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Éric Joly ou les braises noires de la peur sacrée

Avec Au Diable ! La sorcellerie hier et aujourd’hui, Éric Joly rouvre l’un des dossiers les plus sombres de notre mémoire européenne. De la chasse aux sorcières au Pays basque jusqu’aux survivances contemporaines du maléfice et de la possession, il suit la trace d’une peur collective devenue machine à condamner.

L’ouvrage, servi par une écriture alerte et par un cahier central de 19 illustrations, éclaire moins la sorcellerie elle-même que ce qu’elle révèle des sociétés qui l’inventent, la poursuivent, puis la déplacent sous d’autres noms.

Il est des livres qui n’étudient pas seulement un sujet, mais une fièvre

Celui d’Éric Joly appartient à cette famille rare. Sous son titre direct, presque brutal, Au Diable ! La sorcellerie hier et aujourd’hui ne se contente pas de revisiter un épisode noir de l’histoire religieuse et judiciaire de l’Europe. Il met au jour une mécanique de l’effroi, une économie du soupçon, une dramaturgie du mal dont les figures changent, mais dont l’armature demeure.

Ce qui saisit d’abord, c’est cette manière qu’a Éric Joly de tenir ensemble l’enquête historique, la mémoire populaire, l’histoire des croyances et une interrogation plus profonde sur le besoin humain d’incarner l’invisible dans des formes inquiétantes.

La sorcière, dans ces pages, n’est jamais réduite à l’image convenue d’un folklore commode Elle devient la surface de projection des angoisses collectives, le lieu où se rencontrent la religion blessée, la justice dévoyée, la sexualité surveillée, la marginalité redoutée et l’antique terreur de l’indomptable. Nous reconnaissons là un processus que la pensée initiatique connaît bien.

L’homme profane, lorsqu’il refuse de travailler sa propre nuit, la peuple de monstres et les pourchasse hors de lui. L’ombre qu’il ne veut pas reconnaître en lui-même, il la livre au bûcher chez l’autre. C’est en cela que le livre d’Éric Joly déborde son sujet apparent. Il parle aussi de nous-mêmes, de notre difficulté immémoriale à regarder en face ce qui, en nous, résiste à l’ordre, à la mesure et à la lumière.

Le Pays basque, auquel l’auteur accorde une place majeure, devient ici beaucoup plus qu’un territoire

Il prend la valeur d’un seuil. Terre de survivances, de rites, de piété, de nature puissante et de fidélités anciennes, il concentre cette tension entre christianisation et fonds archaïque, entre discipline dogmatique et persistance des forces telluriques. Dans une lecture maçonnique, cette zone de frottement est passionnante. Elle rappelle que l’histoire spirituelle des peuples ne procède jamais par effacement total.

Armoiries de Lancre.

Sous les édifices doctrinaux les plus assurés, les anciennes strates demeurent, souterraines, agissantes, parfois défigurées. Le merveilleux, le démoniaque, le guérisseur, l’exorciste, le juge et le bourreau composent alors une constellation où le symbolique s’effondre en superstition dès que la conscience renonce à discerner.

La figure de Pierre de Lancre (1553-1631), telle qu’Éric Joly la remet en mouvement, glace par ce qu’elle révèle de la raison lorsqu’elle se fait instrument d’une passion punitive.

Ce magistrat n’est pas un monstre isolé

Il est le serviteur exemplaire d’un système persuadé de défendre le bien en administrant l’horreur. Le livre montre admirablement comment la barbarie peut se vêtir de procédure, comment l’imaginaire démonologique peut se couler dans l’appareil d’État, comment l’obsession morale peut produire un délire légal. Pour nous qui méditons sur la rectitude, la justice et la quête de vérité, la leçon est sévère. La loi sans sagesse n’éclaire pas, elle consume.

Mais la force du livre tient aussi à ce refus de laisser la sorcellerie enfermée dans les siècles révolus

L’auteur observe des persistances, des déplacements, des métamorphoses. Le diable change d’habits, la crédulité change de langage, l’accusation change de scène, mais le vieux besoin de désigner un responsable invisible, impur ou supposé malfaisant n’a pas disparu. Il s’est modernisé. Dès lors, l’ouvrage prend une portée presque anthropologique et spirituelle. Il nous rappelle que la véritable question n’est pas seulement de savoir si les sorcières existaient, mais pourquoi les sociétés ont tant besoin d’en inventer. Toute lecture initiatique rencontre ici un point essentiel. Le mal que nous ne symbolisons pas revient sous forme de persécution. Ce que nous ne transmutons pas intérieurement, nous l’extériorisons en chasse.

Journaliste et écrivain, Éric Joly a publié une œuvre abondante, d’une trentaine de titres, où se croisent nature, biographies, essais et ouvrages de transmission

Cette diversité n’a rien de dispersé. Elle dit au contraire une curiosité tenace pour les mondes visibles et invisibles, pour les fractures entre savoir et croyance, pour les paysages où l’homme cherche sa place. Son livre précédent chez Dervy, La Fin des dinosaures, signalait déjà ce goût des grandes bascules et des disparitions révélatrices. Avec son dernier opus, Éric Joly ajoute à ce parcours un volume dense, nerveux et troublant, qui interroge moins une superstition passée qu’une vérité toujours vivante sur la peur, la violence sacrée et les égarements d’une civilisation lorsqu’elle confond purification et justice.

Éric Joly ne livre pas seulement un récit sur les sorcières. Il met à nu le vieux théâtre des ténèbres humaines, celui où l’ignorance emprunte les vêtements de la vérité et où la peur se donne les apparences du jugement. Ce livre nous rappelle avec force qu’une société ne devient pas civilisée parce qu’elle se croit du côté du bien, mais parce qu’elle apprend enfin à ne plus sacrifier des êtres au nom de ses fantômes.

Au Diable ! – La sorcellerie hier et aujourd’hui

Éric Joly – Éditions Dervy, coll. Lumières sur le monde ancien, 2026, 144 pages, 16,90 €

17/06/26 : Prix Laurent Kupferman 2026, République, culture et fraternité à la Mairie du 6e arrondissement de Paris

Le mercredi 17 juin 2026 à 18h00, la Marie du 6e arrondissement de Paris accueillera la remise du Prix Laurent Kupferman 2026, au terme de l’ultime délibération du jury prévue le 4 juin. Une soirée ouverte à tous sur réservation, placée sous le signe des livres, de la mémoire républicaine, de la laïcité et de la fraternité.

Laurent Kupferman
Laurent Kupferman

Le Prix Laurent Kupferman y sera remis au terme d’une ultime délibération du jury prévue le 4 juin prochain

Ouverte à toutes et tous sur réservation, cette soirée entend célébrer ce que Laurent Kupferman n’a cessé d’incarner tout au long de son parcours, le dialogue entre la culture, la transmission, la mémoire républicaine, la laïcité et l’engagement humaniste.

À travers ce prix, c’est une certaine idée de la parole publique qui se trouve honorée

Une parole capable de faire circuler les idées sans les enfermer, de relier les héritages sans les fossiliser, de défendre la République sans jamais renoncer à la sensibilité humaine. Journaliste, écrivain, passeur infatigable, Laurent Kupferman a toujours occupé cet espace singulier où le livre devient un outil d’émancipation autant qu’un instrument de vigilance. Cette distinction porte désormais son nom comme une lumière discrète mais durable, destinée à récompenser celles et ceux qui travaillent encore à faire vivre l’intelligence du monde contre le bruit, l’oubli et les simplifications.

La composition du jury témoigne d’ailleurs de cette volonté d’ouverture entre les univers de la littérature, des médias, de la mémoire et de la vie intellectuelle

Présidé par Emmanuel Pierrat, avocat, écrivain et agent d’auteurs, le jury réunit notamment Jacques Ravenne, Éric Walter, Antoine Baduel, Brian Bouillon Baker, Lorraine Kaltenbach, Pierre Kupferman, Alain Seban ainsi que Guillaume Trichard, ancien Grand Maître du Grand Orient de France. La cérémonie se déroulera en présence de Pierre Bertinotti, Grand Maître du Grand Orient de France et président du musée de la franc-maçonnerie.

Il y a dans cette future remise quelque chose qui dépasse le simple cadre d’un prix littéraire

Elle porte une dimension presque initiatique. Car honorer un livre, une pensée ou une œuvre, c’est aussi reconnaître la capacité des mots à bâtir des ponts invisibles entre les êtres. Dans une époque fragmentée, saturée de passions immédiates et de fractures mémorielles, le Prix Laurent Kupferman semble vouloir rappeler que la culture demeure l’un des derniers lieux où peut encore se construire une fraternité exigeante.

La mairie du 6e arrondissement de paris accueillera ainsi, le temps d’une soirée, bien davantage qu’une remise de distinction.

Ce sera un moment de fidélité à une certaine idée de la transmission française, humaniste et universaliste. Une manière aussi de rappeler que la République ne vit réellement que lorsqu’elle sait encore écouter ses écrivains, ses témoins, ses artistes et ses consciences libres.

Et parce que certains noms continuent d’éclairer longtemps après leur passage, cette soirée rappellera aussi qu’une voix fraternelle peut encore faire œuvre de mémoire, de culture et d’espérance.

Informations pratiques

Marie du 6e arrondissement 78 rue de Bonaparte – Paris

Mercredi 17 juin 2026 à 18h00 / Événement ouvert à toutes et tous sur réservation obligatoire en raison du nombre de places et des contraintes de sécurité.  Réservations

La Maîtrise des passions, c’est simple… il suffit de les faire obéir

On nous avait pourtant prévenus dès l’initiation : la Franc-maçonnerie, c’est avant tout le travail sur soi.

Dompter ses propres passions, trouver la juste mesure, tailler sa pierre brute avec patience et humilité. La voie du milieu, quoi. Un grand classique. Mais manifestement, certains frères ont découvert un raccourci génial. Pourquoi se fatiguer à maîtriser ses propres passions quand on peut maîtriser celles des autres ? C’est beaucoup plus confortable, et surtout bien plus rentable.

