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Diurne et nocturne,  les catégories de l’imaginaire initiatique

L’approche de l’imaginaire en diurne et nocturne est l’un des piliers les plus féconds de l’anthropologie de l’imaginaire.
Pour Gilbert Durand, la distinction entre le régime diurne et le régime nocturne de l’imaginaire, loin d’être un simple dualisme manichéen, constitue une véritable cartographie dynamique des structures symboliques qui organisent notre rapport au monde, au temps, à la mort, au pouvoir et à l’intime.

Gilbert Durand ne part pas de zéro. Il hérite, dans les années 1950-1960, d’une triple tradition : 
– la psychanalyse (Freud, Jung, surtout Gaston Bachelard et ses « rêveries matérielles »), 
– la sociologie religieuse (Dumézil, Eliade, Caillois), 
– et la phénoménologie de l’image (Merleau-Ponty, Minkowski).

Gilbert Durand a toujours reconnu Mircea Eliade comme l’un de ses maîtres intellectuels fondamentaux, aux côtés de Gaston Bachelard, Henry Corbin et Carl Gustav Jung.
En France, Gilbert Durand est souvent présenté comme le principal continuateur d’Eliade dans le champ de l’anthropologie du symbolique et de l’imaginaire. Il le considérait comme le fondateur moderne de l’histoire comparée des religions et surtout comme le théoricien par excellence du symbolisme, du sacré et du mythe.

C’est dans Les Structures anthropologiques de l’imaginaire (1960, réédité et augmenté jusqu’en 1992) qu’apparaît pour la première fois, de façon systématique, cette opposition entre deux régimes de l’imaginaire : le régime diurne et le régime nocturne.
Durand refuse le psychologisme étroit. Pour lui, l’imaginaire n’est pas une simple faculté individuelle ; il est le lieu même où se noue la relation de l’homme au cosmos.

Les images ne sont pas des ornements : elles sont des schèmes structurants qui commandent à la fois la perception, le langage, le rite et le mythe.

Le régime diurne : l’ordre de la schizomorphie et de la lumière
Le régime diurne est celui de la distinction, de la séparation, de la verticalité ascendante. Il est littéralement « le régime du jour », de la lumière qui découpe, qui tranche, qui hiérarchise.
– La schizomorphie : tendance à diviser, à séparer le haut du bas, le pur de l’impur, le masculin du féminin, le ciel de la terre. 
– Le temps dramatique : le temps est linéaire, irréversible, héroïque. On va vers un dénouement, une catharsis. 
– Les symboles dominants : l’épée, l’aigle, la montagne, la lumière, le feu purificateur, l’arbre dressé, la lance, le phallus ascendant. 
– La posture anthropologique : l’homme se tient debout, face au monde, dans une attitude de maîtrise, de conquête, de domination.
Par exemples :
– Les mythes indo-européens trifonctionnels de Dumézil : la première fonction souveraine (Varuna/Mithra, Jupiter) est typiquement diurne : loi, lumière, serment, regard qui juge. 
– Le monothéisme biblique dans sa dimension prophétique et légaliste : le Dieu séparateur (« Que la lumière soit ! »), le Décalogue gravé, la colonne de feu. 
– L’héraldique occidentale : l’aigle impérial, le lion dressé, les armes blanches ascendantes. 
– La littérature héroïque : Roland à Roncevaux, les chevaliers de la Table ronde, le western américain (le cow-boy solitaire face à l’horizon).
Durand parle du « complexe d’Abraham » : sacrifice du fils, coupure du lien charnel au nom d’une transcendance pure. Le régime diurne est ascétique, puritain, patriarcal, souvent masculiniste.

Le régime nocturne : l’ordre de la mystique et de l’intimité
À l’opposé, le régime nocturne est celui de la fusion, de la continuité, de la descente vers les profondeurs. C’est le régime de la nuit maternelle, de l’ombre bienveillante, du giron.
Ses traits distinctifs sont :
– La mystagogie : tendance à unir, à mélanger, à réconcilier les opposés
– Le temps cyclique ou suspendu : le temps de l’éternel retour ou de l’éternel présent. 
– Les symboles majeurs : le ventre, la coupe, la caverne, la nuit, l’eau, le sang, la terre humide, le serpent qui se mord la queue, le chaudron, le graal. 
– La posture anthropologique : l’homme est couché, enveloppé, digéré, régénéré. C’est la position fœtale du retour à la mère.
Par exemples :
– Les mythologies chthoniennes : Déméter et Koré, Isis reconstituant Osiris, la déesse-mère néolithique. 
– Le cycle arthurien dans sa partie « graalienne » : la quête n’est plus conquête (diurne) mais descente dans la forêt de Brocéliande, digestion symbolique dans le château du Graal, union mystique. 
– Les rites dionysiaques : déchirure (sparagmos) suivie de fusion orgiaque dans le vin et le sang. 
– La littérature de l’intime et du rêve : Proust et la madeleine, Baudelaire et les « parfums frais comme des chairs d’enfants », le surréalisme (Breton, Éluard). 
– L’alchimie : toute l’opération est nocturne : nigredo, putréfaction, retour au chaos primordial avant la pierre philosophale.
Durand parle du « complexe d’Isis » : la déesse qui recueille les morceaux épars, qui réunit, qui ressuscite par l’enveloppement et la patience utérine.

Le nocturne se divise lui-même en deux sous-régimes
C’est l’une des grandes subtilités de Durand : le régime nocturne n’est pas homogène. Il distingue :
– Le nocturne mystique (ou synthétique) : la douceur, l’euphémisation, la descente harmonieuse. dont les symboles principaux sont la coupe, le vase, le graal. 
Ainsi en est-il de la Vierge Marie, de la Shekhina juive, de la Sophia gnostique, de Béatrice de Dante (dans la mesure où elle conduit à l’union bienheureuse).
– Le nocturne dramatique (ou cyclique) avec la violence de la digestion, les dévorations terrifiantes, les temps du dragon.  Ses Symboles prennent la forme du ventre monstrueux, du chaudron infernal, de la baleine. 
Exemple : le Saturne dévoreur, le Minotaure, Jonas dans le ventre du poisson, les enfers grecs, les danses macabres médiévales.

Dialectique des régimes dans les bascules historiques et culturelles

Durand ne fige jamais les régimes dans une opposition statique. Il montre leurs basculements historiques :
– L’Antiquité grecque commence diurne (épopées homériques, cités verticales, Zeus olympien) et finit nocturne (mystères orphiques, dionysisme, platonisme de la remontée dans la caverne… mais aussi descente dans l’Hadès). 
– Le Moyen Âge occidental est profondément nocturne (romanesque, culte marial, cathédrales comme utérus de pierre) puis bascule au XIIIe siècle vers un diurne dominicain et thomiste (lumière de la raison, inquisition, croisades). 
– La Renaissance est diurne (humanisme conquérant, perspective, anatomie) ; le Baroque est un retour massif du nocturne (trompe-l’œil, métamorphoses, nuit mystique de saint Jean de la Croix). 
– Les Lumières est l’apogée du diurne rationnel ; le Romantisme apparaît comme une revanche du nocturne (Novalis, Shelley, les Nuits de Musset).

Durand ira jusqu’à dire, dans Figures mythiques et visages de l’œuvre (1979), que le XXe siècle oscille tragiquement : totalitarismes diurnes (épée, aigle, pureté raciale) contre les grandes utopies nocturnes (communisme comme retour au giron maternel, écologie comme réconciliation avec Gaïa).

Gilbert Durand ne prône jamais le triomphe exclusif de l’un ou l’autre régime. Il rêve d’une copulation des contraires, d’une coincidentia oppositorum où l’épée diurne saurait protéger la coupe nocturne, où la lumière saurait descendre dans la caverne sans la détruire.

Dans L’Âme tigrée (1980), il écrit cette phrase magnifique : 
« L’homme n’est vraiment homme que lorsqu’il accepte d’être à la fois tigre (fauve diurne, solaire, hiérarchique) et pieuvre (mollusque nocturne, enveloppant, digestif).
C’est peut-être là le message le plus profond de Gilbert Durand : l’imaginaire humain est fondamentalement bipolaire, et la santé symbolique d’une civilisation se mesure à sa capacité à laisser respirer les deux poumons de l’âme : celui qui monte vers la lumière et celui qui descend vers les eaux profondes. Tant que la Terre est refoulée, le Ciel devient tyran ; tant que le Ciel est oublié, la Terre devient marécage.

L’homme religieux véritable est celui qui accepte de vivre entre les deux, sur l’axe du monde, là où la lumière descend dans la caverne et où la caverne s’ouvre à la lumière. »

Qu’en est-il des régimes diurne et nocturne chez Mircea Eliade

Mircea Eliade n’emploie jamais littéralement les termes « régime diurne » et « régime nocturne ». Ces catégories sont proprement durandiennes. En revanche, quand on lit Eliade avec les lunettes de Durand (et Durand lui-même l’a fait explicitement dès 1960), on découvre que toute son œuvre est traversée par la même tension bipolaire, simplement formulée autrement.

Eliade parle plutôt de deux grandes modalités de l’expérience du sacré

  1. Le sacré céleste / ouranien correspond presque terme à terme au régime diurne de Durand
  2. Le sacré chtonien / tellurique / lunaire / végétal / féminin correspond au régime nocturne (avec les deux sous-branches mystique et dramatique)
ThématiqueMircea Eliade (termes)Gilbert Durand (régime)Exemples eliadiens typiques
Hiérophanie célesteDieu ouranien, transcendant, lointainDiurne schizomorpheZeus, Yahvé, Varuna, le « Tout-Autre »
Structure verticaleAxe du monde, ascension, échelleDiurne ascendantÉchelle de Jacob, pilier d’Osiris, arbre cosmique
Temps linéaire, irréversibleTemps de l’histoire sainte, illud tempusTemps dramatique diurneExode, Parousie, avatar de Vishnou
Sacrifice ascétiqueSacrifice qui monte (fumée, holocauste)Diurne purificateurAbraham et Isaac, le feu védique
Héroïsme, initiation guerrièreInitiation masculine, chasse, guerreDiurne héroïqueMithra taur octaure, rites indo-européens de la jeunesse
Sacré chtonienDéesses-mères, dragons, serpentsNocturne dramatiqueTiamat, Python, le serpent des profondeurs
Sacré lunaire / végétalCycles, mort-résurrection, régénérationNocturne cycliqueOsiris, Tammuz, Adonis, Dionysos, rites agraires
Sacré de l’intimitéRetour au chaos, coincidence des opposésNocturne mystiqueAndrogyne primordial, hieros gamos, alchimie
Camouflage du sacré chtonienSous le christianisme (Vierge, saints)Nocturne euphémiséCulte marial, fêtes de Mai, Carnaval
Initiation chamaniqueDescente aux enfers, maladie initiatiqueNocturne dramatique → mystiqueDémembrement chamanique puis remontée
Modernité comme pathologieDésacralisation, terreur de l’histoireTriomphe exclusif du diurneHistoricisme, rationalisme, marxisme (temps linéaire pur)

Dans Traité d’histoire des religions (1949) – chapitres « Le Ciel » et « La Terre, la Femme et la Fécondité », Eliade y oppose systématiquement les hiérophanies ouraniennes (distance, puissance, lumière) aux hiérophanies chtoniennes et végétales (immanence, cyclicité, sexualité, mort-résurrection).
Dans Le Mythe de l’éternel retour (1949) et Le Sacré et le Profane (1957),  l’homme archaïque vit dans le temps cyclique et la coïncidence des opposés (nocturne). L’homme judéo-chrétien et moderne vit dans le temps linéaire, la séparation, la «terreur de l’histoire » (diurne exacerbé).

