De notre confrère germanique siebenbuerger.de – Par Josef Balazs
Durant l’automne 2025, la ville de Kronstadt (Brașov) en Roumanie a accueilli une exposition remarquable intitulée « Istorie și simbol » – Histoire et symbole. Organisée dans l’enceinte historique de l’hôtel de ville, cette manifestation, fruit d’une coopération entre le musée Brukenthal de Hermannstadt (Sibiu) et le musée d’histoire du district de Kronstadt, s’inscrit dans un mouvement plus large de redécouverte de la Franc-maçonnerie en Europe du Sud-Est.
Longtemps considéré comme une zone périphérique de l’histoire maçonnique, le territoire de l’ancienne Transylvanie (Siebenbürgen) révèle, à travers cette exposition, son rôle discret mais réel au sein des réseaux européens des Lumières.
Kronstadt, berceau de la Franc-maçonnerie transylvaine
Kronstadt occupe une place fondatrice dans l’histoire de la Franc-maçonnerie en Transylvanie. C’est en effet ici que, en 1749, Martin Gottlieb Seuler von Seulen (1730-1772) créa la première loge de la région : la loge « Zu den drei Säulen » (Aux trois colonnes), placée sous l’obédience de la grande loge berlinoise « Zu den drei Weltkugeln ». Seuler, premier Franc-maçon documenté de Siebenbürgen, incarne l’arrivée précoce des idéaux maçonniques dans cette province multiculturelle de l’Empire des Habsbourg. L’exposition a présenté son blason ainsi que les documents originaux de la fondation, permettant aux visiteurs de mesurer l’ancrage historique de ces premières initiatives.
La loge « St. Andreas zu den drei Seeblättern » à Hermannstadt
Médaille maçonnique, frappée par la loge maçonnique de Halle en 1744, alors que Samuel von Brukenthal en était le Maître.
Une deuxième ligne narrative conduit à Hermannstadt, où fut fondée en 1767 la loge « St. Andreas zu den drei Seeblättern » (Saint André aux trois feuilles de nénuphar). Neuf étudiants transylvains-saxons, formés dans les universités allemandes de Dresde, Erlangen, Iéna et Tübingen, en furent à l’origine. Ces jeunes hommes rapportèrent non seulement les rituels, mais aussi les pratiques scientifiques et philosophiques de l’Aufklärung. L’exposition a mis en lumière ces transferts culturels, montrant comment la Franc-maçonnerie transylvaine s’insérait dans un vaste espace de circulation des idées qui reliait Vienne, Berlin, les universités protestantes allemandes et les provinces danubiennes.
Figures emblématiques : Samuel von Brukenthal et Franz Joseph Sulzer
Samuel von Brukenthal
Deux personnalités dominent le récit de cette exposition. La première est le baron Samuel von Brukenthal (1721-1803), gouverneur de Transylvanie de 1777 à 1787. Étudiant à Halle, il y fonda et dirigea la loge « Aux trois clefs d’or ». Homme des Lumières, collectionneur et mécène, Brukenthal incarne le lien entre pouvoir politique, culture et Franc-maçonnerie. Une médaille maçonnique frappée en 1744 à Halle, alors qu’il était maître de la loge, figurait parmi les pièces maîtresses de l’exposition.
La seconde figure est Franz Joseph Sulzer (1727-1791), auteur de l’ouvrage en trois volumes Geschichte des transalpinischen Daciens (1781-1782). Sulzer joua un rôle clé dans la réorganisation de la loge de Kronstadt en 1777 et dans le rapprochement avec celle de Hermannstadt. Son travail historiographique, présenté dans l’exposition, dépasse le cadre local pour s’inscrire dans la grande entreprise européenne de connaissance et de classification des peuples et des territoires.
Des objets qui parlent : entre symbole et réalité sociale
Médaille maçonnique, frappée par la loge maçonnique de Halle en 1744, alors que Samuel von Brukenthal en était le Maître.
Loin des clichés ésotériques ou sensationnalistes, les commissaires ont choisi de présenter les collections maçonniques du musée Brukenthal – bijoux de loge, tabliers, insignes de grade, sceaux et objets rituels – comme des témoignages matériels de pratiques sociales. Cette approche sobre et scientifique évite le piège du mystère pour insister sur la dimension historique : la Franc-maçonnerie comme réseau intellectuel, lieu de sociabilité éclairée et vecteur de modernisation dans une région multiconfessionnelle.
L’exposition intègre également des pièces provenant de la Grande Loge de Roumanie, permettant de suivre l’évolution de la Franc-maçonnerie transylvaine jusqu’à l’époque post-communiste, après les décennies de répression sous le régime de Ceaușescu.
Entre centre et périphérie : une Franc-maçonnerie transrégionale
Le grand mérite de « Istorie și symbol » est d’avoir refusé l’enfermement régional. La Franc-maçonnerie de Siebenbürgen n’apparaît plus comme un phénomène isolé, mais comme une périphérie active d’un centre européen des Lumières. Les loges de Kronstadt et Hermannstadt entretenaient des liens étroits avec Berlin, Vienne, les universités allemandes et les cercles éclairés de l’Empire. Elles participaient à cette « infrastructure intellectuelle » qui permit la circulation des idées de raison, de tolérance et de progrès.
Cette perspective « centre-périphérie » renouvelle le regard sur l’histoire maçonnique de l’Europe du Sud-Est, longtemps négligée au profit des grands foyers occidentaux (Londres, Paris, La Haye). L’exposition démontre que la périphérie n’est pas synonyme de retard, mais souvent de creuset original où se mêlent influences germaniques, hongroises, roumaines et saxonnes.
Une exposition discrète mais nécessaire
Dirigée par la docteure Raluca Frîncu, avec le soutien de Ramona Muntean et Camelia Dordea du côté du musée Brukenthal, et par une équipe kronstadtoise composée de Voica Istrate, Rozalinda Posea, Cătălina Dumitrescu et Monica Popoacă, cette manifestation s’est distinguée par sa rigueur scientifique et sa retenue. Elle n’a pas cherché le spectaculaire, mais la compréhension précise d’un phénomène historique complexe.
Dans un contexte où la Franc-maçonnerie roumaine cherche à reconstruire sa mémoire après les années de clandestinité, cette exposition constitue un jalon important. Elle rappelle que l’histoire de la Franc-maçonnerie en Transylvanie n’est pas seulement locale : elle fait pleinement partie de l’histoire européenne des idées.
Sachons regarder ces balises discrètes laissées par nos Frères d’autrefois. Elles nous enseignent que la Lumière n’a pas toujours brillé depuis les grands centres, mais parfois depuis les marges, là où les échanges culturels étaient les plus féconds. L’exposition « Istorie și symbol » à Kronstadt en est une belle illustration.
Certaines loges maçonniques s’apprêtent à vivre des épreuves difficiles. Lorsque la moyenne d’âge dépasse largement les soixante ans, on mesure mieux la réalité : beaucoup d’entre nous sont nés au début des Trente Glorieuses. Nous avons connu les années de reconstruction, de croissance et d’optimisme. Mais le temps, lui, ne s’arrête pas. À moins que le transhumanisme ne réalise prochainement des miracles en matière de prolongation biologique, il y a fort à parier que, dans de nombreuses loges, les cérémonies funèbres deviendront plus nombreuses que les initiations. Cette simple phrase devrait nous interpeller profondément.
Ce qui est dommage, c’est que nous nous rapprochons dangereusement du mur. Un mur qui, tel qu’il se dessine aujourd’hui, ne donnera guère envie aux jeunes générations de venir remplacer leurs grands-pères sur les colonnes. Nous risquons de laisser une institution vieillissante, repliée sur elle-même, dont l’image ne correspond plus aux aspirations du monde actuel.
Les chantiers urgents
Parmi les nombreux travaux qui nous attendent, trois me paraissent prioritaires et indissociables :
L’entrée plus massive des femmes dans nos loges mixtes ou féminines, mais aussi, avec discernement, dans certaines loges traditionnelles qui le permettent. La Franc-maçonnerie ne peut plus se priver de la sensibilité, de l’intelligence et de l’énergie féminine si elle veut rester vivante.
La sauvegarde de la spiritualité et du symbolisme dans nos travaux. Trop d’ateliers glissent vers des débats sociétaux ou politiques qui, certes intéressants, finissent par faire oublier que nous sommes avant tout une société initiatique. Sans symbole, sans profondeur, sans verticalité, nous ne sommes plus qu’un club comme les autres.
L’intérêt pour les jeunes. Il ne suffit pas de les inviter. Il faut leur parler un langage qu’ils comprennent, leur proposer une expérience initiatique forte, authentique, qui réponde à leur quête de sens dans un monde désenchanté.
La chute du 33ᵉ étage
Cette situation me rappelle cette petite histoire bien connue :
Un homme tombe du 33ᵉ étage. Au 18ᵉ, un occupant ouvre sa fenêtre et lui demande : « Et là, ça va comment pour vous ? » L’autre, avec un grand sourire, répond : « Pour le moment, tout va bien ! »
On pourrait faire le même exercice avec la Franc-maçonnerie.
Pour le moment, beaucoup de loges « vont bien ». Les temples sont encore chauffés, les agapes sont conviviales, les tenues se tiennent. Mais nous tombons. Et le sol se rapproche.
Il est temps, Frères, de cesser de sourire en chute libre. Le réveil doit être collectif, lucide et courageux. Nous n’avons pas le droit de transmettre à nos successeurs une Franc-maçonnerie affaiblie, vidée de sa substance ou simplement vieillissante.
La relève ne viendra pas toute seule. Elle se prépare dès aujourd’hui, par notre capacité à rester exigeants sur le fond tout en nous renouvelant dans la forme.
Que la Lumière nous guide dans cette réflexion collective.