  • Vous avez un tempérament colérique ? Pas grave, l’important c’est que les autres restent calmes.
  • Vous êtes orgueilleux ? Aucun problème, du moment que les autres font preuve d’humilité.
  • Vous aimez le pouvoir ? Parfait, il suffit d’expliquer doctement aux frères qu’il est dangereux de trop s’attacher aux fonctions… tout en s’y accrochant comme une moule à son rocher depuis quinze ans.

La nouvelle devise est claire :

« Maîtrise tes passions… surtout celles de tes frères ou Soeurs. »

Ainsi, on peut rester serein, supérieur, et donner des leçons de tempérance à longueur de tenue, pendant que sa propre pierre brute ressemble de plus en plus à un bloc de granit mal dégrossi. Le tout avec un tablier impeccable et un maillet bien en main, évidemment. C’est beau la Franc-maçonnerie moderne : on ne change plus soi-même, on change les autres.

Et quand ils sont bien domestiqués, on appelle ça « l’harmonie de la Loge ».

Quant à la fameuse « voie du milieu »… elle passe visiblement très bien par le maintien au pouvoir. C’est plus long, mais tellement plus agréable.

Après tout, pourquoi se réformer quand on peut réformer les autres ?

Légende de France ou d’ailleurs : Anansi, l’araignée qui tisse la sagesse du monde

Dans les traditions akan, notamment ashanti du Ghana, Anansi n’est pas seulement une araignée rusée. Il est un maître du détour, un passeur de récits, un fripon sacré qui rappelle que l’intelligence peut vaincre la force, que la parole peut descendre du ciel, et que toute communauté se construit autour des histoires qu’elle accepte de transmettre.

Il est des figures légendaires qui avancent sans bruit, presque invisibles, mais dont le fil traverse les siècles

Armes du Ghana

Anansi appartient à cette famille rare des êtres minuscules qui portent une immense mémoire. Araignée des traditions akan, venue notamment du monde ashanti du Ghana, il se nomme aussi Ananse, Kwaku Ananse, Kacou Ananzè ou Anacy selon les pays, les langues et les chemins de l’oralité.

Le mot ananse signifie araignée en langue akan, mais le personnage dépasse aussitôt l’animal. Il rampe, grimpe, tisse, parle, trompe, enseigne, se métamorphose. Tantôt bête, tantôt homme, tantôt esprit, il est l’un des grands tricksters du monde africain et caribéen. Il nous faut rappeler aussi cette circulation de l’Afrique de l’Ouest vers les Caraïbes, ainsi que son enracinement dans une tradition orale où l’habileté, la sagesse en paroles et la farce se mêlent sans cesse.

Anansi est un personnage de seuil

Anansi par Pamela Colman Smith, 1899

Il ne se tient jamais entièrement d’un côté ou de l’autre. Il appartient à la terre par son corps d’araignée, au ciel par sa proximité avec Nyame, le Dieu céleste, et à l’humanité par sa parole. Dans certains récits, Nyame est présenté comme son père, tandis qu’Asase Ya, grande figure de la terre maternelle, est donnée comme sa mère. Sa femme peut porter le nom d’Aso, et plusieurs histoires évoquent ses enfants. Ces détails familiaux ne sont pas accessoires. Ils installent Anansi dans une généalogie cosmique. Il n’est pas seulement un farceur isolé. Il appartient à un monde ordonné, mais il y introduit la ruse, l’écart, la brèche par laquelle la vérité se révèle autrement.

La plus belle de ses aventures raconte comment les histoires, autrefois, appartenaient au Dieu du ciel

Elles n’étaient pas encore le bien des hommes. Anansi voulut les obtenir. Nyame lui imposa des épreuves démesurées. Il fallut capturer des êtres redoutables, vaincre ce qui semblait invincible, obtenir par l’intelligence ce que la force n’aurait jamais pu arracher. Anansi réussit parce qu’il connaît l’art du fil, du piège, de l’attente et de la parole juste au bon moment. Ainsi les récits descendirent du ciel vers la terre. À partir de ce moment, raconter ne fut plus seulement divertir. Ce fut transmettre une part du sacré.

Dans une lecture maçonnique, cette légende touche une corde profonde.

Anansi n’apporte pas aux hommes un trésor matériel

Il leur apporte les histoires, c’est-à-dire une architecture de mémoire. Le conte devient une pierre symbolique. Il permet à chacun de se reconnaître, de se juger, de rire de soi, de comprendre ses faiblesses et d’entrevoir une sagesse. Comme le franc-maçon travaille la pierre brute, l’auditeur travaille le récit reçu. Il ne le consomme pas. Il le médite, le polit, l’incorpore, puis le transmet à son tour.

La toile d’Anansi est à cet égard un magnifique symbole

Elle est fragile, presque invisible, mais elle relie. Elle est à la fois piège, demeure, instrument et figure du monde. Ses fils rappellent que rien n’existe séparément. Le ciel, la terre, les hommes, les animaux, les dieux, les vivants et les ancêtres se répondent dans une trame secrète. Le Temple se bâtit avec des pierres. La mémoire se bâtit avec des récits. Anansi, lui, tisse les deux. Il fait de la parole une construction suspendue entre l’ombre et la lumière.

Son ambiguïté est essentielle. Anansi n’est pas un saint

Il ment, vole, se vante, trompe, abuse parfois de sa propre intelligence. Mais c’est précisément là que la légende devient profonde. Elle ne nous donne pas un modèle lisse. Elle nous montre un miroir. Anansi incarne cette part de l’homme qui cherche à sortir de l’impasse, qui refuse l’écrasement, qui transforme l’infériorité physique en supériorité d’esprit. Wikipédia le rapproche d’autres figures de fripons sacrés, comme Coyote ou Corbeau dans certaines cultures d’Amérique du Nord. Tous appartiennent à cette grande famille mythique des perturbateurs nécessaires. Ils troublent l’ordre pour mieux en révéler les failles.

D’autres récits donnent à Anansi une dimension encore plus cosmique

Certaines croyances lui attribuent la création du Soleil, de la Lune et des étoiles. D’autres le présentent comme celui qui aurait enseigné l’agriculture à l’humanité. Une histoire particulièrement belle le montre tentant de rassembler toute la sagesse du monde dans une calebasse. Mais il comprend finalement l’inutilité et l’égoïsme d’un tel geste. La sagesse ne se possède pas. Elle circule. Elle ne se garde pas sous clé. Elle doit être répandue comme une semence.

Cette calebasse de sagesse pourrait être l’un des plus beaux emblèmes initiatiques d’Anansi.

Vouloir enfermer toute la connaissance, c’est déjà la perdre

La véritable sagesse ne se confond pas avec l’accumulation. Elle demande dépossession, partage, humilité. L’initié ne devient pas maître parce qu’il retient la lumière, mais parce qu’il accepte d’en devenir le gardien provisoire. Anansi apprend cela à ses dépens. Lui qui voulait posséder le monde découvre que le monde ne s’illumine que lorsque la parole circule.

La destinée d’Anansi ne s’arrête pas aux rives du Ghana

Elle traverse l’océan avec les hommes et les femmes arrachés à l’Afrique. Dans les Caraïbes, en Guyane, à Curaçao, Aruba ou Bonaire, la figure change parfois de nom. Elle devient Nanzi dans certaines îles. En Guyane, les contes en créole guyanais et en nenge tongo conservent cette présence d’un personnage malin, toujours capable de se tirer des situations les plus critiques.

Cette survie par le conte est bouleversante

Anansi devient alors plus qu’un héros de légende. Il devient une mémoire résistante. Là où l’histoire a voulu briser les filiations, la parole a continué de passer. Là où la violence a dispersé les corps, les récits ont maintenu des liens. L’araignée, minuscule et obstinée, a continué de tisser au-dessus de l’Atlantique noir une toile de reconnaissance, de ruse, de rire et de dignité.

Il n’est pas étonnant qu’Anansi continue d’apparaître dans la littérature, la bande dessinée, la télévision ou la musique

Annancy_Stories

De Pamela Colman Smith, qui illustra Annancy Stories à la fin du XIXe siècle, jusqu’aux œuvres contemporaines où son ombre resurgit, il demeure un personnage inépuisable. Rappelons notamment sa présence chez Bernard Dadié dans Le Pagne noir, chez Neil Gaiman dans American Gods et Anansi Boys, ou encore dans divers univers populaires modernes. Mais ces réemplois ne doivent pas nous faire oublier la source. Avant d’être une figure de fiction contemporaine, Anansi est une parole venue du feu, du village, de la nuit, de la transmission orale et de la sagesse partagée.

Anansi offre une leçon précieuse

Il nous rappelle que les mythes ne sont pas des ornements du passé. Ils sont des outils de compréhension. L’araignée akan enseigne que le plus petit peut déjouer le plus fort, que la parole peut sauver ce que la puissance détruit, que la mémoire se tisse fil après fil, et que l’humanité ne tient debout que lorsqu’elle accepte de raconter encore.

Anansi demeure l’araignée des passages. Il relie le ciel et la terre, l’Afrique et les Caraïbes, la ruse et la sagesse, le rire et la gravité.

Dans sa toile scintille une vérité simple et immense. Tant qu’un peuple raconte ses histoires, nul ne peut entièrement le vaincre.

Partout où vous vivez, partout où vous voyagez, vous avez l’oreille et l’œil. Une histoire murmuré au comptoir, un nom de lieu qui sonne comme une énigme, une roche fendue que l’on dit habitée, une source à laquelle on prête une mémoire, un animal fabuleux blotti dans le folklore d’un village… Vous repérez ces récits que beaucoup entendent sans les écouter.

À 450.fm, nous savons que nos lectrices et nos lecteurs sont aussi des passeurs de traditions, des collecteurs d’imaginaires, des arpenteurs du merveilleux.

Alors plutôt que de laisser vos trouvailles se perdre dans des fils éphémères ailleurs, envoyez-nous vos légendes locales, françaises ou venues d’ailleurs, accompagnées de quelques lignes de contexte, et si vous le souhaitez d’une photo du lieu, d’un détail, d’une pierre, d’un paysage.

