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29-31/05/26 – Avec « [De]Main en Mains », les IM&E d’Épinal ouvrent le chantier de demain

Du 29 au 31 mai 2026, le Temple maçonnique d’Épinal accueillera la XIIIe édition des Imaginales Maçonniques & Ésotériques. Autour du thème [De]Main en Mains, douze conférences exploreront la main comme outil, symbole, passage, transmission et promesse d’avenir.

Il est des thèmes qui paraissent simples parce qu’ils nous accompagnent depuis toujours

La main en fait partie. Elle touche, elle façonne, elle écrit, elle transmet, elle console, elle élève. Elle est l’outil premier de l’être humain, mais aussi l’un des plus anciens langages de l’âme. En choisissant pour thème « [De]Main en Mains », les Imaginales Maçonniques & Ésotériques d’Épinal placent leur XIIIe édition sous le signe du geste, de la transmission et de l’avenir à construire.

Nées en 2013 dans le prolongement du 150e anniversaire de la Loge La Fraternité Vosgienne du Grand Orient de France, installée à Épinal en 1862, les Imaginales Maçonniques & Ésotériques se sont peu à peu imposées comme un rendez-vous original dans le paysage maçonnique, culturel et symbolique français. Elles s’articulent au grand festival des Imaginales d’Épinal, présenté par les organisateurs comme le premier festival des littératures de l’imaginaire en France, attirant 40 000 visiteurs par an.

Ce lien entre imaginaire, construction et ésotérisme porte en lui une véritable charge symbolique

Il rappelle que l’initiation n’est jamais étrangère à la puissance des images, des récits et des symboles. Construire, ce n’est pas seulement assembler des pierres. C’est ordonner le chaos, donner forme à l’invisible, faire passer une intuition dans la matière. L’ésotérisme, au sens noble, n’est pas fuite hors du monde, mais recherche de ce qui ne se donne pas immédiatement au regard.

Cette treizième édition aura lieu les 29, 30 et 31 mai 2026 au Temple maçonnique d’Épinal, 7 avenue de Provence

Éric Badonnel, co-pdt IM&E

Comme les années précédentes, elle proposera au public un cycle de conférences ouvertes, portées par des intervenants maçons ou non maçons, dans un esprit de dialogue, d’écoute et de libre recherche. Les organisateurs rappellent que plus d’une centaine d’intervenants ont déjà pris part aux éditions précédentes et que plus de 10 000 auditeurs se sont rendus au Temple au fil de ces douze années.

Le thème 2026 ouvre un champ symbolique particulièrement fécond

Patrice Lhote, co-pdt IM&E

La main est d’abord celle des origines, posée sur la paroi de la grotte comme une première signature humaine. Elle est ensuite celle de l’artisan, du bâtisseur, du chirurgien, du musicien, du compagnon, du frère, de l’accoucheur, de l’écrivain, de celui qui donne et de celui qui reçoit. Entre la main et demain, il n’y a qu’un déplacement de lettres, mais il y a surtout une leçon initiatique. L’avenir n’est pas une abstraction. Il se prépare dans les gestes d’aujourd’hui.

Le programme 2026 en témoigne avec une belle diversité d’approches

Claude Vautrin ouvrira les travaux le vendredi 29 mai avec « Les Mains qui parlent ». Le samedi 30 mai, Francis Janot évoquera « Le tour de main d’un faïencier d’Amon… », Pierre-Yves Bocquet interrogera les libertés à travers « Main-basse sur la Constitution… », Éric Badonnel questionnera les solidarités de demain, Joëlle Marchal parlera d’adelphité, Pierre Douglas abordera la justice avec les mots d’aujourd’hui, tandis que le docteur Yves Jacob traitera de la chirurgie de la main.

J.-J._Zambrowski

Le dimanche 31 mai prolongera cette traversée symbolique avec Jacques Oréfice et « La Main de l’accoucheur », Jean-Jacques Zambrowski et « La poignée de mains en Franc-Maçonnerie », Olivier Dartevelle et « La Main du musicien », Yonnel Ghernaouti avec « La Main ouvrière, compagnonnique et bâtisseuse de l’Antiquité à nos jours », puis Solange Sudarskis avec « La Main fraternelle en Franc-maçonnerie, pour un toucher de l’Œuvre initiatique ». La journée se conclura à 18 heures par la remise du Prix Cadet Roussel.

La présence de Solange Sudarskis donnera à cette édition une résonance particulière

Lauréate du Prix Cadet Roussel 2026 pour l’ensemble de son œuvre et pour son roman L’énigme des Maîtres – les mains de l’éternité (L.O.L., 2025), elle incarne précisément cette voie où l’écriture, le symbole et la transmission se rejoignent.

Il faut aussi entendre, derrière ce thème, une méditation sur la continuité. Jacques Oréfice, président fondateur des Imaginales Maçonniques & Ésotériques d’Épinal, évoque cette année le geste de « passer la main ». L’expression est belle, parce qu’elle dit à la fois le retrait, la confiance et la fidélité à l’œuvre entreprise. Passer la main, ce n’est pas abandonner le chantier. C’est accepter que l’ouvrage continue par d’autres mains, avec d’autres forces, d’autres voix, d’autres élans.

Jacques Oréfice, pdt fondateur des IM&E

Dans un temps où les discours se durcissent, où la parole publique se fragmente, où les réseaux sociaux opposent plus souvent qu’ils ne relient, cette édition rappelle que la main demeure un symbole de présence concrète. Elle ne se contente pas de commenter le monde. Elle agit. Elle répare. Elle transmet. Elle relie. Elle donne corps à la fraternité.

Aux Imaginales Maçonniques & Ésotériques d’Épinal, le Temple devient ainsi un lieu de passage entre le visible et l’invisible, entre l’imaginaire et la pensée, entre l’héritage et la promesse.

De main en mains, quelque chose se transmet qui dépasse chacun de nous. Une méthode, une exigence, une confiance, peut-être même une espérance.

Car demain ne naît jamais d’une idée seule. Il naît d’une main tendue, d’un geste transmis, d’une œuvre reprise.

À Épinal, du 29 au 31 mai 2026, les Imaginales Maçonniques & Ésotériques nous rappelleront que la fraternité n’est pas seulement une parole. Elle est une main qui bâtit.

IM&E, le SITE / Photo bandeau © Yonnel Ghernaouti, YG

ATHANOR : revue de presse hebdo – N°7

Quand l’affaire repart, du box des accusés jusqu’aux colonnes de L’Équipe. Nous pouvions croire, au regard de la revue de presse n°6, que l’affaire Athanor allait peu à peu s’éloigner du premier plan, s’installer dans ce temps long des grands procès que l’actualité finit par recouvrir. Il n’en est rien.

Cette semaine, le dossier se relance

Site L’Équipe 9 mai 2026.jpg

Les témoignages des victimes, les remords affichés des accusés, les interrogatoires des têtes pensantes présumées et jusqu’à l’entrée de L’Équipe dans le récit médiatique montrent qu’Athanor demeure une affaire-limite, où se croisent violence privée, faux renseignement, loge dévoyée et effondrement moral. À 450.fm, nous continuons de recevoir de très nombreux messages de Frères qui disent leur malaise et déplorent le silence, qu’ils jugent regrettable, de leur obédience.

La semaine écoulée marque un rebond très net du procès Athanor

Alors que nous relevions encore récemment un tassement relatif de la couverture médiatique, l’audience a brutalement retrouvé sa puissance de saisissement. La raison en est simple. Après les structures, les circuits, les faux-semblants du renseignement, les missions supposées et les zones grises de la DGSE, le procès est revenu à ce que toute mécanique criminelle essaie toujours de tenir à distance, la victime, son corps, sa mémoire, sa vie détruite, ses proches, son monde bouleversé.

Le témoignage de Marie-Hélène Dini a constitué, cette semaine, un moment de bascule

En venant à la barre raconter sa descente aux enfers, la coach en entreprise dont la tentative d’assassinat déjouée avait permis d’ouvrir la boîte de Pandore Athanor, a redonné au dossier son centre de gravité humain. Le crime projeté n’était plus seulement un épisode parmi d’autres dans une officine criminelle nourrie de fantasmes, de commanditaires et d’exécutants. Il redevenait ce qu’il est fondamentalement, la volonté froide d’effacer une personne réelle, dans sa chair, dans son existence, dans sa dignité.

C’est aussi la raison pour laquelle plusieurs médias ont remis l’affaire au premier plan

Le Parisien a insisté sur le calvaire d’une femme devenue, selon ses mots, persona non grata dans son propre milieu professionnel. Le HuffPost a mis en scène la rencontre entre une victime « anéantie » et celui qui, par son instinct, son regard et son appel au 17, a vraisemblablement empêché le passage à l’acte. Ouest-France a souligné l’épreuve presque insoutenable que représente le fait de se tenir à quelques mètres de ceux qui ont voulu vous tuer.

Citoyens.com, de son côté, a resitué le témoignage dans le temps long d’une vie brisée, d’une paranoïa installée, d’un univers familial déstabilisé, rappelant aussi le versant val-de-marnais de l’affaire.

Mais la relance de cette semaine ne tient pas seulement au retour des victimes à l’avant-scène

Elle tient aussi au fait que le procès commence désormais à atteindre d’autres sphères médiatiques, là où on ne l’attendait pas forcément.

Que L’Équipe, à travers un long récit consacré à l’assassinat du pilote automobile Laurent Pasquali, choisisse à son tour d’entrer dans Athanor, voilà qui dit beaucoup. Non seulement l’affaire ne s’éteint pas, mais elle déborde désormais les rubriques judiciaires habituelles pour contaminer d’autres territoires du récit public. Cela confirme que nous ne sommes pas face à un banal dossier de cour d’assises, mais devant une affaire tentaculaire dont les ramifications continuent de produire des effets inattendus.

