peuvent parfois se coordonner entre différents organes.

La Voûte Étoilée vous propose des nouvelles et des articles sourcés et documentés dans « Les Questions que nous nous posons tous ». L’objectif de cette nouvelle rubrique est de partir non plus d’une discipline scientifique, mais de questions qui nous concernent directement, puis de regarder ce que les connaissances actuelles permettent réellement d’en comprendre. Avons-nous tous le même âge ? Pouvons-nous vraiment faire confiance à nos souvenirs ? Pourquoi les années semblent-elles passer de plus en plus vite ? Notre chien sait-il ce que nous ressentons ? Quand nous dormons, notre conscience disparaît-elle vraiment ? Des questions très différentes. Mais toujours le même principe : distinguer ce que nous savons, ce que nous commençons à comprendre… et ce qui demeure ouvert. Découvrez « Les Questions que nous nous posons tous » sur La Voûte Étoilée :
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Francisco Domingo

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« Fjord » Cristian Mungiu ou quand les certitudes se brisent sur la glace

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Palme d’or 2026, le dernier film de Cristian Mungiu prend pour décor la beauté presque irréelle d’un fjord norvégien afin d’y enfermer deux conceptions du monde qui, peu à peu, cessent de pouvoir se parler. Une famille chrétienne très pieuse, des voisins accueillants, quelques ecchymoses sur le corps d’une enfant, puis le soupçon, l’administration, la justice et enfin cette question dont Mungiu refuse obstinément de délivrer la réponse : jusqu’où une société peut-elle protéger sans devenir intrusive, et jusqu’où la conviction familiale peut-elle s’abriter derrière la tradition sans accepter le regard de l’autre ? Derrière un drame familial d’une redoutable simplicité, Fjord ausculte ainsi notre incapacité contemporaine à demeurer ensemble lorsque chacun est persuadé de posséder le juste, le vrai et le bien.

« Fjord » Cristian Mungiu ou quand les certitudes se brisent sur la glace

Un paysage immense pour des hommes qui ne savent plus s’entendre

Il fallait sans doute un fjord pour raconter cette histoire, parce que le fjord est déjà une dramaturgie. La mer s’y enfonce dans la terre entre des parois qui paraissent infranchissables ; l’horizon existe, mais il est lointain, presque dérobé, et l’on avance dans un espace où la majesté du paysage peut soudain prendre la forme d’un enfermement. Cristian Mungiu fait de cette géographie norvégienne davantage qu’un décor. Elle devient la métaphore silencieuse du film : deux rives se font face, séparées par une eau profonde, suffisamment proches pour se voir, trop éloignées pour se rejoindre sans entreprendre une traversée.

C’est là que viennent vivre Mihai Gheorghiu, Roumain, son épouse Lisbet, Norvégienne, et leurs enfants. Ils forment une famille profondément croyante, attachée à une conception traditionnelle de l’autorité parentale et de la transmission religieuse. L’installation semble d’abord heureuse. Les Gheorghiu se rapprochent de leurs voisins, les Halberg, et les enfants des deux foyers nouent cette amitié immédiate dont les adultes imaginent toujours qu’elle abolira les frontières qu’eux-mêmes ont construites.

Sebastian_Stan
Sebastian_Stan

Puis apparaissent des ecchymoses sur le corps d’Elia, l’aînée des enfants Gheorghiu. À partir de ce signe minuscule, visible mais équivoque, toute une société commence à regarder autrement ce qu’elle regardait jusque-là avec bienveillance. L’école s’interroge, les services de protection de l’enfance interviennent, la parole des parents devient suspecte et ce qui relevait de la vie privée entre brutalement dans l’espace public. Mungiu s’inspire librement de l’affaire Bodnariu, qui avait opposé en Norvège, à partir de 2015, une famille roumano-norvégienne chrétienne aux services de protection de l’enfance.

Mais Fjord serait un film beaucoup moins intéressant s’il se contentait de demander : « Les parents sont-ils coupables ? » Cette question existe, naturellement, mais Mungiu la déplace sans cesse jusqu’à en faire surgir une autre, autrement inquiétante : comment jugeons-nous lorsque nous ne disposons jamais de toute la vérité ?

Le soupçon est peut-être le véritable personnage du film

« Fjord » Cristian Mungiu ou quand les certitudes se brisent sur la glace

Chez Mungiu, une ecchymose n’est jamais seulement une ecchymose. Elle devient un signe à interpréter, et tout le drame naît précisément de cette transformation du fait en récit. L’enfant a-t-elle été frappée ? S’agit-il d’un accident ? Les parents minimisent-ils certaines pratiques éducatives ? Les institutions surinterprètent-elles ce qu’elles observent ? La foi explique-t-elle certains comportements ou sert-elle à les justifier ? À mesure que le récit avance, chaque certitude obtenue paraît destinée à être contaminée par une information nouvelle.

Le cinéaste a expliqué avoir longuement enquêté en Norvège auprès de familles, de responsables de la protection de l’enfance, de juges, d’avocats et de représentants religieux. Il revendique précisément son refus « d’asséner une vérité » et sa volonté de donner chair aux points de vue contradictoires. Cette déclaration éclaire profondément le film, car Fjord n’est pas tant une œuvre sur la culpabilité qu’un film consacré à la fabrication de nos convictions.

« Fjord » Cristian Mungiu ou quand les certitudes se brisent sur la glace

Voilà pourquoi le spectateur se sent parfois inconfortablement déplacé d’un camp vers l’autre. Mungiu lui retire progressivement la position confortable du juge assis au-dessus de la mêlée. Nous voudrions savoir, décider, séparer les innocents des coupables, désigner celui qui abuse de son pouvoir ; or le film nous condamne à cette zone intermédiaire où les faits existent mais où leur interprétation demeure incertaine.

Le geste est d’autant plus intéressant que Fjord a suscité, depuis sa sortie, des lectures politiques opposées, certains commentateurs lui reprochant de présenter trop sévèrement les institutions progressistes quand d’autres y voient une critique nécessaire de sociétés devenues incapables d’entendre ceux qui ne partagent pas leurs normes. Le réalisateur insiste, lui, sur la nécessité du dialogue entre des univers qui ne disposent plus d’un vocabulaire commun.

C’est précisément dans cet entre-deux que le film trouve sa force.

Lorsque deux conceptions du bien deviennent incapables de se reconnaître

Il serait trop simple d’opposer ici l’obscurantisme religieux à une modernité éclairée, ou inversement la famille persécutée à l’État totalitaire. Mungiu connaît suffisamment les mécanismes du jugement collectif pour savoir que le manichéisme dispense toujours de penser.

Renate_Reinsve
Renate_Reinsve

La famille Gheorghiu possède ses rigidités. Mihai porte une autorité dont Sebastian Stan fait moins une brutalité spectaculaire qu’une présence presque minérale. Dès le premier plan, Mungiu place le père à distance tandis que Lisbet enlace leur fille ; le réalisateur explique avoir construit cette composition pour installer simultanément la mère comme figure d’équilibre, l’enfant comme foyer du mystère et le père comme incarnation d’une autorité familiale traditionnelle.

Sebastian Stan est ici remarquable parce qu’il ne transforme jamais Mihai en personnage démonstratif. Son corps semble retenir quelque chose – colère, peur, orgueil, certitude ou blessure –, et cette rétention devient inquiétante précisément parce qu’elle demeure indéchiffrable. Renate Reinsve emprunte un chemin différent : Lisbet appartient davantage aux deux mondes, par son origine norvégienne et par la famille qu’elle a construite avec Mihai. Elle devient ainsi une frontière humaine, celle sur laquelle les tensions viennent se déposer avant de la fissurer.

Face à eux, les institutions ne sont pas nécessairement animées de mauvaises intentions. Elles obéissent à un principe qui paraît difficilement contestable : protéger l’enfant. Mais Mungiu montre comment une intention légitime peut, lorsqu’elle cesse de s’interroger sur elle-même, produire sa propre violence. La procédure transforme alors les êtres en dossiers, les nuances en catégories et les paroles en indices susceptibles d’être retenus à charge.

« Fjord » Cristian Mungiu ou quand les certitudes se brisent sur la glace

Ce que raconte Fjord est donc moins l’affrontement du Bien et du Mal que celui de deux conceptions concurrentes du Bien.

Et c’est beaucoup plus dangereux.

Car on négocie parfois avec celui que l’on croit dans l’erreur ; on négocie beaucoup plus difficilement lorsque l’on estime défendre la vérité morale elle-même.

« Fjord » Cristian Mungiu ou quand les certitudes se brisent sur la glace

Mungiu filme moins des réponses que la distance qui sépare les êtres

La mise en scène épouse admirablement cette incertitude. Tudor Vladimir Panduru photographie une Norvège dont la beauté pourrait appartenir à une brochure touristique, mais où l’immensité devient progressivement froide et oppressante. Le Monde soulignait justement le contraste entre les paysages enneigés, les plans d’eau, les parois rocheuses et la chaleur apparente des intérieurs.

Mungiu conserve par ailleurs ce goût des plans longs qui oblige le spectateur à demeurer dans la scène lorsque le montage traditionnel lui aurait permis d’y échapper. Il ne découpe pas systématiquement les conflits pour nous indiquer où regarder ; il nous laisse parfois chercher nous-mêmes ce qui importe, observer une attitude pendant qu’un autre personnage parle, percevoir un silence derrière une conversation.

Cette durée produit quelque chose de profondément moral. Elle laisse aux personnages le temps d’être contradictoires.

Lisa Loven Kongsli
Lisa Loven Kongsli

Le cinéma commercial affectionne les signes immédiatement lisibles : telle musique indique le danger, tel gros plan désigne la victime, telle coupe révèle le mensonge. Mungiu résiste à cette grammaire de la certitude. Il installe ses personnages dans l’espace et nous demande d’habiter avec eux l’inconfort du réel.

Les 146 minutes du film ne sont donc pas une simple longueur. Elles constituent presque une méthode : il faut du temps pour que nos certitudes se forment, davantage encore pour qu’elles commencent à se fissurer.

« Fjord » Cristian Mungiu ou quand les certitudes se brisent sur la glace

Croire ne signifie pas seulement avoir la foi

C’est peut-être ici que Fjord devient véritablement passionnant. Le film parle évidemment de religion, puisque les Gheorghiu appartiennent à un christianisme évangélique fortement structurant, mais il parle plus largement de l’acte de croire.

Les parents croient en Dieu, en une certaine conception de la famille, de l’éducation et de l’autorité. Les institutions croient dans le droit, dans la protection de l’enfant et dans un certain modèle social. Les voisins croient avoir compris ceux qu’ils côtoient. Les professionnels croient pouvoir interpréter les signes qu’ils recueillent. Le spectateur lui-même croit continuellement avoir enfin compris le film.

Puis Mungiu déplace une pierre et tout l’édifice vacille.

C’est pourquoi réduire Fjord à une opposition entre croyants et société laïque manquerait ce qu’il contient de plus dérangeant. Chacun possède ici sa transcendance, y compris ceux qui se pensent dégagés de toute transcendance religieuse : pour les uns Dieu, pour les autres l’intérêt supérieur de l’enfant, les droits individuels, le progrès ou la norme sociale. Le problème commence lorsque ce qui devrait demeurer un principe destiné à éclairer l’action devient une certitude suffisante pour ne plus avoir à écouter.

« Fjord » Cristian Mungiu ou quand les certitudes se brisent sur la glace
« Fjord » Cristian Mungiu ou quand les certitudes se brisent sur la glace

Le film nous ramène ainsi à une vieille question philosophique, de Socrate à Montaigne : que savons-nous réellement lorsque nous affirmons savoir ?

Le regard maçonnique – Entre les deux colonnes, apprendre à supporter le doute

C’est ici, seulement, que Fjord rencontre singulièrement l’expérience maçonnique.

Deux colonnes
Deux colonnes

Le Franc-Maçon pourrait être tenté, comme n’importe quel spectateur, de chercher immédiatement quelle colonne représente la raison et quelle autre incarne l’erreur. Il serait pourtant plus fécond de regarder le film à partir de l’espace situé entre les colonnes, cet espace qui n’appartient entièrement ni à l’une ni à l’autre et dans lequel commence précisément le chemin initiatique.

Car Mungiu met en scène des personnages qui possèdent tous leur pierre achevée. Mihai sait ce qu’est une famille. Les services sociaux savent ce qu’est la protection. Les voisins savent ce qu’est une éducation acceptable. Les croyants savent ce que Dieu attend d’eux. Les modernes savent ce que l’émancipation exige. Or le travail maçonnique commence précisément lorsque l’homme accepte que sa pierre demeure brute, c’est-à-dire lorsque sa propre certitude devient matière à travailler.

Fjord pourrait alors se lire comme une méditation sur la tolérance, non dans son acception molle d’indifférence polie, mais dans son sens le plus exigeant : reconnaître à la pensée d’autrui une place suffisante pour accepter qu’elle puisse troubler la nôtre. Cela n’implique évidemment ni de relativiser la violence faite à un enfant ni de considérer toutes les pratiques comme équivalentes ; cela signifie que juger oblige d’abord à examiner, distinguer, peser et écouter.

Le maillet sans le ciseau ne produit que des coups.

« Fjord » Cristian Mungiu ou quand les certitudes se brisent sur la glace

Cette image pourrait presque résumer le film. La puissance de l’autorité – familiale, administrative, judiciaire ou morale – n’est constructive que lorsqu’elle rencontre l’instrument de la mesure, du discernement et de la précision. Sans lui, elle ne taille plus la pierre : elle la brise.

Il existe enfin, dans ce fjord entouré de montagnes, quelque chose qui évoque symboliquement le cabinet de réflexion à l’échelle d’un paysage. Les personnages sont enfermés avec leurs convictions comme l’impétrant avec lui-même ; ils découvrent progressivement que leur premier adversaire n’est peut-être pas celui qui leur fait face, mais cette certitude intérieure qui leur interdit d’envisager un autre point de vue.

La véritable lumière de Fjord ne se trouve donc ni du côté de la famille ni du côté de l’institution. Elle apparaît, fragile, chaque fois qu’un être consent à suspendre son jugement assez longtemps pour regarder l’autre autrement.

C’est peu. C’est immense.

« Fjord » Cristian Mungiu ou quand les certitudes se brisent sur la glace

Et peut-être est-ce exactement ce que devrait être un Temple : non le lieu où des hommes ayant trouvé la vérité viennent la célébrer ensemble, mais celui où ils apprennent, patiemment, à la chercher sans jamais croire qu’ils la possèdent tout entière.

