Dans les cercles feutrés où la Franc-maçonnerie se réunissait autrefois pour forger des idées audacieuses, un murmure grandit : les Loges, jadis gardiennes d’un symbolisme vivant et d’une quête intérieure, s’essoufflent dans une course vaine à l’influence sociale. Nombre d’entre elles, emportées par un zèle réformateur, ont délaissé l’essence même de leur vocation – la transformation de l’initié par le ciseau et le maillet – pour se perdre dans des débats sociétaux qui, loin d’élever, diluent leur impact.
En 2025, alors que le monde vibre au rythme de puissances financières et de réseaux d’influence, ces Loges, en quête d’une pseudo-évolution de la société, semblent avoir oublié la lumière du Temple.
Mais qui sont-elles, et pourquoi leur action marque-t-elle un déclin ?
Les Loges détournées : un abandon du symbolisme
Partout dans le monde maçonnique, des Loges se sont érigées en champions d’une société idéale, négligeant le cœur de leur mission : l’approfondissement du symbolisme qui forge l’âme. À Paris, des ateliers, autrefois berceaux de méditations sur l’équerre et le compas, consacrent désormais leurs tenues à des manifestes pour la justice sociale ou l’écologie, sans relier ces causes au travail intérieur.
Freemasons’ Hall à Londres, un bâtiment situé sur Great Queen Street.
À Londres, certaines Loges de la Grande Loge Unie d’Angleterre, séduites par le prestige du débat public, rédigent des chartes universalistes qui s’éloignent du rituel. Aux USA, des Loges du Rite Écossais se laissent entraîner dans des campagnes politiques, oubliant que la véritable révolution maçonnique naît dans le silence du cabinet de réflexion, non dans les pétitions.
Ce glissement n’est pas universel, mais il est répandu. Ces Loges, en abandonnant le langage des symboles – la voûte étoilée, la pierre brute, la chaîne d’union – pour des discours profanes, se coupent de leur pouvoir transformateur. Le symbolisme, qui invite à polir son cœur avant de prétendre polir le monde, est relégué au second plan. Résultat : leurs actions, bien intentionnées, manquent de profondeur, se fondant dans le bruit ambiant d’un monde saturé d’idéologies. En 2025, alors que l’humanité cherche du sens, ces Loges offrent des slogans là où elles pourraient offrir des clés.
Une influence éclipsée par les nouveaux pouvoirs
Larry Fink
Le véritable pouvoir, aujourd’hui, ne réside plus dans les temples maçonniques, mais dans les coulisses de la finance et du lobbying, où des géants comme Larry Fink, PDG de BlackRock, dictent l’agenda mondial. Avec 10 000 milliards de dollars d’actifs sous gestion en 2024, BlackRock influence les politiques climatiques, les conseils d’administration, et même les priorités des gouvernements, bien plus que les quelque 4 millions de maçons estimés dans le monde, répartis sous des obédiences comme la Grande Loge Unie d’Angleterre (200 000 membres), le Grand Orient de Belgique (10 000), ou la Grande Loge Nationale Française (35 000).
Les Grands Maîtres, au nombre d’environ 2 000 à la tête des obédiences mondiales, pèsent peu face à un homme dont un seul fonds peut faire plier des nations.
Le parlement européen avec en premier plan les drapeaux
À Bruxelles, capitale du lobbying, ce pouvoir s’exprime crûment. En 2025, 30 000 lobbyistes – soit 40 par eurodéputé – façonnent les lois européennes, représentant des intérêts allant des multinationales pharmaceutiques aux géants technologiques.
Selon des données récentes, chaque euro investi dans le lobbying génère un retour de 220 €, un rendement de 21 900 %, inchangé depuis une décennie.