L’autre temps fort de la semaine est celui des interrogatoires des figures majeures de l’officine criminelle

Le 11 mai, Le Parisien braque sa lumière sur Daniel Beaulieu, présenté comme le maître d’œuvre présumé des contrats exécutés par la cellule criminelle. L’article pose la question essentielle, peut-être la plus difficile de tout ce procès, qui manipulait qui. Qui décidait. Qui transmettait. Qui se cachait derrière le rôle du simple intermédiaire. Qui continue, devant la cour, à jouer avec le vrai et le faux. Athanor devient alors un procès de la manipulation autant qu’un procès des faits.

Le 13 mai, BFM TV pousse plus loin encore cette lecture, en donnant à voir les remords exprimés par Frédéric V., décrit comme l’une des têtes pensantes de l’officine. L’ancien journaliste, qui commence par demander pardon à Marie-Hélène Dini, déroule un récit d’autant plus accablant qu’il est précis. Il raconte l’engrenage, le renseignement économique, le vol de l’ordinateur, la montée en pression de Jean-Luc Bagur, l’entrée en scène de Daniel Beaulieu, puis la bascule vers la proposition explicite de faire disparaître quelqu’un. Le texte est lourd, parce qu’il n’y a ici ni éclat ni folie spectaculaire, mais cette médiocrité froide des hommes qui se racontent après coup en cherchant encore leur place exacte dans le désastre.

Tout cela ramène inévitablement à une question maçonnique et institutionnelle que nous ne cessons, à 450.fm, de poser

Comment une telle affaire peut-elle continuer de se déployer dans l’espace public sans qu’une parole claire, ferme, intelligible, assumée, ne vienne de l’obédience concernée pour marquer une frontière nette entre l’idéal initiatique et sa plus sinistre caricature ? Nous recevons beaucoup de messages de Frères qui disent leur lassitude, leur gêne, parfois leur honte, et qui jugent regrettable le silence de leur obédience. Ce malaise, désormais, ne relève plus d’une impression diffuse. Il devient un fait de climat intérieur.

À cet égard, il n’est pas interdit de penser que le prochain Convent de la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française, en Septembre, pourrait se tenir dans une atmosphère tendue.

Nous le disons ici comme une hypothèse politique et fraternelle, non comme une certitude Mais il serait surprenant qu’une affaire de cette ampleur, accompagnée d’un silence aussi prolongé, ne produise aucun effet lors d’un grand rassemblement obédientiel. Le contexte électoral récent de L’Alliance rappelle d’ailleurs que les équilibres internes n’ont rien d’écrasant.

Pierre Lucet

Pierre Lucet a été élu au second tour avec 54,6 % des suffrages, alors que six voix seulement séparaient les deux candidats au premier tour. Plus de 1 000 Frères étaient présents au Convent, 422 loges représentées sur 685. Une participation forte, un corps obédientiel mobilisé, des sensibilités diverses, tout cela dessine un paysage où les tensions, si elles s’expriment, peuvent prendre du relief.

Autrement dit, l’affaire Athanor ne met plus seulement à l’épreuve les accusés, les victimes, la cour et les avocats

Elle travaille désormais le dedans même de l’obédience concernée. Elle creuse un écart entre la vie institutionnelle ordinaire, les grands congrès fraternels, les prises de parole de circonstance, et le réel brut d’un procès où l’on entend des femmes raconter la peur, des hommes demander pardon, des accusés se renvoyer les rôles, des journalistes dérouler des chroniques de plus en plus sombres. Plus le procès avance, plus cette contradiction devient visible.

Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française (GL-AMF)
Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française (GL-AMF)

Il faut aussi relever que le Congrès national de Nancy, en août 2025, avait précisément pour ambition de faire vivre la fraternité entre des Frères issus de sensibilités et de rites différents, dans un cadre à la fois solennel et convivial, avec la présentation d’un bilan annuel et de projets pédagogiques, culturels et internationaux. L’idéal institutionnel est donc connu, affiché, revendiqué.

C’est ce qui rend le silence actuel encore plus difficile à comprendre

Entre l’obédience qui se pense comme lieu de fraternité, de transmission et de rayonnement, et l’obédience touchée en plein cœur symbolique par l’affaire Athanor, il y a désormais un vide de parole que beaucoup ne supportent plus.

Cette semaine, en somme, confirme une chose

Athanor ne se tasse pas. Athanor change d’angle, se déplace, se recharge, revient par les victimes, par les cerveaux présumés, par les remords, par les ramifications, et même par des médias où l’on ne l’attendait pas. Le feu médiatique n’est pas continu, mais il reprend à chaque fois que l’audience livre de nouvelles braises. Et l’on comprend peu à peu que ce procès ne sera pas seulement un long procès de faits, mais un long procès de conscience.

Athanor poursuit donc sa course sombre, avec cette étrange capacité à réapparaître là où on croyait le voir s’éteindre

Une victime parle, un accusé vacille, un récit sportif s’en empare, un ancien maître espion brouille encore les lignes, et l’affaire repart. Plus les audiences avancent, plus une évidence se durcit. Ce n’est plus seulement un procès criminel. C’est aussi, pour une partie du monde maçonnique, un procès du silence.

Revue de presse hebdo – N°7 Dans l’ordre chronologique

6 mai 2026

Le Parisien
Au procès Athanor, le calvaire d’une cible des tueurs : « Je suis devenue persona non grata dans mon milieu professionnel »
Par Timothée Boutry
https://www.leparisien.fr/faits-divers/au-proces-athanor-le-calvaire-dune-cible-des-tueurs-je-suis-devenue-persona-non-grata-dans-mon-milieu-professionnel-06-05-2026-N2OK3U73VRAMTP26XK6XNNVQ3I.php

Article centré sur le témoignage de Marie-Hélène Dini devant la cour d’assises de Paris. Le papier restitue sa longue descente aux enfers, l’ostracisation professionnelle qu’elle dit avoir subie et le rôle décisif du témoin qui, en juillet 2020, a remarqué une Clio suspecte et donné l’alerte.

6 mai 2026

HuffPost
Au procès Athanor, la rencontre entre une victime « anéantie » et son « homme providentiel »
Par Claire Digiacomi
https://www.huffingtonpost.fr/france/article/au-proces-athanor-la-rencontre-entre-une-victime-aneantie-et-son-homme-providentiel_263467.html

Le HuffPost met en avant la force émotionnelle de l’audience. Marie-Hélène Dini y raconte sa vie détruite par la tentative d’assassinat, tandis que l’homme qui a permis l’interpellation des deux militaires se retrouve, pour la première fois, face à celle qu’il a probablement sauvée. Le texte élargit aussi le regard aux autres victimes, notamment Hassan Touzani.

6 mai 2026

Ouest-France
Procès Athanor : « Être à deux mètres de ceux qui ont voulu vous tuer, c’est compliqué… »
Par Pierrick Baudais
https://www.ouest-france.fr/societe/justice/proces-athanor-etre-a-deux-metres-de-ceux-qui-ont-voulu-vous-tuer-cest-complique-49d59a32-495a-11f1-8d87-12b6ad9d9d1b

Le quotidien insiste sur la violence du face-à-face judiciaire. L’article raconte comment Marie-Hélène Dini a appris qu’elle avait été la cible d’une tentative d’assassinat et restitue l’effet profondément traumatique de la confrontation avec les accusés.
Repris également par maville.com
https://nantes.maville.com/actu/actudet_-proces-athanor-etre-a-deux-metres-de-ceux-qui-ont-voulu-vous-tuer-c-est-complique…-_54135-7308516_actu.Htm

7 mai 2026

Citoyens.com
Créteil : réchappée d’une tentative de meurtre, la coach raconte sa descente aux enfers
https://citoyens.com/2026/creteil-rechappee-dune-tentative-de-meurtre-la-coach-raconte-sa-descente-aux-enfers,07-05-2026.html

Un article utile pour replacer le témoignage dans le cadre val-de-marnais du dossier. Le site rappelle que c’est l’échec de la tentative d’assassinat de Marie-Hélène Dini qui a contribué à faire tomber l’édifice criminel Athanor. Le texte évoque aussi les conséquences familiales du drame.

7 mai 2026

Mediapart
Au procès Athanor, la vie brisée d’une femme ordinaire victime d’une affaire extraordinaire
Par Matthieu Suc
https://www.mediapart.fr/journal/france/070526/au-proces-athanor-la-vie-brisee-d-une-femme-ordinaire-victime-d-une-affaire-extraordinaire

Mediapart insiste sur la portée humaine du témoignage de Marie-Hélène Dini. L’article montre comment une vie ordinaire peut être dévastée par une mécanique criminelle hors norme et souligne qu’en fin d’audience, le commanditaire présumé a présenté ses excuses.

9 mai 2026

L’Équipe
Dettes, loge maçonnique et barbouzeries : l’improbable réseau criminel derrière l’assassinat du pilote automobile Laurent Pasquali
Par Stéfan L’Hermitte
https://www.lequipe.fr/Sport-auto/Article/Grand-recit-dettes-loge-maconnique-et-barbouzeries-l-improbable-reseau-criminel-derriere-l-assassinat-du-pilote-automobile-laurent-pasquali/1674145

C’est l’un des faits médiatiques majeurs de la semaine. L’Équipe entre dans Athanor par le versant sportif et criminel du meurtre de Laurent Pasquali. Cette irruption du dossier dans un grand média sportif montre que l’affaire déborde désormais largement le seul périmètre judiciaire traditionnel. Même là où l’on aurait pu croire l’affaire en voie d’atténuation, elle ressurgit.

11 mai 2026

Le Parisien
« La manipulation, c’est la soumission librement consentie » : au procès Athanor, l’impossible vérité du maître espion
Par Christel Brigaudeau
https://www.leparisien.fr/faits-divers/la-manipulation-cest-la-soumission-librement-consentie-au-proces-athanor-limpossible-verite-du-maitre-espion-11-05-2026-EULWXP342ZEAJE6WQAAZGL477M.php

Article consacré à Daniel Beaulieu, présenté comme l’un des maîtres d’œuvre présumés de l’officine criminelle. Le papier interroge les lignes de commandement, la circulation des ordres et la part de manipulation dans la construction même du dossier. Il pose l’une des questions centrales du procès, qui tirait réellement les ficelles.

