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Le feu sacré

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 (Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)

Notre forêt brûle[1] et, dans cette immense tristesse qui nous renvoie plus globalement au dérèglement climatique et à toutes nos formes d’irresponsabilité vis-à-vis de la Nature – d’une nature qui ne nous est pas extérieure, puisque nous en sommes constitués –,  nous ressentons bien que ce sont tous nos déséquilibres qui craquent en permanence comme des allumettes.

D’ailleurs, en quelque sorte, nous sommes aussi des allumettes, de simples petites tiges de bois, dotées de têtes sacrément inflammables, se frottant partout… Pour résister, nous avons besoin de nous enduire d’une bonne couche d’éducation – je ne dis pas seulement de culture car l’effet en reste discuté –  et encore ne devons-nous guère phosphorer beaucoup pour voir rouge, dès que la vie ou l’actualité, toujours passablement rugueuses, viennent plus ou moins nous égratigner ou nous écorcher, comme, d’ailleurs, elles le font indifféremment pour tous.

De toutes façons, la vie est un feu qui nous réchauffe, nous éclaire, nous excite, nous dévore et nous calcine. C’est, à la fois, notre énergie, la force que nous savons plus ou moins bien employer et les passions qui nous emportent, dont nous dirions de certaines que c’est grâce à elles que la vie vaut d’être vécue et d’autres, tout aussi bien, que c’est elles qui nous consument et nous réduisent en cendres, avant l’heure, c.-à-d. qui anéantissent nos projets  et nos espoirs et qui nous pulvérisent – faute de nous avoir permis, grâce au doute, à l’effort et, parfois, simplement au temps qui passe, de redresser la flamme à sa bonne mesure et pour son bon usage.

Dans notre imaginaire, conditionné par toutes sortes de figures mythologiques ou héroïques, nous aimons être tout feu tout flamme car nous avons le sentiment qu’en agissant avec un enthousiasme débordant et une spontanéité totale, nous trouverons une énergie créatrice et un charisme naturel or le soufflé retombe vite sous l’effet de décisions impulsives et notre vision déformée de la réalité nous fait perdre pied, sans compter qu’après une phase de séduction, nous commençons à agacer tout le monde. C’est ainsi qu’à ce spectacle, nous nous sentons désabusés. Méfions-nous qu’il ne nous rende, alors, dépressif.

Vol du feu par Prométhée

En fait, l’initiation consiste à nous réapprendre l’art du feu, à conjuguer trois symboles que la Grèce antique révérait sous les aspects de Prométhée, d’Héphaïstos et d’Hestia.

Prométhée, dont le nom signifie « le prévoyant », littéralement « celui qui réfléchit avant d’agir » (provenant du radical grec μανθάνειν /manthánein: apprendre ou penser, affecté du préfixe πρό/pro- : « en avant »), Prométhée est ce Titan célèbre pour avoir dérobé le feu de l’Olympe, l’avoir offert aux hommes – grâce à quoi ils purent subsister et connaître le progrès –, puis avoir subi le châtiment de Zeus, qui, l’ayant enchaîné à un rocher, lui fit dévorer le foie chaque jour, par un aigle, que le supplicié repoussait chaque nuit. Ainsi, si le feu de la Vérité n’appartient qu’à Dieu – ou à un ineffable Grand Architecte – et nous est donc inaccessible – ce qui doit rendre tout savant modeste –, nous devons faire nos meilleurs efforts pour nous dépasser dans nos connaissances, au service de l’humanité, et ce, en ayant toujours soin de calculer les conséquences de nos découvertes.

Héphaïstos à la forge

Héphaïstos, dont l’origine du nom est obscure, dieu grec du feu et de la forge, fils de Zeus, né boiteux, que sa mère Héra, dégoutée de son apparence, précipita du haut de l’Olympe dans les flots incertains et qui, recueilli par les nymphes, apprit à travailler le métal grâce à la forge et aux volcans (Vulcain est son équivalent dans la Rome antique), Héphaïstos fabriqua la foudre de Zeus, les armes d’Achille et les flèches d’Éros et il façonna dans l’argile la première femme, Pandora  (en grec ancien Πανδώρα : la pourvoyeuse de tous les dons). C’est le dieu de la création matérielle, physique et animée, que l’homme doit apprendre à maîtriser de son mieux (non le dieu, mais bien la matière, le corps et l’esprit !).

Epreuve du feu

Enfin, Hestia (Vesta, chez les Romains), dont le nom grec ancien : Ἑστία/Hestía, signifie « foyer », fille aînée de Chronos, lui-même personnification du Temps, est la déesse vierge du foyer domestique, protectrice de la famille et de la cité dont la flamme ne doit jamais s’éteindre. Elle nous dit combien nous devons être respectueux de nos lignées et de l’œuvre des générations passées comme avoir souci du bien-être de nos proches et de nos sociétés.

Bref, la franc-maçonnerie rencontre ici la mythologie grecque et y mélange sa flamme. À l’instar de ces légendes antiques, elle a, pour l’humanité et la vie, le feu sacré.


[1] Cette formule laconique sonne vaguement mais sciemment comme un rappel de la célèbre citation du discours du Président Jacques Chirac au sommet de la Terre de Johannesburg, le 2 septembre 2002: « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs », que j’ai déjà eu l’occasion de commenter dans mon édito du 1er décembre 2025, paru, dans ce Journal, sous le titre : « Un avenir désirable », consultable en cliquant ici. V. al.1er & n. 2. Même source d’inspiration pour « Le Nouvel Obs » № 3230 du 30 juillet 2026, qui titre en couverture : « Climat : Nos maisons brûlent ». Plus globalement, v. l’article comparatif paru le 31 juillet 2026, dans ces colonnes, intitulé : « Quatre hebdomadaires au miroir d’un été sous tension », accessible grâce à ce lien.

« Le Petit Prince » a 80 ans : le livre d’exil devenu patrimoine universel

Le 2 avril 2026, la France a célébré les quatre-vingts ans de la publication du Petit Prince. Derrière l’évidence d’un classique transmis de génération en génération se cache pourtant une histoire éditoriale singulière : un conte composé dans l’exil new-yorkais, publié d’abord outre-Atlantique, arrivé dans les librairies françaises après la disparition de son auteur et illustré, dans sa première édition nationale, à partir d’images déjà reproduites. Avant de revenir prochainement sur la profondeur symbolique et initiatique de l’œuvre, 450.fm retrace l’aventure d’un petit livre devenu l’un des monuments les plus partagés de notre patrimoine littéraire.

Un enfant dessiné dans l’exil

À l’été 1942, Antoine de Saint-Exupéry vit à New York. La France est occupée, l’Europe est en guerre et l’écrivain, séparé de son pays, traverse une période de tensions politiques et personnelles. Dans les marges de ses lettres et de ses manuscrits apparaît depuis plusieurs années la silhouette d’un petit personnage aux cheveux d’or. Selon le récit devenu traditionnel, son éditeur américain Eugene Reynal l’aperçoit un jour griffonné sur une nappe de restaurant et suggère à l’aviateur d’en faire un conte.

Saint-Exupéry écrit alors un ouvrage bref, accompagné de ses propres aquarelles. Le texte rassemble plusieurs paysages de sa vie : l’enfance, l’aviation, le désert, la solitude, l’amitié, la responsabilité et la disparition. Il ne s’agit pourtant ni d’un simple livre pour enfants ni d’un traité philosophique déguisé. Sa force vient précisément de cette forme légère qui laisse circuler plusieurs niveaux de lecture sans en enfermer aucun.

Le Petit Prince paraît le 6 avril 1943 à New York chez Reynal & Hitchcock, simultanément en français et en anglais. Au même moment, Saint-Exupéry quitte les États-Unis pour rejoindre les forces françaises en Afrique du Nord. Le livre commence ainsi sa vie au moment même où son auteur reprend la guerre.

Avril 1946, le livre arrive après son auteur

L’édition française revient aux Éditions Gallimard, qui publient Saint-Exupéry depuis Courrier Sud en 1929. Gaston Gallimard espère d’abord proposer le conte pour les étrennes de Noël 1945. Les bonnes feuilles sont annoncées dans le jeune hebdomadaire Elle, dirigé par Hélène Lazareff, qui avait suivi à New York la naissance du projet.

Mais la France de l’immédiat après-guerre manque encore de papier, d’encre et de moyens d’impression. Les pages intérieures sont achevées le 30 novembre 1945, tandis que les couvertures et les jaquettes ne peuvent être terminées qu’au printemps suivant. Le Petit Prince rejoint finalement les tables des libraires au début d’avril 1946.

Saint-Exupéry n’est plus là pour assister à cette seconde naissance. Le 31 juillet 1944, il a disparu en Méditerranée au cours d’une mission de reconnaissance photographique destinée à préparer le débarquement de Provence. Le premier public français découvre donc un livre posthume, porté par la voix d’un homme absent. Cette circonstance pèsera durablement sur la réception du conte, dont la douceur ne pourra jamais être entièrement séparée de la guerre et de la perte.

Des aquarelles revenues par détour

L’histoire matérielle de la première édition française ajoute encore à cette impression de distance. Les aquarelles originales étant restées aux États-Unis, Gallimard ne peut pas les utiliser directement. Les images sont redessinées à partir de l’édition américaine afin de permettre l’impression française.

Le livre qui s’installe alors dans les bibliothèques familiales ne restitue donc pas exactement les originaux peints par l’auteur. Il transmet une image déjà passée par une première reproduction. Ce détail, longtemps ignoré du grand public, dit beaucoup de la vie des œuvres. La transmission n’est jamais un déplacement intact d’un point à un autre. Elle connaît les retards, les copies, les pertes, les réinterprétations et parfois les réparations. Ce qui demeure n’est pas l’identité absolue de l’objet, mais la continuité d’une présence.

Un livre dans une France qui se relève

Le printemps 1946 ne constitue pas un simple repère bibliographique. Le pays sort à peine de l’Occupation. En décembre 1942, Gallimard avait pu publier Pilote de guerre à Paris à seulement 2 100 exemplaires autorisés, avant que le livre ne soit retiré de la vente. La presse collaborationniste reprochait notamment à Saint-Exupéry les pages consacrées à Jean Israël, aviateur juif dont il saluait le courage. Des éditions clandestines avaient ensuite circulé par les réseaux de la Résistance.

Léon Werth

La dédicace du Petit Prince porte elle aussi la marque de cette époque. Léon Werth, écrivain, critique d’art, juif et antifasciste, avait trouvé refuge à Saint-Amour dans le Jura. Le nommer en tête d’un livre publié en 1943 n’avait rien d’anodin. Sous l’apparente tendresse d’une adresse à l’enfant qu’il avait été, Saint-Exupéry rappelait la situation d’un ami menacé dans une France où il avait faim et froid.

Pour les lecteurs de 450.fm, une autre concordance historique mérite d’être relevée sans forcer le rapprochement. Durant ces mêmes années, les obédiences maçonniques avaient été dissoutes par la loi du 13 août 1940, leurs biens saisis et leurs membres exposés à la répression et à la dénonciation. Lorsque Le Petit Prince paraît enfin en France, les Loges se relèvent elles aussi de la persécution. Le conte n’est pas maçonnique pour autant, mais il entre dans les librairies d’un pays qui doit réapprendre la liberté de conscience, la fidélité et la fraternité.

De quelques milliers de volumes à un phénomène mondial

Rien ne permettait d’imaginer, en 1946, la destinée éditoriale qui attendait ce mince volume. Huit décennies plus tard, le site officiel de l’œuvre annonce plus de 650 traductions en langues et dialectes et plus de 18 millions d’exemplaires vendus pour la seule France. La Monnaie de Paris évoque, de son côté, une diffusion mondiale dépassant 300 millions d’exemplaires.

Ces chiffres impressionnent, mais ils n’expliquent pas tout. Beaucoup de succès éditoriaux vieillissent avec leur époque. Le Petit Prince, lui, a accompagné plusieurs générations sans se fixer dans une seule lecture. On l’offre à l’enfant qui apprend à lire, à l’adolescent qui découvre la solitude, à l’adulte qui éprouve la fragilité des liens et à celui qui, plus tard, mesure ce que le temps a emporté. Peu de livres peuvent changer ainsi de sens sans changer une ligne.

Le personnage a également quitté depuis longtemps les seules pages du livre. Il est devenu objet d’exposition, de spectacle, de cinéma, d’animation, de pédagogie et de tourisme culturel. Cette circulation élargit l’audience de l’œuvre, mais elle risque aussi de faire oublier le texte derrière sa silhouette. Le Petit Prince est désormais reconnu avant même d’être lu.

2026, une année placée sous les étoiles

L’année du quatre-vingtième anniversaire a multiplié les hommages. Gallimard a publié le 2 avril 2026 une édition illustrée et interactive conçue par le studio MinaLima, connu pour son travail graphique et ses dispositifs de papier animés. L’ouvrage propose une nouvelle mise en scène matérielle du conte, comme si chaque époque éprouvait le besoin de reconstruire à son tour la petite planète de papier.

La Poste a consacré au Petit Prince un programme philatélique comprenant notamment un timbre émis le 15 juin, un carnet de douze timbres et une série associant support physique et création numérique. La Monnaie de Paris a, pour sa part, frappé une pièce commémorative de 2 euros et développé une collection célébrant les voyages, les astres et l’imaginaire de l’œuvre. Éditions spéciales, expositions, collaborations artistiques et manifestations culturelles ont prolongé l’anniversaire en France et à l’étranger.

Cette abondance témoigne de la vitalité du livre, mais elle invite aussi à une certaine vigilance. Une œuvre patrimoniale ne survit pas seulement parce que son image se reproduit sur des objets. Elle survit lorsqu’elle demeure lue, discutée, transmise et parfois contestée. L’hommage véritable ne consiste donc pas à accumuler les signes de reconnaissance, mais à retourner au texte.

