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Le musée de l’horlogerie de Winterthur présente l’horloge à 3 coins

De notre confrère suisse winterthurer-zeitung.ch – Par Claudia Naef Binz

Le musée de l’horlogerie de Winterthur présente des horloges maçonniques rares dans le cadre d’une exposition temporaire.

Présentation d’une pièce rare. Ce qui frappe d’emblée, c’est la forme triangulaire des montres. On peut notamment admirer une montre de poche maçonnique en or de Schwab & Brandt, Genève, datant de 1925. « Cette montre, ainsi que la montre-bracelet et le réveil exposés, ont tous été fabriqués pour des francs-maçons », explique Jasmin Gadola, responsable des collections du Musée de l’Horlogerie de Winterthur.

Après avoir présenté de grandes horloges lors de précédentes expositions, le Musée de l’Horloge de Winterthur se concentrera cette fois sur des pièces plus petites. « Le Musée de l’Horloge Beyer de Zurich a aimablement accepté de prêter ces horloges maçonniques sur demande – un véritable exploit. »

Attaché à l’humanisme

D’après la description de l’exposition, le chiffre trois joue un rôle important dans la franc-maçonnerie. Le triangle symbolise la hiérarchie des loges : le Vénérable Maître, le Premier Surveillant et le Second Surveillant. Les francs-maçons sont considérés comme une société secrète, entourée de nombreuses légendes. Les premières loges furent fondées au XVIIIe siècle. Leurs origines remontent aux corporations médiévales, notamment celles des tailleurs de pierre. La franc-maçonnerie est une communauté de personnes partageant les mêmes valeurs, telles que la liberté, l’égalité et l’humanisme. Face à l’hostilité dont les loges ont parfois été victimes, elles ont dû se réunir clandestinement.

« Nous ignorons si la montre était portée ouvertement au quotidien », déclare Gadola.

L’objet rond doit s’insérer dans l’objet triangulaire.

Du point de vue d’un horloger, la forme triangulaire présente des défis particuliers. « Un mouvement de montre est fondamentalement rond », explique Gadola. Dans le cas d’un réveil, un mouvement rond a été intégré dans un boîtier triangulaire. « En revanche, un mouvement triangulaire a été conçu pour une montre de poche ; c’est une grande rareté », ajoute-t-il.

Cadran avec crâne

Les symboles ornant les montres sont également uniques. Au lieu de chiffres, le cadran arbore des objets tels qu’une truelle ou une équerre. Gadola explique la signification du crâne : « Il est là pour nous rappeler la fugacité de la vie. C’est aussi un rappel de mener une vie bonne et honnête. » Un autre symbole, placé à la hauteur du chiffre sept, représente une pierre brute. Elle symbolise l’artisan en devenir et nous invite simultanément à travailler sur nous-mêmes et à peaufiner notre caractère.

Claudia Naef Binz

Infos pratiques

  • Site web du musée : uhrenmuseumwinterthur.ch
  • Accès : Uhrenmuseum Winterthur
  • Kirchplatz 14
  • CH- 8400 Winterthur
  • Téléphone +41 (0)52 267 51 36 / 28

11/04/26 Conférence : « Bordeaux : La Lumière & des Hommes »

Une conférence exceptionnelle au cœur des héritages spirituels et maçonniques

Il est des villes qui ne se contentent pas d’exister : elles racontent, elles transmettent, elles murmurent encore à ceux qui savent écouter. Bordeaux est de celles-là. Derrière ses façades classiques, ses perspectives majestueuses et son élégance tranquille, la cité girondine porte en elle une mémoire dense, faite de courants de pensée, de rencontres décisives et de bouleversements intellectuels.

C’est précisément cette mémoire vivante que se propose d’explorer une conférence exceptionnelle organisée le samedi 11 avril 2026, autour d’un thème aussi ambitieux que révélateur :

« Bordeaux : La Lumière & des Hommes – Nous sommes les héritiers de notre histoire ».

Une plongée au cœur du XVIIIe siècle

Cette rencontre ne sera pas une simple évocation historique. Elle ambitionne de replonger les participants dans une période charnière : le XVIIIe siècle, moment de tensions, de mutations et d’émergences.

À cette époque, la France oscille entre grandeur et fragilité. Des règnes successifs — de Louis XIV à Louis XVI — se dessine une société en déséquilibre, marquée par les guerres, les réformes, les privilèges contestés et une montée progressive des aspirations nouvelles. C’est dans ce contexte troublé que se développent des courants intellectuels et spirituels d’une rare intensité.

Bordeaux, loin d’être en marge, se révèle alors comme un véritable carrefour d’idées. Ville ouverte sur le monde, elle devient un foyer d’échanges où se croisent philosophes, penseurs, mystiques et acteurs politiques.

Des figures majeures au rendez-vous de l’Histoire

La conférence mettra en lumière des personnalités incontournables de cette époque, dont l’influence dépasse largement leur siècle.

On y croisera notamment Montesquieu, figure emblématique de la pensée politique moderne, mais aussi des acteurs moins connus du grand public, pourtant essentiels à la compréhension des dynamiques de l’époque.

Seront également évoqués des noms qui résonnent particulièrement dans les milieux initiatiques et spirituels, comme Martinès de Pasqually ou Louis-Claude de Saint-Martin. Leur rencontre, leur dialogue et leurs œuvres constituent une étape décisive dans l’élaboration d’une pensée profondément originale, mêlant théosophie, christianisme primitif et quête de réintégration de l’homme.

À travers eux, c’est toute une vision du monde qui se dessine : une tentative de comprendre la place de l’homme dans l’univers, son éloignement du principe divin et les voies possibles de son retour.

Un dialogue entre histoire, philosophie et spiritualité

L’un des points forts de cette conférence réside dans la diversité des approches proposées. Loin d’un discours uniforme, elle s’appuie sur plusieurs regards croisés, portés par des intervenants aux profils complémentaires.

Parmi eux, Jean-Marc Vivenza, figure reconnue pour ses travaux sur la pensée initiatique, apportera un éclairage approfondi sur les doctrines spirituelles du XVIIIe siècle.

À ses côtés, Alain Marbeuf proposera une lecture à la fois rigoureuse et ouverte, reliant science, philosophie et tradition.

La dimension historique sera enrichie par l’intervention de Florence Mothe, qui replacera ces courants dans le contexte politique et social de leur émergence.

Enfin, Christian François offrira une perspective originale en explorant l’empreinte visible de cette époque dans l’architecture même de Bordeaux.

Bordeaux, laboratoire des Lumières et de l’illuminisme

Au-delà des figures individuelles, la conférence mettra en lumière un phénomène plus large : celui de l’illuminisme.

Souvent mal compris, ce courant ne se réduit pas à une simple mystique. Il représente une tentative ambitieuse de réconcilier raison et spiritualité, science et foi, connaissance et expérience intérieure.

Bordeaux, par sa position stratégique et son ouverture intellectuelle, a joué un rôle non négligeable dans la diffusion de ces idées. C’est ici que certaines doctrines ont trouvé un terrain fertile, contribuant à façonner une pensée réformatrice, à la fois sociale, politique et spirituelle.

Les Leçons de Lyon : une architecture de la pensée

Un autre moment fort de la journée sera consacré aux célèbres « Leçons de Lyon ». Entre 1774 et 1776, sous l’impulsion de penseurs comme Jean-Baptiste Willermoz et Louis-Claude de Saint-Martin, une véritable synthèse doctrinale voit le jour.

Ces travaux, issus d’un intense effort collectif, visent à structurer et à approfondir une vision du monde centrée sur la réintégration de l’homme dans son état originel. Ils constituent une étape majeure dans l’élaboration d’un système initiatique cohérent, où la connaissance ne se limite pas à l’intellect mais engage l’être tout entier.

Une ville à lire comme un symbole

La conférence ne se limitera pas aux idées. Elle invitera également à porter un regard nouveau sur la ville elle-même.

À travers une exploration de son architecture, de ses places et de ses perspectives, Bordeaux apparaîtra comme un véritable texte à déchiffrer. Chaque pierre, chaque tracé, chaque proportion peut être lu comme un signe, une trace laissée par une époque marquée par une certaine vision du monde.

L’itinéraire symbolique proposé, notamment autour de la place des Quinconces, promet de révéler une autre dimension de la ville : celle d’un espace pensé, structuré, porteur de sens.

Un rendez-vous ouvert à tous les chercheurs de sens

Accessible, dense, ambitieuse, cette conférence s’adresse autant aux passionnés d’histoire qu’aux chercheurs de sens, aux curieux qu’aux initiés.

Elle offre une occasion rare de croiser les regards, d’approfondir des questions essentielles et de redécouvrir une période dont nous sommes, consciemment ou non, les héritiers.

Car au fond, c’est bien de cela qu’il s’agit : comprendre que l’histoire n’est pas derrière nous, mais en nous. Que les idées d’hier continuent de structurer notre présent. Et que, pour avancer, il est parfois nécessaire de revenir à la source.

Informations pratiques

📍 Lieu : Hôtel Ibis Mériadeck, 35 cours du Maréchal Juin, Bordeaux
🕘 Horaires : de 9h30 à 12h30 et de 14h00 à 16h30 (accueil dès 9h00)
🎟️ Participation : 5 €
👥 Places limitées : 60 participants

Une journée pour comprendre, réfléchir, et peut-être entrevoir autrement ce lien invisible qui unit les hommes à leur histoire.

La passion d’Hiram : le double meurtre

La forme de la loge est un carré long – pourquoi ?

De la forme de la tombe du Maître Hiram… (Wilkinson)

Il est des formes qui ne doivent rien au hasard. Dans la tradition maçonnique, le « carré long » — cette figure rectangulaire qui structure l’espace de la loge — n’est pas un simple choix architectural. Il est un signe. Un signe ancien, profond, presque enfoui, qui renvoie à une réalité plus essentielle : celle de la tombe du Maître Hiram.

Car Hiram n’est pas un personnage secondaire du récit initiatique. Il en est la clef de voûte. L’alpha et l’oméga. Autour de lui s’organise toute l’économie symbolique de la Franc-maçonnerie. Dès lors, comprendre Hiram, c’est entrer dans le cœur du dispositif rituel. C’est aussi accepter de s’aventurer sur un terrain plus délicat, où se croisent interprétations, silences et héritages parfois ambigus — notamment dans leurs rapports avec la tradition chrétienne.