Avec Fjord, Cristian Mungiu ne nous demande finalement pas de choisir une rive. Il nous demande quelque chose de beaucoup plus difficile : construire un pont.

Cristian Mungiu – Fjord, 2026 – 146 min – avec Sebastian Stan, Renate Reinsve, Vanessa Ceban, Lisa Carlehed – photographie Tudor Vladimir Panduru – sortie française le 19 août 2026. Le film a remporté la Palme d’or du 79e Festival de Cannes, près de vingt ans après celle obtenue par Mungiu pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours.

Avec  « La Terre céleste », Camille de Toledo & Olric de Gélis relisent la Genèse à l’âge des vivants

Que devient un texte fondateur lorsque le monde auquel il a contribué à donner des mots se découvre écologiquement vulnérable devant les conséquences de sa propre puissance ? Camille de Toledo et Olric de Gélis refusent aussi bien le procès qui ferait de la Bible la source unique de la domination humaine sur le vivant que la défense pieuse qui l’innocenterait de tout effet historique. Leur geste consiste à rouvrir les mots, les images et les hiérarchies de la Genèse afin de demander si ce vieux récit peut encore participer à une pensée de l’habitation terrestre. La Terre céleste se situe dans cet espace exigeant où l’exégèse rencontre l’écologie, où la théologie dialogue avec le droit et où la crise environnementale devient une crise de nos récits.

Camille de Toledo est écrivain et chercheur, associé notamment à l’Institut d’études avancées de Nantes, tandis qu’Olric de Gélis est théologien et directeur du Pôle de recherche du Collège des Bernardins. Le premier travaille sur les droits de la nature, le second au croisement de la théologie et des humanités environnementales. Leur différence de position donne au livre son mouvement. Chacun oblige l’autre à préciser ce qu’il entend sauver, déplacer ou transmettre.

La crise écologique commence aussi dans les mots

L’un des choix les plus féconds consiste à assumer l’anachronisme du sous-titre. La Bible ne parle pas de la « nature » au sens moderne. Elle parle de création, de terre, de ciel, d’eaux, d’animaux, de végétaux, d’humains, de repos, de destruction et d’alliance. Cette précision interdit de projeter nos catégories sur d’autres cosmologies. Elle rappelle surtout que le mot « nature » possède une histoire et qu’une part de la crise présente tient peut-être à l’abstraction par laquelle les modernes ont placé face à eux un ensemble d’êtres disponibles pour l’usage et l’exploitation.

Le rapport entre l’humain et l’humus, entre adam et adamah, fournit ainsi un socle anthropologique.

L’être humain ne surgit pas hors sol. Sa dignité ne naît pas d’une extraction hors de la matière mais d’une relation à la terre dont il procède. La vieille tentation qui associe élévation spirituelle et éloignement du terrestre se trouve alors interrogée. Une spiritualité qui oublie ce qu’elle doit au sol, à l’eau, au souffle et aux autres vivants risque de transformer la transcendance en permission de s’absenter du monde. Le livre fait ainsi confiance aux mots pour rouvrir des significations ensevelies, sans prétendre que l’étymologie suffirait à produire une morale ou une politique.

Relire la Genèse ne signifie ni l’absoudre ni la condamner

Le cœur du débat concerne l’accusation adressée au récit biblique de la création. La place accordée à l’humain, l’idée de domination et la hiérarchisation des espèces auraient contribué à installer une cosmologie favorable à l’exploitation du monde. Les auteurs refusent une causalité aussi directe. Un texte ne fabrique pas mécaniquement plusieurs siècles d’histoire économique, scientifique et politique. Pourtant, ils refusent aussi l’alibi consistant à déclarer les Écritures étrangères à leurs effets culturels. Un récit fondateur agit parce qu’il fournit des images, des permissions et des manières de distribuer les places.

La Bible devient ainsi un champ de responsabilités interprétatives. Il faut considérer ce que ses lectures ont autorisé ou renforcé. Cette distinction protège l’exégèse contre le procès rétrospectif qui ferait de la Genèse la cause première de la catastrophe et contre la défense qui effacerait toute responsabilité historique. Transformer les pratiques suppose aussi de travailler les récits qui rendent ces pratiques pensables. La technique, l’économie et le droit reposent eux aussi sur des représentations de la valeur, du temps, de la propriété et de la dette.

Le septième jour rend une dignité à la limite

Le passage par le shabbat est particulièrement éclairant. Le repos du septième jour devient une figure de la cessation et donc de la limite. Nos sociétés savent célébrer la production et l’accélération, mais elles peinent à penser le moment où il convient de suspendre l’action. Or le récit biblique inscrit au cœur même de la création une interruption qui n’est ni échec ni épuisement. La cessation appartient à l’accomplissement.

Camille_de_Toledo_-_Mantovani©Gallimard

La portée écologique est nette. Une civilisation capable de faire toujours davantage doit apprendre ce qu’elle choisit de ne pas faire. La puissance technique n’acquiert une forme humaine qu’à partir du moment où elle rencontre une mesure. Le lecteur maçonnique reconnaîtra ici une exigence familière. Le travail n’a de sens que s’il connaît la mesure, l’alternance et le retrait. La mesure n’est pas une restriction opposée à la liberté. Elle empêche la liberté de se confondre avec la démesure.

Le vivant cesse d’être placé sous l’homme

Avec la Shekina des écosystèmes et des paysages, puis la critique de la « pyramide des vivants », le livre déplace la question. Il ne s’agit plus seulement de savoir si l’humain doit mieux protéger son environnement. Les lieux, les eaux, les espèces et les milieux redeviennent des partenaires de l’existence parce que la vie humaine dépend d’entrelacs dont elle ne possède ni l’origine ni la maîtrise. Le modèle pyramidal place l’humain au sommet. La coexistence et la codépendance troublent cette géométrie sans dissoudre les différences.

Ce déplacement conduit à une conception exigeante de la singularité humaine. Puisque la puissance d’action de notre espèce s’est accrue dans des proportions inédites, sa responsabilité s’accroît elle aussi. La singularité ne vaut donc plus comme privilège d’exploitation mais comme obligation de répondre des conséquences de ses actes. Ce renversement est fécond, même si le vocabulaire spirituel ne transforme à lui seul ni chaînes de production ni régimes de propriété. Le livre en a conscience puisqu’il conduit progressivement sa méditation vers le droit.

Redescendre sur Terre ne signifie pas renoncer au ciel

Le titre La Terre céleste contient la tension centrale de l’essai. Les auteurs cherchent à défaire l’imaginaire selon lequel le spirituel gagnerait en pureté à mesure qu’il s’éloigne du terrestre. Leur « royaume terrestre » pose une question de direction. Faut-il toujours monter pour trouver du sens ou faut-il apprendre à redescendre vers les conditions concrètes de l’existence, vers les sols, les corps, les dépendances et les générations futures ?

Création IA représentant la Shekina

Cette interrogation possède une portée initiatique réelle. L’initiation ne consiste pas à quitter le monde mais à modifier la qualité de présence avec laquelle le sujet l’habite. La verticalité symbolique ne prend sens qu’en relation avec l’horizontalité fraternelle. Le ciel ne vaut pas comme négation de la terre mais comme mesure d’une conduite terrestre. La Bible elle-même, si présente dans l’imaginaire maçonnique, apparaît ici moins comme un catéchisme que comme un réservoir de récits et de figures à retravailler. La transmission véritable ne reproduit pas mécaniquement. Elle exige mémoire, discernement et liberté de conscience.

Lorsque le récit veut devenir droit

Le passage vers le « ne pas détruire », puis vers une éthique étendue et les droits de la nature, empêche l’ouvrage de demeurer dans la seule méditation spirituelle. Si des rivières, des forêts ou des écosystèmes doivent compter autrement dans nos décisions, il faut imaginer des procédures, des représentants, des obligations et des limites opposables. Les dernières pages montrent que la conversation a rejoint des propositions citoyennes sur les droits de la nature, puis un colloque à l’Assemblée nationale au printemps 2025. La relecture biblique cherche ainsi une conséquence publique.

La Terre céleste – création IA

La limite du projet apparaît au même endroit que sa force. Les droits de la nature soulèvent des questions que le vocabulaire de la présence ne peut résoudre seul. Qui parle au nom d’un fleuve, selon quelle légitimité, avec quelle hiérarchie entre intérêts humains et non humains, sous quel contrôle démocratique ? L’ouvrage ouvre ce chantier davantage qu’il ne le clôt. Cette incomplétude reste féconde, mais elle interdit de confondre l’intuition éthique avec son architecture juridique.

Le Déluge revient comme mémoire de notre vulnérabilité

Que l’essai s’achève face au Déluge n’a rien d’anodin. Le récit archaïque rejoint notre présent, non comme prophétie climatique, mais comme mémoire culturelle d’un monde menacé de submersion et comme interrogation sur ce qui mérite d’être préservé. Le Déluge associe catastrophe, rupture, sauvegarde et recommencement.

Olric-de-Gélis

Une lecture symbolique peut rejoindre ici l’expérience initiatique sans forcer le texte. Dans de nombreuses traditions, l’eau accompagne la mort d’un état ancien et la renaissance. Mais la crise écologique interdit de réduire la catastrophe à une métaphore intérieure. Les désastres contemporains atteignent des terres, des espèces, des maisons et des vies. Le symbole demeure juste lorsqu’il reconduit au réel au lieu de le dissoudre. L’espérance elle-même doit alors changer de statut. Elle n’efface pas la menace et ne garantit aucun salut collectif. Elle oblige à agir dans un monde vulnérable sans disposer de la certitude du dénouement.

Aucun récit ne porte à lui seul la faute du monde moderne

La principale réserve concerne l’ampleur accordée à la matrice biblique dans la généalogie de notre rapport au vivant. Les Écritures ont pesé sur les imaginaires occidentaux, mais la séparation moderne entre humains et nature relève aussi de la philosophie grecque, du droit romain, du cartésianisme, des révolutions scientifiques, de l’industrialisation, des empires coloniaux et de l’économie capitaliste. Trop charger la Bible risquerait de reproduire, sous une forme critique, l’ancien privilège occidental qui faisait de sa propre tradition religieuse le centre explicatif de l’histoire.

Les auteurs évitent largement cet écueil en maintenant leur travail dans le registre de la relecture plutôt que dans celui d’une causalité totale. Leur mérite est de refuser le choix entre héritage et rupture. Ni les croyants ne sont sommés d’abandonner leurs textes pour devenir écologistes, ni les non-croyants ne sont requis d’adhérer à une foi pour reconnaître la puissance culturelle des Écritures. Le texte ancien devient une matière à travailler, susceptible d’être discutée et redirigée lorsque l’histoire révèle les impasses de certaines interprétations.

La question laissée ouverte dépasse finalement la Bible. Toute civilisation hérite de récits qui lui ont appris à voir et, par conséquent, à ne pas voir. Le travail critique commence lorsque ces récits cessent d’être des autorités muettes et redeviennent des interlocuteurs. Pour le franc-maçon, habitué à recevoir des symboles anciens afin de les éprouver dans une conscience présente, cette tâche possède une familiarité particulière. Hériter ne signifie pas conserver intact, mais répondre de ce qui nous a été transmis. La Terre pourrait bien être, à cet égard, le premier héritage et le dernier Temple dont aucun être humain ne peut se déclarer propriétaire.

La Terre céleste – Comment la Bible parle de la nature

Camille de Toledo & Olric de Gélis – Flammarion, 2026, 296 pages, 21 € – numérique 14,99 €

L’éditeur, le SITE / Feuilleter l’ouvrage

Tour du monde des médias maçonniques du 23/09/26

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Mercredi 23 septembre 2026

Mes très chères Sœurs, mes très chers Frères,

De la France aux horizons du monde, 450.fm vous propose un regard quotidien sur l’actualité maçonnique, ses échos dans la presse et les débats qui traversent nos sociétés. Entre vie des obédiences, culture, histoire et questions contemporaines, cette revue rassemble les informations utiles pour nourrir notre réflexion et exercer ce discernement auquel nous invite la démarche initiatique.

Période couverte : informations reçues du lundi 21 septembre 2026 à 12 h 00 au mardi 22 septembre 2026 à 12 h 00, heure de Paris.

France

« Lady Liberté » raconte la fabrication de la Statue de la Liberté

Sortir à Paris – France – mise à jour du 21 septembre 2026 – français – Lire la source

Le Musée des Arts et Métiers présente, du 22 septembre 2026 au 1er août 2027, une exposition immersive consacrée aux ateliers Gaget, Gauthier & Cie, à Bartholdi, Eiffel et aux artisans de la statue. Le parcours met surtout en lumière l’aventure technique et collective de ce symbole universel de liberté.

Prométhée, porteur universel de lumière : symbolisme et ésotérisme de 1895 à 1914

Fabula –France –date de publication non vérifiée – français – Lire la source

L’annonce présente un colloque international consacré aux réinterprétations de Prométhée dans les symbolismes belge et français, entre littérature, lumière et ésotérisme. Le rapprochement avec l’imaginaire initiatique tient au mythe de la connaissance transmise, sans présumer d’un contenu maçonnique. La page étant inaccessible lors du contrôle, cette notice repose sur l’extrait de l’alerte.

À Reims, une conférence pour rencontrer la Grande Loge de France

L’Union –France –21 septembre 2026 – français – Lire la source

Le quotidien annonce une conférence publique de la Grande Loge de France à Reims, organisée le 22 septembre à 18 h 30. Cette démarche d’ouverture répond à une curiosité persistante autour des loges et de leur travail. Le contenu intégral étant bloqué lors de la vérification, les précisions disponibles proviennent de l’extrait public du média.

Un documentaire de RMC Story promet une plongée dans la franc-maçonnerie

Série News –France –22 septembre 2026 –français – Lire la source

Prévu le mardi 29 septembre vers 23 h 25, le programme doit parcourir l’histoire, les rites et les symboles maçonniques, tout en confrontant discrétion institutionnelle et imaginaire du secret. Il s’agit d’une annonce de programme, non d’une critique après visionnage ; sa promesse de dépasser les caricatures devra donc être appréciée à la diffusion.

Le Chevalier de La Barre, 260 ans après son exécution

Unité Laïque –France –page du 30 juin 2026, lettre reçue le 21 septembre –français – Lire la source

La lettre publique d’Unité Laïque rappelle le colloque du 28 novembre, de 14 h à 18 h, à la mairie du 9e arrondissement de Paris. Richard Malka ouvrira une rencontre consacrée à la liberté de conscience, au blasphème et à l’héritage des Lumières, avec historiens, philosophes, juristes, journalistes et comédiens.