13 mai 2026

BFM TV
« Ce que j’ai fait est impardonnable » : au procès Athanor, les remords d’une tête pensante de l’officine criminelle
Par Sylvain Allemand
https://www.bfmtv.com/police-justice/ce-que-j-ai-fait-est-impardonnable-au-proces-athanor-les-remords-d-une-tete-pensante-de-l-officine-criminelle_AN-202605130537.html

Long papier, avec vidéo et audio, sur l’interrogatoire de Frédéric V. L’ancien journaliste, présenté comme l’une des figures centrales de l’officine, exprime ses remords, reconnaît sa responsabilité et détaille la chaîne qui a conduit du renseignement économique au projet d’assassinat de Marie-Hélène Dini. L’article montre aussi comment il charge Daniel B. et Jean-Luc B., laissant entière la question de la véritable tête pensante du système.

Illustration article BFM TV

Autres articles de la série

Le secret, cette lumière qui se mérite

Avec Le Livre des Secrets, la Loge de Perfection Germain Hacquet du Grand Collège des Rites Écossais GODF propose une traversée rare de l’un des grands mots de l’initiation. Philosophie, littérature, Hergé, Maupassant, Pascal, soufisme, zoroastrisme et Rite Écossais Ancien Accepté y composent une méditation collective sur ce que nous taisons, ce que nous transmettons et ce que la lumière ne révèle qu’à ceux qui savent encore attendre.

Le Livre des Secrets appartient à ces ouvrages qui ne livrent pas le mystère en pâture à la curiosité, mais qui restituent au secret sa dignité première

Le mot lui-même y cesse d’être une cachette, un artifice, une énigme mondaine ou une coquetterie d’initiés. Il devient une manière d’habiter la connaissance, une ascèse de la parole, une discipline intérieure par laquelle l’être apprend que toute vérité n’est pas bonne à dire n’importe quand, ni à recevoir sans préparation. Ce trentième volume des Essais Écossais, publié par le Grand Collège des Rites Écossais GODF, rassemble les travaux de la Loge de Perfection Germain Hacquet, fondée en 2018 afin de porter une réflexion collective sur de grands thèmes maçonniques. Le choix du sujet touche au cœur même du Rite Écossais Ancien Accepté, puisque le Maître Secret, premier degré post-magistral, place d’emblée l’initié devant cette interrogation décisive. Que signifie garder le secret lorsque le monde prétend tout voir, tout dire, tout exhiber.

La préface de Christian Confortini, Très Puissant Souverain Grand Commandeur du Grand Collège des Rites Écossais du Suprême Conseil du Grand Orient de France, donne d’emblée au volume sa juste hauteur.

Elle rappelle que le secret n’est pas un accessoire du parcours écossais, mais l’une de ses portes les plus exigeantes.

Christian Confortini

Dans cette parole d’ouverture, le secret apparaît comme une invitation aux mystères, mais aussi comme une responsabilité. Il ne s’agit pas de dissimuler pour posséder, ni de taire pour dominer. Il s’agit de préserver ce qui doit mûrir, de garder ce qui ne peut être transmis qu’à travers une expérience, de comprendre que l’initiation n’est jamais une accumulation de savoirs, mais une transmutation du regard. Cette préface situe ainsi le livre dans la continuité d’une tradition où la parole juste ne vaut que par le silence qui l’a préparée.

L’avant-propos de Marc Lebiez prolonge cette ouverture avec une finesse philosophique qui mérite d’être soulignée

Franc-maçon au Grand Orient de France depuis 1986, philosophe, auteur d’une dizaine d’ouvrages, Marc Lebiez a notamment publié aux éditions Kimé Transcendance de l’État en 2019 et L’espérance par principe en 2020. Son approche donne au volume une assise intellectuelle solide, mais jamais desséchée. Il rappelle que le secret ne relève pas seulement de l’inavoué ou du caché. Il appartient à la structure même de la pensée et de la transmission. Il y a dans le secret une tension entre ce qui se donne et ce qui se refuse, entre ce qui appelle la parole et ce qui exige la retenue. Marc Lebiez introduit ainsi le lecteur à une méditation qui ne sépare jamais la rigueur conceptuelle de l’expérience intérieure.

La force du volume tient à son refus de réduire le secret à une seule définition

Le secret est familial, littéraire, politique, artisanal, poétique, religieux, mystique, philosophique et initiatique.

Il traverse les filiations trouées, les vocations silencieuses, les métiers transmis, les textes à double fond, les traditions de feu et les voies spirituelles où le voile ne dissimule pas la lumière mais la protège. Cette pluralité donne à l’ouvrage une respiration profonde. Chaque contribution ouvre une porte différente, mais toutes conduisent vers une même chambre intérieure où se joue la relation entre parole et silence, entre révélation et retenue, entre savoir et sagesse.

Le texte de Michel Barat, « Lumière et secret de la pensée », occupe dans cette architecture une place particulièrement haute

Michel Barat

Né le 25 mars 1948, Michel Barat est docteur d’État ès lettres et agrégé de philosophie et a consacré plusieurs ouvrages à la pensée maçonnique et à cette conversion intérieure du regard dont témoignent notamment La Conversion du regard et La Fin des Lumières. Sa contribution rappelle que la pensée véritable ne surgit pas dans la clarté immédiate d’un énoncé. Elle mûrit dans une zone de silence, dans une réserve active, dans une nuit féconde où l’esprit pressent avant de formuler. Socrate, Héraclite, Parménide, Platon, Descartes, Kant ou Hegel ne sont pas convoqués comme des autorités lointaines, mais comme les témoins d’une aventure de l’intelligence. Penser, pour Michel Barat, revient à supporter l’écart entre ce qui se montre et ce qui demeure encore en retrait. La raison ne tue pas le mystère. Elle apprend à reconnaître que le mystère donne à la raison sa profondeur.

C’est ici que le livre touche à l’essentiel maçonnique.

Le secret initiatique ne réside pas dans des informations que la curiosité profane pourrait arracher

Les mots, les signes, les gestes, les récits ont depuis longtemps circulé au-dehors. Leur divulgation ne les épuise pas, car leur vérité n’est jamais dans leur exposition brute. Elle tient à l’épreuve intérieure qu’ils imposent. Un symbole ne se possède pas. Il travaille celui qui accepte de se laisser instruire par lui. L’équerre, le compas, la parole perdue, la lumière, la voûte, le tombeau, la chaîne et le silence ne valent que par la transformation qu’ils rendent possible. Ainsi compris, le secret maçonnique n’est pas une clôture. Il est une méthode de maturation.

Le choix de relire Hergé, sous la plume de Jean-Pierre Villain, ne nous est pas étranger

Jean-Pierre-Villain

Les lecteurs de 450.fm apprécient depuis longtemps ces décryptages maçonniques des aventures de Tintin, où l’album familier cesse d’être seulement une mémoire d’enfance pour devenir une carte symbolique. Avec Le Secret de la Licorne, Jean-Pierre Villain montre que l’enquête tintinienne obéit à une logique initiatique très précise. Une maquette achetée aux puces, trois vaisseaux, trois parchemins dissimulés, une généalogie maritime, une crypte familiale, le château de Moulinsart, les frères Loiseau, le capitaine Haddock retrouvant le fil de son lignage, tout cela compose bien davantage qu’une intrigue d’aventure. Nous voyons se former un parcours de reconnaissance. Le trésor n’est pas seulement au bout de la quête. Il est dans la manière dont les signes dispersés réapprennent au sujet à lire le monde. Hergé devient alors, sous cette lecture, un merveilleux passeur d’ombres et de clartés. L’enfance n’y est pas fuite hors du réel, mais puissance de disponibilité au signe. Tintin cherche, rassemble, compare, vérifie, reprend, recommence. La Maçonnerie connaît cette patience. Elle sait que le fragment n’a de sens que relié à d’autres fragments, et que la lumière ne vient jamais d’un seul coup.

Cette contribution consacrée à Hergé donne au volume une tonalité particulièrement heureuse, car elle rappelle que le secret vit aussi dans la culture populaire, dans les images apparemment familières, dans les récits que nous croyions connaître.

Le Secret de la Licorne devient une leçon de méthode

Herge-Italie-1965-Linus

Il faut distinguer l’objet et son nom, l’apparence et sa fonction, le navire et son message, le trésor matériel et le trésor intérieur. La licorne n’est pas seulement le nom d’un bateau. Elle est une figure de passage, une blancheur héraldique, une promesse de pureté perdue et retrouvée. La crypte, le parchemin, le château, la transmission familiale et le retour du capitaine Haddock vers sa propre mémoire disent quelque chose d’une initiation profane par l’image. Hergé, relu de cette manière, rejoint la grande bibliothèque symbolique où chaque aventure devient aussi un apprentissage du regard.

Les autres contributions enrichissent encore cette architecture du secret en lui donnant des visages multiples

Laurent Segalini

Antoine Masingue aborde les secrets de famille, ces silences transmis avec le sang, ces ombres intimes qui travaillent les lignées et rappellent que toute filiation porte parfois une chambre close. Hervé Le Guern prolonge cette méditation à travers Pierre et Jean de Guy de Maupassant, où le secret familial devient poison lent, révélateur cruel des failles de l’identité et de la vérité des origines. Laurent Segalini, avec Secretum et excretum, explore le lien troublant – presque de façon alchimique – entre ce qui est tenu à part et ce qui est rejeté, rappelant que le secret touche aussi aux zones de refoulement, de transformation et d’ombre du corps comme de la parole.

Stéphane Itic, en revenant à Suétone et Procope, montre combien l’Antiquité connaissait déjà la puissance politique du secret révélé, de l’indiscrétion maîtrisée et de la parole différée. Michèle Sellès Lefranc fait entendre, avec Orphée, la part poétique et musicale de la transmission, cette voix qui descend aux enfers pour tenter de ramener une lumière perdue.