Hiram, figure centrale et voilée

Derrière Hiram se dessine une autre figure. Une figure que les textes ne nomment pas toujours explicitement, mais que les symboles désignent avec insistance : celle du Christ. Cette présence voilée traverse les rituels, affleure dans les gestes, se suggère dans les silences.

Trois lieux symboliques permettent d’en saisir la portée.

D’abord, le grade de Maître, où se rejoue le drame de la mort et de la relève. Ensuite, le Temple lui-même, avec ses deux colonnes, qui renvoient à une architecture symbolique profondément christique. Enfin, le grade de Rose-Croix, directement issu des courants rosicruciens du XVIIe siècle, eux-mêmes inscrits dans le sillage de la Réforme luthérienne.

Ces trois moments ne disent pas tout. Mais ils suggèrent beaucoup. Et parfois, dans les traditions initiatiques, ce qui n’est pas dit pèse plus lourd encore que ce qui est formulé.

Le récit exotérique : un drame fondateur

À première vue, l’histoire d’Hiram relève d’un récit presque simple. Un fait divers biblique, en quelque sorte. Celui de l’assassinat d’un architecte par trois ouvriers félons.

La Bible évoque Hiram de Tyr et le roi Salomon, constructeur du Temple de Jérusalem, immense chantier aux proportions parfaites, situé près de mille ans avant notre ère. Au XVIIIe siècle, les francs-maçons s’approprient ce récit et en font la trame du grade de Maître.

Le mythe est connu. Trois compagnons, avides de connaître les secrets du Maître, tendent un piège à Hiram. Face à son refus, ils le frappent et le tuent. Pour dissimuler leur crime, ils enterrent le corps et marquent la sépulture d’une branche d’acacia.

Le corps sera retrouvé. Mais le secret, lui, est perdu.

Lors de l’initiation, le futur Maître rejoue ce drame. Allongé dans un cercueil, recouvert d’un drap noir, il est assimilé à Hiram. La branche d’acacia recouvre le linceul. Puis vient le moment du relèvement.

« Mak Benah ! » — « la chair quitte les os ». Le mot remplace celui qui est perdu : Jéhovah, la parole originelle. Le nouvel initié entre alors dans une quête : celle du Verbe, du Logos, du sens qui ordonne le monde.

Les trois assassins ne sont pas des hommes seulement. Ils sont des forces : l’Ignorance, le Fanatisme, l’Ambition.

De la croix au carré long : une géométrie du sens

Le carré long évoqué en introduction prend ici toute sa dimension. Il n’est pas seulement une forme. Il est une projection au sol de la Croix-Tombeau.

Les trois pas en équerre de l’apprenti, souvent perçus comme de simples déplacements rituels, deviennent alors autre chose : une préfiguration des trois coups portés à Hiram.

Mais derrière ces trois coups se profile une autre lecture. Celle des figures d’Hérode, de Ponce Pilate et du Grand Prêtre Caïphe, agissant contre Jésus.

La correspondance est troublante. Elle ne s’impose pas, mais elle s’insinue. Elle invite à lire autrement. À voir dans Hiram non pas seulement un architecte mythique, mais une figure typologique, inscrite dans une tradition plus vaste.

Regard croisé : l’œuvre de Salvador Dalí

L’ésotérisme ne se limite pas aux rituels. Il traverse aussi l’art. L’œuvre de Salvador Dalí, Le Christ de Saint Jean de la Croix, peinte en 1951, en est une illustration saisissante.

Dans cette toile, le Christ surplombe le port de Port Lligat. La composition repose sur une rigoureuse géométrie : triangle et cercle, figures de la Trinité et de l’harmonie platonicienne. L’influence de Luca Pacioli et de la divine proportion est manifeste.

Mais ce qui frappe surtout, c’est le point de vue. Le spectateur voit le sommet du crâne du Christ. L’homme et le divin se trouvent sur un même plan. Une égalité implicite, presque dérangeante.

Ce choix esthétique n’est pas neutre. Il invite à une élévation du regard, à une quête de sens. Il suggère que la vérité n’est pas inaccessible, mais qu’elle demande un déplacement intérieur.

Certains y ont vu un blasphème. L’œuvre fut même attaquée après son acquisition par la galerie de Glasgow. Preuve que les symboles, lorsqu’ils touchent juste, continuent de déranger.

Les dérives interprétatives : le risque du mythe vidé

À vouloir trop expliquer Hiram, certains ont fini par le dissoudre. Au fil des siècles, on a voulu voir en lui tour à tour Dionysos, Osiris, Prométhée, Perséphone ou encore Hercule.

Ce foisonnement d’interprétations, parfois érudites, souvent séduisantes, a produit un effet paradoxal : celui de vider Hiram de sa substance.

Réduit à un archétype parmi d’autres, il devient un élément de catalogue mythologique. Un objet de comparaison. Une figure interchangeable.

Claude Lévi-Strauss parlait de « bricolage » mythologique. Une manière de recomposer des récits en assemblant des fragments. Mais à trop bricoler, on perd le sens initial.

Hiram n’est pas un mythe au sens banal du terme. Il est une figure opérative. Une clé de lecture. Une structure de sens.

Le relèvement : une substitution, non une résurrection

cins poits parfaits, assomption, nouveau maître, resurrection

Le rituel du relèvement apporte un éclairage décisif. Contrairement à une idée répandue, Hiram ne ressuscite pas.

Il demeure mort.

Ce qui se produit, c’est une substitution. Le récipiendaire prend place. Il devient celui qui devra accomplir ce que le Maître n’a pas achevé.

Il ne s’agit pas de revivre une histoire passée, mais d’entrer dans une dynamique. Une typologie biblique, diront certains. Une transformation intérieure, diront d’autres.

Mais une chose est certaine : le sens ne se trouve pas dans la répétition, mais dans l’appropriation.

La deuxième mort d’Hiram

Il existe une seconde mort d’Hiram. Plus insidieuse que la première. Plus radicale aussi.

Celle qui survient lorsque son sens est oublié.

Lorsque le symbole devient décoratif. Lorsque le rituel devient mécanique. Lorsque l’on ne sait plus lire ce qui est donné à voir.

C’est le point zéro du symbolisme. Le moment où tout bascule dans l’insignifiance.

À ce stade, Hiram n’est plus assassiné par trois compagnons. Il est effacé par l’ignorance de ceux qui le répètent sans le comprendre.

Sisyphe roulant sa pierre éternellement.

Une lecture ontologique du mythe

Hiram ne se situe pas avant les religions. Il se situe après. Il vient comme une synthèse, une relecture, une mise en tension des grands messages spirituels.

Le réduire à un proto-héros, à une matrice religieuse ou à une figure morale, c’est se priver de sa portée ontologique.

Car ce qui est en jeu ici dépasse l’histoire. Il s’agit du sens de l’être, de la parole, de la fidélité, de la transmission.

Le mythe d’Hiram n’explique pas. Il engage.

Vers « un ciel nouveau, une terre nouvelle »

La tradition johannique évoque « un ciel nouveau et une terre nouvelle ». Une transformation radicale du réel.

Appliquée à la lecture d’Hiram, cette perspective ouvre une voie. Celle d’un dépassement. D’une compréhension renouvelée.

À condition de ne pas s’arrêter aux formes. De ne pas confondre le symbole et son commentaire. De ne pas réduire l’expérience initiatique à une simple répétition.

Hiram, en ce sens, n’est pas derrière nous. Il est devant.

Il oblige à une question simple et vertigineuse : savons-nous encore lire ce qui nous est transmis ?

Les 7 boules de cristal ou la revanche du sacré

Avec Les sept boules de cristal – typographié Les 7 Boules de cristal sur la couverture – Les 7 boules de cristal, Hergé donne à Tintin l’un de ses récits les plus sombres, les plus subtils et les plus troublants.

Sous l’éclat limpide du dessin et la mécanique parfaite de l’aventure, Georges Remi fait remonter une angoisse plus ancienne que le crime lui-même. Celle d’un monde profané, d’un secret violé, d’une mémoire sacrée qui ne consent pas à devenir objet de vitrine. Derrière l’album populaire se lève ainsi une méditation puissante sur la faute, la limite et le retour du sacré blessé.

Il arrive que certaines bandes dessinées dépassent très largement le territoire du divertissement pour atteindre à cette densité rare qui appartient aux œuvres durables.

Les 7 boules de cristal relève de cette catégorie

Phénoméne-de-foudre-en-boule—gravure-Louis-Poyent,-1901

Il y a là bien davantage qu’une enquête menée par Tintin autour d’une série de malaises mystérieux frappant des savants revenus d’Amérique du Sud. Il y a une mise en crise du regard moderne, de cette curiosité triomphante qui se croit autorisée à ouvrir toutes les tombes, à déplacer tous les vestiges, à interpréter tous les héritages sans jamais interroger sa propre légitimité.

Georges Remi, que le monde entier connaît sous le nom d’Hergé, a toujours su que l’aventure n’était grande qu’à la condition d’être traversée par une inquiétude plus profonde que l’action.

Dans Les 7 boules de cristal, cette vérité atteint une intensité singulière

L’expédition Sanders-Hardmuth revient auréolée du prestige de la découverte. Les savants rapportent la momie de Rascar Capac, roi inca arraché à son tombeau, comme un trophée de savoir. Tout semble d’abord appartenir à l’ordre du succès scientifique, de l’exposition, du commentaire érudit, du musée et de la conférence. Pourtant, presque aussitôt, une autre logique s’impose. Les membres de l’expédition tombent les uns après les autres dans une étrange léthargie après avoir été frappés par des éclats de cristal. La science, sûre d’elle-même, vacille devant une justice qui ne parle pas sa langue.

C’est ici que l’album prend une portée qui dépasse de très loin l’intrigue policière.

Hergé pose une question immense, presque métaphysique

Tout est-il disponible à l’homme parce qu’il peut le saisir ? Tout ce qui fut enfoui doit-il être exhumé ? Tout secret doit-il être livré à la curiosité du monde profane ? La civilisation moderne a souvent cru que connaître revenait à posséder. Les 7 boules de cristal suggère au contraire qu’il est des réalités qui exigent autre chose qu’une prise.

Il faut une disposition intérieure, une justesse, une mesure, une humilité devant ce qui ne nous appartient pas. Voilà pourquoi cet album, lu avec un regard symbolique et initiatique, touche si juste. Il rappelle qu’il existe une différence essentielle entre la quête et la prédation, entre l’approche du mystère et sa violation.

