De notre confrère expartibus.it – Par Rosmunda Cristiano
Il existe un moment précis, presque imperceptible, où les mots « frère » et « sœur » changent de sens. C’est un instant suspendu, le seuil du Temple. En interne, prononcer ce serment revêt le poids d’un serment, la force d’un symbole, la vibration d’une boussole qui unit. En externe, en revanche, il devient parfois un caprice, une formalité, ou pire encore, une permission auto-accordée de s’affranchir des règles de bienséance.
C’est là que se mesure la fraternité : lorsque la capuche tombe, l’épée est déposée et la lumière, la plus tenace, cesse de filtrer à travers les candélabres pour retourner au néon de l’anonymat quotidien.
Dans le Temple, tout est ordonné. Les mots sont mesurés, les attitudes calibrées, les silences parfaitement ponctués par le rythme des trois coups. Frère ou sœur ne sont pas des interjections : ce sont des reconnaissances, des actes presque sacramentels. Chaque geste est maîtrisé, chaque regard a une signification. Une main posée sur le tablier ou un mot prononcé sur le ton juste suffisent pour se reconnaître comme faisant partie d’une même construction idéale.
Puis, derrière cette porte, l’émail se fissure. Libérée des métaux, on laisse les clés dans le sac à dos, et soudain, le métal le plus lourd refait surface : l’ego. L’un des mystères du monde initiatique moderne est de savoir comment le fait d’être Frère ou Sœur peut se transformer, dès que le seuil extérieur est franchi, en une sorte de licence implicite.
L’autorisation d’appeler à toute heure – mais nous sommes frères, n’est-ce pas ? – de contourner les hiérarchies, d’oublier la réserve appropriée qui, ironiquement, est vénérée comme une vertu au sein du Temple. On peut finir par se sentir autorisé à utiliser la formule de politesse familière avec une assurance qui n’est pas de l’intimité, mais plutôt de l’intrusion déguisée en familiarité rituelle. Et quiconque ose fixer des limites risque de passer pour « pas assez frère ».
Il y a là un paradoxe subtil, presque comique dans son amertume : là où l’homme se dépouille du métal, il redécouvre l’humilité et la modération ; dehors, dès qu’il rentre à nouveau dans le métal, il oublie la modération et se pare d’une prétendue « autorité fraternelle ». C’est comme si la fraternité, dépouillée de son contexte sacré, devenait un jeu de rôle où la confiance est confondue avec la communion et les bonnes manières avec la faiblesse. Disons-le avec une ironie franche : tous les Frères ne recherchent pas uniquement la Lumière sur le plan spirituel.
Certains, ayant franchi le seuil invisible du Temple, tentent d’allumer d’autres types de flammes, plus terrestres que celles de l’initiation. Certaines confondent sororité et disponibilité, sourire et consentement, gentillesse et invitation. Et elles oublient que le respect est inaliénable, même en dehors du cadre officiel. D’un autre côté, même parmi les Sœurs, les tentations de « prendre des raccourcis » ne manquent pas : une faveur demandée au nom de la fraternité, un coup de pouce sollicité avec un signe de tête compréhensif, une confiance interprétée comme une porte ouverte. Cela arrive, et quand cela arrive, le Temple reste silencieux. Non par gêne, mais par tristesse : car chaque fois que nous confondons fraternité et intérêt personnel, nous retirons une brique de la construction invisible que nous prétendons servir.
Garibaldi, qui comprenait la fraternité mieux que beaucoup, a écrit que
La dignité du Compagnon est la mesure de l’honneur de ceux qui l’entourent.
Et peut-être suffirait-il de s’en souvenir plus souvent, avant qu’une caresse profane ne vienne heurter un lien sacré. Autrefois, le mot « Frère » était prononcé avec précaution. C’était un titre qui n’était pas accordé à la légère, même parmi les initiés.
Garibaldi lui-même en a parlé lorsqu’il a écrit :
Être un frère, c’est savoir être un homme, et c’est déjà rare.
Une phrase qui sonne aujourd’hui davantage comme un avertissement que comme un rappel. Autrefois, la fraternité n’était pas synonyme de « club privé » ou de « réseau de contacts ». C’était le sacrifice, la discipline, le silence. Les anciens Frères travaillaient « sous l’épée du Verbe » et avaient le sentiment d’appartenir à quelque chose qui les jugeait du plus haut degré de la boussole.
En dehors du Temple, la fraternité ne s’arrêtait jamais : elle devenait modestie. Elle ne se disait pas, elle se vivait. Elle ne s’écrivait pas, elle se ressentait. Quiconque se vantait de ce titre à chaque phrase était regardé avec suspicion, car ceux qui sont vraiment Frères n’ont pas besoin qu’on le leur rappelle ; cela se voyait à la façon dont ils se serraient la main ou restaient silencieux quand les autres criaient. Aujourd’hui, cependant, une réunion au Lodge, une photo en costume sombre et une publication plus ou moins énigmatique — grande excitation à l’atelier ! — suffisent pour se sentir membre d’une tribu ésotérique sur Instagram. Dans certains milieux, la fraternité est devenue un signe de distinction morale à afficher, une étiquette toute faite.
Certains parlent d’« esprit d’équipe », d’autres de « réseaux de soutien », et d’autres encore le confondent avec la « solidarité professionnelle ». Autant d’expressions modernes, mais aussi, disons-le avec une pointe d’ironie, des réductions sémantiques. Autrefois, le Frère était reconnu pour sa façon de parler du silence ; aujourd’hui, il est reconnu pour sa façon de publier des citations d’Albert Pike sur Facebook. Une chaîne de syndicats ne suffit plus : un réseau de syndicats est également nécessaire . Or, un réseau, par définition, sert à piéger. Une chaîne, en revanche, unit.
Un maître du passé aurait dit :
Ne confondez pas symbolum et instrument.
Ne confondez pas le symbole avec l’outil.
Et c’est là toute l’ironie amère de notre époque : on parle beaucoup de redécouvrir le contact humain , mais paradoxalement, nous avons du mal à respecter les limites.
La fraternité numérique est immédiate, omniprésente, peut-être sincère dans ses intentions, mais elle glisse souvent vers une sympathie superficielle. Ainsi, le seuil du Temple devient une ligne tracée uniquement sur le sol, et non plus dans le cœur. Être frères et sœurs signifie quelque chose de beaucoup plus concret, et pourtant d’impalpable : cela signifie accepter l’autre comme un miroir, et non comme un prolongement de soi-même. Cela signifie savoir que la « confiance accordée » n’est pas un droit, mais un don gagné par la douceur. Et, surtout, ce silence respectueux a la même dignité que la parole rituelle.
Sur la porte du Temple, on pouvait écrire
L’amour fraternel triomphe.
L’amour fraternel triomphe.
Mais gagner ne signifie pas s’imposer.
Au quotidien, être un Frère signifie avoir la grâce de ne pas abuser du lien qui nous unit, de ne pas se placer au-dessus des autres au nom d’un symbole commun. La véritable sœur ne se rend pas fragile pour obtenir, le véritable frère ne feint pas la protection pour posséder. La véritable égalité initiatique ne se déclare pas : elle se pratique dans la mesure des gestes et la clarté des intentions.
Un vénérable aîné m’a dit un jour :
Le vrai travail commence lorsque vous quittez le Temple.
Et c’est vrai, car là, dans le monde réel, le ton de la voix, la douceur de la main, la mesure du mot, deviennent le véritable rituel vivant.
À l’intérieur du temple, nous apprenons le geste ; à l’extérieur, nous en apprenons la conséquence. Si les Frères d’autrefois vivaient dans la discrétion et ceux d’aujourd’hui dans une transparence forcée, alors hier le péché était le silence, aujourd’hui c’est le bruit. Hier, on craignait d’être mal compris, aujourd’hui c’est la peur de passer inaperçu. Hier, un signe de tête suffisait pour se reconnaître, aujourd’hui une confirmation sur WhatsApp est de rigueur. Pourtant, la fraternité n’a jamais changé dans son essence ; seule la manière dont nous la vivons a changé.
La formule pourrait ressembler à ceci : Fraternité intérieure + sobriété extérieure = harmonie initiatique. Tout le reste n’est que du théâtre. Peut-être devrions-nous nous rappeler plus souvent que le véritable seuil n’est pas celui du Temple, mais celui de l’âme.
En nous, il y a deux voix : l’une qui dit
Nous sommes frères
et un autre qui demande
Vraiment ?
Et la réponse, comme toujours, ne se prononce pas : elle se démontre par la manière dont nous franchissons cette porte chaque fois que la vie nous met à l’épreuve. Être frère et sœur aujourd’hui est une vocation difficile, un équilibre constant entre le sacré et le banal. Mais c’est peut-être précisément là sa beauté amère : savoir que la perfection est impossible et, obstinément, continuer à polir la pierre brute de son propre caractère.
Intra muros, filii lucis; extra muros, de vrais hommes.
À l’intérieur des murs, les enfants de la Lumière ; à l’extérieur, les vrais hommes et les vraies femmes.
Et si la fraternité doit survivre, ce ne sera pas dans des protocoles ou des conversations superficielles , mais dans le courage discret de dire « Frère » ou « Sœur » seulement lorsque ces mots ont encore une âme.
Avec Le comte de Cagliostro, Monique Molière ne réhabilite pas une légende, elle rouvre une plaie de l’histoire initiatique. Son livre restitue à cette figure brûlante sa densité de chair, d’ombre, de ferveur et de péril. Entre désir de guérison, ambition de régénération et soupçon d’imposture, Cagliostro redevient ici ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être, une question vivante posée au discernement des chercheurs de vérité.
L’ouvrage s’inscrit dans une maison attentive aux textes qui cherchent moins à refermer une énigme qu’à lui redonner sa densité spirituelle et son tremblé intérieur. La couverture elle-même place le livre sous le signe d’une identité interrogée, presque disputée, entre nom reçu, nom choisi et nom transfiguré.
Il existe des figures que l’histoire n’absorbe jamais tout à fait
Elles demeurent en lisière, dans cette zone de demi-jour où le document n’abolit pas la légende et où la légende, loin de détruire le réel, révèle au contraire ce qu’il a de plus inquiétant. Cagliostro appartient à cette famille rare. Il n’est pas seulement un aventurier de plus dans l’Europe des Lumières, ni un thaumaturge commode pour les imaginaires avides d’étrangeté. Il est une épreuve de discernement. Il oblige à regarder ensemble le charisme et l’ambiguïté, la compassion et le théâtre, l’élan initiatique et la tentation de l’emprise. C’est précisément là que le livre de Monique Molière trouve sa force. Il ne cherche pas à blanchir une figure compromise, pas davantage à la réduire à la caricature d’un imposteur. Il s’attache à suivre une vibration humaine, une tension vivante, une conscience en lutte avec elle-même, avec son siècle, avec les puissances religieuses et politiques qui veulent la nommer puis l’enfermer. L’ouvrage prend ainsi pour matière première non une certitude rassurante, mais une ambivalence féconde.
Ce qui frappe d’abord, c’est le choix d’une incarnation
Giuseppe_Balsamo-Alessandro_Cagliostro
Monique Molière ne tient pas Cagliostro à distance. Elle le laisse parler, elle lui prête la première personne, elle accepte de courir le risque littéraire le plus difficile, celui d’une proximité qui ne sombre ni dans la complaisance ni dans le pastiche. Ce parti pris change tout. Nous ne sommes pas dans une simple reconstitution érudite. Nous sommes dans une traversée de conscience. Dès lors, le personnage cesse d’être une silhouette de dictionnaire, un nom saturé de rumeurs, pour redevenir un foyer d’expériences, de blessures, de ferveurs et de justifications. Cette voix ne demande pas l’adhésion aveugle. Elle réclame mieux que cela. Elle demande une écoute. Le livre devient alors moins une biographie au sens ordinaire qu’une chambre d’échos où se répondent les archives, la mémoire réinventée, les justifications de soi, le désir d’élévation et la part d’ombre que nul itinéraire initiatique authentique ne peut ignorer.
L’ouverture du récit, dans la prison de San Leo, donne à l’ensemble une gravité presque testamentaire.