Assemblée nationale en France
Les Loges maçonniques, même celles qui s’imaginent influentes, n’ont jamais approché une telle efficacité. Leurs résolutions, souvent abstraites, s’évanouissent face aux contrats signés dans les bureaux feutrés de l’avenue des Arts. L’argent, et non les idées, est le levier du changement social aujourd’hui. Les Loges qui s’obstinent à jouer les réformatrices sans comprendre ce basculement se condamnent à cultiver la stérilité de leur action.
L’appel des nouvelles générations : l’immédiateté face à la lenteur maçonnique
Les jeunes générations, nées avec un smartphone en main, tournent le dos aux Loges qui palabrent sur l’avenir de la société sans avoir le moindre pouvoir d’action.
Pourquoi s’attarder dans un Temple quand TikTok, avec ses 1,5 milliard d’utilisateurs, relaie des campagnes climatiques en 15 secondes ? Quand Change.org mobilise des millions pour une pétition en un clic ?
Les jeunes savent tous que Reddit organise des débats virulents sur l’égalité ou la technologie, atteignant des audiences que les Loges ne rêveraient jamais d’effleurer. Ces plateformes profanes, avec Twitter/X (600 millions d’utilisateurs), Instagram (2 milliards), ou même Discord (150 millions), offrent une réactivité que la réflexion maçonnique, par sa lenteur délibérée, ne pourra jamais égaler. Le vrai pouvoir se trouve donc là.
Un exemple frappant : en 2024, une campagne sur Twitch a levé 1 million d’euros pour des ONG écologiques en 48 heures, là où une Loge mettrait des mois à rédiger un manifeste sans garantie d’écho.
Les collectifs comme Extinction Rebellion ou les influenceurs sur YouTube touchent des cœurs et des esprits avec une immédiateté brutale, tandis que les Loges, engluées dans des débats sur l’universalisme, la laïcité ou le droit à mourir dans la dignité, semblent prêcher dans un désert numérique. Les jeunes veulent agir, voir des résultats, pas méditer sur des symboles qu’ils ne comprennent plus, car trop de Loges ont oublié de les transmettre. Et surtout… plus personne dans l’Atelier n’est en mesure d’en expliquer le sens pratique.
Un universalisme déconnecté, un symbolisme négligé
Cartes de crédit avec la pyramide du dollar US
Ces Loges, en poursuivant une vision universaliste – justice sociale, égalité, écologie – se heurtent à une société qui demande des réponses concrètes. Les idéaux maçonniques, autrefois porteurs de révolutions comme la laïcité en 1905, paraissent aujourd’hui abstraits face aux crises du pouvoir d’achat ou du climat. En 2024, des ateliers parisiens ont publié des appels contre les extrémismes, mais sans relais médiatique, ils sont restés lettre morte. Pendant ce temps, des ONG comme Oxfam ou des collectifs citoyens sur Patreon financent des projets tangibles, captant l’attention là où les Loges échouent.
Le pire ? En se focalisant sur le profane, ces Loges trahissent leur essence. Le symbolisme maçonnique – la quête de la lumière, le polissage de la pierre – est une alchimie intérieure qui prépare l’initié à changer le monde par sa propre transformation. En l’abandonnant pour des causes extérieures, elles produisent des débats tièdes, sans la force d’une vision spirituelle… avec des êtres pas meilleurs que ceux du dehors.
Leur action sociale, bien que sincère, manque de visibilité, éclipsée par des organisations profanes aux campagnes percutantes.
Vers un retour à l’essence ou un déclin définitif ?
Le Berlaymont, symbole de l’eurocratie, où le nombre de lobbyistes par unité de surface n’est même plus mesurable
Qualifier l’action de ces Loges de stérile serait cruel et probablement vexant, mais leur déclin est palpable. Elles n’ont pas perdu leur capacité à réfléchir – leurs membres s’engagent dans des syndicats, des associations, des forums citoyens. Mais sans ancrage symbolique, leurs efforts s’éparpillent. Le pouvoir, en 2025, appartient à ceux qui manipulent les flux financiers, comme Larry Fink, ou les réseaux d’influence, comme les lobbyistes bruxellois. Les Loges ne peuvent rivaliser avec ces forces en jouant leur jeu.