Un patrimoine vivant ne se conserve pas sous verre

Le mot patrimoine peut donner l’impression d’une œuvre achevée, rangée dans une vitrine et protégée par l’admiration générale. Le Petit Prince échappe heureusement à cette immobilité. Sa célébrité ne l’a pas rendu inoffensif. Le livre continue d’interroger la manière dont les adultes regardent le monde, confondent souvent la valeur et le prix, négligent les liens qu’ils ont créés ou s’abritent derrière des fonctions devenues mécaniques.

Ces questions seront au cœur de la note approfondie que 450.fm publiera prochainement. Il ne s’agira pas de transformer Saint-Exupéry en Franc-Maçon secret – rien ne permet de le soutenir – ni de plaquer sur le conte une grille symbolique toute faite. Il s’agira de rechercher, avec prudence, ce que le lecteur initié peut recevoir de cette œuvre concernant le regard, le rite, le travail sur soi, la responsabilité, le silence, la mort et la transmission.

Pour l’heure, l’anniversaire rappelle une évidence plus simple. Un livre né dans l’exil, publié loin de son pays et arrivé en France après la disparition de son auteur est devenu l’un des langages communs de l’humanité. Quatre-vingts ans après, le petit voyageur continue de passer de main en main. Il ne nous demande pas encore d’expliquer son secret. Il nous demande d’abord d’ouvrir le livre.

Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince, première édition mondiale, New York, Reynal & Hitchcock, 6 avril 1943 ; première édition française, Paris, Gallimard, avril 1946 / Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince, édition illustrée et interactive par le studio MinaLima, Gallimard Jeunesse, 2 avril 2026

Une nouvelle commanderie templière en France – Le Temple renaît-il vraiment de ses cendres ?

Source du Midi Libre

Le quotidien Midi Libre annonce la création d’une nouvelle commanderie contemporaine confiée à Fra Jacques Sarrot. Derrière le manteau blanc et la croix pattée se réveille l’un des imaginaires les plus puissants de l’Occident chrétien. Mais entre l’Ordre médiéval supprimé en 1312, les résurgences chevaleresques modernes et les constructions symboliques de la Franc-Maçonnerie, une indispensable mise au point s’impose. Car le Temple peut renaître comme idéal ; il ne saurait être ressuscité par un simple acte administratif.

Quand la croix pattée reprend racine

Les Templiers seraient-ils de retour en France ?

À en croire l’annonce publiée le 26 juillet 2026 par Midi Libre, Fra Jacques Sarrot a reçu l’acte officiel de création d’une nouvelle commanderie, assumant ainsi la responsabilité de cette implantation templière contemporaine. L’information demeure succincte, mais les mots suffisent à faire surgir tout un monde : commanderie, commandeur, chevalerie, manteau blanc, croix rouge, fidélité et service. 

Peu d’ordres médiévaux continuent d’exercer une telle fascination. Les Hospitaliers ont survécu sous différentes formes historiques, notamment à travers l’Ordre souverain de Malte. Les chevaliers teutoniques possèdent également une continuité institutionnelle identifiable. L’Ordre du Temple, en revanche, appartient depuis plus de sept siècles à l’Histoire – et davantage encore au royaume du mythe.

C’est précisément cette disparition qui lui a conféré une étrange immortalité. Ce que l’institution a perdu en existence juridique, elle l’a gagné en puissance imaginaire.

« L’Histoire laisse passer les symboles, non les certificats de succession »

Commençons par poser l’équerre sur la légende.

Fondé au début du XIIᵉ siècle et reconnu lors du concile de Troyes en 1129, l’Ordre du Temple constituait un ordre religieux et militaire voué notamment à la protection des pèlerins et à la défense des États latins d’Orient. Ses membres ne formaient pas une société secrète, mais une institution de l’Église, soumise à une règle, reconnue par la papauté et insérée dans les structures politiques, religieuses et économiques de la chrétienté.

Arrêtés en France à partir du 13 octobre 1307 sur ordre de Philippe le Bel, les Templiers furent soumis à un procès où se mêlèrent accusations religieuses, intérêts politiques et convoitises patrimoniales. Le 22 mars 1312, au concile de Vienne, le pape Clément V supprima l’Ordre sans prononcer contre lui une condamnation doctrinale définitive. La majeure partie de ses biens fut transférée aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. 

Une commanderie médiévale n’était d’ailleurs pas seulement une forteresse peuplée de chevaliers en armes. Elle constituait une maison religieuse, agricole, administrative et économique, exploitant des terres, accueillant des Frères et produisant des ressources destinées à soutenir les missions de l’Ordre. Les archives de ces établissements ont largement été intégrées aux fonds hospitaliers après 1312. 

La nouvelle commanderie évoquée aujourd’hui ne peut donc être considérée comme la continuation juridiquement démontrée de l’Ordre médiéval. Elle appartient à la famille nombreuse des résurgences templières modernes, associations chevaleresques, fraternités chrétiennes ou organisations philanthropiques qui se réclament de son idéal.

Cela n’enlève rien, en soi, à la sincérité de leurs membres. Mais l’honnêteté historique oblige à distinguer l’héritage spirituel revendiqué de la filiation institutionnelle prouvée.

Pourquoi le Temple refuse-t-il de mourir ?

Le Templier réunit deux figures que tout paraît opposer : le moine et le guerrier.

Les mystères du trésor des Templiers - Image générée par Intelligence Artificielle (IA)
Les mystères du trésor des Templiers – Image générée par Intelligence Artificielle (IA)

L’un s’agenouille, l’autre se tient debout. L’un prie dans le silence du cloître, l’autre chevauche dans le tumulte du monde. L’un renonce aux possessions, l’autre manie l’épée. Pourtant, dans l’idéal templier, ces deux dimensions sont appelées à s’unir.

C’est probablement là que réside la force initiatique de son image. Le véritable combat ne se livre pas seulement devant les murailles de Jérusalem. Il se déroule au-dedans de l’être, contre la peur, la vanité, l’ignorance, la cupidité et le désir de domination.

L’épée cesse alors d’être une arme de conquête pour devenir le symbole du discernement. Elle tranche entre le vrai et le faux, l’essentiel et l’accessoire, la lumière et les ombres intérieures. Le manteau blanc rappelle la purification recherchée ; la croix rouge, le sacrifice et la transformation par l’épreuve.

Quant à la commanderie, elle peut être comprise comme une image de l’être réordonné. Il faut en garder la porte, nourrir ceux qui y trouvent refuge, cultiver ses terres et veiller à ce que le sanctuaire ne soit pas envahi par les passions profanes.

Mais le symbole est exigeant. Revêtir un manteau ne suffit pas à dépouiller le vieil homme.

La Franc-Maçonnerie et le Temple – Une filiation de l’esprit, non du sang

La Franc-Maçonnerie connaît bien la puissance de cette mémoire templière.

Au XVIIIᵉ siècle, plusieurs systèmes de hauts grades cherchèrent à rattacher symboliquement les Francs-Maçons aux chevaliers dispersés après la suppression de l’Ordre. La Stricte Observance templière, développée autour du baron von Hund, prétendit même détenir une filiation secrète et travailler à la restauration du Temple. Elle exerça une influence considérable sur la Maçonnerie chevaleresque européenne. 

Le Régime Écossais Rectifié, organisé sous l’impulsion de Jean-Baptiste Willermoz et structuré notamment lors des convents des Gaules de 1778 et de Wilhelmsbad en 1782, reçut une partie de cet héritage. Mais il procéda à une véritable rectification : la prétention à reconstituer matériellement l’ancien Ordre fut progressivement abandonnée au profit d’une chevalerie morale, chrétienne et bienfaisante. 

Le Chevalier ne devait plus reconquérir une terre, mais participer à la restauration de l’Homme.

Ainsi, la Franc-Maçonnerie ne descend pas historiquement des Templiers. Aucune chaîne documentaire continue ne relie les chevaliers de Jacques de Molay aux premières Loges spéculatives des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles. Elle a cependant recueilli, médité et transmuté leur légende.

Elle n’a pas hérité de leurs archives ; elle a travaillé leur archétype.

La différence est essentielle. Une filiation historique se démontre. Une filiation symbolique se vit.

Une commanderie ne vaut que par ce qu’elle commande en nous

L’apparition d’une nouvelle commanderie n’appelle donc ni moquerie systématique ni adhésion crédule. Elle invite plutôt à poser quelques questions simples.

Que souhaite-t-elle accomplir ? Défendre un patrimoine ? Servir les plus fragiles ? Entretenir une spiritualité chrétienne ? Favoriser le dialogue, la fraternité et la paix ? Transmettre une éthique chevaleresque adaptée au monde contemporain ?

Ou bien se limitera-t-elle à distribuer des titres, organiser des cérémonies et multiplier les photographies en manteaux d’apparat ?

L’authenticité d’une œuvre templière moderne ne saurait se mesurer à l’ancienneté proclamée de ses parchemins, à la longueur de ses titulatures ou au nombre de croix figurant sur ses bannières. Elle se juge à ses fruits : humilité, charité, fidélité, transparence et service.

L’ancienne commanderie produisait du blé, élevait des troupeaux, administrait des domaines et soutenait une mission. La commanderie contemporaine doit, elle aussi, produire quelque chose. Non plus nécessairement des récoltes matérielles, mais de la fraternité, du secours et de l’espérance.

Sans cela, la croix pattée risque de devenir un logo, le manteau un costume et le Temple un théâtre.

Le manteau blanc ne garantit pas la blancheur du cœur

Cette nouvelle fondation révèle finalement moins le retour des Templiers que la permanence de notre besoin de chevalerie.

Dans un monde désorienté, fragmenté et souvent réduit au règne de l’immédiateté, l’idée d’un engagement durable, d’une parole donnée, d’une discipline intérieure et d’un service désintéressé conserve une singulière puissance. Le succès des résurgences templières exprime peut-être cette nostalgie d’une verticalité perdue.

Encore faut-il ne pas confondre la hauteur avec la parade.

Le véritable Templier n’est pas celui qui se proclame héritier des chevaliers disparus. C’est celui qui accepte de monter la garde devant le sanctuaire de sa conscience. Il ne conquiert plus Jérusalem par le glaive ; il tente d’en édifier la paix au-dedans de lui et autour de lui.

Un acte peut créer une commanderie. Seuls le temps, l’œuvre accomplie et la qualité des hommes et des femmes qui la composent pourront en faire un véritable Temple.

Quatre hebdomadaires au miroir d’un été sous tension

La revue des revues sous le regard maçonnique, votre nouvelle rubrique !

Le feu, le secret et la mémoire

Pour cette première édition du « Monde au compas », 450.fm met en regard Le Point, L’Express, Le Nouvel Obs et Valeurs actuelles. Quatre tempéraments éditoriaux, quatre manières de découper le réel, mais une même inquiétude traverse leurs pages : comment protéger sans enfermer, gouverner sans manipuler, innover sans perdre la mémoire, transmettre sans transformer l’héritage en idole ? Des mégafeux au cyberpiratage, du réveil stratégique japonais aux fractures européennes, de l’intelligence artificielle aux pseudosciences, la presse de cette fin juillet 2026 nous place devant un monde qui cherche son axe. Le regard maçonnique ne consiste pas à plaquer des symboles sur l’événement ; il invite à éprouver les faits à l’équerre de la raison, au niveau de la justice et au compas de l’universel.

Quatre lignes éditoriales, une même pierre brute

Le Nouvel Obs choisit l’alarme morale et écologique. Sa couverture – « Nos maisons brûlent » – transforme les incendies de l’été en signe d’un basculement historique : l’entrée dans le « pyrocène », âge où le monde fossile finit littéralement par s’embraser.

L’Express privilégie le classement, l’enquête comparative et la vigilance rationaliste : services secrets européens, fragilité de Wikipédia, pénétration des pseudosciences à l’université.

Le Point articule expertise scientifique, puissance nationale et transmission culturelle : solutions aux mégafeux, réveil du Japon, crise de Nissan, intelligence artificielle et trésors musicaux de la Bibliothèque nationale de France.

Valeurs actuelles, enfin, lit l’époque par les thèmes de la souveraineté, de l’ordre, de la continuité culturelle et de la vulnérabilité de l’État, qu’il s’agisse du cyberpiratage, de l’Estonie russophone, de la liberté ou de la transformation d’une église en boîte de nuit.

Ces différences ne sont pas des obstacles à la lecture : elles en sont la matière. Comparer les cadrages permet précisément de distinguer le fait de son commentaire, l’enquête de la mise en scène, l’information de l’espérance ou de la crainte qui l’accompagne.

Cette pluralité est déjà une leçon maçonnique. Dans le Temple, aucune colonne ne suffit à porter seule l’édifice. La vérité ne se confond pas avec le point de vue qui prétend la posséder ; elle surgit plus modestement du travail accompli entre des perspectives contradictoires.

Le feu n’est plus une métaphore

Le thème le plus saisissant est celui des incendies.

Le Nouvel Obs insiste sur le changement d’époque. Les Canadair et l’héroïsme des pompiers demeurent indispensables, mais ils ne suffisent plus. Le magazine met en garde contre un « adaptationnisme musclé » qui réduirait la réponse climatique aux seules digues, mégabassines, climatiseurs et bombardiers d’eau. Il faut simultanément adapter les territoires et diminuer les émissions fossiles.

Le dossier propose de mieux mesurer la gravité écologique des feux, non plus seulement par le nombre d’hectares brûlés, mais selon les habitats et les espèces atteints. Il plaide aussi pour un aménagement moins vulnérable : débroussaillement, limitation de l’habitat dispersé, ruptures agricoles et meilleure articulation européenne des moyens de secours.

Le Point adopte une approche plus technique, mais aboutit à plusieurs conclusions voisines. Ses scientifiques appellent à sortir de la monoculture, notamment celle du pin, au profit de forêts mosaïques associant davantage d’essences et de feuillus moins combustibles. Ils proposent de rompre la continuité végétale par des pâturages, des vignes ou des vergers, de mieux contrôler l’urbanisation dans les zones à risque et de recourir, avec prudence, au brûlage dirigé afin d’éviter l’accumulation de bois mort.

Le rappel du « grand feu » des Landes de 1949, qui fit 82 morts, montre que la catastrophe peut devenir un tournant collectif lorsqu’elle engendre une doctrine, des règles et une mémoire du risque.