Ce n’est pas un commencement chronologique, c’est un commencement de vérité
Prison de Gagliostro – Dit Joseph Balsamo
L’homme captif, brisé, humilié, observant le monde depuis le Pozzetto, devient une figure de dépouillement. Toute gloire sociale a disparu. Toute parade est tombée. Il ne reste qu’un être face à la pierre, à la maladie, à l’inquisition, au temps, à la mémoire et aux nombres. Cette entrée en matière est capitale, car elle inscrit d’emblée Cagliostro dans une dramaturgie intérieure. La cellule n’est pas seulement un lieu de châtiment. Elle devient un athanor noir. Entre ses murs se recomposent le passé, la vocation, les erreurs, les fidélités, les rêves de régénération et jusqu’à cette obsession des signes qui pousse le prisonnier à lire dans les barreaux eux-mêmes une architecture symbolique du monde. Dans ces pages, la prison ne vaut pas seulement comme document historique. Elle devient emblème maçonnique inversé. Non plus le Temple ouvert à la verticale de la lumière, mais son envers de pierre, où l’initié supposé doit répondre de ce qu’il a fait de la lumière reçue ou proclamée.
C’est ici que le livre rejoint un plan plus profondément initiatique.
Car Cagliostro, chez Monique Molière, n’est jamais seulement un personnage historique
Il devient le lieu d’une interrogation sur la nature même de l’initiation lorsque celle-ci se trouve exposée au monde profane, traversée par l’orgueil, compromise par la célébrité ou convoquée dans l’espace trouble des cours, des rumeurs, des guérisons et des affaires. Autrement dit, la question n’est pas seulement de savoir si Cagliostro fut sincère ou non. La question est plus grave. Qu’advient-il d’une quête de transmutation lorsqu’elle cherche à agir sur les foules, à convaincre les puissants, à se donner en spectacle, à mêler le soin, le rite, la prophétie et l’autorité personnelle. Monique Molière a l’intelligence de ne pas trancher trop vite. Elle laisse subsister cette inquiétude, et c’est cette inquiétude même qui nourrit la grandeur du livre.
La jeunesse de Giuseppe Balsamo, telle qu’elle est retravaillée ici, éclaire admirablement cette question
L’enfance pauvre, les apprentissages religieux, la fréquentation des plantes, les savoirs du frère apothicaire, les premières impostures, le goût du déguisement, la dextérité graphique, l’attirance pour les opérations marginales et pour les marges sociales elles-mêmes composent moins un simple roman de formation qu’une genèse de l’ambivalence. Nous voyons naître un être que tout prépare à la duplicité et pourtant aussi à une forme de disponibilité au mystère. Il apprend à tromper, mais il apprend aussi à soigner. Il découvre la séduction du faux, mais il éprouve aussi les puissances de la consolation. Il touche aux bas-fonds sans cesser d’être aimanté par un horizon supérieur. Il y a là une vérité spirituelle profonde que Monique Molière saisit avec finesse. Beaucoup d’êtres ne sont ni d’emblée élus ni d’emblée damnés. Ils avancent avec des matériaux contradictoires. Le travail de l’âme consiste justement à faire quelque chose de ces contradictions, ou à s’y perdre.
Le nom même de Cagliostro, dans le livre, prend alors une valeur presque alchimique.
Il ne désigne pas seulement une filiation ou un masque
Il devient l’opérateur d’une métamorphose. Giuseppe Balsamo n’abandonne pas seulement une identité première pour mieux tromper autrui. Il cherche à se refaire dans un autre nom, comme si la nomination nouvelle devait réparer la fracture initiale, restaurer une dignité, appeler un destin plus haut. De ce point de vue, le sous-titre Ego sum qui sum n’est pas une coquetterie. Il ouvre le livre sur une méditation vertigineuse de l’être, de l’auto-désignation, de la souveraineté intérieure et du risque blasphématoire qu’il y a toujours à rapprocher trop hardiment l’identité humaine d’une formule de plénitude ontologique. Cette formule n’élève pas seulement le personnage. Elle le met en danger. Elle inscrit dans son aventure une tension proprement ésotérique entre révélation et usurpation, entre vocation et inflation du moi.
L’un des très beaux mérites de Monique Molière est de replacer l’itinéraire de Cagliostro dans l’immense laboratoire spirituel du XVIIIe siècle
Place_Bellecour_Lyon
Le siècle des Lumières apparaît ici non comme l’âge uniforme d’une raison desséchée, mais comme une période de vide, de soif, de déplacement des croyances, d’instabilité métaphysique. La science progresse, l’autorité religieuse se fissure, la crédulité ne disparaît pas pour autant, elle change de forme, elle se déplace, elle cherche de nouveaux médiateurs. Cagliostro surgit dans cette brèche. Il répond à un besoin de réenchantement autant qu’à une crise de l’autorité. Il offre des soins là où la médecine officielle échoue, des rites là où la religion n’apaise plus, des images de régénération là où la société sent déjà l’approche de ses propres ruines. Sous cet angle, il est moins une anomalie qu’un symptôme majeur de son siècle.
Le livre devient particulièrement captivant lorsqu’il suit le personnage dans les espaces où la franc-maçonnerie, l’hermétisme, l’alchimie et le désir de réforme spirituelle se croisent.
Malte, Strasbourg, Lyon, Paris ne sont pas ici de simples étapes géographiques
La co-cathédrale Saint-Jean à La Valette (Malte)
Ce sont des stations d’intensification. À Malte, l’horizon de l’Ordre, du secret, de l’occultisme et des laboratoires donne au personnage un cadre où son imaginaire peut se hausser jusqu’à une ambition doctrinale. À Lyon surtout, avec la Sagesse Triomphante et la Haute Maçonnerie Égyptienne, Monique Molière touche au point incandescent de son sujet. Là, Cagliostro ne se contente plus d’éblouir. Il institue. Il ordonne. Il légifère. Il prétend fonder un chemin de régénération. Nous sortons du simple charisme personnel pour entrer dans la construction d’un système initiatique. C’est un moment décisif, et le livre le montre bien. Car toute fondation de rite pose une question terrible. Que transmet-on exactement, et au nom de quoi. Une tradition retrouvée, une synthèse hardie, une mémoire rêvée de l’Égypte, ou bien la projection d’une puissance personnelle sur un appareil symbolique. Le texte ne rabaisse pas cette ambition. Il la regarde dans sa splendeur et dans son péril.
Pour un lecteur maçon, ces pages ont une résonance particulière. Elles rappellent que l’initiation ne vit pas de mots rares, d’accessoires singuliers ou de promesses extraordinaires.
Elle vit d’un rapport juste à la vérité, au secret, à la purification intérieure et à la rectification de soi
Or Cagliostro fascine précisément parce qu’il se tient sur une ligne de crête. Tout chez lui semble pouvoir basculer dans un sens ou dans l’autre. La régénération qu’il promet peut se lire comme une intuition haute de la restauration de l’être, mais elle peut aussi glisser vers le merveilleux intéressé, vers l’ivresse d’exception, vers l’emprise magnétique. Monique Molière ne moralise pas cette tension. Elle la rend visible, ce qui est infiniment plus fort. Elle nous contraint à méditer sur les faux soleils qui ressemblent parfois à l’aurore, et sur ces figures ambiguës qui disent peut-être quelque chose de vrai dans une langue que leur propre vie vient troubler.
Il faut également saluer la manière dont le livre fait droit à la compassion
C’est sans doute l’un de ses aspects les plus touchants. Car derrière les procès, les scandales, les rumeurs, les réseaux, les opérations spectaculaires, l’autrice maintient sans cesse la question du soin. Soigner les pauvres, soulager les souffrants, offrir de l’espérance là où règnent l’abandon et l’angoisse, voilà ce qui empêche le personnage de se réduire à l’image commode du manipulateur. Même lorsqu’il intrigue, même lorsqu’il arrange sa légende, quelque chose en lui demeure tourné vers la consolation. C’est peut-être là, plus encore que dans les doctrines, que réside la part initiatique que Monique Molière veut sauver du naufrage des simplifications. Un initié, fût-il imparfait, se reconnaît peut-être moins à ce qu’il affirme savoir qu’à la manière dont il se met au service de la souffrance humaine. Le livre n’ignore rien des tromperies possibles, mais il refuse de jeter cette dimension bienfaisante aux oubliettes du scepticisme.
Puis viennent la Bastille, l’affaire du collier, l’effondrement de l’aura, la bataille des mots, l’Inquisition, la fin.
Ici encore, Monique Molière ne se contente pas de raconter une chute spectaculaire
Elle montre une opération de démolition symbolique. Cagliostro est poursuivi, bien sûr, pour des faits, des réseaux, des soupçons, des proximités dangereuses. Mais il l’est aussi parce qu’il incarne une puissance insupportable à plusieurs ordres établis. Il brouille les frontières entre religion et occultisme, entre guérison et autorité, entre noblesse et marginalité, entre rite et pouvoir, entre parole prophétique et influence sociale. Il est un être-frontière. Or les êtres-frontières finissent souvent broyés par les institutions qui ont besoin de catégories nettes. La fin à San Leo donne alors au livre une tonalité presque christique et presque gnostique tout ensemble, avec ce mélange de dépouillement, de persécution, de lucidité tardive et de solitude cosmique. Ce n’est pas un hasard si la dernière image forte est celle d’un homme parlant encore depuis sa geôle à la postérité incertaine. La prison devient tombeau, mais aussi crypte mémorielle.
Le style de Monique Molière sert admirablement ce projet
Monique Molière
Il y a chez elle un goût du relief, une sensibilité à l’élan dramatique, une attention au mouvement intérieur qui viennent sans doute de son compagnonnage avec le théâtre. La phrase cherche l’intensité sans renoncer à la lisibilité. L’ensemble garde une respiration romanesque, tout en demeurant porté par une volonté de restitution historique et par un soin évident des sources. Cette double fidélité au souffle et au document donne à l’ouvrage sa texture singulière. Nous lisons à la fois une vie remise en scène et une vie rendue à sa complexité. Rien n’est aplati. Les grandeurs ne sont pas ridiculisées. Les bassesses ne sont pas effacées. L’effet produit n’est pas celui d’une sentence, mais d’une présence retrouvée.
Quelques mots enfin sur Monique Molière elle-même
La notice éditoriale la présente comme une écrivaine lyonnaise passionnée de théâtre. Cette indication, brève en apparence, éclaire beaucoup. Lyon n’est pas ici un simple lieu de résidence. C’est aussi une cité de mémoire ésotérique, de foyers maçonniques, de spiritualités croisées, de fidélités willermoziennes et de rêveries hermétiques. Quant au théâtre, il donne à l’autrice le sens de la voix, de la scène intérieure, du personnage habité de contradictions. Sa bibliographie, variée et déjà ample, témoigne d’un imaginaire tourné vers les drames de l’âme et les paysages du trouble. Nous y trouvons Lune noire, Les jardins du silence, L’odeur du jasmin, la trilogie formée par Blasphème, L’échiquier des égarés et Adam, puis L’ombre pourpre du monde, Lignes de fuite et L’arme de Goliath. Rien là d’un simple catalogue. Tout laisse voir une écrivaine attirée par les seuils, les tensions, les obscurités actives, les fractures du destin et les puissances du verbe lorsqu’il affronte l’énigme humaine. Ce livre sur Cagliostro n’apparaît donc pas comme un accident dans son parcours. Il en est l’une des convergences les plus accomplies.
Au fond, ce livre touche parce qu’il refuse la paresse du verdict
Il ne nous demande ni de croire naïvement à Cagliostro, ni de jouir d’avance de sa démystification. Il nous demande davantage. Il nous demande de penser la frontière mouvante entre l’illusion et la révélation, entre le rite et la représentation, entre la médecine du corps et celle de l’âme, entre la vérité vécue et la vérité racontée. Pour cela, Le comte de Cagliostro mérite d’être lu non comme une curiosité historique de plus, mais comme une méditation sur le destin des chercheurs de feu lorsqu’ils portent dans leurs mains autant de lumière que de cendres. Sous la plume de Monique Molière, Cagliostro redevient ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être, non un dossier clos, mais une question vivante posée à notre discernement, à notre désir d’initiation et à notre propre rapport au mystère.