Pourtant, un chemin existe. Ces ateliers pourraient redevenir des phares en redécouvrant le symbolisme qui les fonde. Plutôt que d’imiter les ONG, elles pourraient offrir un espace unique : un lieu où l’on apprend à se transformer pour changer le monde, où l’équerre guide l’action, où la fraternité devient une force tangible. La jeunesse, avide de sens, pourrait y trouver une réponse que ni TikTok ni BlackRock n’offrent.
Mais pour cela, ces Loges doivent cesser de courir après un pseudo syndicalisme engendrant une influence illusoire afin de revenir à leur mission : éclairer l’âme avant de prétendre éclairer la société.
En 1974, le chanteur français Serge Lama nous gratifiait de la chanson « Je Vous Salue Marie» (à écouter ci-dessous). Elle critique le relativisme de l’Église et les prêtres ouvriers. Écoutez-là, elle m’a fait penser à nos Loges maçonniques. Voici ce qu’il écrit :
Je crois en Dieu Hélas plus du tout en ses prêtres Il s’est glissé chez eux des Judas et des traîtres Un vent d’Est a soufflé, glacial, qui dénature Leurs sermons inspirés par la nomenclature Et s’ils lèvent encore leurs mains jointes au ciel Le capital de Marx est leur nouveau missel !
Voici ce que cela pourrait donner maçonniquement :
Je crois en la Lumière, hélas plus en ses Maîtres, Il s’est glissé chez eux des ombres et des traîtres. Un vent profane a soufflé, froid, qui dénature, Leurs travaux inspirés par la nomenclature. Et s’ils lèvent encore l’équerre vers le ciel, Le dogme du pouvoir est leur nouveau rituel !
redevenir des temples de lumière ou s’effacer, dépassées par un monde qui ne nous écoute plus.
Dans l’imaginaire de l’Égypte antique, où les dieux et les mortels dansaient dans un équilibre cosmique, le Tribunal des Morts se dresse comme un pilier de la quête de vérité et de justice. Présidé par Osiris, dieu de l’au-delà, et orchestré par la déesse Maât, incarnation de l’ordre et de la vérité, ce lieu mythique n’est pas seulement un tribunal : c’est une porte vers l’éternité, un miroir de l’âme humaine confrontée à son propre poids.
À travers rituels, symboles et cosmologie, le Tribunal des Morts révèle une vision profonde de la vie, de la mort et de la moralité, qui continue de fasciner des millénaires plus tard. Plongeons dans cet univers où chaque cœur est pesé, où chaque parole compte, et où l’équilibre du monde repose sur une plume.
Un passage rituel vers l’au-delà
Dans la mythologie égyptienne, la mort n’est pas une fin, mais une transition. Les anciens Égyptiens croyaient que l’âme, composée de plusieurs éléments comme le ka (l’esprit vital) et le ba (la personnalité), entreprenait un voyage périlleux vers l’au-delà. Le Tribunal des Morts, ou Jugement de l’âme, est l’étape décisive de ce périple. Situé dans la Douât, le monde souterrain, ce tribunal n’est pas un lieu physique au sens moderne, mais un espace spirituel où l’ordre cosmique, incarné par Maât, évalue la valeur d’une vie. Pour les Égyptiens, vivre en harmonie avec Maât – l’équilibre, la justice, la vérité – était essentiel, car c’est elle qui présidait à leur jugement final.
Avant d’atteindre le tribunal, le défunt devait se purifier selon des rituels précis, souvent décrits dans le Livre des Morts, un recueil de formules magiques placé dans les sarcophages pour guider l’âme. Le dieu Anubis, à tête de chacal, jouait un rôle clé en accompagnant le défunt. Protecteur des nécropoles et maître des embaumeurs, il veillait à ce que le corps soit correctement préparé pour le voyage. Une fois purifié, le défunt offrait des fleurs de lotus, symboles de renaissance et de création, avant de pénétrer dans la salle du jugement. Ce moment solennel marquait le début d’un face-à-face avec l’éternité.