Valeurs actuelles, dans son éditorial, déplace davantage le regard vers l’imprévoyance publique, le manque de moyens, les responsabilités administratives et la reconnaissance due aux pompiers. Le ton est plus polémique, mais la question posée reste légitime : une société peut-elle multiplier les discours sur la protection tout en laissant s’affaiblir ses capacités concrètes d’anticipation et d’intervention ?

Pour le Franc-Maçon, le feu possède une double vérité.

Maîtrisé, il éclaire, purifie et transforme ; livré à lui-même, il dévore l’ouvrage et confond les formes. Il est la flamme de la conscience, mais aussi l’incendie des passions lorsqu’elles ne rencontrent plus aucune limite.

La leçon n’est donc ni de sacraliser la nature ni de croire que la technique nous en rend maîtres. Elle consiste à penser la prévoyance et la responsabilité envers ceux qui n’habitent pas encore la maison commune. On ne reconstruit pas indéfiniment le Temple avec les cendres que l’on a soi-même préparées.

Le secret qui protège et l’opacité qui menace

L’autre grande obsession de ces numéros est l’invisible.

Valeurs actuelles ouvre un dossier sur « l’ère du piratage permanent ». Hôpitaux paralysés, fichiers de police dérobés, collectivités attaquées, données personnelles revendues ou utilisées pour l’usurpation d’identité : le cyberespace apparaît comme la nouvelle arrière-salle du pouvoir et du crime.

Le magazine ramène utilement la protection numérique à trois disciplines ordinaires : sécuriser ses accès, rester vigilant et pratiquer une forme de sobriété dans l’exposition de ses données. Le coffre-fort numérique n’existe pas davantage que l’inviolabilité absolue des anciens temples : toute porte peut être franchie lorsque la négligence humaine en livre la clef.

L’Express élargit la question au renseignement. Son classement, établi à partir d’un jury de soixante professionnels issus de vingt-cinq pays, place le MI6 britannique en tête, devant la DGSE française, les services néerlandais, ukrainiens et allemands.

Au-delà du palmarès, le dossier décrit une véritable diplomatie du renseignement : échanges d’informations, coopérations clandestines, capacités cyber, guerre des taupes, résurgence des réseaux russes et concurrence entre cultures administratives. La DGSE est décrite comme puissante en Afrique, diversifiée et capable d’opérations complexes ; le BND allemand comme longtemps entravé par son histoire, son juridisme et sa dépendance aux informations américaines.

Une lecture maçonnique doit ici prévenir une confusion fréquente. Le secret initiatique n’est pas le secret d’État, encore moins la dissimulation d’une faute. Dans la Loge, le secret protège une expérience intérieure qui ne se livre ni par indiscrétion ni par slogan. Il ne soustrait personne à la justice et ne constitue pas le privilège d’une caste.

Bundesnachrichtendienst – BND

Dans la démocratie, le secret opérationnel peut être nécessaire, mais il doit demeurer soumis à la loi, au contrôle et à la responsabilité. Le silence est une discipline ; l’opacité, lorsqu’elle échappe à tout contre-pouvoir, devient une tentation de domination.

Le véritable secret initiatique n’est d’ailleurs pas ce qui est volontairement caché : il est ce qui ne peut être transmis sans avoir été vécu.

Des nations qui cherchent leur axe

Le grand dossier du Point sur le Japon est peut-être le plus structurant de cette livraison. L’archipel y apparaît au sortir d’une longue parenthèse : puissance économique rétrogradée, démographie inquiète, industrie automobile fragilisée, dépendance énergétique, menace chinoise et incertitude américaine.

Sanae Takaichi

L’entretien avec la Première ministre Sanae Takaichi présente une doctrine fondée sur l’alliance avec les États-Unis, le soutien à l’Ukraine, la stabilité du détroit de Taïwan, la sécurisation des minerais critiques et le renforcement des capacités militaires, sans abandon officiel de l’identité pacifiste du pays.

Cette mutation est racontée comme une émancipation stratégique, mais le magazine en montre aussi les contradictions. Le nationalisme japonais demeure travaillé par la mémoire de la guerre, le sanctuaire Yasukuni, l’article 9 de la Constitution et les ambiguïtés d’une autonomie longtemps garantie par Washington.

Sur le plan économique, le reportage consacré à Nissan résume la crise par une formule remarquable : « Nous nous sommes trompés en pensant que volume signifiait valeur. » La cure annoncée – suppressions d’emplois, fermeture d’usines, retour à une structure plus petite et plus rapide – illustre la fin possible d’un imaginaire industriel fondé sur la seule grandeur quantitative.

À l’inverse, la jeune entreprise Sakana AI cherche une voie japonaise dans l’intelligence artificielle en faisant coopérer de petits modèles ouverts plutôt qu’en édifiant un unique cerveau géant. La nature n’y est plus imitée par la puissance d’un colosse, mais par l’association évolutive d’intelligences partielles.

Valeurs actuelles observe une autre frontière, celle de Narva, en Estonie, ville très majoritairement russophone. La fracture linguistique, historique et sociale y devient un possible point de pression géopolitique. La frontière n’est plus seulement une ligne tracée sur une carte : elle traverse les familles, les mémoires et parfois les consciences.

L’Express, de son côté, multiplie les signes d’une Europe sous tension : rivalité commerciale avec la Chine, divorce entre Israël et l’Europe, agents russes, guerre en Ukraine, fragilité du couple franco-allemand et déclin britannique. Son article sur un Royaume-Uni devenu, hors de Londres, comparable au Mississippi par le niveau de vie décrit les conséquences cumulées de la crise financière, de l’austérité, du Brexit, de la désindustrialisation et de la dégradation des services publics.

L’universalisme maçonnique n’exige pas l’effacement des nations. Le compas ne trace un cercle qu’à partir d’un centre assuré. Une nation qui ne sait plus ce qu’elle veut transmettre devient vulnérable ; une nation qui absolutise son identité transforme le centre en forteresse.

Entre dissolution et fermeture, l’initiation enseigne une troisième voie : l’enracinement capable de dialogue. Les pierres du Temple ne sont pas identiques, mais elles consentent à une même construction.

La démocratie entre récit, argent et radicalité

La politique, dans ces hebdomadaires, se donne de moins en moins comme un débat de programmes et de plus en plus comme une lutte pour l’imaginaire.

Valeurs actuelles l’assume ouvertement avec « Au nom de la Marine », épisode d’une série d’uchronies présidentielles. Marine Le Pen y accède fictivement à l’heure du choix après une campagne romanesque. Le procédé est intéressant à condition de ne pas le confondre avec une enquête : il révèle combien la politique contemporaine est devenue projection, récit d’attente et littérature de pouvoir.

David Lisnard

Le Point suit trois promoteurs d’un libéralisme de rupture – David Lisnard, Guillaume Kasbarian et Christelle Morançais – fascinés à des degrés divers par l’expérience de Javier Milei. Réduction de la dépense, simplification normative, défense de la propriété, baisse des prélèvements : les propositions sont présentées comme une thérapie de choc pour 2027.

Mais le dossier laisse affleurer la vraie question : peut-on importer une méthode politique née dans une autre histoire sociale sans en importer aussi la brutalité ? Réformer l’édifice n’est pas le dynamiter ; supprimer une mauvaise cloison n’autorise pas à abattre les murs porteurs.

Le Nouvel Obs explore quant à lui la concentration du pouvoir médiatique autour de Maxime Saada et de Vincent Bolloré. Canal+ demeure à la fois un pilier financier du cinéma français et le cœur économique d’un ensemble médiatique fortement politisé.

Cette dépendance nourrit une dissonance : comment défendre l’exception culturelle tout en acceptant que son financement soit lié à un empire accusé de peser sur l’imaginaire collectif ? La question excède les personnes. Elle touche à la pluralité de l’espace public et à la possibilité, pour la culture, de ne pas dépendre d’un seul mécène devenu puissance politique.

Plus grave encore, l’enquête du Nouvel Obs sur le boycott d’artistes juifs montre comment une cause politique peut se dégrader en mise à l’index identitaire. L’interruption du concert de Barbara Butch à Grenoble, après une campagne de déprogrammation, rappelle qu’on ne combat aucune injustice en assignant un artiste à une appartenance réelle ou supposée.

La critique d’un gouvernement est légitime ; la suspicion collective, les insultes, l’humiliation et l’entrave à la liberté de création ne le sont pas.

La vieille accusation de double allégeance réapparaît dès que la personne juive cesse d’être considérée comme un individu pour devenir le substitut symbolique d’un État ou d’une politique.

La Loge ne supprime pas les désaccords : elle leur donne une forme. La parole y circule sans être confisquée, l’adversaire n’y est pas réduit à une essence, et la liberté d’expression n’y dispense personne de répondre de ses mots.

La tolérance maçonnique n’est pas l’indifférence devant la haine. Elle est la règle exigeante qui permet de combattre une idée sans déshumaniser celui qui la porte. Elle cesse d’être une vertu dès qu’elle devient l’alibi de la lâcheté.

La raison à l’épreuve des nouveaux credos

Le dossier le plus directement maçonnique, bien qu’il ne parle pas de Franc-Maçonnerie, est peut-être celui de L’Express sur les diplômes universitaires adossés à la pseudoscience.

Après examen des formations proposées par les universités françaises, l’hebdomadaire dit avoir identifié plus de cent vingt cursus problématiques ou insuffisamment fondés : pratiques énergétiques, aromathérapie thérapeutique, magnétisme, fasciathérapie, certains usages de l’hypnose, de la méditation, de l’acupuncture ou de la médecine manuelle.

Le problème n’est pas que l’université s’intéresse aux pratiques sociales ou aux médecines complémentaires. Il naît lorsque son sceau académique confère une apparence de validation scientifique à ce qui n’a pas été correctement éprouvé, avec parfois un risque de dérive sectaire.

Cette alerte doit être entendue dans le monde initiatique. La Franc-Maçonnerie travaille avec des mythes, des analogies et des symboles ; elle ne doit jamais les travestir en preuves médicales, historiques ou physiques.

Le symbole ouvre une méditation, il ne remplace ni l’essai clinique ni l’archive. Confondre correspondance et causalité, c’est utiliser le compas à la place du microscope. L’ésotérisme véritable n’est pas l’ennemi de la raison : il commence précisément lorsque l’on cesse de prendre ses propres images pour des faits.

La même exigence vaut pour l’intelligence artificielle. L’Express montre le cercle vicieux qui menace Wikipédia : les modèles d’IA se nourrissent de l’encyclopédie, résument son contenu, détournent une partie de son trafic et augmentent en retour ses coûts techniques.

La question n’est donc pas seulement technologique ; elle concerne la rémunération des biens communs, la traçabilité des sources et la survie du bénévolat savant. Une intelligence qui dévore silencieusement les bibliothèques sans reconnaître ceux qui les ont édifiées ressemble moins à Prométhée qu’à un apprenti sorcier oubliant le nom de ses maîtres.

Ren Ito – Cofondateur et PDG de sakana.ai

Le Point, avec Sakana AI, esquisse une autre voie : coopération de modèles plus petits, logiciels ouverts et intelligence collective. Entre prédation et partage, deux philosophies du progrès se dessinent.

L’une accumule la connaissance pour concentrer le pouvoir. L’autre cherche à faire circuler les compétences. Le choix est technique, économique, mais également spirituel : voulons-nous construire une intelligence pyramidale, placée au sommet de l’édifice, ou une intelligence en réseau, travaillant comme une chaîne d’union ?

L’économie comme architecture de la maison commune

Les pages économiques rappellent que la richesse ne se réduit pas au volume.

Nissan découvre que la taille peut masquer la perte de valeur. Le Royaume-Uni paie le prix d’un long sous-investissement et de décisions politiques successives qui ont fragilisé les services publics. L’Express interroge également la trajectoire de la dette française et écarte les « solutions magiques ». Le Point donne la parole aux partisans d’une rupture libérale.

Tous, malgré leurs divergences, posent la même question : qu’est-ce qu’une économie soutenable lorsqu’elle doit à la fois produire, transmettre, protéger et ne pas hypothéquer l’avenir ?

Le regard maçonnique ne fournit pas un programme budgétaire. Il rappelle toutefois une règle de construction : aucune architecture ne tient si l’on retire sans discernement la matière, si l’on surcharge indéfiniment les étages ou si l’on réserve la lumière à quelques pièces.

La charité répare parfois les blessures ; elle ne saurait remplacer la justice dans la conception du bâtiment. L’assistance vient au secours de celui que l’édifice a écrasé ; la justice s’interroge sur la manière dont l’édifice a été construit.

Une économie digne de l’Homme ne peut être jugée seulement à la hauteur de ses tours, mais à la solidité de ses fondations et à la place qu’elle réserve aux plus fragiles.

La culture, Temple de la mémoire vive

Dans cette actualité saturée de menaces, les pages culturelles offrent davantage qu’une respiration.

Bibliothèque François-Mitterrand, Paris 13e
Bibliothèque François-Mitterrand, Paris 13e

Le Point nous conduit à la Bibliothèque nationale de France, dépositaire de plus de deux millions de partitions, où un manuscrit inédit de Mozart a été identifié puis rendu au son après plus de deux siècles. La partition dormait dans le silence ; l’interprétation lui restitue une présence. Toute tradition véritable vit de ce passage entre conservation et recréation.

Le même hebdomadaire donne la parole à Mircea Cărtărescu, qui refuse de renoncer à l’idée d’une Europe littéraire, et présente l’artiste Clément Cogitore, dont l’œuvre traverse les mémoires, les récits bibliques et les images contemporaines.

Valeurs actuelles revisite La Fayette, non pour abolir la légende mais pour en mesurer les constructions ; redécouvre Marcelle Tinayre et son « féminisme intégral » ; interroge aussi, à travers une église rurale transformée en club de musique électronique, la frontière entre le sacré, le patrimoine et l’usage collectif.