XVIes Rencontres de l’Académie Maçonnique Provence : « Retour au Centre »

Académie Maçonnique Provence –France –courriel public du 16 septembre 2026 –français –complément d’agenda hors fenêtre – Lire la source

Le 3 octobre, de 10 h à 17 h, au Château Saint-Antoine à Marseille, Laurence Kravetz, Reza Moghaddassi et Luc Templier interviendront sur l’ego, le mental et la conscience. La journée associera réflexion spirituelle, philosophie et création, puis une séance de signatures. La participation est annoncée à 25 euros ; le repas est proposé séparément.

Les Protocoles des Sages de Sion, matrice durable du complotisme

La franc-maçonnerie au cœur –France –22 septembre 2026 –français –blog – Lire la source

Le billet revient sur la fabrication antisémite des « Protocoles » et sur leur circulation comme prétendue preuve d’un complot mondial, souvent mêlé à l’antimaçonnisme. Son intérêt réside dans le rappel des mécanismes de falsification et de répétition qui transforment un faux démontré en récit politique persistant. La notice est fondée sur l’extrait public indexé.

Thierry Leroy distingué pour ses travaux sur les Templiers

L’Est Éclair –France –21 septembre 2026 –français – Lire la source

Le Prix Provins Moyen Âge est attribué à l’historien Thierry Leroy, spécialiste d’Hugues de Payns et de l’ordre du Temple, pour son dernier ouvrage. Le sujet intéresse l’histoire médiévale autant que la réception initiatique ultérieure du templarisme. L’article n’ayant pu être ouvert, le titre, l’auteur et la distinction sont repris prudemment de l’extrait d’alerte.

La Grande Loge Féminine de France célèbre ses 80 ans

Jean-Laurent Turbet –France –22 septembre 2026 –français –blog – Lire la source

Le blog annonce une tenue exceptionnelle et la projection d’un film pour marquer les quatre-vingts ans de la Grande Loge Féminine de France, avec plusieurs loges historiques associées. Cette commémoration éclaire l’affirmation progressive d’une maçonnerie féminine autonome en France. La page étant inaccessible lors du contrôle, la notice reste limitée aux éléments publics de l’annonce.

Monde

Gabon –Patrimoine initiatique

Guy Bertrand Mapangou alerte sur la marchandisation de l’iboga et du Bwété

Gabon Media Time –Gabon –20 septembre 2026 –français – Lire la source

Le président du CESEC dénonce la commercialisation de l’iboga, de l’ibogaïne et des titres initiatiques, qu’il juge menaçante pour un patrimoine spirituel gabonais. Le média précise qu’il s’agit d’accusations formulées sans personnes nommées ni preuves publiées. Le débat oppose ici protection culturelle, usages thérapeutiques et tentation d’un tourisme initiatique.

Portugal – Droit et vie interne

Entre frères et juges, du temple au tribunal

Observador –Portugal –22 septembre 2026 –portugais –opinion – Lire la source

Filipe Carvalho commente le conflit disciplinaire au Grand Orient Lusitanien qui a conduit cinq membres exclus devant les juridictions civiles. Selon l’auteur, la liberté d’association ne place pas les règles privées au-dessus de la Constitution ni de la loi. Le texte est une opinion juridique et politique, à distinguer d’un compte rendu judiciaire neutre.

Roumanie – Livres et antimaçonnisme

Dan Andronic publie une anatomie de la haine antimaçonnique

Evenimentul Zilei –Roumanie –21 septembre 2026 –roumain – Lire la source

L’ouvrage Anatomia Urii. Discursul antimasonic, de la prejudecată, la propagandă și violență, lancé à Bucarest le 17 septembre, étudie le passage du préjugé à la propagande puis à la violence. Hitler, Staline et Carol II figurent parmi les cas abordés. La parution rappelle combien l’antimaçonnisme accompagne les régimes autoritaires.

Brésil –Mémoire maçonnique

Ernâni Napoleão, portrait d’un ancien Grand Maître du Piauí

180graus –Brésil –21 septembre 2026 –portugais –chronique spécialisée – Lire la source

À l’occasion de ses 75 ans et de son jubilé maçonnique, Narciso Monte retrace le parcours d’Ernâni Napoleão Lima : initié à 24 ans, cofondateur d’une loge à Teresina, quatre fois Grand Maître et acteur de la Confédération de la Maçonnerie Symbolique du Brésil. Le ton est laudatif et relève du témoignage interne.

Italie – Hauts grades

Emilio Attinà nommé Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil du 33e degré

Il Quotidiano d’Italia –Italie –date de publication non vérifiée –italien – Lire la source

L’annonce attribue à Emilio Attinà, professeur originaire de Reggio de Calabre, la direction du Suprême Conseil du 33e degré. Elle concerne la gouvernance d’un corps de hauts grades et ne permet pas, à elle seule, d’en apprécier les rapports institutionnels plus larges. La page étant inaccessible, la notice repose sur l’extrait Google Alerts.

Italie – Histoire et édition

Fulvio Conti récompensé pour Massoneria e fascismo

Vita Casalese –Italie –date de publication non vérifiée –italien – Lire la source

Le palmarès du concours Acqui Storia distingue Fulvio Conti pour Massoneria e fascismo. Dalla Grande Guerra alla messa al bando delle logge, publié chez Carocci. L’ouvrage étudie le passage de la Grande Guerre à l’interdiction des loges sous le fascisme. La page n’ayant livré aucun contenu exploitable, ces éléments proviennent de l’extrait d’alerte.

Royaume-Uni – Éducation et philanthropie

Un legs maçonnique finance une bourse scientifique durable à Durham

Durham Freemasons –Royaume-Uni –21 septembre 2026 –anglais –communication institutionnelle – Lire la source

Un fonds de 125 000 livres, issu du legs de Norman Jackson, doit financer une bourse de 5 000 livres par an pendant quatre ans pour des étudiants en sciences de milieux modestes du nord-est de l’Angleterre. Le premier bénéficiaire est attendu en 2027. La dotation transforme une mémoire fraternelle en soutien éducatif pérenne.

Royaume-Uni – Communication obédientielle

Le Grand Maître de l’UGLE évoquera l’avenir de la franc-maçonnerie

United Grand Lodge of England –Royaume-Uni –date précise non vérifiée –anglais –réseau social officiel – Lire la source

L’UGLE annonce une édition spéciale de son émission Craftcast, enregistrée en public, au cours de laquelle le Grand Maître doit aborder l’avenir de l’institution et les formes de coopération à venir. L’accès direct à la publication étant limité, cette notice ne va pas au-delà de l’annonce officielle indexée.

Europe – Histoire et mémoire

La persécution des francs-maçons sous le nazisme

History of Sorts –Pays-Bas –21 septembre 2026 –anglais –blog historique – Lire la source

Le billet rappelle l’interdiction des loges, les confiscations, la propagande antimaçonnique et les persécutions menées dans l’Allemagne nazie puis dans l’Europe occupée. Il souligne aussi la difficulté d’isoler les victimes visées uniquement comme francs-maçons. Ce texte de vulgarisation appelle une lecture critique et le recours aux travaux historiographiques spécialisés.

Au fil de ces regards croisés, cette revue de presse invite à prolonger la réflexion, à confronter les points de vue et à demeurer attentifs aux mouvements de notre temps, dans un esprit de liberté, de vigilance et de fraternité.

Mes très chères Sœurs, mes très chers Frères, nous vous souhaitons une bonne lecture.

Ainsi va le Monde…

Le myste et le poste à galène

Ne pas cueillir le fruit qui veut mûrir encore, écouter en patience.
J’ai cheminé ainsi, quelque peu, à l’écoute de l’apprenti M.A. et de nos voyages au cœur des choses, je vous rapporte quelques feuillets de mon vieux carnet.

C’était un jour de plein été. Il avait plu. Malgré l’averse tumultueuse, elle était venue et maintenant, sur le pas de porte, trempée, elle me regardait avec cet étonnement qui lui ouvre les yeux de ce sourire attentif qu’elle a chaque fois qu’elle me parle.
– Salut, c’est moi, le petit myste qui deviendra grand, pourvu que maître lui prête attention.
– Tu n’étais pas obligée de te mouiller à ce point pour revivre ton initiation par l’eau, tu sais chez nous, on est délicat, le bout du doigt suffit. Tu t’en souviens ?

Elle entra dans mon après-midi avec son incessant questionnement et nous installa sans préambule dans nos échanges aussi avidement que d’habitude.
– Cela suffit-il vraiment ? De toi à moi, alors cela voudrait dire qu’il ne s’agit pas d’une épreuve mais d’une ablution?
– Certes, on est loin d’épreuves dans l’eau à n’en plus pouvoir, d’immersion totale, de courants qui emportent jusqu’aux métaux, voire même dans le cas d’un petit bain de minuit en Afrique d’une traversée de rivière au milieu des crocodiles ou des piranhas. D’autres initiations imposent pourtant cette vérité de l’élément eau. Ainsi Gérard de Nerval, dans le voyage en Orient, narre l’épreuve de l’eau lors de l’initiation d’Isis :

«Au-delà se trouvait une rivière qu’il fallait traverser à la nage. À peine, le néophyte avait-il atteint le milieu, qu’une immense agitation des eaux, déterminée par le mouvement de deux gigantesques roues, l’arrêtait et le repoussait. Au moment où ses forces allaient s’épuiser, il voyait paraître devant lui une échelle de fer qui semblait devoir le tirer du danger de périr dans l’eau. Ceci était la 3ème épreuve. A mesure que l’initié posait un pied sur un échelon, celui qu’il venait de quitter se détachait et tombait dans le fleuve. Cette situation pénible se doublait d’un vent violent qui faisait trembler l’échelle et le patient à la fois».

  – Le danger et le bien-être, la paix et l’effroi, l’inconnu face auquel on se mesure nous sont donc épargnés. Est-ce à un ramollissement de nos mœurs que je dois d’être indemne ?
– Notre rapport aux éléments, à l’eau comme à l’air, au feu, à la terre, lors de l’initiation est de nature spéculative. Cela nous donne la possibilité de nous éviter les vraies confrontations entre nous, nous-mêmes et le cosmos. On parle, on bavarde, on raconte, on se raconte. On ouvre aujourd’hui le son téléphone sur «radio-énergie» sans pour autant se revivifier.
Autrefois il y avait un risque réel à se brancher sur certaines stations comme «Ici Londres». Je ne te parle même pas du temps où Abraham ou Moïse se connectaient directement avec radio-Adonaï. Les bienheureux ! Pour eux comme pour leurs amis du moment, de tels contacts étaient bouleversants et chaque fois il y avait un avant et un après la parole entendue.
Entre le bruit et le message, il y a ta conscience à l’écoute qui en fait la différence.

Cela dit, l’ablution du bout des doigts n’est pas pour me gêner. On peut toujours agir après s’être interrogé sur une signification symbolique. Demande à notre frère G. avec sa spéléologie, à ceux qui font du raft, ceux qui s’abreuvent d’un peu d’eau dans le désert.
D’ailleurs je préfère notre rite à celui du baptême. L’ablution du bout des doigts, cela signifie aussi ta corporéité et cela dit que les mains, en palpant ce qui est extérieur au corps, captent par leur prédisposition la souillure, mais aussi la purification. Elles sont comme des antennes. Les tremper dans l’eau, c’est faire reconnaître à l’impétrant son désir de pureté, sa volonté de pureté en venant vers la Franc-maçonnerie, mais aussi la nécessité de cette pureté. Encore faudrait-il définir ce mot. Regarde !  Je pose mes mains sur les tiennes. Suis-je souillée ou purifiée par ce contact et toi ?
– Je dirai en tout cas que c’est bon, que je me sens attachée par un lien d’affection, le problème n’est pas la pureté mais l’élan vers ce qui me paraît être le bien.

Elle me tendit à ce moment-là, comme un cadeau plus savoureux que tout autre gourmandise, une carte postale reproduisant le tableau La Lecture  de Fantin-Latour, où l’on voit deux femmes, vêtues de noir, assises dans un salon ; l’une, brune, fait la lecture à l’autre, blonde.

  • – Un myste et son poste à galène ! Lui dis-je en plaisantant.
    Je ne sais si elle comprit mais, en souriant, elle me désigna alors la femme silencieuse et me dit :
    – Là c’est moi, l’apprenti qui écoute, là est le Maître, parce qu’il enseigne en parlant. Et je lui répondis:
    – Peut-être pas, le Maître doit aussi être à l’écoute de l’apprenti, on ne peut dire qui enseigne l’autre.
  • – Au fait, après mon initiation, le soir même, en salle humide, j’ai vu des décors maçonniques à vendre sur lesquels sont brodés des lettres et des symboles. J’interrogeais une Sœur (ou un Frère, je ne me souviens) sur la signification du M et du B et sur les autres figures géométriques que l’on retrouve sur les tabliers des Maîtres en loge. On me répondit alors : «ce n’est pas de ton grade» ! Je me suis sentie exclue par ce silence abrupt sur une question qui, a priori, ne semblait pas inopportune, dans la mesure où cela m’est donné à voir. Que veulent dire les lettres M et B ?

– Puisque tu sembles connaître le voyage en orient de Nerval, cela est totalement développé dans les nuits du Ramazan. Mais tu n’as pu associer les explications avec ces lettres, car tu ne sais encore à quelle circonstance exacte elles se réfèrent. C’est le problème de la dissimulation du sens. Le langage voilé t’est annoncé dès le début de ton initiation: Ici tout est symbole. Paraboles, allégories, mythes, rites, figures, cérémonies sont donnés ouvertement à lire mais surtout à déchiffrer.
Supposons que je te donne ma lecture d’un mystère, avec ma respiration, ma tonalité, mon histoire. Ce que je te donne à comprendre, c’est mon interprétation, donc c’est moi que je te donne à interpréter. Exit l’objet de ta question, bonjour, à travers le plaisir de montrer que l’on en sait un peu plus, l’égotisme ! Allons plus loin. Supposons que je puisse te donner une explication purifiée de moi-même, sans que je m’y projette, que crois-tu que tu obtiendrais ? Une coïncidence du signifié et du signifiant, du mot et du sens ? Non mon myste ! Car les mystères enfouis ne sont pas dissimulés derrière un petit cache-secret. Il y a entre eux et nous les voiles de notre être qui créent une opacité qui nous est propre. En somme, à chacun sa myopie sur la vérité à travers les lunettes de sa réalité. 