La confession négative : un plaidoyer pour l’âme
Le jugement commence par un rituel fascinant : la Confession négative. Devant un tribunal composé de 42 juges, chacun représentant une faute ou un aspect de la moralité, le défunt devait proclamer son innocence. Ces juges, parfois appelés les « assesseurs de Maât », incarnaient des principes spécifiques, comme « Je n’ai pas volé » ou « Je n’ai pas menti ». Contrairement à une confession moderne, où l’on avoue ses péchés, la Confession négative était un acte d’affirmation : le défunt énonçait ce qu’il n’avait pas fait, revendiquant une vie alignée avec les lois de Maât.
Ce rituel, loin d’être une simple formalité, reflétait la vision égyptienne de la responsabilité individuelle. Les 42 lois de Maât, bien que non codifiées comme un texte légal, formaient un code moral implicite, englobant des valeurs comme l’honnêteté, la générosité et le respect des autres. Prononcer ces formules exigeait une sincérité absolue, car mentir devant les dieux équivalait à perturber l’ordre cosmique. Le Livre des Morts fournissait des incantations pour renforcer ces déclarations, mais la vérité du cœur restait l’élément déterminant.
La pesée de l’âme : un équilibre délicat
Dieux et Déesses d’Égypte
Le moment culminant du Tribunal des Morts est la Pesée de l’âme, un rituel chargé de symbolisme. Au centre de la salle, une grande balance attend. Sur un plateau repose le cœur du défunt, siège des émotions et de la conscience selon les Égyptiens. Sur l’autre, une plume, celle de Maât, parfois associée à sa sœur Nephtys, symbolise la légèreté de la vérité. Si le cœur est aussi léger que la plume, l’âme est jugée pure ; s’il est plus lourd, alourdi par les fautes, le verdict est terrible.
Ce rituel est orchestré par un cortège divin. Anubis surveille la balance, veillant à son équilibre. Horus, dieu faucon, vérifie la précision du processus, tandis que Thot, dieu ibis de la sagesse et des scribes, enregistre le résultat. Maât elle-même préside, incarnation de la justice universelle. Enfin, Osiris, dieu des morts, prononce le verdict final. Cette scène, souvent représentée dans les papyrus funéraires, est d’une richesse visuelle saisissante : les dieux, graves et majestueux, entourent la balance, tandis que le défunt attend, suspendu entre espoir et crainte.
L’issue de la pesée détermine le destin de l’âme. Si le cœur est léger, le défunt accède aux Champs d’Ialou, un paradis champêtre où les âmes vertueuses cultivent des champs de blé sous la bienveillance d’Osiris. Ce lieu, situé près du lac Menzaleh dans le delta du Nil, évoque une vie idyllique, presque un retour à l’âge d’or égyptien. Mais si le cœur est lourd, un sort funeste attend : Ammout, la « Grande Dévorante », une créature hybride mi-lionne, mi-hippopotame, mi-crocodile, engloutit l’âme, la condamnant à l’oubli éternel. Dans certains cas, les âmes impures ne sont pas dévorées, mais condamnées à errer comme esprits maléfiques, une perspective terrifiante pour les Égyptiens, qui valorisaient l’ordre et la stabilité.
Une cosmologie de l’équilibre
Osiris
Le Tribunal des Morts n’est pas seulement une épreuve individuelle ; il reflète une vision du monde où tout repose sur l’équilibre. Maât, en tant que déesse, n’est pas une figure punitive, mais une gardienne de l’harmonie. Ses 42 lois ne sont pas des interdits rigides, mais des principes pour vivre en accord avec le cosmos. Cette idée d’équilibre imprègne toute la culture égyptienne, des cycles du Nil aux saisons agricoles, en passant par la relation entre pharaons et sujets. Le jugement de l’âme est une extension de cette philosophie : une vie bien vécue, alignée sur Maât, garantit une place dans l’ordre éternel.