Le livre laisse derrière lui une inquiétude féconde
Il nous rappelle que la lumière n’immunise contre rien, qu’elle peut elle-même devenir objet de convoitise, de théâtre ou de chute lorsque l’être ne parvient plus à distinguer la vocation intérieure du vertige de sa propre image. Cagliostro demeure alors moins un homme du passé qu’un miroir tendu à toute quête spirituelle exposée au monde. C’est dans cette zone de trouble, là où la cendre conserve encore la mémoire du feu, que Monique Molière fait entendre sa plus juste vérité.
Le comte de Cagliostro – Ego sum qui sum
Monique Molière – Éditions Slatkine, coll. Les Architectes de la Sagesse, 2026, 344 pages, 50 € / Honoré Champion, le SITE
Le REAA n’a de validité que par l’acceptation des affirmations fondamentales qu’il postule d’emblée ou qu’il pré-suppose ensuite. A défaut de cette acceptation, ce ne serait que la coquille vide d’une simple activité de loisirs pouvant avoir simplement un intérêt récréatif ou autre, mais sans aucune portée initiatique. Or c’est la Lumière que nous avons demandé en entrant, et sous ce vocable nous désignons une perception nouvelle et mystérieuse, inconnue mais pressentie.
En effet, c’est bien sous forme de pressentiment que nous avons accepté de valider l’idée de Lumière. Aucun savoir, aucune science, aucun raisonnement ne peut déboucher sur cette indéfinissable disposition de la conscience.
C’est donc autre chose qui nous a poussé à poursuivre la démarche.
Bien sûr, au début, on se laisse porter par le mouvement auquel on fait confiance, sans trop savoir pourquoi d’ailleurs. Quelque chose d’autre, remontant de qui sait où, semble valider sans réserve notre participation au rite.
Plus tard, de tenue en tenue, puis de degré en degré, il se peut que cette confiance s’endorme dans un contexte agréable devenu familier ; ce ne serait alors qu’un préalable, l’initiation n’aurait encore qu’une portée virtuelle et, si l’on n’y prend garde, les choses peuvent en rester là bien longtemps. Mais il est une autre hypothèse. Il se peut aussi que le vécu régulier du rituel suscite, chez certains d’entre nous, par une sorte d’influence invisible, un sentiment inexplicable qu’on appelle parfois la Foi Maçonnique.
C’est ainsi que d’une façon plus ou moins prononcée, l’avènement de cette Foi tend vers la disparition d’un état artificiel et mort qui tentait de répondre à de multiples questions par de froids raisonnements intellectuels. En même temps cette Foi entraîne l’émergence d’un état effectif, chaud et vivant, qui s’éveille mystérieusement entre frères qui la partage.
Cependant, il faut bien convenir que cela ne peut se concevoir si l’on n’admet pas que quelque chose de déjà connu et de connecté au vivant ne nous souffle pas dans le creux de l’oreille. Déjà connu, mais oublié depuis bien longtemps, et connecté au vivant, telle une disponibilité perdue de vue et devenue inconsciente. Il semble donc qu’il y ait en nous un état naturel inutilisé ; un état vivant puisqu’il est naturel, mais un état qui a perdu (ou rendu inconsciente) la communication avec notre essence ou notre être essentiel, et pas suite avec le principe créateur.
Une sorte de lointain sommeil longtemps entretenu semble avoir estompé et fait oublier cette relation, ce langage, cette conscience ou cette parole universelle et circulante qui illumine et vivifie tout ce qui est. Une sorte de mémoire intérieure !
C’est pourquoi notre rite présuppose clairement, sans le nommer, l’existence d’un « état primordial ». La quête du REAA tout au long des degrés successifs vise une restauration individuelle de cet état primordial. Restauration qui ne sera sans doute que partielle, certes, mais restauration qui pourrait permettre de se reconnecter à sa propre « raison d’être » et par là-même ce « connais-toi toi-même » pourrait peut-être permettre l’ouverture d’une fenêtre ou d’une conscience capable d’entrevoir « l’Univers et les dieux ».
Mais avant de revenir plus amplement sur cette notion d’état primordial, nous devons nous attarder quelque peu sur deux notions fondamentales du REAA qui président à son efficience et qui n’admettent aucune dérogation sous peine de totale dénaturation de son déploiement initiatique.
La première affirmation fondamentale du rite est celle d’un principe universel symbolisé par le GADLU. Il s’agit de cette conception selon laquelle rien n’est possible sans cause. Par suite, la cause de quelque chose a à son tour une cause plus globale qui aura de même une cause encore plus générale et ainsi de suite jusqu’à la Cause de toutes les causes. Les sciences remontent ainsi l’échelonnement des causes, mais elles n’ont compétence que dans le monde physique manifesté. Or notre rite est de ces conceptions selon lesquelles au-delà et en amont de la physique il y a la méta-physique dont tout procède ; il s’agit d’une réalité invisible non manifestée, inaccessible à toute recherche et à tout raisonnement rationnel par les moyens habituels. Quelque chose d’inconscient, certes, mais bien présent cependant… Le philosophe Leibniz est le premier qui, dans « les Principes de la nature et de la grâce (1714 »), a donné une réponse à cette question : Peut-il exister quelque chose à partir de rien ?
Cette question est au fondement de notre vision du monde. Elle est indéniablement de nature métaphysique. Dès lors, il n’est pas étonnant que la réponse de Leibniz fasse intervenir l’Être suprême, Dieu, et reprenne l’articulation de la métaphysique exposée pour la première fois par Aristote.
En effet, la raison est bloquée par des impossibilités du monde physique. Par exemple la notion d’infini ; que ce soit dans l’espace ou dans le temps, on est bien obligé de l’admettre sans le comprendre pour autant ; on ne peut en dire que ce qu’il n’est pas, un non-fini. Ce simple fait est bien la preuve d’une autre dimension inaccessible à la raison, mais sans doute perceptible d’une autre façon. Nous sommes comme des fruits qui doivent chercher quelque part l’histoire de l’arbre qui les a réalisés. C’est ainsi que notre rite présuppose une qualification humaine capable d’une activité supra-rationnelle susceptible d’éveiller à la conscience de données inaccessibles à la raison.
Devant cette impossibilité de concevoir et de mettre des mots le REAA symbolise, par commodité, la cause de toutes causes, le Principe premier, le UN dont tout procède et où tout retourne par une simple évocation qu’on appelle le GADLU. Un minimum d’intelligence ne peut qu’entraîner une grande humilité et nous éloigner de tout fanatisme aveugle qui consiste à prendre de fermes positionnements vis à vis de ce sujet.
C’est là que se situe « l’initium », le positionnement au commencement d’un autre parcours… un parcours où l’initié va éveiller progressivement une conscience incommunicable, discrète, secrète qui rassemble et unit ce qui est épars en lui.
La deuxième affirmation fondamentale du REAA qui conditionne notre parcours est de considérer qu’il est de nature « Traditionnelle ». Traditionnel signifie qu’il est qualifié pour véhiculer et transmettre, par influence initiatique, quelque chose ayant appartenu au passé et qui a été perdu en chemin. Cela présuppose ici encore que dans le passé il y a eu des êtres humains disposant de capacités et de connaissances supérieures à celles d’aujourd’hui ; sinon, on ne voit pas pourquoi notre rite serait Traditionnel. Il est positionné exactement à l’inverse des points de vues profanes qui considèrent que l’évolution et les progrès scientifiques s’appliquent aussi à l’esprit humain ; ces conceptions ne peuvent que supposer que nous n’avons jamais été aussi éveillés qu’aujourd’hui. Ce n’est pas le point de vue maçonnique qui tente, au contraire, de récupérer de meilleures dispositions humaines aujourd’hui disparues.
En Franc-Maçonnerie, nous distinguons fondamentalement « Matière » et « Esprit », physique et métaphysique, matériel et spirituel, rationnel et supra-rationnel, raison et intuition, terrestre et céleste etc. deux mondes coexistant dont le premier invisible et non-manifesté est la cause du second visible et manifesté. C’est ainsi que nous ne plaçons pas la conséquence avant la cause ; pour le REAA, ce n’est pas la matière qui conditionne l’esprit, c’est le contraire ; on pourrait illustrer cela en disant que ce n’est pas le cerveau qui secrète de l’esprit, mais plutôt que c’est l’esprit qui conditionne la construction du cerveau.
De nombreux récits mythiques nous parlent d’un Eden ou d’un paradis terrestre qui aurait été vécu par les êtres humains d’une époque lointaine. Qu’importe l’idée qu’on peut s’en faire. Qu’il s’agisse de primitifs, de civilisations disparues ou encore pour certains de choses plus compliquées voire farfelues, peu importe. Ce dont il est question ici, ce n’est pas de prouver quoi que ce soit au plan historique, il s’agit seulement d’envisager un état particulier et disparu où les hommes vivaient selon la plénitude de leur véritable nature. Comme il s’agit d’un état par nature, d’une sorte de pureté initiale, on peut l’appeler « état primordial ». On pourrait aussi en dire qu’il s’agit d’un état particulier originel qui s’est déployé à un moment donné par des truchements que nous ignorons sur un animal acclimaté à la planète Terre, un de ceux de la race des singes…
Ne perdons pas de vue que ce qui reste de ces époques n’est que matière et qu’il faudrait avoir retrouvé soi-même l’état primordial pour prétendre être qualifié pour déduire à partir de résidus ce qui est relatif à cet état. Pour la plupart, cet état est non seulement inconnu, mais également inconnaissable par la seule analyse de restes matériels ; une vague idée, peut-être, et encore c’est loin d’être sûr. Il est d’ailleurs à ce sujet une boutade que Paul Valéry adressait aux scientifiques : « Vous aurez beau décortiquer un cerveau, vous n’y trouverez jamais un état d’âme ».
Par contre, au travers des mythes et des légendes qui sont en arrière-plan de notre rite, ainsi que par le vécu régulier des rituels qui peu à peu influencent , par la symbolique, une configuration psychique susceptible de devenir progressivement perméable à des réminiscences lointaines, là peut s’envisager la possibilité de s’approcher quelque peu de cette « parole perdue ». Et même si, comme disait Brel, « ce n’est pas sûr, c’est quand même peut-être ». L’existence de cette simple hypothèse devrait soulever chez la plupart d’entre nous une soif de recherche.
Si on devait rester sur ce constat, ce serait désespérant. A quoi bon alors se démener ? Autant se résigner à la souffrance et se lamenter jusqu’à la fin des temps.
Certains, d’ailleurs, ont choisi cette option. La foi maçonnique est alors une utopie, la fraternité et la tolérance sont bien trop souvent « absentes », l’hypocrisie quant à elle est bien présente. Nous rencontrons l’hypocrisie, car elle est le liant d’une certaine fraternité et de tolérance. Qui n’a pas subit ce langage sirupeux imprégné entre les lignes d’un acide fielleux, qui te remercie de ton travail et te démoli aussitôt ! Qui n’a pas subit la trahison de faux-frères (sœurs) ?
Un minimum de franchise avec soi-même nous fait apparaître que nous sombrons parfois dans les pièges de l’intolérance. Les sociétés humaines sont depuis bien longtemps noyées dans cet obscurantisme, et plutôt que de la culpabilité, mieux vaux en tirer pour soi-même de l’enseignement et de quoi rectifier et rectifier encore comme nous l’indiquais une recommandation alchimique du premier jour. Il suffit de se souvenir qu’intolérance et ignorance vont ensemble, de la même façon que Tolérance et Connaissance. Ensuite… « errare humanum est », certes, mais « perseverare diabolicum ». L’insistance dans des jugements fanatiques « bien/mal » occulte la Lumière vivante de l’esprit et tue l’intellect de l’état primordial ; or, l’intellect de l’état primordial est le seul capable de communiquer avec l’Intellect divin dont il est le reflet vivant. C’est pourquoi, toutes les approches authentiques de la spiritualité placent en préalable cette même recommandation : « … retrouvez d’abord votre regard d’enfant…»
En effet, si au niveau de la franc-maçonnerie et encore moins de l’humanité toute entière la restauration de l’état primordial semble tout à fait utopique et seulement envisageable dans un hypothétique et lointain futur, qu’en est-il au niveau individuel ? De grands initiés d’Orient et d’Occident ont affirmé avec force la possibilité du passage de la mort de l’esprit à la Vie éternelle ou du passage de l’état de sommeil à l’état d’Eveil et bien d’autres formulations encore sur tous les continents. Pour les FM cette possibilité individuelle sera symbolisée par le passage des Ténèbres à la Lumière.