L’épisode dépasse l’opposition facile entre anciens et modernes. À qui appartient un lieu consacré ? Aux croyants, à l’institution religieuse, aux habitants, à l’Histoire ou à ceux qui, momentanément, l’occupent ? Le sacré ne peut être réduit au droit de propriété, mais la liberté culturelle ne justifie pas davantage l’ignorance du sens dont les pierres demeurent porteuses.

L’Express prépare une rentrée de 461 romans et rappelle, avec une exposition consacrée au surréalisme face au fascisme, que l’imaginaire peut devenir une forme de résistance.

Nazi à Berlin
Croix gammées – Nazi à Berlin

Le Nouvel Obs, entre Vincent Delerm, Disiz et le récit d’un grand-père nazi, montre que la culture est à la fois communauté choisie, respect du livre et travail douloureux de la mémoire. Il ne suffit pas de découvrir qu’un ancêtre fut compromis : encore faut-il décider ce que l’on fait de cet héritage, sans l’effacer, sans s’y identifier et sans transformer la culpabilité en nouvelle filiation.

Le patrimoine n’est pas un mausolée. Il ressemble davantage à une pierre transmise : nous ne l’avons pas extraite, mais il nous revient de la tailler sans effacer les marques de ceux qui l’ont portée avant nous.

Conserver n’est pas répéter ; créer n’est pas profaner. L’œuvre juste relie les morts, les vivants et ceux qui viendront.

Ce que cette presse nous dit de nous

Au terme de cette lecture croisée, un paysage commun apparaît.

Nos sociétés disposent d’une puissance technique immense, mais doutent de leur capacité à se gouverner. Elles accumulent les données et manquent de discernement ; elles invoquent la liberté tout en multipliant les exclusions ; elles célèbrent l’innovation tout en fragilisant les lieux qui produisent gratuitement du savoir ; elles commémorent le passé sans toujours savoir ce qu’elles veulent transmettre.

Elles savent aussi parfaitement diagnostiquer les périls, mais peinent à consentir aux transformations que ces diagnostics imposent. Nous connaissons les causes des mégafeux, les vulnérabilités numériques, les mécanismes de la désinformation, les effets du sous-investissement et les dangers de la concentration médiatique. Le problème n’est plus seulement celui de la connaissance. Il est celui de la volonté.

La presse ne nous livre pas une vérité unifiée. Elle offre quatre miroirs, chacun avec son angle, sa lumière et ses déformations. Le travail du lecteur ressemble alors à celui de l’initié devant la pierre brute : tourner autour, observer les aspérités, comparer les faces, éprouver les proportions.

Ne pas croire un journal parce qu’il conforte nos inclinations ; ne pas le rejeter parce qu’il les contrarie. Chercher ce qui résiste à la comparaison.

Lire maçonniquement la presse, ce n’est donc pas y rechercher la présence cachée des Frères ou la marque supposée des réseaux. C’est accomplir sur l’information le travail de dégrossissement que l’Apprenti accomplit symboliquement sur lui-même. Retrancher le préjugé, distinguer le fait du récit, reconnaître l’émotion sans lui abandonner le jugement et replacer chaque événement dans l’architecture plus vaste de la condition humaine.

La pierre brute du temps

Le monde de cet été brûle, s’arme, se numérise et se souvient. Il hésite entre la forteresse et la maison ouverte, entre le secret fécond et l’opacité, entre le progrès partagé et la puissance sans mesure.

Le Franc-Maçon n’a pas pour tâche de commenter chaque flamme depuis le confort du Temple. Il lui revient de reconnaître, dans le tumulte des nouvelles, les matériaux de l’ouvrage commun.

Car l’actualité n’est peut-être rien d’autre que la pierre brute du temps : elle ne devient Histoire que lorsque des consciences acceptent de la travailler.

Hebdomadaires disponibles en Maison de la presse ou kiosque.

Le fascisme est-il compatible avec la Franc-maçonnerie ?

2

Les liaisons dangereuses d’une obédience italienne – qui peut sembler périphérique – démontre que l’Italie même maçonnique n’a pas fait l’anamnèse du cancer fasciste. Et d’ailleurs pourquoi le ferait-elle ? Le sommet de l’état est aux mains du parti Fratelli d’Italia, ouvertement néo-fasciste et la figure du Duce Benito Mussolini est ouvertement assumée de nos jours dans les familles et les boutiques.

Délégation italienne à la session biennale du Conseil suprême du 33e degré à Washington, D.C., en 1931. De gauche à droite : Raoul Tolentino, Mme Palermi Venturi, Raoul Palermi, Mme Tolentino (collection privée – Source www.granloggia.it).

Il est vrai que dans l’entre-deux guerres, le grand maître de la Grande Loge d’Italie de l’époque (GM de 1917 à 1948 quand même !), Raoul Palermi, avait fait allégeance complète – avec son Conseil de l’Ordre – au premier Grand Conseil fasciste, celui de la Marche sur Rome soutenue par l’obédience.

Palermi n’aura d’ailleurs de cesse de faire offre de service au fascisme en se compromettant, lui et les plus éminents membres de son obédience, mais sans réel succès. Mussolini dès les négociations des Accords du Latran avec Pie XI doit accéder à la rage antimaçonnique du Vatican. Plus tard ce sera celle d’Hitler qu’il lui faudra ménager. Tout cela fut étayé, documenté et révélé par un livre d’historien aux débuts des années 2000, un livre souhaité par le GM de la Grande Loge de l’époque (lui-même historien), Luigi Pruneti : Raoul Vittorio Palermi. Tra Massoneria e Fascismo par Giovanni Maria Tonlorenzi aux Edizioni Giuseppe Laterza.

Mais à l’issue du conflit mondial Palermi est désavoué par la Maçonnerie internationale, tous courants confondus. Il faudra d’ailleurs littéralement une refondation (et l’ouverture à la mixité) de la Grande Loge d’Italie du REAA dans les années 50, puis avec le GM Ghinazzi qui la présida pendant 24 ans ( !) pour qu’elle puisse récupérer son droit et sa légitimité à siéger dans la communauté maçonnique libérale.

CLIPSAS Franc-maçonnerie

Palermi – traître fasciste notoire – est néanmoins revendiqué aujourd’hui comme filiation légitime de son « héritage » du REAA par une micro-obédience italienne, adhérant brièvement (de 2022 – 2024) au CLIPSAS : SOMI ou Souverain Ordre Maçonnique d’Italie. Obédience qui recycle par ailleurs au moins un repris de justice estonien, quelle a revêtu du titre ronflant de Délégué « provincial » pour l’Estonie (!!! on rêve) bien que nous ignorions – comme vous sans doute – que ce pays balte fit partie de l’Italie péninsulaire !

Voilà comment le fascisme, l’escroquerie et la rupture des valeurs réussit à s’infiltrer dans la maçonnerie italienne d’aujourd’hui et via elle dans la communauté maçonnique internationale via le CLIPSAS, seule organisation mondiale de la franc-maçonnerie libérale censée être garante des valeurs communes. Explications.

Les micro-obédiences

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Depuis les années de plomb et le scandale P2, mais surtout la fin de la seconde guerre mondiale, l’Italie enfante d’une vague de micro-obédiences de quelques dizaines (au plus centaines) de membres. C’est le cas de S.O.M.I. ou Sovrano Ordine Massonico d’Italia. Une obédience qui va se réclamer de la « descendance » de Palermi, le fasciste, voire se dire recréée en 1952 après une tentative en 1936 en plein fascisme. 1952 alors qu’elle se déclare née en 1982 dans ses documents au CLIPSAS ! Allez comprendre.

Et SOMI cultive l’art d’enfumer les esprits via des structures inconnues. Je cite son propre rapport sur sa fondation envoyé au CLIPSAS : « L’Obédience était reconnue, ainsi que par le SOMA qui avait accordé la licence, également par le GOMU (Grand Orient Maçonnique Universel – Suisse), par la Franc-maçonnerie de RSAAd’Alexandrie d’Égypte, par la Grande Loge Libanaise et lAlliance Arabe Unie, la Grande Loge Marquis de Saint-Martin. » Qui n’a jamais entendu parler de ces « obédiences » ? Ça devrait interroger les puissances maçonniques classiques membres du CLIPSAS. Mais non, rien.

Elle fait aussi partie de cette époque de naissance de structures maçonniques allant, après-guerre, des mondes de la Régularité aux mondes dits libéraux. C’est l’époque de la création de Grandes Loges « sérénissimes » et « régulières » autour de Giovanni Alliata di Montereale. Certains des membres de sa structure rejoindrons SOMI.

Descendant d’une des grandes familles nobiliaires, suspecté d’être membre du coup d’état d’extrême-droite du prince Borghèse en 1970 (il fut acquitté aux termes d’une procédure restée trouble) Alliata di Montereale fut membre de la très sulfureuse Loge P2 avec le numéro d’ordre 361, de 1973 à 1976. Il meurt à Rome en 1994 aux arrêts domiciliaires pour suspicion de trucage électoral. Non sans avoir été le nouveau Souverain Grand Commandeur du REAA dès 1944. Rien que du beau monde, donc. Rien que du beau linge. Le gotha du pire.

Et SOMI (comme d’autres) brouille les pistes comme en témoigne son propre historique envoyé au CLIPSAS : « Depuis 1952, la Communion de Vigorito a tissé un réseau dense de relations avec toute une série d’Obédiences nationales et, surtout, internationales et elle a changé de nom à plusieurs reprises, mais celui avec lequel elle a toujours été identifiée est « Sérénissime Grande Loge Unie d’Italie » (S.E.G.L.U.I.). En fait, même le 2 Juin 1982, au moment de la déposition de la constitution et du statut devant un Notaire, elle a gardé la dénomination historique de la Communion de « Sérénissime Grande Loge d’Italie », même si pour un court laps de temps elle avait adopté le nom officiel de « Maçonnerie Mondiale de Rite Écossais Ancien et Accepté de l’Ordre des Francs-maçons Anciens, Libres et Acceptés », mais un an plus tard (Décembre 1983), la Grande Loge délibérait de reprendre à part entière son ancien nom de « Sérénissime Grande Loge Unie d’Italie ». Cette dénomination a été changé au courant « Souverain Ordre Maçonnique d’Italie – Ordre Général des Francs-Maçons Anciens, Libres et Acceptés » suite à la fusion avec quelques Loges de la Grande Loge Symbolique Unie qui a eu lieu le 21 Juin 2005. »

Et SOMI est incapable, dans son propre dossier d’adhésion, de donner une cohérence à sa propre histoire : « Le 21 juin 2005, la Sérénissime Grande Loge d’Italie – Ordre Général des Francs-maçons Anciens, Libres et Acceptés s’est enrichie de la confluence de plusieurs Loges qui se référaient à la « Grande Loge Symbolique Unie » (dont les Grands Maîtres étaient Piercarlo Longo, Ferdinando Viglieno et Giovanni Rosato) et elle a changé de dénomination pour prendre le nom actuel de « Ordre Souverain Maçonnique d’Italie ». Le Frère Stefano de Carolis Villars a été confirmé dans la fonction de Grand Maître après des élections ordinaires ». Ordinaires ? Voire.

1944 – 1952 – 1982 ou 2005 : c’est une création par rebondissements pour SOMI. On attendrait donc du CLIPSAS qu’il investigue avec une très grande prudence. Et pourtant…

Lorsque SOMI pose sa candidature au CLIPSAS en 2021-2022 les rapports d’enquête sont pourtant clairs (ou naïfs !) : l’obédience mixte a alors, d’après sa fiche de demande, 20 ans d’existence (fondée en 1982) et ne compterait que 302 membres et 25 loges. Elle n’a pas (dit-elle) de relations internationales à part un traité d’amitié avec la Grande Loge Féminine d’Argentine.

Déjà notons que 302 membres sur 20 ans, répartis sur 25 entités, cela donne de très petites loges peu viables. N’avoir, par ailleurs, que 300 membres sur une terre d’aussi vieille tradition maçonnique que l’Italie devrait être révélateur et alerter les enquêteurs. Il s’agit en effet manifestement d’un petit ensemble qui n’a manifestement pas réussi à convaincre ni à s’ouvrir vers la planète maçonnique italienne et internationale. Le CLIPSAS va hélas l’y aider. Ce qui est révélateur du mal qui ronge le CLIPSAS depuis des décennies.

Sur les quatre obédiences enquêtrices sollicitées sur la demande d’adhésion de SOMI au CLIPSAS, seules trois ont répondu. La Grande Loge Féminine d’Italie n’ayant pas accepté le devoir d’enquête. Rien que cela aurait dû aussi mettre la puce à l’oreille. Les trois autres font, elles, manifestement, une enquête a minima, pro forma, se contentant des renseignements fournis par SOMI même, faisant référence (comme une évidence !) à des instances « maçonniques » soi-disant internationalement connues comme SOMA et sans rencontrer une seule fois les instances de l’obédience candidate. Et l’on s’étonnera du résultat !

ET on a même droit à ceci : « Au niveau national, le S.O.M.I. au fil du temps a noué de nombreuses amitiés avec des obédiences masculines, féminines et mixtes. Beaucoup d’entre elles se sont dissoutes. Actuellement le S.O.M.I. a des relations amicales avec la Grande Loge Féminine d’Italie, Anciens Francs-maçons d’Italie, Grand Orient Libres Maçons Italiens. Le S.O.M.I accueille dans son siège national le bureau italien de la L.U.F. (Universala Framasona Liga) fondée en 1905 à Boulogne-sur-Mer (France) et dont de nombreux membres font partie, notamment le président de L.U.F. Italie. »

Comme par hasard, toutes ces « obédiences » qui ont reconnu SOMI et signé des alliances ont toutes disparues ! Sauf la LUF sur laquelle nous aurons à revenir.

Barbara EMPLER

Cette absence de références et rencontres ressort clairement du rapport de la GLMF : « Le Souverain ordre Maçonnique d’Italie par l’intermédiaire de son SGM Barbara EMPLER a adressé au CLIPSAS un document spécifique sur son histoire, la constitution de son obédience ainsi que ces statuts et sa constitution qui n’appelle pas de remarques particulières. Elle a de plus spécifié dans sa demande vouloir adhérer sans réserve aux principes de la charte du CLIPSAS avec le souhait d’établir des relations fraternelles sans condition de réciprocité et dans le respect de la spécificité maçonnique de toute obédience. N’ayant pas pu rencontrer son SGM nous lui avons posé deux questions supplémentaires indiquées ci-dessous. » Il s’agit des questions sur les motivations à rejoindre le CLIPSAS et les valeurs partagées. Qui pouvait douter que les réponses soient conformes ? Franchement ?