Le samedi 28 février 2026, le Château Saint-Antoine à Marseille va vibrer d’une énergie particulière. Rires, jeux, émotions et fraternité : Mathusalem 13 vous donne rendez-vous pour son Loto Festif, une journée placée sous le signe de la joie et de la reconnaissance.
Cette année encore, ils mettent nos aînés à l’honneur. Voici ce qu’ils en disent : « Ceux qui ont construit Marseille, élevé des familles, transmis des valeurs et porté la vie de notre société. Ils sont nos racines, notre mémoire vivante, et ils méritent bien plus qu’un simple merci : ils méritent la fête ! »
Imaginez : un magnifique château, une ambiance conviviale et festive, des tables joyeuses, des parties de loto endiablées, de la musique, des surprises et surtout… des sourires. Beaucoup de sourires.
Des regards qui pétillent, des mains qui se serrent, des histoires qui se partagent. Un vrai moment de chaleur humaine où personne ne reste seul.
Chez Mathusalem 13, ils refusent l’isolement de nos aînés. Ils croient que la solidarité n’est pas un vain mot : elle se vit, elle se fête, elle se partage. Et ce Loto Festif est l’occasion parfaite de dire à nos ainé(e)s, haut et fort :
vous comptez, vous êtes importants, et nous sommes heureux d’être avec vous.
Que vous veniez accompagné de vos parents, grands-parents, voisins ou simplement parce que vous avez envie de passer un bel après-midi solidaire, votre présence fera la différence.
Chaque billet vendu, chaque éclat de rire, chaque main tendue contribue à lutter contre la solitude et à offrir à nos aînés des moments de bonheur pur.
Alors notez bien la date :
Samedi 28 février 2026 – Château Saint-Antoine, Marseille
Venez nombreux, venez le cœur léger, venez faire la fête avec celles et ceux qui nous ont précédés et qui continuent de nous inspirer.On vous attend avec impatience et beaucoup d’affection !
L’an dernier les Widows Sons s’étaient réunis le samedi 18 janvier pour une Cérémonie de garage. Ils se sont retrouvés au Grand Orient de France rue Cadet à Paris le 31 janvier dernier pour la deuxième Cérémonie de Garage. Le reportage photos ci-dessous témoigne de la fraternité qui anime ces Sœurs et Frères. Ils partagent avec nous la planche qui fut présentée, elle vous est offerte.
Putain de cuts
Cérémonie de garage du 31 janvier 2026
Président, mes frères, mes sœurs, chers amis visiteurs et visiteuses.
Cette Cérémonie de Garage a un but bien précis « la remise des cuts », mais c’est quoi ces putains de « cuts » !
Introduction
2e Tenue de Garage des Widows Sons 31/01/2026
Lorsque l’on évoque le mot « motard », une image spécifique s’impose. Outre un homme à moto, il s’agit d’un beau gosse (oui on est tous des beaux gosses) en jean, t-shirt, bottes, blouson avec un gilet en cuir.
Une image qui trouve son origine dans les films comme « L’Équipée sauvage » avec Marlon Brando, ou plus récemment « The Bikeriders » avec Austin Butler.
Le gilet fait partie intégrante de la Cérémonie, orné généralement d’écussons identifiant le club d’appartenance du motard. Cependant, les motards ne l’appellent pas « gilet ».
Ils l’appellent « cut ».
Histoire
Remontons le temps…
2e Tenue de Garage des Widows Sons 31/01/2026
Au millénaire dernier ! Après les fracas de la Première Guerre mondiale, en 1924, les États-Unis voient naître l’American Motorcyclist Association. Son objectif ? Soutenir les jeunes constructeurs de motos et inciter les Américains à troquer les balades en Ford T contre des virées en deux-roues. Une manière comme une autre de sentir le vent de la liberté… sans pare-brise.
Les premiers groupes de motards, unis par la passion du moteur et l’envie de rouler ensemble, adoptent des tenues coordonnées : pulls bien épais, vestes universitaires et salopettes. Une allure plus “étudiant en mécanique” que “bad boy de la route”, mais l’esprit de clan était bel et bien là.
Dans sa volonté de structurer le monde des motards, l’American Motorcyclist Association (AMA) commence à organiser des événements, et même à récompenser les clubs les mieux habillés. A l’époque, l’élégance en deux-roues comptait autant que la cylindrée. C’est ainsi que naissent les fameux écussons distinctifs — les « couleurs » du club — arborés fièrement comme des blasons de chevaliers modernes… en salopette.
2e Cérémonie de Garage des Widows Sons 31/01/2026
Parce qu’on peut avoir l’âme rebelle tout en restant bien au chaud. Mais ce doux mélange d’audace et de confort va bientôt prendre un virage serré : avec la fin de la Seconde Guerre mondiale, un changement radical dans l’ambiance des clubs… et dans la garde-robe des motards. Exit les pulls moelleux, bonjour les vestes militaires et les looks plus rugueux. Le style devient plus sombre, plus brut — à l’image de l’époque.
Les vétérans rentraient chez eux vêtus de blousons de cuir, de pantalons kaki et même de jeans, avec une décontraction qui s’accordaient parfaitement avec les rigueurs de la moto. Bien que le cuir fût déjà porté avant la guerre et qu’Iriving Schott fabriquât son emblématique Perfecto depuis un certain temps, en 1928, leur style était plus formel, presque comme celui d’un costume.
Étrangement, ce sont les blousons d’aviateur en cuir, ramenés par les vétérans, et non les blousons de moto au design explicite, qui ont transformé les tenues des motards. Usés par des années de vol et souvent peints avec des personnages de dessins animés ou des pin-up, les blousons d’aviateur ont bouleversé les règles du jeu ; ainsi, après la guerre, on a commencé à voir des blousons de cuir portés davantage à la manière de Brando qu’à celle d’un mannequin dans un catalogue.
Mais pourquoi autant de vétérans sont devenus motards ?
La Seconde Guerre mondiale a marqué la plus grande mobilisation d’hommes américains de l’histoire. Véritable facteur d’égalité, la guerre a mis des millions d’hommes en contact les uns avec les autres de manières inédites et dans des contextes totalement étrangers. Mais une fois la guerre terminée, le gouvernement américain a tout fait pour les orienter vers des vies et des carrières responsables et productives.
2e Tenue de Garage des Widows Sons 31/01/2026
On attendait des vétérans qu’ils se marient, aient des enfants, revêtent leurs costumes de flanelle grise et mènent une vie sage et modeste.
Naturellement, les anciens combattants se rapprochaient les uns des autres pour partager leurs expériences à l’étranger et se remettre lentement de leurs expériences. Nombre d’entre eux choisissaient les clubs de motards pour se défouler et se distraire des symptômes du syndrome de stress post-traumatique.
Les vétérans coupaient les manches de leurs vestes militaires pour plus de confort, se sentir plus libre de ses mouvements et avoir moins chaud.
Le mot « couper » ou « découper » se dit « cut-off » en anglais, puis le mot a été simplifié, abracadabra le « cut » est né.
Les anciens militaires les ont utilisés pour coudre les nombreux patchs qu’ils souhaitaient arborer, patchs en honneur du parcours du propriétaire de la veste et qui valait comme une sorte de CV portatif.
Le principe du port du “cut ” s’est ainsi propagé, notamment dans le milieu des motards et celui de la musique rock.
Aux débuts de la culture motarde, un cut pouvait être en denim ou en cuir, mais avec le temps, les motards ont commencé à porter exclusivement du cuir.
Hollister
2e Tenue de Garage des Widows Sons 31/01/2026
Déjà sous surveillance, un événement a changé à jamais la culture des clubs de motards américains : l’émeute de Hollister de 1947.
La petite ville californienne accueillait le « Gypsy Tour » annuel de l’AMA depuis les années 1930, mais avait été annulé pendant la guerre.
C’était l’été 1947, et dans le calme poussiéreux du petit village désertique de Hollister, en Californie, quelque chose d’inattendu se préparait.
Après des années de guerre, les motards américains étaient enfin de retour sur les routes, avides de liberté et de frissons.
Ce qui devait être une simple reprise des rassemblements devint rapidement un raz-de-marée : plus de 4 000 motards débarquèrent, rugissant à travers les rues étroites, leurs moteurs couvrant le silence du désert.
La ville, avec ses sept policiers dépassés, tenta tant bien que mal de contenir l’euphorie.
Mais l’alcool coula à flots, les esprits s’échauffèrent, et le chaos s’installa — pas de crimes graves, ni de blessés sérieux, mais une atmosphère de débordement incontrôlé.
Quelques jours plus tard, le magazine San Francisco Chronicle publia un article sensationnel, illustré par une photo devenue iconique : un motard avachi sur sa moto, entouré de bouteilles de bière.
Le 21 juillet 1947 le magazine Life repris l’article et l’image fit le tour du pays, et l’événement fut exagéré au point de devenir légendaire.
2e Tenue de Garage des Widows Sons 31/01/2026
En 1953, Hollywood s’en empara. Le film L’Équipée sauvage, avec Marlon Brando en tête d’affiche, transforma ce week-end en une épopée de violence et de rébellion, dépeignant les motards comme des criminels sans foi ni loi. Ce portrait caricatural, bien loin de la réalité, marqua profondément la culture populaire.
Lorsque l’AMA a publié un article dans son magazine après l’incident de Hollister, elle a affirmé que 99% de ses membres étaient des citoyens respectueux des lois et que seulement 1% au doigt mouillé étaient des hors-la-loi.
(…)
Les clubs de motards ont des règles sur tout, y compris l’admission au club, la façon de porter les patchs cousus sur un cut, et même ce qui se passe en cas de perte du cut. Les membres sont fiers de leur cut ; l’égarer ou se le faire voler n’est donc pas un simple événement.