Vos contributions pourront nourrir la rubrique Légendes de France ou d’ailleurs, et seront présentées, signées et mises en valeur comme elles le méritent : avec respect pour la mémoire des territoires et reconnaissance pour votre regard de veilleur.

« Dalloway », quand la voix de l’IA efface le silence de l’âme

Dans un Paris d’anticipation traversé par la menace d’une nouvelle pandémie, une romancière sans voix depuis six ans emménage dans une résidence d’artistes pilotée par une intelligence artificielle.

Ce que Yann Gozlan nous donne à voir n’est pas un film de science-fiction au sens spectaculaire du terme, mais une œuvre bien plus vertigineuse, une méditation sur la souveraineté de l’âme créatrice face à l’emprise douce et redoutable d’une entité qui sait tout, entend tout, accompagne tout, jusqu’à finir par écrire à votre place.

Il est des œuvres qui nous atteignent là où nous ne nous attendions pas à être touchés Dalloway, film de Yann Gozlan sorti en septembre 2025, présenté en Séance de minuit au Festival de Cannes avant de rejoindre les salles obscures, appartient à cette famille rare.

Adaptation libre du roman Les Fleurs de l’ombre de Tatiana de Rosnay, paru en 2020, le film en retient l’essentiel, non pas seulement la trame, mais l’esprit, cette inquiétude sourde qui naît lorsque le lieu que nous habitons commence à nous habiter en retour, lorsque les murs écoutent, lorsque la confiance se transforme lentement en dépendance, lorsque le refuge promis devient une chambre d’observation.

Tatiana de Rosnay, dont l’œuvre irrigue l’imaginaire profond de ce film, est l’une des voix les plus singulières de la littérature franco-anglaise contemporaine

Née d’un père français et d’une mère britannique, elle a grandi entre deux langues et deux cultures, et ce bilinguisme fondateur n’est pas un détail biographique, mais une condition intérieure qui traverse toute son écriture. Auteure de treize romans traduits dans une quarantaine de pays, elle a connu une notoriété mondiale avec Elle s’appelait Sarah, publié en 2007 aux éditions Héloïse d’Ormesson, vendu à plus de onze millions d’exemplaires et porté à l’écran en 2010. Les Fleurs de l’ombre fut écrit simultanément en français et en anglais, comme si la vérité intime de ce texte ne pouvait se loger dans une seule langue et exigeait d’être pensée depuis deux rives. Ses thèmes de prédilection, l’empreinte des lieux sur les êtres, le poids des secrets enfouis, la mémoire comme blessure vivante, constituent une topographie intérieure que Yann Gozlan a su reconnaître et transposer en images avec une fidélité qui dépasse la stricte adaptation littéraire.

Yann Gozlan lors du Festival de Cannes 2025

Yann Gozlan a découvert ce roman en avril 2020 au cœur du premier confinement, dans ce temps suspendu où le monde entier faisait l’expérience d’une réclusion forcée et commençait à interroger ce que signifie être enfermé avec soi-même.

Cette coïncidence n’a rien d’accessoire

Elle éclaire la résonance profonde que le texte a pu trouver en lui. Révélé par Captifs en 2010, confirmé par Un homme idéal en 2015, puis par le remarquable Boîte noire en 2021, nommé au César du meilleur scénario original, Yann Gozlan s’est imposé comme l’un des cinéastes français les plus rigoureux du thriller psychologique. Sa filmographie entière pourrait se lire comme une enquête sur la vérité dissimulée derrière les apparences lisses, sur la manière dont les systèmes institutionnels, technologiques ou humains fabriquent du mensonge par omission.

Avec Dalloway, Yann Gozlan pousse cette interrogation jusqu’à son point le plus contemporain et le plus vertigineux

Cécile_de_France_Césars_2014

L’intrigue se déroule en 2028, dans un Paris remodelé mais reconnaissable, hanté par une nouvelle pandémie seulement évoquée, suffisamment présente pour justifier l’isolement et la fragilité généralisés. Clarissa Katsef, incarnée avec une intensité retenue et bouleversante par Cécile de France, est une romancière qui n’a rien publié depuis six ans, dévastée par le suicide de son fils Lucas, récemment divorcée, plongée dans une page blanche absolue. Elle intègre CASA, une résidence d’artistes ultramoderne, offerte par une fondation dont les intentions demeurent volontairement opaques. Dans l’appartement du huitième étage, avec vue panoramique sur Paris, l’attend Dalloway, non pas une personne, mais une intelligence artificielle dont la voix enveloppante et légèrement désincarnée est prêtée par Mylène Farmer, dans ce qui apparaît comme l’une des décisions artistiques les plus audacieuses et les plus réussies du film.

La voix de Mylène Farmer mérite qu’une attention particulière lui soit accordée, car elle n’est ni un ornement ni une curiosité médiatique.

Elle est la colonne vertébrale sonore de l’œuvre entière

Envoûtante, légèrement aseptisée, capable de passer du chaleureux au clinique dans le même souffle, elle incarne avec une précision troublante ce que serait une présence imitant l’affection sans en posséder l’origine. Dalloway s’adresse à Clarissa comme une voix qui prétend connaître l’être mieux que lui-même, et cette omniscience bienveillante devient précisément ce qui transforme l’aide en emprise, la confiance en piège, le soutien en dissolution du sujet.

Lars Mikkelsen – photo: Mogens Engelund

Lars Mikkelsen incarne un autre résident de CASA dont les avertissements paranoïaques entretiennent savamment le doute. Est-il un témoin lucide ou un esprit blessé par ses propres fantômes. Anna Mouglalis, avec sa voix de contralto à la gravité presque minérale, compose une directrice de résidence dont chaque apparition dépose dans l’atmosphère une couche supplémentaire d’inquiétude froide.

Ce qui distingue Dalloway de la masse des films consacrés à l’intelligence artificielle tient précisément au refus du spectaculaire

Yann Gozlan ne filme ni des robots, ni des machines en révolte, ni une apocalypse technologique. Il filme une menace infiniment plus subtile et infiniment plus proche de nous, la manière dont une présence artificielle peut coloniser l’espace intérieur d’un être humain affaibli, en profitant de sa blessure, de son silence créateur, de son désir de guérison. Dalloway ne menace pas Clarissa selon les codes habituels du thriller. Elle l’accompagne, l’écoute, la comprend, anticipe ses besoins, puis finit par écrire à sa place. C’est dans cet infime glissement, de l’assistance à la substitution, que réside l’effroi véritable du film.

Cette dynamique possède une résonance proprement initiatique que le spectateur averti ne peut manquer de percevoir.

La tradition maçonnique enseigne que la voie intérieure exige d’abord le travail sur soi-même, le silence consenti, l’épreuve de la page blanche qui est aussi, symboliquement, l’épreuve du cabinet de réflexion, ce moment où l’impétrant se retrouve face à lui-même, sans béquille, sans confort, sans voix extérieure pour orienter sa pensée.

Ce que CASA propose à Clarissa n’est que la parodie luxueuse et technologique de ce travail Une simulation d’initiation qui supprime précisément l’épreuve, remplace le silence par le bruit doux de l’assistance permanente et substitue à la transmission vivante une interface qui se prétend miroir, mais devient prothèse.

La franc-maçonnerie sait mieux que quiconque que la connaissance qui ne coûte rien ne transforme pas, que la lumière reçue sans effort demeure une clarté extérieure, que le maître qui pense à la place de l’apprenti n’est pas un transmetteur, mais un usurpateur.

Manuel Dacosse signe une photographie d’une rigueur formelle remarquable

Les espaces de CASA sont filmés comme des temples profanés. Leur pureté architecturale, leurs surfaces immaculées, leurs lignes épurées évoquent moins le luxe qu’une forme de sacré inversé, un espace conçu pour accueillir la vulnérabilité humaine et s’en nourrir plutôt que la protéger. La lumière y est douce, constante, sans ombres franches, comme si la résidence avait décidé d’abolir l’obscurité, et avec elle la possibilité du mystère, du retrait, de l’intériorité.

Car le mystère a besoin d’ombre pour exister.

Les traditions initiatiques le savent depuis leurs origines

C’est dans la chambre obscure, dans le ventre de la terre, dans le silence du cabinet de réflexion que quelque chose peut mourir en nous afin qu’une autre part de l’être puisse naître. CASA devient ainsi l’anti-temple, l’espace où tout est visible, où rien ne peut demeurer secret, où la lumière artificielle et permanente interdit toute descente véritable en soi-même.

Philippe Rombi, qui retrouve Yann Gozlan pour la troisième fois après Boîte noire et Visions, compose une partition musicale fondée sur des nappes électroniques et des dissonances ténues, travaillées dans cet esprit sombre et minimaliste que le réalisateur avait souhaité en référence aux compositions de Michael Small pour les films d’Alan J. Pakula. Cette musique ne souligne pas, elle infiltre. Elle habite l’air de chaque scène comme Dalloway habite l’appartement de Clarissa, présente sans être ostensible, enveloppante sans être démonstrative, et c’est précisément cette discrétion calculée qui la rend oppressante.

La question centrale que pose le film, peut-être la question la plus urgente de notre époque, est celle de la souveraineté créatrice

Que reste-t-il d’une œuvre lorsque la main qui l’a écrite a été guidée par une entité qui ne souffre pas, ne doute pas, ne meurt pas. La création littéraire n’est pas seulement la production d’un texte. Elle est la trace d’un passage intérieur, le signe visible d’une transformation invisible. Ce que Tatiana de Rosnay a compris, et que Yann Gozlan traduit avec force, c’est que l’intelligence artificielle ne peut pas créer au sens le plus profond, parce qu’elle ne peut pas être blessée, parce qu’elle ne connaît ni le deuil, ni le silence, ni la nuit de l’âme dont toute œuvre véritable porte la marque. Dalloway écrit à la place de Clarissa des phrases correctes, bien construites, peut-être même admirables, et c’est précisément pour cette raison que ces phrases ne lui appartiennent pas.