Même son de cloches chez les deux autres obédiences enquêtrices : le GLOAI (ou Grande Loge d’Albanie, elle-même membre depuis seulement 2018) qui renseigne 350 membres et 26 loges (il y a inflation sur base pourtant de déclarations de SOMI !) et SOMI annonce la perte de 85 membres (période Covid) et 7 loges mais malgré tout augmente en nombre sur quelques semaines d’enquête ! Où est le sérieux ?

Le même schéma peu sérieux apparait aussi dans le rapport de la Grande Loge Symbolique du Portugal. On y vérifie des données de base communiquées : nom et adresse de l’obédience, date de création (1982). On acte une adresse mail et un site web, le nom de la Sœur grand maître. On y confirme 302 membres pour 25 loges et, subitement, entre janvier et février 2002, entre le rapport GLMF et celui de la GLS Portugaise, outre le traité avec la Féminine Argentine on découvre soudainement des relations avec la Grande Loge d’Italie de Rite Écossais ; le Droit Humain ; la Sérénissime Grand Loge Nationale Italienne ; la Grande Loge Féminine d’Italie, les Anciens Francs-maçons d’Italie, le Grand Orient des Libres Maçons Italiens : autant d’obédiences sur sol italien. Nul ne prend le temps d’enquêter auprès de celles qui sont connues du CLIPSAS (la Féminine italienne est toujours membre, la Grande Loge est sortie).

Grande Loge Symbolique du Portugal

Il s’agit manifestement pour le CLIPSAS de faire la chasse au nombre d’affiliés (et donc de cotisations pro rata numeris) depuis le départ des grandes obédiences (GODF, GOB, GLB, GLF, GLI, etc.), départs liés à ces inflations inquiétantes.

Et, mieux encore, le rapport portugais recommande de donner quitus à la demande d’adhésion de SOMI au CLIPSAS « bien que les réponses au questionnaire n’aient pas précisé […] quelle Grande Obédience a délivré la Patente REAA (et la date). »

Mais oui, bonne question, d’où vient leur légitimité ? Elle est, en fait, peu avouable.

Le renégat

En effet, après son admission au CLIPSAS, SOMI nous montre son vrai visage. La chasse au réseau, l’ubris, la volonté d’une grenouille qui veut devenir un bœuf. Quitte à s’adjoindre les pires profils. Mais pourquoi s’en priver au regard de sa propre histoire prenant une part de sa « légitimité historique » dans le fascisme italien via Palermi ?

Exemple ? Dès son entrée, SOMI affilié un frère renégat et félon qui « détourne » au profit de cette obédience italienne (j’insiste, « italienne ») une loge du Grand Orient d’Estonie (voyez un peu la distance !), obtenant pour ce haut fait d’armes le statut de Délégué Provincial du Grand Maître pour les provinces boréales ! Une Loge de quelques 15 membres détournée et hop un cordon ! Rien moins.

Puis, quand le Grand Maître du Grand Orient d’Estonie s’en émeut auprès d’autres obédiences qui parrainent ses efforts (c’est autre chose d’avoir cent membres en Estonie post-soviétique qu’en Italie de Garibaldi !), cette interpellation lui donne droit à un courrier de la « sœur grand maître » de SOMI Barbara Empler qui le salue d’un « Dear Mr. Cher Monsieur », ne lui reconnaissant donc même pas le statut maçonnique. Quelle élégance fraternelle !

Puis le meilleur : l’explication dans ce courrier de la légitimité de Rite de SOMI – je cite – « In 1944, Joao Pucciarelli [ndlr Souverain Grand Commandeur installé après 1944 par les Réguliers américains], the heir of Raul Vittorio Palermi, reconstituted the Ancient and Accepted Scottish Rite in Italy [» Et voilà : on a LA légitimité puisque les lointains (re)fondateurs en 1944-45 l’ont acquise de l’héritier de Palermi le fasciste, l’héritier Pucciarelli, lui-même maçon de l’obédience de Palermi depuis la période suspecte de 1919 et étant l’homme des -Réguliers américains ! Belle carte de visite en vérité pour une obédience qui se veut à présent « libérale » et rejoint le club international des obédiences libérales. Quant à une « refondation » en 1944, voire une fondation en 1952 (selon les documents et lettres diverses) on se rappellera que SOMI est fondée en 1982 de son propre aveu, dans ses documents d’adhésion !!! Et cela ne soulève toujours pas d’objection. SOMI devient membres du CLIPSAS jusqu’à sa démission en 2024 (deux ans à peine après son entrée).

Adam

Mais le pire est encore à découvrir en apprenant que celui qui « détourne » au profit de SOMI cette fameuse loge estonienne (en promettant à ses membres une ouverture sur le monde !) n’est autre qu’un ex-membre de la Grande Loge (régulière) d’Estonie (dont il est depuis banni !), qu’il a quitté pour une apparition brève au Grand Orient d’Estonie en invoquant de fausses raisons de départ de la régulière, avant de quitter là aussi n’y obtenant pas de cordon de Grand-Maître adjoint pour les relations extérieures, seule motivation de cet homme qui veut du réseau ! Affairiste.

Et, pour couronner le tout, on découvre que cet individu, plusieurs fois félon à ses serments, qui s’appelle Adam Tamjarv, banni de la régulière estonienne et du Grand Orient d’Estonie, est condamné pour fraude fiscale par les tribunaux estoniens ! Beau pedigree pour SOMI ! Belle absence de réaction au CLIPSAS malgré les avertissements !

Carrousel à la TVA, Adam Tamjarv est une première fois condamné pour avoir détourné plus de 180 000 euros. Décision du Tribunal : « satisfaire la réclamation de droit public soumise par l’intermédiaire du Conseil des impôts et des douanes de la République d’Estonie au moment de l’acceptation et juger Adam Tamjärv redevable en faveur de la République d’Estonie de 190 253,25 euros, à payer selon accord à compter de la décision de justice ». La décision du Tribunal détaille les fausses factures permettant de récupérer indûment de la TVA et accises sur des denrées jamais reçues par le « restaurateur » Tamjarv. Rien n’est contesté. Tout est établi et coulé en force de chose jugée. Rien n’y fait. SOMI l’accueille à bras et cordons ouverst.

Tamjarv est depuis condamné en plus pour avoir escroqué des investisseurs privés, à hauteur de 1,3 millions d’euros cette fois. Par décision de la Cour, « en vertu de la section 209(2)(1) du Code pénal estonien, Tamjarv est condamné à une peine combinée de 3 ans et six mois de prison avec sursis probatoire. Une période probatoire où il est censé se soumettre à une supervision criminelle incluant un domicile et résidence fixe (en Estonie, donc loin de SOMI !) assortie d’un rapport de supervision régulier ».

Tout est public, documenté, publié en long et en large dans divers titres de presse estonienne. Mais là, subitement, silence de Mme Empler et de SOMI et du CLIPSAS. Puis démission de SOMI au CLIPSAS. En silence. Etrange, non ?

Mieux Adam Tamjarv a, semble-t-il, été élu en 2025 à Tallinn en Estonie comme président de la Ligue Universelle des Francs-Maçons, (en tous cas de sa fédération locale), la LUF une organisation centenaire – à la base défendant et promouvant l’espéranto- mais devenue aussi caduque que son âge vénérable (elle fut fondée en 1905). Une fois encore, après avoir perdu l’affiliation CLIPSAS (mais y avoir récolté des contacts internationaux) l’obsession de Tamjarv pour les titres et surtout le réseau international est insatiable ! Tout ce que la Maçonnerie est censée abhorrer. Pour quel ego ou quels trafics ? En conséquence, le CLIPSAS devrait s’interroger sur le sérieux et la méthode de ses enquêtes avant affiliation. Sous peine de faire fuir plus de corps maçonniques respectables. Il serait bon pour cette instance de communiquer à ses membres l’histoire et le pedigree de SOMI et de Tamjarv pour que le réseau puisse les bannir. Il serait en tous cas désolant qu’étant avertis une nouvelle fois de tous ces faits, le CLIPSAS s’abstienne de réagir.

Sacha Bergeldeky

DEMANDE DE DROIT DE RÉPONSE DE LA GLMFI

À l’attention de la rédaction:

Concernant votre article paru sur 450.fm le vendredi 31 juillet intitulé « Le fascisme est compatible avec la franc-maçonnerie?», à la demande de notre Grande Maîtresse, Ambra Galla, que nous lie en copie, nous vous prions de bien vouloir effectuer les rectifications suivantes :

  • Contrairement à ce qui est écrit dans l’article, nous précisons que notre Obédience, la Grande Loge Maçonnique Féminine d’Italie (GLMFI), n’a ni traités ni relations officielles avec le Somi ;
  • Contrairement à ce qui a été affirmé concernant le fait que la GLMFI serait toujours inscrite au CLIPSAS, ce n’est pas le cas: notre adhésion a pris fin en 2025 en raison d’une divergence de vision éthique ;
  • La GLMFI est la seule Obédience féminine régulière opérant sur le territoire italien dans le contexte maçonnique et paramaçonnique international parmi les Obédiences libérales et adogmatiques. Les regroupements mentionnés dans l’article se sont dissous ou ne remplissent pas les conditions d’obédience.

Nous profitons de cette occasion, en dehors des sujets strictement liés à cette rectification, pour vous demander de remplacer les informations concernant notre Obédience figurant dans votre annuaire, informations qui sont fondamentalement erronées, notamment le nombre de nos membres, qui n’est pas de 160 mais de 350.

Nous avons inséré les informations correctes en utilisant votre format et vous les envoyons ci-joint.

Merci, avec salutations fraternelles.

Le bureau de communication de la GLMFI

Ce a quoi l’auteur de cet article répond…

1/ Nous ne mettons pas en cause la GLMFI mais nous citons son absence de réponse comme enquêtrice sollicitée par le CLIPSAS (en tous cas sur base des documents en notre possession) selon lettre adressée à la GM Monica Dotti le 12 décembre 2021 et apparemment restée sans réponse. Dommage avec ce qu’elle nous révèle aujourd’hui !
2/ c’est SOMi qui cite ses « relations amicales avec la GL féminine d’Italie, Anciens Francs-Maçons d’Italie, Grand Orient Libres Maçons Italiens » dans son questionnaire de renseignements adressé au CLIPSAS et accepté par celui-ci
3/ C’est le rapport d’enquête de la GL Symbolique du Portugal adressé au past président du CLIPSAS qui reproduit cette « alliance significative » avec la « Grande Loge féminine d’Italie, Anciens Francs-Maçons d’Italie, Grand Orient Libres Maçons Italiens »
4/ nous prenons acte de la démission de la GLMFI du CLIPSAS en 2025 mais elle était bien membre en 2021 lorsque sollicitée pour enquêter sur SOMI, rôle qu’elle n’a pas voulu remplir. Pourquoi ?
5/ Les groupements cités (selon les termes du courriel) qui ne remplissent pas les conditions d’obédience ou se sont dissous : c’est bien le rôle de cet article que nous avons écrit que de démontrer une enquête d’admission baclée au CLIPSAS. Savent-elles ce qu’il advient du SOMI aujourd’hui ? existe-t-il toujours ? Est-il dissous ?

Appel de la Fondation du Grand Orient de France

Face aux incendies qui ravagent cet été plusieurs régions d’Europe, la Fondation du Grand Orient de France appelle à une mobilisation fraternelle. Les dons recueillis seront intégralement reversés aux associations qui secourent les sinistrés et accompagnent la reconstruction.

Mobilisons-nous : la Solidarité et la Fraternité se prouvent par nos actes.

Les incendies qui frappent cet été plusieurs régions d’Europe sont d’une ampleur exceptionnelle. Au-delà des ravages infligés à notre patrimoine naturel, ces catastrophes bouleversent durablement la vie de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants. Des familles ont tout perdu. Des territoires entiers voient leur économie fragilisée et auront besoin de longs mois, voire de plusieurs années, pour se reconstruire.

Face à cette tragédie, les pouvoirs publics sont mobilisés. Mais les associations jouent également un rôle essentiel. Présentes sur le terrain dès les premières heures, elles apportent une aide d’urgence indispensable aux sinistrés avant d’accompagner, dans la durée, la reconstruction des vies et des liens sociaux.

Aujourd’hui, l’ensemble des francs-maçons est appelé à se mobiliser pour témoigner concrètement de son attachement aux valeurs qui fondent son engagement.

Depuis près de quarante ans, la Fondation du Grand Orient de France soutient les associations qui incarnent au quotidien les valeurs de solidarité, d’humanisme et de fraternité. Fidèle à cette mission, elle se mobilise aujourd’hui pour accompagner les associations engagées auprès des victimes des incendies de l’été 2026 et répondre à leurs besoins les plus urgents.

L’ampleur de cette catastrophe exige une réponse collective. C’est pourquoi la Fondation du Grand Orient de France lance un appel à la générosité. L’intégralité des dons recueillis sera consacrée au soutien des associations venant en aide aux sinistrés.

Nous faisons appel à toutes celles et à tous ceux qui considèrent que la Solidarité n’est pas un simple principe, mais une responsabilité partagée ; que la Fraternité ne prend tout son sens que lorsqu’elle se traduit en actes.

Aujourd’hui, chaque don compte. Chaque geste contribue à soulager des souffrances, à soutenir celles et ceux qui agissent sur le terrain et à redonner de l’espoir aux victimes.

Vous pouvez effectuer votre don en allant sur le site de la fondation :

https://www.fondation-godf.org

Ou en suivant le lien :

https://www.fondation-godf.org/soutien-aux-sinistres-des-incendies-de-lete-2026

Au nom des associations qui bénéficieront de votre soutien, et de toutes les personnes qu’elles accompagnent, nous vous remercions sincèrement pour votre engagement et votre générosité.