Chez les Windows Sons
Et chez les Widows Sons, les fils de la veuve, comment ça se passe ?
(…)
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Au centre le symbole des Widows, un symbole composé de différents éléments maçonnique on peut retrouver le delta lumineux ou radieux que l’on retrouve dans tous les temples maçonniques au-dessus du président de la tenue. Deux ailes sont ajoutées, on peut y voir la liberté, l’élévation spirituelle. A chaque coin du delta nous remarquons d’autre symboles, une truelle, un fil à plomb et une équerre.
Et puis cette sentence : « Meet on the level & part upon the square ».
« Rencontrons-nous au niveau et séparons-nous sur l’équerre », phrase qui nous vient des temps anciens des maçons opératifs et qui a été reprise dans un chant du rituel maçonnique d’émulation, phrase très symbolique pour les maçons présents et qui a été reprise entre autres dans un poème de Rob Morris en 1854 puis par Rudyard Kipling en 1896.
« Meet on the level » : Cela signifie que tous les membres se rencontrent en tant qu’égaux, sans distinction de rang social, richesse ou statut.
2e Tenue de Garage des Widows Sons 31/01/2026
« Part upon the square » : Cela signifie que les membres se séparent avec droiture, honnêteté et respect.
Et puis nous avons un dernier élément que seuls les compagnons et les maîtres maçons ont sur leur cut, le fameux et fumeux « équerre compas » qui entoure un G, celui qui fait tant fantasmer le monde entier.
Maintenant retournons le cut :
En haut à droite le symbole du chapitre ou chapter en anglais, il s’agit de du nom du groupe géographique auquel nous appartenons. Parisis est le nom de la zone ile de France.
En dessous notre drapeau français, celui de notre pays
Nous retrouvons le patch symbolique des Widows Sons.
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Enfin, le nom de route, notre identité propre. Chaque nom a une histoire, chacun a pu choisir le sien du moment qu’il est unique dans le pays.
En haut à gauche un Patch qui fait référence à la maîtrise, que seuls les maîtres peuvent comprendre et porter.
En dessous la fonction dans le chapitre.
Quelques fonctions dans notre chapitre « Parisis » :
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Le Président notre frère Juice dit le Prez, c’est le chef d’orchestre du chapitre, le capitaine du navire. Il anime les réunions, tranche les débats, et veille à ce que tout le monde roule dans la même direction — même si parfois, ça ressemble à un troupeau en Harley. Il incarne l’esprit des Parisis, avec charisme, sagesse… et une bonne dose de patience. Parce que gérer une bande de motards francs-maçons, ce n’est pas gagné d’avance.
Le Secrétaire notre frère Aker, c’est le scribe officiel du chapitre. Grâce à lui, les réunions ne se perdent pas dans les limbes de la mémoire collective. Il gère convocations, les listes, les archives….
Le Trésorier notre frère Camino, c’est le gardien du coffre, le maître des sous.
Le Gardien des membres, notre frère Ico, veille au bien-être des Widow Sons. Il est responsable du fonds de solidarité, lorsque celui-ci existe, et reste attentif à toute difficulté rencontrée par un membre.
Le Road Captain notre frère Honérius, a pour mission d’organiser les déplacements et de veiller à leur bon déroulement. C’est notre étoile, notre guide, il est le garant de la sécurité lors des runs. Pour cela, il étudie les itinéraires afin de les optimiser et peut s’appuyer sur un adjoint ainsi que sur des voltigeurs pour l’assister dans sa tâche.
Le Sergent d’armes, notre frère BRG, c’est un peu le shériff du chapitre. Il veille à ce que les statuts et règlements ne soient pas juste des décorations murales. Lors des événements, c’est lui qui s’assure que tout le monde reste sage… ou du moins dans les limites du raisonnable. Et quand le convoi se met en route, il fait équipe avec le Road Captain pour que la balade ne se transforme pas en remake de Mad Max. Bref, il veille au grain, mais toujours avec style.
Et le Vice-Président, Gavroche qui est aussi gardien des membres national, le cumul des mandats existe aussi chez les Widows
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Vous l’avez compris, notre cut est personnel, il montre notre identité au sein du groupe comme à l’extérieur. Il montre aussi notre appartenance à notre chapitre Parisis, aux Widows Sons et aussi à la franc maçonnerie. Il nous unit dans une fraternité encore plus forte que celle de la franc-maçonnerie.
Nous le portons tous, avec fierté.
Bon, finalement, ce n’est pas si compliqué ces putains de cuts !
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Chez les Parisis nous avons trois niveaux d’appartenance au chapitre. Que nous pouvons mettre en parallèle avec les grades de la Franc Maçonnerie.
L’apprenti est le Black cut, il porte un cut noir sans aucun patch
Le compagnon est le tri patchs, sur son « Black cut » est ajouté 3 patchs, celui du chapitre, celui du drapeau et celui du nom de route qu’il ou elle aura choisi.
Le maître est le full patch, il possède l’exhaustivité des patchs que l’on a vu plus haut.
Chez les Parisis, une période de probation est instaurée, car la vie en communauté n’est jamais évidente. Même si nous partageons des fondations communes, telles que la franc-maçonnerie et la passion de la moto, il est essentiel de vérifier que l’intégration se passe bien pour chacun. L’objectif est que tous les membres trouvent leur place et que l’équilibre du groupe soit préservé.
Aujourd’hui s’élève le chant des moteurs, Dans le garage, résonne notre ferveur. Patchs en main, cœurs en feu, regards droits, Nous avançons, fiers, unis par nos lois. Mais sous le cuir, avant l’asphalte et le vent, Nous sommes maçons, porteurs d’un serment. La route est noble, mais plus noble encore Est l’engagement qui nous lie au dehors. Car chez les Widows Sons, l’essence véritable N’est pas la vitesse, mais l’acte charitable. Un sourire offert, une main tendue, Voilà le moteur de nos vertus reconnues. Nos valeurs brillent comme un phare dans la nuit : Liberté, qui guide nos pas sans bruit. Solidarité, qui unit nos destins. Fraternité, qui nous rend humains. Alors que sur nos cut se posent les patchs, Nos cœurs s’ouvrent, unis sans failles ni accrocs ni taches. Entré black cut tu sortiras tri patchs, Entré tri patchs, tu sortiras full patch.
(…)
J’ai dit Président.
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De notre confrère elnacional.com – Par Mario Múnera Muñoz
Lorsque je me suis aventuré à écrire sur ce sujet, je ne peux cacher que je me suis senti mal à l’aise. Le titre peut suggérer une lutte contre le judaïsme, mais ce n’est pas le cas. Nos frères qui pratiquent la religion du « judaïsme » sont dignes de mon plus grand respect et de mon estime. Pour moi, ce sont des personnes incroyables, et ils sont également dignes de mon admiration, car ils pratiquent leurs croyances avec le plus grand amour, conviction, vigilance et discipline, des vertus peu observées dans d’autres croyances religieuses. J’admire la Cábala juive et son message profond de connaissance et de sagesse.
L’institution maçonnique est dédiée à l’étude des sciences et à la pratique des vertus, et le Franc-maçon est un être humain libre et de bonnes mœurs. La relation entre le judaïsme et la Franc-maçonnerie a été historiquement un sujet de malentendus et, parfois, de polémique ouverte. Pour beaucoup, la simple association des deux termes évoque des théories conspirationnistes antisémites. Cependant, la réalité est beaucoup plus riche et nuancée : une rencontre, parfois conflictuelle mais souvent fructueuse, entre une ancienne tradition religieuse et une institution moderne fondée sur des idéaux universels.
Le mot le plus sacré en Franc-maçonnerie, bien que l’institution ne le souligne pas, est « être libre ». Si l’on n’atteint pas cet état, on ne peut pas comprendre la profondeur des enseignements maçonniques dérivés de son symbolisme. Être libre, ne pas être dogmatique, ne pas être fanatique, ne pas être hypocrite, et surtout, éviter ce cancer qui ne nous laisse pas progresser spirituellement : l’ambition démesurée, qui nous conduit à vouloir avoir du « pouvoir » sur tout, sauf sur nous-mêmes.
Comment arrive-t-on à « être libre » ? Par le chemin de « se connaître soi-même ». Ce processus nous conduit en Franc-maçonnerie à gravir 33 escaliers. Ce n’est pas facile ; seulement vingt pour cent y parviennent, et ce sont les véritables initiés.
Rabbins en prière en Israël. Torah, juifs,
Pour une meilleure compréhension de notre relation avec la religion du « judaïsme », nous devons remonter à plus de trois cents ans en arrière, lorsque les tailleurs de pierre et les maîtres d’œuvre, spécialisés dans différents arts de la construction, étaient formés par des groupes ou des confréries, très familiales et d’autres plus engagées avec le groupe. Ils réalisaient des constructions de palais, de temples et de grandes œuvres de l’époque. C’est là que naquit la Franc-maçonnerie. Ces premiers Francs-maçons s’appelaient « opératifs » ; leurs instruments de travail se convertirent en symboles qui cachaient un enseignement de connaissance et de sagesse : le maillet, le ciseau, la truelle, la règle, le niveau, etc.La Franc-maçonnerie spéculative moderne naît en Angleterre au XVIIe siècle, une société profondément imprégnée de la culture biblique. La « Bible », surtout l’Ancien Testament, était le grand livre de référence morale, historique et symbolique pour les hommes éduqués de l’époque, qu’ils soient croyants ou déistes.