Le rôle d’Osiris dans ce tribunal est tout aussi significatif. En tant que dieu mort et ressuscité, il incarne l’espoir d’une vie après la mort. Selon la légende, Osiris fut assassiné par son frère Seth, démembré, puis reconstitué par Isis et Anubis, devenant ainsi la première momie. Son triomphe sur la mort en fait le juge idéal, celui qui comprend la fragilité humaine tout en représentant l’éternité. Sa présence dans le tribunal rassure : il est « l’éternellement bon », celui qui essuie les larmes, offrant une justice miséricordieuse mais inflexible.
Symbolisme et résonance universelle
La richesse du Tribunal des Morts réside dans ses symboles, qui transcendent l’Égypte antique pour toucher des vérités universelles. La balance, par exemple, est un motif récurrent dans de nombreuses cultures, de la justice grecque à la psychostasie chrétienne. Elle incarne l’idée que nos actions ont un poids, que la moralité n’est pas abstraite, mais mesurable. La plume de Maât, si légère et pourtant si lourde de sens, évoque la simplicité de la vérité face à la complexité des passions humaines. Même Ammout, monstre terrifiant, parle à notre peur de l’oubli, de disparaître sans laisser de trace.
Le rituel de la Confession négative, quant à lui, interroge notre rapport à la responsabilité. En énonçant ce qu’il n’a pas fait, le défunt ne se contente pas de nier ses fautes : il affirme une vie de droiture, une intention de bien agir. C’est une forme de plaidoyer pour soi-même, un moment où l’individu se regarde sans fard. Cette introspection forcée résonne encore aujourd’hui, dans un monde où l’on cherche souvent à justifier ses actes plutôt qu’à les assumer.
Une influence durable
Le Tribunal des Morts a laissé une empreinte profonde, non seulement dans l’histoire égyptienne, mais dans l’imaginaire collectif. Les récits de jugement post-mortem, qu’il s’agisse des Enfers grecs avec Hadès ou du Jugement dernier chrétien, portent des échos de cette cosmologie égyptienne. La balance de Maât trouve un parallèle dans les plateaux de la justice divine, et l’idée d’un tribunal céleste hante toujours les réflexions sur la moralité et l’au-delà.
Dans la culture populaire, le Tribunal des Morts inspire encore. Des jeux vidéo comme Assassin’s Creed Origins aux romans fantastiques, l’image de la Pesée de l’âme captive par sa dramaturgie. Elle incarne un moment de vérité absolue, où nul ne peut se cacher. Même dans les mangas ou les films, Anubis et Maât apparaissent comme des figures archétypales, symboles d’un ordre ancien mais intemporel.
Un miroir pour notre époque
Grande fresque du Tribunal d’Osiris à la Grande Loge de Misraïm à Paris
Pourquoi le Tribunal des Morts fascine-t-il encore ? Peut-être parce qu’il nous confronte à des questions éternelles : qu’ai-je fait de ma vie ? Mes actes ont-ils un sens ? Dans une société moderne où la mort est souvent taboue, la vision égyptienne offre une perspective apaisante : la mort n’est pas une fin, mais une étape, un moment de vérité où l’on est jugé non pas par ses erreurs, mais par son aspiration à l’harmonie. Maât, avec sa plume légère, nous rappelle que la justice n’est pas une punition, mais un retour à l’équilibre.
En contemplant ce tribunal, on ne peut s’empêcher de réfléchir à sa propre balance. Que pèserait notre cœur ? Serait-il léger comme une plume, porté par des actes de bonté, ou alourdi par des regrets ? Le Tribunal des Morts, loin d’être une relique du passé, est un miroir tendu à l’humanité, un appel à vivre avec conscience, à construire un monde où l’ordre et la vérité prévalent.