La grande différence avec Gilbert Durand
Eliade est plus descriptif et historique : il montre que les deux pôles ont toujours coexisté, mais que certaines cultures ou certaines époques privilégient l’un ou l’autre.
Durand est plus normatif et psychologique : pour lui, la santé anthropologique exige l’équilibre vivant des deux régimes. Un excès prolongé du diurne (puritanisme, rationalisme, totalitarismes) ou du nocturne (fusion orgiaque, retour au chaos) est pathologique.

Eliade dit : « Voilà comment les hommes ont vécu le sacré. » Durand ajoute : « Et voilà pourquoi, quand on ne laisse plus vivre le nocturne, la civilisation devient totalitaire ou dépressive. »

Prenons un exemple emblématique : le christianisme selon les deux auteurs
Pour Eliade, le christianisme est fondamentalement une religion céleste, historique, linéaire. Il a « désacralisé » la nature, le cycle, la Grande Déesse. Mais il a conservé des « camouflages » du sacré chtonien (Pâques = ancienne fête de printemps, Vierge Marie = Isis réinvestie, Noël = solstice d’hiver).
Pour Durand, le christianisme officiel est diurne (Dieu Père, croix verticale, résurrection ascendante), mais tout le christianisme populaire et mystique est nocturne (grotte de Bethléem, sépulcre, pietà, cœur saignant, rosaire = collier utérin).

La Franc-maçonnerie, particulièrement dans le Rite Écossais Ancien et Accepté (le plus répandu en France et en Europe latine), est un terrain d’application remarquablement clair de la grille durandienne diurne/nocturne.

Gilbert Durand lui-même, qui fut initié en 1950 et atteignit le 33e degré, a souvent utilisé la maçonnerie comme exemple privilégié dans ses cours à l’Institut catholique de Paris, à Grenoble et dans plusieurs textes (notamment dans La Foi du cordonnier, Figures mythiques et visages de l’œuvre II, et dans des entretiens).

Voici comment les deux régimes s’articulent et alternent dans le parcours maçonnique :

Au cours des trois degrés symboliques : une progression du diurne vers le nocturne puis un équilibre

Apprenti (1er degré) → Régime diurne dominant
Entrée dans la Loge les yeux bandés → sortie de l’obscurité profane vers la lumière (cérémonie de l’initiation = illumination soudaine).
Les symboles : la lumière jaillissante (« Que la lumière soit ! »), les trois grandes lumières (Équerre, Compas, Volume de la Loi sacrée), le maillet et le ciseau (outils de séparation, de taille de la pierre brute).
Les postures : l’initié est debout, droit, face à l’Orient. Le Vénérable Maître est surélevé (trône).
Tout est schizomorphe : séparation du profane et du sacré, du silence et de la parole, du bandeau et de la lumière

Compagnon (2e degré). on bascule vers le nocturne dramatique
Symboles : la pierre cubique à pointe (retour à la matrice tellurique), la lettre G au centre de l’étoile flamboyante (mystère de la génération et de la gnose), le mot de passe « Tubalcaïn » (forgeron chthonien)

Maître (3e degré) Avec le mythe sous-jacent d’Hiram, l’architecte assassiné, incarnation du héros solaire trahi, que l’on va relever par la substitution du mot sacré (geste de levée verticale)
Thème central : la mort d’Hiram (mise au tombeau, pourrissement, recherche du corps).
Posture : on se penche, on creuse, on descend l’escalier en colimaçon
On passe du régime diurne héroïque à un nocturne dramatique : décomposition, nuit de la crypte, promesse de résurrection par en bas.
Nocturne mystique puis synthèse
La légende d’Hiram est jouée en entier : assassinat, recherche du corps, substitution des mots, levée du maître par les cinq points parfaits de la maîtrise (griffes du lion = prise nocturne, digestive).
Acacias, branches qui recouvrent le tombeau → végétalisation, retour à la terre-mère.
Le crâne et les ossements sur l’acacia : thanatos et éros nocturnes.
Mais surtout : la substitution du mot « M∴ B∴ » (Mac Benac = « la chair quitte les os ») par le mot sacré prononcé à l’oreille, dans l’intimité, dans le souffle .

Le maître maçonnique finit par réconcilier les deux régimes : il a connu la mort nocturne et la résurrection, mais il porte désormais l’équerre et le compas entrelacés sur le tablier (union du diurne et du nocturne).

Avec les hauts grades apparaît une alternance très nette ( en reprenant ce que Durand en dit, rappelons qu’il avait atteint le 33e degré)

4e au 14e degré (Loge de Perfection) : Retour massif du diurne
Grades chevaleresques : Chevalier d’Orient, Chevalier de l’Aigle Noir Pellegrini, Prince de Jérusalem, etc.
Symboles : épée flamboyante, aigle, reconstruction du Temple (verticalité, lumière, ordre).
On est dans la reconquête héroïque de la Jérusalem céleste : pur régime diurne de la première fonction dumézilienne.

18e degré – Chevalier Rose-Croix : Apothéose du nocturne mystique
C’est le grade le plus « durandien » de toute la maçonnerie.
Chambre noire → descente dans la crypte → découverte du mot INRI (Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum mais aussi Igne Natura Renovatur Integra : « par le feu la nature entière se renouvelle » = cycle alchimique nocturne).
Le Pélican nourrissant ses petits de son sang est l’image de la mère, de la coupe, du sacrifice euphémisé.
Le mot sacré se perd et se retrouve dans le silence, dans l’union mystique, dissolution dans la lumière noire.
Le repas rituel (pain, vin, sel) est pris dans l’obscurité ou la pénombre. c’est une communion nocturne. Durand disait en privé : « Le 18e degré est le grade où la maçonnerie avoue enfin qu’elle est une religion de la Mère. »

30e degré – Chevalier Kadosh → Retour du diurne vengeur
Épée, dague, échelle aux sept marches, combat contre la tyrannie.
L’aigle bicéphale noir et blanc est tentative de synthèse, mais dans une tonalité héroïque, ascétique, presque inquisitoriale.
C’est le diurne purificateur qui reprend le dessus.

33e degré → Copulation des contraires
Le Souverain Grand Inspecteur Général reçoit l’anneau à double tête d’aigle et la devise « Ordo ab Chao ».
Le rituel insiste sur l’équilibre : il faut avoir intégré la nuit pour pouvoir porter la lumière sans la brûler.

3. Symboles maçonniques centraux lus à travers la grille

SymboleRégime diurneRégime nocturne
Colonne J∴ et B∴J∴ (Jakin) = pilier dressé, phalliqueB∴ (Bohaz) = pilier creux, utérin
ÉquerreSéparation, angle droit, loi
CompasOuverture, étreinte, matrice
Étoile flamboyanteLumière, ordre, pentalpha ascendantCentre mystérieux (lettre G), génération
TablierD’abord blanc pur (diurne) puis ornéAu 18e : rouge sang, peau sacrificielle
Chambre de réflexionCrâne, faux, sel → nocturne dramatiquePréparation à la renaissance
Delta lumineuxŒil qui voit tout (diurne)Triangle contenant l’œil = matrice

La Maçonnerie comme intégration des deux régimes

Pour Gilbert Durand, la Franc-maçonnerie est une des rares institutions occidentales modernes qui refuse la répression du nocturne imposée par le rationalisme des Lumières et le puritanisme protestant. Elle propose au contraire un parcours initiatique complet : on commence dans la lumière aveuglante du diurne (Apprenti), on plonge dans les ténèbres terrifiantes puis maternelles (Compagnon et Maître), on remonte avec l’épée vengeresse (grades chevaleresques), on redescend dans la coupe eucharistique (Rose-Croix), et enfin on tente, au 33e degré, de vivre la tension créatrice des deux régimes.

C’est exactement ce qu’il appelait, dans Beaux-arts et archétypes (1989), « l’initiation bipolaire » : seule une initiation qui accepte de mourir dans le ventre nocturne peut prétendre ressusciter dans la lumière sans devenir totalitaire.

Ainsi, la Franc-maçonnerie est, aux yeux de Durand, l’un des derniers laboratoires vivants où l’Occident apprend encore à respirer avec ses deux poumons symboliques.

Le processus de transformation dans les cathédrales

Les cathédrales ne se réduisent pas à leur fonction de monuments religieux. Elles sont le réceptacles d’un savoir ancestral, d’une sagesse codée dans la pierre, la lumière et la forme. Elles ont été conçues pour élever l’âme humaine, tout autant que pour incarner un savoir initiatique transmis de siècle en siècle par les bâtisseurs, invitant l’homme à emprunter un chemin de transmutation intérieure.

Au-delà de la dimension religieuse, propre à la sensibilité de chacun, les cathédrales offrent aussi une lecture ésotérique, accessible à travers l’observation attentive de leurs sculptures et de leurs chapiteaux.

Entrer dans une église et intégrer en soi les messages inscrits dans la pierre équivaut à une véritable prise de conscience. C’est une invitation à pénétrer en nous-mêmes et à intérioriser les signes laissés par les bâtisseurs à travers les chapiteaux. Ce mouvement, né du centre de l’être, nous élève spirituellement avant de nous ramener à nous-mêmes, transformés et renforcés. Ainsi, nous pouvons nous libérer des énergies pernicieuses qui entravent la marche du pèlerin vers la lumière.

Pour y parvenir, il faut être disposé intérieurement et avoir la volonté d’ouvrir son cœur à l’interprétation des chapiteaux. Nul ne peut accomplir ce chemin à notre place. Il nous appartient de nous laisser saisir, de nous mettre en condition pour aller plus loin.

Il ne suffit pas de franchir le porche pour espérer ressentir immédiatement les influences bénéfiques. Il faut laisser aller son regard, absorber les images des chapiteaux et les faire vivre en soi comme si nous étions seuls, face à face, avec le miroir de notre vie. Le sacré devenant alors le quotidien de chacun.

Comme dans la majorité des églises, le parcours débute sur côté gauche, au nord, du côté du Septentrion. Certes, vous pourriez objecter que certains itinéraires imposés dans l’édifice, ou proposés par les guides touristiques, commencent parfois de l’autre côté, au Midi. Sans doute faut-il y voir la différence entre celui qui est initié et celui qui ne l’est pas…

La symbolique d’une église est profondément marquée par les axes cardinaux. À l’Occident, à l’extérieur, du côté du soleil couchant, le pèlerin contemple le tympan, qui trace l’axe de lumière destiné à le conduire vers l’Orient. Avant d’y parvenir, il lui faut découvrir le principe lunaire : ce côté nord, faiblement éclairé, qui ne fait que refléter la lumière du Soleil, dont les rayons pénètrent à son maximum, à son zénith, de l’autre côté, au Midi, du côté sud.

Tout comme les marées sont influencées par le mouvement de la lune, c’est toujours de ce côté gauche que se trouvent les fonts baptismaux, là où…ils devrait s’y tenir. Malheureusement, beaucoup ont perdu de vue ces références symboliques et, parfois sans même s’en rendre compte, dénaturent ce que la tradition a transmis de génération en génération en déplaçant la cuve baptismale vers une autre partie de l’édifice.

Le baptême donne symboliquement « accès à la Lumière », et c’est toujours dans cette partie la plus lourde, la plus tellurique du bâtiment que le futur baptisé entame sa vie de chrétien. Le baptistère permettant la rencontre des énergies cosmiques et telluriques.

C’est de ce côté, celui du silence, de l’intériorisation et de la maturation, que toute démarche initiatique doit commencer. Cette progression s’accorde avec le déplacement dans l’église, qui doit suivre le sens du soleil – dans le sens des aiguilles d’une montre – considéré comme bénéfique.