Un symbole n’est pas un dogme. La Franc-maçonnerie a pris la narrative et les symboles du judaïsme biblique comme outils allégoriques, non comme articles de foi. En 1717, la Première Grande Loge Maçonnique fut fondée à Londres, regroupant plusieurs loges. Les premiers Francs-maçons chargés d’élaborer les lois, constitutions et statuts généraux étaient des pasteurs protestants, qui introduisirent de nouveaux symboles, extraits du judaïsme, également avec de nouveaux et vastes connaissances. C’est pour cette raison que la Franc-maçonnerie a aussi une symbolique hébraïque.
James-Anderson-1679-1739
De toutes les religions du monde, nous pouvons extraire beaucoup de connaissance et de sagesse. Les premières constitutions maçonniques, comme celles d’Anderson (1723), exigeaient de leurs membres de croire en un « Être Suprême », mais souvent, dans la pratique, cela s’interprétait comme un Dieu chrétien. Beaucoup de loges en Europe, surtout celles de tradition anglicane ou catholique, étaient réticentes à admettre des non-chrétiens. Les préjugés sociaux pénétraient aussi dans certaines loges, créant une barrière invisible pour l’entrée des Juifs, surtout dans des contextes de fort nationalisme ou d’intégrisme religieux.
Depuis l’orthodoxie juive la plus stricte, la Franc-maçonnerie pouvait être vue avec suspicion en raison de son caractère secret, de son possible syncrétisme religieux et de son potentiel pour diluer l’identité particulière juive dans un universalisme abstrait. La Haskalá (Illumination juive) du XVIIIe siècle partageait avec la Franc-maçonnerie de nombreux valeurs : la raison, l’éducation, l’amélioration morale de l’individu et l’idée de fraternité humaine au-delà des credos. Pour beaucoup de Juifs qui aspiraient à l’émancipation et à l’intégration dans la société, la loge était un espace de rencontre sur un pied d’égalité avec les non-Juifs. Cela a toujours été ainsi.
La Franc-maçonnerie recourt au symbolisme du Premier Temple de Jérusalem, aux colonnes de Jakín et Boaz, à la légende de Hiram Abiff, inspirée d’un artisan du Temple, et à d’autres éléments pris directement de la narrative biblique hébraïque. Cela créait un langage symbolique familier pour les Juifs cultivés. Dans des pays comme la France, l’Allemagne ou les États-Unis, à partir du XIXe siècle, les loges devinrent un important canal d’intégration sociale pour les Juifs professionnels, intellectuels et commerçants. Des figures comme les Rothschild, des personnalités culturelles et politiques, furent des Francs-maçons actifs.
Il n’existe pas de posture unifiée. Du rejet catégorique des courants ultra-orthodoxes, qui parfois l’équiparent à l’idolâtrie, jusqu’à l’acceptation enthousiaste des Juifs laïcs et réformistes. En Israël, il existe une Franc-maçonnerie active : « La Grande Loge de l’État d’Israël », avec des loges qui travaillent en hébreu, arabe, anglais et d’autres langues, démontrant comment l’institution peut s’adapter à un contexte juif souverain.
Les Protocoles des sages de Sion
Il est impossible d’aborder ce sujet sans mentionner les mythes antisémites et antimaçonniques, comme les « Protocoles des Sages de Sion », qui grotesquement fusionnent les deux identités en une supposée conjuration mondiale. Ce discours de haine, né dans des cercles réactionnaires tsaristes, a empoisonné la perception publique de la relation réelle.
La relation entre judaïsme et Franc-maçonnerie n’est pas une histoire d’identité, mais de dialogue, parfois raté. Elle reflète la lutte plus large des Juifs dans la modernité, entre la préservation d’une identité particulière et la participation à des projets universels. Loin des mythes conspirationnistes, c’est une histoire de personnes qui, à différentes époques, ont cherché dans la fraternité maçonnique un espace pour l’amélioration personnelle, le débat intellectuel et la construction de ponts dans des sociétés souvent divisées. Un chapitre fascinant à l’intersection entre religion, illustration et société civile.
Jean-Raphaël Notton, Grand Maître de la Grande Loge de France (GLDF), est en visite à Ajaccio en cette fin de semaine pour célébrer le 20ᵉ anniversaire de la loge ajaccienne Lux Latina. Dans la démarche d’ouverture au public portée par la Grande Loge de France intitulée « Osez pousser nos portes », il revient pour CNI sur le sens de l’engagement maçonnique aujourd’hui, la place de la franc-maçonnerie dans la société contemporaine ou encore sur son ancrage particulier en Corse.
Blason GLDF
Vous êtes à Ajaccio en cette fin de semaine pour célébrer les 20 ans de la loge ajaccienne Lux Latina. Que représente cet anniversaire pour la Grande Loge de France ?
C’est un événement heureux, dans la mesure où c’est un groupe d’hommes qui travaillent depuis 20 ans ensemble et qui aujourd’hui fête la fin de son adolescence, le début de sa vie adulte. Et à ce titre, tous les francs-maçons, tous les frères de la Grande Loge de France, d’où qu’ils soient en Corse, viennent pour partager cet anniversaire ce samedi. De même d’ailleurs que viendront un certain nombre de frères de la Grande Loge de France du continent et y compris de Paris, pour pouvoir partager ce jour heureux. C’est une loge dont nous sommes extrêmement fiers parce qu’elle s’est petit à petit développée. Et si nous vivons et si nous fêtons son anniversaire, c’est parce que cette loge est bien vivante avec des travaux qui sont riches et intéressants.
Diriez-vous que la Corse est une terre maçonnique ? En quoi elle se distingue des autres territoires ?
Non seulement c’est une terre maçonnique, mais c’est surtout la région de France et probablement d’Europe dans laquelle il y a le plus grand nombre de francs-maçons. C’est dû au fait que parmi les paradoxes corses, il y a celui de la violence parfois, mais de la fraternité toujours, que l’on retrouve dans la vie des familles, dans la vie des villages, dans la vie de la Corse en général, dans les confréries que l’on retrouve dans chaque village, … Finalement cette fraternité qu’elle s’exprime au travers des confréries ou de la vie en village, ou qu’elle se porte dans le cadre d’un engagement au sein d’une loge c’est assez similaire et c’est sans doute la raison pour laquelle on retrouve beaucoup de francs-maçons en Corse.
Votre visite s’inscrit aussi dans la démarche d’ouverture au public portée par la Grande Loge de France et intitulée « Oser pousser nos portes ». Quelle porte doit-on oser pousser ? Celles des loges ? Celles des esprits ?
Évidemment c’est l’ensemble. Quand on dit « Oser pousser les portes », c’est d’abord pour nous le devoir de vous ouvrir les nôtres et de vous montrer ce qu’il y a derrière, comme nous le faisons aujourd’hui. Nous n’avons rien à cacher, au contraire, nous considérons que ce que nous faisons est magnifique. Et puis c’est aussi une invitation pour chacun à ouvrir son esprit. Mais pour ceux qui voudraient rentrer en franc-maçonnerie, au risque de les décevoir, ce n’est pas ici qu’ils trouveront des réponses. En revanche, nous aurons la possibilité de les aider à se poser des questions sur eux-mêmes et donc d’essayer d’une certaine façon de progresser un peu et de devenir demain meilleur qu’hier.
Pourquoi cette volonté d’ouverture au public est-elle aujourd’hui essentielle pour la franc-maçonnerie ? Qu’est-ce que vous espérez faire découvrir aux non-initiés ?
Je souhaite d’abord faire en sorte qu’il n’y ait plus ou moins de fausses interprétations sur ce que nous ne sommes pas. C’est vrai que nous avons été beaucoup victimes de réflexions complotistes, de rumeurs diverses et variées, souvent d’ailleurs dans un but mal intentionné. Et nous essayons de lutter contre ces déclarations infondées qui font beaucoup de mal au côté positif de la démarche qui est la nôtre. Ce que je remarque d’ailleurs c’est que si nous sommes habitués à ces complots depuis longtemps, désormais c’est l’ensemble des pans de la société qui sont frappés par cette démarche de complotisme, de fake news, de fausses idées déclarées sur les uns et sur les autres. C’est un mal profond, terrible, parce qu’il fracture les familles, les sociétés et l’ensemble de la vie sociale d’un pays. Et donc finalement, au travers du combat que nous avons pour nous-mêmes, c’est aussi un combat pour tout le monde, de manière à lutter contre ces ferments de division et que nous mettons à la disposition du plus grand nombre.
Que signifie être Franc-maçon en 2026 ?
Cela signifie, envers et contre tout, penser que demain sera mieux qu’aujourd’hui. Cela signifie considérer que la nature humaine est certes parfois un peu décevante, mais qu’il y a toujours au fond de nous quelque chose qui peut être meilleur et qu’il faut avoir le courage d’aller le chercher et d’aller pousser les portes de son cœur avant de succomber au matérialisme, à l’immédiateté, à la superficialité et aux autres maux de notre temps.
Et justement, dans un monde marqué par les crises, la défiance, l’accélération permanente, en quoi la Franc-maçonnerie peut-elle encore avoir du sens, peut-être plus que jamais, notamment chez les jeunes ?
Nous passons notre temps à passer d’un sujet à l’autre, nous sommes dans un monde de l’immédiateté. Pour notre part, nous aimons bien travailler sur le temps long. Ensuite, à la superficialité, nous préférons travailler plutôt en profondeur, faire en sorte de réfléchir. Par ailleurs, nous vivons dans un monde dans lequel nous passons notre temps à nous entendre dire « est-ce que vous êtes sûr de vous ? ». Nous, nous adorons quand quelqu’un dit « je ne suis pas sûr de moi ». Nous privilégions le doute à la certitude. Si vous préférez un peu plus de profondeur, un peu plus de temps long, un peu plus de spiritualité et un peu plus de doutes et de questions, venez nous voir, vous allez passer des soirées magnifiques.
La Grande Loge de France revendique une franc-maçonnerie initiatique est spiritualiste. Qu’est-ce que recouvrent ces notions et comment résonnent-elles dans une société qui est souvent en quête de sens aujourd’hui ?