Le tribunal des morts de Maât : un voyage au cœur du jugement égyptien
Dans l’imaginaire foisonnant de l’Égypte antique, où les dieux dialoguaient avec les mortels dans une harmonie cosmique, le Tribunal des Morts s’élève comme une arche de justice et de vérité. Présidé par Osiris, souverain de l’au-delà, et guidé par Maât, déesse de l’ordre universel, ce lieu mythique transcende la simple idée de jugement : il est une porte vers l’éternité, un miroir où l’âme humaine affronte son essence. À travers ses rituels, ses symboles et sa cosmologie, le Tribunal des Morts offre une vision intemporelle de la vie, de la mort et de la moralité, qui résonne encore dans notre quête de sens. Plongeons dans cet univers où le cœur est pesé contre une plume, où chaque mot pèse son poids d’éternité, et où l’équilibre du monde repose sur la vérité.
Un passage rituel vers l’au-delà
La mort, pour les anciens Égyptiens, n’était pas une fin, mais une métamorphose. L’âme, composée du ka (force vitale) et du ba (personnalité), entreprenait un voyage semé d’épreuves vers la Douât, le monde souterrain. Le Tribunal des Morts, moment clé de ce périple, se déroulait dans un espace spirituel où Maât, incarnation de l’harmonie cosmique, scrutait la vie du défunt. Vivre selon Maât – en respectant la justice, la vérité et l’équilibre – était une obligation morale, car c’est elle qui déterminait le sort éternel de l’âme.
Avant de comparaître, le défunt suivait des rituels de purification détaillés dans le Livre des Morts, un guide funéraire rempli de formules magiques. Anubis, dieu chacal des embaumeurs, escortait l’âme, s’assurant que le corps momifié était prêt pour l’éternité. Offrant des fleurs de lotus, symboles de renaissance, le défunt entrait enfin dans la salle du jugement, un lieu empreint de solennité où son destin se jouait.
La confession négative : un plaidoyer pour l’âme
Le jugement s’ouvrait par la Confession négative, un rituel d’une puissance symbolique unique. Face à 42 juges, chacun incarnant une faute morale spécifique, le défunt proclamait son innocence en énumérant ce qu’il n’avait pas fait : « Je n’ai pas volé », « Je n’ai pas menti ». Ces assesseurs de Maât représentaient un code éthique implicite, englobant des valeurs comme l’honnêteté, la compassion et le respect. Cette déclaration n’était pas un simple exercice rhétorique : mentir devant les dieux risquait de rompre l’ordre cosmique.
La Confession négative reflétait une vision profonde de la responsabilité. Plutôt que d’avouer des péchés, le défunt affirmait une vie alignée avec Maât, un acte de foi en sa propre droiture. Le Livre des Morts fournissait des incantations pour soutenir ce plaidoyer, mais seule la vérité du cœur garantissait le succès.
Au cœur du tribunal, la Pesée de l’âme captivait l’imagination. Une grande balance trônait, portant d’un côté le cœur du défunt – siège de la conscience – et de l’autre la plume de Maât, symbole de vérité. Si le cœur s’équilibrait avec la plume, l’âme était pure ; s’il s’alourdissait de fautes, le verdict était implacable.
Anubis surveillait la balance, Horus en vérifiait l’exactitude, et Thot, dieu scribe, notait le résultat. Maât présidait, tandis qu’Osiris, maître de l’au-delà, rendait le jugement final. Cette scène, immortalisée dans les papyrus, vibrait d’une tension dramatique : le destin éternel se jouait en un instant. Une âme pure gagnait les Champs d’Ialou, un paradis verdoyant près du lac Menzaleh, où elle vivait dans la félicité. Mais un cœur lourd tombait entre les griffes d’Ammout, la Dévorante, créature hybride qui annihilait l’âme, la condamnant à l’oubli ou à une errance maudite.