1 –  Le démon au serpent – Autun 

Les premiers chapiteaux que nous rencontrons sont généralement lourds de sens et jalonnent la progression spirituelle qui nous attend. De nombreux exemples pourraient être cités, mais les plus significatifs pour représenter cela, me semblent être les premiers décors historiés de la cathédrale Saint-Lazare d’Autun, qui, dès le départ, tracent le processus de transformation. Que peut-on y observer ?

Dès le premier chapiteau à gauche, apparaît un démon courbé, aux pieds bifides et à la bouche hideuse et grande ouverte (photo 1). Un serpent traverse son corps de part en part, du fondement jusqu’à la bouche, et le malin en saisit les extrémités de ses deux mains.

 La nativité – Autun

Les pieds du monstre sont solidement ancrés à la base de la corbeille, tandis que son dos et sa tête font jonction avec le tailloir. Lorsqu’un corps est ainsi engoncé entre ces deux extrémités, c’est signe qu’il est sous la domination de la matérialité. De plus, le serpent qui rampe à l’intérieur de l’être maléfique, comme glissant entre les pierres à même le sol et en mangeant la poussière, illustre clairement les énergies telluriques, celles « qui viennent de la Terre ».

L’épreuve de la Terre

Les thèmes iconographiques représentés dans cette sculpture, se rapportent en tous points, à l’épreuve de la Terre telle qu’abordée dans les traditions ésotériques. Celle-ci correspond à l’enfouissement dans la terre, symbolisé par un passage dans un lieu obscur ou fermé – tombeau, grotte, caverne ou cabinet symbolique. Le profane y est isolé, dans le silence et l’obscurité, et vit une mort symbolique, comme s’il devait mourir aux préjugés du vulgaire pour se transformer et renaître.

Si nous revenons à notre monstre, il représente bien l’homme rabougri, écrasé par la matérialité, en proie à ses passions et à ses instincts les plus vils. Son regard nous fixe, comme pour nous entraîner avec lui et nous confronter à notre propre destin.

Si nous restons là, nous serons à notre tour happés, comme lui, par la matérialité de notre existence. Il nous faut donc poursuivre, et nous voici désormais devant le chapiteau suivant : celui de la Nativité.

La renaissance initiatique

Après la mort symbolique du profane, la renaissance initiatique s’impose. Quelle plus belle allégorie pour exprimer ce thème que celle de la naissance de Jésus, celui qui annoncera plus tard « Je suis la lumière du monde ».

Sur la composition de la cathédrale d’Autun (photo 2 ci-dessus), Marie repose sur son lit et désigne de la main l’enfant qu’elle vient de mettre au monde. Deux sages-femmes auréolées l’assistent en faisant la première toilette du nouveau-né, tandis que Joseph, songeur, se tient sur le côté gauche.

D’un point de vue religieux, il n’est pas besoin de rappeler l’importance de cet événement, qui constitue l’un des fondements de la foi chrétienne. Mais d’un point de vue initiatique, cette scène incarne une nouvelle naissance : celle de l’initié qui renaît après la mort du vieil homme.

Dans le chapiteau Du Diable au serpent, l’homme était sous l’emprise de la matérialité et de ses passions internes. La démarche initiatique nécessitera de changer d’état, de passer de la matérialité à la spiritualité et de s’ouvrir à d’autres niveaux de conscience. Il s’agira, symboliquement, de mourir à la vie profane pour renaître à la vie nouvelle que confère l’initiation.

De ce fait, la vie deviendra plus forte que la mort puisqu’elle procède de la mort. Dans une logique spirituelle, on ne va jamais de la vie à la mort, mais de la mort à la vie.

Nous puisons tous à la même Tradition universelle et primordiale, quand bien même les actions et les gestes peuvent être propre à chaque communauté humaine. La naissance de Jésus dans la nuit du 24 au 25 décembre est en lien évident avec la progression du soleil. Par la naissance de Jésus, le christianisme s’inscrit également dans la période du solstice d’hiver, le moment où le jour est le plus court de l’année et va entamer sa progression ascendante jusqu’au solstice d’Été où, inversement, la nuit sera la plus courte de l’année. La date des solstices correspond au début de l’été (21 juin) ou de l’hiver (21 décembre) astronomique. Cette correspondance harmonieuse entre les périodes solsticiales reste conforme au domaine hermétique, puisque « ce qui a atteint son maximum ne peut que décroître, alors que ce qui est parvenu à son minimum ne peut au contraire que commencer à croître ». Ce n’est pas sans raison si les fêtes des deux saint Jean sont positionnées sur la même période solsticiale. Jean l’Évangéliste le 27 décembre et Jean le Baptiste le 24 juin, au moment des deux portes d’accès de la sphère céleste.

Mythra

Les adeptes du culte de Mithra, savent bien que la commémoration de la naissance de Mithra se déroulait également le 25 décembre. Le christianisme a repris à son compte cette date solaire pour l’avènement de Jésus ; dès lors, il ne tolère plus la coexistence avec le mithraïsme et le déclare illégal en 391.

Les fêtes solsticiales (du latin sol-stare : « le soleil reste stable ») antiques se déroulaient du 25 décembre au 6 janvier. Dans le même esprit, rappelons que le mois de janvier est placé sous le patronage du dieu romain Janus, représenté avec deux visages. Gardien des portes et des passages, il symbolisait celui qui autorisait le retour de la lumière du jour.

Noël vient du latin natalis, relatif à la naissance. C’est le nouveau soleil qui annonce la progression de la lumière sur les ténèbres. Symboliquement, la naissance de Jésus est celle du nouvel initié.

Ce chapiteau est à mettre en rapport avec l’hypothèse avancée par certains philosophes grecs, notamment d’Empédocle au V° siècle avant Jésus-Christ, selon laquelle tous les matériaux constituant l’univers sont composés de quatre éléments : la Terre, l’Eau, l’Air et le Feu.

Chaque substance du monde est constituée d’un ou plusieurs de ces éléments en plus ou moins grande quantité, ceci expliquant aussi le caractère plus ou moins volatil des quatre qualités élémentaires : le chaud, le froid, l’humide et le sec.

Comme dans la plupart des traditions, nous constatons qu’à Autun, le nouvel initié va devoir subir les épreuves en lien avec les quatre éléments.

Le bain de l’enfant Jésus représente l’épreuve de l’Eau, l’épreuve de la purification. Il succède à l’épreuve de la Terre, représentée sur le chapiteau Du Diable au serpent, bien ancré dans la matérialité, donc la Terre. L’Air se traduit par le premier cri de l’enfant. Le Feu sera le feu spirituel qui flamboiera tout au long de la vie de l’enfant divin.

On ajoute parfois aux quatre éléments un cinquième au statut ambigu, que l’on appelle aussi quintessence (du latin quinta essentia, cinquième essence), l’éther ou l’élément le plus subtil. La rose à cinq pétales qui occupe l’espace central de la sculpture s’inscrit tout à fait dans cette cinquième essence sur le chemin de l’initiation.

Dans une suite initiatique, l’adepte a maintenant quitté le vieil homme pour renaître en un homme nouveau, mais cela ne suffit pas pour devenir l’homme véritable à la recherche de la vérité, agissant avec sagesse et assumant sa liberté et ses responsabilités. Le travail est encore loin d’être achevé, il devra affronter un certain nombre d’obstacles ou d’épreuves devant lui permettre de se dépouiller de ses préventions et de ses préjugés. Par une véritable conversion de l’intelligence et de l’âme tout entière, il sera alors conduit à considérer la réalité autrement, à transformer la nature de son regard sur ce qui l’entoure, sur les autres et sur lui-même.

Si ce chemin de transformation vous appelle, et si, comme moi, vous êtes passionné par le langage symbolique de la sculpture romane, je vous invite à découvrir l’étude du parcours ésotérique complet des 74 chapiteaux et du célèbre tympan de la cathédrale romane d’Autun. Cette exploration est proposée dans mon ouvrage Cathédrales, chemin d’initiation – L’expérience intérieure à Saint-Lazare d’Autun, publié aux Éditions Louise Courteau, disponibleen librairie et sur les principales plateformes de vente en ligne.

Thierry Dupont

TÉMOIGNAGE : La Loge « la Pierre Ligérienne », à l’Orient de Chinon

La Loge « La Pierre Ligérienne », à l’Orient de Chinon, aime à rappeler que « les voies du Seigneur sont impénétrables ». Pour ses fondateurs, cette formule prend des accents très concrets : derrière la naissance de cette loge indépendante au Rite d’Écosse, il y a l’histoire mouvementée d’un « accouchement » maçonnique, fait de fidélité, de rupture et de renaissance.

À Tours, la lente agonie de Fibonacci

Tours, la place Plumereau
Tours, la place Plumereau

Tout commence à l’Orient de Tours, au sein de la Loge Fibonacci n°389, travaillant au Rite Standard d’Écosse. Fin 2022, l’atelier n’est plus que l’ombre de lui-même. L’effectif s’est réduit à quatre frères, qui ne peuvent ouvrir leurs travaux qu’avec l’appui régulier de frères venus d’Orléans et de nombreux visiteurs séduits par cette manière de pratiquer la Maçonnerie venue d’Écosse.
Les initiations se font rares : depuis plus de quatre ans, seules quelques tentatives ont vu le jour, vite avortées pour des raisons diverses. Les Vénérables Maîtres se succèdent, certains démissionnant même en cours de mandat. Parmi les colonnes, seuls deux frères demeurent des survivants de l’époque fondatrice.

À ce climat d’épuisement s’ajoute un contexte conflictuel au niveau des degrés complémentaires de l’Arche Royale d’Écosse, confiés par l’obédience à des structures indépendantes dont les sigles changent au gré des tensions : GCAREY, GCARE, GCAREO, SCORE… Une véritable valse institutionnelle.
Dans cette atmosphère lourde, l’idée d’un transfert du siège social vers Orléans commence à se dessiner à l’automne 2022, là où réside la majorité des frères « aidants ».

Décision unilatérale et choc fraternel

La Vienne, le centre-ville et le pont Aliénor d’Aquitaine vus depuis le château.

En décembre 2022, le Vénérable Maître de Fibonacci franchit le pas. Sans consultation formelle des frères « permanents », sans avis des deux membres fondateurs, sans solliciter non plus l’aval de l’obédience, il décide que les travaux de la loge se tiendront désormais à Orléans, dans le temple des frères de soutien, à compter du 1er janvier 2023. Il pense y trouver un terrain plus propice au « recrutement » que dans la cité tourangelle.

Les deux frères fondateurs, pourtant favorables sur le principe au déplacement, prennent acte de la décision. Ils reconnaissent que la situation à Tours n’est plus tenable et qu’il y a peu d’espoir de redressement. Mais pour eux, rejoindre la nouvelle structure orléanaise signifierait un aller-retour de 400 kilomètres, difficilement soutenable.
Fidèles à leur sens du service et à leur attachement au Rite Standard d’Écosse, ils font alors une proposition : créer une nouvelle loge dans leur environnement géographique proche, afin de continuer à travailler sous l’égide de « leur » obédience, la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra.

La naissance d’un projet à Chinon

Chinon (Indre-et-Loire, France) – Le château vu depuis la plage située de l’autre côté de la Vienne

La décision prise, les deux frères se mettent en quête d’un noyau dur de candidats locaux pour soutenir cette nouvelle aventure. Ils bénéficient de l’appui de leur Conseiller fédéral et du Grand Maître Adjoint de leur juridiction.

Un objectif clair est fixé : constituer un dossier complet avant le 15 février, pour que la demande de création d’une loge puisse être présentée au Convent de mars et y être validée. Cela implique de réunir des frères en nombre suffisant et de qualité reconnue, de créer une association loi 1901, de trouver un temple, et de répondre à toutes les exigences administratives.