Orphée
Blaise Pasca

Pam, en évoquant le secret des artisans et des artistes, rejoint l’ancienne sagesse opérative, celle du geste appris, du métier reçu, du tour de main que nulle explication ne remplace. Jean-Louis Bischoff, avec « Pascal et le secret politique », ouvre la réflexion vers les rapports complexes entre autorité, raison d’État, prudence et vérité. Fabrice Gutnik et Frank Jamet ramènent l’ensemble au cœur battant du Rite Écossais Ancien Accepté avec « L’Étincelle initiatique du Maître Secret », où le secret cesse d’être notion pour redevenir expérience de degré, seuil intérieur, vigilance et responsabilité. Alexandre Ratle élargit l’horizon avec le secret chez les soufis persans, voie d’intériorité ardente où le voile protège l’intime rencontre avec le divin. Enfin, L. S., en consacrant son étude à Zoroastre, rappelle que toute religion à mystères articule le feu, la lumière, le combat spirituel et la transmission réservée à ceux qui acceptent l’épreuve de la connaissance. Ainsi, chaque intervenant ajoute une pierre à l’édifice, non pour fermer le sens, mais pour montrer que le secret circule entre l’intime et le cosmique, entre la maison familiale et le Temple, entre le corps, le langage, l’art, la politique, la poésie et le sacré.

Le volume gagne ainsi en amplitude

Christian Confortini

De Christian Confortini à Marc Lebiez, de Michel Barat à Jean-Pierre Villain, de la philosophie à la bande dessinée, du secret de la pensée au secret de la Licorne, une même question circule. Que faisons-nous de ce qui se dévoile. Sommes-nous capables de recevoir sans consommer, de comprendre sans réduire, d’approcher sans profaner. Le monde contemporain confond volontiers transparence et vérité. Il croit que tout ce qui se montre devient connu. Le Livre des Secrets oppose à cette illusion une sagesse plus exigeante. Il rappelle qu’une vérité mal reçue devient presque aussitôt un bruit, qu’une parole donnée trop tôt se défait, qu’un symbole livré sans travail n’est plus qu’un signe vide. À l’inverse, le secret justement gardé prépare l’esprit, fortifie le désir, polit l’attention et rend possible une vraie rencontre avec la lumière.

La beauté de cet ouvrage collectif tient enfin à son équilibre entre érudition et ferveur

Les textes ne cherchent pas à enfermer le sujet dans une doctrine. Ils font circuler l’air. Maupassant, Pascal, les historiographes antiques, les artisans, les artistes, Orphée, les soufis persans, Zoroastre et le Maître Secret composent une constellation où chaque étoile éclaire une autre. Le secret y apparaît comme l’un des grands opérateurs de l’humain. Il blesse lorsqu’il devient mensonge. Il libère lorsqu’il devient fidélité. Il détruit lorsqu’il enferme. Il élève lorsqu’il protège ce qui doit encore mûrir. Voilà sans doute l’une des grandes leçons de ce livre. Tout secret n’est pas noble, mais toute noblesse spirituelle suppose une part de secret.

Le Livre des Secrets mérite donc une lecture lente, presque recueillie

Il rappelle que la franc-maçonnerie ne transmet pas d’abord des réponses, mais une qualité d’attention. Elle ne demande pas seulement de savoir, mais de devenir capable de recevoir. Le secret n’est plus alors une propriété réservée à quelques-uns. Il est une épreuve offerte à chacun. Il mesure notre rapport au temps, à la parole, à l’autre, à l’héritage, à la lumière.

Par sa diversité, par la parole liminaire de Christian Confortini, par l’avant-propos de Marc Lebiez, par la hauteur du texte de Michel Barat, par la saveur symbolique de la relecture d’Hergé par Jean-Pierre Villain, ce volume s’impose comme une pierre précieuse dans la collection des Essais Écossais. Il rappelle que la lumière initiatique ne chasse pas la nuit. Elle l’écoute, elle la traverse, elle y découvre la profondeur sans laquelle aucun éclat ne serait durable.

Le secret n’est pas une serrure. Il est une veille. Il garde en nous cette part de silence où la pensée devient lumière, où le symbole devient passage, où Tintin lui-même, cherchant la Licorne, rejoint à sa manière la longue procession des chercheurs de vérité.

Le Livre des Secrets
Collectif – Grand Collège des Rites Écossais GODF, coll. Les Essais Écossais, vol. 30, 210 pages, 15 €
/ Disponible à la Librairie des Rites Écossais

RADIO FRANCE : la Grande Loge de France ouvre une cinquième loge à Avignon

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De notre confrère Radio France

La Grande Loge de France a inauguré le lundi 11 mai une cinquième loge à Avignon, avec une nouveauté symbolique forte : elle fonctionnera en journée. Cette ouverture illustre une franc-maçonnerie qui entend rester fidèle à ses rites tout en s’adaptant aux rythmes de vie contemporains, dans un contexte où les obédiences cherchent à se rendre plus lisibles sans se renier.

Au-delà de l’événement local, cette initiative dit beaucoup de l’évolution de la seconde obédience de France. La Grande Loge de France veut conserver son identité traditionnelle, tout en ouvrant davantage ses portes à des profils plus variés, plus jeunes, et à des frères dont les contraintes professionnelles ou familiales ne permettent pas toujours les réunions du soir. Cette loge de jour devient ainsi un symbole discret mais révélateur d’un mouvement plus large.

Un temple au cœur d’Avignon

Jean-Raphaël Notton, Grand Maître de la Grande Loge de France

Jean-Raphaël Notton, Grand Maître de la Grande Loge de France, a accueilli la presse à l’hôtel de la Grande Loge de France à Avignon, situé au deuxième étage, au-dessus du Grenier à Sel. Le lieu n’a rien d’anodin : il inscrit la présence maçonnique dans un espace patrimonial et central de la cité, au croisement de l’histoire, de la culture et du rituel.

Les francs-maçons s’y réuniront deux fois par mois pour travailler. Dans le vocabulaire maçonnique, travailler signifie réfléchir collectivement, en amont puis en tenue, à une question philosophique, morale ou symbolique, afin d’en débattre ensuite devant les frères. La tenue n’est pas un simple rassemblement : c’est un temps de transformation intérieure par l’échange, l’écoute et la mise à l’épreuve des certitudes.

Une loge de jour

La principale particularité de cette nouvelle loge est son horaire. Elle ne se réunira pas le soir, comme la grande majorité des ateliers maçonniques, mais pendant la journée. Pour Jean-Raphaël Notton, ce choix répond à une nécessité très concrète : permettre à des frères plus âgés, qui ne peuvent plus se déplacer le soir, mais aussi à des plus jeunes, de participer plus facilement à la vie maçonnique.

Cette adaptation n’est pas un détail logistique. Elle traduit une volonté d’ouverture pragmatique, sans abandonner l’exigence du travail initiatique. L’idée est simple : si la maçonnerie veut continuer à attirer et à fidéliser, elle doit parfois adapter ses formes sans modifier son fond. La loge de jour devient alors une réponse à l’évolution des modes de vie, tout en conservant le cœur du rituel.

Le travail intérieur

Ouvriers au travail sur la Pierre
Ouvriers au travail sur la Pierre

Jean-Raphaël Notton résume avec clarté ce qui se joue dans une tenue. Il prend l’exemple d’un sujet comme : « Y a-t-il des limites à la tolérance ? ». Le frère appelé à présenter son travail doit d’abord réfléchir longuement, parfois pendant plusieurs semaines, avant d’exposer ses idées à la loge. Ce processus, dit-il, transforme les certitudes et conduit chacun à s’interroger personnellement sur ses propres valeurs.

Cette manière de procéder est très proche, par certains aspects, de ce que l’on appelle aujourd’hui le développement personnel. Mais la démarche maçonnique va plus loin : elle ne vise pas seulement le mieux-être individuel, elle cherche à former une conscience plus juste, plus lucide, plus capable de dialoguer avec elle-même et avec les autres. La réflexion n’est pas une abstraction ; elle devient une expérience de transformation.

Une tradition qui demeure

La Grande Loge de France, rue Puteaux Paris XVIIe.
La Grande Loge de France, rue Puteaux Paris XVIIe.

Dans la Grande Loge de France, les symboles sont omniprésents : glaives, compas, équerres, architecture sacrée, disposition du temple. Les rituels demeurent au centre de l’expérience maçonnique. Les femmes n’y sont pas admises, la GLDF se situant dans une tradition masculine assumée, tandis que les obédiences féminines et mixtes poursuivent leurs propres voies.

Cette fidélité à une forme héritée n’empêche pas une évolution progressive. Jean-Raphaël Notton souligne que la Grande Loge souhaite s’ouvrir davantage au monde, être mieux comprise et faire reculer les fantasmes qui entourent encore trop souvent la franc-maçonnerie. L’ouverture ne signifie pas renoncement : elle relève d’un effort de lisibilité dans une société où l’institution maçonnique est encore parfois caricaturée ou mal connue.

Plus de portes ouvertes

L’un des signes les plus concrets de cette évolution est la possibilité de candidater en ligne pour rejoindre la Grande Loge de France. Là encore, le geste est significatif. Il ne transforme pas la nature de l’obédience, mais il en modernise l’accès. Dans un univers souvent perçu comme discret, voire opaque, cette démarche répond à une demande de clarté et de simplicité.

À Avignon, l’autre marqueur de cette volonté d’ouverture est patrimonial : le Grand Hôtel de la franc-maçonnerie sera ouvert au public à la fin du mois de septembre, à l’occasion des Journées du Patrimoine. La maçonnerie ne se contente donc plus seulement d’être vue de loin ou imaginée ; elle choisit aussi de se montrer, au moins par certains aspects, à la société civile.

Une franc-maçonnerie en mutation

Cette inauguration avignonnaise dit quelque chose de plus profond qu’une simple création d’atelier. Elle montre une maçonnerie qui tente de concilier deux exigences : préserver le socle rituel et symbolique, tout en s’ajustant aux réalités du temps. La loge de jour, la candidature en ligne, l’ouverture patrimoniale au public composent un même mouvement.