Elles résonnent plus que jamais. Et les jeunes en particulier viennent beaucoup nous voir et nous disent avoir perdu la boussole, avoir besoin d’un repère, besoin de retrouver un sens à leur vie… Dans la société chaotique qui est la nôtre, plus que jamais nous avons besoin d’essayer de trouver des repères qui ne soient pas matérialistes.
Vous mettez aussi en avant les valeurs comme l’humanisme, la transmission et la réflexion éthique. Comment ces valeurs se traduisent dans le travail, dans les loges ?
Elles se traduisent non pas par des réponses, nous n’en avons pas, mais par des questions. Et en général, dans le travail en loge, c’est l’apanage du vénérable maître que de donner des sujets de travaux à chacun des membres de ce groupe d’hommes qui constitue une loge. Et c’est au travers de ces réflexions qui sont menées sur ces valeurs que chacun est amené à se poser des questions et à essayer de progresser dans la vie.
La Franc-maçonnerie a-t-elle des actions visibles au quotidien pour le grand public ?
Bien sûr, nombreuses. Nous avons, par exemple, un fonds de dotation qui s’appelle Fraternité et humanisme. Dans ce cadre, j’étais la semaine dernière dans l’Aude où nous avons remis une subvention aux viticulteurs sinistrés à l’occasion des feux géants qui ont eu lieu au cours de l’été dernier. Nous avons essayé de leur apporter une petite participation pour leur montrer que nous étions solidaires avec eux. Par ailleurs, j’étais à Lomé au Togo, il y a quelques semaines de cela car nous allons financer les études supérieures de quelques jeunes filles orphelines. Autre exemple, Michel Rocard a réussi, il y a quelques dizaines d’années de cela, à régler une crise dramatique qui avait lieu en Nouvelle-Calédonie en y envoyant une délégation. De qui était composée cette délégation ? De hauts fonctionnaires. Quelle particularité avaient-ils ? Ils étaient tous francs-maçons. Je pourrais aussi citer le Dr Pierre Simon, qui a aidé à la promulgation des lois de Simone Veil, ou encore le colonel Arnaud Beltrame, qui a donné sa vie contre celle d’un otage et qui appartenait à une loge qui devrait toucher tous les Corses : la loge Jérôme Bonaparte.
Comment une loge s’inscrit-elle dans son territoire et quel rôle peut-elle jouer dans la vie locale, par exemple dans une ville comme Ajaccio ?
D’abord, elle s’inscrit forcément dans le tissu local, en ce sens qu’une loge naît toujours de l’initiative de quelques frères qui sont implantés dans une ville. Ensuite, elle est ouverte à tous ceux qui veulent participer à ses travaux intellectuels et s’inscrit dans le tissu local au travers de l’action de chacun de ses membres, qui au travers de la vie associative, qui au travers de la vie politique, qui au travers d’une confrérie ou d’une vie de village, apporte autour de lui les valeurs humanistes que nous défendons.
De façon personnelle, que vous apporte le fait d’être franc-maçon au quotidien ?
D’abord, cela m’a amené à me poser des questions, et surtout des questions auxquelles je pensais ne jamais avoir de réponse. C’est vraiment quelque chose d’assez spectaculaire. Cela m’a aussi amené à faire des rencontres. Et nous vivons parfois des moments qui sont à la fois joyeux et parfois profondément émouvants, avec ceux que l’on appelle des frères, c’est-à-dire des hommes dont on se sent extrêmement proches. Et par les temps qui courent, avoir cette espèce de confiance absolue envers ceux qui vous entourent, venir dans un temple, et l’espace de deux heures qu’il n’y ait aucun enjeu, ni de pouvoir, ni d’argent, ni d’influence, mais simplement le bonheur de partager des idées, par les temps qui courent, dans le monde qui est le nôtre, c’est, croyez-moi, un privilège énorme.
Rompre le Cycle de Jak Bazino se présente comme une vaste traversée à double respiration, une narration tendue entre 1942 et 2024, où deux guerres, deux générations et deux quêtes se répondent jusqu’à faire apparaître, derrière l’intrigue, une méditation plus vaste sur la répétition du mal et la possibilité, rare et coûteuse, d’une sortie.
Ce qui saisit d’emblée, ce n’est pas seulement la matière historique, ni même l’âpreté des situations, c’est la manière dont Jak Bazino choisit d’installer la fatalité comme une mécanique intime, presque une écriture du destin dans la chair des personnages. La loi de causes à effets est formulée dans le texte avec une netteté qui fait plus qu’expliquer, elle tranche et relie en même temps, comme une ligne tirée sur l’ombre. Le karma devient un trait reliant des points minuscules, si minuscules qu’ils auraient pu passer pour des détails sans importance, jusqu’à ce qu’ils se révèlent comme l’armature secrète d’une vie. Et cette armature n’est pas abstraite, elle se vit dans un corps qui chute, dans un souffle qui manque, dans une décision qui revient hanter. Le roman ose écrire que les mêmes causes produisent inlassablement les mêmes effets, et que cette répétition ressemble à une pièce rejouée acte après acte, farce pour ceux qui applaudissent parce qu’ils n’ont pas appris à voir. Ce n’est pas une simple idée, c’est un diagnostic spirituel qui touche à notre propre époque, à nos propres enthousiasmes, à notre manière d’acclamer ce qui nous écrase parce que nous confondons mouvement et liberté.
Dans cette perspective, la guerre n’est pas un décor
La guerre devient la forme extérieure d’un enfermement intérieur, le théâtre d’une répétition dont les peuples paient le prix lorsque les héritages se changent en poisons et que les récits de légitimité, religieux ou politiques, reviennent servir d’armes. Le roman n’oppose pas naïvement la foi et la raison. Il montre comment la croyance, dans sa puissance collective, peut être captée, instrumentalisée, retournée en carburant de domination. Une découverte archéologique, qui devrait relever du savoir et de la transmission, se met soudain à peser comme une charge explosive, parce qu’elle touche au sacré, et que le sacré, dans un pays meurtri, peut devenir le raccourci le plus brutal vers la soumission.
Stupa,-Swayambhunath
La tablette, les écritures anciennes, la promesse d’un stūpa contenant des reliques, tout cela n’est pas seulement une énigme savante, c’est une matière politique. Il suffit qu’un pouvoir comprenne qu’il peut s’y accrocher pour se fabriquer une ascendance, une lignée, une histoire sanctifiée, et la vérité cesse d’être un bien, elle devient une monnaie. Le texte dit clairement la tentation d’une junte qui utiliserait ces reliques comme un levier de légitimité sacrée, nourrie de pratiques de yadaya mêlant astrologie, numérologie et gestes symboliques, et nous comprenons que le roman vise juste parce qu’il montre la frontière tremblante entre rite et manipulation, entre signe et superstition gouvernante.
Cette question du signe est au cœur de l’ouvrage, et c’est ici que notre lecture maçonnique s’éveille.
Car ce que le roman interroge, au fond, c’est notre rapport à l’invisible, et la responsabilité qui vient avec lui
La vérité n’est pas seulement ce qui est exact, elle est ce qui libère ou ce qui enchaîne selon l’usage qui en est fait. La quête de vérité et la quête de liberté se superposent, non parce que l’auteur confondrait les registres, mais parce qu’il souligne une loi plus grave, celle qui veut que l’oppression s’alimente d’un récit, et que briser l’oppression oblige à briser le récit qui l’entretient. C’est pour cela que les deux temporalités se répondent comme deux planches posées en miroir. Anthony Preston, archéologue britannique pris dans l’effondrement d’un empire et dans les trahisons d’une fuite, porte la découverte comme un fardeau mortel. Khin Yadanar, médecin au sein de la résistance Chin, reprend la quête dans un pays ravagé par une guerre civile contemporaine, et nous voyons alors que la transmission, dans ce roman, n’a rien d’un héritage paisible. Elle ressemble à une torche qu’il faut tenir dans le vent, au prix des brûlures.
Le personnage de Khin Yadanar impose une présence singulière, parce que l’auteur ne la réduit jamais à une figure de courage décoratif
Il la montre en situation, au plus près de la matière humaine, dans la boue, sous la pluie, au milieu de moyens dérisoires, avec le manque comme horizon. Nous la suivons lorsqu’elle se précipite vers une civière de fortune, tissu et bambou, portant un blessé qui suffoque. La scène se charge d’un symbolisme discret et tranchant. La médecine devient ici un art de la mesure, une géométrie du vivant qui cherche une ouverture là où tout se ferme. Le roman insiste sur la pauvreté des ressources, sur l’improvisation contrainte, sur la diaspora qui envoie de quoi drainer un thorax. Il y a dans cette économie de survie une leçon initiatique. La fraternité n’est plus un mot, elle devient un geste qui traverse les distances, et la résistance n’est pas seulement militaire, elle est morale, elle est le refus de plier le genou. Le cri collectif, « doh ayay », ne relève pas de la rhétorique, il résonne comme une formule de redressement intérieur, un rappel que la dignité commence dans la colonne vertébrale.
C’est ici que le titre du roman prend une densité particulière
Rompre le cycle ne signifie pas vaincre une fois pour toutes. Cela signifie apprendre à reconnaître les causes, discerner les engrenages, refuser le scénario qui se rejoue en changeant simplement les visages. Le texte le dit avec une cruauté lucide, les acteurs se succèdent mais les tirades restent, et ce constat s’applique autant à la guerre qu’à la famille, autant à l’histoire qu’à l’intime. Une des forces du roman est de faire sentir que la violence collective se propage aussi par les structures ordinaires, par les héritages, par les lâchetés minuscules, par la convoitise qui se déguise en droit. Dans la séquence de Cambridge, lorsque la mort rassemble une famille dispersée, nous percevons que la mort, dans ce récit, ne sert pas seulement à faire pleurer. Elle sert à dévoiler. Le deuil devient une lampe crue sur ce que nous sommes quand la présence disparaît. L’auteur ose une image antique, l’armée d’Alexandre pillant Persépolis, pour dire la rapacité familiale. Là encore, la répétition, le cycle, se manifeste, et nous saisissons combien l’héritage matériel peut devenir la version domestique d’une conquête.