René Turiaf
Vice-Président de la Fondation du Grand Orient de France

Dans l’épreuve, la Fraternité ne se proclame pas, elle se prouve. Chaque don devient alors une pierre posée pour relever des vies, retisser des liens et reconstruire le monde commun.

À Steubenville, un temple maçonnique va devenir sanctuaire catholique : quand un lieu change d’âme

De notre confrère reinformation.tv

À Steubenville, dans l’Ohio, un ancien temple maçonnique occupé depuis près d’un siècle par les francs-maçons doit bientôt connaître une transformation spectaculaire. Le College of St. Joseph the Worker a annoncé son intention d’acheter l’édifice afin d’y aménager un sanctuaire, une salle de réunion et un athénée, dans une démarche assumée de reconquête spirituelle et civique. L’opération est présentée par l’institution comme un acte de restauration, de réouverture au public et de réorientation du lieu vers ce qu’elle considère comme sa vocation ultime : servir le bien commun sous le signe du Christ.

Une annonce très symbolique

Le message publié par le collège ne laisse guère place à l’ambiguïté : il s’agit de « reprendre le temple maçonnique pour le Christ ». Les responsables expliquent que les francs-maçons de Steubenville devraient tenir leur dernier événement en novembre 2026, avant de quitter les lieux, puis que le bâtiment serait racheté, exorcisé et rendu à la ville. Le vocabulaire est fort, volontairement symbolique, et il montre que l’enjeu dépasse de loin la simple acquisition immobilière.

Le projet n’est pas seulement religieux. Le site doit devenir un espace mixte, combinant salle de spectacle de 500 places, lieu de conférence, café haut de gamme, sanctuaire et centre intellectuel ouvert aux habitants. Le collège insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un auditorium universitaire classique, mais d’un hall public que l’établissement mettrait à disposition de toute la région. L’objectif affiché est donc double : spirituel et civique.

Le sens d’un athénée

Le terme d’« athénée » n’est pas choisi au hasard. Le College of St. Joseph the Worker le présente comme un lieu où une communauté cesse de parler d’elle-même pour entrer dans une conversation intellectuelle plus large. L’institution renvoie à une tradition ancienne : le mot évoque les espaces de lecture, de débat, de musique et de culture où se formait autrefois une vie civique dense. Dans sa communication, le collège affirme vouloir restaurer ce que l’Ohio Valley a perdu : des lieux capables de rassembler les habitants autour de la musique, des idées, des cérémonies et des arts.

Cette ambition donne au projet une dimension plus large qu’un simple geste confessionnel. Il s’agit de transformer un bâtiment marqué par une culture de société discrète en un espace d’ouverture, de liturgie et de présence publique. Le contraste est particulièrement fort dans une ville de tradition ouvrière et religieuse comme Steubenville, où les lieux de rassemblement jouent un rôle essentiel dans la vie locale.

Le profil du collège

Fondé en 2024, le College of St. Joseph the Worker est une jeune institution catholique qui entend former ses étudiants à la fois par les études libérales et par un apprentissage manuel. Le modèle revendiqué associe licence en études catholiques et métier concret, dans une logique de formation intégrale de la personne. Le collège insiste sur une idée traditionnelle : la vocation laïque ne consiste pas seulement à gagner sa vie, mais à sanctifier sa famille, son lieu de travail et sa communauté.

Le président de l’établissement, Jacob Imam, raconte avoir grandi dans une famille musulmane avant une conversion au protestantisme puis au catholicisme, sous l’influence de Walter Hooper, ancien secrétaire de C.S. Lewis. Cette trajectoire de conversion donne un relief particulier à sa manière de parler du projet : celui-ci est présenté comme à la fois intellectuel, spirituel et concret. L’idée de « purifier » puis de « transformer » le temple maçonnique ne relève donc pas, dans sa bouche, d’un simple slogan, mais d’un programme de reconfiguration chrétienne de l’espace.

Réparer un vide urbain

Le collège ne parle pas seulement d’un bâtiment. Il parle d’une ville, d’un tissu social, d’un centre urbain qui a besoin d’être revivifié. Dans son texte, la fondation explique que l’Ohio Valley a perdu les halls, les lieux de musique, les espaces de discussion et les salons civiques qui donnaient une épaisseur collective à la vie locale. D’où l’idée de redonner au bâtiment une fonction de foyer culturel.

Le futur théâtre de 500 places doit pouvoir accueillir des symphonies, des concerts sacrés, des conférences, des festivals littéraires, des remises de diplômes et des cérémonies civiques. Le projet vise aussi explicitement les écoles, les chorales et les groupes locaux, qui pourraient utiliser ces espaces à des tarifs accessibles. Le message est clair : le lieu n’est pas destiné à rester un objet patrimonial figé, mais à redevenir un moteur de sociabilité.

Sanctuaire, table et cité

L’un des aspects les plus frappants du projet est l’articulation entre trois fonctions : le sanctuaire, la table et l’athénée. Le sanctuaire accueillera des reliques de première classe et une réplique du Linceul de Turin, ouverte au public et aux pèlerins. Clement’s Cafe deviendra, selon le collège, le premier restaurant haut de gamme de Steubenville, afin de prolonger l’expérience culturelle et spirituelle par une vie conviviale. Enfin, l’athénée servira d’espace intellectuel et de forum public.

Cette triple fonction traduit une vision catholique classique : la contemplation, la liturgie et la vie commune ne doivent pas être séparées. Le collège cite même l’idée de transmettre aux autres les fruits de la contemplation, selon la vieille formule contemplata aliis tradere. Dans cette logique, reconquérir l’ancien temple maçonnique revient à réinscrire le bâtiment dans un ordre plus vaste, où le sacré, l’intelligence et la cité se répondent.

Un geste de reconquête

Il serait réducteur de lire ce projet uniquement comme une provocation antimaçonnique. Le ton employé par le collège est certes très direct, parlant d’un « temple païen » à transformer en sanctuaire du Christ. Mais l’enjeu principal semble être moins la polémique que la réappropriation symbolique. Le collège veut montrer qu’un lieu peut changer de signification, de fonction et de destin.

Cette transformation a une portée très forte dans l’Amérique contemporaine. Elle parle à la fois aux catholiques désireux de lieux de rayonnement, aux défenseurs de la culture locale et à ceux qui voient dans la rénovation du bâti une manière de lutter contre la désagrégation communautaire. La dimension de guerre culturelle n’est pas absente, mais elle se mêle ici à un discours sur la reconstruction matérielle et spirituelle d’une ville.

Un financement ambitieux

Le projet est évalué à 4 millions de dollars, avec une date butoir fixée au 10 janvier 2027. Le collège sollicite des dons, des transferts de titres et des soutiens privés pour mener à bien cette opération. Il précise vouloir informer les donateurs potentiels des effets à long terme de son modèle. Cela montre que l’affaire n’est pas une simple annonce symbolique : elle s’inscrit dans une stratégie d’expansion et de consolidation institutionnelle.

Le fait que l’établissement soit récent ajoute à la portée du projet. Une jeune institution, encore modeste, entend donner une nouvelle destination à un bâtiment chargé d’histoire et de symboles. C’est précisément ce contraste qui retient l’attention : un collège fondé hier veut redonner une forme de grandeur civique et chrétienne à un lieu centenaire.

Ce que cela dit de notre époque

Au-delà du cas de Steubenville, cette affaire raconte quelque chose de plus vaste : le retour des batailles symboliques autour des lieux, des héritages et des récits. Les anciens espaces de sociabilité ne sont plus seulement des bâtiments ; ils deviennent des enjeux de mémoire, de présence publique et d’identité spirituelle. Quand un temple maçonnique peut devenir un sanctuaire catholique, c’est toute la question de la destination des lieux qui se trouve posée.

On y voit aussi une forme de réponse aux fractures contemporaines : au lieu de laisser un bâtiment historique se vider de sa fonction, le collège propose de le recharger de sens. Il ne s’agit pas simplement de le restaurer, mais de l’orienter vers un usage qui relie la foi, la culture et la cité.

Un passage de témoin très américain

L’histoire du temple de Steubenville a aussi quelque chose de très américain : elle mêle héritage associatif, initiative privée, langage religieux assumé et philanthropie. Là où d’autres sociétés préserveraient l’ancienne destination d’un bâtiment par respect patrimonial, le College of St. Joseph the Worker revendique un changement de vocation. Dans sa logique, un lieu n’est pas sacré parce qu’il est ancien ; il le devient ou le redevient par l’usage qu’on en fait.

C’est sans doute ce qui rend le projet si frappant : il ne se contente pas de conserver un témoin du passé, il veut produire un nouvel usage du passé. En cela, il parle autant de la société américaine que de la place du catholicisme dans l’espace public contemporain.

L’interview de Jacques Carletto : « L’Arche Royale »

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Avec l’Arche Royale de Gérard Mayau, l’ouvrage défend une idée centrale : la Sainte Arche Royale ne constitue pas un « haut grade » ajouté aux trois premiers degrés, mais l’achèvement naturel de la maîtrise, permettant de retrouver le sens spirituel de la « Parole perdue ». Son approche est à la fois historique, biblique, symbolique et initiatique.

L’ouvrage s’ouvre sur une réflexion historique concernant les origines de la Franc-Maçonnerie anglaise. Gérard Mayau rappelle que l’Arche Royale ne peut être comprise indépendamment de la naissance de la maçonnerie spéculative au XVIIIᵉ siècle. Il montre que les fondateurs de cette tradition furent profondément marqués par le déisme, la pensée de la Loi naturelle, l’exégèse biblique et les travaux de savants comme Isaac Newton ou Jean-Théophile Desaguliers. Derrière les rituels se cache une véritable philosophie spirituelle davantage qu’un simple cérémonial.

L’auteur s’attache ensuite à démontrer que le troisième degré laisse volontairement une question ouverte : la disparition de la Parole sacrée. La mort symbolique d’Hiram n’est pas une conclusion mais un commencement. Le Maître découvre qu’il possède désormais le désir de la vérité, mais non encore la vérité elle-même. Cette incomplétude prépare naturellement l’Arche Royale.

La seconde partie est consacrée aux fondements historiques et bibliques de la tradition. L’histoire d’Israël n’est donc pas seulement étudiée comme une succession d’événements : elle devient le langage symbolique de la reconstruction intérieure de l’être humain.

L’Arche Royale met alors en scène la redécouverte de ce qui semblait perdu. Lors des travaux de reconstruction du Temple, les compagnons découvrent sous les anciennes fondations un lieu secret où est conservé le Nom divin. Cette descente dans les profondeurs représente la descente de l’homme en lui-même. Plus l’initié s’enfonce sous les apparences, plus il s’approche du principe qui fonde son existence.

L’ouvrage s’intéresse aussi aux influences philosophiques qui ont nourri la maçonnerie anglaise. Philon d’Alexandrie, la tradition du Logos, la lecture allégorique des Écritures, la pensée de Newton ou encore la théologie naturelle.

Une autre contribution importante du livre consiste à replacer les débats maçonniques dans leur contexte historique. Gérard Mayau montre que les formes actuelles des rituels sont souvent le résultat de compromis politiques, religieux ou institutionnels. Comprendre cette évolution évite de prendre les formulations rituelles comme des vérités intemporelles et permet d’en retrouver le sens originel.

Enfin, l’auteur conclut que l’Arche Royale représente moins un degré supplémentaire qu’une clé de lecture de toute la Franc- Maçonnerie. Elle éclaire rétrospectivement l’Apprentissage, le Compagnonnage et la Maîtrise. La quête initiatique ne consiste pas à accumuler des connaissances, mais à retrouver progressivement l’unité intérieure symbolisée par la Parole retrouvée.

L’auteur Gérard MAYAU :

Études supérieures : 2e cycle : histoire 3e cycle : droit ; sciences éco ; sciences po ; criminologie. Carrière : Ville nouvelle de Marne-la-Vallée : directeur juridique et des affaires immobilières Cogedim : Secrétaire Général : Président de filiales régionales, directeur général adjoint ; Groupe Ribourel : Président Directeur Général Groupe Dumez Immobilier : Président Directeur Général : Dumez Real Estate North America : Chairman C.E.O. Compagnie Générale d’Engeeniering Immobilier : Président

Il fut Pic de la Mirandole – Chapitre 6 – Les neuf cents flammes

Chapitre précédent ici.

Il alla à Paris en 1485.

Le voyage fut long, inconfortable, traversant les Alpes par le col du Mont-Cenis dans un froid qui fendait les lèvres et faisait souffrir les chevaux, puis descendant vers Lyon, puis remontant vers la capitale du royaume de France par des routes qui n’étaient plus des routes mais des suggestions de chemins, des ornières gelées bordées de forêts sombres d’où surgissaient, parfois, des bandes de vagabonds ou des soldats sans maître qui arrêtaient les voyageurs pour inspecter leurs bagages.

Giovanni voyageait avec deux domestiques, une mule chargée de manuscrits, car il ne se déplaçait jamais sans ses livres, et une curiosité intense à l’égard de ce pays du Nord dont les humanistes italiens parlaient avec un mélange de condescendance et d’inquiétude.

Le royaume de France était puissant, militairement dangereux pour les petits États italiens, et culturellement en retard ; on le disait, à Florence, avec une politesse qui voilait mal le mépris. Mais l’Université de Paris, elle, n’était en retard sur rien. Elle était la capitale intellectuelle de l’Europe scolastique, l’endroit où les grands débats théologiques et philosophiques se jouaient depuis des siècles, et où vivaient et enseignaient des maîtres que même les Italiens respectaient.

C’est là que Giovanni voulait défier ses neuf cents thèses.

Paris l’accueillit par une bruine de novembre qui semblait devoir ne jamais finir.
La ville, deux fois plus grande que Florence, chaotique, malodorante, magnifique, s’étalait de part et d’autre de la Seine en une accumulation de quartiers qui n’avaient jamais été planifiés mais s’étaient simplement emboîtés au fil des siècles, comme des pièces d’un puzzle fait par plusieurs générations de joueurs différents.