Mission accomplie : quatorze frères, connus et estimés au sein de l’obédience, rejoignent le projet. Tous sont passés Vénérables Maîtres ou Vénérables en chaire, et même, « cerise sur le gâteau », un Passé Grand Maître Maçon du Grand Prieuré des Gaules, récemment retraité et géographiquement très proche.
Tous possèdent les degrés fondamentaux ainsi que la plupart des degrés complémentaires de l’échelle maçonnique écossaise. Ils ne sont pas seulement en capacité de transmettre, ils le sont dans des conditions idéales, portés par une longue expérience et une maîtrise éprouvée de la manière écossaise de travailler.

Un temple est trouvé à Chinon. Les compétences spirituelles sont là, les capacités de transmission aussi, le dossier administratif est solidement ficelé. Confiant, le Grand Maître Adjoint transmet le tout dans les délais. L’enfant se présente bien. L’accouchement semble presque trop facile.

Le refus, le Triangle et la rupture

C’était sans compter sur les résistances humaines, fussent-elles maçonniques. La procédure prévoit que la création d’une loge soit soumise à l’avis des ateliers voisins. La Loge Fibonacci, à Tours, rend alors un avis défavorable. Certains y voient la marque d’une frustration : deux frères « rescapés » parviennent à rassembler en moins de deux mois quatorze frères expérimentés autour d’un nouveau projet, quand la loge-mère dépérissait.
L’avis défavorable est soutenu par l’un de ses nouveaux membres, siégeant au Grand Conseil de l’obédience, ainsi que par le Conseiller du Rite au niveau national, pour des raisons jugées au mieux floues, au pire incompréhensibles.

Au Convent, lorsque vient le moment d’annoncer créations et disparitions de loges, la surprise est totale. Les membres fondateurs, présents, s’entendent dire qu’on leur accorde la création non d’une loge, mais d’un simple Triangle.
Renseignements pris, on leur explique qu’il s’agit de « faire leurs preuves », tout en laissant entendre qu’une loge pourrait être autorisée au Convent 2024. On leur reproche aussi de ne pas avoir mis toute cette énergie au service du redressement de Fibonacci, oubliant que ces deux frères, résidant à 80 km de Tours, n’étaient pas familiers de l’environnement local, à la différence du Vénérable sur place, qui n’avait pas obtenu de meilleurs résultats.

Pour eux, le verdict tombe : un Triangle, c’est l’impossibilité de célébrer les cérémonies telles qu’enseignées par le Rite d’Écosse, donc une condamnation de fait à l’inaction et, à terme, à la mort du projet.
Camouflet, incompréhension, blessure : la décision est vécue comme une négation de leurs 20 ou 30 années de Maçonnerie, de leurs services rendus, y compris aux plus hauts offices du Grand Chapitre de l’Arche Royale.

La Pierre Ligérienne voit le jour

Face à ce qu’ils jugent inacceptable, les fondateurs prennent une décision radicale. Malgré l’insistance fraternelle du Grand Maître Adjoint, ils présentent leur démission immédiate de l’obédience et décident de créer une loge indépendante à l’Orient de Chinon, avec les frères locaux qui les ont rejoints.
« Le bébé est né, et c’est le plus beau de la terre », sourient-ils, comme tous les parents de loge.

Depuis, La Pierre Ligérienne travaille avec bonheur au Rite d’Écosse, armée des plus anciens rituels connus au monde : ceux de Saint Andrew n°25 et de Kilwinning n°0.
La structure initiale a été consolidée par l’initiation de deux profanes en 2024, puis d’un troisième en 2025, ainsi que par l’accueil de plusieurs frères chevronnés en errance. La loge s’est dotée d’un Chapitre pour travailler les « side degrees », sous la houlette d’un Grand Premier Principal.

Mieux encore, elle a impulsé la création d’une Confédération des Loges Écossaises de France, union de loges indépendantes et souveraines, vouée à l’instruction et au perfectionnement des maçons de toutes obédiences pratiquant le Rite Standard d’Écosse et le Rite d’Écosse. Une confédération placée sous la bienveillante attention d’un Grand Maître Maçon élu et installé, entouré de son collège, sans obligation, ni capitation.

Retrouver la liberté et le bonheur d’aller en loge

Avec le recul, les frères de La Pierre Ligérienne parlent d’un « bien pour un mal ». La pilule fut amère, mais elle leur a offert, disent-ils, la Lumière.
À ceux qui leur ont refusé le droit d’exister en tant que loge, ils adressent aujourd’hui un « merci » paradoxal : c’est ce refus qui les a poussés à briser leurs chaînes obédientielles et à savourer pleinement leur liberté.

Ils disent avoir retrouvé le plaisir d’aller en loge comme à l’époque de leurs jeunes années d’Apprentis, lorsque l’on ne savait rien, mais que l’on brûlait d’envie d’être ensemble dans une fraternité active.
Ils revendiquent désormais le bonheur d’être autonomes, de partager avec leurs frères et leurs visiteurs une fraternité vécue sur le Niveau, de l’Apprenti jusqu’au Grand Maître, et de pratiquer un corpus complet de degrés issus des neuf degrés des loges opératives écossaises, travaillés dans l’ordre, ce qui est, selon eux, trop rarement le cas aujourd’hui.

Une leçon de méthode et de fond

Pour les frères de La Pierre Ligérienne, l’expérience apporte plusieurs enseignements simples :

  • En Franc-Maçonnerie, la force d’un atelier dépend d’abord de la qualité intrinsèque des frères qui le composent.
  • Là où le travail manque de sérieux, les loges végètent ; là où le travail est rigoureux, les ateliers se développent et rayonnent rapidement.
  • Une loge vraiment constituée d’un noyau soudé de frères libres, indépendants et réguliers peut largement se suffire à elle-même et choisir de rencontrer d’autres loges, chapitres ou prieurés uniquement pour la joie de l’échange, le désir d’apprendre et la volonté de transmettre.

Un Très Respectable Frère, Bernard de Bosson, leur avait un jour confié : « La Franc-Maçonnerie, ça ne doit être que du Bonheur. »
À Chinon, dans la vallée de la Vienne et de la Loire, les frères de La Pierre Ligérienne affirment avoir retrouvé ce bonheur. Leur témoignage résonne comme une invitation : parfois, pour rester fidèles à l’esprit, il faut accepter de quitter certaines formes. Et c’est au prix d’une rupture que peut naître, dans la discrétion d’un temple ligérien, une loge qui se veut pleinement fidèle à l’idéal écossais, libre et fraternelle.

Arcane XIII : L’Arcane sans Nom – L’art de changer de peau

Le Rappel de l’Aventure

Arcane XIII : L’Arcane sans Nom – Vous étiez suspendus avec le Pendu (XII). Puis vous avez pris le temps d’observer le monde à l’envers. Vous avez compris, dans votre chair et votre esprit, que l’ancienne voie était une impasse et qu’il fallait désormais transmettre. Vous avez grandi, vous avez évolué. Ce n’est pas que votre ancienne vie est devenue inconfortable, c’est que votre nature même a changé. Tel un serpent qui réalise sa mue, vous devez abandonner votre ancienne enveloppe, non pas pour fuir, mais pour renaître. Votre quête n’est plus la même : ce qui était une recherche personnelle est devenu une mission divine. Vous ne pouvez pas emporter vos vieilles peaux dans ce nouveau monde sacré. Il faut laisser l’ancien monde derrière soi pour que le nouveau puisse exister. Vous incarnez L’Arcane sans Nom.

Arcane sans nom XIII – Tarot Oswald Wirth – Paris 1889

Le Billet d’Humeur : mort et naissance d’un père

On tremble souvent devant cette carte, car on la confond avec le néant. Les images qui représentent ce qui pourrait s’apparenter à la mort dérangent ! Mais l’Arcane XIII n’est pas la mort, c’est la Transmutation. C’est l’instant solennel où l’on change de peau parce que l’on passe d’un état inférieur à un état supérieur.

J’ai incarné cette « mue » de la manière la plus fulgurante qui soit, en l’espace de quelques semaines. J’ai d’abord vécu la perte prématurée de mon père, une « petite mort » qui vous laisse orphelin et nu face à l’existence. Mais quelques semaines plus tard, la roue a tourné de manière vertigineuse : mon premier enfant, ma fille, est né. En 24 heures, j’ai littéralement changé de peau. L’habit de « fils » a glissé pour laisser apparaître celui de « père« . Ce n’était pas un simple changement de rôle social. C’était une révélation spirituelle : ma quête personnelle s’est effacée pour devenir une mission. Au moment où cette nouvelle vie est apparue, j’ai senti tomber sur mes épaules ce que j’appelle une « charge d’âme« . Une responsabilité divine, faite d’amour et de gravité, qui ne s’est jamais tarie, même 24 ans plus tard. La vie ne s’arrête pas, elle s’élève.

L’Arcane XIII, c’est cela : accepter que l’on ne vive plus pour soi, mais pour quelque chose de plus grand qui nous traverse.

Le squelette et le champ brûlé

Pourquoi un squelette ? Ne voyez pas ici un cadavre, mais une structure. Dans un monde qui évolue en permanence, où rien n’est jamais acquis, le squelette est ce qui reste quand tout le superflu a disparu : c’est notre part indestructible, le « noyau divin » de notre être. Cette carte nous enseigne la technique agricole du brûlis : il faut parfois mettre le feu aux herbes sèches d’un champ (nos vieilles habitudes, nos croyances périmées, nos attachements passés) pour enrichir la terre, car la cendre du passé devient l’engrais du futur ; ainsi l’Arcane sans Nom est l’agent du nettoyage qui permet à l’homme d’accepter de mourir à ses anciens rôles pour naître à sa mission.

Focus Maçonnique : La Carte de l’Initiation (Le Miroir de la Mortalité)

Pour le Franc-Maçon, cet arcane est la définition même de l’Initiation. Il ne s’agit pas seulement d’un symbole de fin, mais de l’instant précis du passage : la mort du profane pour permettre la naissance de l’initié. Cette lame incarne physiquement l’épreuve de la terre vécue dans le silence du Cabinet de Réflexion. Le crâne posé sur la table, aux côtés du sel, du mercure et du soufre, n’est pas là pour effrayer. Il est un miroir silencieux qui rappelle au futur initié sa condition humaine de mortel. Avant de construire, il faut accepter sa propre finitude.

Mais ce crâne porte un deuxième message, plus émouvant encore : il signifie que d’autres, disparus aujourd’hui, sont passés avant vous dans ce lieu exigu pour vivre cette même mort symbolique. Vous n’êtes pas le premier, et vous ne serez pas le dernier. Ce squelette est la preuve tangible de la filiation. Il vous inscrit d’emblée dans une chaîne ininterrompue d’hommes et de femmes qui ont accepté de « mourir » à leurs préjugés pour renaître à la Lumière.

L’Analyse Mystérieuse (Ce que le miroir reflète sans tout dévoiler)

Dans Le Tarot miroir des symboles, nous regardons les correspondances secrètes de l’Arbre de Vie.

Le Sentier de la Transformation : De Yesod à Netzach

L’Arcane XIII incarne le sentier qui relie la séphira Yesod (Le Fondement) à la séphira Netzach (La Victoire). C’est une clé fondamentale pour comprendre que cette carte n’est pas une fin, mais une libération d’énergie.

Yesod représente notre base personnelle, notre ego, notre « personnalité automatique« , le réservoir de nos habitudes et de nos images mentales. C’est la coquille.