Le même mystère, vu par chacune de nous deux, c’est comme un jardin suspendu, en dessous, au milieu, au-dessus duquel on se  promènerait. Chaque terrasse, pour qui se déplacerait, par effet de perspective, offre certaines images, mais, revue de la terrasse supérieure, elle procure de nouvelles révélations, de sens parfois opposé ; chaque degré du même jardin parle ainsi plusieurs langues différentes au même moment. Moi, je ne puis te transmettre que ce qui s’exprime et ce que je vois ici et maintenant. Mais tu prends un risque, celui de ne voir le jardin que d’un point de vue.
Ce serait dommage que je rétrécisse ton monde, le monde à un petit taillis. Et maintenant voici ma réponse à ta question. 
Que dirais-tu à un profane qui te demanderait de lui expliquer ce que signifie le B qui est sur l’une de nos Colonnes, te le montrant sur une gravure allégorique, comme on en faisait autour de 1789 ?
– Je lui répondrai bonbon, Bernachon (chocolatier lyonnais), bijou, baba au rhum, bichon, bonjour, bisous, une multitude de mots très doux et très sucrés. Ce serait tout de même dire, sans le lui dire, mon plaisir d’être un Apprenti franc-maçon
– Tu vois comme c’est simple. Tu as répondu à ta propre question.

Avec sa gourmandise de comprendre, elle insista.

  – Explique-moi, alors, comment chercher où avancer vers ce que veulent dire les lettres M et B placées sur les tabliers des Maîtres.

Et parce qu’une question ne doit pas rester sans réponse, mais parce qu’une question doit aussi être un questionnement, je tentai une autre approche.

– Selon les rituels, on prononce les mots correspondant à ces initiales de manière différente mais cela évoque de toute façon le sens même du passage à la maîtrise, c’est-à-dire  que ces lettres indiquent les voies mystérieuses par lesquelles l’homme peut s’alchimiser en initié.
En tant qu’apprenti, il apprend à naître, en tant que compagnon il apprend à vivre et en tant que Maître il apprend à mourir. Avoue, cela n’aurait aucun sens que je te montre ces voies aujourd’hui. C’est comme si tu vivais ta cérémonie d’initiation en ma seule présence. Je ne puis faire office de Loge. Il faut 7 Maîtres pour qu’elle soit juste et parfaite. À moi seule, je ne puis te guider vers tout ce que tu dois attendre de vivre dans nos ateliers, surtout à travers le rituel et le temple tout entier. En attendant, cherche la signification ontologique de la croix, de l’énigme des hexagrammes du Yi-king, de la cosmogonie hébraïque cachée dans l’arbre des séphiroth et d’autres chemins encore de connaissance. Les gnoses ont une convergence qui va dans le même sens que les lettres M et B.

Je lui indiquai alors quelques ouvrages, ardus certes, mais qui avaient fait palpiter un peu plus fort le cœur de ma pierre. Mais surtout je lui évoquais mes rencontres avec des êtres très forts et très libres.

– Qu’ont-ils en commun ?
– Ce qu’ils ont en commun, c’est qu’ils me semblent ouverts sur un monde plus infini que le mien. Ils sont capables de voyager, entre blanc et noir sur le fil bleu, comme dans un espace illimité. Ils m’ont donné des clefs, mais je ne peux te raconter quelles portes je tente d’ouvrir avec elles. C’est encore trop intime, pas suffisamment mûri, pour que je puisse te restituer quoi que ce soit. Mais, cela travaille en moi, agit, m’agite vers ce que je sens confusément comme une très grande force de plus de sérénité, de moins de contingences, de plus de vérité de moi-même.

Je me tus quelques instants pour me mesurer à l’aulne de mes ignorances, de mes incapacités, sentant bien que le véritable apprentissage était encore à venir. Je me justifiai à haute voix.
– Trop de social, trop de psychologique, trop d’égarements et de sollicitations du quotidien. Je crois qu’il y a des castes qui nous emprisonnent dans leur propre logique, comme des corporations psycho-socio-économico-intellectuelles. Tu vois, c’est facile d’être hypocrite, c’est plus difficile de jouer les existentialistes, enfin je veux dire d’être vraiment libre. Il faut tant de courage, tant d’effort. La liberté, cela se mérite probablement ; même si on n’a pas tous le même prix à payer pour l’actualiser à chaque instant de sa vie.

Comme à chaque fois que je l’obligeais par mes questions ou mes réponses, qui n’en étaient pas, à répondre à ses questionnements, je sentis en ma jeune amie se revivifier son impatiente curiosité et son plaisir de se sentir avancer vers un exhaussement de sa pensée. En mon for intérieur, je la remerciais de m’enseigner à mon tour. Elle m’offrait, au niveau de ses interrogations critiques, un sens de la diversité et de la relativité, une difficulté et une précarité qui m’obligeaient à me chercher moi-même au-delà des réponses et de trouver pour nous deux une convergence supérieure.

– Si je te dis, poursuivais-je : on ne mesure les hommes qu’après leur mort, cela peut vouloir dire que l’on ne prend les mesures pour le cercueil que sur les cadavres. Mais cela peut prendre, bien évidemment, d’autres significations. A nous de les inventer au sens de devenir, trouver, créer. C’est une interprétation par rapport à toi, par rapport à la nécessité de tes questions. C’est cela le symbolisme: la création d’un monde, le tien, au-dessus du monde et où tout est symbole mais qui découvre ta réalité profonde. Le symbole ne doit pas être recherché seulement dans sa signification; il doit l’être dans son pouvoir. Le symbole informatif, le symbole inspirateur, le symbole intercesseur, le symbole magique et l’objet de manipulation, le symbole articulant les significations, le symbole participatif, le symbole inspiré, le symbole questionnant.
Dire qu’en loge, tout est symbole, c’est affirmer que la liberté de pensée accordée à chacun est le fondement de l’Ordre Maçonnique et que cette relativisation résolue du sens  conduit forcément à la tolérance.
Le symbolisme te permet de travailler à ta mesure pour aller vers ta liberté irréductible, celle dont les jugements, la conscience d’être et la vertu se situent au-delà de la multitude des conditionnements. Devenir ce que l’on est. C’est ainsi que les ésotéristes parlent. Mais on ne devient ce que l’on est qu’en étant ce que l’on devient. Autrement dit, tu es une actualisation constante de toi-même. Une liberté qui se refuse ou qui agit, un devenir en germe de lui-même, un effort dans cet engagement vis-à-vis de toi seule, une persistance de cet effort. Cet engagement, que tu as voulu maçonnique, implique un certain nombre d’exigences et il n’est pas sans risque.  Car se faire franc-maçon, c’est se mettre en questions. C’est en fait s’interroger pour voir les choses autrement qu’on les avait vues, c’est essayer de vivre autrement qu’on ne l’avait fait jusqu’alors. Il te faut pouvoir renoncer au réconfort de l’opinion, au soutien de l’imitation, au secours de l’approbation. Cet appareil doit cesser d’être suffisant pour le franc-maçon. L’initiation maçonnique, c’est l’apprentissage de l’autonomie, c’est l’appel de la liberté auquel ta vie toute entière sera la réponse. Tu t’es engagée pour prouver ta liberté, cette lente conquête de toi-même, par toi. C’est aussi cela devenir franc-maçon.

Je sentis son désarroi devant l’amplitude de l’effort demandé; je n’étais pas moi-même un exemple. La légèreté de son être avait mal, la mienne un peu moins par manque de modestie sans doute. Ô ma petite Sœur courage, tu te repris vite, sautant sur des mots dont tu ne soupçonnais pas encore la puissance.

– Puisque la mort accepte tous les gestes de vivre, le premier cadeau que je lui consens, je le lui ai déjà fait. Je suis morte avec plaisir sous le bandeau-linceul, mais je vais gaver la mort jusqu’à l’écœurer de mes renaissances incessantes jusqu’à n’être que l’image d’un instant éternel.

Elle était, tout soudain, devenu grave. Ses propres mots lui résonnaient comme des symboles vivants. Je sentais en elle que les bonbons et autres friandises de sa colonne n’étaient plus qu’espiègleries vite dépassées. Elle avait envie de se forger une réflexion pour se tracer son chemin vers plus d’intensité et de présence à elle-même.

  – La Maçonnerie, quand tu en parles, c’est comme cela que je l’espérais. C’est à dire, c’est comme des mystères que je savais exister, que j’avais oubliés et que je sentais comme devant les découvrir ou redécouvrir. Les symboles que je connaissais étaient ceux de la psychanalyse. Ils me paraissent tout à la fois semblables et différents de ceux de la Maçonnerie.
Ceux de l’analyse sont réparateurs, ils servent à réparer, à reprendre des choses d’un passé personnel pour pouvoir vivre avec soi-même. Ceux de la Maçonnerie sont moins nombrilistes, plus tournés vers les autres, dans lesquels je me reconnais, ils ne sont pas seulement tournés sur notre propre histoire (pas toujours propre  justement).  Mais ils vont bien ensemble. La Franc-maçonnerie est une espèce de méthode scientifique où l’on va à l’essentiel, que l’on aurait débarrassée de l’inutile et qui aboutirait à cette pureté d’une pierre taillée. C’est comme si je voulais me débarrasser dans une phrase des adjectifs, des adverbes, des articles pour n’avoir plus que le verbe. Pas commode de communiquer après cela et, pourtant, le copte égyptien avait dû procéder ainsi, cela ne l’a pas empêché de transmettre des explications du monde; mais c’est vrai que l’on ne sait pas encore les interpréter. Les symboles, c’est un concentré de choses essentielles, ils sont à tout le monde, mais on ne peut les prendre qu’avec sa vérité.

Et puis la Maçonnerie, par les outils qu’elle m’apprend à utiliser, c’est une école du comportement. Par exemple : je ne supporte pas le mépris que certains ont pour les autres, n’importe quel autre. L’agressivité, qui était ma réponse habituelle pour dénoncer ce genre de situation, ne me satisfait plus. Je ressens ce besoin de tolérance comme nouvelle réponse de ma propre liberté maîtrisée, tolérance qui sait être ferme, sans concession, mais argumentée du poids de ma propre consistance. Mon attente est une espérance.
Lorsque je questionne, je n’aime rien tant que de recevoir des réponses qui cheminent en moi. Alors dis-moi…

Il y eut une joie profonde  de nous partager et de nous renouer autour de nos échanges de questions. Nous avons ainsi paré le temps de la fleur de nos âmes tout le reste de l’après-midi.
Longtemps après la nuit tombée, quand elle me quitta, à minuit, nous étions encore enveloppées des fils tissés dans notre « soritude ». En se refermant, la porte fit ce bruit qui fait un fruit qui tombe de l’arbre. Sa graine porte en lui l’espoir de devenir à son tour un arbre.

Ah au fait! La galène, dans les postes à galène, c’est un métalloïde qui a comme propriété de redresser des courants ondulatoires de haute fréquence, captés par l’antenne de réception, pour les rendre audibles. Un sacré communicant !

Aux origines de « L’Étoile d’Orient » : une loge maçonnique entre Martigues et Port-de-Bouc, des Lumières à la Restauration

Écrire l’histoire d’une loge maçonnique locale, c’est souvent porter le poids des vieux frères ignorés par l’histoire. Ceux qui composèrent la loge de Saint-Jean sous le titre distinctif de « L’Étoile d’Orient » à l’Orient du Port-de-Bouc ont vécu la même initiation, connu les mêmes doutes, affronté les mêmes bouleversements historiques que leurs contemporains. L’Histoire, martelée de sang, de guerres et de complots, ne s’écrit jamais qu’avec des hommes ordinaires pris dans son courant … et les maçons n’ont pas échappé à cette course.

 L’ont-ils suivie ? L’ont-ils, parfois, précédée ? La vérité, ici comme ailleurs, se tient rarement dans un simple manichéisme. Nos frères de l’Étoile d’Orient, maillons discrets mais indispensables de la Chaîne d’Union, furent de ceux-là.

 Le terreau régional : l’implantation maçonnique avant la Révolution

La franc-maçonnerie se développe véritablement dans notre région provençale à partir des années 1750. Sa présence à Marseille est déjà évoquée en 1737 par l’évêque de Belsunce, qui s’en inquiète auprès de ses correspondants, jugeant ces sociétés « pernicieuses à la religion et à l’État » …un jugement qui, pour sévère qu’il soit, atteste combien l’Ordre était alors perçu comme une force à surveiller.

Deux courants structurent ce paysage naissant.

D’une part, l’obédience écossaise, qui s’implante principalement à partir de la Loge-mère Écossaise Saint-Jean d’Écosse à Marseille, active jusqu’en 1814-1815. D’autre part, la Grande Loge de France qui essaime elle aussi : « L’Étroite Persévérance » à Aix, puis « La Parfaite Sincérité » à Marseille en 1766.

Cette même décennie voit se cristalliser les tensions entre monarchie et parlements : en 1766, le parlement de Paris prend fait et cause pour le parlement de Bretagne, frondeur vis-à-vis de l’autorité royale, provoquant le fameux discours de la Flagellation, où Louis XV rappelle sèchement que « c’est en [sa] personne seule que réside la puissance souveraine ». Le climat politique du royaume, déjà, se tend et et la maçonnerie régionale grandit dans son ombre.

En 1773, au terme de près de six années de luttes d’influence, la Grande Loge de France devient le Grand Orient de France, non sans susciter l’hostilité de la Grande Loge dite de Clermont, ce qui conduira à l’instauration d’un mot de semestre en 1777.

À la veille de la Révolution, en 1789, la région compte 17 loges affiliées, le plus souvent par filiation de « La Parfaite Sincérité », au Grand Orient de France de Marseille. C’est dans cette filiation que s’inscrit L’Étoile d’Orient. Ces loges travaillent presque toutes au Rite Français Moderne, créé vers 1786 et encore pratiqué aujourd’hui dans certaines loges, telle « Occultum Lapidem » à l’Orient d’Aix-en-Provence.

Il faut souligner qu’à cette époque, les deux courants écossais et GODF ne s’opposent pas farouchement : on relève par exemple, sur les tracés de La Parfaite Sincérité, la présence de visiteurs venus de la Triple Unité de Salon, loge écossaise, tout comme le frère Straforrello, affilié au « Nouveau Peuple Éclairé » de Marseille (GODF) en 1788, rejoindra ensuite la Loge-mère écossaise de Marseille.