Le passage de Cambridge a une importance symbolique majeure pour notre regard maçonnique, non parce qu’il multiplie des références, mais parce qu’il met en scène une tension que nous connaissons.
Le temple de Bateman Street, le damier noir et blanc, le pavé mosaïque qui semble absorber la lumière, les trois coups de maillet, la colonne du Midi, la colonne du Nord, les gants immaculés, les sautoirs, le delta lumineux, les deux globes, tout cela compose une géographie rituelle où l’âme est censée se mesurer. Pourtant Ayaan ne parvient pas à déposer ses métaux. Cette incapacité est décisive. Elle dit que l’initiation ne commence pas quand un rite s’ouvre, elle commence quand nous acceptons d’être délestés. Et Jak Bazino choisit un personnage qui se tient à la lisière, attiré par l’idée de réseau et de carrière, rebuté par ce qu’il imagine comme des usages obsolètes. Son scepticisme, parfois mordant, nous intéresse parce qu’il oblige à distinguer l’essentiel du décor. Le roman pointe la tentation du fantasme complotiste, et il le fait en montrant une assemblée de vieillards qui n’a rien de l’armée secrète rêvée par les crédules. Cette désacralisation ironique a sa fonction. Elle nettoie le regard, elle empêche la fascination, elle oblige à retrouver le cœur du symbole.
Mais le roman va plus loin, et c’est là qu’il devient, pour nous, plus qu’une simple évocation maçonnique
Rangoun, Masonic-Hall
À Rangoun, le Masonic Hall apparaît comme un signe ambivalent, à la fois emblème des Lumières et emblème d’une uniformité culturelle imposée aux peuples conquis. Le texte prononce « Vae victis », et cette formule résonne comme une condamnation de l’orgueil civilisateur. Les colonnes, le delta du fronton, l’illumination promise, tout cela se trouve saisi par la question coloniale. Le seuil devient un interdit. Anthony Preston est trop jeune pour être initié, il demeure profane, et ce statut n’est pas anecdotique, car il conditionne sa relation au secret et à la culpabilité. Il entre pourtant, avec un sentiment de transgression, et l’auteur décrit l’espace avec une précision qui n’est pas gratuite, les colonnes Jakin et Boaz, le pavé mosaïque, le pupitre du Vénérable Maître à l’Orient, le cierge qui fait danser l’équerre et le compas. Cette description ne vise pas à flatter une culture de l’allusion. Elle sert à installer une chambre d’écho. Car dans cette loge dépouillée, où le secrétaire est parti avec les meubles, l’auteur fait entendre une phrase qui dépasse l’anecdote, « il ne reste vraiment plus rien », et nous comprenons qu’il parle à la fois d’un lieu, d’un ordre du monde, d’un empire qui se retire, et d’une vie qui se vide. La loge devient alors une métaphore d’un monde en démeublement, et la question initiatique se retourne. Que reste-t-il quand les ornements tombent, quand les titres, les protections et les certitudes se retirent. Reste le silence, et dans ce silence, la possibilité d’une rectitude, ou la tentation du mensonge.
Rangoun
Ce roman est aussi une méditation sur la manière dont l’Histoire utilise les individus, et sur la manière dont certains individus, pourtant, parviennent à dévier légèrement la trajectoire. C’est souvent ainsi que les cycles se brisent, non par une victoire totale, mais par une variation, une inflexion, un refus au bon endroit. Anthony Preston voit la répétition à l’œuvre et s’interroge, non sans vertige, sur ce que produira sa mort. Cette question est moins morbide qu’elle n’en a l’air. Elle touche à la transmission karmique du geste. Dans la tradition hermétique comme dans la tradition maçonnique, le geste n’est jamais isolé. Il s’inscrit dans une chaîne, il appelle une conséquence, il nourrit une forme. Le roman traduit cela en images concrètes, la sacoche comme lien au passé, la peur d’être effacé si le contenu disparaît, et cette hantise de l’effacement, dans un pays où l’autodafé peut être littéral, où l’incendie de dépôts et de raffineries devient l’incendie d’une enfance et d’un avenir. Quand l’auteur décrit la fumée noire, et la sensation que toute trace sera bientôt effacée, il ne parle pas seulement d’un épisode de guerre. Il parle de ce qui se joue dans toute oppression, la destruction des preuves, la destruction des mémoires, la destruction des filiations. Briser le cycle, ici, signifie aussi sauver des traces, sauver des noms, sauver une continuité qui ne soit pas celle de la domination.
L’ésotérisme du roman n’est pas décoratif
Bhutanese, thanka of the Jataka
Il surgit lorsque les humains cherchent une origine, une relique, un texte ancien, et qu’ils déposent sur cette source l’espoir d’une unité perdue autant que le désir d’un pouvoir affermi. La légende de Suvannabhumi, le « pays d’or », que certains traduisent aussi par « Terre de l’Or » et que mentionnent plusieurs textes anciens, dont les Jataka, se prête à ces déplacements. Car un même récit change de lieu, de contours et de fonction au gré des intérêts politiques, et cette mobilité même devient une leçon de critique initiatique. Le roman montre comment chaque nouveau royaume souhaite se doter d’une légitimité sacrée, et comment une histoire se réécrit pour servir une souveraineté. Là encore, la répétition est le piège. Les mêmes récits se déplacent de palais en palais, de junte en junte, et l’or du mythe se change en chaîne. L’auteur insiste sur le fait que l’origine d’une légende change pour des raisons politiques, et cette phrase, pour nous, vaut comme une mise en garde sur nos propres mythologies intérieures. Combien de fois réécrivons-nous notre passé pour justifier ce que nous voulons devenir, ou pour excuser ce que nous refusons de regarder.
Dans ce mouvement, Rompre le Cycle travaille une question que notre tradition reconnaît, celle du rapport entre secret et vérité. Le secret peut protéger.
Il peut aussi intoxiquer. Il peut être le voile nécessaire à une maturation, ou l’opacité qui permet les pires captations. Le roman refuse de choisir une position confortable. Il montre que la vérité est dangereuse, non parce qu’elle serait scandaleuse, mais parce qu’elle est convoitée. Et il montre, en miroir, que l’absence de vérité laisse le champ libre aux légendes fabriquées, aux rites détournés, aux superstitions gouvernantes. Nous retrouvons ici un motif profondément maçonnique, celui du discernement, non comme une vertu abstraite, mais comme une nécessité vitale. Entre la lumière qui éclaire et la lumière qui aveugle, il existe une différence de régime intérieur. Et ce roman, à sa manière, travaille cette différence.
Il faut aussi entendre la dimension affective, parce que Jak Bazino ne laisse pas la guerre absorber tout le sensible
À travers les destins croisés, les séparations et les retrouvailles impossibles, le roman installe une rime secrète entre 1942 et 2024, non comme un artifice, mais comme une loi intime du temps, celle qui fait que les mêmes déchirures reviennent frapper aux mêmes portes, avec d’autres noms, d’autres visages, et pourtant la même morsure. Dans la logique du cycle, l’amour devient lui aussi un lieu d’épreuve, non par sentimentalité, mais parce qu’il est l’endroit où l’humain résiste à sa propre déshumanisation. Là où tout pousse à devenir instrument, où la peur impose sa grammaire et où la violence veut réduire l’être à sa fonction, l’amour rappelle la finitude, la vulnérabilité, la possibilité d’un lien qui ne s’achète pas, qui ne se commande pas, qui ne se décrète pas. Ce lien est fragile, souvent empêché, parfois sacrifié, et c’est précisément cette fragilité qui fait sa valeur initiatique, parce qu’elle oblige à choisir entre la possession et la fidélité, entre l’avidité et la présence, entre la survie nue et la dignité partagée. Nous ne sortons pas du cycle par la seule force. Nous en sortons parfois parce qu’un visage, une main, une promesse, nous interdit de devenir ce que la guerre exige de nous.
Dans la manière d’écrire, Jak Bazino semble choisir une prose qui supporte la documentation sans s’y noyer
Il choisit, du moins nous semble-t-il, une écriture capable de nommer des réalités précises, qu’il s’agisse d’un rituel d’Émulation et de son héritage britannique, ou des pratiques de yadaya, ou des structures de résistance Chin, sans perdre le fil romanesque. Le résultat, lorsqu’il est réussi, donne cette sensation rare d’un roman qui ne triche pas, qui ne maquille pas la complexité, et qui pourtant garde une intensité narrative. Ce n’est pas un texte qui distribue des bons points. C’est un texte qui rend sensible la manière dont les êtres se débattent dans des forces qui les dépassent, tout en montrant que certains gestes, certains refus, certains choix minuscules, peuvent devenir des ruptures.
Et c’est là, pour nous, le point le plus initiatique du livre
Briser le cycle n’est pas seulement renverser un régime ou survivre à une guerre. Briser le cycle consiste à interrompre en soi la logique qui reconduit le mal sous d’autres masques. Le roman l’exprime par le karma et par l’histoire, mais nous pouvons l’entendre comme une discipline intérieure. Nous portons tous une part de répétition. Nous portons des colères héritées, des peurs transmises, des justifications apprises. Le roman fait sentir que l’oppression collective se nourrit des automatismes intimes, et que la libération commence lorsque nous cessons d’applaudir ce qui nous fait pleurer, lorsque nous cessons de confondre spectacle et vérité, lorsque nous acceptons de regarder les causes, même lorsqu’elles nous accusent.