Cependant, pour toutes les approches, la Vie de l’Esprit ne peut s’envisager sans un préalable fondamental. Nous l’avons vu dans la symbolique biblique avec l’arbre de vie qui ne peut se rencontrer que si on n’est pas totalement exclu du Paradis, si on a retrouvé quelque peu ce fameux état primordial ou tout au moins quelques échos d’une voix ou d’une Parole lointaine plus ou moins perdue.
Un peu, c’est mieux que pas du tout et la méthode initiatique du REAA vise à rendre effectif pour ceux qui ne s’égareront pas en route, l’accès à ce « peu primordial ».
Par suite de ce que nous venons de considérer, nous devons maintenant aborder le sujet de façon moins générale et voir les choses de façon plus personnelle. La Genèse biblique a, sans nul doute, son reflet dans la genèse individuelle de chacun. C’est ainsi qu’on peut considérer que notre prime enfance correspond à notre période édénique et primordiale. En effet à cette époque, dont assez logiquement on ne se souvient guère, on ne voyait pas le mal. Tout était libre et spontané. Nulle gêne ni honte à se présenter dans toute sa nudité. On se souvient que le récit biblique précise que lorsqu’Adam et Eve ont mangé la pomme, ils ont honte de leur nudité et vont se cacher dans les buissons ; ils voient brusquement le mal sur une région corporelle qui manifestement ne mérite pas un tel jugement. C’est exactement ce qui nous est arrivé quand notre entourage, lui-même victime depuis des millénaires du même conditionnement, nous a fait voir le mal. Progressivement nous nous sommes égarés dans les sentiers de la honte et de la peur du regard des autres ; nous avons perdu peu à peu la vive clarté du regard d’enfant. La disparition de l’état primordial se combine avec l’apparition de « l’âge de raison », et si, d’aventure quelqu’un en gardait quelques tendances, on dénoncerait avec une pointe de supériorité et de moquerie sa « naïveté » ou son « angélisme ».
En guise de conclusion provisoire à cette humble approche, j’ajouterai que l’hypothèse du passage de l’initié théorique à l’initié véritable se trouve dans le passage d’une porte basse ; une ouverture infinitésimale, telle un trou d’aiguille au centre des ténèbres qui laisse filtrer un mince rayon de Lumière qui rencontre directement l’œil de l’innocence qui réside en chacun de nous.
« Avec de la méthode et de la logique on peut arriver à tout, aussi bien qu’à rien. » disait Pierre Dac, la foi maçonnique est une méthode qui nous enseigne que la construction de notre temple intérieur amène certainement à découvrir la vraie lumière ou bien à rien du tout pour certains !
Le parcours d’un Maître franc-maçon dans les hauts grades du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) ne saurait se réduire à une simple extension administrative ou honorifique des trois degrés symboliques (Apprenti, Compagnon et Maître).
Il représente une véritable amplification initiatique, un approfondissement progressif et exigeant qui enrichit l’être sur les plans symbolique, philosophique, spirituel et moral.
Les obédiences maçonniques françaises et plus généralement d’Europe continentale se constituent, plus ou moins distinctement, de loges bleues, celles des trois premiers degrés, et d’une juridiction de « hauts grades », souvent considérée comme permettant « d’aller plus loin ». Qu’en est-il réellement ?
Jusqu’au début du 18ème siècle, il n’existait pas de grade de Maîtres, les Loges ne comprenaient que des Apprentis et des Compagnons. Pour chaque Loge, il y avait un « Maître de Loge » dont la charge était sinon héréditaire, du moins attribuée à vie. Ainsi, on ne parle de « Maître » pour la première fois que dans le manuscrit écossais Dumfries qui date de 1710. Au reste, le pasteur Anderson dans sa première Constitution ne reconnaît que deux grades, alors qu’en 1738, le pasteur intégra le grade de Maître dans sa deuxième version des Constitutions. En effet, le grade de Maître était devenu un troisième degré dans le parcours offert à chaque initié vers 1730.
Rappelons ici le contexte historique.
En 1707, les royaumes d’Angleterre et d’Écosse s’unissent au sein du royaume de Grande-Bretagne, dont Anne devient la première reine. Elle meurt sans descendance en 1714, et le trône passe à la maison de Hanovre. Soutenu par les monarchies catholiques française et espagnole, le « jacobitisme » était surtout implanté en Irlande et dans les Highlands d’Écosse qui furent le théâtre de plusieurs révoltes soutenues par la France.
En 1688, le roi d’Angleterre et d’Irlande, Jacques II, également roi d’Écosse sous le nom de Jacques VII (1633 – 1701), catholique, pro-français et quelque peu absolutiste, très impopulaire et devant affronter une opposition de plus en plus radicale de la part de l’élite religieuse et aristocratique anglaise, fut chassé par un coup d’État : la Glorieuse Révolution, menée par une armée de 25000 hommes, dont plus de 7000 huguenots français.
Jacques II se réfugia en France et fut autorisé à habiter dans la résidence royale du château de Saint-Germain-en-Laye. Son cousin Louis XIV lui attribue en effet le Château ainsi qu’une généreuse aide financière. Son épouse et certains partisans, presque tous catholiques, le suivirent
En fait, de nombreux Maçons ennemis du stuartisme se réfugièrent hors de Grande Bretagne, en Europe continentale et singulièrement en France. Les historiens évaluent à 40 000 le nombre de réfugiés jacobites en France, qui ont émigré après la Glorieuse Révolution, dont environ 60 % étaient irlandais, 34 % anglais et 6 % écossais. Parmi eux, 40 % étaient de familles aristocratiques, dont un grand nombre d’officiers de l’armée du roi. En France, ils ont constitué la puissante communauté des Irlandais de Nantes, et la cour jacobite de Saint-Germain en Laye.
Ainsi la première Loge maçonnique apparue en France, aurait été fondée à Saint-Germain-en-Laye en 1688, au sein du régiment « Royal Irlandais » arrivé en France à la suite de l’exil de Jacques Stuart». La première Loge vraiment « française » documentée fut fondée par des Britanniques à Paris vers 1725. Elle se réunissait chez le traiteur anglais Barnabé Hute, rue des Boucheries, « à la manière des sociétés angloises ». Elle regroupait principalement des Irlandais et des exilés stuartistes.
Si l’existence d’un Grand Maître en France est ainsi attestée dès 1728, il faudra cependant attendre dix ans de plus pour qu’une véritable assemblée des représentants de toutes les loges « anglaises » et « écossaises » constitue pleinement la première Grande Loge de France le 24 juin 1738 et institue Louis de Pardaillan de Gondrin, deuxième duc d’Antin, « Grand Maître général et perpétuel des maçons dans le royaume de France ».
En décembre 1736, le chevalier de Ramsay prononce dans une loge maçonnique un Discours développant l’idée d’une origine chevaleresque de la franc-maçonnerie. Cette idée aura par la suite une influence certaine sur l’apparition dans la période 1740-1770 de très nombreux hauts grades maçonniques qui seront regroupés par la suite au sein des différents rites maçonniques.
Vers 1744 on compte déjà une vingtaine de loges à Paris et autant en province, le plus souvent fondées par des Maçons en déplacement pour leurs affaires, mais surtout par l’intermédiaire des loges militaires ; lorsqu’une loge militaire quitte ses quartiers d’hiver, il était fréquent en effet qu’elle laisse derrière elle une loge « civile ».
Mais dès les années 1730, différents auteurs, pour la plupart en France et en Angleterre, écrivirent des rituels pour de nombreux grades additionnels censés continuer et enrichir la mythologie des trois premiers degrés.
Ainsi, des frères fondent des « ateliers supérieurs » où sont pratiqués les nouveaux rituels proposant au Maître maçon, au-delà des trois premiers degrés, la poursuite de son cheminement spirituel et moral. Les historiens dénombrent plus d’une centaine de grades additionnels dans les années 1760.
Peu à peu, différentes séries de grades (grades de vengeance, grades chevaleresques, …) en un système progressif et cohérent, les principaux rites maçonniques à la fin du 18ème siècle et au début du 19ème siècle. De nouveaux « hauts grades » ont continué à être rédigés, soit structurés en « rites » indépendants, soit intégrés dans des rites existants.
Au 18ème siècle, plusieurs centaines de grades additionnels ont été créés, mais beaucoup étaient des variantes ou n’ont jamais été pratiqués. Les systèmes modernes ont rationalisé ces grades en rites cohérents, tout en conservant l’esprit initiatique et philosophique des fondateurs de la Franc-maçonnerie.
Aujourd’hui, le nombre de degrés est variable selon les rites : Rite français : 7 degrés, dont 3 symboliques et 4 philosophiques, plus un administratif hors de l’échelle des degrés ; Rite écossais ancien et accepté : 33 degrés ; Rite écossais rectifié : 6 degrés ; Rites maçonniques égyptiens : 33, 90 ou 99 degrés ; Rite d’York : 12 ou 13 degrés selon les pays.
Les loges qui pratiquent les hauts grades ont différents noms, variables selon les grades qu’elles confèrent, mais sont aussi désignées sous le terme générique d’ateliers supérieurs ou ateliers de perfectionnement.
Les hauts grades sont donc apparus progressivement à partir du 18ème siècle pour compléter le grade de Maître et offrir un approfondissement spirituel et moral.
Ces grades sont pratiqués dans des ateliers dits supérieurs, distincts des loges des trois premiers degrés.
Les hauts grades du REAA (du 4e au 33e degré) déploient une architecture verticale, stratifiée, qui permet à l’initié de gravir, degré après degré, une échelle de Jacob symbolique. Cette progression n’établit aucune supériorité hiérarchique entre les maçons, mais offre un conservatoire vivant de la tradition occidentale, ouvert sur la modernité et nourri d’influences chevaleresques, templières, hermétiques et philosophiques. Comme le souligne Jean-Pierre Lassalle, cité par le Grand Collège des Rites Écossais, « degré après degré, stratum super stratum, le REAA est bien une structure verticale, que l’on peut monter et descendre, comme l’échelle de Jacob, en variant les angles de vision, mais avec un émerveillement constamment renouvelé, car s’y diffracte la lumière d’une tradition à conserver vivante et toujours ouverte sur la modernité ».
Le Rite Français (dans sa forme classique ou « rétablie ») se limite à 7 degrés : les trois symboliques, suivis de quatre ordres philosophiques (Élu, Maître Élu, Chevalier d’Orient, Rose-Croix ou Souverain Prince Rose-Croix). Au-delà, un grade administratif (Grand Profès ou Sublime Maître) existe parfois, mais sans la même ampleur. Le RF est donc plus concis, plus linéaire et moins « architectural » : il condense l’essentiel en une progression courte, centrée sur l’éthique républicaine et l’humanisme, sans la stratification exhaustive du REAA.
Le Rite Français moderne, influencé par les Lumières et les valeurs républicaines, a progressivement laïcisé ses rituels : référence au GADLU atténuée ou absente dans de nombreuses loges, accent mis sur la raison, la liberté de conscience, la tolérance et l’engagement sociétal plutôt que sur une spiritualité transcendante. Il privilégie l’humanisme rationnel, l’éthique civique et la fraternité égalitaire, avec moins d’emphase sur les mystères ésotériques ou les références religieuses traditionnelles. Le Temple intérieur y est édifié par la morale et l’action juste dans le monde profane, plus que par une alchimie mystique.
Certains francs-maçons pratiquent les deux (souvent RF en Loge bleue et REAA en hauts grades, ou inversement). Le RF excelle dans la clarté éthique et la laïcité ouverte ; le REAA dans l’amplitude symbolique et la quête spirituelle. Comme le soulignent plusieurs auteurs maçonniques contemporains, ils ne s’opposent pas mais se complètent : le premier ramène à l’essentiel des Lumières, le second déploie la richesse ésotérique du XVIIIe siècle « écossais ».
Si le Rite Français affermit le Maître comme un citoyen éclairé, artisan d’une fraternité rationnelle et engagée, le parcours REAA le transforme en un initié en perpétuelle ascension vers une Sagesse universelle et diffractée,. Le choix dépend de la sensibilité : sobriété humaniste et concision pour l’un, profondeur mystique et stratification pour l’autre. Les deux enrichissent le Maître, mais de manière différente.