Le chiffre sept n’est évidemment pas indifférent

Dans l’univers symbolique, il appartient aux nombres d’accomplissement, de cycle, d’achèvement et de passage. Sept planètes dans l’ancienne cosmologie, sept métaux dans la tradition alchimique, sept degrés d’élévation dans bien des itinéraires spirituels. Hergé reprend cette charge ancienne et la fait basculer du côté de l’ombre. Les sept boules ne révèlent pas, elles frappent. Le cristal ne donne pas la vision, il blesse. La transparence elle-même devient instrument de châtiment. Cette inversion donne à l’album sa puissance secrète. Ce qui devrait éclairer vient meurtrir. Ce qui devrait ouvrir vient fermer. Ce qui devait conduire à la connaissance devient la marque d’une dette non acquittée.

Il faut aussi admirer la manière dont Hergé enveloppe ce drame d’une extraordinaire souplesse narrative

Le capitaine Haddock apporte sa chaleur emportée, son humanité tonitruante, sa générosité colérique. Le professeur Tournesol, avec son génie distrait, donne au récit cette tonalité étrange où l’intelligence la plus haute se mêle à l’innocence la plus désarmée. Les Dupondt, eux, continuent d’habiter la lisière du sérieux et du burlesque, comme si le monde rationnel tentait de sauver les apparences alors même que l’affaire lui échappe de toutes parts. C’est l’un des grands arts d’Hergé. Il ne surcharge jamais le mystère. Il le laisse respirer à travers des scènes de vie, des décalages comiques, des instants presque domestiques qui rendent l’irruption de l’invisible plus saisissante encore.

Et puis il y a cette atmosphère si particulière, sans doute l’une des plus réussies de toute la série.

Les 7 boules de cristal n’avance pas dans l’éclat solaire de l’exotisme

L’album progresse dans une lumière inquiète, dans un climat de veille nocturne, de pressentiment, d’annonce. L’apparition de Rascar Capac, figure hiératique et terrible, suffit à faire basculer le récit vers une zone de hantise durable. Nous ne sommes plus seulement devant un vestige archéologique. Nous sommes face à une royauté morte qui refuse d’être réduite au statut d’objet. Le revenant n’est pas ici une créature de folklore. Il est la mémoire blessée d’une civilisation, le signe qu’aucune conquête n’abolit totalement la dignité du vaincu.

Cette dimension résonne fortement aujourd’hui encore

Sous l’élégance du trait, l’album laisse affleurer une critique discrète mais réelle de la violence occidentale envers les mondes qu’elle a pillés, classés, déplacés et trop souvent humiliés. Certes, Hergé demeure un homme de son temps. Pourtant, dans cette aventure, quelque chose échappe déjà aux réflexes de supériorité coloniale. L’Amérique précolombienne n’y est pas un simple décor pittoresque. Elle revient comme puissance de rappel, comme souveraineté sacrée, comme ordre spirituel irréductible à la logique du musée et du commentaire savant.

Une lecture maçonnique trouve ici une matière d’une grande richesse.

L’initiation véritable n’est jamais effraction

Elle suppose un seuil, une préparation, une transformation intérieure. Nous ne recevons rien de l’arcane si nous voulons seulement le disséquer. Le secret n’est pas fait pour flatter l’avidité de l’esprit. Il demande une conversion du regard. Les savants de l’expédition ont voulu savoir sans s’être eux-mêmes travaillés. Ils ont déplacé des formes sans mesurer ce qu’ils réveillaient. Leur sommeil léthargique ressemble alors à une initiation dévoyée, à une mort symbolique sans renaissance, à une traversée sans guide ni lumière. Hergé, sans discours, sans système, atteint ici une vérité que beaucoup de traités énoncent avec moins de force. Il est des portes qui ne s’ouvrent pas par le seul fait d’avoir la clé matérielle.

Ce qui demeure admirable, enfin, c’est la beauté littéraire de l’ensemble

Nous parlons d’un album de soixante-deux pages, mais quelle densité dans ces images, dans ces silences, dans ces ruptures de ton, dans cette façon de faire monter la peur sans jamais céder à la lourdeur. Les 7 boules de cristal appartient à ces œuvres qui déposent en nous une inquiétude noble, une inquiétude féconde, parce qu’elle réveille la conscience de la limite. Hergé ne dénonce pas la connaissance. Il nous rappelle qu’elle n’est rien sans respect. Il ne condamne pas la recherche. Il nous avertit qu’elle se perd lorsqu’elle oublie la part sacrée du monde.

Sous les apparences d’un grand récit d’aventure, Les 7 boules de cristal touche à une vérité que bien des lecteurs sentent sans toujours la nommer

Tout ne se prend pas. Tout ne s’expose pas. Tout ne se réduit pas à l’empire de la raison conquérante. C’est peut-être là, dans cette leçon silencieuse, que réside la grandeur durable de cet album. Hergé nous rappelle que la lumière elle-même exige la mesure, et que le savoir, lorsqu’il oublie la révérence, peut devenir l’ombre de lui-même.

Conformément au droit d’auteur et aux droits d’exploitation attachés à l’œuvre de Georges Remi, nous ne reproduisons aucune image issue des albums, ni couverture, ni planche, ni élément graphique identifiable. Les illustrations accompagnant cet article sont des créations originales, conçues sans reprise de l’univers visuel protégé.

Les aventures de Tintin – Les 7 boules de cristal

Hergé – Casterman, 1993, 62 pages, 12,50 €

EXCLUSIF : Interview de l’influenceur « Le Franc-Maçon » : Qui est-il et que veut-il ?

Que ce soit sur n’importe quel réseau social, sur Google ou sur YouTube, il est impossible d’y échapper : il est partout. On le voit en visite à la Grande Loge de France avec la chaîne LEGEND, au GODF, au DH… ou encore jouter avec un prêtre sur la chaîne Le Crayon. Près d’un demi-million de personnes suivent aujourd’hui ses aventures, générant des millions de vues. On l’admire ou on le déteste, mais il ne laisse personne indifférent. En quelques années, il est devenu le franc-maçon le plus célèbre de France auprès du grand public, loin devant les maçonnologues qui endorment leur auditoire ou les grands maîtres aux mandats éphémères. On le connaît sous le nom de : lefrancmacon.

La rédaction de 450.fm l’a rencontré lors d’un passage à Paris pour un entretien placé sous le signe des confidences et de la transparence. Initié depuis 12 ans, polytechnicien de formation, il a osé vulgariser l’Art Royal sans filtre ni complaisance.

Le saviez-vous ?

Le Franc-Maçon est aujourd’hui le vulgarisateur maçonnique le plus suivi en France. Pourtant, dans son atelier, il demeure un simple frère parmi d’autres. Son parcours atypique et ses choix audacieux soulèvent des questions que personne n’avait encore osé formuler publiquement.

Regard rétrospectif

1. Comment vous sentez-vous aujourd’hui, après 12 ans de pratique maçonnique et plusieurs années d’exposition médiatique intense ?

Je vais très bien ! L’une et l’autre ont été très enrichissantes. Elles m’ont permis de faire des rencontres qui m’ont marqué, de participer à des projets qui me parlent, et de contribuer bien au-delà de mes espérances initiales.

2. Si vous deviez résumer ces 12 années en un seul mot ou une seule image, lequel choisiriez-vous ?

Un parcours jalonné d’obstacles et de paliers, dont la destination change de visage au fur et à mesure que l’on avance.

3. Que signifie pour vous le fait d’être devenu « lefrancmacon » aux yeux de centaines de milliers de profanes et de maçons ? Est-ce une charge, une joie, ou autre chose ?

Les deux. Une joie de voir l’impact auprès du grand public. Une charge de gérer les retours haineux qu’engendre la visibilité. Mais c’est un petit prix à payer. Concrètement, des millions de personnes ont pu avoir une réponse claire à la question « qu’est-ce que la franc-maçonnerie ? », au-delà des préjugés. Et les réseaux sociaux mettent désormais en avant mon contenu avant les vidéos complotistes et antimaçonniques qui foisonnaient. C’est, à mes yeux, ce qui compte.

4. Avez-vous déjà regretté d’avoir ouvert cette porte publique ? Y a-t-il eu un moment où vous avez failli tout arrêter ?

Non, car en coulisse, les retours ont été positifs dès mes débuts, et ils ont continué sur cette lancée. Si la partie visible de mon fil de commentaires ressemble parfois à un pot de miel pour jeunes conspirationnistes en herbe, ma boîte de messages privés, elle, est remplie de jeunes profanes entamant leur démarche, de maçons remotivés à poursuivre leur chemin initiatique, de vénérables maîtres dont les colonnes se remplissent, voyant le nom de mon compte dans les demandes de candidature. C’est cela qui me pousse à continuer malgré tout.

Parcours initiatique personnel

1. Quelle a été la véritable révélation de votre initiation que vous n’avez jamais osé raconter publiquement ?

Partant du « connais-toi toi-même », j’ai plutôt ressenti une invitation à un « oublie-toi toi-même ». Un « je pense donc je suis » qui se transforme en « il y a pensée, il y a Être ». Ce ne sont pas mes mots, mais si je devais y mettre les miens : personne n’est vraiment « soi », chacun n’est que la somme de son expérience dans l’instant.

2. Quel est le souvenir le plus marquant de votre passage au deuxième puis au troisième degré ?

L’invitation au Travail une fois démuni, puis les échardes du bois sec de mon habitacle.

3. Avez-vous déjà vécu une tenue où vous vous êtes dit : « je ne suis pas à ma place » ? Racontez-nous.

Non. J’ai parfois été déçu par certains comportements en loge, ou par le manque de courage d’officiers qui auraient dû intervenir. Mais ce ne sont que des épines superficielles sur une rose maçonnique dont l’éclat ne saurait être oublié.

Bons et moins bons souvenirs médiatiques

1. Quelle a été l’interview la plus agréable que vous ayez donnée ? Et la plus gênante ou la plus désagréable ?

L’interview la plus agréable : celle de LEGEND. Guillaume Pley est un animateur d’un talent rare dans l’art de conduire un entretien pour transmettre un sujet complexe à une large audience. Derrière son aisance naturelle, c’est un professionnel doté d’un sens aigu du détail et d’une véritable exigence de perfection dans ce qu’il délivre. J’ai également beaucoup apprécié ma première interview sur la chaîne Le Crayon, davantage axée sur l’histoire maçonnique.