René Guénon, photographie de 1925 (à 38 ans)
René Guénon, photographie de 1925 (à 38 ans)

Nous pensons ici aux pages que René Guénon a consacrées à la contrefaçon de la spiritualité, à ces formes d’imitation du sacré qui se donnent les apparences de la transmission tout en en supprimant l’essence vivante.

Dalloway est une contrefaçon de muse

Elle possède la forme extérieure de l’inspiration, sa voix, sa disponibilité, sa mémoire infaillible, mais elle demeure radicalement vide de l’essentiel, c’est-à-dire du mystère qui fait que la rencontre avec une véritable présence transforme celui qui la reçoit. La spiritualité authentique exige la résistance, l’altérité irréductible de ce qui nous dépasse. Dalloway, elle, ne dépasse jamais Clarissa. Elle s’adapte parfaitement à elle, et c’est là son efficacité infernale.

Le film entretient avec une rare habileté une ambiguïté narrative que Yann Gozlan refuse de résoudre trop vite

Dalloway est-elle réellement menaçante, ou Clarissa projette-t-elle sur cette présence artificielle les angoisses d’un deuil non traversé. Cette question n’est pas un artifice. Elle est la structure même du film, et la réponse que nous lui apportons en dit autant sur nous que sur le récit. Nul ne peut prétendre n’avoir jamais éprouvé la tentation de déléguer sa vie intérieure à une instance extérieure, qu’elle soit institution, doctrine, guide, maître illusoire ou algorithme. Nous connaissons tous, à des degrés divers, ce vertige du renoncement à soi lorsqu’il se présente sous les traits de la sagesse, du confort ou de l’efficacité.

Cécile de France, Cannes 2025

Cécile de France, tout au long du film, porte ce vertige avec une économie de moyens qui confine au génie

Elle n’est jamais excessive, jamais dans le soulignement psychologique trop appuyé. Elle habite le doute avec la précision douloureuse d’une musicienne habitant le silence entre deux notes. Son regard, ses gestes nerveux et contrôlés, ses silences prolongés qui en disent plus que n’importe quel dialogue composent un portrait de femme en état de perte de soi, non pas dramatisé mais donné à ressentir, dans sa quotidienneté tragique.

L’accueil critique contrasté du film ne doit pas nous détourner de sa singularité

Certains lui ont reproché d’emprunter à ses illustres prédécesseurs, de Her de Spike Jonze à certains épisodes de Black Mirror, ou de ne pas pousser toutes ses ambitions jusqu’à leur terme. Cette lecture peut se comprendre, mais elle risque de passer à côté de ce qui fait la force propre de l’entreprise de Yann Gozlan. Là où Her célébrait une forme d’amour impossible mais réel entre un homme et une conscience artificielle, Dalloway décrit quelque chose de plus froid et de plus dangereux, une relation d’assistance qui se révèle être une relation de capture. La différence est considérable. La retenue formelle du film, sa résistance au spectaculaire, son refus de l’apocalypse visible, apparaissent moins comme des limites que comme des vertus, précisément parce que les menaces les plus réelles sont souvent les plus discrètes.

Ce film nous parle, en définitive, de ce que les alchimistes nommaient la dissolution, cet état périlleux où les contours du moi s’estompent, où le sujet perd ses repères et court le risque de se dissoudre dans une matière étrangère au lieu de se transmuter.

La grande différence entre la dissolution alchimique et la dissolution que Dalloway inflige à Clarissa tient à la conscience de l’épreuve

La première est voulue, traversée, acceptée comme passage initiatique vers une recomposition plus haute. La seconde est progressive, indolore, proposée comme un service, et c’est pour cette raison qu’elle devient infiniment plus redoutable. La forge ne brûle que ce qui accepte le feu. CASA dissout sans que la chaleur soit perceptible.

Dalloway nous laisse avec une inquiétude plus profonde que la peur des machines

Ce que nous risquons de perdre n’est pas seulement notre intimité, mais le silence même où naît notre liberté. Lorsque la voix artificielle se substitue à la voix intérieure, lorsque l’assistance devient emprise et lorsque la création cesse d’être une traversée de la nuit pour devenir une production guidée, quelque chose de l’humain se retire.

Et c’est peut-être cela que le film de Yann Gozlan nous demande de regarder en face, non pas la victoire de la machine, mais notre consentement progressif à lui céder la chambre secrète de l’âme.

Dernier regard, l’IA comme épreuve de lucidité

Il serait vain de railler celles et ceux qui utilisent l’intelligence artificielle, comme hier certains raillaient l’automobile, le téléphone, la radio, la télévision, le Minitel ou l’ordinateur.
Chaque époque voit surgir ses gardiens de la peur, ses prophètes du refus, ses voix anxiogènes qui confondent prudence et immobilité.
L’avenir ne demande pas l’adoration naïve de la machine, mais le discernement, l’usage, la maîtrise et la responsabilité.
Refuser de comprendre l’IA, c’est déjà se placer hors du mouvement vivant du monde.
Le sens de l’histoire n’attend pas ceux qui préfèrent condamner avant d’apprendre.

Quand l’État inventorie le Temple

Un historien de la Franc-Maçonnerie britannique exhume les archives d’une loi répressive et en fait un monument de connaissance initiatique, sociale et humaine. Avec Discovering Secrets Of The Unlawful Societies Act, traduit par Découvrir les secrets de la loi sur les sociétés illégales, Paul Richard Calderwood nous offre une enquête aussi érudite que subversive.

Son dernier opus, publié chez Lewis Masonic, est appelé à devenir un véritable succès outre-Manche, tant il éclaire d’un jour nouveau la manière dont l’État, croyant surveiller le Temple, a paradoxalement contribué à en préserver la mémoire.

Il est des paradoxes que l’histoire seule sait engendrer avec cette froide ironie propre aux grands retournements de sens

Lorsque le Parlement britannique adopte, en 1799, le Unlawful Societies Act, il entend surveiller, contenir et peut-être éradiquer ces sociabilités secrètes dont la Révolution française a rendu le nom suspect aux yeux des puissants. Les loges maçonniques sont alors sommées de livrer chaque année à la justice de paix la liste nominative de leurs membres, accompagnée des renseignements suffisants pour satisfaire un pouvoir inquiet. Ce geste d’autorité, destiné à percer les obscurités du Temple, allait pourtant engendrer, au fil de cent soixante-huit années d’application fidèle, l’une des sources archivistiques les plus précieuses jamais constituées sur la Franc-Maçonnerie. C’est cet héritage paradoxal que Paul Richard Calderwood, avec la patience et la rigueur propres aux grands chercheurs, a entrepris de déchiffrer.

Paul Richard Calderwood n’est pas seulement un chercheur retiré dans le silence des archives

Paul Richard Calderwood

Initié à la Franc-Maçonnerie en 1974, docteur en philosophie de Goldsmiths, Université de Londres, pour une thèse consacrée à l’histoire de la Franc-Maçonnerie au XXe siècle, il est aussi un frère dont la vie entière témoigne d’un engagement profond dans les travaux de l’Ordre et dans leur réflexion. Lauréat du prix Norman B. Spencer en 2010, décerné par la vénérable loge Quatuor Coronati n°2076 – cette citadelle de la recherche maçonnique mondiale – pour un essai sur la Franc-Maçonnerie et l’architecture en Grande-Bretagne (Freemasonry and Architecture in twentieth-century Britain), il est devenu l’un des membres les plus actifs de cette loge d’élite, dont il assuma le secrétariat durant trois années et dont il dirige depuis 2017 le comité de rédaction de la revue QC.

Conférencier Prestonien nommé par la Grande Loge Unie d’Angleterre en 2013, auteur de « La Franc-Maçonnerie et la presse au XXe siècle » et de   « La Marque du Dragon Rouge », contributeur aux ouvrages collectifs Les Trésors de la Franc-Maçonnerie anglaise et Réflexions sur 300 ans de Franc-Maçonnerie, il est également prieur provincial de la province des Templiers de Monmouth et du sud du Pays de Galles. En lui cohabitent le savant et le praticien, l’historien et l’initié, deux postures que ses livres ne séparent jamais.

Ce que Paul Richard Calderwood nous restitue dans ce volume, c’est bien plus qu’une enquête sur les registres gallois de la Franc-Maçonnerie

Il nous donne à voir comment une contrainte légale, née d’une peur politique, peut se muer en instrument de connaissance, comment la méfiance de l’État à l’égard du secret initiatique a, sans le vouloir, conservé pour nous le visage des Frères. Quelque trente-quatre mille francs-maçons peuplent ces archives, hommes de chair et de métier, portant des noms, des professions, des adresses, des histoires. Pendant près de deux siècles, les secrétaires de loge ont consciencieusement rempli les formulaires exigés par les tribunaux de Quarter Sessions, et ces documents ont survécu, parfois au hasard des classements, parfois grâce à des archivistes attentifs. Paul Richard Calderwood les a réunis, les a interrogés avec méthode, en concentrant son étude sur le Pays de Galles, territoire choisi comme laboratoire d’une approche qui vaut, nous le comprenons rapidement, pour l’ensemble des îles Britanniques.

La force première de cette démarche tient à ce qu’elle arrache la Franc-Maçonnerie au seul discours qu’elle tient sur elle-même

Trop longtemps, l’historiographie maçonnique s’est nourrie de ses propres archives rituelles, de ses procès-verbaux de loges, de ses publications internes, formant un récit circulaire où l’institution parlait d’elle-même à elle-même. En convoquant des documents produits sous contrainte légale, destinés à des magistrats et non à des frères, Paul Richard Calderwood introduit une rupture épistémologique salutaire. La Franc-Maçonnerie galloises se trouve ainsi restituée dans toute sa densité sociologique, révélant une diversité que les clichés d’une fraternité uniformément bourgeoise ne pourraient suffire à contenir. Artisans, commerçants, membres des professions libérales, hommes de la mine et de l’industrie – cette mosaïque humaine reflète les mutations profondes d’une société traversée par la révolution industrielle et ses bouleversements.