Quelques mots enfin sur Jak Bazino, parce que l’œuvre se laisse mieux comprendre lorsque nous percevons d’où elle parle
Jak Bazino est un écrivain français, diplômé en sciences politiques et en relations publiques, qui a vécu plus de dix ans au Myanmar, d’abord sous le régime militaire puis durant la période de transition, en parcourant le pays et en approfondissant sa connaissance de la population, des croyances et de l’histoire. Il a quitté le Myanmar peu après le coup d’État militaire de février 2021, dont il a été témoin dans sa violence faite à la population. Cette longue immersion donne au roman une texture particulière, une attention aux réalités concrètes qui évite l’exotisme. Dans sa bibliographie, Jak Bazino a publié en 2012 un premier roman, Zawgyi, l’alchimiste de Birmanie. Ce titre ancien, avec sa figure d’alchimiste, éclaire rétrospectivement Rompre le Cycle, comme si l’auteur poursuivait une même interrogation, celle des transformations, des métaux intérieurs, de ce que l’humain peut transmuer en lui lorsque l’Histoire le broie.
Quand la Franche-Comté te rappelle que la Lumière ne se vole pas
Dans le Jura et le Doubs, la légende ne flotte pas au-dessus des villages comme une brume décorative. Elle s’accroche aux fontaines, aux combes, aux trous du sol, aux lisières où la forêt respire plus fort que l’homme. La Vouivre y apparaît comme une vérité d’eau noire. Une présence qui vient des dessous. Une force qui ne se laisse pas réduire à une « histoire à dormir debout », parce qu’elle parle, en réalité, de ce qui réveille.
Une créature des sources, plus vieille que nos prudences
La Vouivre, dans le noyau franc-comtois du mythe, n’est pas seulement un dragon au sens des bestiaires. C’est une créature liminaire, aquatique ou souterraine, parfois décrite comme reptile ailé à deux pattes, parfois comme un serpent immense, parfois encore comme une femme-serpent, beauté dangereuse et souveraine. Toujours, elle tient du passage. Du seuil. De ce point où l’on ne sait plus si l’on regarde une bête, une femme, une énergie.
Et surtout, elle porte l’escarboucle
Cette pierre flamboyante au front, œil unique et joyau, qui aimante les convoitises. Le récit est d’une simplicité terrible. La Vouivre descend boire, se baigner, se rafraîchir aux abords d’une source. Et il arrive qu’elle dépose son escarboucle un instant, dans les roseaux, sur la berge, au bord d’une eau dormante. À cet instant, l’homme croit voir une opportunité. La légende, elle, met en scène une épreuve.
Avoudrey, Noël, minuit
Il existe une variante qui a la précision d’une miniature et la rigueur d’un rituel. À Avoudrey, la Vouivre descend à minuit, le soir de Noël, au moment où l’on chante matines. Elle vient boire à la fontaine voûtée du village. Elle pose alors, un bref instant, l’escarboucle et une couronne de perles au bord de l’eau. C’est le moment où l’avidité se prend pour de l’audace. Et c’est là que l’histoire tranche.
Ce détail est capital. Noël, les matines, minuit, la voûte, la source. Tout dit naissance et passage, mais dans une obscurité qui n’est pas l’absence de lumière, plutôt son incubation. La pierre au front n’est pas un bijou. C’est une braise. Un foyer de conscience. Un trésor qui n’appartient qu’à celui qui sait approcher sans prendre.
Étymologie d’un serpent intérieur
Le mot lui-même, « vouivre », n’est pas un caprice littéraire. Il vient d’une lignée ancienne qui ramène au serpent, à la vipère, au vieux français, et jusqu’au latin vipera – avec des formes régionales (guivre, wivre) et des parentés européennes (wyvern). La Vouivre est donc, dès la langue, un serpent qui a voyagé, un serpent qui s’est localisé dans nos paysages de l’Est.
Et voilà ce qui rend la figure si féconde symboliquement. Le serpent n’est pas ici l’accessoire d’un satanisme de pacotille. Il est l’énergie. La puissance qui rampe, s’enroule, monte, se dresse. La force qui peut guérir ou mordre, éclairer ou brûler, selon la main qui la sollicite.
Kundalini comtoise, ou la montée qui exige une éthique
Si tu acceptes une lecture initiatique, la Vouivre devient une kundalini « à la française », non pas importée pour faire exotique, mais jaillie du karst, des grottes, des résurgences. Elle est l’énergie tellurique personnifiée. Elle dit que la vraie puissance n’est pas dans l’appropriation, mais dans la conversion du désir.
Car le cœur du mythe, ce n’est pas « le monstre ». C’est la tentation de voler l’escarboucle. Et la sanction n’a rien d’un sadisme narratif. Elle relève d’une loi spirituelle. La lumière se reçoit, elle ne se dérobe pas. L’or intérieur se mérite, il ne se rafle pas. La pierre flamboyante n’est pas un objet, c’est un degré d’être.
C’est pour cela que la Vouivre est gardienne. Non d’un trésor matériel, mais d’un mode d’accès. Elle distingue le chercheur du pillard. Elle reconnaît l’approche juste – celle qui ne confond pas le signe avec le gain, la révélation avec la possession.
La Vouivre, ou le fantastique comme miroir du village
Cette légende a gagné une seconde vie grâce à Marcel Aymé. Son roman fantastique paru en 1943 n’utilise pas la Vouivre comme un simple décor folklorique, mais comme un révélateur moral. La créature devient la pierre d’achoppement des hommes, de leurs ruses, de leurs jalousies, de leur avidité. Et la Comté, chez lui, n’est pas une carte postale. C’est un théâtre où l’on voit comment une communauté se déforme dès qu’un “joyau” apparaît dans l’imaginaire collectif.
La page encyclopédique sur la Vouivre note d’ailleurs que l’écrivain s’est vraisemblablement inspiré de la légende d’Avoudrey. Ce lien est précieux. Il rappelle que la littérature, lorsqu’elle est juste, n’arrache pas une tradition à son sol. Elle l’écoute, elle la prolonge, elle en fait une chambre d’écho.
Franche-Comté – Lac de Vouglans
Ce que la Vouivre enseigne, à hauteur d’homme
Au fond, la Vouivre répète une phrase unique, mais en langue de source et de nuit.
Tu peux chercher, mais ne vole pas. Tu peux désirer, mais ne confonds pas. Tu peux t’approcher, mais renonce à saisir.
La convoitise veut le joyau. L’initiation veut la transformation. La première te promet une pierre. La seconde t’oblige à devenir capable de lumière. C’est là que la Vouivre cesse d’être une bête et devient une épreuve. Elle ne barre pas le chemin. Elle le qualifie.
Et c’est peut-être pour cela qu’elle hante encore nos imaginaires. Parce qu’à chaque époque, sous des formes nouvelles, revient la même tentation. Obtenir sans devenir. Briller sans travailler. Prendre sans comprendre.
La Vouivre, elle, garde l’escarboucle comme on garde un feu. Non pour priver, mais pour empêcher le sacrilège de l’usage. Elle enseigne la lenteur, la justesse, la main ouverte. Et si elle fait peur, c’est qu’elle rappelle une vérité rude. Le trésor spirituel n’est jamais un butin. Il est un passage.
Partout où vous vivez, partout où vous voyagez, vous avez l’oreille et l’œil. Une histoire murmuré au comptoir, un nom de lieu qui sonne comme une énigme, une roche fendue que l’on dit habitée, une source à laquelle on prête une mémoire, un animal fabuleux blotti dans le folklore d’un village… Vous repérez ces récits que beaucoup entendent sans les écouter.
À 450.fm, nous savons que nos lectrices et nos lecteurs sont aussi des passeurs de traditions, des collecteurs d’imaginaires, des arpenteurs du merveilleux. Alors plutôt que de laisser vos trouvailles se perdre dans des fils éphémères ailleurs, envoyez-nous vos légendes locales, françaises ou venues d’ailleurs, accompagnées de quelques lignes de contexte, et si vous le souhaitez d’une photo du lieu, d’un détail, d’une pierre, d’un paysage.
Vos contributions pourront nourrir la rubrique Légendes de France ou d’ailleurs, et seront présentées, signées et mises en valeur comme elles le méritent : avec respect pour la mémoire des territoires et reconnaissance pour votre regard de veilleur.
La rédaction a investigué. Alors que U.S. Central Command communique sur le déploiement de l’USS Abraham Lincoln* (CVN-72) dans la zone de la U.S. 5th Fleet « pour soutenir la sécurité et la stabilité maritimes », une rumeur revient, comme reviennent toujours les rumeurs…
USS Abraham Lincoln (CVN-72)
Y a-t-il, en ce moment, une présence maçonnique américaine dans le Golfe ? La réponse, si l’on tient l’équerre du factuel, est double. Oui, à terre, des annuaires publics attestent des loges militaires outre-mer. Non, en mer, rien ne permet d’affirmer, à cette heure, l’existence d’une loge régulière embarquée sur un porte-avions.
Le point de départ : une région sous tension, une question qui revient
Sceau CENTCOM
Le 26 janvier 2026, la communication officielle de CENTCOM montre des marins à bord de l’Abraham Lincoln, avec une légende explicite : le bâtiment est déployé dans la zone d’opérations de la 5e Flotte pour contribuer à la « sécurité et stabilité » dans l’aire de responsabilité de CENTCOM.
Ce détail compte : le contexte est public, daté, documenté. Et c’est précisément dans ces zones hautement contraintes que naît la fascination : quand l’espace se militarise, certains imaginent que la loge se militarise aussi.