Netzach représente la Victoire, la force de la Nature, les émotions brutes, l’énergie vitale de Vénus qui ne demande qu’à croître. Le travail de l’Arcane sans Nom est de briser la coquille de Yesod (l’ego figé) pour libérer la puissance de Netzach (la vie triomphante). Tant que nous restons accrochés à notre « Fondement » (nos vieilles habitudes), nous ne pouvons pas atteindre la « Victoire« . Il faut que la forme meure pour que la force se libère.

L’Archétype de Propp : La Transformation

Dans la morphologie du conte, cet arcane n’est pas le « Méchant« . C’est la Fonction de Transformation. C’est le moment critique où le Héros change d’apparence ou de statut (parfois magiquement) pour pouvoir entrer dans le « monde autre« . Sans cette transformation physique ou spirituelle, il ne serait pas reconnu par les gardiens du trésor final.

Bougies allumées pour divination
Bougies allumées pour divination

En Aparté : Pourquoi le squelette regarde-t-il vers la gauche ? (Le Secret de Wirth)

C’est ici que le Tarot d’Oswald Wirth se distingue radicalement du Tarot de Marseille traditionnel.

Si vous observez un Tarot classique, le squelette marche souvent vers la droite (l’avenir). Mais chez Wirth, il regarde et fauche vers la gauche (le passé). Pourquoi cette inversion majeure ?

Le Secret de la Lettre Mem (מ) : Oswald Wirth a redessiné la carte pour que la courbe de la colonne vertébrale du squelette et la lame de sa faux épousent la forme de la lettre hébraïque Mem.

Le Sens Philosophique : Cette direction change tout le sens de la carte. L’Arcane XIII ne court pas vers le futur pour tuer. Il se retourne vers le passé pour le « nettoyer« . Le travail initiatique ne consiste pas en une fuite en avant, mais en une rectification. Le squelette fauche ce qui est derrière nous (les regrets, les remords, les conditionnements obsolètes) pour libérer le chemin devant. On ne peut pas avancer vers la lumière si l’on traîne les cadavres de son passé.

Alchimiste qui tient une fiole dans sa main
Alchimiste qui tient une fiole dans sa main

Conclusion : La Fin de l’Inversion, Le Début de la Transmutation

Le passage est accompli, mais il faut comprendre où nous nous situons sur la grande carte du voyage. Le Tarot fonctionne par cycles (4-5-7), dont l’un d’eux par « quaternaires » (groupes de quatre étapes).

Avec Le Pendu (XII), nous avons définitivement clôturé le troisième quaternaire, celui de l’Inversion. C’était le cycle du repli, de l’Hermite à la suspension, où tout se passait « en dedans« .

Avec L’Arcane sans Nom (XIII), nous inaugurons violemment le quatrième quaternaire, celui de la Transmutation. « L’os est désormais à nu. Il appelle maintenant l’eau guérisseuse de Tempérance, avant que ne jaillisse le feu du Diable et que ne s’écroulent les murs de la Maison Dieu. Le grand œuvre au noir a commencé. »

Ainsi nous quittons le monde statique de l’attente pour entrer dans le monde dynamique de la métamorphose. Le Pendu a renversé la vision ; l’Arcane XIII retourne la terre. C’est le premier pas d’une reconstruction alchimique qui nous mènera vers Tempérance, Le Diable et La Maison Dieu. Vous avez laissé derrière vous vos vieilles peaux. Le sol est nettoyé. Tout est désormais prêt pour que l’Ange de Tempérance vienne guérir les blessures de cette naissance.

L’Arcane sans Nom a dit : « Je suis la part immortelle qui demeure quand tout le superflu a disparu »

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La Lumière ne se vend pas

Pour une gratuité maçonnique des conférences et salons, ou l’exigence de justice dans un temps de vies chères

À l’heure où l’inflation a peut-être ralenti, mais où les prix, eux, demeurent hauts, où les salaires rattrapent mal les années de tension, et où les cotisations obédientielles augmentent plus vite que la confiance, une question devient initiatique avant d’être comptable. Une conférence maçonnique, un salon maçonnique, une rencontre de transmission devraient-ils être payants. Le droit l’autorise. La conscience, elle, peut s’y refuser. Car si la Franc-Maçonnerie prétend parler au monde, elle ne peut le faire en dressant un guichet devant la porte du Temple, surtout quand ce guichet se cache en bas de l’affiche.

Le commentaire publié sur 450.fm par Damien Albertini – 4/02/26 conférence en Loire Atlantique de la GLNF : « L’histoire de l’univers, racontée par la lumière » publié le 28 janvier dernier par la rédaction – touche juste, non pas parce qu’il conteste la légalité d’une entrée payante, mais parce qu’il pointe une faute plus profonde : une faute de tenue. On peut appeler “publique” une conférence payante, oui. Mais quand le mot public est écrit en plein soleil, et le prix relégué en poussière typographique, ce n’est plus une information, c’est une stratégie. Et la stratégie, ici, n’est pas neutre : elle fabrique une scène où l’on attire d’abord, puis l’on conditionne ensuite. Bref, on ne propose pas, on capture.

Or la Franc-Maçonnerie, si elle veut demeurer autre chose qu’une marque, un réseau, une vitrine ou une boutique d’idées, ne peut pas se permettre d’adopter les réflexes d’un marketing profane. Elle ne gagne rien à cette ruse, sauf une chose : la perte de confiance.

Et cette perte de confiance, aujourd’hui, est un luxe que le monde maçonnique ne peut plus s’offrir.

1) Le droit dit possible, la probité dit à visage découvert

Commençons net : oui, une conférence peut être publique et payante. Le mot publique décrit l’ouverture (accessible à tous), pas la gratuité.

Mais le droit exige la clarté du prix. L’information du public sur le prix est obligatoire et doit être lisible et compréhensible.
Et si l’on parle de communication commerciale au sens large, l’omission (ou la dissimulation) d’une information substantielle, comme le prix TTC, peut être qualifiée de trompeuse dans certaines circonstances.

Donc le sujet n’est pas seulement “payer ou ne pas payer”. Le sujet est : comment annoncer.
Et derrière le comment annoncer, il y a un comment respecter.

Car une institution initiatique n’a pas pour vocation de jouer avec la marge, l’astérisque et le pied-de-mouche. Elle a vocation à se tenir dans l’axe.

2) Le contexte social : inflation ralentie, vies toujours chères, rattrapages inégaux

On entend parfois : « L’inflation baisse, donc la tension diminue. » C’est une demi-vérité.
L’INSEE indique qu’en moyenne annuelle, l’inflation harmonisée (IPCH) a nettement ralenti en 2025 (+0,9 % après +2,3 % en 2024).
Mais ralentir ne signifie pas effacer : les prix restent à un niveau élevé, et beaucoup de dépenses contraintes (logement, transports, assurances, énergie, services) continuent d’éroder le reste à vivre.

Les trajectoires de pouvoir d’achat, elles, sont heurtées. En 2024, le pouvoir d’achat du revenu disponible brut des ménages a augmenté (donnée macro), mais à l’échelle des individus, l’expérience est inégale. Et même en 2025, on observe des trimestres où le pouvoir d’achat recule.
La Banque de France elle-même projette une progression plus modérée du pouvoir d’achat en 2025 (+0,7 %), après un mouvement plus marqué en 2024, et souligne un ralentissement ensuite.

Côté salaires, il y a rattrapage partiel mais prudent : l’INSEE note qu’en 2024, la baisse de l’inflation permet un redressement du pouvoir d’achat du salaire net moyen (+0,8 % en euros constants).
Mais cette moyenne ne dit pas la fragilité réelle : carrières hachées, retraités, indépendants, familles monoparentales, territoires, charges fixes. L’existence concrète se paie au mois, pas à la moyenne.

Résultat : l’acte d’acheter un billet n’est plus un geste neutre. C’est un arbitrage.
Et c’est précisément là qu’une éthique maçonnique devrait entrer en scène.

3) Cotisations en hausse, coûts en cascade : quand la Fraternité devient une facture

Beaucoup le vivent. Les francs-maçons subissent, comme tout le monde, l’érosion du pouvoir d’achat. Mais ils subissent aussi une seconde pression : l’augmentation des coûts internes, directs ou indirects, qui se répercute sur les loges, les événements, les locations, les déplacements, la vie administrative.

On a vu, par exemple, des tensions sur les coûts immobiliers et de mise à disposition de locaux, avec des hausses dénoncées par des obédiences, sur fond de charges et de TVA, ce qui illustre bien la mécanique en cascade qui finit toujours par arriver au frère ou à la sœur, à la capitation, puis au billet d’entrée.

Et plus ces pressions montent, plus une question devient brûlante : où va l’argent !
Non pas par suspicion systématique, mais parce que l’époque exige des preuves de bonne gestion, et parce que la confiance, comme tu le sais, est une pierre fine : elle se taille lentement, elle se fissure vite.

4) Transparence : ce que la loi impose parfois, et ce que la morale maçonnique devrait imposer toujours

Logo-GLNF-Officiel

La plupart des obédiences et structures connexes relèvent d’un monde associatif. Notons que la GLNF (Grande Loge nationale française – 785 426 016) s’est déclarée en « Activités des organisations religieuses ». Or, en droit français, toutes les associations n’ont pas les mêmes obligations comptables : elles varient selon la taille, l’activité, les subventions, etc.
Mais il existe des seuils clairs : une association qui reçoit plus de 153 000 € de subventions annuelles doit établir des comptes annuels, et certaines obligations de publicité et de certification peuvent s’appliquer.
Le Journal officiel met d’ailleurs à disposition le dispositif de dépôt/publication des comptes pour les associations et fondations concernées.

Et même quand la loi n’oblige pas, la probité oblige.
Une obédience qui augmente les cotisations, ou qui multiplie les événements payants, devrait, si elle veut rester fidèle à une exigence initiatique, produire, pour ses membres :

  • un budget lisible ;
  • un compte de résultat compréhensible ;
  • une annexe pédagogique expliquant les postes (immobilier, fonctionnement, solidarité, communication, investissements) ;
  • et, idéalement, un contrôle renforcé (commissaire aux comptes lorsque requis, ou audit volontaire quand ce n’est pas requis).

La transparence, ici, n’est pas une option moderne. C’est une vertu ancienne : rendre compte.
Dans les traditions de métiers, dans les confréries, dans les ordres, la caisse n’est jamais seulement une caisse : c’est un serment collectif matérialisé. On ne « prend » pas. On « garde pour servir ».

5) Pourquoi la gratuité devrait être la règle : une position initiatique (et politique au sens noble)

Toutes les conférences et salons maçonniques devraient être gratuits. Je l’assume comme principe, et je l’argumente.

a) Parce que la transmission n’est pas un produit

Une conférence maçonnique, lorsqu’elle s’adresse au public, n’est pas une prestation au sens spirituel du terme. Elle est un acte de rayonnement.
Faire payer l’accès, c’est envoyer, même involontairement, un message : « La parole a un prix. »
Or la parole maçonnique, quand elle est offerte au monde, ne devrait pas être tarifée, mais donnée, comme on donne une lampe dans un couloir.

b) Parce que le public n’est pas un segment, c’est un visage

Le public n’est pas une cible. Le public, ce sont des vies.
Des gens curieux, parfois isolés, parfois précaires, parfois méfiants, souvent en recherche.
Si tu veux que la Franc-Maçonnerie cesse d’être un mythe social réservé à ceux qui ont déjà les codes, tu ne peux pas lui mettre un péage.

c) Parce que l’époque demande de la cohérence

On ne peut pas, d’un côté, parler d’humanisme, de dignité, de fraternité, d’universalité, et de l’autre, limiter l’accès par l’argent, ou pire, par l’argent dissimulé en bas de page.

d) Parce que la gratuité est un symbole opératif

La gratuité n’est pas une naïveté économique. C’est une discipline.
Elle force à poser les vraies questions :
Que finançons-nous, pourquoi, comment, avec quelle mesure.
Elle oblige à préférer le nécessaire au décoratif.
Elle met l’organisateur au défi : servir, plutôt que monétiser.