La Cité, l’île centrale avec ses deux cathédrales et ses labyrinthes de ruelles étroites. La Rive droite avec ses marchés et ses ateliers. Et la Rive gauche, le Quartier Latin, où les collèges s’agglutinaient dans un désordre productif, où les étudiants venus de toute l’Europe dormaient à six par chambre, disputaient à longueur de nuit des questions qui n’intéressaient plus personne depuis deux siècles, buvaient du mauvais vin de la Loire, et s’amouraient avec la férocité qui est le propre de la jeunesse intellectuelle.

Giovanni s’installa dans un logement proche du collège de la Sorbonne, dans une maison tenue par un relieur qui louait ses chambres aux étudiants aisés et savait maintenir des standards minimaux de propreté et de chauffage.

Il était à Paris depuis trois jours quand il commença à fréquenter les cours. Pas en étudiant régulier, mais en auditeur libre, ce que son statut de comte lui permettait sans difficultés.
L’enseignement de la Sorbonne était, pour quelqu’un venant de Florence, une expérience ambivalente.
D’un côté, la rigueur. Les maîtres de Paris raisonnaient avec une précision que même del Medigo n’atteignait pas toujours, une capacité à démêler les distinctions, à identifier les présupposés cachés dans les arguments, à construire des preuves formelles dont chaque étape était vérifiable. Giovanni y apprit beaucoup, et il reconnut honnêtement qu’il y avait dans la scolastique parisienne quelque chose de précieux que les humanistes italiens avaient tort de dédaigner.
De l’autre, la clôture. Les maîtres de Paris savaient tout sur les questions qu’ils avaient décidé de poser, et rien sur les questions qu’ils avaient décidé d’ignorer. La Kabbale ? De la superstition juive. L’hermétisme ? Des fables alexandrines. Le néoplatonisme de Ficin ? Du galvanisme sentimental. Il y avait dans l’université parisienne une frontière nette, rigoureusement gardée, entre ce qui méritait d’être discuté et ce qui n’en valait pas la peine  et cette frontière coïncidait, avec une précision troublante, avec les frontières entre la chrétienté latine et tout le reste.

Giovanni écoutait, prenait des notes, discutait après les cours avec les maîtres qui acceptaient de dialoguer, et rentrait chaque soir dans sa chambre pour travailler.

C’est dans cette chambre parisienne, au rythme de la pluie sur les toits et du bruit des rues qui montait par les fenêtres, qu’il rédigea la plus grande partie de ses neuf cents thèses.

Pour comprendre ce que Giovanni Pico cherchait à accomplir, il faut d’abord comprendre ce qu’était la thèse dans l’université médiévale et renaissante. Une thèse n’était pas simplement une affirmation. C’était une proposition formelle qu’on s’engageait à défendre contre tous les contradicteurs, selon les règles codifiées de la disputatio scolastique. Le maître ou l’étudiant énonçait sa thèse, et les objecteurs soulevaient des objections auxquelles il devait répondre de façon argumentée. C’était un exercice à la fois intellectuel et performatif, un théâtre du savoir où les enjeux étaient réels.

Proposer neuf cents thèses d’un seul coup, c’était donc proposer un programme de débat colossal, une sorte de festival intellectuel qui durerait plusieurs semaines, ou même des mois, et où l’Europe entière des érudits serait invitée à participer. Giovanni offrait même de payer les frais de voyage de tous ceux qui viendraient disputer à Rome.

Mais le contenu était encore plus ambitieux que la forme.
Les neuf cents thèses se répartissaient en plusieurs sections :
Les premières, environ quatre cents, étaient ce que Giovanni appelait des  conclusions selon l’opinion propre : des propositions originales, issues de sa propre réflexion, qui n’étaient pas des citations ou des paraphrases d’auteurs anciens mais bien des affirmations personnelles. Ces thèses-là étaient les plus provocatrices, car Giovanni y avançait des idées que personne n’avait formulées avant lui.
Les suivantes reprenaient et discutaient les positions des philosophes anciens, Platon, Aristote, Plotin, Porphyre, en montrant comment ces positions, correctement comprises, se réconciliaient avec la théologie chrétienne.
D’autres sections traitaient des traditions hermétiques : les textes attribués à Hermès Trismégiste, les Oracles Chaldaïques, la philosophie zoroastrienne. Il soutenait que ces traditions antiques conservaient une révélation primitive que le christianisme accomplit sans la détruire.
Et puis, les plus importantes et les plus dangereuses : les thèses kabbalistiques.
Dans ces thèses, environ quarante-sept, réparties en plusieurs sections, Giovanni soutenait que la Kabbale juive, correctement interprétée, démontrait la vérité du christianisme avec plus de force que n’importe quel argument philosophique ordinaire. Non pas parce que la Kabbale était chrétienne, elle ne l’était pas, mais parce qu’elle accédait, par ses propres voies, aux mêmes vérités fondamentales que la révélation chrétienne. L’arbre des sephirot, avec ses dix émanations de la divinité, correspondait à la hiérarchie des êtres néoplatonicienne et, au-delà, à la Trinité chrétienne. La théorie kabbalistique du tsimtsoum, le retrait de Dieu pour créer l’espace de la création, correspondait à la kenosis du Christ quand Dieu se dépouille volontairement de certains attributs de sa divinité.

C’était là une idée explosive.
Car en soutenant que la Kabbale confirmait le christianisme, Giovanni ne se contentait pas de faire une concession généreuse aux Juifs. Il remettait en question l’idée que le christianisme avait besoin d’une confirmation extérieure. Il suggérait, implicitement, que la révélation divine était plus large que ce que l’Église avait voulu admettre, qu’elle se trouvait aussi dans des textes que l’Église avait officiellement condamnés. Il soutenait que la vérité ne s’arrêtait pas aux frontières de la Révélation biblique, mais qu’elle se retrouvait, sous des formes diverses, dans toutes les grandes traditions spirituelles de l’humanité.
C’était, au sens le plus précis du terme, de l’hérésie. Pas parce que Giovanni niait la foi chrétienne, au contraire, il l’affirmait avec une conviction sincère, mais parce qu’il élargissait son périmètre d’une façon que l’institution ecclésiastique ne pouvait pas accepter.
Il le savait.
Il le savait, et il continua d’écrire.

Il y avait à Paris, ce printemps de 1485, un autre homme qui comptait pour lui. Flavius Mithridate avait refait son apparition.

Il était à Paris depuis quelques semaines, venu de Rome avec une mission peu claire, peut-être des traductions à faire pour un cardinal, peut-être la vente d’autres manuscrits. Il habitait dans une pension de la Rive gauche, à vingt minutes à pied de chez Giovanni, et ils se retrouvaient presque chaque soir, soit chez l’un soit chez l’autre, pour continuer le travail commencé à Padoue.

Flavius Mithridate, Giovanni avait maintenant du mal à penser à lui sous son nom hébraïque d’origine, était un homme plus difficile à cerner qu’il n’y paraissait. Sa conversion au christianisme était sincère mais complexe : il ne considérait pas avoir abandonné sa tradition juive, mais l’avoir portée à son accomplissement. C’était exactement la façon dont Giovanni voyait les choses, depuis un angle différent. Ils se comprenaient dans cette complexité avec une facilité qui surprenait les deux.

Leurs échangent se poursuivaient jour et presque nuit.
— J’ai terminé la traduction des derniers passages du Zohar que vous demandiez. Les thèses cabalistiques sont prêtes à être intégrées. Giovanni, vous avez structuré tout cela avec une audace extraordinaire. Expliquez-moi à nouveau votre plan. Je veux comprendre comment vous allez présenter ces neuf cents flammes au monde.

Pic s’approcha de la table et désigna les liasses soigneusement classées.
— Tout repose sur l’ordre. La première partie, quatre cent deux thèses, expose les opinions des autres. Je les ai organisées selon les nations et les âges, en commençant par les plus récents pour remonter jusqu’aux sources les plus anciennes.

Il souleva une liasse.
— D’abord les scolastiques latins : Albert le Grand, Thomas d’Aquin, Duns Scot. Puis les Arabes : Avicenne, Averroès. Ensuite les Grecs : Platon, Aristote, Plotin, Proclus. Puis les Chaldéens, les Égyptiens, et enfin les Hébreux, les sages cabalistes.
Mithridate intervint.
— Et dans la seconde partie ?
Pic sourit, presque exalté.
— Là, je résous les contradictions. Je montre que toutes ces voix ne sont que les reflets d’une unique vérité : la religio prisca. Et surtout…
Il posa la main sur une section plus épaisse, marquée de caractères hébraïques.
— Les thèses cabalistiques. Soixante-douze d’entre elles, les plus puissantes. Je démontre que la magie naturelle et la kabbale prouvent mieux que toute autre science la divinité du Christ. Regardez.
Il cita de mémoire, la voix vibrante :
— Aucune science ne peut mieux nous convaincre de la divinité de Jésus-Christ que la magie et la cabale. Les lettres hébraïques sont les fondements du monde. Celui qui les connaît et les unit correctement participe à l’œuvre créatrice de Dieu. Quand on insère le Shin dans le Tétragramme, IHVH devient IHShVH, le Nom qui fait des merveilles.

Alemanno hocha la tête, inquiet.
— C’est magnifique… mais extrêmement dangereux. Vous révélez des secrets que les kabbalistes gardent pour les initiés.
Pic marchait de long en large.
— Précisément. Je ne les révèle pas au vulgaire. Je les offre aux esprits capables de les comprendre. Ces neuf cents thèses ne sont pas un chaos. Elles forment un arbre. Chaque opposition apparente se résout dans une harmonie supérieure. C’est la concordia universelle.

Mithridate déroula un grand schéma.
— Et l’introduction ? Le discours que vous préparez…
— L’Oratio de hominis dignitate. J’y montrerai que l’homme n’est pas une créature fixe, mais un être libre de se modeler lui-même, entre la bête et l’ange. Grâce à la connaissance, il peut remonter vers le divin.

Mais Mithridate était aussi un homme de contradictions. Brillant et parfois paresseux, généreux et parfois vénal, capable d’une analyse textuelle d’une finesse extraordinaire et capable aussi, dans d’autres moments, de bâcler un travail pour aller boire et jouer aux cartes. Il avait des dettes, que Giovanni payait parfois sans qu’on le lui demande explicitement, et une façon de disparaître pendant plusieurs jours pour revenir sans explication que Giovanni avait appris à accepter comme une donnée fixe de leur relation.

Un soir de mars, tard, dans la chambre de Giovanni encombrée de manuscrits et chauffée par un feu insuffisant, Mithridate leva les yeux de la traduction qu’il était en train de revoir et dit, sans préambule :
— Vous savez que ces thèses vont vous attirer des ennuis.
— Tout le monde me le dit.
— Je ne vous le dis pas comme avertissement. Je vous le dis comme constatation. Il y a dans vos thèses kabbalistiques des choses que les rabbins orthodoxes n’accepteront pas non plus. Vous nous utilisez, nous, les Juifs, pour vos fins syncrétistes. Vous faites dire à la Kabbale ce qu’elle ne dit pas nécessairement.
— Ou ce qu’elle dit sans le savoir, dit Giovanni.
— Voilà le problème exactement. Vous croyez pouvoir mieux comprendre un texte que la tradition qui l’a produit.
— Parfois, oui. L’auteur n’a pas toujours conscience de toutes les implications de ce qu’il dit.
— Vous êtes arrogant, Pico.
— Oui. Cela fait partie du paquet.

Mithridate rit malgré lui. C’était toujours ainsi avec Giovanni, on voulait être en colère, et il vous désarmait avec une franchise si totale qu’elle rendait la colère impossible.
— Vos thèses sur le Christ et le tétragramme, dit Mithridate plus sérieusement. Avez-vous bien réfléchi à ce que vous dites là ?
— Oui. La magie et la kabbale sont les deux sciences qui prouvent le plus sûrement la divinité du Christ. Les lettres hébraïques ne contredisent pas Platon… elles l’accomplissent.

Ficin hocha lentement la tête, un sourire éclairant son visage.
— Vous allez loin, très loin, mon jeune ami. Montrez-moi encore ce que vous avez vu.

Pic sortit un petit parchemin de sa manche et traça les lettres : IHVH puis IHShVH.
— Le Tétragramme. Quand on y insère le Shin, la lettre du Messie, il devient le Nom de Jésus, le Verbe qui fait des merveilles. Les kabbalistes disent que ces lettres sont vivantes. Hier soir, en les prononçant… j’ai senti une lumière, un arbre dont les branches reliaient tous les mondes.
Mithridate toucha les lettres du bout des doigts, presque avec révérence. Sa voix devint un murmure :
– C’est la prisca theologia. Hermès, Moïse, Platon, Orphée, et maintenant les Hébreux… tous disent la même chose sous des voiles différents. Mais prenez garde, Giovanni. L’Église n’est pas prête. Et certains dominicains… Parce que si je comprends bien votre argument, vous soutenez que le nom hébreu de Dieu, le tétragramme, YHVH, devient, si on y insère la lettre shin, le nom de Jésus en hébreu, Yeshua. Et que cette transformation formelle révèle que l’Incarnation était inscrite dans la structure même du nom divin.
— C’est ce que je soutiens, oui.
— C’est… vertigineux. Et profondément irrecevable pour un Juif qui croit que le nom divin est intouché et inchangeable.
— Je comprends. Mais pour un chrétien convaincu comme moi, qui a étudié la Kabbale et qui croit à la fois à la vérité de la révélation divine dans la Torah et à l’Incarnation, ce n’est pas une manipulation, c’est une découverte. L’Incarnation était annoncée dans le nom même de Dieu.

Mithridate le regarda longtemps.
— Vous êtes un homme qui croit vraiment ce qu’il dit.
— Cela vous surprend ?
— Non. Cela me touche, dit Mithridate. Et cela me rend triste, aussi. Parce que les hommes qui croient vraiment ce qu’ils disent finissent généralement par en souffrir.