Le parcours au REAA
Contrairement au Rite Français, plus linéaire, ou au Régime Écossais Rectifié, d’essence chrétienne marquée, le REAA se veut universel et inclusif : il englobe trente étapes supplémentaires qui ne dénaturent pas les trois premiers degrés, mais les éclairent d’une lumière diffractée.
Chaque degré procède du précédent et prépare le suivant, selon un principe d’ascension en spirale vers la Lumière. Renoncer à emprunter cette voie, c’est, selon Olivier de Lespinats, renoncer à « la construction complète du Temple intérieur », privant l’esprit de cette « architecture invisible qui donne cohérence et profondeur à la démarche initiatique ».
Le premier apport majeur réside dans l’enrichissement symbolique et philosophique.
Dans les Loges de Perfection (4e au 14e degré), l’initié reprend le fil de la légende salomonienne là où le Maître l’avait laissé : la reconstruction du Temple, la quête de la Parole perdue, la justice et la fidélité. Le 4e degré, Maître Secret, introduit le secret initiatique et la discrétion ; le 5e, Maître Parfait, invite à la perfection morale ; le 7e, Prévôt et Juge, approfondit la notion de justice équitable ; le 14e, Grand Élu Parfait et Sublime Maçon, couronne cette première phase par une synthèse de la maîtrise sublime.
Ces degrés transforment la symbolique des outils (équerre, compas, niveau) en principes vivants d’architecture intérieure. Ils ne se contentent pas d’illustrer la morale : ils la philosophent, en confrontant l’initié aux grandes questions de l’existence – liberté, devoir, alliance avec l’Ordre.
Viennent ensuite les Souverains Chapitres (15e au 18e degré), où la dimension chevaleresque et orientale s’épanouit. Le 15e degré, Chevalier d’Orient ou de l’Épée, évoque le retour des captifs de Babylone et la reconstruction du Second Temple ; le 18e, Souverain Prince Rose-Croix, culmine dans la quête de la Croix et de la Rose, symbole d’amour, de foi et d’espérance. Ici, le REAA puise dans l’hermétisme et la kabbale pour élargir le regard : la Parole perdue n’est plus seulement un mot, mais une lumière intérieure à reconquérir par la transmutation alchimique de l’âme. Albert Pike, dans son ouvrage fondateur Morals and Dogma, décrit précisément cette philosophie comparative des religions et des traditions qui sous-tend le Rite : le maçon y découvre que la Vérité est un miroir brisé dont chaque fragment reflète une facette du Grand Architecte de l’Univers, invitant à la tolérance et à l’universalisme.
Les degrés supérieurs (19e au 30e, dans les Sublimes Aréopages et Tribunaux) portent cette élévation à son paroxysme philosophique et éthique. Le 30e degré, Chevalier Kadosh, est souvent considéré comme le cœur vivant du Rite : il confronte l’initié à la tyrannie, à l’intolérance et à l’obscurantisme, invitant à une chevalerie moderne au service de la justice et de la liberté de conscience. Ce n’est plus la vengeance primitive, mais une élévation morale qui transforme la colère en action juste.
Les degrés suivants, jusqu’au 32e, Sublime Prince du Royal Secret, synthétisent ces enseignements dans une vision cosmique : l’équilibre des forces opposées, l’harmonie universelle, la construction d’un Temple non plus matériel, mais humain et planétaire. Enfin, le 33e degré, Souverain Grand Inspecteur Général, n’est pas une fin en soi, mais une position de responsabilité : il confie à l’initié la mission de veiller sur l’Ordre, non par pouvoir, mais par sagesse et exemplarité.
Sur le plan personnel, ce parcours apporte un perfectionnement continu qui touche l’intelligence, le cœur et la volonté. Chaque Maître Maçon qui s’engage dans les Hauts-Grades ne le fait pas uniquement pour lui-même, mais pour nourrir l’édifice spirituel de l’Ordre. Il peut ainsi, transmettre et contribuer à l’œuvre commune.
La durée est essentielle : les symboles ne deviennent vérités vécues qu’au fil des années, par une ascèse qui dépouille des passions et libère des illusions. L’initié gagne une liberté de pensée plus vaste, une capacité à « élargir sa pensée » (selon le concept kantien repris par certains auteurs contemporains. Il apprend à voir dans chaque épreuve profane une occasion d’élévation, à transformer la nuit en chemin vers l’aube.
Spirituellement, le REAA révèle les mystères de la vie, de la mort et de la renaissance : « Tout ce qui ne s’élève pas vers la lumière retourne aux ténèbres », rappelle Platon, cité dans ce contexte. Le Temple intérieur s’édifie pierre après pierre, non comme une construction statique, mais comme une spirale ascendante vers la Sagesse.
Collectivement, les hauts grades renforcent la fraternité au-delà des loges symboliques. Ils créent un réseau horizontal entre obédiences et juridictions, favorisant les échanges internationaux. Chaque degré appelle à une responsabilité accrue : transmettre, préserver la tradition tout en l’adaptant à la modernité.
L’initié ne s’isole pas dans une élite ; il devient un maillon qui nourrit l’Ordre tout entier.
Comme le note le Suprême Conseil de France, le Rite offre au Maître Maçon « une occasion inégalée d’acquérir une connaissance et une compréhension plus approfondies du symbolisme maçonnique et du dogme », non pour dominer, mais pour servir l’humanité. »
En définitive, le parcours dans les hauts grades du REAA n’ajoute pas une « supériorité » au Maître Maçon, mais une profondeur irremplaçable. Il transforme une initiation statique en quête infinie, une morale en philosophie vivante, un Temple symbolique en édifice spirituel universel. Il n’est pas réservé à une élite, mais à ceux qui acceptent l’exigence de la durée et du dépouillement.
Comme l’a écrit fort justement un membre de la Juridiction, du Suprême Conseil de France : « Le REAA ne s’arrête pas à la Maîtrise. Poursuivre son chemin dans les Hauts-Grades, c’est choisir d’aller plus loin, de s’engager dans un perfectionnement continu, d’intégrer des enseignements plus subtils et d’approfondir la voie de la Sagesse. »
Ainsi, degré après degré, l’initié ne cesse de se reconstruire, contribuant à l’œuvre collective : édifier, dans le cœur de chaque être et dans la société tout entière, ce Temple de Vérité, de Justice et d’Amour que la franc-maçonnerie appelle de ses vœux depuis ses origines.
Depuis dix ans, On Va Rentrer met gratuitement en relation Sœurs et Frères dans un esprit de fraternité, de service et de simplicité. Aujourd’hui, la plateforme renaît entièrement grâce à l’engagement professionnel de notre Frère Pas∴ D∴, qui a consacré trois mois de son temps et de son talent de développeur informatique à reconstruire l’ensemble de l’architecture du site.
Nous tenons à le saluer et à le remercier très fraternellement pour ce travail remarquable. Grâce à ce don, nous pouvons continuer à garantir la gratuité du service et à le faire évoluer au bénéfice de toutes et tous. Dans les prochains jours, vous découvrirez progressivement les nouveaux services proposés, chacun présenté dans un article dédié. Chaque matin, une nouveauté viendra illustrer cette évolution.
Ce matin, nous commençons avec la Bourse des profanes.
Des centaines de profanes remplissent déjà nos formulaires afin de frapper à la porte du Temple.
Cette nouvelle rubrique vous permettra de les découvrir et, si vous le souhaitez, de les prendre en charge dans le cadre du parcours traditionnel de parrainage et de transmission de la Lumière. Bien entendu, nous procédons en amont à une vérification du sérieux de chaque demande avant validation. En revanche, nous n’assurons pas de mise en relation directe : il appartient ensuite à chaque loge, à chaque Frère et à chaque Sœur d’entrer en contact avec les candidats et de poursuivre, selon les usages, le travail de parrainage.
Rappelons-le clairement : nous ne sommes ni une agence de recrutement maçonnique, ni un “Manpower” de la fraternité. Notre rôle se limite à faciliter la rencontre, dans le respect des règles et de la vigilance qui s’imposent. Est-il utile de rappeler que nous sommes dans un Ordre ?
L’esprit de 450.fm
Depuis sa création, 450.fm s’efforce de vous proposer une information large, libre, honnête et gratuite, avec le souci constant de la transmettre sans dogmatisme ni injonction. Nous n’imposons à personne une manière unique de penser la franc-maçonnerie : chacun demeure libre de ses lectures, de ses sensibilités et de ses convictions.
C’est dans cet esprit de liberté et de fraternité que nous nous inscrivons aujourd’hui encore, en vous proposant cette nouvelle palette de services appelée à faciliter la vie maçonnique de chacune et chacun.
Lors de la cérémonie de réception au deuxième degré, le Franc-Maçon ou la Franc-maçonne est amené à accomplir plusieurs voyages. L’un de ces voyages est l’occasion d’insister sur l’importance du développement des cinq sens, la vue, l’ouïe, le toucher, le goût et l’odorat, qui sont bien sûr les outils nécessaires à la prise de contact avec l’extérieur mais qui représentent aussi une invitation à se découvrir et à suivre le principe socratique jadis inscrit au fronton du Temple de Delphes : « Connais-toi toi-même ».
Un autre voyage fait reconnaître les 5 ordres de l’Architecture, qui évoquent l’harmonie et la continuité essentielles à l’œuvre de construction à laquelle se vouent les Maçons.
Un troisième voyage amène à découvrir les 7 arts libéraux, en ajoutant aux arts du trivium, la Grammaire, la Rhétorique et la Logique, ceux du quadrivium, l’Arithmétique, la Géométrie, la Musique et l’Astronomie. Puis sont lus les noms de 5 Grands Initiés. Et en étant reçu Compagnons, l’âge symbolique du Maçon passe de 3 à 5 ans. Il y a cinq marches figurées sur le tapis de Loge.
La Marche du Compagnon ajoute aux trois pas de l’Apprenti deux pas supplémentaires, avant de rejoindre l’alignement initial. Le mot sacré rappelle le nom de la Colonne qui était placée à droite de l’entrée du Temple de Salomon et qui signifie « Il établira », passant ainsi du registre des nombres à celui des lettres. La Lettre G est avec l’Etoile Flamboyante qu’elle centre le symbole essentiel du Deuxième Degré.
Mais ce n’est pas la seule lettre évoquée dans le rituel : pour percevoir son salaire, le Franc-maçon ou la Franc-maçonne passe de la colonne B à la colonne J. Chacun peut comprendre que la démarche maçonnique fait appel au langage symbolique, privilégier la symbolique des nombres et des lettres, en plus de celle des formes géométriques telles que le triangle, l’étoile à cinq branches, le rectangle aux proportions du nombre d’or, et d’autres encore…
Les nombres et les lettres associés au Deuxième Degré renvoient donc à la découverte d’un nouvel espace de liberté. Mais cet espace de liberté n’est pas un espace de désordre, d’agitation ou d’anarchie.
On peut lire à l’Occident de nos Temples la devise du Rite Ecossais Ancien et Accepté : Ordo ab Chao : nous nous inscrivons dans une démarche qui s’efforce de privilégier l’ordre sur le désordre. Et chacun de nous s’est librement engagé dans une démarche de progression, de perfectionnement. La démarche est donc orientée. Elle a un but, une finalité.
Au deuxième degré, qui est un degré essentiel dans le parcours maçonnique, l’axe de progression est clairement défini : c’est bien entendu celui que nous indique l’Etoile Flamboyante, vers laquelle désormais il nous faut progresser.
Un Frère Compagnon posait récemment une question: lorsque la Loge travaille au Premier Degré, ce qui est le cas le plus fréquent, l’Etoile n’est pas visible ; a fortiori, elle n’est pas allumée, elle ne flamboie pas.
Mais un Compagnon ou a fortiori un Maître peut-il faire comme s’il en ignorait la direction ?
Là encore, la réponse est « évidemment non ! ». Car le Compagnon et le Maitre ont vu l’Etoile Flamboyante. La direction qu’elle leur donne ne se modifie pas lorsqu’elle est rendue invisible. Elle doit demeurer en eux, au demeurant qu’ils soient dans le Temple ou au dehors. C’est même très exactement ce que signifie l’expression « J’ai vu l’Etoile Flamboyante ». Je l’ai vu, vous l’avez vu, une fois pour toutes. La direction que l’Etoile vous indique s’est marquée en vous à jamais.