Je garde en revanche un souvenir plus mitigé du débat avec l’abbé Matthieu. Je suis arrivé malade et fiévreux, moins enclin à hausser le ton. J’ai tenté à plusieurs reprises de ramener le débat sur le fond, mais l’abbé est resté dans l’invective et le lieu commun. Dommage, le sujet méritait une autre tournure. Partie remise.

2. Quel(le) journaliste ou média vous a surpris par sa connaissance réelle de la maçonnerie ?

Je n’ai pas le souvenir d’une connaissance réelle dépassant ce que j’avais déjà pu publier dans mes vidéos. La franc-maçonnerie est à la fois publiquement connue et foncièrement méconnue. Un paradoxe intéressant.

3. Quel rapport entretenez-vous avec les médias de la franc-maçonnerie en France ?

Je lis parfois les articles de 450.fm relayés sur les réseaux. J’aime aussi les vidéos d’Hervé Lecoq et d’Inspy, avec qui j’échange. J’apprécie également les rediffusions des conférences de Roger Dachez et de Pierre Mollier sur YouTube. Pour les autres médias, ce sont souvent mes followers qui m’envoient des articles lorsqu’ils parlent de moi.

À ma connaissance, il y a eu deux articles très critiques (voire diffamants) à mon encontre, émanant de sources apparentées qui n’ont pas cherché à me contacter en amont. Dommage : nous ne sommes pas si nombreux à parler de franc-maçonnerie, nous devrions nous serrer les coudes et partager nos retours en privé plutôt que lancer des invectives sur la place publique. Cela ne donne une bonne image ni d’eux-mêmes, ni de la franc-maçonnerie. C’est perdant-perdant.

L’accueil des Obédiences et des maçons

1. Comment les Grandes Loges et obédiences ont-elles réagi quand elles ont découvert votre existence ? Accueil fraternel ou méfiance ?

À mes débuts : accueil fraternel de certaines, méfiance d’autres. Aujourd’hui, l’accueil fraternel est globalement généralisé, même s’il doit rester des exceptions dans la multitude d’obédiences.

2. Les « vieux maçons conservateurs » : quel est le commentaire ou le regard que vous avez le plus souvent reçu de leur part ?

Les vieux maçons qui me connaissent et partagent mon goût pour la tradition sont généralement réceptifs à ma démarche, même si les réseaux sociaux ne font pas partie de leur univers. D’autres, en revanche, se montrent plus virulents et me reprochent de divulguer des secrets maçonniques et/ou de porter des décors dans mes vidéos.

Sur le secret, ma position a toujours été la même, et nos rituels sont très clairs. Les secrets maçonniques se composent : des secrets de grade (éléments de reconnaissance), des secrets de loge (déroulement et discussions) et du secret d’appartenance (qualité maçonnique non dévoilée d’autres individus vivants). Je veille à ce qu’aucun de ces éléments n’apparaisse dans mon contenu public.

Dans certaines vidéos, j’aborde des sujets liés au symbolisme, avec la même ligne depuis mes débuts : « L’analyse symbolique est bienvenue, à condition d’avoir une perspective profane. » La censurer me paraît incongru, ces symboles ayant eux-mêmes été empruntés à d’autres courants plus anciens. Il n’y a donc rien de mal à ouvrir une réflexion sur un symbole, dès lors qu’elle se détache du rituel. Par exemple, on peut parler de la symbolique de l’équerre, sans révéler ni raconter le passage rituel où elle intervient.

Sur le port des décors, il s’agit selon moi d’un tabou propre à la France d’après-guerre. J’ai découvert la franc-maçonnerie au Canada anglophone et aux États-Unis, où le port public des décors n’est pas un sujet. En Angleterre, la Grande Loge Unie communique aussi sur les réseaux, avec des maçons arborant leurs décors. Idem aux États-Unis et en Amérique du Sud, où les loges ont chacune leur compte Instagram, géré par un officier chargé de prendre des photos et des vidéos de la vie de la loge après les tenues.

En France, certaines obédiences l’interdisent, héritage probable d’un traumatisme post-vichyste qui pouvait certes se comprendre à l’époque, mais qui me paraît aujourd’hui anachronique. Les décors maçonniques font partie de notre tradition. Les maçons, dans l’histoire, n’ont cessé de le revendiquer. Aux XVIIIe et XIXe siècles, nos pairs apparaissaient souvent en public avec leurs décors, lors de processions, de funérailles ou de manifestations. On se souvient, par exemple, de la pose de la première pierre du Capitole par George Washington en tablier, ou des frères parisiens défilant avec leurs bannières durant la Commune.

Les décors se respectent, et leur port doit s’inscrire dans un cadre lié à la franc-maçonnerie ou à ses valeurs. Mais les interdire catégoriquement au nom d’une coutume nationale récente, issue de la peur d’un fantôme du passé, ne sert pas, selon moi, notre idéal de transmission.

3. Avez-vous déjà été convoqué ou contacté officieusement par une obédience pour « discuter » de votre visibilité ?

Oui, une fois. Et par l’écoute et le dialogue, tout s’est très bien passé. J’ai vu passer certaines rumeurs dans les commentaires, selon lesquelles j’aurais été radié, ou forcé de démissionner pour éviter une sanction, ou que sais-je encore. Il m’est certes arrivé de démissionner d’une obédience pour en rejoindre une autre, mais cela s’est fait pour participer à un projet local auprès de frères qui m’inspiraient et avec qui je partage une certaine vision de la franc-maçonnerie.

4. Certains maçons vous reprochent-ils d’être trop « jeune », trop « moderne » ou trop « visible » ? Comment réagissez-vous ?

Le « trop jeune » mettra un peu de baume sur ma crise de la quarantaine qui approche. Le « trop moderne » fera sourire les frères qui connaissent mon puritanisme maçonnique. Le « trop visible » vient souvent de ceux qui auraient préféré l’être à ma place.

À titre personnel, je n’ai pas recherché la visibilité. Mes vidéos ont longtemps été des analyses symboliques très nichées, nullement conçues pour « faire des vues ». Je ne m’attendais pas à un tel retour. Aujourd’hui, j’utilise le haut-parleur qui m’est donné au service d’une cause qui m’est chère : le rayonnement de la franc-maçonnerie et sa continuité.

La question des décors et des grades

1. Vous posez parfois avec des décors ou des attributs de degrés supérieurs au vôtre. Cela vous pose-t-il un problème de conscience maçonnique ? Pourquoi le faites-vous quand même ?

Je ne me suis pas affiché avec des décors de grades « supérieurs » au mien à l’heure actuelle (ce qui en surprendra probablement certains maçons). Mais au-delà de cela, je dissocie très nettement mon parcours initiatique personnel du personnage public « Le Franc-Maçon ».

Les décors de hauts grades apparaissent dans les vidéos qui introduisent l’Écossisme. J’ai constaté qu’au sein de la franc-maçonnerie française, trop peu de maîtres poursuivent leur chemin au-delà du 3e degré. Pour certains, c’est un choix de conviction, et c’est tout à fait leur droit. Pour d’autres, c’est souvent un manque d’inspiration.

Or, on sait que la lassitude initiatique est un facteur majeur de dégarnissage des colonnes. À mes yeux, les hauts grades offrent une richesse d’apprentissage qui mérite au moins que l’on s’interroge sur la poursuite de ce parcours. Encore faut-il disposer d’éléments pour nourrir cette réflexion.

Par ces vidéos, mon souhait est d’inviter les maîtres de mon audience, jeunes et moins jeunes, à s’interroger sur leur progression dans les hauts grades de leur rite. Et, par le port des décors, d’ajouter un élément visuel cohérent avec le sujet, important pour faire passer un message sur les réseaux.

2. Avez-vous déjà reçu des remarques ou des critiques internes sur ce sujet ?

Oui, plusieurs. Si c’était à refaire, j’aurais probablement ajouté une explication plus claire sur mon intention.

3. Pour vous, où s’arrête la vulgarisation et où commence la transgression rituelle ?

On parle de « vulgarisation » lorsqu’on souhaite enseigner une science à un public non averti. Je ne cherche pas à enseigner la franc-maçonnerie. D’ailleurs, comment le pourrait-on autrement que par le vécu en loge ?

Mon intention est d’expliquer en quoi consiste la franc-maçonnerie et de répondre aux croyances qui circulent dans l’inconscient collectif. Je pense que les préjugés sur notre Ordre font obstacle à la venue de futures pierres qui pourraient s’y épanouir. Ces idées préconçues, amplifiées aujourd’hui par la viralité des réseaux sociaux, mettent selon moi en péril la continuité de la franc-maçonnerie, comme l’histoire nous l’a montré. D’où ma démarche d’explication et de contre-poids dans l’agora numérique.

Les réalisations marquantes et les projets

1. Quel contenu (vidéo, live, thread) a, selon vous, le plus changé la perception de la maçonnerie auprès du grand public ?

En format court, la vidéo « Comment devient-on franc-maçon ? », qui explique ce qu’est la franc-maçonnerie et a cumulé 4 millions de vues toutes plateformes confondues. En format long, l’interview de LEGEND avec Guillaume Pley, qui répond en deux heures aux interrogations courantes du public sur la franc-maçonnerie, et qui cumule également 4 millions d’écoutes. C’est un record pour LEGEND sur la partie podcast, ce qui, pour un sujet aussi niche, est un accomplissement très encourageant.

2. Quel projet que vous n’avez pas encore réalisé vous tient le plus à cœur ?

Il y en a beaucoup. Je considère n’être qu’au début de ma démarche. J’aimerais un jour prendre le temps d’écrire un livre.

3. À court terme (2026-2027) et à long terme (5-10 ans), quels sont vos objectifs concrets en tant qu’influenceur maçonnique ?

À court terme (2026-2027) : développer la communauté privée « Le Parvis du Temple », où francs-maçons et profanes échangent sur la franc-maçonnerie dans un esprit de bienveillance. Le groupe a été lancé il y a deux mois. Nous sommes déjà 5 000 membres, dont environ 50% de maçons. Nous avons également créé un espace exclusivement réservé aux maçons, et un autre dédié aux maîtres. Je suis chaque jour surpris par la qualité des échanges et des retours. C’est devenu pour moi un véritable refuge virtuel, qui a remplacé le bruit ambiant de mes réseaux sociaux, et je pense que beaucoup le ressentent ainsi.

Poursuivre activement la création de contenu. Développer davantage mes comptes en anglais (« The Freemason »), qui touchent un public plus international, et m’investir dans des projets vidéo plus ambitieux (certains arrivent prochainement).