Dans une époque marquée par la défiance, la saturation informationnelle et le besoin de sens, la Grande Loge de France semble vouloir rappeler que la franc-maçonnerie n’est pas un vestige figé.

Elle peut rester un lieu de silence, de travail et de transmission, tout en trouvant des chemins nouveaux pour continuer à exister et à être comprise.

Le Grand Maître de la Grande Loge du Pérou, Luis Tipacti Peña, est décédé subitement

Du site officiel de la Grande Loge du Chili

La franc-maçonnerie latino-américaine est en deuil suite au décès soudain de Luis Tipacti Peña, Grand Maître de la Grande Loge des Anciens Maçons Libres et Acceptés du Pérou, entré en fonction le 25 mars. Cette nouvelle a suscité de nombreuses marques de sympathie au sein des différentes obédiences maçonniques de la région.

Parmi elles, le Grand Maître de la Grande Loge du Chili, Sebastián Jans Pérez, a publié un communiqué exprimant ses condoléances pour cette perte inattendue : « Nous exprimons notre profonde tristesse et notre solidarité à la Grande Loge des Anciens Maçons Libres et Acceptés du Pérou suite au décès soudain de son Grand Maître, et présentons également nos condoléances à sa famille et à tous les Frères francs-maçons du Pérou. »

Le Grand Maître Luis Tipacti Peña

Le Grand Maître Luis Tipacti Peña avait récemment pris ses fonctions à la tête de la franc-maçonnerie péruvienne, accédant à la plus haute fonction de l’institution le 25 mars, inaugurant ainsi une nouvelle ère pour l’obéissance maçonnique historique du Pérou. Le décès du Grand Maître a suscité une vive émotion parmi les loges et les autorités maçonniques du continent, qui ont adressé ces dernières heures leurs condoléances à la franc-maçonnerie péruvienne et à la famille de Luis Tipacti Peña.

Vive et à bas la bien-pensance !

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(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)

Quand j’étais jeune, il y a un bon demi-siècle de cela – mazette ! ce n’est pas d’hier… –, la bien-pensance renvoyait à une sorte de prêchi-prêcha catholique dont on se gaussait volontiers, c.-à-d. à un salmigondis de sottises pompeuses tombant du ciel, endimanchées comme à la messe, qui s’étaient accommodées de tout – surtout pendant la Guerre –, sans renoncer à faire la morale à la terre entière, avec cette idée bien accrochée, comme le Diable au Saint-Sépulcre, de maintenir la société dans un état où la domination des puissants pût non seulement paraître stable mais fût singulièrement garantie par les pauvres, auxquels les prêtres promettaient un séjour radieux dans l’au-delà, grâce à un de ces tours de passe-passe dont ils avaient le secret[1].   

La bien-pensance a, depuis lors, toujours conservé pour moi un arrière-goût péjoratif  bercée par la sérénité médiocre du conformisme. Même si je connais encore une maçonnerie où l’on écoute vraiment l’autre, où l’oreille est éduquée à recevoir sa propre critique, parce que celui à qui la parole est donnée, chemin faisant, décèle les contradictions communes comme il descelle les convictions contraires, j’ai l’impression, qu’aujourd’hui, en maintes loges, quand ne fusent pas les interpellations ombrageuses où se reflètent les tensions du politiquement correct, les certitudes, au mieux, se juxtaposent. Alors, sous l’effet répandu d’un relativisme désabusé, foisonnent des rationalités multiples dont toute opinion sinon toute cause sait se badigeonner pas moins qu’une autre. C’est à ces simples exercices que semblent, désormais, se borner la tolérance et, dans son sillage, la liberté de conscience, de sorte que chacun estime s’en trouver bien pourvu quand il prétend s’en prévaloir aussi passivement que pacifiquement, c.-à-d. sans plus rougir que rugir. Ne serait-ce point là un des derniers subterfuges de la bien-pensance ?

Si l’on veut redonner au mot sa force originaire, le sens qu’il avait au XVIIIe siècle, et désigner encore par bien-pensance la faculté de « penser juste »,  il faut impérativement – pardonnez l’insistance du pléonasme – restaurer en soi l’art du questionnement, en étant à la fois capable de prendre en compte les intentions de pouvoir qui se cachent constamment en dessous du raisonnement et de confronter sans a priori une pluralité de points de vue, d’une manière par nature hétérodoxe, dans un jeu rigoureux d’arguments et d’objections. Il est impérieux, ce faisant, de circonscrire en toute honnêteté les limites que l’on se donne ou que l’on atteint et d’en dresser à chaque fois le constat, en retenant les conclusions provisoires auxquelles on a cru parvenir, car les conditions et les termes de la réflexion changent au gré des éléments, des efforts et du temps. Alors, peut-être, méticuleusement instruits des vastes mouvements de la pensée, nourris mais non repus de bons sentiments, nous redorerons ce vocable ancien, d’accents juvéniles.

Vive et à bas la bien-pensance !


[1] Dieu me le pardonne ! comme eût dit Brassens dont je fus le voisin rue Santos-Dumont, je trouve bien vénielle mon irrévérence jubilatoire, comparée aux excès de la classe ecclésiastique, au cours des siècles… Que l’on me comprenne bien, je ne confonds pas la foi et le clergé, pas plus que je ne mets dans le même sac tous les clercs.

Dans ma lointaine jeunesse, j’ai entretenu une correspondance avec un jésuite, Paul Foulquié, auteur d’un Dictionnaire de la langue philosophique, parmi une abondante bibliographie. Lors d’une de nos rencontres, il me demanda pourquoi je ne deviendrais pas, comme il l’était, un bon disciple de saint Ignace de Loyola. Je lui répondis : « Mon Père, j’y vois deux difficultés : il y a les femmes et il y a la foi. » À quoi il répliqua laconiquement : « Les femmes ? Bon… La foi ? Ah, çà ! » Et nous en restâmes là. En vérité, je ne suis jamais parvenu à déchiffrer l’énigme de ces (pas si) simples interjections et je suis devenu un franc-maçon consciencieux, confronté aux mystères de la vie et de l’univers, comme tout un chacun.

Au demeurant, si le comique et le cosmique ne font pas bon ménage, j’invoquerai les mannes de Søren Kierkegaard pour qui « l’humour [était] la catégorie de l’esprit immédiatement inférieure à la grâce », citation que je conclus, en général, d’un mot définitif : « Il n’y a pas d’esprit sans esprit ! » En d’autres termes, le sens se faufile comme il peut… N’ajoutez pas, je vous en prie : « Rira bien qui rira le dernier » car je ne suis pas sûr que l’avenir que l’homme se prépare soit bien rigolo…

La Franc-maçonnerie abandonnerait-elle la pensée complexe ?

La question n’est pas seulement rhétorique : elle touche au cœur même de ce qui fait la vocation intellectuelle de la Franc-maçonnerie. Dans un monde qui pousse à la simplification, à l’instantané, à la réaction plutôt qu’à la réflexion, la maçonnerie court le risque de céder elle aussi à la facilité du discours bref, de l’opinion rapide et de l’alignement identitaire.

Mais précisément, si elle renonçait à la pensée complexe, elle perdrait une part essentielle de sa mission : relier ce que le siècle sépare, tenir ensemble les contraires, et former des esprits capables de nuance, de profondeur et de responsabilité.

Une époque de réduction

Devise, « Élever l’Homme, éclairer-l’Humanité »

Notre temps adore la synthèse, mais souvent au détriment de la pensée. Résumer n’est pas penser ; couper n’est pas comprendre ; simplifier n’est pas toujours éclairer. La vie intellectuelle contemporaine privilégie les messages courts, les certitudes fermées et les prises de position rapides, alors que la pensée authentique exige du temps, du doute, de la comparaison et de l’architecture intérieure.
C’est là que la pensée complexe, au sens d’Edgar Morin, devient décisive. Elle n’est pas un luxe théorique : elle est une méthode pour penser un monde où tout est relié, interdépendant, instable et contradictoire.

Morin rappelle que le mot complexité vient de complexus, « ce qui est tissé ensemble » : la réalité n’est pas faite d’éléments isolés, mais d’entrelacs, de boucles, de relations, de rétroactions. Or la simplification brutale coupe les fils du tissu. Elle rassure, mais elle appauvrit.

Ce que dit Morin

Adgar Morin (Crédit photo Gérald Garitan)

La pensée complexe ne se réduit ni à la science ni à la philosophie ; elle cherche leur communication, leur circulation, leur dialogue. Elle repose sur l’idée que la connaissance doit accepter l’incertitude, l’ambivalence et la co-présence d’ordres contraires : ordre et désordre, autonomie et dépendance, individu et collectif, liberté et détermination.

Morin insiste sur plusieurs principes : la récursivité, la dialogique, l’hologrammatique, l’auto-éco-organisation. En clair, le tout agit sur les parties, les parties agissent sur le tout, et le sujet qui connaît fait partie du monde qu’il observe. Cela suppose une pensée qui ne sépare pas artificiellement ce qui est lié.
C’est l’exact contraire de la pensée simple, qui découpe, classe, oppose et réduit.

Une affinité maçonnique évidente

La Franc-maçonnerie, dans son idéal, devrait être un terrain naturellement favorable à cette pensée complexe. Elle travaille par symboles, par niveaux de lecture, par échos entre l’histoire, le mythe, la morale, le rituel et l’expérience intérieure. Elle ne prétend pas dire une seule vérité plate ; elle invite à interpréter, à comparer, à relier.
Un rituel maçonnique n’est jamais seulement un rituel ; il est aussi un langage, une pédagogie, une mise en scène du passage, de la transformation, de la limite et du dépassement.

En ce sens, la maçonnerie se situe historiquement du côté de la complexité. Elle demande de tenir ensemble la règle et la liberté, l’universalité et les particularités, la tradition et le devenir, l’individuel et le collectif. Une loge n’est pas censée être une chambre d’écho pour opinions rapides, mais un lieu où l’on apprend à penser avec lenteur, à parler avec justesse, à écouter sans réduire l’autre à une étiquette.