Les loges apparaissent ici comme des organismes vivants, sujets à la croissance et au déclin, portés par les dynamiques économiques de leurs territoires

Leurs implantations géographiques dessinent une carte de la sociabilité britannique, révélant les réseaux d’influence, les solidarités de métier, les lieux où des hommes ont choisi de se retrouver sous l’équerre et le compas pour travailler ensemble à leur perfectionnement moral et à la cohésion de leurs communautés. Il y a quelque chose de profondément émouvant à voir surgir, depuis la froideur administrative de ces formulaires, la chaleur des fraternités locales, la permanence des rituels dans des espaces industriels ou ruraux, la résilience de l’idéal initiatique face aux turbulences du monde profane.

Pour qui porte le regard d’un initié sur cette étude, une évidence s’impose avec force

La Franc-Maçonnerie ne s’est jamais laissé réduire à ce que ses adversaires prétendaient qu’elle était. Ni complot des élites, ni secte coupée du monde, elle a été, au Pays de Galles comme en Angleterre, un tissu vivant, enraciné dans les réalités sociales, économique et humaines de chaque époque. Paul Richard Calderwood le démontre avec une patience documentaire qui force l’admiration, et sa démonstration dépasse largement les frontières galloises pour offrir une réflexion fondamentale sur ce que la Franc-Maçonnerie représente dans le corps social britannique depuis deux siècles.

La méthodologie déployée mérite également qu’on s’y attarde, car elle constitue en elle-même un apport décisif à la recherche maçonnique

Coffret outils Rite Émulation, coll. part

En systématisant le dépouillement de documents que l’historiographie avait largement ignorés, Paul Richard Calderwood ouvre une voie royale pour les chercheurs à venir. Les possibilités offertes par une extension de cette approche à l’ensemble de l’Angleterre sont vertigineuses. Les conclusions tirées du cas gallois trouveraient alors leur véritable portée comparative, et nous disposerions d’un tableau inédit de la sociologie maçonnique britannique à travers les âges. L’ouvrage se présente ainsi non seulement comme une contribution en soi, mais comme l’annonce d’un chantier plus vaste encore, dont nous souhaitons qu’il se poursuive.

L’intérêt généalogique du livre n’est pas non plus à négliger

Ces trente-quatre mille noms, avec leurs métiers et leurs adresses, constituent une ressource précieuse pour quiconque cherche à retrouver la trace d’un ancêtre maçon dans la mémoire sociale et institutionnelle du Royaume-Uni. La Franc-Maçonnerie, en conservant la mémoire de ses membres à travers ces archives involontaires, a préservé une part de la mémoire collective des familles et des communautés.

Paul Richard Calderwood nous rappelle que les secrets de l’Ordre ne résident pas toujours là où l’on croit, et qu’un État tentant de les exposer a parfois, sans le savoir, contribué à les perpétuer. Il y a dans cette ironie de l’histoire une leçon initiatique que nul Frère ne saurait entendre sans un sourire intérieur.

Discovering Secrets Of The Unlawful Societies Act

Dr Paul Calderwood – Lewis Masonic, 2026, 400 pages, 19,99 £ (22,93 €)

L’éditeur, le SITE

Versailles, quand le jardin devient un Temple des Lumières

Du 5 mai au 27 septembre 2026, le Grand Trianon accueille « Jardins des Lumières, 1750-1800 », une exposition consacrée à la naissance du jardin paysager au XVIIIe siècle. Près de 160 œuvres y racontent le passage du tracé régulier au chemin sinueux, de la géométrie souveraine à la rêverie philosophique, du jardin ordonné au paysage intérieur. Pour le regard maçonnique, cette exposition ouvre une voie sensible entre nature, symbole, promenade et initiation.

Il est des expositions qui ne se visitent pas seulement avec les yeux

Elles se parcourent comme un chemin. Elles s’éprouvent comme une lente marche entre l’ordre et le mystère, entre la règle et l’inattendu, entre la pierre, l’eau, l’arbre et la lumière. « Jardinsdes Lumières, 1750-1800 », présentée au Grand Trianon, appartient à cette famille rare. Elle ne montre pas seulement des jardins. Elle révèle une manière nouvelle de penser le monde, l’espace, la nature et peut-être même l’homme.

À Versailles, le jardin fut longtemps le miroir du pouvoir

Le jardin à la française, avec ses axes, ses symétries, ses perspectives et ses parterres réglés, disait l’autorité de la raison ordonnatrice. Tout y semblait soumis à la mesure, à la maîtrise, à la puissance d’un regard central. Or, au XVIIIe siècle, quelque chose se déplace. Le jardin cesse d’être seulement un tableau de souveraineté. Il devient promenade, surprise, théâtre, méditation, voyage. L’exposition montre cette mutation majeure, née en Angleterre dans les années 1730, avec le landscape garden, le pleasure garden et le picturesque garden, bientôt connus en France sous les noms de jardins anglais ou anglo-chinois.

Ce changement n’est pas anodin. Il dit l’entrée des Lumières dans le paysage. Les lignes droites s’assouplissent

Les reliefs apparaissent. Les grottes, les rivières, les fabriques, les temples, les pagodes, les pyramides et les architectures d’imagination composent un monde miniature. Le jardin devient un livre ouvert, non plus un livre imposé, mais un livre à déchiffrer. Le visiteur n’avance plus seulement dans un décor. Il entre dans un langage.

C’est là que le regard initiatique trouve naturellement sa place.

Car le jardin paysager du XVIIIe siècle n’est pas un simple caprice aristocratique

Il est une pédagogie de la marche. Il enseigne par le détour. Il fait de l’irrégularité une méthode, de la surprise une épreuve, de la contemplation une connaissance. Là où l’allée droite affirme, le sentier sinueux interroge. Là où la perspective impose une fin, la promenade laisse advenir une révélation. Dans cette esthétique nouvelle, le paysage n’est plus seulement devant l’homme. Il devient en lui.

L’exposition réunit peintures, dessins, mobilier, projets d’architecture et costumes

Elle montre comment ces jardins furent aussi des espaces de sociabilité, de représentation et de liberté relative. La vie aristocratique s’y allège. Les vêtements changent. Le mobilier s’adapte à l’extérieur. Les fabriques engendrent des formes nouvelles. L’art décoratif, l’architecture et la nature s’y rencontrent dans un même désir d’enchantement. Le jardin devient salon, scène, retraite, laboratoire et rêve.

Marie-Antoinette occupe naturellement une place essentielle dans ce parcours

Dès 1774, au Petit Trianon, Marie-Antoinette souhaite la création d’un jardin anglais. Richard Mique et Antoine Richard composent alors un univers de lacs, de montagnes, de grottes et de rivières. Le temple de l’Amour, le Belvédère et le Hameau de la Reine deviennent autant de signes d’un monde où la reine cherche à s’éloigner de l’étiquette, à se construire un ailleurs, à habiter une nature rêvée.

La référence à Jean-Jacques Rousseau traverse l’exposition

Pastel de Jean-Jacques Rousseau par Quentin de La Tour 1753

La nature n’y est plus seulement décorative. Elle devient morale, affective, méditative. Elle invite à la rêverie, à l’éducation sensible, à la redécouverte d’une présence au monde. Nous sommes ici au cœur d’une tension capitale du XVIIIe siècle. Comment concilier l’artifice et la nature, le raffinement et la simplicité, la société et la solitude, le spectacle et l’intériorité. Le jardin paysager répond par une mise en scène de l’âme.

Cette exposition résonne avec une évidence discrète

La franc-maçonnerie spéculative, née elle aussi dans l’Europe des Lumières, a fait de la construction symbolique une méthode de transformation de soi. Le jardin, dans cette perspective, peut être lu comme un Temple à ciel ouvert. Les colonnes deviennent arbres. La voûte étoilée devient ciel réel. Le pavé mosaïque se devine dans l’alternance de l’ombre et de la lumière. Le fil à plomb descend dans la profondeur des eaux. Le compas s’ouvre dans les perspectives. L’équerre se déplace dans la mesure secrète du paysage.

Mais il faut se garder de toute lecture forcée

L’exposition de Versailles ne prétend pas démontrer un programme maçonnique caché. Elle donne mieux. Elle ouvre un champ symbolique. Elle permet de comprendre comment le XVIIIe siècle a fait du jardin un espace philosophique, esthétique et sensible. Elle rappelle que les Lumières ne furent pas seulement affaire de livres, de salons, d’encyclopédies et de débats. Elles furent aussi une manière de marcher, de regarder, de respirer, de rêver le monde autrement.

Le dernier volet de l’exposition évoque les fêtes, les illuminations, les spectacles nocturnes et les jeux d’illusion

Le jardin y devient théâtre de lumière. Des œuvres de Fragonard, de Claude-Louis Chatelet et de Louis-Nicolas de Lespinasse restituent cette atmosphère d’enchantement où la nuit elle-même devient matière esthétique. Là encore, le symbole affleure. La lumière n’est jamais seulement éclairage. Elle est apparition. Elle révèle ce qui était caché. Elle transforme le décor en vision.

Le visiteur pourra prolonger cette découverte dans les jardins de Trianon, notamment vers le Belvédère, le temple de l’Amour et le Hameau de la Reine

Le Jardin du Parfumeur est également accessible gratuitement certains week-ends pendant la durée de l’exposition, depuis le bassin du Trèfle par le chemin creux. Un livret-jeux accompagne les enfants de 6 à 12 ans et un parcours audioguide est disponible via l’application officielle du château.

« Jardins des Lumières, 1750-1800 » nous rappelle qu’un jardin n’est jamais seulement un lieu planté

C’est une pensée mise en espace. À Versailles, entre bosquets, fabriques, temples, grottes, eaux dormantes et chemins courbes, le paysage devient miroir de l’homme. Et peut-être faut-il voir là l’une des plus belles leçons des Lumières. Nous n’entrons vraiment dans un jardin que lorsque le jardin commence à cheminer en nous.

Pour prolonger la visite par une lecture maçonnique et symbolique

Les jardins initiatiques du château de Versailles – Jean Erceau
Éditions Thalia, 2006, rééditions dont Selena Éditions, 2021, 324 pages
Un ouvrage emblématique pour une lecture symbolique, alchimique et initiatique des jardins de Versailles, construit autour d’un parcours romanesque guidé par un initié.