 Les frontières obédientielles, sur le terrain, sont plus poreuses que les textes ne le laissent supposer.

 La Révolution : rupture et suspension

Révolution française

Mais la Révolution française va briser l’Ancien Régime, et avec lui, la franc-maçonnerie telle qu’elle existait. L’accouchement de la République ne se fait pas sans douleurs : la Constitution de 1791, la Convention de 1792, la Constitution de l’an I en 1793, la loi Le Chapelier, la Terreur, la dictature de Robespierre en 1794, puis les coups d’État successifs du Directoire institué par la Constitution de l’an III en 1795 et cette accumulation de crises aboutit finalement à la prise de pouvoir par Bonaparte.

 Dans cette tourmente, les loges se taisent, se dispersent, ou survivent tant bien que mal dans la clandestinité.

 1812 : la naissance de la loge au Port-de-Bouc

C’est dans ce contexte que naît, en 1812, la loge de Port-de-Bouc. Le tableau des frères composant la loge de Saint-Jean sous le titre distinctif de l’Étoile d’Orient, daté du 20ᵉ jour du 10ᵉ mois de l’an 5812, révèle que le Vénérable a été initié à Paris, probablement un fonctionnaire muté dans la région.

On y dénombre quatre fonctionnaires, dont le Vénérable, un marin, ainsi que deux artisans (un tailleur d’habits et un ferblantier), signe d’un recrutement varié, représentatif de ce qu’on qualifierait aujourd’hui de classe moyenne à moyenne supérieure. Tous résident à Martigues ou dans ses environs immédiats.

Cette composition sociologique illustre, si besoin en était, combien la maçonnerie sous l’Empire diffère de celle de l’Ancien Régime : les aristocrates et les religieux s’effacent, laissant place à la petite bourgeoisie et aux fonctionnaires …reflet fidèle des recompositions sociales opérées par vingt années de bouleversements.

 1813 : des affiliations venues d’une loge écossaise disparue

En 1813, le nouveau tableau de la loge de Saint-Jean, daté du 1ᵉʳ jour du 9ᵉ mois de l’an 5813, enregistre l’affiliation de quatre membres de la respectable loge « Les Amis Zélés », à l’Orient de Saint-Chamas.

 Fait notable : cette loge, qui travaillait au rite écossais, avait fermé ses travaux vers 1811-1812. Elle avait été fondée sous les auspices de la Loge-mère Écossaise marseillaise, elle-même appelée à cesser toute activité en 1814-1815.

Comment expliquer que ces frères, de tradition écossaise, viennent s’affilier à une loge du Grand Orient plutôt qu’à l’une des trois loges écossaises alors actives à Salon-de-Provence, pourtant toute proche géographiquement (Saint-Jean d’Écosse de la Parfaite Amitié, la Parfaite Unité, et probablement la Triple Unité) ? La « logique maçonnique » aurait voulu qu’ils rejoignissent ces ateliers de même obédience.

L’explication la plus probable tient au « concordat maçonnique » obtenu par Napoléon, qui pousse alors le mouvement écossais vers le Grand Orient de France. Le 5 décembre 1804, trois jours à peine après le couronnement de l’Empereur à Notre-Dame, le Grand Orient de France et la Grande Loge écossaise signent un acte d’union faisant du premier la seule obédience de l’Empire reconnue par le gouvernement. Napoléon lui-même avait favorisé ce rapprochement, soucieux de constituer des corps intermédiaires rassemblant les élites au soutien de son régime, et désireux de tirer profit d’une renaissance maîtrisée de l’activité des loges d’abord malmenées, puis interdites durant les premières années de la Révolution, avant de réapparaître officieusement sous le Directoire.

On ne saurait exclure, par ailleurs, l’hypothèse d’un certain « noyautage » du Grand Orient par le mouvement écossais, celui-ci ayant pu espérer, un temps, en prendre le contrôle de l’intérieur.

Mais faisons crédit à nos frères de l’Etoile d’Orient de leurs bonnes intentions.

 1814 : l’allumage des feux et l’arrivée des officiers de marine

Peinture historique romantique. Commémore les Trois Glorieuses (la Révolution de Juillet) le 28 juillet 1830.

L’allumage des feux de la loge a lieu le 16ᵉ jour du 8ᵉ mois de l’an 5814. L’installation est confiée à la respectable loge La Parfaite Sincérité, à l’Orient de Marseille. Cette même année 1814, la loge s’enrichit de nouveaux maillons, pour la plupart officiers et marins … affiliations logiques compte tenu de la situation géographique de Martigues et de Port-de-Bouc, ville portuaire, mais aussi de l’afflux massif de militaires dans les loges sous le règne de Napoléon.

On sait d’ailleurs que le Grand Orient de France connut, sous l’Empereur, une inflation considérable du nombre de ses loges et de ses membres, jamais égalée depuis dans l’histoire de l’obédience.

 Il est à noter que le tableau de 1814 porte déjà les noms de frères qui, en 1843-1844, se retrouveront au réveil de la loge L’Étoile d’Orient …signe d’une continuité qui traversera les décennies troublées.

 Le crépuscule de l’Empire et l’incertitude des sources

1814 marque cependant aussi le début de la chute de l’Empire. Dès le 4 juin 1814, installé aux Tuileries, Louis XVIII octroie aux Français une Charte. Les Cent-Jours le contraignent bientôt à reprendre le chemin de l’exil, jusqu’à Gand. De retour, sa volonté de réconcilier les Français et d’accueillir dans la monarchie restaurée les acquis de la Révolution, comme la noblesse d’Empire, l’amène dès 1816 à dissoudre la « Chambre introuvable », cette assemblée ultraroyaliste qui se vengeait d’années d’exil et de frustration par la Terreur blanche.

 Grâce à des ministres comme Richelieu ou Decazes, il parvient malgré tout à imposer une certaine politique libérale.

Cette période troublée explique qu’en 1815, plus aucun tableau officiel de la loge ne parvienne au Grand Orient. Le nombre restreint de ses membres, vingt-sept en 1814, et leurs professions n’ont sans doute pas favorisé, dans un tel contexte, la poursuite régulière des travaux. Le constat vaut d’ailleurs pour la plupart des loges de la région.

Faute de documents postérieurs à 1814, il demeure néanmoins fort probable que la loge ait continué à fonctionner a minima.

 Deux faits, plus tardifs, viennent étayer cette hypothèse.

 D’abord, lors de la réouverture de la loge en 1843-1844, quatre frères de la période 1814 sont encore présents et probablement d’autres auraient sans doute pu l’être, mais l’âge moyen projeté des membres de la loge de 1814, ramené à 1843-1844, s’élève à soixante-neuf ans, ce qui explique que beaucoup aient entre-temps rejoint l’Orient éternel.

Ensuite, le fait que chacun des membres soit propriétaire et domicilié dans la région laisse penser que, sans être nécessairement rattachée au Grand Orient de France, dont les difficultés internes furent nombreuses pendant des décennies, la loge ait pu fonctionner de façon autonome, ce qui expliquerait la demande de continuation des travaux formulée lors de la réouverture de 1843.

 Rappelons, à cet égard, que le Grand Orient lui-même n’eut pas officiellement de Grand Maître avant 1752 et les interruptions et les flottements institutionnels n’étaient donc pas, en ces temps, une exception.

 Conclusion de la première période

De l’implantation écossaise du XVIIIᵉ siècle aux affiliations postrévolutionnaires, de l’allumage des feux en pleine apogée impériale jusqu’au silence documentaire de la Restauration, l’histoire de L’Étoile d’Orient au Port-de-Bouc épouse, à son échelle, les soubresauts de la grande Histoire. Elle rappelle aussi combien la vie maçonnique locale, faite de fonctionnaires, de marins et d’artisans plus que de grands noms, mérite d’être exhumée pour elle-même, sans céder à la tentation d’une lecture univoque des choix de nos frères d’hier.

La suite : volet 2 – « L’Étoile d’Orient » : le réveil de 1843 et la montée des républicains, jusqu’au Second Empire

Avec « Artefacts » de Sébastien Denis, les pierres mettent nos certitudes à l’épreuve

Artéfacts – Atlas de 45 énigmes interdites et des merveilles oubliées de Sébastien Denis rassemble quarante-cinq objets, cartes, monuments, écritures et anomalies qui occupent cette zone incertaine où l’archéologie rencontre la légende, où la preuve se heurte à l’interprétation, où le désir humain de comprendre risque parfois de devancer ce que les vestiges autorisent réellement à affirmer. L’intérêt du volume tient moins à la promesse de secrets enfouis qu’à la question qui traverse ses 294 pages. Que faisons-nous de ce qui résiste à nos catégories, et quelle discipline du doute permet de regarder l’étrange sans céder ni au mépris ni à la crédulité ?

Sébastien Denis vient de la communication et du marketing et revendique un intérêt soutenu pour l’archéologie dite interdite et les marges du récit historique. Cette position extérieure au métier d’archéologue favorise une narration incarnée, mais elle impose une vigilance accrue dès que l’hypothèse risque de prendre la place de la démonstration. Cartes, frise chronologique, références scientifiques et sources primaires maintiennent un lien avec le travail documentaire, tandis que les illustrations de Bernadette Del Regno donnent à l’ensemble sa cohérence d’atlas.

Le doute devient ici une méthode de lecture

Une phrase donne la clé la plus féconde de l’ouvrage, « Rien ne commence. Nous arrivons toujours après ». Toute connaissance du passé se construit à partir de traces survivantes, fragmentaires, déplacées, parfois mal documentées, auxquelles le présent pose ses propres questions. L’artefact n’est jamais le passé lui-même. Il constitue un reste, une résistance matérielle, quelque chose qui a franchi le temps sans livrer avec lui la totalité de son sens.

Disque de Sabu

La progression en quatre grands mouvements traduit cette conception. Les premières énigmes ouvrent des fissures avec le disque de Sabu, l’oiseau de Saqqarah, les lentilles de Nimrud, la pile de Bagdad ou le pilier de fer de Mehrauli. Viennent ensuite les architectures, depuis Barabar jusqu’à Derinkuyu, Teotihuacan ou Bimini. Le troisième mouvement se tourne vers les écritures et les signes, avec le codex Rohonczi, le rongorongo ou le disque de Phaistos. Le dernier passage touche davantage au mythe, aux cartes et aux projections d’un monde ancien, avec l’Ararat, la carte de Zeno, le mécanisme d’Anticythère, Piri Reis, Nabta Playa ou les crânes de cristal.

pilier de fer de Mehrauli

L’intelligence de cette architecture tient à son déplacement progressif de la frontière entre ce qui peut être observé, ce qui demeure discuté et ce qui relève déjà d’une construction imaginaire. La carte mondiale des quarante-cinq artefacts et la frise qui distribue les dossiers dans le temps empêchent la lecture de se dissoudre dans un cabinet de curiosités sans repères. Chaque énigme retrouve ainsi un lieu et une matérialité, même lorsque les récits qui l’entourent ont acquis une existence presque autonome.

Le merveilleux historique exige davantage de rigueur que de croyance

Le principal enjeu critique se situe dans le vocabulaire même du projet. Les expressions « Histoire officielle », « artefacts interdits » ou « énigmes impossibles » possèdent une efficacité romanesque incontestable, mais elles deviennent fragiles dès qu’elles semblent désigner une réalité institutionnelle homogène. L’archéologie n’est pas une autorité unique chargée de protéger un récit clos. Elle avance par fouilles, datations, controverses, révisions et parfois abandons d’hypothèses anciennes. Plusieurs objets réunis ici ne sont nullement interdits. Le mécanisme d’Anticythère appartient au cœur de la recherche sur les techniques hellénistiques, le pilier de fer de Mehrauli fait l’objet d’études métallurgiques, Nabta Playa nourrit les travaux sur les sociétés du désert oriental, tandis que Derinkuyu est un site archéologique connu et étudié.

rongorongo

Le mot « interdit » décrit donc souvent l’aura culturelle d’un objet davantage qu’une interdiction effective. Certains dossiers réclament aussi une prudence ferme. Les crânes de cristal ont été fortement fragilisés par les analyses ayant révélé des techniques de fabrication modernes sur plusieurs exemplaires célèbres. Les sphères de Klerksdorp disposent d’explications géologiques sérieuses. La « chaussée » de Bimini peut être comprise à partir de formations naturelles. Les figurines d’Acámbaro ont suscité de lourdes objections relatives à leur provenance et à leur contexte. Les lectures de la carte de Piri Reis comme représentation d’une Antarctique libre de glace ne relèvent pas davantage d’un consensus historique.

sphères de Klerksdorp

L’intérêt d’une énigme ne dépend pourtant pas de sa capacité à prouver une civilisation disparue, une technologie anachronique ou un savoir secret. Elle oblige surtout à examiner la chaîne qui conduit de l’objet au récit. Qui l’a découvert, dans quel contexte, avec quelle documentation et selon quelle datation ? Entre la pierre et la légende s’étend souvent tout un continent d’interprétations. C’est là que le lecteur doit exercer sa liberté.

Une pierre ne parle jamais sans celui qui l’interroge

Crâne de cristal

La dimension la plus intéressante d’Artéfacts apparaît dans cette tension entre matière et mémoire. L’auteur aime les seuils, les cavernes, les objets déplacés, les cartes incomplètes, les signes dont la langue s’est perdue. Les civilisations disparaissent, les techniques s’oublient, les écritures deviennent muettes, les monuments survivent à ceux qui les ont bâtis. Derrière l’archéologie insolite affleure une méditation sur la mortalité des cultures et sur la fragilité de la transmission.

Cette question appelle une lecture maçonnique, à condition de ne pas transformer les quarante-cinq dossiers en preuves ésotériques qu’ils ne sont pas.

codex Rohonczi

La Franc-Maçonnerie travaille elle aussi avec des pierres, des mesures, des tracés, des orientations, des outils et des récits hérités. Pourtant, le symbole n’y vaut pas comme document archéologique. Il agit comme opérateur de conscience. Une pierre peut enseigner sans constituer une preuve historique. Un Temple peut organiser une méditation sur l’être humain sans livrer le plan d’une civilisation disparue. Cette distinction entre vérité symbolique et vérité factuelle devient essentielle devant un ouvrage qui circule précisément sur leur frontière.