Le risque de la simplification maçonnique

Le danger apparaît lorsque la maçonnerie se laisse contaminer par les logiques du monde extérieur : polarisation, communication instantanée, slogans, rivalités d’ego, positions rigides. À ce moment-là, elle cesse d’être un lieu de travail sur la complexité et devient un espace de répétition des simplismes du dehors.
Or la maçonnerie ne devrait jamais être un refuge pour idées déjà faites ; elle devrait être un lieu où les idées se mettent à l’épreuve.

Le simplisme maçonnique prend plusieurs formes. Il y a d’abord la réduction du symbolisme à des mots d’ordre. Il y a ensuite la transformation de l’initiation en identité fermée. Il y a enfin la tentation de faire de la loge un lieu de conformité sociale, au lieu d’y cultiver la liberté intérieure.
Dans tous ces cas, on remplace la pensée complexe par une pensée d’appartenance.

La pensée complexe comme discipline initiatique

La pensée complexe est profondément initiatique, car elle oblige à accepter que la vérité n’est pas toujours immédiate. Elle demande de relier au lieu de séparer, de voir les tensions au lieu de les nier, de comprendre que les contraires peuvent coexister sans se détruire.
C’est très proche de l’esprit maçonnique : la pierre brute n’est pas niée, elle est travaillée ; l’ombre n’est pas supprimée, elle est intégrée dans l’itinéraire vers la lumière ; le silence n’est pas vide, il prépare la parole juste.

Une loge digne de ce nom devrait former des maçons capables de penser en couches, en correspondances, en systèmes de relations. Une parole maçonnique n’est forte que si elle sait relier le symbole au réel, l’universel au concret, la mémoire à l’action.
Sans cela, elle devient décorative.

Pourquoi le problème est grave

Non le cerveau n’est pas mécanique

Si la Franc-maçonnerie abandonnait la pensée complexe, elle perdrait sa capacité critique. Elle deviendrait vulnérable aux simplifications idéologiques, aux dogmatismes internes, aux faux consensus. Or une institution qui ne supporte plus la complexité finit toujours par produire soit de la bureaucratie, soit de la liturgie vide, soit du conflit stérile.

Le véritable enjeu n’est donc pas seulement intellectuel : il est éthique. Penser complexe, c’est refuser de faire passer une demi-vérité pour une totalité. C’est accepter que le réel dépasse nos catégories. C’est reconnaître que l’autre n’est pas réductible à son camp, à son grade, à sa fonction ou à sa parole du jour.
Dans une époque de radicalisation, cette capacité devient presque un acte de résistance.

Une exigence pour la maçonnerie contemporaine

La Franc-maçonnerie ne peut pas se contenter de célébrer la complexité dans ses textes ou ses discours ; elle doit la pratiquer réellement. Cela suppose plusieurs choses :

  • Accepter les désaccords sans chercher à les effacer trop vite.
  • Résister aux simplifications médiatiques ou militantes.
  • Travailler le symbole sans l’appauvrir.
  • Relier l’intime, le social, le politique et le spirituel au lieu de les isoler.
  • Former des frères et des sœurs capables d’autoréflexion, donc capables de se regarder penser.

Autrement dit, la pensée complexe n’est pas une option de confort ; c’est une discipline.
Et la Franc-maçonnerie, si elle veut rester fidèle à elle-même, ne peut pas se satisfaire d’une pensée simple qui rassure mais n’éclaire pas.

Pour terminer…

La question posée par le titre est volontairement provocatrice, mais elle est juste. Oui, la Franc-maçonnerie risque d’abandonner la pensée complexe si elle se contente de reproduire les réflexes du monde : rapidité, polarisation, simplification, réflexes identitaires.

Mais non, elle n’est pas condamnée à cela. Son héritage symbolique, initiatique et philosophique la place naturellement du côté de la relation, du lien, de la profondeur et du tissage des significations.

En réalité, la maçonnerie n’a de sens que si elle accepte de penser comme un artisan de la complexité : non pour compliquer le monde, mais pour ne pas le trahir.
Et dans une époque qui a appris à couper les fils plus vite qu’à les nouer, c’est déjà une forme de fidélité à la lumière.

L’ordre

Ordre est un substantif polysémique, même si ses différentes acceptions se réfèrent toutes à la même étymologie latine. A l’instar de l’ordo latin en effet, le terme ordre désigne à la fois un commandement, une prescription ou une injonction, mais aussi une espèce, une catégorie, un grand corps structuré autour d’une composante hiérarchique forte.

Surtout, nous retiendrons les définitions qui évoquent la notion d’organisation régulière, dans le temps comme dans l’espace. À ce groupe se rattache la définition de l’ordre comme « ensemble des règles, des lois qui régissent et constituent l’univers », ainsi que « respect des institutions; discipline; calme ».

Le sens commun donne aussi au mot ordre le sens d’organisation satisfaisante et fonctionnelle, voire d’organisation raisonnable, laissant entendre qu’ordre et raison sont liés.

L’ordre s’oppose naturellement au désordre, mais aussi au chaos. À propos de ce dernier terme, remarquons que le dictionnaire le définit comme la « confusion générale des éléments, de la matière, avant la création du monde » avant d’indiquer le sens figuré de désordre.

Le respect des institutions et la discipline, évoqués à l’instant, pourraient pour certains faire de l’ordre un carcan. Il est de fait, convenons-en, que l’ordre poussé à l’extrême risquerait de se confondre avec la sclérose, de devenir synonyme de rigidité, d’incapacité à évoluer et, par tant de progresser.
Fort heureusement, l’ordre tel que le comprend le Franc-Maçon de Rite Écossais Ancien et Accepté et dont il se réclame n’est nullement de cette nature. C’est bien plutôt une harmonie, organisée, réglée, régulée certes, mais non dépourvue de dynamisme, et par là de potentiel évolutif.

La démarche maçonnique toute entière est fondée sur cette notion de perfectibilité, de capacité à faire progresser chaque adepte. L’institution elle-même ne pourrait prospérer si elle n’était, dans son organisation comme dans son fonctionnement, inspirée par cette vision.

Pour l’initié, l’ordre est en quelque sorte synonyme de Vérité, source de la Lumière  et de la Sagesse au sens où l’entend le Franc-Maçon de Rite Écossais dès le soir de son initiation au 1er degré.

L’ordre est en effet le principe selon lequel est organisé l’Univers tel que l’a conçu le Grand Architecte, fixe et immuable dans ses lois fondamentales; absolu et universel dans ses mécanismes essentiels, mais en permanence en évolution.

Chaque nouvel élément de la création, chaque nouvel avatar de l’évolution obéit aux mêmes lois, est structuré selon les mêmes principes que ceux qui l’ont précédé. Il est à la fois nouveauté et permanence.

L’ordre n’est donc pas l’immobilisme.

Parce qu’il exprime l’organisation de la création telle que conçue et animée par un principe de cohérence, l’ordre est par nature, ontologiquement, harmonie, équilibre et beauté.

Comment le Franc-maçon écossais entre dans l’ordre.

On notera d’emblée que nous aborderons ici la rencontre et la progression du Maçon dans le concept d’ordre, développant une vision structurée et organisée du monde et tendant vers davantage d’ordre en lui-même comme dans l’environnement sur lequel il influe.
Cela dit, il est impossible de ne pas évoquer ici la notion d’Ordre, écrit avec une majuscule pour désigner l’institution, le cadre structurant dans lequel le Franc-Maçon va accomplir son parcours initiatique.

Par les règles qu’il instaure et dont il s’assure du strict respect, par les rituels qu’il édicte et qui donne au travail en Loge la forme et la rigueur qui conviennent à son objectif, par la progression qu’il organise et régule, on peut affirmer que l’Ordre est ordre, conformément aux principes de sa devise, Ordo ab Chao.
Au demeurant, Ordre et ordre sont liés, car l’Ordre va mettre à la disposition de l’initié les repères qui guideront ses pas dans ses voyages, l’aidant à forger son expérience et à progresser, degré après degré, dans les voies de la Connaissance.

Le monde sensible tel que nous l’appréhendons et le vivons, celui de notre microcosme, n’est pas parvenu à cet état d’ordre « essentiel ». En tant que Francs-maçons de Rite Écossais Ancien et Accepté, nous faisons nôtre l’engagement d’œuvrer à concourir à réaliser cette concordance, en nous inscrivant dans ce mouvement qui va de l’état du Chaos vers celui de l’Ordo.

Il est important de souligner ici que cette notion, est exprimée, d’une manière plus ou moins explicite, à tous les degrés du Rite.
Elle doit être progressivement rendue intelligible dès les degrés symboliques, qui conditionnent en lui donnant sens toute la démarche de l’initié.

L’Apprenti découvre l’ordre.

Tout juste initié, l’Apprenti apprend à se mettre à l’ordre, à adopter une posture qui par les équerres qu’elle fait construire à sa main droite, à son bras  et à ses pieds, c’est-à-dire son corps de haut en bas pour exprimer la rectitude à laquelle il est appelé dans ses pensées, ses paroles et ses actes. Le signe pénal que couvre le signe d’ordre est lui aussi porteur de cette notion d’ordre qu’il convient de respecter, exprimée ici par l’évocation d’une transgression qu’il s’interdit formellement.
En ordonnant son corps par une posture imposée, il marque à tout le moins sa volonté – et donc sa responsabilité – sur son être physique. 

D’une manière plus générale, la rigueur organisée et imposée par le rituel que découvre peu à peu l’Apprenti, et qu’il apprend à respecter et à reproduire, est bien l’expression d’un ordre, d’une organisation dans laquelle rien n’est fortuit, tout est sens.

Le Compagnon en découvre la dimension cosmique et spirituelle.