Au reste, c’est notre œil intérieur qui a vu l’Etoile. Et c’est pourquoi nous pouvons– et en fait nous devons– la voir même lorsqu’elle est éteinte, invisible matériellement mais parfaitement présente dans notre esprit.
C’est l’axe permanent de notre progression, la voie symbolique de notre perfectionnement.
Essayons de réfléchir ensemble sur ces deux notions :
Qu’est-ce qui, dans les nombres et les lettres mis en avant par le rituel du grade, est porteur de cette notion majeure qui justifie l’engagement dans le rite et dans l’ordre maçonnique, à savoir la conquête de notre liberté ?
Qu’est-ce qui exprime la notion d’orientation, de but vers lequel le Maçon ou la Maçonne tendons inlassablement, même si nous pressentons que nous ne l’atteindrons jamais complètement ?
Commençons par l’idée de jeu au sens de déverrouillage, de liberté.
Pour développer cette notion de liberté, revenons sur la marche du Compagnon : il fait d’abord les trois pas de l’Apprenti. Bien au ras du sol, un pas après l’autre, prudemment. Puis il s’écarte de l’axe. Ce pas de côté lui permet de découvrir le chantier sous un angle différent. Bien sûr, il lui faut rester prudent et vigilant. Il se souvient de l’enseignement du cabinet de réflexion. Il sait qu’il ne faut pas confondre le fait de rechercher la connaissance avec celui de se disperser, au risque de s’égarer.
Nous avons tous entendu parler des voyages qu’effectuent les Compagnons du Devoir, qui réalisent au cours de leur apprentissage un véritable tour de France. De la même manière, et probablement dans une symbolique similaire, le Compagnon franc-maçon est invité à voyager. Il y est même invité trois fois.
Au cours de la cérémonie d’initiation au Deuxième degré, il va effectuer cinq voyages, découvrant au cours de chacun d’eux comment la connaissance s’exprime sous différents aspects ;
Ensuite, alors qu’Apprenti il ne lui était guère permis de visiter d’autres ateliers sauf à y être conduit par son Second Surveillant, le Compagnon est au contraire invité à voyager, à élargir son regard et le champ de sa recherche et de son instruction ;
Enfin, sans doute le plus important, le Compagnon est invité à prendre conscience du fait que le voyage essentiel auquel le convie son engagement maçonnique est le voyage intérieur. C’est le fameux précepte socratique, « Connais-toi toi-même »,. Cette invitation, pour être bien comprise, doit être complété par la suite de la phrase telle qu’elle était dit-on inscrite au fronton du temple de Delphes : « Connais-toi toi-même, et tu connaîtras l’univers et les dieux ».
Cela signifie qu’avant de s’interroger sur le sens de l’univers et sur les rapports que l’on peut avoir avec lui, le rôle que l’on peut y jouer, en fait sa propre place et le sens de sa vie, il faut entreprendre une recherche, une descente dans les profondeurs de son intériorité pour trouver l’essence de son être.
Le but du voyage intérieur auquel nous sommes conviés en tant que Compagnons, c’est la découverte et l’affirmation de notre moi.
En fait, Descartes ne nous dit pas autre chose lorsqu’il affirme « je pense, donc je suis ». On peut douter de tout, même de la réalité du monde qui nous entoure, mais cette pensée, ce scepticisme extrême, lui, existe. Notre pensée existe. Et à partir du moment où nous nous rendons compte que l’existence de notre pensée indépendante est irréfutable, nous prenons conscience de notre « je ». Il devient alors possible de partir à la recherche de notre « moi », c’est à dire de la nature de notre propre identité. Puis d’élargir la recherche à la nature de notre rapport à l’univers qui nous entoure, afin d’y trouver notre juste place, notre juste rôle, notre juste responsabilité.
Par rapport à la progression en ligne droite de l’Apprenti, comme maintenu entre deux barrières, cet écart du 4ème pas du Compagnon est une première expérience de la transgression. Transgression mesurée, contrôlée, mais qui symboliquement signifie « sortir du cadre ». Et vous le savez bien, il ne peut y avoir de progression qu’à ce prix. Il n’y a pas de progression sans transgression, à la condition que la transgression soit raisonnable et maîtrisée.
Maîtrisée non pas par les autres, bien sûr, mais par soi-même.
J’ai la liberté de m’écarter du chemin, j’ai la responsabilité de ne pas m’écarter au point de perdre ma route. Pour le Franc-maçon ou la Franc-maçonne, liberté et responsabilité sont liés : je ne peux être considéré comme responsable que si je suis libre, libre de choisir entre deux voies. Celle de l’Ordo ou celle du Chao ; celle du Bien ou celle du Mal.
Mais dès lors que je revendique et que j’exerce pleinement cette liberté, je suis pleinement responsable. Pour compléter notre développement sur la liberté dont le Compagnon doit profiter pour être lui-même acteur et maître de sa propre progression, considérons la lettre G, placée au centre de l’Etoile Flamboyante.
Le rituel d’initiation au Deuxième Degré nous en propose 5 interprétations. On, se souvient de ces 5 concepts que symbolise la lettre G: Géométrie, Génération, Gravitation, Génie et Gnose. Il y a dans chacun de ces termes de quoi nourrir la réflexion du Compagnon. L’écho que chacun de ces sens possibles de la lettre G trouvera en chacun n’est en aucune manière imposé. Le Rite Ecossais Ancien et Accepté n’est pas une religion, il ne repose pas sur des certitudes dogmatiques et laisse chacun libre de ses interprétations.
La « conjonction des opposés », ou réunion des contraires représente la conjonction du conscient et de l’inconscient (gravure alchimique extraite du traité Aurora consurgens, environ 1500).
Et pour bien marquer l’importance que le Rite donne à cette liberté de conscience et de pensée, le V.M. précise au Récipiendaire que ces concepts ne sont pas limitatifs. On peut penser immédiatement au mot « Gloire », tel qu’il figure dans le rituel d’initiation lorsque les assistants reprennent après le V.M. l’exclamation « Gloire au Travail ». Certains y verront un symbole alchimique, en pensant au Graal ou au Germe primordial, l’origine du Grand Œuvre des alchimistes, ou à une transcription en caractère latin Guimel hébraïque qui symbolise la coagulation du processus du Grand Œuvre, le fameux « solve et coagula ».
D’autres se sentiront proches de la tradition anglaise et penseront que G est l’initiale de God, d’autres encore privilégieront la réminiscence du Gamma grec, qui en majuscule se trace comme on dessine une équerre, etc, etc, sans compter tous ceux que chacun de vous a le droit et la liberté de privilégier.
La lettre G est un symbole, que chacun a la liberté d’interpréter à sa guise…
Vous pourrez vous-même, en relisant le rituel et l’instruction de votre degré, trouver d’autres incidences de l’invitation à jouir de cette liberté qui vous est désormais reconnue.
Venons-en à la seconde notion portée par les lettres et les nombres du grade de Compagnon, la notion de finalité, de but, d’objectif…
Partons à nouveau de la Marche en 5 pas, 3 + 2, qui est l’un des éléments du symbolisme du Deuxième Degré. Nous ne reviendrons pas sur les trois pas initiaux, ceux de l’Apprenti. Le quatrième pas du Compagnon le fait s’écarter de l’axe initial de sa progression, et donc symboliquement lui offre l’opportunité de preuve d’esprit d’indépendance, de faire une première expérience de sa liberté. Mais ce n’est pas une liberté sans borne ni limite.
Jeune conducteur de voiture qui attache sa ceinture
Lorsqu’on vient en tenue, on peut y venir à pied, en bus, en métro ou en voiture. On a le choix entre plusieurs moyens de transport, mais aussi plusieurs itinéraires, plusieurs durées de trajet, …, on est libre de choisir. Mais la destination reste la même : je vais en tenue.
Il en est ainsi du Compagnon. Après le 4ème pas qui l’écarte de l’axe sur lequel il a choisi de progresser, son cinquième pas va le ramener vers cet axe, cette ligne droite qui oriente la progression du Cherchant vers la Vérité et la Lumière, que symbolise l’Etoile Flamboyante telle une balise, telle un phare qui guide les navigateurs vers leur destination.
Toute la symbolique du degré est tournée vers cette notion, celle d’une progression orientée.
On sait que l’Etoile Flamboyante est régie par le Nombre d’Or.
En effet, pour tracer ce pentagramme mystique, on utilise cette proportion connue des sages de l’antiquité. On peut trouver cette proportion en divisant 5, le nombre du Compagnon par 3, le nombre de l’Apprenti. Le résultat de cette division, qui vaut 1,618, est le nombre d’or[1].
Ce nombre, cette proportion, est considérée depuis l’Antiquité comme l’expression ultime de l’harmonie universelle. C’est pourquoi l’homme idéal représenté par Léonard de Vinci selon le principe énoncé par Vitruve, telle une étoile à cinq branches inscrite dans un cercle, est construit selon ce rapport.
Pythagore et son Delta
Pour les anciens, et en, particulier pour les adeptes de Pythagore, le cercle représente le royaume de l’Esprit. Tandis que le corps de l’Homme de Vitruve est un archétype de l’harmonie physique ou terrestre, l’Etoile à cinq branches, le pentagramme tracé à partir du nombre d’or, figure l’harmonie céleste ou spirituelle.
Le Nombre d’Or est à la fois une réalité mathématique et un concept symbolique. Il est ainsi un lien entre le matériel et le spirituel. C’est ce qui a amené à ce qu’on le qualifie de Divine Proportion.
Marcher vers l’Étoile, c’est se mettre en situation de progresser vers cette harmonie, vers l’Absolu et l’Universel dont nous pressentons que nous sommes une part, ou plutôt dont nous pressentons qu’une part – fût-elle infinitésimale – est en nous, et nous relie à l’ensemble de la Création, c’est-à-dire au Grand Architecte de l’Univers, ce principe à l’origine de la cohérence du monde qui nous entoure, sans qu’il faille nécessairement lui attribuer une dimension sur- ou extra-naturelle. Et bien entendu sans qu’il faille exclure et encore moins condamner cette dimension, que les religions et les révélations expriment lorsqu’elles parlent de Dieu
Ici encore, c’est la liberté de chacun de croire ou de ne pas croire, de pratiquer ou de ne pas pratiquer.
Pour progresser vers la Connaissance, la Vérité, vous disposez de deux types de moyens. Les uns sont matériels, appartiennent à l’outillage de la raison, mis en œuvre par l’hémisphère gauche de votre cerveau si vous êtes droitier, les autres sont immatériels, de l’ordre de l’intuition, de l’affectif, du ressenti, de l’émotionnel, hors du champ de la raison, et sont gérés par votre cerveau droit.
C’est dans ce dernier champ que s’exprimera pleinement votre liberté, votre indépendance, votre autonomie, votre personnalité. Le champ de la raison, on l’explorera au moyen des 5 sens, outillage objectif de perception de ce qui vous entoure. Mais les cinq sens ne se limitent pas à la mise en œuvre des organes sensoriels, des capteurs qui nous permettent d’entendre, de voir, de goûter, de sentir et de toucher les choses et les êtres qui sont autour de nous.
Ils ont aussi des équivalents intérieurs, propres à nous permettre de poursuivre la découverte de nous-même, et des rapports que nous entretenons avec l’Autre, et avec le monde autour de nous. C’est ainsi que l’ouïe devient entendement, la vue se fait clairvoyance mais aussi capacité de contemplation, le goût est transformé en possibilité d’accéder à la subtilité, tandis que le toucher devient tact et délicatesse et que l’odorat, devenu flair, évolue en intuition et discernement.
7 arts libéraux
Terminons en revenant brièvement sur deux séries de mots ou de noms découvertes sur les cartouches des troisième et quatrième voyages lors de la Cérémonie de réception au Deuxième Degré, dans la perspective qui nous occupe, c’est-à-dire la finalité de la démarche du Compagnon.
Au cours du troisième voyage d’instruction, on découvre les sept arts libéraux, dont Saint Augustin a écrit qu’ils exprimaient toutes les connaissances qu’un homme peut acquérir. Les trois premières composantes forment le trivium des arts de la parole. Vous savez l’importance bien maitriser la forme pour exprimer convenablement le fond, et ainsi pouvoir communiquer efficacement, raconter, expliquer, convaincre, transmettre. C’est ce qu’il faut comprendre de l’invitation à cultiver la logique dans la conception de vos propos, la rhétorique dans leur expression orale et la grammaire dans leur expression écrite.