6) « Mais ça coûte. » Oui. Alors finançons autrement, sans fermer la porte

Il serait malhonnête de nier les coûts : salle, sécurité, assurance, déplacements, matériel, accueil.
Mais la conclusion n’est pas donc billetterie. La conclusion peut être :

  • gratuité + participation libre (à la sortie, sans pression, sans contrôle moral) ;
  • tarification solidaire (0 € possible, sans justificatif, et personne ne demande pourquoi) ;
  • mécénat clair (partenaires identifiés, pas d’influence sur le contenu) ;
  • budgets dédiés votés en amont, et compte-rendu financier public après l’événement ;
  • mutualisation inter-loges / inter-structures, au lieu de refaire chacun sa petite machine payante ;
  • et surtout, une règle simple : si c’est payant, on l’annonce en pleine lumière, pas en bas de page.

Ce dernier point, même strictement profane, rejoint la logique de l’information loyale sur le prix telle que rappelée par les autorités publiques.

7) Le cœur de l’affaire : la confiance, ou l’art de ne pas rapetisser la parole

Le commentaire de Damien Albertini a cette phrase essentielle : « À force de rapetisser l’information, on rapetisse la confiance. »
Tout est là.

ANTIFM-3-0-source-GADLU

On ne perd pas la confiance parce qu’on fait payer 15 euros (conférence GLNF) ou encore 30 euros (MASONICA LILLE – ANTIFM 3.0), non précisé sur l’affiche.
On la perd parce que l’on cache.

Parce que l’on emballe.
Parce que l’on met la vérité dans la marge.

La Franc-Maçonnerie aime dire qu’elle travaille à l’amélioration de l’humanité

Très bien. Alors qu’elle commence par un geste simple, lisible, fraternel, immédiatement vérifiable ! Ouvrir sans faire payer l’entrée, ou, si elle doit financer, ne jamais confondre financement et filtrage. La Lumière n’est pas une marchandise, et la quête n’est pas une billetterie. Quand une obédience, une loge, un salon, une conférence parlent au monde, ils ne devraient pas tendre la main comme un guichet, mais l’ouvrir comme une paume. Car il n’y a pas de rayonnement durable sans cohérence. Et il n’y a pas de cohérence quand le Temple affiche « public » en grand, mais murmure le prix en petit.

Malraux, le « vif-argent » et l’épreuve de la métamorphose

Malraux, Gisors, Templiers : quand le trésor n’est pas sous la terre mais dans le regard

André Malraux en 1974, photo Pic

La Revue des Deux Mondes frappe juste en choisissant André Malraux comme figure-anniversaire. La couverture tranche comme une devise et comme un couteau, « La liberté n’a pas toujours les mains propres, mais il faut choisir la liberté. » Et le numéro installe d’emblée un Malraux mobile, insaisissable, presque chimique, un être de passage, un « vif-argent » pour reprendre le titre de l’éditorial d’Aurélie Julia. Ministre et aventurier, écrivain et stratège, homme d’art et homme d’action, il refuse la case unique, il défait les étiquettes, il échappe.

Rappelons-le, 2026 marque bien le cinquantenaire de la disparition de l’écrivain, aventurier, résistant, homme politique – Ministre des Affaires culturelles du 22 juillet 1959 au 20 juin 1969, soit 9 ans, 10 mois et 29 jours – et intellectuel André Malraux (1901-1976). Le numéro le revendique explicitement.

Ce que le dossier raconte, et ce qu’un Franc-maçon y entend

L’éditorial d’Aurélie Julia donne le ton en attaquant par une question qui ressemble à un interrogatoire initiatique. « Qui êtes-vous, André Malraux. Un ministre. Un résistant. Un orateur. Un romancier. » Puis elle pousse l’homme dans ses contradictions, et le portrait devient une leçon sur les masques, sur l’invention de soi, sur cette tentation de se faire personnage. L’éditorial ose même une formule qui, pour nous, est un avertissement d’atelier. Malraux, écrit-elle en substance, ressemble parfois à ces « papillons de nuit attirés par la lumière », qui, éblouis, peuvent « perdre leur discernement ». Voilà un mot clé. Le discernement. La lumière n’est pas un projecteur, elle est une épreuve.

Le cœur du dossier, pour notre lecture, tient surtout dans l’article de Sophie Doudet, « Ce devrait être autrement »

L’auteure ne cherche pas à « sauver » Malraux à tout prix. Elle rappelle au contraire combien l’homme irrite, divise, agace, et comment cette gêne fait partie du personnage. Elle commence même par le dire frontalement. Lire, commenter, enseigner Malraux expose à une forme d’étonnement, voire de désapprobation, tant la litanie des reproches revient, interminable, comme une antienne.

Mais Sophie Doudet propose une clef qui, pour nous, maçons, résonne immédiatement. La métamorphose. Elle la formule dans un intertitre splendide, comme un programme de travail. « La métamorphose du “réel” en œuvre d’art ». Ce point est décisif. Chez André Malraux, l’art n’est pas un décor du monde. Il est ce qui transfigure le réel, ce qui le convertit en forme, en sens, en survivance. Et dans cette conversion, l’initié reconnaît sans effort une parenté. La pierre brute n’est pas niée, elle est travaillée. Elle n’est pas recouverte d’un vernis moral, elle est soumise à une discipline intérieure, une ascèse de la forme, qui transforme sans falsifier.

Signature André Malraux

Sophie Doudet ajoute une nuance précieuse, très utile en temps de soupçon généralisé. Elle ne nie pas les zones troubles, elle refuse simplement la manie de gratter la fresque jusqu’à la honte en oubliant la fresque elle-même. L’image est forte. Elle dit exactement l’époque, et elle dit aussi un risque bien connu en franc-maçonnerie quand on confond exigence et démolition.

Autre point qu’elle met en avant, et qui nous parle

Chez André Malraux, le refus n’est pas caprice, c’est énergie. Le refus devient moteur, et ce moteur s’arrime à la révolte, à la dignité, à la liberté tenue comme devoir. On peut lire cela comme une éthique initiatique. La liberté n’est pas une posture. C’est une charge. Elle oblige. Elle coûte. Elle compromet parfois. Et c’est précisément là que la phrase de couverture prend son poids tragique. On ne choisit pas la liberté comme on choisit une opinion. On la choisit comme on entre en engagement.

André Malraux, au moment du prix Goncourt en 1933.

Le « Musée imaginaire », ou l’idée du Temple sans murs

Pour une lecture maçonnique, l’une des plus belles passerelles est peut-être celle-ci. Le « musée imaginaire » de Malraux n’est pas seulement une théorie de l’art. C’est une architecture intérieure, une manière de bâtir un Temple sans géographie fixe, une nef de correspondances qui traverse les siècles, les cultures, les styles.

Sophie Doudet le rappelle d’une phrase malrucienne admirable, « Nous ne sentons que par comparaison », et tout est là. Comparer, rapprocher, faire dialoguer, établir des convergences. Non pour fabriquer une doctrine, mais pour approcher ce qui demeure quand tout passe.

Plaqyue au 44 rue du Bac, paris 7e

Cette idée devient d’autant plus actuelle que l’article relie Malraux aux problèmes de notre temps. Intelligence artificielle, dématérialisation des œuvres, culture mainstream uniformisée. Là encore, la question est initiatique avant d’être culturelle. Qu’est-ce qui survit. Qu’est-ce qui résiste. Qu’est-ce qui demeure humain quand tout se copie.

Et c’est là une leçon précieuse pour nos lecteurs. André Malraux montre que le sens ne se reçoit pas. Il se construit. Il ne tombe pas du ciel. Il s’extrait du chaos par un geste humain, fragile, incomplet, mais volontaire. Un geste d’atelier.

Gisors, Templiers, trésor : l’autre André Malraux, celui des rumeurs

Chateau-de-Gisors

Mais il fallait ouvrir aussi sur l’« affaire » de Gisors, parce qu’elle révèle un autre versant du Malraux public. Le ministre pris dans une légende. Le château de Gisors est un véritable laboratoire de mythes modernes. Crypte, chapelle souterraine, coffres, sarcophages. Et surtout ce motif tenace, l’un des plus efficaces de l’imaginaire occidental. Un « trésor des Templiers » qui nourrit depuis des décennies la fascination collective.

Les sources convergent au moins sur un point. Dans les années 1960, l’emballement né des déclarations du gardien Roger Lhomoy, amplifié par la médiatisation de Gérard de Sède, conduit à des fouilles ordonnées sous l’autorité du ministre André Malraux, lesquelles resteront vaines.

Et Ouest-France le rappelle très clairement. À Gisors, ce trésor fait partie du décor mental, de la carte postale des « trésors introuvables », mais on ne l’a jamais trouvé.

Le site « Le Village des Templiers » est intéressant, justement parce qu’il montre la mécanique contemporaine. On assume la légende. On la raconte. Puis on la dégonfle partiellement en expliquant que le « vrai trésor » est patrimonial, architectural, historique, et non pas métallique. Cette oscillation entre rêve et démenti est typique des mythes qui refusent de mourir.

Gardons aussi en mémoire la caisse de résonance que fut l’article de notre chroniqueur littéraire Yonnel Ghernaouti, « Plongez dans le mystère : Les secrets cachés des Templiers révélés », qui montre comment l’affaire s’est structurée en récit, puis en « preuve » supposée, puis en soupçon durable.

Gisors-et-le-tresor-des-templiers

Quant à l’article de Jean-Michel Cosson, il illustre un phénomène désormais classique. Quand les fouilles ne donnent rien, l’imaginaire complotiste prend le relais et invente une confiscation, une dissimulation, un bétonnage du secret.
Et c’est là qu’une vigilance maçonnique s’impose. Templiers, trésors, souterrains sont des motifs puissants, mais aussi des aimants à fantasmes. L’INA résume bien l’enjeu. Le « trésor des Templiers » relève surtout du mythe, que l’on peut étudier comme fait culturel sans le prendre pour un fait historique.
Même la page « Opération Gisors » de L’Œil du Sphinx, qui revient sur l’épisode des dégagements et des recherches, s’inscrit dans cet arrière-plan où l’événement, réel, se trouve vite recouvert par l’interprétation. (oeildusphinx.com)

La vraie cache n’est pas sous la motte

Le franc-maçon n’a pas à mépriser les légendes. Elles sont des rêves collectifs, des symboles en liberté, des miroirs de nos manques. Mais il n’a pas non plus à les servir comme des vérités. Gisors devient alors une parabole. Le trésor qu’on ne trouve jamais finit par révéler autre chose que l’or. Il révèle notre besoin d’initiation sans travail, de secret sans silence, de preuve sans méthode.

Gravure_ruines_du_Château_Gisors

Et si André Malraux nous intéresse tant, y compris dans cette histoire de Templiers, c’est peut-être parce qu’il nous apprend ceci. Le trésor n’est pas ce qui est enterré. Le trésor est ce qui transforme. L’art, la mémoire, la parole, la résistance, tout ce qui fait passer l’humain de la fascination à la conscience. Le reste est folklore, parfois charmant, parfois dangereux. À nous de tenir la lampe du discernement, sans éteindre la part de nuit qui fait aussi la beauté des récits.