Bimini_Islands

Le compas et l’équerre offrent ici moins des réponses qu’une discipline

Mesurer, comparer, vérifier, donner à chaque hypothèse la place qu’elle mérite, voilà une attitude intellectuelle qui rejoint la méthode initiatique lorsqu’elle refuse les certitudes prématurées. La Lumière maçonnique n’est pas l’éclair d’une révélation spectaculaire. Elle suppose un travail lent de discernement, la capacité d’accepter qu’une question demeure ouverte, et cette forme de silence intérieur qui empêche le désir de mystère de fabriquer sa propre preuve. Le meilleur lecteur d’Artéfacts n’est donc ni le sceptique qui ricane avant d’examiner, ni le croyant qui adopte chaque anomalie comme confirmation d’un monde caché. Il demeure celui qui tient ensemble curiosité et mesure.

Chaque objet possède par ailleurs deux biographies

La première appartient à sa matière, à sa fabrication et à son usage éventuel. La seconde commence avec sa redécouverte et se poursuit dans les récits qui l’interprètent. Le disque de Sabu est ainsi devenu une machine supposée et une énigme technologique, presque un miroir des attentes modernes projetées sur l’Antiquité. La pile de Bagdad connaît un destin comparable. Le travail critique consiste alors à distinguer la chose, l’hypothèse et le mythe sans détruire la fécondité symbolique de leur rencontre.

L’atlas devient une géographie de nos désirs de savoir

carte de Piri Reis

Le choix de l’atlas mérite attention. Artéfacts ordonne l’étrange par la carte, la chronologie et la collection, mais cette organisation matérialise surtout les lacunes du savoir. Les points dispersés sur les continents composent une géographie du questionnement humain et montrent moins une civilisation secrète commune qu’une permanence anthropologique, celle du besoin de relier les fragments. Cette logique de constellation comporte aussi un risque. Deux objets rapprochés peuvent sembler se confirmer alors qu’ils appartiennent à des contextes sans rapport. La proximité visuelle ou narrative crée facilement une parenté que l’archéologie ne reconnaît pas.

La sociologie des croyances archéologiques aurait pu occuper davantage de place, car la persistance d’un mystère dépend aussi de ce que les sociétés désirent trouver dans le passé. Une époque fascinée par les machines voit volontiers des turbines et des batteries dans les objets anciens. Une époque travaillée par la perte imagine des continents engloutis. Une civilisation obsédée par les réseaux projette des connexions planétaires là où les traces attestent parfois seulement des ressemblances. L’artefact renseigne ainsi autant sur ceux qui l’interprètent que sur ceux qui l’ont produit.

Cette critique augmente l’intérêt de la lecture, car elle déplace la question. Au lieu de demander seulement si l’objet est authentique ou si l’interprétation proposée est vraie, il devient possible de se demander pourquoi telle hypothèse attire et pourquoi l’idée d’une mémoire effacée possède une telle emprise sur la conscience moderne. L’artefact devient un miroir. Il parle du passé, mais il révèle aussi notre manière présente de désirer le passé.

Nabta Playa

La véritable énigme demeure notre rapport à l’inconnu

L’écriture de Sébastien Denis sait entretenir cette zone de suspension. Sa prose avance souvent par impressions matérielles, poussière, pierre, métal, humidité, silence, vitrines, cavernes, surfaces polies ou blessées. Cette sensualité donne chair à des sujets qui pourraient se réduire à des notices, même si l’atmosphère doit toujours rester distincte de l’argument. La beauté d’une scène ne renforce jamais la valeur d’une preuve, pas davantage que l’étrangeté d’un objet ne suffit à invalider les connaissances établies.

La qualité durable d’Artéfacts se joue dans l’équilibre entre fascination et examen

mécanisme d’Anticythère

Le volume atteint son meilleur niveau lorsqu’il laisse subsister une question sans fabriquer aussitôt la réponse qui la rendrait spectaculaire. Il devient plus contestable lorsque le lexique de l’interdit ou du récit officiel risque de suggérer une fermeture de la recherche que plusieurs dossiers démentent eux-mêmes. Cette tension constitue pourtant son sujet le plus intéressant, puisque toute enquête sur les anomalies finit par rencontrer la frontière entre savoir, croyance et imagination.

Pour un lecteur maçon, cette frontière possède une valeur initiatique précise.

Chercher la Lumière ne signifie pas abolir l’ombre

Cela signifie apprendre à y marcher sans lui attribuer trop vite la forme que le désir voudrait y reconnaître. Les quarante-cinq énigmes rassemblées par Sébastien Denis rappellent que la connaissance véritable ne grandit pas seulement par accumulation de réponses. Elle grandit aussi lorsque l’esprit apprend à donner au doute une architecture, à l’hypothèse une mesure et au silence une dignité. Une pierre venue de loin ne demande peut-être rien d’autre que cela, être regardée assez longtemps pour que cesse enfin la tentation de lui faire dire ce que nous savions déjà avant de la rencontrer.

Artefacts – Atlas de 45 énigmes interdites et merveilles oubliées

Sébastien Denis, Bernadette Del Regno (ill.) – Éditions Trajectoire, 2026, 294 pages, 18,50 € / L’éditeur, le SITE

Tour du monde des médias maçonniques du 22/09/26

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Mardi 22 septembre 2026

Mes très chères Sœurs, mes très chers Frères,

Des objets maçonniques retrouvés à Łomża au soutien apporté aux malades au Canada, cette traversée fait dialoguer mémoire et responsabilité. La vie des Loges se lit dans les engagements publics, les livres qui rendent les sources accessibles et les questions que les nouvelles technologies posent au discernement. La presse en donne des images diverses, qu’il importe de distinguer des annonces institutionnelles et des simples signalements.

Période couverte : Veille du dimanche 20 septembre 2026 à 12 h au lundi 21 septembre 2026 à 12 h, heure de Paris.

France

À Montceau les Mines la Loge Les Zélés donne la parole aux victimes de violences

Source : Charolais News · français · Reportage consulté – Publication : 19 septembre 2026

La conférence organisée le 18 septembre par la Loge Les Zélés de Blanzy, au Grand Orient de France, est consacrée aux violences conjugales. Charolais News restitue les interventions de l’avocate Myriam Blumberg et de l’autrice Bénédicte Haubold, ainsi que les échanges avec la salle. Le récit insiste sur l’emprise, l’isolement des victimes et les répercussions sur les enfants. Cette prise de parole publique donne une portée concrète à l’émancipation : la liberté se mesure aussi à la possibilité de nommer une violence et de trouver des interlocuteurs pour en sortir.

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À Poitiers un Temple conserve la mémoire de Memphis Misraïm

Source : La Nouvelle République / Centre Presse · français – Publication : 21/09/2026 07:00

Sous le titre « Bienvenue au temple de la Grande loge de France à Poitiers », le quotidien présente un lieu aménagé en 1891 selon les codes de Memphis-Misraïm. Ce détail figure dans l’extrait reçu et suffit à ouvrir une piste patrimoniale singulière : celle des héritages rituels conservés par un bâtiment au fil de son histoire. Il invite à regarder les décors comme des traces documentaires, sans attribuer au reportage des précisions que l’extrait ne donne pas.

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Près de Rennes les Frères expliquent leur travail au public

Source : Le Télégramme · français · Signalement par alerte – Publication : 20/09/2026 22:44

Le Télégramme consacre un reportage à une opération de transparence de la Grande Loge de France près de Rennes. L’extrait transmis évoque la mise à distance du tumulte profane et la place du Temple dans le travail maçonnique collectif. Il éclaire ainsi une distinction essentielle : ouvrir un lieu aux visiteurs permet d’en expliquer les usages, sans prétendre transmettre par la seule visite ce qui se construit dans la durée d’une pratique initiatique.

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À Périgueux une visite du Temple parmi les découvertes patrimoniales

Source : Dordogne Libre · français · Reportage photographique – Publication : 20/09/2026 21:44

Le bilan en images des Journées européennes du patrimoine à Périgueux mentionne l’ouverture du Temple maçonnique au grand public et la volonté de dissiper les idées reçues. La notice porte sur ce reportage local, distinct des visites de Toulon, du Touquet et d’Avignon déjà traitées. Elle rappelle l’intérêt d’une médiation de proximité, lorsque l’histoire d’un lieu et la rencontre avec ses occupants prennent la place des représentations abstraites.

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À Sorgues une conférence sur la Franc Maçonnerie le 2 octobre

Source : Vaucluse Provence Attractivité / Provence Guide · français · Agenda consulté – Publication : événement du 2 octobre 2026 à 18 h

Le Théâtre de l’Astrolabe, à Sorgues, annonce une conférence de Philippe Jetur le vendredi 2 octobre à 18 h. La présentation associe histoire, symbolisme et spiritualité, avec un parcours consacré au rôle social et politique de la Franc-Maçonnerie. Le tarif annoncé est de 12 euros. Il s’agit d’une proposition de vulgarisation culturelle : le programme de l’organisateur ne constitue pas, à lui seul, une validation historique de toutes les filiations qu’il évoque.

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Un débat public demande pourquoi devenir Franc Maçon aujourd’hui

Source : Infolocale / Ouest-France et Maville La Roche-sur-Yon · français – Publication : événement annoncé pour le 15 octobre 2026

L’association Libre et solidaire annonce un débat autour de l’humanisme, de la laïcité, de la mixité et de l’égalité. La reprise de Maville indique le jeudi 15 octobre 2026. Ces thèmes replacent la démarche maçonnique dans les interrogations contemporaines sur l’engagement et la vie commune. Les deux liens permettent de retrouver l’annonce et ses informations pratiques, sans présenter l’événement à venir comme une rencontre déjà tenue.

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Europe

Pologne

Etos i Doktryna d’Albert Pike complète son premier ensemble en polonais

Source : wolnomularstwo.pl · polonais · Annonce éditoriale consultée – Publication : 20 septembre 2026

Le troisième tome d’Etos i Doktryna rend désormais disponible l’ensemble consacré aux trois grades symboliques : Apprenti, Compagnon et Maître. Le portail, qui soutient cette édition, présente Morals and Dogma comme une vaste construction philosophique et symbolique plutôt que comme un simple manuel rituel. La nouvelle concerne bien une parution annoncée, et non un ouvrage encore à paraître. Pour les lecteurs polonais, elle élargit l’accès aux textes de Pike et à leur lecture critique, replacée dans leur contexte historique.

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À Łomża des objets rendent visible une histoire maçonnique locale

Source : wolnomularstwo.pl, d’après 4lomza.pl · polonais – Publication : 18 septembre 2026

Le bulletin signale l’entrée au Musée de la Mazovie du Nord de souvenirs liés à la Loge du Soleil levant : une décoration avec son écharpe, un recueil de chants de 1816 et une bourse brodée au monogramme de la Loge. À travers ces pièces, la mémoire maçonnique quitte le seul registre des récits pour retrouver une matérialité. Le chant, les insignes et les objets d’usage deviennent autant de témoins d’une sociabilité locale à étudier.

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Masoni i Templariusze explore le Rectifié et la mémoire de la Loge Nadzieja

Source : wolnomularstwo.pl · polonais – Publication : 14 septembre 2026, page actualisée le 20 septembre

L’annonce de Masoni i Templariusze présente un ouvrage illustré dont le texte mentionne une prévente. Trois ensembles y sont décrits : l’histoire du Rite Écossais Rectifié et de ses références templières, la vie de la Loge Nadzieja à l’occasion de ses trente-cinq ans, puis une histoire de la Maçonnerie libérale. Willermoz, Martinez de Pasqually et Saint-Martin figurent dans le programme annoncé. Le bulletin permet de signaler cette publication sans transformer la prévente mentionnée en date de disponibilité certaine.

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Italie

Italie à Porta Pia le GOI entretient la mémoire du 20 septembre

Source : Grande Oriente d’Italia · italien · Communication institutionnelle – Publication : 20 septembre 2026

Après le dépôt d’une couronne au monument des morts de Porta Pia, Antonio Seminario a rappelé la dette des Maçons italiens envers ceux qui contribuèrent à l’unité du pays. Le communiqué inscrit la cérémonie dans la mémoire de la prise de Rome, le 20 septembre 1870, et de la fin du pouvoir temporel pontifical. Cette actualité est distincte de la visite du représentant de l’UGLE traitée précédemment : elle concerne ici la transmission d’une mémoire civique, revendiquée par le Grand Orient d’Italie.

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Antonio Seminario Grand Maitre du Grand Orient d’Italie

Italie Antonio Seminario interroge la liberté de jugement face à l’IA

Source : Grande Oriente d’Italia · italien et anglais · Texte institutionnel – Publication : allocution prononcée le 19 septembre 2026

L’allocution de la Grande Loge extraordinaire aborde explicitement l’intelligence artificielle, la confusion entre expérience vécue et représentation numérique, ainsi que le risque de déléguer les choix humains aux automatismes. Antonio Seminario ne condamne pas l’outil en lui-même : il met en garde contre l’abandon du discernement et de la responsabilité. Dans ce discours, la connaissance de soi et le travail du Temple apparaissent comme des moyens de préserver une liberté intérieure que la facilité technique ne saurait garantir.

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Italie la presse locale relit la prise de Rome

Source : Vivere Fermo · italien · Article historique – Publication : 20 septembre 2026

Vivere Fermo revient sur la place du 20 septembre dans la mémoire des Loges italiennes. L’extrait reçu souligne le sens particulier donné à la conquête de Rome par la Maçonnerie. Cette lecture de presse complète le communiqué du GOI, avec un regard extérieur à l’obédience. Elle permet de suivre la circulation d’une mémoire du Risorgimento entre célébration maçonnique et récit public.

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Allemagne

Allemagne des Masonic Bikers annoncent une collecte de 15 000 euros

Source : Täglicher Anzeiger Holzminden · allemand – Publication : date non confirmée

Le titre du quotidien annonce 15 000 euros réunis par des motocyclistes francs-maçons, sous le signe de l’art et de la lutte contre le cancer. L’extrait rattache le sujet à leur troisième rencontre internationale, tenue en mai à la Tonenburg près d’Albaxen. Le montant est rapporté au journal ; les modalités de la collecte et le bénéficiaire précis ne figurent pas dans l’extrait. Cette actualité donne néanmoins un exemple concret d’action solidaire portée par une sociabilité maçonnique motocycliste.

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Allemagne Tomatolix propose une journée parmi les Francs Maçons

Source : Joyn · allemand · Programme audiovisuel – Publication : date de mise en ligne non confirmée

Joyn référence un épisode de Tomatolix consacré aux rites et aux théories du complot autour de la Franc-Maçonnerie. Son intitulé annonce une immersion d’une journée. La présentation prend pour point de départ les représentations conspirationnistes ; elle ne permet pas d’en déduire le détail du reportage. Ce lien est proposé comme un programme à découvrir, sans le présenter comme une vidéo visionnée ni comme une première diffusion attestée.