Participer à la transmission du patrimoine initiatique entre les institutions françaises et américaines, la première pierre devant être posée en fin de mois.

À long terme (5-10 ans) : contribuer à la continuité de la franc-maçonnerie mondiale, en déclin dans de nombreux pays, par une démarche de communication et par une participation à des initiatives d’échanges entre obédiences et entre pays.

Motivations profondes

1. Qu’est-ce qui vous pousse vraiment à continuer ? L’envie de transmettre, le besoin de reconnaissance ou autre chose ?

Le souhait de contribuer au rayonnement de la franc-maçonnerie et de susciter des vocations auprès des futures générations. Je suis entré en loge très jeune, et cela m’a beaucoup apporté, aussi bien dans ma vingtaine que dans ma trentaine. Je pense que la franc-maçonnerie peut offrir énormément aux jeunes générations actuelles.

Nous traversons une véritable crise spirituelle, avec un besoin criant de repères et de cadre. Avec « Le Franc-Maçon », j’ai voulu créer le contenu d’information que j’aurais aimé recevoir il y a 12 ans de la part d’un grand frère.

2. Si demain tous les réseaux sociaux disparaissaient, continueriez-vous à être maçon de la même façon ?

Si l’on parle de ma pratique maçonnique, elle n’a pas changé entre l’avant et l’après « Le Franc-Maçon » ; elle s’est même enrichie des rencontres occasionnées.

Si l’on parle de ma démarche de communication, sans réseaux sociaux (il y a 20 ans, par exemple), j’aurais probablement écrit un livre. Aujourd’hui, l’attention des gens n’est plus dans les pages d’un bouquin, mais dans le fil d’actualité de leur smartphone. Il en est ainsi, et il me semble plus constructif de s’adapter aux médias actuels que de déplorer leur essor.

3. Vous semblez mettre en place un modèle économique sur les réseaux. Vos activités d’influenceur vous rapportent-elles de l’argent ? Si oui, beaucoup ?

Oui, et je regrette de ne pas l’avoir fait plus tôt, car cela m’aurait permis de faire bien plus de choses. Dans la création de contenu, la monétisation est cruciale. Un média qui n’arrive pas à s’autofinancer est voué à disparaître, car ce n’est pas tenable sur le long terme.

Quand on a une communauté sur les réseaux, il n’y a pas trente-six façons de monétiser. Principalement quatre : les redevances des plateformes qui rémunèrent la visibilité (YouTube principalement), mais cela suppose de générer énormément de vues, ce qui n’est pas encore mon cas sur YouTube ; les partenariats avec des marques, mais peu veulent s’associer à un sujet aussi clivant que la franc-maçonnerie, et je n’ai aucune envie de me transformer en panneau publicitaire ; la vente de produits dérivés (vêtements à l’effigie de la chaîne), mais vendre des t-shirts fabriqués à l’autre bout du monde que je ne porterais moi-même jamais ne me parlait pas du tout ; enfin, l’infopreneuriat, c’est-à-dire le développement de produits numériques (livres, vidéos d’approfondissement, etc.). C’est la voie que j’ai choisie, parce que cela me correspond réellement. Écrire, créer du contenu et transmettre, c’est, en définitive, tout ce que j’aime faire.

Mon contenu monétisé a évolué depuis ses débuts. Aujourd’hui, il s’agit d’ateliers collectifs réservés aux membres de la communauté privée, dans lesquels nous invitons chaque mois un expert sur une nouvelle thématique liée au symbolisme, à l’ésotérisme, à la philosophie, à l’histoire ou au travail sur soi (sans divulgation de secrets maçonniques). C’est passionnant, je me régale à le faire, et c’est exactement dans la continuité de mes vidéos initiales : joindre symbolisme et travail sur soi. La boucle est bouclée.

Regard vers l’avenir

1. Que souhaitez-vous pour votre propre parcours maçonnique dans les prochaines années ?

Premièrement, progresser dans ma pratique de l’Écossisme. C’est une véritable passion, et les degrés supérieurs sont pour moi un puits sans fond de découvertes et de réflexions. Cette année sera consacrée aux rites Écossais, Français et d’York. Je consacrerai probablement les années suivantes au Régime Rectifié, dont les hauts grades possèdent une singularité particulièrement intéressante.

Deuxièmement, aller à la rencontre des francs-maçons dans le monde et documenter mes voyages. Troisièmement, contribuer localement par la création d’un atelier et d’une loge de recherche dans ma petite commune provinciale (aucune création d’obédience, je rassure : on en a déjà bien assez en France, non ?).

2. Quel conseil donneriez-vous à un jeune frère ou une jeune sœur qui voudrait se lancer dans la vulgarisation comme vous ?

Ayez une intention forte et désintéressée : il est difficile de durer si l’on cherche la gloire ou la reconnaissance, car il n’y en a pas. Ayez le cuir solide pour encaisser les agressions venant de toutes parts (complotistes, extrémistes, maçons belliqueux). N’espérez pas que vos soutiens l’assument publiquement, contrairement à vos détracteurs. N’attendez pas l’aval de qui que ce soit pour agir. Chaque maçon est libre, et si votre démarche est sincère, vos frères et sœurs de valeur comprendront.

3. Si vous étiez Grand Maître d’une obédience demain, quelle serait la première réforme que vous imposeriez ?

Le renforcement de l’instruction me paraît essentiel. Dans toute organisation, une baisse de l’érudition est la signature d’un déclin programmé.

Vision sur la franc-maçonnerie

1. La franc-maçonnerie française est-elle, selon vous, trop fermée, trop politique ou trop timide ?

Elle est avant tout plurielle, et il faudrait préciser de quel courant nous parlons. Mais, de manière générale, je trouve la franc-maçonnerie française très belle. J’ai retrouvé la magie maçonnique dans la plupart des ateliers que j’ai visités (et je voyage beaucoup). J’y ai rencontré certaines des personnes les plus édifiantes que j’aie côtoyées. J’y ai vu un souci de la transmission initiatique que j’ai rarement observé dans d’autres pays.

En revanche, je trouve qu’elle ne s’adresse pas assez aux futures générations. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les jeunes Français ont aujourd’hui besoin de tradition et de spiritualité, pas forcément de modernité.

Dans un monde où tout s’accélère, une tradition immuable constitue un rempart rassurant face à la course effrénée à la performance et aux promesses essoufflées du consumérisme d’après-guerre. La franc-maçonnerie doit être au rendez-vous de ce siècle.

Mais ces jeunes cherchants ont surtout besoin d’être inspirés par des ambassadeurs de leur génération pour pouvoir se projeter.

2. Quel est le plus grand danger qui guette notre institution dans les 10 prochaines années ?

Le nivellement par le bas, la toxicité des ego et la baisse de l’érudition. Je me trompe peut-être, et l’avenir nous le dira. Mais je pense que, dans ce climat de polarisation, notre sort se jouera dans le leadership des futurs Grands Maîtres, Vénérables Maîtres et Suprêmes Grands Commandeurs, et dans leur capacité à trancher au risque de déplaire.

À mon sens, il vaut mieux une franc-maçonnerie peu nombreuse mais qualitative qu’une maçonnerie approximative, fermant les yeux sur la perniciosité d’une minorité bruyante. Le ton donné en haut se répercute toujours sur l’ambiance en loge, pour le meilleur comme pour le pire.

3. La mixité, l’internationalisme, la spiritualité : quels sont les atouts que la maçonnerie n’exploite pas assez ?

Peut-être son histoire. Dans la plupart des pays où elle est implantée, la franc-maçonnerie possède un passé solidement ancré, avec ses héros, ses modèles, ses événements et ses rebondissements. Or l’histoire maçonnique, souvent méconnue, est parfois aussi riche d’enseignements que les messages des rituels. Elle nous ancre dans une tradition et nous rappelle nos origines. C’est, à mon sens, essentiel pour bâtir un avenir.

Meilleures questions pour la fin

1. Combien de francs-maçons avez-vous fait démissionner à cause de vos actions médiatiques, selon vous ?

Aucun, à ma connaissance. Je vois mal pourquoi un maçon démissionnerait à cause de moi.

2. Avez-vous une idée du nombre de profanes que vous avez convaincus de devenir francs-maçons depuis que vous œuvrez sur les réseaux ?

Il se chiffre en milliers. J’ai tenté une estimation sur tableur en comptant les témoignages reçus en messages privés, les retours locaux des vénérables maîtres et de leurs apprentis nouvellement initiés, ainsi que les retours des obédiences. J’arrive à une fourchette très large, entre 5 000 et 15 000 nouveaux maçons (en France et dans le monde).

Cela peut être davantage comme moins. Il y a aussi ceux qui avaient déjà une première intention et qui ont été confortés dans leur choix par mes vidéos. Ceux qui ont été inspirés mais n’ont pas encore fait leur demande, souvent parce qu’ils ignorent le processus (raison pour laquelle j’ai créé la communauté privée). Enfin, il y a tous les maçons démotivés qui y ont trouvé l’inspiration pour persévérer dans leur chemin initiatique, et les ex-maçons qui, par élan nostalgique, ont rejoint un atelier après des années de sommeil.

3. En résumé, vous considérez-vous comme un épouvantail ou comme un aspirateur pour la franc-maçonnerie ?

Un épouvantail effraie les corbeaux, et un aspirateur accumule la poussière. Et comme le symbole a du sens chez nous, je dirais : ni l’un ni l’autre. « Le Franc-Maçon » est une figure publique de la franc-maçonnerie, comme il y en a eu d’autres par le passé. Et derrière ce personnage, il y a un simple maçon de province passionné, qui souhaite contribuer à la pérennité de l’Ordre.

Conclusion

1. Si vous pouviez adresser un message direct à tous les frères et sœurs qui ne vous connaissent pas encore…

Suivez-moi sur Instagram !

2. Et un message aux maçons qui critiquent votre action ou qui restent méfiants ?

Je ne vois aucun mal à ce qu’on désapprouve ma démarche ou qu’on ne soit pas d’accord avec moi. Je ne cherche pas à convaincre. Ce qui me dérange davantage, ce sont les critiques qui ne sont que des préjugés déguisés, venant souvent de personnes qui n’ont pas pris la peine de consulter mes comptes ou qui ignorent mes intentions.

Les jugements reposent souvent sur des étiquettes rapides qui coupent court à la réflexion : influenceur, vulgarisateur, parjure, narcisse en quête de reconnaissance, marchand du temple, vendeur de formations… D’autres fondent leur avis sur ce que disent les autres. D’autres encore se laissent emporter par la jalousie. C’est dommage : je suis toujours preneur de retours constructifs, et certains le sont parfois profondément. Mais ce type d’attitude n’aide vraiment pas.