Un silence. Le feu crépita.
— Il y a dans vos yeux, quand vous parlez de vos thèses, dit Mithridate plus doucement, quelque chose que je n’ai vu que rarement. Une certitude qui ressemble à une vocation. Ce n’est pas seulement un projet intellectuel pour vous. C’est…
— C’est ma mission, dit Giovanni simplement.
Mithridate hocha la tête.
— Alors il n’y a rien à ajouter.

La nuit continua, les bougies baissèrent, et ils travaillèrent encore jusqu’à l’aube sur des textes kabbalistiques que personne en Europe, hormis quelques rabbins âgés, n’avait encore lus en latin.

Les nuits parisiennes avec Mithridate ne furent pas toutes consacrées à la philosophie.

Il y avait des tavernes, dans ce Paris de 1485, des endroits sombres et chauds qui sentaient la bière et le suif, où on jouait aux dés et aux cartes, où on chantait des chansons grailleuses en plusieurs langues simultanément, où les étudiants et les clercs et les marchands et les prostituées et les soldats se côtoyaient avec cette démocratie particulière que la boisson inspire. Mithridate aimait ces endroits. Giovanni, qui les trouvait d’abord assommants, finit par y prendre un plaisir qu’il n’aurait pas su analyser complétement.

Il aimait regarder. Il aimait écouter. Il aimait cette accumulation d’humanité qui ne cherchait pas à être autre chose que ce qu’elle est, qui buvait et criait et pleurait et riait sans arrière-pensée philosophique, sans programme de réconciliation des traditions, sans mission.
Et dans ces soirs de taverne parisienne, entre deux pintes d’une bière épaisse dont le goût lui resta longtemps sur la langue, quelque chose se construisit entre Giovanni et Mithridate que ni l’un ni l’autre ne nomma jamais directement. C’était plus ancien que les mots, plus simple et plus complexe à la fois, une compréhension mutuelle qui passait par le corps autant que par l’esprit, une façon d’être ensemble qui ne demandait pas d’explication et n’en tolérait pas non plus.

Giovanni pensa parfois à Politien, à ce qu’il avait vécu avec lui à Florence, à la façon dont cela avait transformé sa façon de penser le monde. Avec Mithridate, c’était différent. Politien lui avait appris la beauté. Mithridate lui apprenait quelque chose d’autre, quelque chose de plus dépouillé, de plus risqué, une façon d’être présent dans le monde sans le filet de la beauté et de la culture.

Ils se séparèrent à l’été 1485, quand Mithridate repartit pour Rome et Giovanni décida de rentrer en Italie, les neuf cents thèses presque terminées dans ses cahiers.

Au moment de la séparation, Mithridate lui promit :
— Quand vous présenterez vos thèses au pape, je serai là.
— Comment le savez-vous ?
— Parce que vous aurez besoin de quelqu’un pour vous aider avec l’hébreu et l’araméen dans vos thèses kabbalistiques. Et il n’y a pas beaucoup de gens capables de faire ça.
— Ce n’est pas la seule raison, dit Giovanni.
Mithridate sourit. Ce sourire asymétrique.
— Non, dit-il. Ce n’est pas la seule raison, vous le savez bien.

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Le faux secret et la servitude du soupçon

Le complotisme ne hante plus seulement les marges numériques. Il aspire à gouverner, à légiférer, à vendre et à transformer le voisin en ennemi. Charlie Hebdo suit cette mutation du trumpisme aux « citoyens souverains », des fantasmes autour de Notre-Dame aux attaques contre l’éducation à la sexualité, du négationnisme climatique aux pyramides attribuées aux extraterrestres. Une même mécanique détruit le monde commun, remplace la preuve par l’intuition blessée et fait du soupçon une identité. Pour la Franc-Maçonnerie, si souvent désignée comme puissance occulte, la lecture oblige à distinguer le secret qui protège un chemin intérieur du faux secret qui asservit les consciences.

Le complotisme ne cherche plus l’ombre, il réclame le pouvoir

Jean-Loup Adénor ouvre le numéro par la formule des « petits artisans du fascisme ». Le mot ne désigne pas ici une doctrine parfaitement constituée. Il nomme le travail préparatoire de producteurs de récits, influenceurs, vidéastes et entrepreneurs de ressentiment. Chacun ajoute sa pierre à une architecture mentale où la démocratie paraît truquée, la science achetée et les institutions capturées. Le complotisme devient moins une croyance isolée qu’un apprentissage quotidien de la défiance absolue.

Les réseaux sociaux lui ont offert la vitesse, les algorithmes la répétition, l’économie de l’attention la rémunération et certaines forces politiques une destination. Les fantasmes changent de costume, mais leur dramaturgie demeure. Un peuple supposé pur aurait été dépossédé par une élite dissimulée. Un chef prétend lever le voile. Des traîtres sont désignés. La complexité du réel devient la preuve de la machination.

Le titre appelle pourtant une nuance. Tous les individus séduits par une rumeur ne sont pas des fascistes. Le dossier convainc lorsqu’il décrit une dynamique. Les récits complotistes fournissent au fascisme contemporain ses boucs émissaires, son héroïsation du chef et son mépris de la contradiction. Ils préparent une disponibilité intérieure à la servitude.

Le soupçon devient une machine politique

Yovan Simovic montre combien les idées confinées aux marges ont gagné les assemblées et les campagnes électorales. Aux États-Unis, des élus reprennent des thèses sur les « chemtrails », les vaccins ou le « nouvel ordre mondial ». En France, le discours antivaccinal et le documentaire Hold-Up ont trouvé des relais politiques. La frontière entre l’excentricité et l’action publique se dissout lorsque la rumeur devient une ressource électorale.

Jules Spector prolonge ce constat avec les « citoyens souverains », mouvance sectaire refusant la légitimité de l’État, des lois et parfois de l’identité civile. Les mots ne servent plus à décrire le droit, mais à l’abolir par incantation. Cette pseudo-souveraineté paraît libératrice. Elle livre pourtant ses adeptes aux escroqueries, à l’isolement et à la violence contre les agents publics. La souveraineté sans loi commune remplace la citoyenneté par une fiction narcissique.

La galaxie MAGA se déchire entre antisémites, croisés anti-islam, obsédés des dossiers Epstein et adeptes de QAnon. Son unité repose sur la désignation mouvante d’un ennemi et sur la fidélité à un chef. Lorsque Donald Trump déçoit ses partisans les plus exaltés, le soupçon se retourne contre ceux qui l’ont nourri.

Le vieux spectre judéo-maçonnique n’a jamais quitté la scène

La restauration de Notre-Dame réveille des fantasmes où le mobilier liturgique devient calice sacrificiel, où la voûte étoilée serait un clin d’œil aux Loges et où chaque choix esthétique confirmerait la main d’une cabale judéo-maçonnique. L’Antéchrist, les Illuminati, les francs-maçons, les Juifs et les satanistes échangent leurs masques dans une même pièce.

L’antimaçonnisme refuse d’admettre qu’une société initiatique puisse réserver certains usages sans gouverner secrètement le monde. Le secret maçonnique, qui concerne une expérience, une parole vécue et une discipline de soi, devient la preuve d’un commandement occulte. Le complotiste ne supporte pas qu’un secret puisse ne rien dissimuler d’autre qu’un travail intérieur.

L’énigme appelle une solution. Le mystère exige une transformation du regard. La Franc-Maçonnerie ne promet pas de révéler le nom des dirigeants invisibles de l’Histoire. Elle demande à chacun de dégrossir sa pierre et de soumettre ses certitudes à l’équerre de la raison. Le complotisme accomplit le mouvement inverse. Il transforme toute obscurité en preuve et toute preuve contraire en ruse supplémentaire.

La foi n’est pas la crédulité, le symbole n’est pas un code secret

La partie consacrée aux rapports entre religion et complotisme compte parmi les plus délicates. Le bandeau « Religion et complotisme, même combat » possède l’efficacité brutale de la satire. Pris au pied de la lettre, il écraserait une différence fondamentale. La foi ne se réduit pas à l’adhésion à une causalité cachée. Les traditions spirituelles exigeantes connaissent le doute, l’exégèse et la pluralité des interprétations. Le dossier atteint sa cible lorsqu’il vise les intégrismes.

Martin Lom décrit la convergence entre catholicisme intégriste, activisme islamiste et réseaux complotistes contre l’éducation à la sexualité. Les mêmes fausses informations circulent au sujet d’une prétendue sexualisation des enfants ou d’un endoctrinement généralisé. L’école devient le laboratoire d’une élite perverse.

Une éducation qui donne des mots pour nommer le consentement, les violences, le corps et l’égalité protège l’enfant contre les emprises. Le refus dogmatique de cette parole entretient le silence dans lequel prospèrent les abus. Toute initiation digne de ce nom conduit vers une conscience plus libre. L’emprise exige des êtres privés de langage.

Quand la croyance veut congédier la connaissance

Antonio Fischetti démonte les théories qui attribuent les pyramides à des extraterrestres ou à une civilisation blanche disparue. Derrière l’amusement surgit une vieille violence. Refuser aux Égyptiens la capacité d’avoir conçu et édifié leurs monuments prolonge souvent une vision raciste de l’Histoire.

La fascination maçonnique pour l’Égypte impose ici une vigilance fraternelle. Les symboles égyptiens ont nourri les imaginaires initiatiques européens, parfois au prix d’anachronismes. Leur valeur symbolique ne dispense jamais du respect dû à l’archéologie, aux textes et aux civilisations réelles. Une pyramide peut devenir image d’élévation sans se transformer en antenne cosmique. Le symbole ouvre plusieurs niveaux de sens. La pseudoscience ferme le réel sous une explication totale.

Le dossier poursuit cette critique dans l’édition et les salles de cinéma

Des maisons publient des ouvrages antivaccinaux ou pseudo-archéologiques parce que la controverse se vend. Des exploitants programment des films complotistes au nom de la liberté d’expression. Pierre Barnérias, avec Hold-Up puis Les Survivantes, illustre ce glissement entre enquête proclamée, récits invérifiables et insinuations.

Le complotisme possède une économie. Il vend des livres, remplit des salles, attire des clics, finance des chaînes et fidélise des communautés. Publier n’équivaut pas à approuver. Mettre en circulation sans contextualiser, vérifier ni avertir constitue pourtant un acte éditorial dont les conséquences ne peuvent être abandonnées au seul marché.

Le déni climatique organise l’irresponsabilité

Fabrice Nicolino décrit les adeptes français d’une réalité parallèle, Coline Renault examine la porosité des médias audiovisuels et Edgar Lalande suit une alliance internationale réunissant Donald Trump, Vladimir Poutine, Narendra Modi et plusieurs droites européennes. Le doute climatique devient une stratégie industrielle, médiatique et géopolitique.

Il ne cherche pas toujours à démontrer que le réchauffement n’existe pas. Il lui suffit de retarder l’action, de créer une controverse permanente et d’entretenir l’impression que les scientifiques se disputent encore sur l’essentiel. Le faux équilibre médiatique accomplit alors le travail du déni. Une opinion marginale reçoit le même poids que des décennies de recherches convergentes.

Bâtir suppose d’accepter la résistance des matériaux, de prévoir la durée et de transmettre un édifice habitable à ceux qui viendront après nous. Le climatoscepticisme sacrifie l’avenir à la jouissance immédiate, puis transforme l’alerte en persécution. Aucune pierre ne peut être posée avec justesse lorsque le terrain lui-même est déclaré imaginaire.

Le rire tranche, mais il ne dispense pas de comprendre

La grande force de ce hors-série tient à l’alliance du journalisme et du dessin. Les caricatures révèlent la mégalomanie, la cupidité ou l’infantilisme que les discours enveloppent de solennité. Le rire retire aux faux prophètes l’auréole qu’ils se fabriquent. Chez Charlie Hebdo, la satire constitue une méthode de désacralisation.

Cette méthode possède ses limites. Celui qui se sent méprisé par les institutions risque de ne percevoir que l’insulte contenue dans certains titres. Le numéro analyse très bien les producteurs et les circuits. Il éclaire moins les blessures sociales et les besoins d’appartenance qui rendent certains publics disponibles à ces récits.

Son architecture anthologique entraîne des répétitions et des différences de profondeur. Plusieurs textes répondent d’abord à une actualité précise. Leur rassemblement fait cependant apparaître une cohérence. Le complotisme traverse la politique, la religion, la médecine, le climat, l’édition, le cinéma et l’imaginaire historique.

La Lumière commence par le droit de douter de soi

Les Loges ne sont pas immunisées contre la rumeur, la fascination pseudo-historique ou la certitude d’être dépositaires d’une connaissance supérieure. Le vocabulaire du secret et de la tradition peut devenir un refuge contre l’examen critique. La vigilance commence donc au-dedans.

Le compas rappelle la limite. L’équerre exige la rectitude. Le niveau rend à chacun une égale dignité. La perpendiculaire oblige à vérifier l’aplomb de ce qui semblait tenir debout. Ces outils ne livrent aucune vérité prête à l’emploi. Ils enseignent une méthode faite de parole pesée, de fait contrôlé et de jugement différé lorsque les preuves manquent. Le silence maçonnique crée l’espace nécessaire pour que la passion se retire et que la pensée reprenne son ouvrage.

Complotistes, les nouveaux fascistes rappelle que la démocratie dépend d’un bien fragile, la possibilité de partager des faits sans partager toutes les opinions. Lorsque cette base disparaît, la contradiction devient trahison, l’adversaire devient criminel et la violence paraît légitime. Le faux secret promet à chacun d’être parmi les éveillés. Il ne produit que des consciences captives, enfermées dans un Temple sans fenêtres où chaque ombre confirme la présence de l’ennemi.

La véritable Lumière ne consiste peut-être pas à tout voir. Elle commence lorsque chacun accepte que sa propre certitude puisse encore porter une part de ténèbres.

Charlie Hebdo – Journal satirique, laïque et joyeux

Complotistes, les nouveaux fascistes

Éditions Rotative, Hors-série, juin-août 2026, Trimestriel, #14, 2026, 64 pages, 9,50 €

Paru le 11 juin 2026 et disponible dans les Maisons de la presse.

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