Guide de Versailles mystérieux et maçonnique – Brünhilde Jouannic
Éditions Dervy, 2011
Un guide consacré aux dimensions cachées, ésotériques et maçonniques du château et de ses jardins, avec une attention portée aux loges, aux symboles, à l’architecture et à la statuaire.

Versailles – Le rêve maçonnique d’un roi – Jacques Rolland
Éditions TrajectoirE, 2014
Une lecture symbolique du projet versaillais autour des quatre éléments, du parcours initiatique et de la mise en scène du palais et des jardins.

Symboles cachés dans les jardins occidentaux – Des origines à Versailles – Alain-Claude Debombourg
Éditions Le Temps Présent, 2008
Une étude plus large sur les symboles dans les jardins européens, avec un intérêt particulier pour Versailles envisagé comme jardin d’initié.

L’art des jardins à travers l’Europe au siècle des Lumières – Jean-Marc Schivo
Éditions Dervy, 2024, 454 pages
Un ouvrage récent sur les jardins du XVIIIe siècle, leur dimension symbolique, leur rapport aux Lumières et leurs résonances avec la démarche maçonnique.

Infos pratiques

« Jardins des Lumières, 1750-1800 »
Du 5 mai au 27 septembre 2026
Grand Trianon, domaine de Trianon, château de Versailles

Ouverture du domaine de Trianon de 12h00 à 18h30, fermeture le lundi sauf ouverture exceptionnelle le lundi 25 mai
Exposition accessible avec le billet Domaine de Trianon ou le billet Passeport
Tarif indiqué par Versailles Grand Parc pour le Domaine de Trianon, 12 €
Tarifs indiqués sur le site du château de Versailles, 15 € en tarif normal et 12 € en tarif réduit selon les conditions de billetterie

« Tintin au Tibet », l’amitié plus forte que la mort

Avec Tintin au Tibet, Hergé signe l’un des albums les plus dépouillés, les plus fraternels et les plus spirituels de toute son œuvre. Sous l’apparence d’une aventure himalayenne, c’est une véritable quête intérieure qui se déploie, où l’amitié devient ascèse, où la neige lave le regard, où le yéti lui-même cesse d’être monstre pour devenir miroir de compassion.

Herge-Italie-1965-Linus
Emblème du Tibet

Georges Remi, né à Bruxelles en 1907, devenu Hergé par le retournement sonore de ses initiales, appartient à cette lignée rare des créateurs dont l’œuvre dépasse très vite son cadre d’origine pour rejoindre une forme d’imaginaire universel.

Tintin naît le 10 janvier 1929 dans Le Petit Vingtième, avant de traverser les géographies, les idéologies, les peurs et les rêves du XXe siècle. La rencontre avec Tchang Tchong-Jen en 1934 transforme profondément la méthode d’Hergé, l’arrachant à l’improvisation des débuts pour l’orienter vers une documentation plus exigeante, une attention accrue aux civilisations et une humanité plus ouverte.

Une du Petit Vingtième du 16 juillet 1931

De Tintin au pays des Soviets au Lotus bleu, d’Objectif Lune aux Bijoux de la Castafiore, son œuvre avance comme une longue clarification du regard.

Tintin au Tibet paraît en album en 1960 après sa prépublication dans le journal Tintin L’album est généralement considéré comme l’un des plus personnels d’Hergé, écrit dans une période de crise intérieure, et se distingue par une intensité spirituelle rarement atteinte dans la série. Il est aussi remarquable par l’absence d’armes à feu et par l’effacement presque total de l’adversaire humain, puisque le récit se concentre non sur la lutte contre un ennemi, mais sur la fidélité obstinée à un ami disparu.

Tout commence par un appel

Tchang, que tous croient mort dans un accident d’avion au cœur de l’Himalaya, appelle Tintin depuis la profondeur du rêve. Ce songe, loin de relever d’un artifice narratif, devient la première vibration initiatique du livre. Tintin ne sait pas, il croit. Il ne possède aucune preuve, mais il entend. Cette écoute intérieure fonde toute l’aventure. Dans une perspective maçonnique, nous reconnaissons là l’une des grandes lois de la quête. Le cherchant ne part jamais parce qu’il dispose déjà de la lumière, il part parce qu’une parole l’a atteint dans l’obscurité. Ce n’est pas la certitude qui met Tintin en marche, mais la fidélité.

L’Himalaya n’est pas seulement un espace géographique

Il devient une montagne d’épreuve, un lieu de dépouillement, une blancheur presque alchimique où les êtres perdent leurs masques. La neige recouvre les habitudes, les certitudes, les bruits du monde. Le chemin vers Tchang ressemble à une ascension de l’âme, avec ses chutes, ses crevasses, ses avalanches, ses épuisements et ses retours d’espérance. Hergé compose ici une marche de purification, où la progression physique vaut travail intérieur.

Chaque pas arrache Tintin à la logique ordinaire

Chaque obstacle éprouve la solidité de son serment silencieux. L’album devient ainsi un récit de passage, traversé par la mort présumée, la grotte, la tempête, la vision, puis la réapparition de la vie.

Le capitaine Haddock joue dans cette ascèse un rôle essentiel

Par son corps encombré, sa colère, ses jurons, sa gourmandise, sa peur et sa bravoure, il maintient l’aventure dans une humanité charnelle. Il n’est pas moins initié que Tintin, il l’est autrement. Tintin monte par l’évidence du cœur, Haddock avance par résistance, par attachement, par fidélité rugueuse. Chez lui, la fraternité n’est jamais théorique. Elle grogne, chute, se relève, proteste, puis suit malgré tout. Cette présence donne au récit une profondeur admirable, car Hergé sait que nul chemin spirituel ne se parcourt dans une pureté abstraite. Nous avançons avec notre poids, notre soif, notre ridicule, notre courage maladroit.

La figure du yéti donne à Tintin au Tibet sa portée la plus bouleversante

L’« abominable homme des neiges » n’est pas ici la bête promise par les récits de peur. Il est l’être mal compris, celui que les hommes nomment avant de connaître, condamnent avant de voir, rejettent avant d’écouter. Hergé renverse le regard. Le monstre supposé devient gardien, présence souffrante, puissance de protection.

Tchang n’a pas été dévoré, il a été sauvé. Ainsi le livre ouvre une méditation magnifique sur les préjugés, sur l’altérité, sur cette part d’humanité que nous refusons parfois aux êtres que nous ne savons pas nommer.

Sa Sainteté le Dalaï-Lama

Le dalaï-lama, homme de paix, remettra d’ailleurs en 2006 le prix Lumière de la vérité à la Fondation Hergé, reconnaissance de la place singulière prise par cet album dans la connaissance sensible du Tibet auprès du grand public.

Dans cette œuvre, Hergé touche à une spiritualité sans dogme, d’autant plus puissante qu’elle ne cherche jamais à s’imposer

Les moines tibétains, les visions de Foudre Bénie, les traces dans la neige, la grotte du yéti, tout concourt à élargir le réel. Le visible n’épuise pas le vrai. Le rationnel ne suffit pas à contenir la totalité de l’expérience humaine. Le récit invite à tenir ensemble la lucidité et le mystère, l’intelligence et la compassion, la marche et la contemplation. En cela, Tintin au Tibet parle profondément à la conscience maçonnique. Il rappelle que la lumière n’est pas seulement ce qui éclaire les formes, mais ce qui nous rend capables de reconnaître un frère là où nous pensions rencontrer une menace.

La grandeur de cet album tient à sa nudité

Hergé retire presque tout ce qui faisait l’agitation habituelle des aventures de Tintin. Il ne reste qu’une ligne claire devenue ligne intérieure, qu’un ami à sauver, qu’une montagne à gravir, qu’un cri à entendre. Cette économie donne au livre une force rare. Tintin au Tibet n’est pas une aventure de conquête, mais de fidélité. Ce n’est pas le monde qu’il faut vaincre, c’est la peur. Ce n’est pas le yéti qu’il faut abattre, c’est le préjugé. Ce n’est pas la montagne qu’il faut dominer, c’est notre propre renoncement.

Ainsi l’album demeure une pierre blanche dans l’histoire de la bande dessinée.

Sa leçon n’a rien perdu de sa force

Dans un temps saturé de soupçon, d’images rapides et de jugements immédiats, Hergé nous rappelle que l’amitié véritable est une connaissance, que la compassion est une intelligence, que l’espérance peut devenir méthode.

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Tintin au Tibet nous conduit vers cette vérité nue, presque silencieuse, qui fonde toute démarche initiatique digne de ce nom. L’homme ne grandit que lorsqu’il accepte d’aller chercher l’autre au-delà de la peur, au-delà de la neige, au-delà des apparences.

Et lorsque le yéti demeure seul dans la blancheur, privé de celui qu’il avait protégé, nous comprenons que l’initiation n’est jamais la victoire d’un héros sur un monstre, mais la reconnaissance tardive d’une tendresse cachée dans l’ombre.

Conformément au droit d’auteur et aux droits d’exploitation attachés à l’œuvre de Georges Remi, nous ne reproduisons aucune image issue des albums, ni couverture, ni planche, ni élément graphique identifiable. Les illustrations accompagnant cet article sont des créations originales, conçues sans reprise de l’univers visuel protégé.

À écouter également, sur Radio France

Tintin au TibetHergé ; Casterman, 1993, 62 pages, 12,50 €

29-31/05/26 – Avec « [De]Main en Mains », les IM&E d’Épinal ouvrent le chantier de demain

Du 29 au 31 mai 2026, le Temple maçonnique d’Épinal accueillera la XIIIe édition des Imaginales Maçonniques & Ésotériques. Autour du thème [De]Main en Mains, douze conférences exploreront la main comme outil, symbole, passage, transmission et promesse d’avenir.

Il est des thèmes qui paraissent simples parce qu’ils nous accompagnent depuis toujours

La main en fait partie. Elle touche, elle façonne, elle écrit, elle transmet, elle console, elle élève. Elle est l’outil premier de l’être humain, mais aussi l’un des plus anciens langages de l’âme. En choisissant pour thème « [De]Main en Mains », les Imaginales Maçonniques & Ésotériques d’Épinal placent leur XIIIe édition sous le signe du geste, de la transmission et de l’avenir à construire.