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Portugal

Portugal le Jornal SOL revient sur une réunion consacrée au secret

Source : Jornal SOL · portugais – Publication : 19 septembre 2026

Le Jornal SOL publie un article sur les coulisses d’une réunion maçonnique consacrée à la protection du secret. L’alerte cite notamment Ricardo Sá Fernandes, Vasco Lourenço et João Proença, sans préciser leurs interventions respectives. Ce nouveau traitement journalistique est distinct des articles de CNN Portugal et d’Executive Digest déjà retenus. La notice s’en tient au sujet annoncé : elle n’ajoute ni décision judiciaire ni conclusion sur les intentions des participants.

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Amériques

Canada un don de 10 200 dollars soutient les services liés à Alzheimer

Source : The Manitoulin Expositor · anglais – Publication : 20 septembre 2026

Le journal rapporte la remise d’un chèque de 10 200 dollars à l’Alzheimer Society de Sudbury-Manitoulin, North Bay and Districts par des Maçons de la région. Il évoque aussi les préparatifs des cent vingt-cinq ans de Doric Lodge no 455, à Little Current, en 2027, et rappelle ses actions de soutien aux étudiants et à la recherche médicale. La fraternité prend ici la forme d’un service durable à la communauté, attentif aux personnes dont la maladie fragilise la mémoire et les liens.

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Haïti Télé Ginen met en ligne une émission consacrée à la Franc Maçonnerie

Source : Télé Ginen / YouTube · titre en français · Signalement audiovisuel – Publication : émission datée du 20 septembre 2026

L’alerte reçue dimanche soir renvoie à l’émission « À l’écoute de la Franc-Maçonnerie », datée du 20 septembre et publiée par Télé Ginen. Elle constitue un repère audiovisuel haïtien distinct des sujets de l’édition précédente. Le titre et la chaîne sont identifiés, mais l’extrait ne donne ni les invités ni les thèmes détaillés : le lien est donc proposé pour l’écoute, sans résumé supposé de son contenu.

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États Unis un hommage à Thomas D DeFeudis mentionne les Widows Sons

Source : Worcester Telegram & Gazette · anglais · Avis nécrologique signalé par alerte – Publication : date non confirmée

L’avis consacré à Thomas D. DeFeudis mentionne son appartenance à Level Lodge, à Shrewsbury, aux Shriners et au chapitre Sands of Time de la Widows Sons Masonic Riders Association. Ces indications sont celles de la notice familiale publiée par le quotidien. Elles rappellent la place que les engagements fraternels occupent dans certains récits de vie américains, où l’atelier et l’association caritative participent à la mémoire laissée dans la communauté.

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Regards et débats

Liban The Beiruter rapproche tradition druze et Franc Maçonnerie

Source : The Beiruter · anglais – Publication : date non confirmée

The Beiruter propose un texte sur les rapprochements entre tradition druze et Franc-Maçonnerie. L’extrait fait état de théories allant jusqu’à associer les Druzes aux bâtisseurs du Temple de Salomon. Une telle proposition ne doit pas être reçue comme une filiation historique démontrée. Le lien est retenu pour documenter la circulation contemporaine de ces rapprochements ésotériques : une analogie symbolique exige d’être distinguée d’une continuité institutionnelle ou chronologique.

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La Franc Maçonnerie au Cœur interroge la volonté d’émancipation

Source : La Franc Maçonnerie au Cœur · français – Publication : septembre 2026, jour non confirmé

Dans « Ce qui nous manque le plus », l’extrait transmis insiste sur la volonté de sortir de ses erreurs et sur le désir d’émancipation. Il ouvre une interrogation familière au travail initiatique : connaître l’existence d’un chemin ne suffit pas à s’y engager. Cette notice rend compte de l’orientation annoncée du billet, sans lui attribuer un développement complet que l’alerte ne reproduit pas.

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Gadlu info revient sur le caractère vécu du secret maçonnique

Source : GADLU.INFO · français · Texte de réflexion – Publication : date non confirmée

Le billet intitulé « Pourquoi le secret maçonnique est-il gardé avec autant de zèle » recourt, dans l’extrait reçu, à une analogie musicale : notes, partition et rythme ne remplacent pas l’écoute. Cette image permet de distinguer une information que l’on communique d’une expérience que l’on traverse. Le sujet porte ainsi sur les limites de l’explication symbolique, plutôt que sur la promesse d’un dévoilement.

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Patrimoine et traditions

Échirolles veut sauvegarder la Chapelle des Templiers

Source : Place Gre’net · français – Publication : 19 septembre 2026

La Ville d’Échirolles et la Fondation du patrimoine ont signé une convention pour restaurer la Chapelle des Templiers, un édifice médiéval aujourd’hui en ruine. L’article décrit un programme de sauvegarde des maçonneries, des vestiges de voûtes et de protection du bâtiment, destiné aussi à la découverte historique. Ce sujet relève du patrimoine templier, non d’une actualité maçonnique au sens strict. Il invite à revenir aux pierres et à leur histoire documentée, en amont des réemplois symboliques du nom des Templiers.

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Au fil de ces regards croisés, cette revue de presse invite à prolonger la réflexion, à confronter les points de vue et à demeurer attentifs aux mouvements de notre temps, dans un esprit de liberté, de vigilance et de fraternité.

Mes très chères Sœurs, mes très chers Frères, nous vous souhaitons une bonne lecture.

Ainsi va le Monde…

Commandes non livrées, remboursements en suspens : enquête sur « Nos Colonnes »

Enquête sur le leader des fournisseurs pour francs-maçons

Depuis plusieurs mois, la rédaction de 450.fm reçoit des courriers de lecteurs faisant état de commandes non honorées, de remboursements jamais versés et d’un service client injoignable, de fraternelle fantôme… Tous ces signalements convergent vers le même nom : Nos Colonnes, boutique en ligne de décors et bijoux maçonniques devenue, en quelques années, l’un des fournisseurs les plus visibles de l’univers maçonnique francophone. Nous avons voulu comprendre. Croisement des avis clients, des outils de vérification en ligne, des confidences de fournisseurs et d’un témoignage interne inédit : voici le résultat de notre enquête.

Une maison installée dans le paysage

Commandes non livrées, remboursements en suspens : enquête sur « Nos Colonnes »

Depuis 2019, Nos Colonnes s’est imposée comme une référence de la vente en ligne de tabliers, cordons, sautoirs et bijoux maçonniques, revendiquant pouvoir équiper « tous les grades, rites et obédiences » — REAA, RER, Memphis-Misraïm, Emulation, York notamment. Sur Trustpilot, la boutique affiche plus de 2 000 avis pour une note moyenne de 4,2 sur 5 : un gage de sérieux apparent, pour une clientèle qui se fie largement au bouche-à-oreille et au sentiment de confiance qu’inspire une enseigne installée.

Mais un examen attentif des avis les plus récents, croisé avec les signalements reçus à la rédaction, dessine une réalité plus contrastée que ce chiffre flatteur ne le laisse paraître.

Ce que disent les avis clients

Commandes non livrées, remboursements en suspens : enquête sur « Nos Colonnes »

Sur les 2 087 avis recensés par Trustpilot, la répartition affiche 59 % de cinq étoiles, 13 % de quatre étoiles, 5 % de trois étoiles, 5 % de deux étoiles… et 18 % d’une étoile, soit près de 380 avis les plus sévères. Un noyau dur de mécontentement, minoritaire mais loin d’être marginal, et qui décrit toujours le même scénario : un délai de livraison annoncé qui explose, un service client qui se mure dans le silence ou répond par des messages à l’évidence automatisés, puis une demande de remboursement qui reste sans suite pendant des semaines, parfois des mois.

« Je pense qu’on se paye ma tête »

Thierry, client basé en Australie, avait choisi une livraison express en Chronopost. Après paiement, on l’informe que sa commande ne pourra pas partir avant au moins deux semaines. Il demande alors un remboursement :

« Cela fait maintenant un mois que la commande est passée et aucun remboursement m’est encore parvenu. Leur dernière excuse : les remboursements arrivent par ordre de demande, et le mien va être traité prochainement, je pense qu’on se paye ma tête ! Site à déconseiller fortement. Le tribunal de recours est à Hong Kong. » Thierry, avis Trustpilot du 20 février 2026

Nos Colonnes lui a répondu publiquement, se disant « sincèrement désolé » et assurant que le dossier serait « vérifié en priorité ».

54 appels sans réponse en dix jours

Commandes non livrées, remboursements en suspens : enquête sur « Nos Colonnes »

Pascal raconte une mésaventure plus troublante encore. Sa commande n°42533 n’étant toujours pas expédiée, il en demande l’annulation et le remboursement. Il reçoit un mail de confirmation automatique — puis son colis part quand même, quatre jours plus tard, malgré sa demande explicite :

« J’attends toujours le remboursement et j’en suis, en dix jours, à 54 appels (oui, 54 !) sur leur ligne téléphonique qui ne répond jamais (probablement fictive, je suppose). Depuis, aucune réponse aux mails nombreux. Je découvre que l’entreprise est à Hong Kong et la banque également en Asie. Organiser ainsi le fait d’être injoignable est une stratégie qui laisse assez peu de doutes. Je pense contester la transaction à ma banque et déposer un signalement. » Pascal, avis Trustpilot du 10 février 2026, titré « Méthodes inquiétantes »

Une commande attendue pour une cérémonie, jamais reçue

Alain Evrard, client de longue date (six avis à son actif, ce qui exclut le profil du client isolé et mécontent par principe), espérait recevoir sa commande à temps pour sa réception au 14e degré :

« Au bout d’un mois, commande non reçue (délai 5 jours indiqué !). Le téléphone ne répond jamais et la réponse aux mails est celle d’une non intelligence artificielle qui ne répond pas aux questions posées, du genre « nous faisons l’impossible ». Au final, pas de décors reçus pour ma réception au 14e. À fuir. » Alain Evrard, avis Trustpilot du 25 mars 2026

Commandes non livrées, remboursements en suspens : enquête sur « Nos Colonnes »
l’ecommerce booste la consommation

D’autres témoignages, recueillis sur des plateformes de signalement de fraudes en ligne (ScamDoc, FranceVerif), racontent des histoires très similaires, à quelques semaines d’intervalle les unes des autres :

« Commande #46636 passée il y a plus d’un mois, et à ce jour, je n’ai toujours rien reçu. J’ai demandé à plusieurs reprises l’annulation de ma commande ainsi que son remboursement par mail. Aucune réponse. Il est important de savoir que l’entreprise est basée à Hong Kong, ce qui n’est, selon moi, pas mis suffisamment en évidence. » Arthur F., avis du 7 juillet 2026

« Une étoile car zéro est impossible. Commande passée il y a un mois, toujours pas reçue. Impossibilité de joindre une personne au téléphone ! On me promet une livraison en cinq jours, puis entre le 9 et le 16 mars. Et ce matin, nouveauté sur le site : ma commande a été purement et simplement annulée. On ne répond même pas aux e-mails envoyés, et je ne suis même pas remboursé. Heureusement payée via PayPal. C’est une honte. À fuir à tout prix. » Pierre83, avis du 11 mars 2026

Le même motif revient, avis après avis, sur près d’un an et demi : produits présentés comme disponibles alors qu’ils ne le sont pas, délais de livraison annoncés de trois à cinq jours régulièrement démentis par les faits, standard téléphonique injoignable, et surtout l’absence quasi systématique de remboursement spontané en cas d’annulation, qui contraint le client à multiplier les relances, parfois pendant des mois.

Un diagnostic contradictoire des outils de vérification

Interview de journalistes avec caméra
Interview de journalistes avec caméra

Notre enquête nous a conduits à interroger deux outils automatisés de notation de la fiabilité des sites marchands, avec des résultats déroutants. Le service ScamDoc attribue à nos-colonnes.com un score de confiance de 97 %, qualifié d’« Excellent », en s’appuyant sur des critères techniques (ancienneté du nom de domaine, certificat de sécurité, trafic). À l’inverse, le service FranceVerif+ (WebVerif) dresse un « bilan très négatif », relevant l’absence d’informations légales visibles, l’absence de numéro de TVA perceptible et des alertes liées à des pratiques de dropshipping.

L’écart est révélateur des limites de ces outils, qui analysent des signaux techniques mais ignorent largement l’expérience réelle des clients. Le paradoxe est manifeste sur ScamDoc lui-même : sous son score algorithmique de 97 %, les avis d’internautes laissés sur la même page affichent une moyenne de 1,3 sur 5, avec des témoignages allant tous dans le même sens — commandes non honorées, standard téléphonique muet, remboursements fantômes. Nous avons donc choisi, pour cette enquête, de nous appuyer avant tout sur les témoignages vérifiables (avis datés, réponses publiques de l’entreprise, courriers de lecteurs) plutôt que sur des scores automatisés qui se contredisent.

Ce que nos lecteurs et nos sources nous ont confié

Commandes non livrées, remboursements en suspens : enquête sur « Nos Colonnes »

Les avis publics ne sont que la partie visible. Depuis le printemps, plusieurs lecteurs de 450.fm nous ont écrit directement pour nous faire part de commandes de décors ou de bijoux non livrées, parfois plusieurs mois après leur passation, sans nouvelle de la boutique. D’autres nous ont fait part d’annulations pour lesquelles le remboursement promis ne s’est jamais concrétisé, les contraignant, pour certains, à engager une procédure de contestation bancaire faute de réponse de l’enseigne.

Notre rédaction est également entrée en contact, sous couvert d’anonymat, avec plusieurs fournisseurs ayant travaillé avec Nos Colonnes. Tous décrivent des délais de paiement de factures qui se sont sensiblement allongés au cours des derniers mois, sans explication satisfaisante de la part de l’entreprise. Ces témoignages, obtenus de manière indépendante les uns des autres, convergent avec le tableau qui se dégage des avis clients : celui d’une structure dont la trésorerie, ou à tout le moins l’organisation, semble s’être dégradée sur la période récente.

Une « fraternelle » à 100 euros : une remise difficile à identifier

Un autre témoignage de client mécontent reçu par 450.fm concerne une offre présentée comme une « fraternelle », proposée par courriel contre le versement de 100 euros et accompagnée, selon le lecteur, de la promesse d’une remise durable sur les commandes futures. Le client, dont nous préservons l’identité, affirme disposer des courriels, justificatifs de paiement et échanges avec le service client. Il indique avoir souscrit, estimant que l’avantage annoncé serait rapidement rentable au regard de ses achats.