3. Enfin, après toutes ces années, quel est votre plus grand rêve maçonnique encore inachevé ?

Racheter un château et l’aménager en temple dédié à la pratique des degrés supérieurs. On verra bien ce que le Grand Architecte nous réserve…

Gros plan sur la Loge Athanor… de Périgueux

La Loge Athanor à l’Orient de Périgueux apparaît comme un atelier à la fois profondément enraciné dans la tradition maçonnique et résolument tourné vers un travail de transformation intérieure et de construction humaine.​ Notre envoyé spécial a été reçu durant les travaux de l’Atelier… un samedi soir, il y a quelques jours.

Origine et ancrage de la Loge Athanor

Elle se réunit à Périgueux et a allumé ses feux le 16 juin 1985. Elle fêtera dans quelques semaines son quarante et unième anniversaire, ce qui témoigne d’une présence déjà durable dans le paysage maçonnique local. Elle conserve encore plusieurs membres fondateurs, assurant une continuité directe avec l’esprit des origines de l’atelier.​

Pendant plusieurs années, Athanor a été la seule loge de de la GLMF dans tout le Sud‑Ouest avec un atelier situé à Bordeaux, avant d’être progressivement entourée par de nombreux autres ateliers dans la région. Son implantation à Périgueux, en dehors des grandes métropoles, souligne un choix d’enracinement dans un territoire à dimension humaine.​

Le symbole de l’Athanor et sa portée initiatique

La Loge a choisi pour nom « Athanor », en référence au fourneau des alchimistes destiné à transformer le plomb en or dans l’élaboration du Grand Œuvre. Ce four comprend une chambre de chauffe avec un brûleur, surmontée d’une chambre de cuisson en terre ou en verre, en forme d’œuf. Cette forme d’œuf symbolise le passage de l’incréé à la création, et représente la forme germinative de la vie.​

À travers ce symbole, l’atelier souligne que chacun porte en soi les promesses d’un accomplissement, que chaque être humain est apte à recevoir et à donner. L’athanor personnel est décrit comme un sanctuaire individuel et secret, dans lequel s’opère une transmutation personnelle et positive de l’humain. La Loge Athanor se présente elle‑même comme un athanor pour le maçon : un creuset où s’élaborent des vertus permanentes par la connaissance de soi, le libre examen, la réflexion et la communication.​

Un foyer de travail symbolique et philosophique

La Loge pratique le Rite Écossais Ancien et Accepté et a choisi de centrer son travail sur le symbolisme, sans négliger les questions de société qui entourent les membres. Le travail philosophique y est présenté comme se déroulant sans tabous, dans une attitude d’ouverture aux évolutions des mentalités et de la technologie.​

La Loge est décrite comme le foyer où brûlent les scories du temps qui passe, tandis que se déposent les paillettes d’or de la sagesse. L’expérience, les connaissances, la culture et le vécu de chacun, mis en commun, sont appelés à produire un bouillonnement d’idées d’où doit jaillir la lumière. Cette dynamique illustre l’ambition d’un lieu où la réflexion collective vient enrichir la démarche individuelle de chaque franc‑maçon.​

Diversité, éclectisme et esprit d’ouverture

Depuis sa création, Athanor se caractérise par la mixité, le pluralisme, la pluralité des rites au sein de son obédience ainsi que par un adogmatisme revendiqué. La Loge est convaincue que les différences constituent des richesses pour tous, et que l’éclectisme de ses membres offre à chacun l’occasion de découvrir l’autre, d’en apprécier les qualités et d’en tirer un enseignement positif et constructif.​

Cette diversité de parcours, de sensibilités et de points de vue nourrit la réflexion collective et contribue à faire de l’atelier un espace où la rencontre de l’autre est au cœur de la démarche initiatique. La Tradition y est envisagée comme une réalité vivante, qui s’écrit chaque jour pour les générations futures.​

Construire son temple intérieur et la cité

En tant que maçons et bâtisseurs, les membres de la Loge Athanor sont invités à construire individuellement leur propre temple intérieur. Cette construction consiste à progresser sur son propre chemin, réduire ses défauts, développer ses qualités, et aider chacun à faire de même. Il est rappelé que ce travail personnel doit trouver un prolongement concret dans la cité, par des engagements familiaux, professionnels, syndicaux, associatifs ou politiques.​

La construction est donc pensée comme à la fois individuelle et collective, les frères et sœurs de l’atelier s’efforçant d’appliquer cette exigence au quotidien. La franc‑maçonnerie y est décrite comme une véritable école de la vie, un chemin privilégié où le respect et l’écoute de l’autre sont considérés comme prioritaires.​

Une école de la vie et une responsabilité de transmission

La Loge fournit à ses membres des outils et des méthodes issus des anciens bâtisseurs, au sein d’un environnement dédié : la loge, lieu consacré au travail. Chacun y est invité à forger progressivement sa pensée, son cœur et ses actions, afin de devenir une pierre utile dans l’édifice social.​

Chaque membre est déclaré responsable de l’héritage initiatique reçu. Il lui appartient de le transmettre aux hommes et aux femmes à l’extérieur du Temple, de partager ce qui est présenté comme « notre Secret » et de le faire fructifier pour être en mesure de contribuer à bâtir la société de demain. Pour illustrer cette dimension intérieure, le texte cite Antoine de Saint‑Exupéry : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux », soulignant ainsi la primauté de la vie intérieure sur les seules apparences.​

Vie de la Loge Athanor à Périgueux

Sur le plan pratique, la Loge Athanor se réunit deux fois par mois. Ses tenues se tiennent le 2ᵉ samedi et le 4ᵉ lundi de chaque mois, à 19 h 30, à Périgueux. Pour contacter l’atelier athanor@glmf.fr.​

Ainsi présentée, la Loge Athanor de Périgueux apparaît comme un athanor symbolique où se conjugent travail sur soi, recherche de sagesse, ouverture à l’autre et engagement dans la société.

Maitriser le destin

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Le livre pose la question millénaire et toujours brûlante : « sommes-nous vraiment libres et maîtres de notre existence, ou bien un destin, un déterminisme ou des forces invisibles nous guident-ils ? » Les auteurs explorent cette interrogation sous un angle à la fois scientifique rigoureux et philosophique/spirituel, sans jamais verser dans le dogmatisme. Ils refusent les réponses simplistes (« tout est écrit » ou « tout est libre arbitre absolu ») et proposent une vision nuancée, actualisée par les avancées récentes des sciences.

Les questions essentielles que soulève l’ouvrage :

  • Le hasard existe-t-il vraiment ou masque-t-il des déterminismes cachés ?
  • Le temps est-il une illusion qui conditionne notre perception du libre arbitre ?
  • Quel est le rôle de l’inconscient dans nos décisions ?
  • La physique quantique ouvre-t-elle une brèche pour une forme de liberté ou au contraire renforce-t-elle le déterminisme ?
  • Les expériences de mort imminente (EMI), apportent-elles des indices sur une dimension non-matérielle de la conscience ?

Entre déterminisme strict, libre arbitre absolu et compatibilisme (liberté compatible avec un certain déterminisme), comment interviennent les apports des neurosciences et de la biologie ?

Pour Emmanuel Ransford, l’indétermination quantique n’est pas du pur hasard chaotique, mais pourrait refléter une causalité descendante (top-down) de la conscience sur la matière. La non-localité et l’intrication suggèrent que la réalité n’est pas strictement locale et déterministe.

Enfin l’hypothèse d’une conscience qui transcenderait le cerveau (non purement produite par lui) redonnerait une place au libre arbitre authentique.

En examinant les synchronicités de Jung (coïncidences significatives non causales), les expériences transpersonnelles et spirituelles, les récits d’EMI et de contact avec des « entités » ou défunts, Sans tomber dans le mysticisme naïf, les auteurs  considèrent que ces phénomènes, quand ils sont répétés et étudiés sérieusement, posent question au paradigme matérialiste strict. Ils laissent ouverte la possibilité d’une dimension de réalité plus vaste.

Que penser encore du destin ? Il existe bel et bien des contraintes très fortes (génétique, éducation, environnement, biais cognitifs, conditionnements sociaux, événements extérieurs imprévisibles) mais il reste une marge de liberté réelle, même étroite, que l’on peut cultiver par l’attention, l’intention, la persévérance et peut-être par une connexion à quelque chose de plus grand (conscience élargie, sens transcendant). Finalement,  le « destin » n’est ni rigide ni absent : c’est plutôt une co-création permanente entre déterminismes et choix conscients.

Le livre est accessible, prudent et non-sensationnaliste. Il évite les certitudes absolues et invite le lecteur à penser par lui-même. Les auteurs défendent l’idée qu’une vie pleinement vécue suppose de reconnaître à la fois nos limites et notre capacité à orienter notre existence dans le sens du significatif, de la beauté et de l’amour – même si ce n’est que dans une « fenêtre de liberté » parfois minuscule.

Estelle Guerven est musicienne, diplômée du conservatoire de Versailles. Elle a suivi une carrière de pianiste de jazz et a toujours été passionnée par les questions philosophiques et scientifiques. Elle est l’auteure du documentaire : 1 001 Métamorphoses – un regard inédit sur le vivant, la mort et ses mystères (Guy Trédaniel Editeur)

Emmanuel Ransford, diplômé de l’école polytechnique, a mené des recherches indépendantes  sur les fondements de la physique quantique. Il développe depuis plusieurs année une approche qui tente de concilier  matière et conscience. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages  dont – l’ Univers quantique  enfin expliqué en 8 leçons essentielles sur la science  quantique ( Guy Trédaniel Editeur)

On peut retrouver une interview express de l’auteur qui parle d’un précédant livre réalisé avec Estelle Guerven, Hasard quantique et concience

 

La comtesse de Cagliostro : « Ad lapidem currebat olim regina »

Proposé en exclusivité par Bernard Fontaine

En 1990, les éditions Guy Trédaniel publient un ouvrage de Patrick Ferté intitulé Arsène Lupin supérieur inconnu. Le contenu du livre est explosif et ne laisse personne indifférent : et si Maurice Leblanc n’était pas un auteur de roman policier ?