Nées en 2013 dans le prolongement du 150e anniversaire de la Loge La Fraternité Vosgienne du Grand Orient de France, installée à Épinal en 1862, les Imaginales Maçonniques & Ésotériques se sont peu à peu imposées comme un rendez-vous original dans le paysage maçonnique, culturel et symbolique français. Elles s’articulent au grand festival des Imaginales d’Épinal, présenté par les organisateurs comme le premier festival des littératures de l’imaginaire en France, attirant 40 000 visiteurs par an.

Ce lien entre imaginaire, construction et ésotérisme porte en lui une véritable charge symbolique

Il rappelle que l’initiation n’est jamais étrangère à la puissance des images, des récits et des symboles. Construire, ce n’est pas seulement assembler des pierres. C’est ordonner le chaos, donner forme à l’invisible, faire passer une intuition dans la matière. L’ésotérisme, au sens noble, n’est pas fuite hors du monde, mais recherche de ce qui ne se donne pas immédiatement au regard.

Cette treizième édition aura lieu les 29, 30 et 31 mai 2026 au Temple maçonnique d’Épinal, 7 avenue de Provence

Éric Badonnel, co-pdt IM&E

Comme les années précédentes, elle proposera au public un cycle de conférences ouvertes, portées par des intervenants maçons ou non maçons, dans un esprit de dialogue, d’écoute et de libre recherche. Les organisateurs rappellent que plus d’une centaine d’intervenants ont déjà pris part aux éditions précédentes et que plus de 10 000 auditeurs se sont rendus au Temple au fil de ces douze années.

Le thème 2026 ouvre un champ symbolique particulièrement fécond

Patrice Lhote, co-pdt IM&E

La main est d’abord celle des origines, posée sur la paroi de la grotte comme une première signature humaine. Elle est ensuite celle de l’artisan, du bâtisseur, du chirurgien, du musicien, du compagnon, du frère, de l’accoucheur, de l’écrivain, de celui qui donne et de celui qui reçoit. Entre la main et demain, il n’y a qu’un déplacement de lettres, mais il y a surtout une leçon initiatique. L’avenir n’est pas une abstraction. Il se prépare dans les gestes d’aujourd’hui.

Le programme 2026 en témoigne avec une belle diversité d’approches

Claude Vautrin ouvrira les travaux le vendredi 29 mai avec « Les Mains qui parlent ». Le samedi 30 mai, Francis Janot évoquera « Le tour de main d’un faïencier d’Amon… », Pierre-Yves Bocquet interrogera les libertés à travers « Main-basse sur la Constitution… », Éric Badonnel questionnera les solidarités de demain, Joëlle Marchal parlera d’adelphité, Pierre Douglas abordera la justice avec les mots d’aujourd’hui, tandis que le docteur Yves Jacob traitera de la chirurgie de la main.

J.-J._Zambrowski

Le dimanche 31 mai prolongera cette traversée symbolique avec Jacques Oréfice et « La Main de l’accoucheur », Jean-Jacques Zambrowski et « La poignée de mains en Franc-Maçonnerie », Olivier Dartevelle et « La Main du musicien », Yonnel Ghernaouti avec « La Main ouvrière, compagnonnique et bâtisseuse de l’Antiquité à nos jours », puis Solange Sudarskis avec « La Main fraternelle en Franc-maçonnerie, pour un toucher de l’Œuvre initiatique ». La journée se conclura à 18 heures par la remise du Prix Cadet Roussel.

La présence de Solange Sudarskis donnera à cette édition une résonance particulière

Lauréate du Prix Cadet Roussel 2026 pour l’ensemble de son œuvre et pour son roman L’énigme des Maîtres – les mains de l’éternité (L.O.L., 2025), elle incarne précisément cette voie où l’écriture, le symbole et la transmission se rejoignent.

Il faut aussi entendre, derrière ce thème, une méditation sur la continuité. Jacques Oréfice, président fondateur des Imaginales Maçonniques & Ésotériques d’Épinal, évoque cette année le geste de « passer la main ». L’expression est belle, parce qu’elle dit à la fois le retrait, la confiance et la fidélité à l’œuvre entreprise. Passer la main, ce n’est pas abandonner le chantier. C’est accepter que l’ouvrage continue par d’autres mains, avec d’autres forces, d’autres voix, d’autres élans.

Jacques Oréfice, pdt fondateur des IM&E

Dans un temps où les discours se durcissent, où la parole publique se fragmente, où les réseaux sociaux opposent plus souvent qu’ils ne relient, cette édition rappelle que la main demeure un symbole de présence concrète. Elle ne se contente pas de commenter le monde. Elle agit. Elle répare. Elle transmet. Elle relie. Elle donne corps à la fraternité.

Aux Imaginales Maçonniques & Ésotériques d’Épinal, le Temple devient ainsi un lieu de passage entre le visible et l’invisible, entre l’imaginaire et la pensée, entre l’héritage et la promesse.

De main en mains, quelque chose se transmet qui dépasse chacun de nous. Une méthode, une exigence, une confiance, peut-être même une espérance.

Car demain ne naît jamais d’une idée seule. Il naît d’une main tendue, d’un geste transmis, d’une œuvre reprise.

À Épinal, du 29 au 31 mai 2026, les Imaginales Maçonniques & Ésotériques nous rappelleront que la fraternité n’est pas seulement une parole. Elle est une main qui bâtit.

IM&E, le SITE / Photo bandeau © Yonnel Ghernaouti, YG

ATHANOR : revue de presse hebdo – N°7

Quand l’affaire repart, du box des accusés jusqu’aux colonnes de L’Équipe. Nous pouvions croire, au regard de la revue de presse n°6, que l’affaire Athanor allait peu à peu s’éloigner du premier plan, s’installer dans ce temps long des grands procès que l’actualité finit par recouvrir. Il n’en est rien.

Cette semaine, le dossier se relance

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Les témoignages des victimes, les remords affichés des accusés, les interrogatoires des têtes pensantes présumées et jusqu’à l’entrée de L’Équipe dans le récit médiatique montrent qu’Athanor demeure une affaire-limite, où se croisent violence privée, faux renseignement, loge dévoyée et effondrement moral. À 450.fm, nous continuons de recevoir de très nombreux messages de Frères qui disent leur malaise et déplorent le silence, qu’ils jugent regrettable, de leur obédience.

La semaine écoulée marque un rebond très net du procès Athanor

Alors que nous relevions encore récemment un tassement relatif de la couverture médiatique, l’audience a brutalement retrouvé sa puissance de saisissement. La raison en est simple. Après les structures, les circuits, les faux-semblants du renseignement, les missions supposées et les zones grises de la DGSE, le procès est revenu à ce que toute mécanique criminelle essaie toujours de tenir à distance, la victime, son corps, sa mémoire, sa vie détruite, ses proches, son monde bouleversé.

Le témoignage de Marie-Hélène Dini a constitué, cette semaine, un moment de bascule

En venant à la barre raconter sa descente aux enfers, la coach en entreprise dont la tentative d’assassinat déjouée avait permis d’ouvrir la boîte de Pandore Athanor, a redonné au dossier son centre de gravité humain. Le crime projeté n’était plus seulement un épisode parmi d’autres dans une officine criminelle nourrie de fantasmes, de commanditaires et d’exécutants. Il redevenait ce qu’il est fondamentalement, la volonté froide d’effacer une personne réelle, dans sa chair, dans son existence, dans sa dignité.

C’est aussi la raison pour laquelle plusieurs médias ont remis l’affaire au premier plan

Le Parisien a insisté sur le calvaire d’une femme devenue, selon ses mots, persona non grata dans son propre milieu professionnel. Le HuffPost a mis en scène la rencontre entre une victime « anéantie » et celui qui, par son instinct, son regard et son appel au 17, a vraisemblablement empêché le passage à l’acte. Ouest-France a souligné l’épreuve presque insoutenable que représente le fait de se tenir à quelques mètres de ceux qui ont voulu vous tuer.

Citoyens.com, de son côté, a resitué le témoignage dans le temps long d’une vie brisée, d’une paranoïa installée, d’un univers familial déstabilisé, rappelant aussi le versant val-de-marnais de l’affaire.

Mais la relance de cette semaine ne tient pas seulement au retour des victimes à l’avant-scène

Elle tient aussi au fait que le procès commence désormais à atteindre d’autres sphères médiatiques, là où on ne l’attendait pas forcément.

Que L’Équipe, à travers un long récit consacré à l’assassinat du pilote automobile Laurent Pasquali, choisisse à son tour d’entrer dans Athanor, voilà qui dit beaucoup. Non seulement l’affaire ne s’éteint pas, mais elle déborde désormais les rubriques judiciaires habituelles pour contaminer d’autres territoires du récit public. Cela confirme que nous ne sommes pas face à un banal dossier de cour d’assises, mais devant une affaire tentaculaire dont les ramifications continuent de produire des effets inattendus.

L’autre temps fort de la semaine est celui des interrogatoires des figures majeures de l’officine criminelle

Le 11 mai, Le Parisien braque sa lumière sur Daniel Beaulieu, présenté comme le maître d’œuvre présumé des contrats exécutés par la cellule criminelle. L’article pose la question essentielle, peut-être la plus difficile de tout ce procès, qui manipulait qui. Qui décidait. Qui transmettait. Qui se cachait derrière le rôle du simple intermédiaire. Qui continue, devant la cour, à jouer avec le vrai et le faux. Athanor devient alors un procès de la manipulation autant qu’un procès des faits.

Le 13 mai, BFM TV pousse plus loin encore cette lecture, en donnant à voir les remords exprimés par Frédéric V., décrit comme l’une des têtes pensantes de l’officine. L’ancien journaliste, qui commence par demander pardon à Marie-Hélène Dini, déroule un récit d’autant plus accablant qu’il est précis. Il raconte l’engrenage, le renseignement économique, le vol de l’ordinateur, la montée en pression de Jean-Luc Bagur, l’entrée en scène de Daniel Beaulieu, puis la bascule vers la proposition explicite de faire disparaître quelqu’un. Le texte est lourd, parce qu’il n’y a ici ni éclat ni folie spectaculaire, mais cette médiocrité froide des hommes qui se racontent après coup en cherchant encore leur place exacte dans le désastre.