À Gisors, le trésor des Templiers est peut-être l’objet le plus fidèle de la légende

On le cherche, il se dérobe, et ce manque travaille les imaginations plus sûrement que l’or. André Malraux, lui, nous apprend à déplacer la quête. Le secret véritable n’est pas une cache scellée sous une motte, ni une crypte qui prouverait enfin ce que nous voulons croire. Le secret, au sens initiatique, n’est pas un butin. C’est une conversion du regard. Entre la fascination et la méthode, entre le récit qui flatte et le symbole qui oblige, il nous revient de choisir la lumière du discernement. Car le vrai trésor ne s’exhume pas. Il se taille, patiemment, en soi, jusqu’à devenir présence.

Pour aller plus loin dans le dossier « Mystérieux Malraux »

Dans ce dossier, la Revue des Deux Mondes compose un portrait en mosaïque, où l’homme apparaît moins comme une statue que comme une énigme en mouvement.

Sophie Doudet ouvre le bal avec l’idée centrale d’une vie tendue vers la métamorphose, et d’un art qui transfigure le réel plutôt qu’il ne l’illustre. Robert Kopp en éclaire le versant « farfelu », ce mélange de panache, d’improvisation et d’inattendu qui fait aussi la force d’un destin, et parfois son trouble. L’entretien avec Alain Malraux, conduit par Charles Ficat, ramène le personnage à l’intime, à la paternité, aux fidélités et aux angles morts d’un père « généreux », donc complexe. Julien Donadille restitue l’« intellectuel en actes », celui qui ne sépare pas la pensée de l’engagement, quitte à en payer le prix. Alexandre Duval-Stalla explore un Malraux « anti-éditeur », indocile aux cadres, aux institutions, aux normes littéraires, comme si l’œuvre devait demeurer un risque. Jean-Michel Djian ressaisit la relation au Général, avec ses hauteurs, ses étrangetés, cette proximité qui tient autant à la politique qu’à une dramaturgie de l’Histoire. Hervé Gaymard nuance ensuite la séquence Pompidou, amitié réelle mais « délitée », révélatrice des tensions de pouvoir et des fractures de génération.

Bruno Fuligni en 2015

Bruno Fuligni, avec le florilège « dans l’Hémicycle », fait entendre le Malraux orateur, celui qui taille la langue comme une pierre, et qui cherche l’élévation dans la phrase publique. Jean-Claude Perrier suit la fascination paradoxale pour l’Inde, entre attirance spirituelle et résistance à l’exotisme facile. Philippe Delaroche aborde la relation à la Chine de Mao, miroir des illusions du siècle et des ambiguïtés de l’action. Sébastien Lapaque revient à Angkor, à la théorie, au temple, à la ruine habitée, là où l’art et le sacré se frôlent. Stéphane Guégan met en lumière la correspondance Picon-Malraux, « d’une cordée à l’autre », fraternité d’intelligence et discipline du regard. Catherine Van Offelen pose enfin une question décisive, presque initiatique, en opposant culture et art, comme si la première pouvait parfois étouffer le second. Pierre Sellal conclut sur l’héritage, avec la Fondation de France, et rappelle qu’André Malraux, au-delà du mythe, laisse des structures, des impulsions, des prolongements. Au total, le dossier ne résout pas l’énigme : il l’organise, il la rend lisible, et il montre que le « mystérieux Malraux » est peut-être d’abord l’homme que ses contradictions empêchent de se fermer.

Lire l’éditorial / Acheter le revue (disponible en kiosques et sur le site )

20/02/26 conférence à la GLDF : « L’Iran et le cinéma : une invitation à la pensée »

conférence publique à la Grande Loge de France

La Respectable Loge Condorcet – Droits de l’Homme n°1198, à l’Orient de Paris, organise une conférence publique exceptionnelle consacrée à un thème aussi sensible que fécond : l’Iran et le cinéma, envisagé comme un espace de réflexion, de résistance et de pensée critique.

Cette rencontre aura lieu le vendredi 20 février 2026 à 19h30, au Temple Franklin Roosevelt, situé à l’Hôtel de la Grande Loge de France, 8 rue Louis Puteaux, 75017 Paris. L’inscription est obligatoire et s’effectue via le QR code figurant sur le flyer officiel.

Le cinéma iranien : bien plus qu’un art, un langage de pensée

Depuis plus de quarante ans, le cinéma iranien occupe une place singulière dans le paysage culturel mondial. Souvent salué dans les plus grands festivals internationaux, il intrigue autant qu’il questionne. Derrière des récits en apparence simples se déploient des œuvres d’une grande profondeur symbolique, capables d’interroger la condition humaine, la liberté, l’enfance, la justice, la violence ou encore le rapport au pouvoir.

Dans un contexte politique et social marqué par de fortes contraintes, le cinéma iranien s’est imposé comme un lieu de contournement, de métaphore et de créativité, où l’image devient un outil de réflexion et parfois de contestation. C’est précisément cette dimension que propose d’explorer la conférence : comment le cinéma peut devenir une invitation à la pensée, là où la parole est parfois entravée.

Une intervenante de référence : Agnès Devictor

La conférence sera présentée par Agnès Devictor, maîtresse de conférences HDR à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et spécialiste reconnue du cinéma iranien.

Titulaire d’un doctorat en sciences politiques, consacré à l’étude des politiques publiques de la culture en Iran entre 1979 et 1997, Agnès Devictor est l’autrice de nombreux travaux de recherche portant notamment sur :

  • le cinéma iranien,
  • les images de guerre au Moyen-Orient,
  • les rapports entre culture, pouvoir et société.

Elle prépare actuellement un ouvrage consacré à l’histoire du cinéma en Afghanistan, prolongeant ainsi une réflexion de long terme sur les images, les récits et les sociétés du monde iranien et moyen-oriental.

Son approche croise analyse politique, culturelle et esthétique, permettant d’éclairer le cinéma non seulement comme un art, mais comme un fait social et intellectuel majeur.

Une conférence ouverte au public, dans l’esprit des Lumières

En organisant cette conférence publique, la Loge Condorcet – Droits de l’Homme s’inscrit pleinement dans une tradition humaniste et éclairée : celle du dialogue, de la transmission du savoir et de la réflexion critique sur le monde contemporain.

Le choix du thème n’est pas anodin. À travers le cinéma iranien, c’est une invitation à penser l’altérité, à dépasser les représentations simplistes et à comprendre comment une société s’exprime, se questionne et se raconte malgré les contraintes.

Cette soirée s’adresse aussi bien aux amateurs de cinéma qu’aux personnes intéressées par la géopolitique, la culture, la philosophie ou les enjeux contemporains du Moyen-Orient.

Informations pratiques

  • Conférence publique
  • Thème : L’Iran et le cinéma : une invitation à la pensée
  • Intervenante : Agnès Devictor
  • Date : Vendredi 20 février 2026
  • Heure : 19h30
  • Lieu : Temple Franklin Roosevelt – Hôtel de la Grande Loge de France
    8, rue Louis Puteaux – 75017 Paris
  • Inscription obligatoire (via QR code)

Deux célèbres Francs-maçons s’entretuent à Québec

En 1759, au cœur de la Guerre de Sept Ans qui opposait la France et la Grande-Bretagne pour le contrôle des colonies nord-américaines, deux généraux emblématiques, James Wolfe et Louis-Joseph de Montcalm, se sont affrontés lors de la bataille des Plaines d’Abraham, près de Québec. Cette confrontation décisive, marquée par le destin tragique de ses deux protagonistes, est souvent évoquée dans les cercles de la Franc-maçonnerie comme un épisode où deux Frères se seraient reconnus et salués en tant que tels, malgré leur allégeance à des camps ennemis.

Bien que cette reconnaissance mutuelle relève davantage d’une tradition ou d’une légende maçonnique non étayée par des preuves historiques irréfutables, elle ajoute une couche symbolique à cette page sanglante de l’histoire.

James Wolfe

Wolfe, commandant britannique, et Montcalm, chef des forces françaises, ont tous deux péri à quelques heures d’intervalle, scellant ainsi le sort de la Nouvelle-France. La Guerre de Sept Ans (1756-1763), souvent considérée comme la première guerre mondiale en raison de son étendue géographique – de l’Europe à l’Amérique, en passant par l’Inde et l’Afrique –, opposait principalement la coalition franco-autrichienne à l’alliance anglo-prussienne. En Amérique du Nord, ce conflit, connu sous le nom de Guerre de la Conquête ou French and Indian War, visait le contrôle des vastes territoires coloniaux. La France, affaiblie par des défaites antérieures comme celle de Fort Duquesne en 1758, défendait ses possessions canadiennes face à une offensive britannique déterminée.

Québec, capitale de la Nouvelle-France, représentait un enjeu stratégique majeur : sa chute ouvrirait la voie à la domination britannique sur le continent. James Wolfe, né le 2 janvier 1727 à Westerham en Angleterre, était un officier brillant et ambitieux. Fils d’un général, il entra dans l’armée à l’âge de 14 ans et gravit rapidement les échelons grâce à ses talents tactiques. Participant à la répression de la rébellion jacobite en Écosse (1745-1746), il se distingua lors de la bataille de Culloden en 1746. Promu major-général en 1759, Wolfe fut chargé de conquérir Québec. Malade et affaibli par la tuberculose, il mena néanmoins une campagne audacieuse : après un siège de trois mois, il opta pour une attaque surprise en escaladant les falaises escarpées dominant le fleuve Saint-Laurent.

Selon certaines sources maçonniques, Wolfe aurait été initié à la Franc-maçonnerie au sein de la Minden Military Lodge, une loge militaire attachée à son régiment.

Cette allégeance est revendiquée par des historiens de la Franc-maçonnerie, bien que les preuves directes soient limitées à des traditions orales et des affiliations posthumes.

Portrait de Louis-Joseph de Montcalm-Gozon

De l’autre côté, Louis-Joseph de Montcalm-Gozon, marquis de Saint-Véran, né le 28 février 1712 au château de Candiac en France, était un aristocrate et un militaire chevronné. Engagé dès l’âge de 9 ans, il combattit dans plusieurs guerres européennes, dont la Guerre de Succession de Pologne (1733-1735) et la Guerre de Succession d’Autriche (1740-1748). Envoyé en Nouvelle-France en 1756 comme commandant en chef, Montcalm remporta des victoires notables, comme la prise de Fort William Henry en 1757 et la défense de Fort Carillon (Ticonderoga) en 1758. Cependant, les ressources limitées de la France et les dissensions avec le gouverneur Vaudreuil l’affaiblirent. Les allégations selon lesquelles Montcalm aurait été Franc-maçon sont plus ténues et considérées comme non substantiées par de nombreux chercheurs ; elles reposent sur des rumeurs persistantes dans les milieux maçonniques, sans documents probants.

Wolfe agonisant pendant la Bataille sur les Plaines d’Abraham en 1759

Le 13 septembre 1759, sur les Plaines d’Abraham – un plateau herbeux nommé d’après Abraham Martin, un fermier du 17e siècle –, les deux armées se firent face. Wolfe, avec environ 4 400 hommes, avait débarqué discrètement la nuit précédente et positionné ses troupes en ligne de bataille. Montcalm, surpris mais résolu, rassembla près de 4 000 soldats français et miliciens canadiens, sans attendre les renforts.