Une cosmologie de l’équilibre
Le Tribunal des Morts incarnait l’obsession égyptienne pour l’équilibre. Maât n’était pas une déesse punitive, mais une gardienne de l’harmonie, dont les 42 lois formaient un guide pour vivre en accord avec le cosmos. Cet équilibre se retrouvait partout : dans les crues du Nil, dans la relation entre pharaon et peuple, dans l’alternance du jour et de la nuit. Le jugement était une extension de cette philosophie : une vie fidèle à Maât assurait une place dans l’ordre éternel.
Osiris, dieu mort et ressuscité, jouait un rôle central. Assassiné par Seth, reconstitué par Isis, il incarnait la victoire sur la mort. Sa bienveillance tempérait la rigueur du tribunal, offrant une justice à la fois ferme et miséricordieuse. En tant que première momie, il symbolisait l’espoir d’une renaissance, un thème au cœur de la foi égyptienne.
Le lien avec la franc-maçonnerie égyptienne
La franc-maçonnerie, avec ses rituels et symboles, puise dans l’héritage égyptien, notamment à travers les courants dits « égyptiens », comme le Rite de Memphis-Misraïm, né au XVIIIe siècle sous l’impulsion de figures comme Cagliostro. Le Tribunal des Morts de Maât, avec sa quête de vérité et son symbolisme de la balance, trouve des échos profonds dans les idéaux maçonniques, où l’initié est appelé à se confronter à lui-même pour atteindre une forme d’illumination.
Dans la franc-maçonnerie égyptienne, l’idée de jugement intérieur est centrale. Tout comme le défunt égyptien affronte la Pesée de l’âme, l’initié maçonnique passe par des épreuves symboliques – comme la Chambre de Réflexion – où il médite sur sa mortalité et ses valeurs. La balance de Maât, opposant le cœur à la plume, rappelle le compas et l’équerre maçonniques, outils d’équilibre et de rectitude morale. La Confession négative, où le défunt affirme sa droiture, évoque les serments maçonniques, où l’initié s’engage à vivre selon des principes éthiques élevés.
Maât elle-même, en tant que vérité universelle, peut être rapprochée du Grand Architecte de l’Univers, principe maçonnique transcendant les dogmes. Les 42 juges du tribunal égyptien trouvent un parallèle dans les multiples vertus prônées par la franc-maçonnerie, comme la justice, la tempérance et la prudence. De plus, le voyage de l’âme dans la Douât, semé d’obstacles, résonne avec le parcours initiatique maçonnique, où chaque grade est une étape vers une compréhension plus profonde du soi et du cosmos.
Le Rite de Memphis-Misraïm, riche en références égyptiennes, intègre explicitement des symboles comme Anubis ou la plume de Maât dans ses décors et rituels. Ces éléments rappellent que la quête de lumière, au cœur de la franc-maçonnerie, est aussi une quête de vérité, tout comme dans le tribunal égyptien. Osiris, dieu de la résurrection, préfigure l’idée maçonnique de renaissance spirituelle : l’initié « meurt » symboliquement pour renaître en homme meilleur, tout comme Osiris triomphe de la mort.
Enfin, le silence et l’introspection, essentiels au jugement égyptien, sont des piliers de la pratique maçonnique. Le franc-maçon, comme le défunt devant Maât, doit faire preuve d’humilité et de sincérité, se dépouillant de son ego pour accéder à une vérité plus haute. Ainsi, le Tribunal des Morts n’est pas seulement un héritage culturel pour la franc-maçonnerie égyptienne : il est une source vive d’inspiration, un rappel que la justice intérieure est la clé de toute transformation.