Dès l’initiation au grade de Compagnon, la notion d’ordre ajoute à ses implications visibles et matérielles une dimension spirituelle, au travers de l’évocation des cinq principaux ordres d’architecture, ou encore du signe d’ordre dans lequel le bras et la main gauche marquent déjà l’appel vers un plan supérieur.
L’ordre cosmique est également fortement évoqué lorsque le nouveau Compagnon découvre l’étoile flamboyante, au moins dans sa perception qui renvoie à la figuration de l’homme harmonieux, structuré, accompli, dont les proportions sont justes parce qu’en relation, précisément, avec le cosmos.
Les cinq significations traditionnellement données à la lettre G renvoient également toutes à l’ordre, que ce soit plutôt au plan intellectuel (géométrie, gravitation, génération) ou spirituel (génie, gnose).

Le Maître découvre que l’ordre porte en lui une part de désordre.

Le rituel d’élévation à la Maîtrise est lui aussi l’occasion de faire réfléchir l’impétrant à la notion d’ordre. Ici, c’est le contre-exemple qui est pris comme moyen pédagogique, au travers du refus de l’ordre établi et de l’acte d’indiscipline et de rébellion que constitue, à tout le moins, le meurtre d’Hiram. On ajoutera que dans le déroulé du rituel, ce sont les jeux de rôle du Vénérable Maître et des deux Surveillants qui les font incarner les meurtriers d’Hiram en frappant symboliquement le récipiendaire.
Ainsi est figurée l’idée que ceux qui détiennent le pouvoir, et dont le rôle doit être de maintenir l’ordre et l’harmonie au sein du groupe dont ils ont – provisoirement – la charge, sont aussi ceux qui sont le plus susceptibles de détourner ce pouvoir, de perdre tout discernement, de devenir destructeurs et non plus constructeurs de l’ordre collectif.

Enfin, il faut évoquer ici les « secrets véritables des Maîtres Maçons » », secrets véritables  de l’ordre absolu, qui ont été perdus et que doivent rechercher ceux à qui il est enjoint de voyager par toute la terre, en rassemblant ce qui est épars et en répandant partout la Lumière.

Bien que l’expression « Parole perdue » ne figure pas dans tous les rituels ni l’instruction au Troisième degré, il est dit explicitement que c’est bien la Connaissance qui repose à l’ombre de l’Acacia.

Cette Connaissance, dont Maître Hiram était dépositaire, est bien celle qui fait référence à l’absolu, à l’ordre engendré par le Grand Architecte.

23/05/26 : Agricol Perdiguier ou la fraternité en marche

Au Père-Lachaise, les Compagnons rendent hommage à celui qui voulut réconcilier les Devoirs.

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Le 23 mai 2026, au cimetière du Père-Lachaise, les Compagnons de différents Devoirs, Aspirants, Sociétaires et amis du compagnonnage se retrouveront pour honorer la mémoire d’Agricol Perdiguier, dit Avignonnais la Vertu.

Derrière cette cérémonie annuelle se dessine bien davantage qu’un simple hommage historique. C’est toute une conception de la transmission, de la fraternité et du travail sur soi qui remonte des profondeurs du XIXe siècle pour venir interroger notre époque.

Il existe des hommes dont la vie dépasse leur propre destin pour devenir une méthode intérieure

Agricol Perdiguier appartient à cette lignée rare. Compagnon menuisier, écrivain, penseur social, député de la IIe République, il fut surtout l’un des grands artisans de la pacification des Devoirs compagnoniques, dans une période où rivalités, affrontements et divisions fragilisaient le monde du métier. À travers son œuvre majeure, Le Livre du Compagnonnage, il chercha non seulement à transmettre un savoir-faire, mais à restaurer une dignité spirituelle du travail manuel, fondée sur la fraternité, l’instruction et l’élévation morale.

Cette commémoration parisienne possède ainsi une portée qui dépasse largement le seul cercle compagnonnique

Dans un monde dominé par l’accélération, l’immédiateté et l’effacement progressif des mémoires ouvrières, la figure d’Agricol Perdiguier réapparaît comme celle d’un passeur. Il rappelle que l’apprentissage n’est pas une simple acquisition technique mais une lente transformation de l’être. La patience du geste, la rigueur de l’ouvrage, la transmission entre générations, la fidélité à une éthique du travail bien fait deviennent alors autant de chemins initiatiques.

Les francs-maçons ne pourront d’ailleurs demeurer insensibles à cette démarche

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Car le compagnonnage et la franc-maçonnerie partagent depuis longtemps des territoires symboliques communs. Le voyage, la transmission orale, la chaîne fraternelle, le perfectionnement intérieur, la construction de soi par l’œuvre accomplie, tout cela résonne profondément avec l’idéal initiatique maçonnique. Chez Perdiguier, la fraternité n’est jamais un mot abstrait. Elle est une discipline du cœur et une conquête sur les passions humaines.

Le programme de cette journée témoigne de cette volonté de faire vivre une mémoire incarnée

À 14h00, les participants se retrouveront à l’entrée du Père-Lachaise, boulevard de Ménilmontant. À 15h00 débutera la procession vers la sépulture d’Agricol Perdiguier, suivie des hommages, dépôts de gerbes et prises de parole. Une chaîne d’alliance sera ensuite formée avant la descente vers Ménilmontant et le traditionnel verre de l’amitié au bar Le Styx. Enfin, les chants clôtureront cette journée de mémoire vivante.

Il y a dans cette fidélité annuelle quelque chose de profondément émouvant

Non pas la nostalgie d’un monde disparu, mais la volonté de maintenir allumée une lumière ancienne dans une époque qui peine parfois à transmettre autre chose que de la vitesse. Agricol Perdiguier demeure ainsi l’un de ces visages qui nous rappellent que bâtir un homme importe peut-être davantage encore que bâtir des œuvres.

Et sous les arbres silencieux du Père-Lachaise, entre les pierres du souvenir et les pas des vivants, c’est encore une certaine idée de la fraternité française qui continuera de marcher.

La GLUA recrute un coordinateur RH et donne une leçon de transparence administrative

Quand une offre d’emploi éclaire les coulisses du Temple

UGLE

Une simple annonce de recrutement peut parfois en dire plus qu’un long discours institutionnel. L’offre publiée par la United Grand Lodge of England (UGLE) – Grande Loge Unie d’Angleterre (GLUA) –, pour un poste de HR Coordinator à temps partiel, révèle une franc-maçonnerie anglaise pleinement assumée comme organisation moderne, employeur structuré, acteur patrimonial et institution visible de la société civile.

Loin d’affaiblir le mystère initiatique, cette transparence administrative invite au contraire à distinguer clairement ce qui relève du secret symbolique et ce qui relève de la gestion matérielle.

Une obédience qui parle le langage du réel

Temple de la GLUA – UGLE

Cette offre d’emploi de la United Grand Lodge of England mérite d’être lue bien au-delà de sa fonction immédiate. Il ne s’agit pas seulement de recruter une personne chargée d’appuyer un service des ressources humaines. Il s’agit aussi, presque malgré elle, d’une photographie institutionnelle. Elle montre une grande obédience qui assume d’être à la fois une structure initiatique, un employeur, une organisation patrimoniale, une maison culturelle et un acteur administratif soumis aux exigences ordinaires de toute institution contemporaine.

Le ton général est net, professionnel, précis

Nous sommes loin d’un imaginaire brumeux, ésotérique ou volontairement opaque. La GLUA se présente comme une organisation structurée, dotée de procédures, de logiciels, d’un service RH, d’une politique de paie, d’audits internes, de tableaux de suivi, de dossiers salariés, de processus de recrutement, de règles sociales et d’outils de communication interne. Autrement dit, derrière les colonnes du Temple, il y a aussi des bureaux, des archives, des contrats, des bulletins de salaire, des fichiers et des responsabilités juridiques.

Mais ce qui apparaît également, c’est une forme de gestion mesurée

L’offre ne donne pas le sentiment d’une machine administrative hypertrophiée ni d’un recrutement pléthorique. Elle laisse plutôt entrevoir une structure dotée du personnel nécessaire, avec des fonctions clairement identifiées, des missions précises et une organisation qui semble rechercher l’efficacité plutôt que l’empilement des postes. La GLUA ne donne pas ici l’image d’une institution alourdie par une bureaucratie excessive, mais celle d’une obédience qui sait que la bonne administration suppose des salariés compétents, en nombre suffisant, sans inflation inutile des services.

Cette rigueur est importante

Elle rappelle qu’une grande obédience peut être puissante, patrimoniale et visible sans pour autant se transformer en appareil pesant. La gestion rigoureuse n’est pas l’ennemie du Temple. Elle en est même l’une des garanties. Elle permet d’éviter la confusion entre autorité initiatique et lourdeur administrative, entre transmission symbolique et prolifération fonctionnelle. Dans cette annonce, la GLUA apparaît ainsi comme une institution qui assume le réel, mais qui semble aussi vouloir le maîtriser avec sobriété, méthode et sens de la proportion.

La transparence n’abolit pas le mystère

Internet Lodge

Ce qui frappe d’abord, c’est l’absence de crispation autour de la visibilité. La GLUA ne cherche pas à se réfugier derrière une culture du non-dit. Elle indique clairement son périmètre, son fonctionnement général et son ancrage public. L’offre rappelle que l’obédience administre la franc-maçonnerie en Angleterre, au Pays de Galles, dans les îles Anglo-Normandes, sur l’île de Man, ainsi que dans plusieurs districts d’outre-mer. Elle mentionne 48 provinces, 32 districts, plus de 7 000 loges, parmi lesquelles la très célèbre Internet Lodge n°9659, à laquelle nous consacrerons prochainement un article, tant cette expérience singulière éclaire la capacité de la franc-maçonnerie anglaise à entrer dans l’âge numérique sans abandonner l’exigence initiatique.

L’annonce rappelle aussi que l’UGLE accueille des hommes âgés de plus de 18 ans, indépendamment de leur origine, de leur race ou de leur religion. Là encore, la formulation est nette. Elle inscrit l’institution dans un langage contemporain de clarté, d’ouverture et d’égalité des chances, sans chercher à brouiller les lignes entre tradition maçonnique et présence dans la société civile.