Montcalm blessé à la bataille des plaines d’Abraham, ramené à Québec

La bataille, d’une durée d’à peine 15 à 30 minutes, fut intense : les Britanniques, disciplinés et bien entraînés, repoussèrent les charges françaises désorganisées. Wolfe fut touché à trois reprises – au poignet, à l’abdomen et à la poitrine – et expira sur le champ, entouré de ses officiers. Selon la légende peinte par Benjamin West dans son célèbre tableau The Death of General Wolfe (1770), il apprit la victoire britannique juste avant de mourir, murmurant « Now, God be praised, I will die in peace ». (Maintenant, Dieu soit loué, je mourrai en paix)

Montcalm, blessé à la cuisse et à l’abdomen par un tir de mousquet, fut transporté agonisant dans Québec. Il succomba le lendemain matin, le 14 septembre, à l’âge de 47 ans. Ses dernières paroles, rapportées par des témoins, exprimaient du soulagement pour les civils : « Tant mieux ! Je ne verrai pas les Anglais à Québec ». Les deux généraux, ennemis jurés, partagèrent ainsi un destin funeste, à quelques heures d’intervalle, symbolisant l’ironie de la guerre.

Plaque Commemorative pour James Wolfe

Dans les traditions de la Franc-maçonnerie, une légende persistante – bien que non vérifiée par des archives historiques – veut que Wolfe et Montcalm, en tant que Frères, se soient reconnus mutuellement sur le champ de bataille. Selon ce récit apocryphe, ils auraient échangé un salut maçonnique discret, un geste de fraternité transcendant les allégeances nationales, avant que le devoir ne les force à s’entretuer.

Cette anecdote, souvent citée dans des ouvrages maçonniques comme un exemple de l’universalité de la Franc-maçonnerie, souligne les principes d’humanisme et de tolérance prônés par l’ordre. Cependant, les historiens soulignent l’absence de preuves contemporaines : ni les rapports militaires, ni les journaux des officiers ne mentionnent un tel épisode. Il pourrait s’agir d’une embellissement postérieur, influencé par le rôle de la Franc-maçonnerie dans les armées britanniques de l’époque, où plusieurs loges militaires étaient actives.

Monument en ll’honneur de Wolfe qui a été érigé à l’endroit présumé de sa mort

Les conséquences de la bataille furent immenses : Québec capitula le 18 septembre 1759, et Montréal suivit en 1760. Par le Traité de Paris en 1763, la France céda le Canada à la Grande-Bretagne, marquant la fin de la Nouvelle-France et le début d’une ère britannique en Amérique du Nord. Cette défaite alimenta plus tard le nationalisme québécois, et la bataille reste un symbole controversé, commémorée annuellement mais parfois contestée pour son récit anglocentrique.

En hommage à leur bravoure commune, un monument fut érigé à Québec en 1827, sur les Plaines d’Abraham. Sa pierre angulaire fut posée avec les honneurs maçonniques par le Grand Maître Provincial Claude Dénéchau, en présence du gouverneur Lord Dalhousie. L’inscription latine proclame : « La prouesse militaire leur donna une mort commune, l’histoire une renommée commune et la postérité un monument commun ».

Mausolée de Montcalm à Québec

Parmi les participants, James Thompson, un sergent survivant de la bataille et Franc-maçon de longue date, frappa symboliquement la pierre de trois coups mystiques. Ce geste maçonnique illustre comment la Franc-maçonnerie, introduite à Québec par les loges militaires britanniques dès novembre 1759, s’est entrelacée avec l’histoire locale.

Aujourd’hui, les Plaines d’Abraham sont un parc national historique, visité par des millions de touristes. L’histoire de Wolfe et Montcalm, enrichie de cette aura maçonnique légendaire, rappelle que même dans la fureur des combats, des liens invisibles peuvent unir les hommes. Pourtant, au-delà des mythes, leur tragédie souligne l’absurdité de la guerre : deux chefs talentueux, peut-être Frères dans l’esprit, emportés par le devoir et la fatalité.

La parole du Véné du lundi : « Je suis propriétaire de mon maillet… taisez-vous »

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Ah, mes chers Frères et Sœurs, en cette semaine où le froid de début févrer 2026 nous rappelle que rien n’est éternel – sauf peut-être certains titres maçonniques –, parlons un peu de ces Vénérables et autres dignitaires qui confondent leur maillet avec un sceptre royal et leur sautoir avec une couronne impériale. Vous savez, ces illustres figures qui, une fois installées sur leur chaise orientale, s’imaginent propriétaires à vie de leur petit royaume logé. Comme si la Franc-maçonnerie était un bien immobilier, avec acte notarié et hypothèque sur l’équerre et le compas !

susceptibilités, mais disons qu’elle est si petite qu’elle tiendrait dans un tablier d’apprenti – vient d’attribuer à son Grand Maître, déjà en poste depuis sept longues années, le titre ronflant de Grand Maître Honoris Causa. Et attention, pas n’importe lequel : un « honoris causa » qui sent bon l’« ad vitam aeternam » ! Traduction pour les profanes : « pour la vie éternelle », ou en termes maçonniques, « jusqu’à ce que mort s’ensuive, et encore ». On marche sur la tête, non ? Ou plutôt, on trébuche sur les marches du temple, le maillet à la main, en se prenant pour un pharaon des temps modernes.

Remarquez, si l’on relit les livres d’histoire – ceux qui ne dorment pas sur les étagères des bibliothèques maçonniques, couverts de poussière symbolique –, les premières loges étaient souvent créées par des Maîtres qui en devenaient propriétaires absolus. Une sorte de franchise médiévale : « Ouvrez votre loge, et gardez-la pour vous ! » Alors, pourquoi ne pas perpétuer cette noble tradition ? Tant qu’on y est, rappelons que jadis, le droit de cuissage était coutumier chez les seigneurs. Pourquoi ne pas l’appliquer aux apprentis ? Après tout, un petit rituel supplémentaire pour initier les nouveaux venus, ça pimenterait les tenues. Non, je plaisante, bien sûr – quoique, avec certains, on se demande…

Bon, je ne donnerai pas de noms, mais j’en connais qui cumulent les tares maçonniques en la matière : accumuler les titres comme des badges scouts, s’accrocher à leur sautoir comme à un doudou, et transformer l’humilité maçonnique en ego surdimensionné. Nous ne dévoilerons pas leur identité, par pure charité fraternelle – et parce que la discrétion est notre seconde nature. Mais avouez-le : la Franc-maçonnerie, c’est le meilleur comme le pire, et ce n’est pas forcément dans le pire qu’elle excelle le plus.

Au fond, chers amis, rappelons-nous que le maillet n’est qu’un outil, pas un trône. Le sautoir, un symbole, pas une médaille olympique. Et le titre de Vénérable ? Un mandat temporaire, pas une rente viagère. Sinon, à ce rythme, on finira par avoir des Grands Maîtres héréditaires, avec succession dynastique. Imaginez : « Mon fils, je te lègue mon maillet, et que la force soit avec toi ! » Non, vraiment, revenons à l’essentiel : la Franc-maçonnerie est une quête collective, pas une propriété privée. Sinon, autant ouvrir un club VIP avec carte gold et parking réservé.

Sur ce, mes Soeurs et mes Frères, à lundi prochain pour une nouvelle dose de cynisme bien tempéré. Et rappelez-vous : le vrai pouvoir, c’est de savoir passer le maillet sans regret.

Fraternellement vôtre,
Le Véné du lundi

Le GFEQA à Douala : penser l’Afrique, agir fraternellement

Activités et engagements du Groupe Fraternel d’Étude des Questions Africaines dans le cadre des REHFRAM

Une présence fidèle aux REHFRAM

Fondé en 1975, le Groupe Fraternel d’Étude des Questions Africaines (GFEQA) est une association régie par la loi de 1901, dont la vocation est de penser l’Afrique par l’étude, le dialogue et l’action fraternelle, en lien étroit avec les réalités du continent et de ses diasporas.

Depuis 1997, le GFEQA participe sans interruption aux Rencontres Humanitaires et Fraternelles d’Afrique et de Madagascar (REHFRAM), contribuant chaque année à la réflexion collective à travers des analyses, des conférences et des propositions concrètes. Cette fidélité s’inscrit dans une conviction forte : l’émancipation de l’Afrique passe par la réflexion partagée, la transmission et l’engagement citoyen.

Douala : un temps fort du dialogue Afrique–Europe

Dans cette dynamique, la conférence organisée à Douala constitue un moment majeur des activités du GFEQA en Afrique centrale. Elle s’est tenue au Temple TKN de la Grande Loge Unie du Cameroun (GLUC), à Deïdo, dans un cadre propice à l’échange et à la fraternité.

Placée sous le thème :

« Regards croisés entre le GFEQA et l’Afrique »

cette rencontre visait à croiser les expériences, les analyses et les perspectives entre acteurs africains et européens engagés dans la réflexion maçonnique et citoyenne sur l’avenir du continent GFEQA- Conférence de Douala 202….

Des intervenants engagés et ancrés dans le réel

La conférence a été animée par deux figures particulièrement qualifiées :

  • Le Frère Gérémie Sollé, ancien président de la CPMAM, résidant au Cameroun, dont l’expérience de terrain nourrit une réflexion pragmatique sur les enjeux africains contemporains ;
  • La Sœur Marie Nang, ancienne Présidente du GFEQA, vivant en France, engagée de longue date dans les questions africaines et la transmission des valeurs humanistes.

Leurs interventions ont permis de dégager une vision à la fois lucide et constructive de l’Afrique, mettant en lumière les défis, mais aussi les ressources internes du continent GFEQA- Conférence de Douala 202….

Les axes majeurs de réflexion portés par le GFEQA

À Douala comme lors des REHFRAM, le GFEQA structure son action autour de plusieurs axes fondamentaux, régulièrement approfondis lors de conférences, ateliers et publications :

🔹 Gouvernance et responsabilité politique

Analyse des fragilités institutionnelles, de la gouvernance publique et des conditions nécessaires à un développement durable et endogène.

🔹 Environnement et changement climatique

Engagement fort sur les enjeux environnementaux, avec notamment :

  • la promotion de la reforestation (Forêt de la Fraternité),
  • la sensibilisation des populations,
  • l’implication citoyenne des francs-maçons face au défi climatique.

🔹 Culture, éducation et transmission

Conviction que l’Afrique dispose dans sa propre culture des ressorts de son avenir, et que l’éducation est un levier essentiel de transformation sociale GFEQA-249-2025-03- VFinale.

🔹 Rôle éthique du franc-maçon dans la Cité

Réaffirmer la responsabilité morale et sociale du franc-maçon face aux crises contemporaines, qu’elles soient politiques, environnementales ou humanitaires.

Une méthode fondée sur le dialogue et l’action

Les travaux du GFEQA se distinguent par une méthode rigoureuse et ouverte :

  • conférences-débats avec des experts africains et internationaux,
  • ateliers de réflexion collective lors des REHFRAM,
  • publications régulières, notamment le bulletin Fraternité Europe Afrique,
  • propositions concrètes adressées aux acteurs institutionnels et associatifs.

Cette approche vise à transformer la réflexion en action, sans dogmatisme, mais avec exigence intellectuelle et fraternité vécue.

Douala : un symbole de continuité et d’avenir

La tenue de cette conférence à Douala illustre la volonté du GFEQA de penser l’Afrique depuis l’Afrique, en dialogue permanent avec les réalités locales. Les agapes fraternelles qui ont suivi la conférence ont prolongé ce temps d’échange dans un esprit de convivialité et de fraternité active, fidèle à l’ADN du Groupe GFEQA- Conférence de Douala 202….

Conclusion – Le GFEQA, un pont fraternel entre les continents

Par ses activités à Douala, comme par sa participation constante aux REHFRAM, le GFEQA confirme sa vocation :
👉 être un pont intellectuel, culturel et fraternel entre l’Afrique et l’Europe,
👉 contribuer à l’émergence d’une pensée africaine libre, responsable et tournée vers l’avenir.

Dans un monde traversé par des crises multiples, le GFEQA rappelle que le dialogue, la connaissance et la fraternité demeurent des outils puissants de transformation.