« On nous proposait une adhésion à une “fraternelle”, avec une remise à vie importante. J’ai payé les 100 euros parce que l’offre me semblait intéressante. »

Selon son récit, aucune confirmation détaillée, aucun numéro d’adhérent ni document précisant clairement les conditions de l’offre ne lui aurait été envoyé après son paiement. La difficulté serait apparue au moment de sa première commande. Le lecteur affirme ne pas avoir constaté de réduction identifiable liée à cette adhésion. Après plusieurs relances, il dit avoir appris que la remise promise serait calculée sur le prix brut, avant déduction des promotions déjà affichées sur le site.

« Avec les réductions proposées sur la plupart des produits, la remise de la “fraternelle” ne m’a semblé apporter aucun avantage supplémentaire par rapport à l’offre accessible à tous les clients. »

Le client affirme avoir demandé à quatre reprises le remboursement des 100 euros versés, sans obtenir de réponse explicite sur ce point.

Cette situation, si elle était confirmée par les documents annoncés, soulève une question de transparence commerciale : quelles sont exactement les conditions de l’adhésion, comment la réduction est-elle calculée, est-elle cumulable avec les promotions publiques et quel avantage concret distingue un membre de la « fraternelle » d’un client ordinaire ?

Le terme même de « fraternelle » donne à l’offre une portée particulière dans un environnement maçonnique. Il ne dispense pas de règles commerciales claires; il les rend, au contraire, d’autant plus nécessaires.

Une cession qui interroge : anatomie d’un montage à Hong Kong

Commandes non livrées, remboursements en suspens : enquête sur « Nos Colonnes »
Hong Kong vue de nuit

Nos Colonnes n’a jamais été, juridiquement, une société française. La boutique est exploitée par une entité enregistrée à Hong Kong, VKO PARTNERS LIMITED, domiciliée Unit 1603, 16th Floor, The L. Plaza, 367-375 Queen’s Road Central, Sheung Wan — une adresse de domiciliation partagée par un grand nombre de sociétés-écrans opérant depuis le territoire hongkongais. Selon les mentions figurant sur le site, la société serait dirigée depuis Bangkok. Or l’unique centre logistique physique de l’entreprise, d’où partent effectivement les colis, se trouve à Bagnolet, en Seine-Saint-Denis.

Ce montage n’est pas en soi illégal. Il pose en revanche une question simple, et centrale pour tout consommateur français : alors que la totalité de l’activité commerciale concrète — stockage, expédition, clientèle — se déroule sur le territoire français, la société n’affiche aucun numéro SIRET et ne semble pas collecter la TVA, contrairement à ce qu’impose la réglementation pour toute vente à des consommateurs français. Une situation qui, si elle était confirmée par les services fiscaux, placerait Nos Colonnes en délicatesse avec le droit français, tout en la mettant en position de concurrence déloyale vis-à-vis des artisans et boutiques françaises de décors maçonniques qui, eux, s’acquittent de leurs obligations.

C’est dans ce contexte qu’intervient, au 1er juin 2026, l’annonce d’une cession de l’entreprise. Selon nos informations, l’ambiance interne s’était pourtant dégradée dès janvier 2026 : un projet de site dédié au marché britannique, pourtant prêt à être lancé, est brutalement suspendu ; les réunions hebdomadaires avec les collaborateurs, jusque-là régulières, s’espacent puis cessent ; fin mars, la responsable marketing quitte l’entreprise sans explication ; fin avril, l’informaticien et l’une des trois assistantes du service client sont remerciés.

Le 1er juin, les collaborateurs restants sont informés que l’entreprise vient d’être vendue à des repreneurs « souhaitant rester anonymes », qui ne comptent conserver aucune des équipes en place. Les nouvelles mentions légales publiées sur le site indiquent alors que Nos Colonnes appartient désormais à Venture Global Ecom Limited, domiciliée au 148 Des Vœux Road Central, à Hong Kong — une adresse qui, selon notre enquête, correspondait déjà à des mentions internes présentes sur certaines fiches produits du site avant même l’annonce de la cession. Un rapprochement des identifiants fiscaux (BRN) montre que cette nouvelle structure partage le même numéro d’identification que VKO Partners Limited, la société venderesse.

Interrogés sur ce point, les représentants de Nos Colonnes ont opposé une dénégation qualifiée de « molle » par notre source interne, sans jamais consentir à révéler l’identité du prétendu repreneur. Quelques semaines plus tard, les mentions légales du site ont de nouveau changé : la société venderesse reste VKO Partners Limited (qui continue, selon le nouveau texte, à « encaisser les commandes » pendant une période de transition), tandis que l’éditeur du site et titulaire de la marque devient une troisième entité, Ecom Ventures Ltd, domiciliée à la même adresse que VKO Partners et dotée, cette fois, d’un identifiant fiscal distinct — ce qui ne permet plus le rapprochement automatique opéré précédemment.

Nous n’affirmons pas que cette succession rapide de structures relève d’une manœuvre délibérée : l’identité des dirigeants d’Ecom Ventures Ltd n’est pas librement accessible et ne pourrait être obtenue qu’au prix d’une démarche payante auprès du registre du commerce de Hong Kong, que nous n’avons pas engagée à ce stade. Nous constatons seulement des faits : une adresse commune, une dénomination sociale qui fait écho à celle de la structure précédemment identifiée, et un empressement à corriger, dans les jours suivant nos questions, le seul indice qui permettait un rapprochement documenté entre l’ancienne et la nouvelle structure.

Le témoignage d’un ancien collaborateur

Ecrivain devant son ordinateur au bureau
Ecrivain inconnu devant son ordinateur au bureau

Pour comprendre ce qui s’est joué en interne, 450.fm a recueilli le témoignage détaillé d’un ancien collaborateur indépendant de Nos Colonnes, frère franc-maçon ayant appartenu à la même loge, à Bangkok, que l’un des trois associés de l’entreprise. Conformément à l’usage de notre publication et à la demande de notre source, les prénoms des trois associés sont ici rendus sous forme d’initiales maçonniques : Vin∴ pour le principal interlocuteur de notre témoin, Kev∴, associé suisse basé lui aussi à Bangkok, et Osc∴, associé français basé en région parisienne. Les propos ci-dessous n’engagent que leur auteur, qui les livre à la fois comme témoin direct des événements et, sur certains points qu’il signale explicitement, comme une simple opinion personnelle qu’il ne peut étayer par des preuves.

Un rôle de fond, rédactionnel

Notre témoin explique avoir été sollicité par Vin∴ pour rédiger des articles, avant de devenir, du fait de sa connaissance des différents rites maçonniques, une sorte de consultant chargé d’enrichir le catalogue de produits — notamment des décors liés à des pratiques moins connus en France, comme les Side Degrees anglo-saxons ou le rite suédois. « Prestataire indépendant, je n’étais en rien concerné par la politique commerciale et les aspects financiers », précise-t-il, ajoutant ne pas s’être préoccupé, à l’époque, d’éventuelles questions juridiques comme celle de la TVA.

Commandes non livrées, remboursements en suspens : enquête sur « Nos Colonnes »

Il dit être « tombé des nues » en découvrant, récemment, la réputation dégradée de Nos Colonnes dans le milieu des vendeurs de décors maçonniques. Il rapporte que deux acteurs du marché, indépendamment l’un de l’autre, lui ont confié avoir entendu certains menacer de « casser les deux jambes » aux trois associés s’ils venaient à les croiser — une rumeur que nous n’avons pu ni vérifier ni faire remonter à sa source première, mais que notre témoin cite comme révélatrice du degré d’exaspération atteint chez certains professionnels du secteur. Il indique lui-même subir aujourd’hui les conséquences de cette réputation, disant peiner à trouver de nouveaux partenaires du fait de son association passée avec l’entreprise.

Le récit d’un basculement

Le récit que nous livre notre témoin de la chronologie interne — suspension du projet britannique, raréfaction des échanges, départs successifs de collaborateurs, puis annonce d’une cession à un repreneur resté anonyme — recoupe et précise les éléments exposés plus haut. Ses prestations ont pris fin le 30 juin. Restait la question de ses articles : leur collaboration ayant toujours reposé sur la confiance, sans contrat écrit, il n’avait jamais cédé les droits d’auteur sur ses textes, sans que la question de leur transmission à un éventuel tiers repreneur n’ait jamais été abordée. « Quand j’ai essayé d’aborder cette question avec eux, je me suis heurté à un refus d’entrer en matière catégorique », relate-t-il.

C’est en cherchant à en savoir plus sur l’identité du repreneur qu’il dit avoir mis au jour le rapprochement entre Venture Global Ecom Limited et VKO Partners Limited décrit plus haut. « Je les ai immédiatement confrontés sur cette question. Molle dénégation. […] Depuis, ils ne répondent plus à mes messages », écrit-il, avant de constater, quelques jours plus tard seulement, la nouvelle modification des mentions légales du site. « Là je te livre mon impression et mon interprétation, précise-t-il lui-même : ils auraient été effrayés par mon dernier message et auraient réalisé que j’avais découvert la supercherie […]. Je ne peux pas le prouver, mais les indices convergent réellement. » Sur les raisons profondes de cette valse de structures, il ne formule là aussi qu’une hypothèse, sans certitude : un éventuel signalement aux services fiscaux français pour contournement de la TVA, qui aurait poussé les associés à rechercher l’anonymat.

Sur les plaintes des clients : « l’arbre qui cache la forêt »

Sur la question des retards de livraison et des remboursements, qui constitue le cœur des signalements reçus par notre rédaction, notre témoin apporte un éclairage nuancé. Il confirme que le sujet revenait « de manière récurrente » dans les visioconférences hebdomadaires de l’équipe, et que la direction avait « tendance à le minimiser ». Il reconnaît toutefois une circonstance atténuante réelle : la difficulté, bien documentée par ailleurs dans le secteur, de travailler avec des fournisseurs pakistanais peu fiables sur les délais. Il estime cependant que l’entreprise aurait pu limiter les dégâts en indiquant clairement, sur chaque fiche produit, la disponibilité réelle de l’article — une mesure qu’il dit avoir lui-même préconisée, et c’est seulement l’année précédente que cela a été fait. La mesure n’aurait finalement été adoptée que trop tardivement pour enrayer la vague de mécontentement. « Ce n’est qu’une partie d’une entreprise dirigée par des gens sans grande probité », conclut-il sur ce point — une appréciation qu’il présente lui-même explicitement comme un avis personnel.

Une note personnelle

Notre témoin termine son récit sur un registre plus intime, qu’il nous a paru juste de restituer tel quel, en le distinguant clairement, comme il le fait lui-même, du constat factuel qui précède : « Vin∴, je le connaissais plutôt bien. On avait fondé une loge ensemble […]. Je n’ai jamais eu de problème personnel avec lui. Osc∴ m’apparaissait comme le gars en or. […] Je suis très déçu de constater qu’ils étaient peut-être différents de ce que j’avais perçu et cela me peine. »

Note de la rédaction — Ce témoignage engage son seul auteur. Les éléments présentés comme des faits vérifiés (mentions légales, identifiants fiscaux, dates, chronologie des départs) ont été recoupés, dans la mesure du possible, avec les archives publiques du site et d’autres sources. Les éléments présentés comme des impressions, des hypothèses ou des opinions personnelles — y compris la rumeur relative à des menaces, non vérifiée — sont explicitement identifiés comme tels et ne sauraient être lus comme des faits établis.

La version de Nos Colonnes

450.fm a sollicité par téléphone Nos Colonnes afin de recueillir sa version des faits sur l’ensemble des points évoqués dans cette enquête : les retards de livraison et de remboursement documentés par les avis clients, les difficultés de paiement rapportées par plusieurs fournisseurs, la structure de l’entreprise à Hong Kong et l’absence apparente de numéro SIRET, ainsi que les circonstances exactes de la cession du 1er juin 2026 et l’identité du ou des repreneurs.

Individuellement les 3 associés fondateurs ont répondu. Un des trois, Osc∴ est sur le départ et change totalement de vie. Kev∴ Le second ne s’est pas exprimé sur ses projets et nous a renvoyé vers : Vin∴ qui est aujourd’hui installé en Thaïlande. Ce dernier nous a confirmé que tout allait bien, la société traitait les demandes et les litiges au fur et à mesure, bref, selon lui, pas plus de problèmes que chez « les fournisseurs de textiles du monde entier ».    

Quel avenir pour Nos Colonnes ?

Reste une question, simple et lourde à la fois : qui dirige aujourd’hui Nos Colonnes ?

Commandes non livrées, remboursements en suspens : enquête sur « Nos Colonnes »

Quatre mois après une cession dont les contours demeurent assez flous, alors que deux des trois associés d’origine semblent rester aux commandes, selon notre enquête, associés à la nouvelle structure éditrice du site, des lecteurs de 450.fm attendent toujours leur commande, d’autres leur remboursement, et des fournisseurs leurs factures. Une opacité qui ne peut, à terme, que nourrir la défiance — non seulement envers cette enseigne en particulier, mais plus largement envers le commerce en ligne de décors maçonniques dans son ensemble.

Cette défiance est à l’exact opposé de l’harmonie que notre univers cherche, par nature, à cultiver entre frères et sœurs de toutes obédiences. Elle appelle, de la part de Nos Colonnes, davantage de transparence sur sa gouvernance réelle et sur le traitement des commandes en cours ; elle appelle aussi, de la part des obédiences et de leurs loges, une vigilance renouvelée avant de recommander une adresse à leurs membres.

En attendant d’y voir plus clair, 450.fm invite ses lecteurs ayant rencontré des difficultés similaires à témoigner dans les commentaires ci-dessous.

Méthodologie

Cette enquête s’appuie sur : les avis publics et datés laissés par des clients sur Trustpilot, ScamDoc et FranceVerif+ ; les mentions légales successives publiées sur nos-colonnes.com ; des courriers de lecteurs adressés directement à la rédaction ; des échanges avec plusieurs fournisseurs sous couvert d’anonymat ; et le témoignage circonstancié d’un ancien collaborateur indépendant de l’entreprise, dont les associés sont désignés par des initiales à sa demande. 450.fm sollicite Nos Colonnes pour toute mise au point ou réponse qu’elle souhaiterait voir publiée en complément de cette enquête.

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