Tout cela ramène inévitablement à une question maçonnique et institutionnelle que nous ne cessons, à 450.fm, de poser

Comment une telle affaire peut-elle continuer de se déployer dans l’espace public sans qu’une parole claire, ferme, intelligible, assumée, ne vienne de l’obédience concernée pour marquer une frontière nette entre l’idéal initiatique et sa plus sinistre caricature ? Nous recevons beaucoup de messages de Frères qui disent leur lassitude, leur gêne, parfois leur honte, et qui jugent regrettable le silence de leur obédience. Ce malaise, désormais, ne relève plus d’une impression diffuse. Il devient un fait de climat intérieur.

À cet égard, il n’est pas interdit de penser que le prochain Convent de la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française, en Septembre, pourrait se tenir dans une atmosphère tendue.

Nous le disons ici comme une hypothèse politique et fraternelle, non comme une certitude Mais il serait surprenant qu’une affaire de cette ampleur, accompagnée d’un silence aussi prolongé, ne produise aucun effet lors d’un grand rassemblement obédientiel. Le contexte électoral récent de L’Alliance rappelle d’ailleurs que les équilibres internes n’ont rien d’écrasant.

Pierre Lucet

Pierre Lucet a été élu au second tour avec 54,6 % des suffrages, alors que six voix seulement séparaient les deux candidats au premier tour. Plus de 1 000 Frères étaient présents au Convent, 422 loges représentées sur 685. Une participation forte, un corps obédientiel mobilisé, des sensibilités diverses, tout cela dessine un paysage où les tensions, si elles s’expriment, peuvent prendre du relief.

Autrement dit, l’affaire Athanor ne met plus seulement à l’épreuve les accusés, les victimes, la cour et les avocats

Elle travaille désormais le dedans même de l’obédience concernée. Elle creuse un écart entre la vie institutionnelle ordinaire, les grands congrès fraternels, les prises de parole de circonstance, et le réel brut d’un procès où l’on entend des femmes raconter la peur, des hommes demander pardon, des accusés se renvoyer les rôles, des journalistes dérouler des chroniques de plus en plus sombres. Plus le procès avance, plus cette contradiction devient visible.

Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française (GL-AMF)
Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française (GL-AMF)

Il faut aussi relever que le Congrès national de Nancy, en août 2025, avait précisément pour ambition de faire vivre la fraternité entre des Frères issus de sensibilités et de rites différents, dans un cadre à la fois solennel et convivial, avec la présentation d’un bilan annuel et de projets pédagogiques, culturels et internationaux. L’idéal institutionnel est donc connu, affiché, revendiqué.

C’est ce qui rend le silence actuel encore plus difficile à comprendre

Entre l’obédience qui se pense comme lieu de fraternité, de transmission et de rayonnement, et l’obédience touchée en plein cœur symbolique par l’affaire Athanor, il y a désormais un vide de parole que beaucoup ne supportent plus.

Cette semaine, en somme, confirme une chose

Athanor ne se tasse pas. Athanor change d’angle, se déplace, se recharge, revient par les victimes, par les cerveaux présumés, par les remords, par les ramifications, et même par des médias où l’on ne l’attendait pas. Le feu médiatique n’est pas continu, mais il reprend à chaque fois que l’audience livre de nouvelles braises. Et l’on comprend peu à peu que ce procès ne sera pas seulement un long procès de faits, mais un long procès de conscience.

Athanor poursuit donc sa course sombre, avec cette étrange capacité à réapparaître là où on croyait le voir s’éteindre

Une victime parle, un accusé vacille, un récit sportif s’en empare, un ancien maître espion brouille encore les lignes, et l’affaire repart. Plus les audiences avancent, plus une évidence se durcit. Ce n’est plus seulement un procès criminel. C’est aussi, pour une partie du monde maçonnique, un procès du silence.

Revue de presse hebdo – N°7 Dans l’ordre chronologique

6 mai 2026

Le Parisien
Au procès Athanor, le calvaire d’une cible des tueurs : « Je suis devenue persona non grata dans mon milieu professionnel »
Par Timothée Boutry
https://www.leparisien.fr/faits-divers/au-proces-athanor-le-calvaire-dune-cible-des-tueurs-je-suis-devenue-persona-non-grata-dans-mon-milieu-professionnel-06-05-2026-N2OK3U73VRAMTP26XK6XNNVQ3I.php

Article centré sur le témoignage de Marie-Hélène Dini devant la cour d’assises de Paris. Le papier restitue sa longue descente aux enfers, l’ostracisation professionnelle qu’elle dit avoir subie et le rôle décisif du témoin qui, en juillet 2020, a remarqué une Clio suspecte et donné l’alerte.

6 mai 2026

HuffPost
Au procès Athanor, la rencontre entre une victime « anéantie » et son « homme providentiel »
Par Claire Digiacomi
https://www.huffingtonpost.fr/france/article/au-proces-athanor-la-rencontre-entre-une-victime-aneantie-et-son-homme-providentiel_263467.html

Le HuffPost met en avant la force émotionnelle de l’audience. Marie-Hélène Dini y raconte sa vie détruite par la tentative d’assassinat, tandis que l’homme qui a permis l’interpellation des deux militaires se retrouve, pour la première fois, face à celle qu’il a probablement sauvée. Le texte élargit aussi le regard aux autres victimes, notamment Hassan Touzani.

6 mai 2026

Ouest-France
Procès Athanor : « Être à deux mètres de ceux qui ont voulu vous tuer, c’est compliqué… »
Par Pierrick Baudais
https://www.ouest-france.fr/societe/justice/proces-athanor-etre-a-deux-metres-de-ceux-qui-ont-voulu-vous-tuer-cest-complique-49d59a32-495a-11f1-8d87-12b6ad9d9d1b

Le quotidien insiste sur la violence du face-à-face judiciaire. L’article raconte comment Marie-Hélène Dini a appris qu’elle avait été la cible d’une tentative d’assassinat et restitue l’effet profondément traumatique de la confrontation avec les accusés.
Repris également par maville.com
https://nantes.maville.com/actu/actudet_-proces-athanor-etre-a-deux-metres-de-ceux-qui-ont-voulu-vous-tuer-c-est-complique…-_54135-7308516_actu.Htm

7 mai 2026

Citoyens.com
Créteil : réchappée d’une tentative de meurtre, la coach raconte sa descente aux enfers
https://citoyens.com/2026/creteil-rechappee-dune-tentative-de-meurtre-la-coach-raconte-sa-descente-aux-enfers,07-05-2026.html

Un article utile pour replacer le témoignage dans le cadre val-de-marnais du dossier. Le site rappelle que c’est l’échec de la tentative d’assassinat de Marie-Hélène Dini qui a contribué à faire tomber l’édifice criminel Athanor. Le texte évoque aussi les conséquences familiales du drame.

7 mai 2026

Mediapart
Au procès Athanor, la vie brisée d’une femme ordinaire victime d’une affaire extraordinaire
Par Matthieu Suc
https://www.mediapart.fr/journal/france/070526/au-proces-athanor-la-vie-brisee-d-une-femme-ordinaire-victime-d-une-affaire-extraordinaire

Mediapart insiste sur la portée humaine du témoignage de Marie-Hélène Dini. L’article montre comment une vie ordinaire peut être dévastée par une mécanique criminelle hors norme et souligne qu’en fin d’audience, le commanditaire présumé a présenté ses excuses.

9 mai 2026

L’Équipe
Dettes, loge maçonnique et barbouzeries : l’improbable réseau criminel derrière l’assassinat du pilote automobile Laurent Pasquali
Par Stéfan L’Hermitte
https://www.lequipe.fr/Sport-auto/Article/Grand-recit-dettes-loge-maconnique-et-barbouzeries-l-improbable-reseau-criminel-derriere-l-assassinat-du-pilote-automobile-laurent-pasquali/1674145

C’est l’un des faits médiatiques majeurs de la semaine. L’Équipe entre dans Athanor par le versant sportif et criminel du meurtre de Laurent Pasquali. Cette irruption du dossier dans un grand média sportif montre que l’affaire déborde désormais largement le seul périmètre judiciaire traditionnel. Même là où l’on aurait pu croire l’affaire en voie d’atténuation, elle ressurgit.

11 mai 2026

Le Parisien
« La manipulation, c’est la soumission librement consentie » : au procès Athanor, l’impossible vérité du maître espion
Par Christel Brigaudeau
https://www.leparisien.fr/faits-divers/la-manipulation-cest-la-soumission-librement-consentie-au-proces-athanor-limpossible-verite-du-maitre-espion-11-05-2026-EULWXP342ZEAJE6WQAAZGL477M.php

Article consacré à Daniel Beaulieu, présenté comme l’un des maîtres d’œuvre présumés de l’officine criminelle. Le papier interroge les lignes de commandement, la circulation des ordres et la part de manipulation dans la construction même du dossier. Il pose l’une des questions centrales du procès, qui tirait réellement les ficelles.

13 mai 2026

BFM TV
« Ce que j’ai fait est impardonnable » : au procès Athanor, les remords d’une tête pensante de l’officine criminelle
Par Sylvain Allemand
https://www.bfmtv.com/police-justice/ce-que-j-ai-fait-est-impardonnable-au-proces-athanor-les-remords-d-une-tete-pensante-de-l-officine-criminelle_AN-202605130537.html

Long papier, avec vidéo et audio, sur l’interrogatoire de Frédéric V. L’ancien journaliste, présenté comme l’une des figures centrales de l’officine, exprime ses remords, reconnaît sa responsabilité et détaille la chaîne qui a conduit du renseignement économique au projet d’assassinat de Marie-Hélène Dini. L’article montre aussi comment il charge Daniel B. et Jean-Luc B., laissant entière la question de la véritable tête pensante du système.

Illustration article BFM TV

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