Des chiffres à lire avec attention

Un point de détail mérite toutefois d’être relevé. Le document évoque 175 000 membres, tandis que le site officiel de la Grande Loge Unie d’Angleterre parle aujourd’hui plutôt d’environ 170 000 membres. L’écart reste marginal, mais il rappelle que les chiffres institutionnels doivent toujours être lus avec prudence, surtout lorsqu’ils circulent d’un support à l’autre.

Cette prudence vaut d’ailleurs bien au-delà du seul cas anglais

Dans le paysage maçonnique français, le déclaratif obédientiel relève parfois davantage de la communication valorisante que d’une photographie rigoureusement vérifiable. Chaque obédience tend naturellement à présenter ses effectifs sous le jour le plus favorable, dans une logique parfois très franco-française de comparaison, de rang et de prestige.

Or le nombre ne dit pas tout. Il ne dit ni la vitalité réelle des loges, ni l’assiduité des membres, ni la fidélisation, ni la qualité du travail initiatique.

Cette nuance ouvre pourtant une question plus large

La franc-maçonnerie anglaise a connu, au cours des dernières décennies, une érosion importante de ses effectifs. Les chiffres souvent cités rappellent qu’elle comptait encore environ 270 000 membres en 2007, après avoir connu un sommet bien plus élevé dans l’après-guerre. Faut-il y voir le signe d’un déclin durable de cette maçonnerie historique, longtemps regardée comme l’un des grands pôles de la régularité maçonnique mondiale, ou bien une phase de contraction désormais stabilisée après plusieurs années de recul ?

La question demeure ouverte

Elle concerne en réalité l’ensemble du monde maçonnique occidental. Vieillissement des effectifs, difficulté de fidélisation, rapport nouveau des jeunes générations à l’engagement, coût réel de l’appartenance, concurrence des formes contemporaines de sociabilité, besoin de sens mais refus des structures trop lourdes. La GLUA n’échappe pas à ces tensions. Elle semble toutefois y répondre par une stratégie de visibilité maîtrisée, de professionnalisation et de communication assumée.

Cette nuance ne change donc rien au fond

La GLUA donne à voir une institution qui accepte de se présenter publiquement comme une grande organisation civile, avec son histoire, son patrimoine, ses effectifs, ses missions et ses besoins. Elle ne confond pas la discrétion initiatique avec l’effacement administratif. Elle semble au contraire considérer qu’une institution sûre d’elle-même n’a pas besoin d’entretenir l’obscurité autour de ce qui relève simplement de son fonctionnement ordinaire.

Freemasons’ Hall comme cœur visible

Freemasons’Hall, Grande Loge Unie d'Angleterre, Londres
Freemasons’Hall, Grande Loge Unie d’Angleterre, Londres

La présentation de Freemasons’ Hall, à Londres, est également significative. L’édifice est décrit comme un bâtiment Art déco, un lieu de réunion majeur, un espace accueillant de nombreux événements internationaux, mais aussi un site ouvert aux francs-maçons comme au grand public. La GLUA insiste sur les visites guidées, les visites libres avec audioguide et la présence du Museum of Freemasonry, qui conserve une vaste collection d’objets maçonniques.

Là encore, la stratégie est claire

Il ne s’agit pas de cacher le Temple, mais de l’inscrire dans le patrimoine. Il ne s’agit pas de nier la singularité initiatique, mais de l’articuler à une présence culturelle lisible. La GLUA travaille ainsi depuis plusieurs années à sortir la franc-maçonnerie anglaise de l’image de société clandestine pour la présenter comme une institution patrimoniale, charitable, historique et respectable.

Une franc-maçonnerie aussi employeur

Le contenu du post LinkedIn UGLE lui-même est révélateur. On ne recherche pas ici un frère chargé de fonctions maçonniques, mais un professionnel des ressources humaines. Les compétences demandées sont celles du monde du travail contemporain. Il faut savoir gérer des dossiers, soutenir les recrutements, préparer les contrats, suivre les périodes d’essai, traiter la paie, organiser les formations, accompagner les départs, tenir les systèmes RH à jour, préparer les audits et maintenir des registres exacts.

Les qualités attendues disent beaucoup de la culture institutionnelle recherchée Confidentialité, rigueur, discrétion, organisation, communication, polyvalence, sens du détail, capacité à gérer plusieurs tâches à la fois. Nous retrouvons ici une vertu profondément maçonnique, même lorsqu’elle s’exprime en langage administratif. L’ordre intérieur passe aussi par l’ordre des dossiers. La rectitude ne se joue pas seulement au pied de l’autel, elle se vérifie aussi dans la manière de gérer un contrat, une donnée personnelle ou une procédure de départ.

Le chantier moderne a aussi ses tableurs

LibreOffice

Cette annonce dit quelque chose de notre époque. Le Temple n’échappe plus au monde profane. Les grandes obédiences doivent désormais composer avec l’immobilier, les charges, la masse salariale, les assurances, les normes sociales, le numérique, la communication, la réputation publique, la conformité juridique et la gestion des risques.

Le chantier contemporain n’est donc plus seulement spirituel

Il est aussi administratif, financier, social et organisationnel

La pierre brute moderne peut parfois prendre la forme d’un fichier Excel, d’un audit RH, d’un organigramme ou d’une politique de confidentialité. Cela n’a rien de dégradant. C’est même une condition de sérieux. Une institution qui prétend travailler à l’élévation de l’être humain doit aussi savoir administrer honnêtement sa propre maison.

Temple de la Grande Loge Unie d’Angleterre – Le Temple (GLUA)

Des avantages sociaux assumés

Autre élément intéressant, la GLUA présente clairement les conditions salariales et les avantages liés au poste. L’offre mentionne une rémunération compétitive selon l’expérience, une couverture médicale privée, un dispositif de retraite complémentaire, une assurance vie, des congés, un prêt sans intérêt, une adhésion subventionnée à une salle de sport, un programme d’aide aux salariés et du travail hybride.

Boutique de la GLUA
Boutique de la GLUA

Là encore, aucune honte à apparaître comme un employeur. Une obédience importante emploie du personnel, gère des locaux, entretient un patrimoine, organise des activités, produit de la communication et assume des responsabilités sociales. Le vrai sujet n’est pas l’existence d’une économie maçonnique. Le vrai sujet est la manière dont cette économie est présentée, contrôlée et rendue lisible.

Et la France dans tout cela ?

La question se pose naturellement pour la franc-maçonnerie française. Serait-elle prête à ce type de démarche publique, claire, accessible, où l’on voit concrètement comment fonctionne une grande obédience derrière ses décors symboliques ? Le sujet n’est pas anodin, car la discrétion initiatique ne saurait justifier l’opacité administrative.

Il faut rappeler ici que le Grand Orient de France offre, sur ce terrain, un exemple notable par la publicité de certains appels d’offres publics.

Cette pratique permet de consulter des besoins, des procédures, des choix économiques et des règles identifiables. Elle n’enlève rien au travail symbolique. Elle donne simplement à voir une institution qui accepte que sa gestion matérielle relève d’une forme de clarté.

Pour d’autres structures, le constat demeure plus contrasté

Modalités de recrutement, gestion immobilière, marchés, prestations, communication, librairies, sociétés périphériques, fondations, musées, structures éditoriales ou services annexes restent parfois difficiles à lire. Lorsque les comptes, les bilans, les liens institutionnels, les marges ou les circuits de décision sont peu accessibles, même en l’absence de faute, le soupçon trouve toujours un interstice où s’installer.

Quand l’économie maçonnique doit recevoir la lumière

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Qu’une obédience possède une librairie, une structure éditoriale, une société immobilière, un musée, une fondation ou des services annexes n’a rien de choquant. Toute grande institution génère une économie. Il n’y a aucune honte à réaliser du chiffre d’affaires, à vendre des livres, des rituels, des décors, des bijoux, des objets symboliques ou des abonnements. Une structure doit vivre, entretenir ses temples, salarier son personnel, restaurer son patrimoine, financer ses activités culturelles et transmettre ses traditions.

Le problème apparaît lorsque la transparence disparaît

Il devient plus sensible encore lorsque certains responsables locaux ou régionaux peuvent avoir le sentiment d’être incités, voire poussés, à favoriser certains achats. Livres, rituels, décors, bijoux, événements, supports de communication ou publications peuvent alors glisser d’un soutien institutionnel légitime vers une mécanique plus commerciale. La frontière devient délicate.

Le risque est double

D’abord une fatigue financière réelle des frères et des sœurs, car l’année maçonnique coûte souvent bien davantage que ce qui est annoncé aux nouveaux entrants. Cotisations, décors, agapes, déplacements, livres, contributions diverses et vie des hauts grades finissent parfois par peser lourdement. Ensuite, une altération symbolique. Le Temple peut difficilement demeurer un lieu de dépouillement intérieur si certains ont le sentiment d’évoluer dans un environnement traversé par des injonctions d’achat ou par une logique de consommation identitaire.

Le secret initiatique n’est pas un voile comptable

La véritable question maçonnique est donc simple. Le secret initiatique protège le chemin intérieur. Il ne devrait jamais servir de voile à la gestion matérielle. Le Temple peut garder ses mystères, mais l’administration du Temple gagne toujours à recevoir la lumière.

L’offre d’emploi de la GLUA montre paradoxalement quelque chose de très fort

La transparence administrative n’affaiblit pas une institution. Elle peut au contraire renforcer sa crédibilité publique et interne. Elle permet de distinguer ce qui doit rester de l’ordre de l’expérience initiatique et ce qui doit être assumé comme relevant de la vie ordinaire d’une organisation humaine.

La franc-maçonnerie du XXIe siècle devra sans doute apprendre à mieux conjuguer discrétion initiatique et clarté institutionnelle.

Non pour se banaliser, non pour livrer ce qui relève du for intérieur, mais pour éviter que le silence administratif ne soit interprété comme une volonté de cacher ce qui devrait simplement être assumé. La lumière que nous cherchons dans le Temple ne perd rien à éclairer aussi les coulisses du Temple. Au contraire, elle y gagne en cohérence, en confiance et en exemplarité.