Or, la Franc-maçonnerie n’est pas un rouage de l’État, pas davantage un pion sur l’échiquier des puissances. Mais elle a, depuis longtemps, une réalité sociologique simple : des militaires sont francs-maçons, et ils cherchent, comme partout, des formes de continuité fraternelle, même loin de l’atelier d’origine.
À terre : ce que les annuaires publics autorisent à dire (et à montrer)
Ronald-W.-Davie,-GM Prince-Hall Oklahoma
Le document le plus net, parce qu’il est public et nominatif, vient de la Most Worshipful Prince Hall Grand Lodge of Oklahoma : sur sa page « Constituent Lodges », elle affiche des Middle East Districts avec des listes de respectables loges « Military » par zones/pays.
On y voit, par exemple :
en Arabie saoudite : Desert Light Military, Eastern Sun Military, Babylon Military ;
en Irak : Light of the Ur Military, Desert Sons Military, Sons of Amos Military ;
au Qatar / Bahreïn / Koweït : district intitulé “Kuwait / Bahrain” (plusieurs respectables loges “Military”) ;
en Afghanistan : districts « South » et « North », listant plusieurs respectables loges « Military ».
Cette page ne dit pas « sur telle base X », ni « à telle date Y », ni « Travaux effectivement tenus la semaine dernière ». Mais elle dit quelque chose de très lourd : une juridiction maçonnique américaine publie elle-même l’existence de districts Moyen-Orient structurés en loges « military ».
À cela s’ajoute une attestation encore plus précise du côté de la Most Worshipful Prince Hall Grand Lodge of Maryland : un annuaire public de loges indique Tigris Military #151 comme « Active », avec une adresse de réunion donnée à Camp Arifjan. Et une page « Overseas / Europe & Middle East » de cette même juridiction mentionne cette loge et donne même une fréquence de réunion (1er et 3e mercredi du mois).
Enfin, une source maçonnique « institutionnelle » au sens large – le site du Scottish Rite of Freemasonry, SJ, USA – relate une tenue / réunion maçonnique sur une base en Afghanistan (Kandahar Air Field) et cite des loges militaires rattachées au Maryland, ce qui confirme l’existence d’une tradition « down range » documentée, au-delà des seuls forums.
Ce qu’on peut en tirer, sans forcer le trait :
Site Scottish Rite of Freemasonry, SJ, USA
oui, des loges « military » américaines existent/ont existé dans la région, et certaines sont publiquement listées ;
oui, au moins une loge est indiquée active avec un lieu précisé (Camp Arifjan) ;
non, ces documents ne suffisent pas à établir un état des lieux exhaustif en temps réel de toutes les bases, ni la réalité continue de toutes les loges listées.
Pourquoi l’enquête s’arrête avant le « base par base »
À ce stade, un réflexe d’enquêteur s’impose : si l’information ne descend pas au niveau « base X / bâtiment Y / date Z », ce n’est pas forcément qu’elle est cachée – les complotistes diraient secrètes !
C’est souvent que les juridictions ne publient que des données administratives (existence d’une loge, d’un district, d’une charte), sans livrer ce qui relève du fonctionnement concret. C’est aussi que, dans certains pays, la franc-maçonnerie demeure un sujet juridiquement ou socialement sensible, où la précision excessive peut devenir un risque.
Enfin, du côté militaire, la prudence est un langage : ne pas exposer des lieux, des habitudes, des circulations, c’est un réflexe de sécurité autant qu’un principe de discrétion.
Autrement dit : la zone grise n’est pas une preuve de complot. Elle dit surtout ceci. Qu’entre la carte et le terrain, il y a le réel, et que le réel, parfois, s’écrit à voix basse.
Pavillon de l’United States Navy
En mer : clubs fraternels, pas loges travaillant sous patente d’une Grande Loge (et presque jamais à bord)
Sur ce point, les témoignages convergent : des Maçons de la marine expliquent qu’il n’y a « pas de loge à bord » au sens d’une loge régulièrement constituée, travaillant sous patente d’une Grande Loge ; tout au plus, des clubs maçonniques informels. L’un d’eux résume la clef initiatique avec une phrase parfaite : « In Lodge, I am Brother Cook. » C’est-à-dire : sur un pont de guerre, la hiérarchie est vitale ; mais dans l’espace symbolique, l’homme redevient l’homme, nivelé par la règle intérieure.
Et, concernant l’Abraham Lincoln, les pages institutionnelles de la Navy ne mentionnent aucune loge embarquée. Elles décrivent un bâtiment, une mission, une chaîne de commandement, un fonctionnement : rien qui ressemble à l’existence publique d’un atelier à bord.
Donc, si présence maçonnique il y a « dans la flotte », elle s’exprime presque sûrement comme ceci :
des Frères à bord,
éventuellement un club,
et des visites de loges à terre quand les escales et les conditions le permettent.
Lecture maçonnique : la loge comme îlot de liberté au cœur du dispositif
Dans ces territoires où tout rappelle la contrainte – contrôle, autorisations, badges, périmètres – la loge (quand elle existe) agit comme un contre-espace. Non pas un contre-pouvoir politique. Un contre-espace anthropologique : un lieu où l’on ne se définit plus par son grade militaire, son statut, sa fonction, mais par une exigence intérieure : la tenue de soi, la parole mesurée, la fraternité éprouvée.
Et le paradoxe est fort : la loge militaire ne militarise pas la maçonnerie ; elle tente de maçonner l’humain au sein du militaire. Elle ne dit pas : “nous sommes la puissance”. Elle murmure plutôt : “nous sommes la limite”, la limite que l’homme se pose à lui-même pour ne pas devenir ce que la guerre fait parfois de lui.
On demandait : « y a-t-il une présence maçonnique américaine dans le Golfe, en ce moment ? » Les sources ouvertes répondent : à terre, oui, attestations et listes existent ; en mer, pas de loge régulière identifiable, seulement des Frères et parfois des clubs.
Le reste appartient à une vérité plus initiatique que journalistique : là où l’histoire durcit, la loge, quand elle tient, n’est pas une rumeur d’influence. Elle est une petite école de liberté, posée au bord même du monde qui bascule.
*Abraham Lincoln (1809–1865) est le 16e président des États-Unis, figure d’une ascension née du travail, du droit et d’une volonté de fer. Il traverse la guerre de Sécession en tenant une ligne : préserver l’Union, empêcher l’éclatement, refuser que le conflit soit seulement une guerre de territoires. Son geste décisif est l’émancipation proclamée en 1863, puis l’appui politique à l’abolition constitutionnelle (13e amendement, voté en 1865). Son œuvre se scelle dans une langue sobre et verticale, où la nation est appelée à se « réparer » plutôt qu’à se venger.
Assassiné en avril 1865, il devient immédiatement une conscience publique, presque une mesure morale. Côté franc-maçonnerie : il n’a pas été initié, malgré des rumeurs tenaces.
Mary Todd Lincoln affirma elle-même qu’il n’avait jamais été maçon ni membre d’un ordre secret. En revanche, de nombreux maçons l’ont honoré, voyant en lui une parenté d’esprit : droiture, humanité, sens du juste. D’où la légende : non pas un Frère “administratif”, mais une figure que certaines loges ont voulu reconnaître comme un frère de cœur.
L’ouvrage propose une analyse systématique et documentée du célèbre accident de Roswell (Nouveau Mexique – 1947). L’auteur s’interroge sur l’authenticité des récits initiaux, et sur les sources documentaires. Plutôt que d’adopter une version unilatérale (ballon météo au lieu d’engin extraterrestre) il montre que l’incident soulève encore des zones d’ombres liés à la destruction ou à la classification de nombreux documents militaires de l’époque.
L’ouvrage met en lumière l’influence potentielle de ces événement sur l’évolution des services de renseignement de l’armée américaine et des technologies de défense. Les événements auraient pu accélérer certaines avancée en matériau ou en électronique par le biais de retro-ingénierie.
Une part importante du livre de 500 pages est consacrée à l’étude de témoignages oraux, de récits médiatiques postérieurs et des publications successives..
Enfin l’ouvrage pose une question philosophique implicite : les OVNIS pourraient-ils devenir une réflexion sur la manière dont les sociétés moderne traitent l’inconnu, le secret et les limites du savoir ?. L’ouvrage ne se limite pas à un événement isolé : il touche à des questions culturelles profondes sur la place de l’humain dans l’univers, la confiance envers les institutions et la manière dont l’information circule et est reçue par le public.
Ainsi Roswell ne renvoie pas à un mythe mais à une constellation de mythes anciens et modernes qui se superposent comme ceux de Prométhée et de la Gnose (révélation interdite), ceux des dieux descendus du ciel Anges- Devas – Quetzalcoatl), ceux du corps sacré caché –(Graal- Saint Suaire) et les mythes institutionnels actuels (complotisme) .
En ce sens l’extraterrestre pourrait incarner notre relativisation cosmique,(fin de l’exception humaine) la perte du salut d’élu, la fin de l’anthropocentrisme. Nous touchons, ici, à la métaphysique.
L’AUTEUR
Jean Jacques Vélasco a travaillé comme ingénieur au Centre National d’Etudes Spatiales (CNES) avant de rejoindre le Groupe d’Etudes des Pgénomènes Aérospatiaux Non identifiés (GEPAN) en 1977 dont il devient le directeur en 1983 jusqu’en 2004. Son expérience dans l’étude des phénomènes aérospatiaux insolites fait de lui l’un des premiers experts mondiaux sur la question des OVNI. Il a participé à de nombreux groupe d’étude s internationaux, dont le rapport COMETA (1994-1999) il a par ailleurs publié
Ovnis la science avance (1993) Robert Laffont – avec Jean-Claude Bourret
Troubles dans le ciel (2013) Presse du Chatelet – avec Nicolas Montgiani