Il reste toujours une marge de progression. Il en est de la perfection comme de l’Etoile Flamboyante : on ne les atteint jamais vraiment !
Quant au quadrivium qui rassemblent les arts liés aux mathématiques, ils sont dominés par la géométrie, qui est l’art de la mesure et des justes proportions des formes et des volumes. Mais bien entendu, au-delà du sens profane qui consiste à cultiver l’apprentissage et la pratique de ces arts, c’est à la connaissance métaphysique qu’ils symbolisent que nous sommes conviés. Chacun peut et doit nous aider à progresser vers la Connaissance, à une meilleure perception et à une meilleure expression de la vérité au fur et à mesure que nous parvenons, modestement, humblement, à y accéder.
Platon, Aristote au centre… et tous les autres philosophes
Dernière évocation avant de conclure, les cinq Grands Initiés rencontrés au cours du 4ème voyage. Le rituel a choisi Moïse, Pythagore, Socrate, Jésus et Confucius. Il aurait pu en évoquer d’autres, mais l’essentiel n’est pas là. Ce qui importe, c’est la conviction que de tous temps, sous toutes les latitudes, au sein de tous les peuples et dans toutes les civilisations et toutes les traditions, des hommes ont éclairé le chemin de leurs contemporains. Ils ont prôné la mesure, la justesse, l’harmonie et l’amour.
Ils ont proposé une lecture du monde, une cosmogonie retraçant l’histoire de l’univers, ils ont été des législateurs et se sont efforcé de transmettre leur vision et leur sagesse, pour inviter les hommes de leur temps à la pratique de la morale et de la vertu.
Les cinq Grand Initiés dont les noms figurent sur le cartouche du 4ème voyage sont parmi ces phares de l’humanité. Comme le dit le rituel, leur enseignement, largement exotérique, c’est-à-dire qui peut être largement diffusé et enseigné, peut se compléter d’une manière quasi infinie sur le plan ésotérique, c’est-à-dire qui n’est accessible qu’à des initiés.
Pour les Francs-Maçons de Rite Écossais Ancien et Accepté que nous sommes, le point de vue ésotérique nous permet d’accéder à la signification symbolique et au contenu spirituel des messages et des informations que nous recevons et percevons.
Il nous devient alors possible de mieux comprendre les principes et les forces qui nous influencent, non pas à l’extérieur mais bien à l’intérieur de nous-même. Cette prise de conscience est le moyen de nous élever en conscience et de réaliser notre véritable nature.
Ces cinq Grands Initiés sont à cet égard des guides, des sources d’inspiration.
Incarnant l’Idéal qu’évoque le V.M. lors de la Chaine d’Union à la fin des travaux aux Premier Degré, ils sont pour nous des lumières sur notre chemin.Ainsi s’achève ce parcours autour de quelques-uns des nombres et des lettres que nous propose les rituels du Deuxième Degré.
Il en est de ces éléments comme de tous les symboles de tous les rituels mis en œuvre par le Rite.
Rien n’est fortuit, rien n’est gratuit. Tout a un sens.
Il appartient à chacune et chacun d’entre nous d’aller à la rencontre de ces éléments symboliques et de leur signification, non pas dans l’absolu, ou pour tel auteur d’ouvrage ou de planche, mais pour soi personnellement.
Pour chaque symbole rencontré, demandons-nous quel enseignement il inspire. Demandons-nous quel progrès ce symbole nous aide à accomplir dans notre appréhension et notre compréhension de nous-même, du monde qui nous entoure, et des rapports que nous entretenons avec ce monde.
[1] En fait, le calcul exact est donné par la formule N= 1+√2 : 2, soit 1,618033988749895….
La Respectable Loge « Émancipation thouarsaise » nᵒ 4972 du Grand Orient de France, à l’Orient de Thouars (79100), organise une grande conférence publique consacrée à la fin de vie et aux valeurs humanistes qui la traversent.
Une soirée pour réfléchir ensemble à la fin de vie
Cette rencontre se tiendra le vendredi 17 avril 2026, de 18 h 30 à 23 h 00, au Fauteuil Rouge, Bocapôle, à Bressuire.
Placée sous le signe de la réflexion citoyenne et du dialogue, la soirée s’articulera en plusieurs temps : interventions d’experts, échanges avec la salle et débat collectif. Elle offrira à chacune et chacun l’occasion de mieux comprendre les enjeux éthiques, juridiques et humains liés à la fin de vie.
Des intervenants au cœur du sujet
Le Frère Olivier Fournet, Grand Officier délégué à la citoyenneté et à l’éducation, délégué régional Sud et Loges d’Espagne, introduira la rencontre en présentant l’approche maçonnique du débat sur la fin de vie, entre dignité, autonomie et solidarité.
Monsieur le Député Olivier Falorni exposera la genèse, la portée et les enjeux de la proposition de loi relative à la fin de vie, aujourd’hui au centre des réflexions législatives et sociétales.
Monsieur le Docteur Pierre Agius, médecin à l’hôpital de Saint‑Nazaire et co‑président du Conseil d’orientation de l’Espace de Réflexion Éthique Régional des Pays de la Loire, apportera un éclairage clinique et éthique nourri par son expérience professionnelle auprès des patients en situation de fin de vie.
Un espace de dialogue citoyen et humaniste
Les interventions seront suivies d’un temps d’échange avec le public, dans un esprit d’écoute, de respect et de partage.
Cette initiative s’inscrit pleinement dans la mission citoyenne du Grand Orient de France : nourrir le dialogue entre la société civile et la réflexion maçonnique, en proposant un espace de débat ouvert, apaisé et éclairé sur un sujet essentiel pour notre avenir collectif.
Informations pratiques et inscription
Date : vendredi 17 avril 2026, de 18 h 30 à 23 h 00. Lieu : Le Fauteuil Rouge, Bocapôle, à Bressuire. L’inscription est obligatoire à partir du lien indiqué sur l’affiche de l’événement. La conférence est ouverte à toutes et à tous, dans la limite des places disponibles.
En 1957, le psychologue Curt Richter plonge des rats dans des jarres d’eau aux parois lisses et infranchissables. Ils nagent en moyenne quinze minutes avant d’abandonner, de couler et de mourir. Mais lorsqu’on les sort juste avant la noyade, qu’on les sèche, puis qu’on les replonge dans l’eau, ces mêmes rats nagent alors pendant des dizaines d’heures, parfois jusqu’à soixante, voire quatre-vingt-une.
Rien n’a changé : ni leur force musculaire, ni l’eau, ni la jarre. La seule chose qui a changé, c’est une idée dans leur esprit : la certitude qu’ils peuvent être sauvés. Cette expérience n’est pas une simple anecdote de laboratoire. Elle constitue une métaphore brutale, presque prophétique, de ce qui se joue dans la franc-maçonnerie initiatique.
La Loge est une jarre.
Le profane qui frappe à la porte entre dans une eau symbolique, froide et profonde. Les rituels, les épreuves, les silences, les conflits, les déceptions, les figures indétrônables, les démissions… tout cela forme les parois lisses de la jarre. Beaucoup nagent quinze minutes : ils reçoivent les trois degrés, assistent à quelques tenues, puis abandonnent. Ils coulent sous le poids de l’ennui, du vide, d’un harcèlement larvé ou simplement du constat que « rien ne change ».
Mais d’autres nagent des décennies. Pourquoi ?
Parce qu’ils ont été, une fois, symboliquement « sortis de l’eau ». Parce que le rituel d’initiation a gravé en eux une certitude viscérale : il existe une main fraternelle, une lumière, une issue.
L’espoir maçonnique n’est pas une pensée positive. C’est une empreinte corporelle. C’est précisément la thèse du livreLes Clés d’une nouvelle franc-maçonnerie par le corps (Éditions LOL, Franck Fouqueray) : la véritable initiation n’est pas mentale, elle est incarnée.
Le « premier sauvetage » de Richter correspond à cet instant où l’épée flamboyante touche l’épaule, où le bandeau tombe, où le souffle collectif devient Chaîne d’Union. À cet instant précis, le candidat bascule de « je vais me noyer » à « je peux être sauvé ».
Et dès lors, il peut tenir infiniment plus longtemps.
Lorsque le rat, ou le maçon, commence à fatiguer, il n’a pas besoin de plus de force physique. Il a besoin d’effacer les mémoires qui lui murmurent : « c’est fini ». C’est ici que la pratique hawaïenne Ho’oponopono entre en scène comme un outil initiatique puissant.
Au cœur de la jarre, lorsque surgissent les pensées toxiques — « ce Vénérable est un tyran », « je n’ai rien appris », « les frères sont hypocrites », « je n’y arriverai jamais » — au lieu de lutter contre elles, le maçon les nettoie à l’aide de quatre phrases simples :
Je suis désolé.
Pardonne-moi.
Merci.
Je t’aime.
Ho’oponopono n’est pas une simple prière. C’est une responsabilité totale. Le maçon cesse de blâmer l’Obédience, le rite ou les frères. Il reconnaît qu’il participe à la création de sa propre jarre et entreprend de la nettoyer.
Chaque nettoyage devient un micro-sauvetage : on sort la tête de l’eau, on respire, puis on replonge avec une espérance renouvelée. Dans une approche corporelle de la pratique maçonnique, ce travail peut être associé à la respiration : on inspire le pardon, on expire la mémoire toxique. Le corps devient alors l’alchimiste.
La méthode « The Work » de Byron Katie pousse encore plus loin ce processus en interrogeant les croyances qui nous font sombrer. Face à une pensée limitante comme « ce frère m’a trahi », « la maçonnerie ne sert à rien » ou « je suis trop faible », quatre questions sont posées :
Est-ce vrai ?
Puis-je être absolument certain que c’est vrai ?
Comment réagis-je lorsque je crois cette pensée ?
Qui serais-je sans elle ?
Byron Katie
Puis vient le retournement : « ce frère m’a trahi » devient « je me suis trahi moi-même », « la maçonnerie ne sert à rien » devient « je ne l’ai pas encore rendue utile », « je suis trop faible » devient « je peux transformer cette faiblesse ».
Ce retournement n’est pas une astuce mentale. C’est une inversion initiatique. Le maçon cesse d’être victime de la jarre pour en devenir le créateur conscient. L’eau n’est plus seulement un piège, elle devient le lieu de sa transmutation.
La franc-maçonnerie traditionnelle offre le premier sauvetage. Ho’oponopono apprend à se sauver à chaque respiration. Le Travail de Byron Katie enseigne à transformer la noyade en illumination.
Ensemble, ces approches dessinent une maçonnerie vivante et incarnée. Le rituel imprime l’espoir dans le corps. Ho’oponopono nettoie ce qui détruit cet espoir. Le retournement transforme l’épreuve en lumière.
Celui qui pratique ainsi ne nage plus pour survivre. Il nage pour se révéler.
Il sait que, même dans la jarre la plus profonde, une main fraternelle, une respiration consciente ou un simple retournement de pensée peuvent surgir à tout moment.
Et c’est peut-être cela, la véritable Lumière maçonnique : non pas celle que l’on attend du Vénérable Maître ou du Grand Architecte, mais celle que l’on crée chaque fois que l’on refuse d’abandonner.
Car l’espoir, une fois inscrit dans le corps, ne s’éteint plus.
Il fait nager des heures. Il fait tenir des décennies. Il transforme la jarre en Temple.
Dans son deuxième numéro de l’année 2026, Alpina offre bien davantage qu’un panorama de la vie maçonnique suisse. La revue de la Grande Loge Suisse Alpina déploie une méditation vivante sur ce qui fonde encore l’initiation lorsque le monde disperse, lorsque les habitudes affadissent et lorsque le sacré menace de se dissoudre dans l’usage.
Porté par une pluralité de langues et de regards, ce numéro interroge avec vigueur la fidélité, l’assiduité, la citoyenneté, la transmission et la profondeur spirituelle d’une démarche maçonnique qui ne se contente pas d’exister, mais cherche à demeurer intérieurement juste.
Le n°2 d’Alpina de 2026 n’est pas seulement un numéro de revue maçonnique
C’est un miroir tendu à une obédience qui se regarde avec assez de franchise pour ne pas confondre l’entretien de la flamme avec le confort des habitudes.