Dans la préface à la réédition de l’ouvrage de l’abbé hermétiste Henri Boudet, La vraie langue celtique et le cromlecq de Rennes-les-Bains, Pierre Plantard dévoilait une bibliographie où figurait un livre de Maurice Leblanc : La Comtesse de Cagliostro. C’est en se penchant sur ce roman que Patrick Ferté découvrait le sens caché des aventures du gentleman cambrioleur à travers la clé de cet œuvre codé : arcanes, filigranes et cryptogrammes.

Dans sa biographie fictive, la première aventure d’Arsène Lupin, intitulée La Comtesse de Cagliostro, met en scène cette complice et rivale du gentleman cambrioleur. Elle lui confie un secret qui le mène vers l’emplacement d’un trésor dissimulé. Ce secret aurait été détenu par le cardinal de Bonnechose. Maurice Leblanc y introduit un personnage historique, qui fut évêque de Carcassonne (1848-1856), puis d’Évreux (1856-1858), archevêque de Rouen (1848-1855), et enfin cardinal à partir de 1863.

Mgr de Bonnechose,
archevêque de Rouen

Monseigneur de Bonnechose eut longtemps comme bras droit Monseigneur Félix-Arsène Billard qui exerca une influence suffisante pour obtenir sa nomination comme évêque de Carcassonne. C’est ainsi qu’il devint le protecteur de l’abbé Saunière.

Reprenons le roman La Comtesse de Cagliostro. L’évêque de Carcassonne, Monseigneur Bonnechose, reçoit le secret concernant l’emplacement d’un trésor religieux dissimulé. Pour le révéler, il doit déchiffrer un code dont la clé se trouve dans le chandelier à sept branches du Temple de Jérusalem. Or, une légende évoque la présence de ce même chandelier à Carcassonne, niché a niché au sein d’un trésor fabuleux des Wisigoths.

Les sept branches du chandelier, selon Maurice Leblanc, symbolisent la Grande Ourse qui, lorsqu’elle est projetée sur la terre de Normandie, pointe vers sept lieux précis : sept abbayes. Les cieux ont toujours guidé la construction des hommes sur la terre. Face à cette révélation, Maurice Leblanc écrivait :

« Un grand silence unissait Raoul d’Andrésy et Joséphine Balsamo. Le voile était levé. La lumière chassait les ténèbres. Entre eux, il semblait que toute haine fût apaisée. Il y avait trêve aux conflits implacables qui les divisaient, et plus rien ne demeurait que l’étonnement de pénétrer ainsi dans les régions interdites du passé mystérieux que le temps et l’espace défendaient contre la curiosité des hommes ».

Est-ce une simple coïncidence ou, comme l’affirmait Lacassin, Maurice Leblanc aurait-il délibérément puisé dans l’histoire secrète et hermétique de la France à travers le personnage d’Arsène Lupin ? A-t-il laissé dans cette œuvre policière un véritable itinéraire menant à un secret occulté ?

Selon Patrick Ferté, ce réalisme fantastique, habilement repéré dans l’œuvre d’Arsène Lupin et qui trouve écho dans l’affaire de Rennes-le-Château, ne renvoie pas à un simple trésor matériel. En découvrant la clé de voûte, « (pince) Monseigneur Bonnechose », il s’agirait plutôt de l’énigme de la création humaine, potentiellement téléguidée par une intelligence supérieure. Si Maurice Leblanc demeure un homme sans énigme personnelle apparente, son entourage mystérieux, constitué d’initiés issus de différentes chapelles ésotériques, laisse déjà entrevoir une influence humaine dissimulée derrière ses œuvres.

Maurice Leblanc

Nous vous invitons à plonger dans les deux premiers tomes du livre intitulé Arsène Lupin Supérieur Inconnu. Et si cette œuvre avait été la principale source de Pierre Plantard, dessinateur industriel et géomètre à ses heures, dans son montage du triangle d’or ? S’agit-il d’un procédé littéraire particulier permettant « d’envouter » les lecteurs. Dans Les Templiers sont parmi nous, un hermétiste apparaît à la fin du livre, un certain Pierre Plantard avec qui Gérard de Sède aura un échange passionnant. Pierre Plantard ajoutera une carte de France que nous analyserons dans un second article.

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Le faux soleil du soupçon…

Pascal Lardellier appartient à cette famille d’auteurs qui observent les gestes collectifs, les croyances communes, les rites minuscules de la vie contemporaine avec l’attention du socio-anthropologue et la vigilance du moraliste. Professeur à l’université de Bourgogne Europe, auteur d’une trentaine d’ouvrages, il avance depuis des années sur cette ligne de crête où la communication, les imaginaires sociaux, les formes du lien et les dérèglements de la parole publique se laissent lire comme autant de symptômes d’époque.

Sa bibliographie dessine moins une accumulation de titres qu’une fidélité intellectuelle.

Comprendre ce que nos sociétés font de leurs signes, de leurs récits, de leurs peurs, de leurs mises en scène, de leurs appartenances, telle paraît être sa grande enquête

Le nouvel âge du complotisme s’inscrit dans cette trajectoire avec une force singulière, parce qu’il touche à l’un des points les plus sensibles de notre temps, là où la crise de confiance devient crise du vrai, là où le doute quitte le registre de la liberté critique pour se transmuer en passion interprétative sans frein.

Ce livre nous retient d’abord parce qu’il ne traite pas le complotisme comme une extravagance marginale réservée à quelques consciences égarées

Pascal Lardellier le regarde comme une manière de respirer dans une époque saturée de messages, d’images, de mots d’ordre, de fractures symboliques et de défiances accumulées. Nous comprenons alors que le complotisme ne se réduit pas à un catalogue d’erreurs, ni à une pathologie extérieure au corps social. Il naît dans les interstices d’un monde où les autorités se sont usées, où les médiations se sont affaiblies, où la parole publique s’est souvent discréditée par sa propre théâtralité, où les techniques de diffusion donnent à toute hypothèse la possibilité d’un empire instantané. Pascal Lardellier ne dénonce pas seulement des fictions mensongères. Il interroge le terrain spirituel, intellectuel et presque anthropologique qui rend ces fictions désirables.

C’est ici que la lecture devient, pour nous, particulièrement féconde dans une perspective initiatique.

Car le complotisme n’est pas seulement une erreur de jugement

Il est une contrefaçon de la quête du sens. Il mime l’herméneutique sans la discipline de l’interprétation. Il reproduit le goût du secret sans l’ascèse qui seule autorise l’approche du caché. Il promet une révélation, mais cette révélation n’ouvre sur aucun approfondissement de l’être. Elle ne transforme pas intérieurement. Elle enivre. Elle donne à celui qui y adhère le sentiment flatteur d’être séparé de la foule aveugle, d’appartenir à une aristocratie de lucidité, de voir derrière le voile quand les autres n’aperçoivent encore que les ombres. En cela, le complotisme relève d’une pseudo-initiation. Il distribue des signes, des codes, des appartenances, des mots de passe mentaux. Il recompose une communauté d’élus. Il offre l’ivresse d’une connaissance réservée. Mais cette gnose est de contrebande. Elle ne conduit pas à davantage de vérité, elle enferme dans la clôture fascinée de l’explication totale.

Pascal Lardellier perçoit admirablement ce glissement

Son livre montre que le complotiste ne veut pas seulement comprendre, il veut rejoindre une scène secrète du monde où tout s’explique enfin par quelques mains invisibles, quelques cénacles, quelques réseaux, quelques manipulations souveraines. Là réside sans doute l’une des dimensions les plus profondes de l’ouvrage. Derrière le fantasme du complot se loge une passion de la totalité. Rien ne doit demeurer contingent, confus, tragiquement imparfait. Tout doit renvoyer à une cause cachée, à une volonté ordonnatrice, à une architecture occulte. Nous retrouvons là une tentation très ancienne de l’esprit humain, celle qui préfère encore un mauvais ordre à l’épreuve de l’incertitude. La liberté du réel, sa rugosité, son épaisseur contradictoire, sa part d’accident et de nuit, deviennent insupportables. Alors surgit la fable consolatrice. Si tout est voulu, tout est lisible. Si tout est orchestré, le chaos n’existe plus. Le soupçon devient alors un refuge métaphysique.

Dans cette lumière fausse, le monde est moins habité qu’obsédé

L’auteur sait très bien que les sociétés humaines ont toujours produit des récits de persécution, des peurs d’encerclement, des légendes de puissance cachée. Ce qu’il éclaire avec acuité, c’est la mutation contemporaine de ces anciens motifs. Le complotisme numérique n’est pas seulement plus rapide, plus viral, plus spectaculaire. Il épouse une forme nouvelle de solitude connectée. Des individus parfois isolés, blessés, humiliés, déroutés par la vitesse du monde, trouvent dans ces récits une manière de réordonner leur expérience. Le complot apporte une syntaxe à l’angoisse. Il donne un visage à l’invisible. Il remplit les vides. Il transforme l’impuissance en clairvoyance imaginaire. Nous touchons ici à une vérité dérangeante que Pascal Lardellier n’élude jamais. Le complotisme séduit aussi parce qu’il soulage. Il fournit une légende explicative là où les institutions, les médias, l’école, la famille parfois, ne savent plus produire ni confiance, ni méthode, ni horizon partagé.

Vu depuis l’atelier intérieur où nous tentons de polir notre pierre, ce diagnostic porte loin

La tradition maçonnique ne récuse pas le secret. Elle sait au contraire que tout ne se donne pas d’emblée, que le visible ne suffit pas, que le symbole demande un travail, que la vérité n’est pas un objet que l’on saisit mais une exigence qui nous travaille. Pourtant elle enseigne dans le même mouvement que le secret n’est jamais un prétexte à l’arbitraire de l’imagination. Il existe une éthique de l’interprétation. Il existe une probité du regard. Il existe une lenteur nécessaire de l’intelligence. Le complotisme est l’inverse de cette méthode. Il saute par-dessus l’épreuve du discernement. Il préfère la fusion à l’examen. Il substitue à la patience initiatique une immédiateté hallucinée. Il n’éclaire pas la chambre du milieu, il y projette ses propres fantômes.

L’un des mérites les plus précieux du livre tient à sa manière de ne pas mépriser ceux qu’il analyse.