Revue multilingue de la Grande Loge Suisse Alpina, publiée six fois l’an dans sa 152e année, elle porte moins une parole monolithique qu’une polyphonie fraternelle où les langues, les sensibilités et les registres convergent vers une même interrogation intérieure. Sous la responsabilité éditoriale de Jean-Daniel Sauterel, avec Didier Planche pour l’espace francophone, Gregor Lüthy pour la partie alémanique et Daniele Bui pour la partie italienne, cette publication collective a pour véritable bibliographie sa propre continuité, celle d’un travail patient où la revue devient mémoire vive d’une maçonnerie qui pense, doute, transmet et se réforme sans cesser d’être elle-même.
Le ton est donné d’emblée par Didier Planche, qui signe un éditorial d’une rare netteté
Didier Planche
Il y est question de cette « étincelle alchimique » sans laquelle l’initiation demeure lettre morte, puis de l’erreur moderne qui consiste à prendre la bienveillance pour une abdication de l’exigence. Ce propos, qui pourrait sembler sévère, nous paraît au contraire profondément charitable, au sens initiatique du terme, car il rappelle qu’ouvrir la porte du Temple ne consiste pas à abolir les seuils, mais à discerner si un être est prêt à consentir au travail intérieur, au sacré, à l’assiduité, à la taille de sa pierre. De cette première page naît l’axe secret de tout le numéro. La franc-maçonnerie n’y est jamais pensée comme un refuge social ou un folklore de distinction, mais comme une discipline de présence, une ascèse du sens, une fidélité à ce qui oblige l’âme à se redresser.
La beauté de ce numéro tient à ce qu’il ne s’enferme pas dans l’exhortation
Il éprouve cette exigence sur plusieurs terrains où la tradition rencontre l’histoire, le monde profane et les fractures du temps. L’article de Nadine Oberhauser sur la convention entre la Grande Loge Féminine de Suisse et la Grande Loge Suisse Alpina, prolongé par Carlo U. Nicola, donne à lire un moment institutionnel dont la portée dépasse l’anecdote administrative. Il y est question d’un équilibre à trouver entre fidélité rituelle et réflexion historique sur l’exclusion des femmes, autrement dit entre héritage et conscience critique.
Plus loin, Gregor Lüthy montre combien la citoyenneté reste une vertu maçonnique lorsque la liberté accepte de se lier à la responsabilité. Michel Jaccard, en revenant sur les remous de la loge Espérance et Cordialité, rappelle que les passions profanes ne cessent jamais tout à fait de hanter les colonnes. Kacem El Ghazzali ouvre, quant à lui, une perspective trop rarement fréquentée en retraçant la mémoire oubliée de la franc-maçonnerie dans le monde islamique, où la loge apparaît comme lieu de réforme, de rationalité et de médiation entre tradition et modernité. Nous sommes ici devant une revue qui ne rétrécit pas l’initiation à la seule intériorité, mais qui la laisse rayonner dans l’histoire réelle, sociale, religieuse et politique des hommes.
Drapeau de la Suisse
Le cœur spéculatif du volume bat cependant ailleurs, dans une sorte de triptyque discret où se répondent Remo Boggio, Carlo U. Nicola et Didier Planche. Avec Remo Boggio, le passage de la dualité à l’unité par le ternaire redonne au langage initiatique sa profondeur ontologique. Avec Carlo U. Nicola, le symbole du Grand Architecte de l’Univers est repris à frais nouveaux à travers Jacques Monod, comme si la pensée scientifique elle-même pouvait rouvrir la méditation sur le hasard, la nécessité et la liberté. Avec Didier Planche enfin, dans « Le Sacré ou la quête de sens », la question devient brûlure contemporaine. L’homme moderne, détaché de l’esprit, s’appauvrit jusqu’à l’inhumain. Cette page a une densité singulière, car elle n’oppose pas platement tradition et modernité. Elle montre que la perte du sacré est d’abord perte d’épaisseur intérieure. Jean-Konrad Mignon poursuit ce mouvement en rappelant que le numérique peut être un outil de clarté sans jamais remplacer l’épreuve initiatique elle-même. Ainsi, même lorsqu’il parle d’internet, ce numéro ne parle encore que de présence réelle.
C’est pourquoi le thème d’étude consacré à l’assiduité donne au numéro sa clef la plus profonde
Francis Thévoz le dit avec une verdeur presque provocatrice, mais juste. Il n’y a pas de franc-maçonnerie sans persévérance incarnée, sans retour régulier au lieu du travail, sans consentement durable à la lenteur qui transforme. Toute la revue converge vers cette vérité. L’assiduité n’y désigne pas seulement la présence physique en loge. Elle nomme une tenue de l’être, une manière de demeurer sous le regard de l’essentiel, une fidélité au chantier lorsque l’enthousiasme s’est retiré et que seul demeure le devoir joyeusement consenti. En cela, Alpina 2 de 2026 est un très beau numéro. Il ne cherche ni à séduire ni à rassurer. Il rappelle, avec une gravité lumineuse, que l’initiation n’est vivante qu’à la condition d’être habitée.
Ce numéro d’Alpina laisse ainsi une impression rare, celle d’une parole maçonnique qui ne cède ni au relâchement ni à la pose, mais qui travaille à maintenir vivant ce qui mérite encore d’être servi. Sous la diversité des contributions, une même leçon affleure. La franc-maçonnerie ne tient pas par l’apparat, ni par la seule mémoire, mais par la qualité de présence de celles et ceux qui consentent à l’habiter.
4e de couv.
C’est en cela que cette livraison touche juste. Elle rappelle que la lumière ne se reçoit jamais une fois pour toutes et qu’elle demande, pour ne pas s’éteindre, la constance humble des veilleurs.
Alpina – Magazine de la Grande Loge Suisse Alpina GLSA, n° 2, mars 2026, 52 pages Parution six fois par an Abonnement CHF 60, soit 64,18 € Pour acquérir un numéro ou s’abonner kanzlei@grossloge-alpina.ch Magazine de la Grande Loge Suisse Alpina / Magazin der Schweizerischen Grossloge Alpina / Rivista della Gran Loggia Svizzera Alpina / Revista da la Granda Loscha Svizra Alpina / Magazine of the Grand Lodge Alpina of Switzerland
Les actes de vandalisme commis ce week-end au centre maçonnique Oleeta-West Dade de Miami Springs, en Floride, nous rappellent brutalement que les bâtiments maçonniques – et les Frères qui s’y réunissent – sont de plus en plus visés dans le climat instable d’aujourd’hui.
La semaine dernière (dans la nuit de vendredi à samedi), une vidéo de surveillance a filmé un jeune homme escaladant le rebord bas d’un toit pour atteindre et endommager gravement deux enseignes extérieures du centre maçonnique. Les images, diffusées par WSVN-TV7 , montrent le suspect se hisser pour atteindre l’une des enseignes et la détacher du mur. Les dégâts sont estimés à environ 3 000 $. Heureusement, la police de Miami Springs a réagi rapidement : Brian Guanche, âgé de 20 ans, a été inculpé de cambriolage dans une habitation inoccupée et de dégradation de biens. Il a depuis été libéré sous caution, mais l’enquête se poursuit.
Il ne s’agissait pas d’un acte de vandalisme isolé, mais d’un phénomène inquiétant. Ces dernières années , on a constaté une nette recrudescence des attaques violentes, des incendies criminels et des actes de vandalisme visant les bâtiments maçonniques à travers le monde, dont plusieurs sont directement liés à des motivations antisémites. Des loges ont été prises pour cible dans des États comme la Floride, la Pennsylvanie, l’Illinois, l’État de New York, le Connecticut, l’Oklahoma, le Tennessee et même Vancouver (où un incendiaire a ravagé trois bâtiments en une seule matinée, causant des millions de dollars de dégâts). À l’étranger, des loges en Irlande et en Grèce ont subi des attaques similaires et il y en a sans doute eu beaucoup d’autres qui n’ont tout simplement pas été relayées par les médias. Certains auteurs de ces actes ont agi sous l’emprise de délires étranges – comme la conviction que les francs-maçons leur avaient jeté des sorts ou contrôlaient leurs esprits – tandis que d’autres étaient animés par une haine viscérale.
Cette haine découle souvent de la montée dramatique et alarmante de l’antisémitisme aux États-Unis (et ailleurs), ces derniers mois, en particulier depuis le début de la guerre impliquant l’Iran. Malheureusement, la franc-maçonnerie se retrouve prise entre deux feux. Notre symbolisme, puisant dans la Jérusalem antique, le Temple du roi Salomon et l’imagerie de l’Ancien Testament, a été instrumentalisé dans des théories du complot antisémites depuis le XIXe siècle et cela n’arrange rien que des figures historiques comme le pape Léon XIII, influencées par les impostures notoires et par la suite reconnues de l’agitateur anticlérical Léo Taxil dans les années 1880-1890, aient assimilé les francs-maçons à des groupes tels que la « Synagogue de Satan » (expression tirée des épîtres du Nouveau Testament, désignant les persécuteurs des premiers chrétiens qui se réclamaient faussement du judaïsme). Léon XIII a manifestement cru à cette absurdité selon laquelle menaçait l’Église, lors de rituels, une bande de protestants d’âge mûr, se déguisant en personnages de l’Ancien Testament. Cette vieille rengaine calamiteuse, ce ramassis de racontars calomnieux, continue de faire florès aujourd’hui.
Et actuellement, ce phénomène est amplifié par des personnalités influentes disposant d’une large audience. Candace Owens, cette militante des réseaux trumpistes qui a réussi à rassembler près de trois millions d’abonnés sur YouTube en propageant ses idées antisémites, transphobes et conspirationnistes toutes plus extravagantes les unes que les autres, a intensifié ses attaques contre la franc-maçonnerie. Owens (fraîchement convertie au catholicisme) fait feu de tout bois pour accrocher l’attention, s’emparant de toutes les théories marginales susceptibles de générer des clics et de l’intérêt – qu’il s’agisse d’alunissages, de décès de célébrités liés à des « sacrifices » ou de complots maçonniques farfelus.
De même, Shawn Ryan a relayé dans son émission des théories du complot antimaçonniques insensées, invitant des personnes à s’emparer à leur tour d’immondes bobards maintes fois démasqués concernant des « Bibles maçonniques » et des influences secrètes. D’innombrables épigones de moindre envergure lui ont emboîté le pas.
Peu importe votre positionnement politique – gauche, droite, centre… –, diffuser de telles idées est dangereux. Owens est un exemple parfait de la folie amplifiée et débridée qui se déploie sur Internet. Il n’y a plus de filtre de responsabilité : n’importe qui peut lancer un podcast, se créer un personnage et attirer un public crédule ou enragé. Ceux qui gobent ses prétendues « recherches » ne se contentent pas d’acquiescer ; ils passent à l’acte. Nous en avons déjà constaté les conséquences concrètes : menaces, violences et, oui, attaques contre nos bâtiments.
Face à l’exacerbation des tensions géopolitiques et à la montée de l’antisémitisme, la vigilance est de mise. Les temples maçonniques ne sont pas des forteresses, mais les Frères et les officiers de loge doivent prendre des mesures concrètes : vérifier les caméras de sécurité, l’éclairage et les alarmes ; collaborer avec les forces de l’ordre locales ; éviter de laisser des objets de valeur ou des insignes visibles ; et signaler immédiatement toute activité suspecte. La plupart de ces incidents se produisent de nuit, lorsque les bâtiments sont vides ; des mesures proactives peuvent donc faire toute la différence.
La franc-maçonnerie a traversé des épreuves bien plus difficiles pendant des siècles et nous continuerons à œuvrer pour le bien commun : nous réunir en paix, pratiquer la fraternité et l’entraide et former des hommes meilleurs. En toute hypothèse, ignorer les menaces ne les fera pas disparaître. Restons vigilants, restons prudents et prenons soin les uns des autres.
Si vous êtes franc-maçon et que vous lisez ceci, parlez-en en loge. Si vous ne l’êtes pas, mais que vous appréciez les institutions justes qui promeuvent la charité et le progrès moral, sachez que les mêmes fanatiques qui ciblent les synagogues et les communautés juives s’en prennent de plus en plus aux loges maçonniques.