Pascal Lardellier ne flatte jamais le lecteur en lui offrant la commodité d’une supériorité narquoise. Il y a dans son approche une ironie mesurée, parfois un sourire, mais jamais cette morgue qui dispenserait de comprendre. Cela compte infiniment. Car le mépris ne guérit rien. Il redouble même souvent la blessure qui pousse à se réfugier dans des univers d’interprétation parallèles. En approchant la tête des complotistes, Pascal Lardellier ne se livre pas à une dissection froide. Il tente de comprendre les mécanismes de croyance, les ressorts affectifs, les besoin de cohérence, les vertiges narcissiques et les compensations symboliques qui conduisent une conscience à préférer la fiction close à la complexité ouverte. Cette intelligence du phénomène donne à son livre une tenue rare.

Nous avons aussi été sensibles à la manière dont Pascal Lardellier articule le complotisme à la post-vérité

Ce terme, souvent trop vite répété, retrouve ici sa densité véritable. La post-vérité n’est pas la disparition brutale des faits. Elle est plutôt ce moment où les faits cessent de suffire, où l’autorité du réel s’érode au profit des récits qui consolent, excitent, agrègent, enflamment. Ce n’est pas tant le mensonge qui triomphe que la concurrence victorieuse des affects contre les procédures de vérification. Une telle mutation atteint le cœur même de la vie symbolique. Elle modifie notre rapport à la preuve, à la mémoire, au témoignage, à la transmission. Elle rend le monde inflammable parce qu’elle remplace la conversation difficile par des appartenances passionnelles. Elle ruine peu à peu la possibilité d’un espace commun.

Dans cette dégradation, nous pouvons lire un drame presque religieux

Non pas au sens confessionnel du terme, mais au sens où toute société a besoin d’un certain régime de croyance partagée pour tenir debout. Quand plus rien n’est crédible, tout devient croyable. Quand les autorités faillissent, des autorités de substitution s’installent. Quand la vérité perd sa dignité, les révélations de rechange prospèrent. Le complotisme apparaît alors comme la religion pauvre d’un temps désaffilié. Il offre ses démons, ses prêtres improvisés, ses excommunications, ses textes canoniques de fortune, ses communautés ferventes, son salut par la révélation hostile.

Pascal Lardellier touche là, à sa manière, une blessure spirituelle de la modernité

Nous ne souffrons pas seulement d’un excès d’informations. Nous souffrons d’un déficit de verticalité intérieure. Nous ne savons plus toujours distinguer ce qui élève de ce qui excite, ce qui dévoile de ce qui empoisonne, ce qui relie de ce qui sépare.

C’est pourquoi ce livre dépasse largement son objet apparent. Il ne parle pas seulement des complots imaginaires. Il parle de notre faim de sens, de notre incapacité croissante à habiter l’incertitude, de notre difficulté à soutenir une vérité qui ne se donne ni tout entière ni tout de suite. Il parle aussi de la fatigue démocratique, du ressentiment diffus, de l’épuisement des médiations, de la violence produite par les humiliations symboliques. En ce sens, Pascal Lardellier accomplit davantage qu’une critique du complotisme. Il dresse le portrait moral d’une époque qui doute de tout parce qu’elle ne sait plus à quoi accorder sa confiance, et qui, faute de transmission exigeante, confond parfois éveil et suspicion, vigilance et obsession, liberté critique et enfermement paranoïaque.

Lu dans une perspective maçonnique et initiatique, cet ouvrage agit comme un rappel salubre.

Il nous redit que la recherche de la vérité n’a rien à voir avec la compulsion de dévoilement

Il nous enseigne qu’un symbole n’est pas un code secret à déchiffrer fébrilement, mais une forme qui oblige à la mesure, à la méditation, à la transformation de soi. Il nous avertit que le goût du caché peut devenir une servitude lorsqu’il cesse d’être ordonné par la rectitude morale et par l’exigence de justesse. Surtout, il nous reconduit vers une vertu devenue presque ascétique dans le tumulte contemporain, le discernement. Non pas le scepticisme paresseux qui ne croit plus rien, ni la crédulité fiévreuse qui croit tout, mais cette voie plus haute et plus difficile qui accepte de peser, de comparer, de suspendre, de vérifier, de reprendre. Autrement dit, une voie de liberté intérieure.

La réussite de Pascal Lardellier tient enfin à son écriture

Nous sentons derrière ses pages une intelligence mobile, un goût du trait juste, une pédagogie qui n’écrase jamais le lecteur sous un appareil démonstratif trop lourd. Le propos demeure vif, accessible, mais sans abandonner sa gravité. Cette alliance d’humour, de finesse et de vigilance fait beaucoup pour la qualité du livre. Elle lui permet d’aborder un sujet surexposé sans tomber dans le catéchisme civique, ni dans l’indignation pavlovienne. Il y a là une tenue, une sobriété, une manière d’éclairer sans tonner, qui donnent à l’essai sa véritable puissance.

Nous tenons donc avec Le nouvel âge du complotisme un livre nécessaire, non parce qu’il ajouterait un commentaire de plus à l’air du temps, mais parce qu’il atteint le noyau invisible du phénomène.

Pascal Lardellier nous aide à comprendre que le complotisme n’est pas seulement une dérive de la raison

Il est une mystique dévoyée du sens, une dramatique du soupçon, une liturgie de la défiance, un simulacre de dévoilement. En cela, son livre intéresse bien au-delà de la sociologie des croyances contemporaines. Il touche à ce que nous faisons de notre besoin de vérité, à la manière dont nous traversons les ombres, et à la question décisive entre toutes, celle de savoir si nous voulons réellement la lumière, ou seulement l’excitation d’un feu qui ressemble à la lumière.

Le nouvel âge du complotisme – Post Vérité : quand le réel vacille

Pascal LardellierÉditions de l’Aube, coll. Monde en cours, 2026, 200 pages, 17 €

L’éditeur, le SITE

La Voix du GODF #02 – mars 2026

Le deuxième épisode du podcast « La Voix du GODF », daté de mars 2026, donne la parole à Laurent Segalini, conservateur du musée de la franc-maçonnerie, pour une plongée au cœur de ce lieu discret mais central dans la compréhension de l’Ordre maçonnique et de son histoire.

Un musée niché au cœur de Cadet

L’émission présente d’abord le musée de la franc-maçonnerie comme un espace singulier, installé au sein de l’Hôtel du Grand Orient de France, rue Cadet à Paris. Niché dans ce bâtiment symbolique, le musée se trouve au croisement de l’histoire maçonnique, de la mémoire militante et du patrimoine national. Il n’est pas conçu comme un simple lieu d’exposition, mais comme un véritable espace de transmission, où sont donnés à voir et à comprendre trois siècles de vie maçonnique.

Laurent Segalini y rappelle la vocation double du musée : accueillir le grand public curieux de franc‑maçonnerie et offrir aux frères et sœurs un lieu de ressources, de réflexion et de travail sur leurs propres origines symboliques. Cette position, à la fois au cœur d’une obédience et ouvert aux profanes, confère au musée un rôle de passerelle entre monde maçonnique et société civile.

Trois siècles d’objets, de rites et d’engagements

Le podcast insiste sur la richesse des collections, qui couvrent les trois derniers siècles. On y trouve des objets rituels, des bijoux maçonniques, des tabliers, des gravures, des archives, mais aussi des documents témoignant de l’engagement des francs‑maçons dans les grands combats politiques, sociaux et laïques. Cette diversité montre que la franc‑maçonnerie ne se réduit ni à un folklore, ni à une pure abstraction philosophique : elle s’inscrit dans des pratiques, des gestes, des signes et des combats très concrets.

À travers ces collections, l’auditeur comprend que le musée ne se contente pas d’illustrer une histoire interne : il documente également la manière dont les loges se sont inscrites dans la cité, ont accompagné les mutations du droit, de l’école, de la place de la religion et des libertés publiques. Le musée devient ainsi un observatoire de l’évolution des idées et des sensibilités en France depuis le XVIIIᵉ siècle.

Le reflet des évolutions de l’Ordre

L’un des fils conducteurs du podcast tient au rôle du musée comme miroir des transformations profondes de la franc‑maçonnerie. Plusieurs mouvements de fond sont mis en lumière :

  • La place croissante des femmes dans l’Ordre, que l’on voit apparaître dans les archives, les photographies, les objets et les parcours biographiques conservés au musée.
  • La diversification des pratiques rituelles, tangible dans la variété des rituels, des décors et des symboles exposés, qui témoignent de la coexistence de plusieurs traditions et sensibilités maçonniques.
  • L’affirmation de la liberté de conscience, illustrée par des documents et objets liés aux combats pour la laïcité, la liberté d’expression, la lutte contre les intolérances et les dogmatismes.

Le musée ne fige pas ces évolutions dans une vision nostalgique : il les présente comme un processus dynamique, fait de débats, de tensions et de réajustements permanents. Le visiteur est ainsi invité à découvrir une franc‑maçonnerie vivante, travaillée par son temps autant qu’elle le travaille.

Le rôle de Laurent Segalini, passeur de mémoire

Musée de la FM - GODF

Le podcast donne aussi l’occasion de mieux cerner la fonction de Laurent Segalini à la tête du musée. Historien de formation, spécialiste des marges et des symboles, il est présenté dans d’autres sources comme un « passeur de lumière », dont le parcours conjugue rigueur scientifique et engagement initiatique. Son rôle ne se limite pas à conserver des objets : il consiste à leur redonner sens, à organiser des expositions, à concevoir des parcours pédagogiques et à nouer des partenariats scientifiques.

L’émission laisse percevoir sa volonté de faire du musée un véritable outil éducatif : un lieu où le public peut accéder à une compréhension nuancée de la franc‑maçonnerie et où les francs‑maçons eux‑mêmes peuvent approfondir le sens de leurs rites et de leurs symboles. Le musée est ainsi décrit comme un espace de recherche, de colloques, de publications et de mise en dialogue entre historiens, citoyens et initiés.

Un musée-Temple ouvert aux profanes

Enfin, le podcast met en avant une idée forte : le musée de la franc‑maçonnerie n’est pas seulement un musée au sens classique du terme, c’est un Temple ouvert aux profanes. Les collections sont pensées comme autant de portes d’entrée vers la compréhension des rites, des valeurs et de la culture maçonniques. En ce sens, la visite tient presque du parcours initiatique laïque : elle propose un cheminement, des seuils, des décryptages, qui invitent le visiteur à dépasser les clichés.

À travers ce deuxième épisode de « La Voix du GODF », le musée apparaît donc comme un lieu stratégique : à la fois mémoire de l’Ordre, laboratoire pédagogique et espace de dialogue avec le monde extérieur, au service d’une compréhension plus fine de la franc‑maçonnerie et de ses métamorphoses contemporaines.