Symbolisme et résonance universelle
Les symboles du Tribunal des Morts transcendent l’Égypte pour toucher l’humanité entière. La balance, motif universel, évoque la justice divine, des Enfers grecs au Jugement dernier chrétien. La plume de Maât incarne la légèreté de la vérité face aux fardeaux de l’ego. Ammout, avec sa gueule monstrueuse, parle à notre peur de l’anéantissement, tandis que la Confession négative interroge notre capacité à assumer nos choix.
Ces images continuent d’inspirer, car elles posent des questions intemporelles : qu’est-ce qu’une vie bien vécue ? Nos actes ont-ils un sens au-delà de nous-mêmes ? Le tribunal égyptien, avec sa rigueur et sa poésie, offre une réponse : la vérité, aussi simple qu’une plume, est ce qui nous libère.
Une influence durable
L’héritage du Tribunal des Morts s’étend bien au-delà de l’Égypte. Les récits de jugement post-mortem, qu’il s’agisse de l’Hadès grec ou du paradis islamique, portent sa marque. Dans la culture moderne, des œuvres comme Assassin’s Creed Origins ou des romans fantastiques ressuscitent Anubis et Maât, captivant par leur aura mystique. La Pesée de l’âme, avec sa tension dramatique, reste un archétype puissant, un moment où l’humanité se mesure à l’infini.
Un miroir pour notre époque
Pourquoi ce tribunal nous hante-t-il encore ? Parce qu’il nous force à regarder en nous. Dans un monde où la mort est occultée, l’approche égyptienne réconcilie : elle fait de la mort une étape, un dialogue avec la vérité. Maât, avec sa plume, nous enseigne que la justice n’est pas vengeance, mais harmonie. Que pèserait votre cœur aujourd’hui ? Léger comme une plume ou alourdi par des regrets ? Le Tribunal des Morts est un appel à vivre avec conscience, à tisser un monde où l’équilibre prévaut.
De notre confrère elnacional.com – Par Mario Múnera Muñoz
Dans les méandres de l’âme humaine, où les questions éternelles résonnent comme des échos d’un passé oublié, le troisième œil brille tel un phare dans l’obscurité. Ce concept, vénéré dans le bouddhisme et l’hindouisme, transcende les frontières des religions pour s’ancrer au cœur de la franc-maçonnerie, cette voie initiatique qui guide l’homme vers l’inconnu. Le troisième œil n’est pas qu’une image poétique : il incarne l’aspiration profonde à percer le voile de l’existence, à répondre à ces interrogations qui hantent chaque esprit curieux – d’où venons-nous ? Que faisons-nous ici ? Où irons-nous ?
Un bol tibétain, pour faire du son méditatif
Ces questions, aussi simples qu’elles paraissent, nous confrontent à l’immensité du mystère. Elles nous rappellent que nous sommes à la fois fragiles et immenses, des microcosmes nichés dans le vaste macrocosme de l’univers. La Franc-maçonnerie, avec ses symboles énigmatiques et ses rituels séculaires, offre une lanterne pour éclairer ce chemin tortueux, celui de la vérité ultime, de l’ineffable.
L’ineffable, ce mot chargé de mystère, désigne ce qui échappe au langage, ce qui défie la raison. Imaginez-vous face à une œuvre d’art abstraite, où les couleurs et les formes dansent sans logique apparente, pourtant elles éveillent en vous une émotion indescriptible. Ou pensez à l’amour, ce sentiment si puissant que les mots peinent à en capturer l’essence. Dire « je t’aime » semble toujours insuffisant ; c’est dans les actes, dans le silence, que l’amour se révèle. De la même manière, l’ineffable est une expérience intérieure, un dialogue muet avec l’absolu. En franc-maçonnerie, il se manifeste dans le Grand Architecte de l’Univers, ce principe créateur qui régit les lois du cosmos sans jamais se dévoiler pleinement. Les ouvriers d’Hiram Abiff, figures légendaires de cette tradition, symbolisent ceux qui travaillent inlassablement à polir leur pierre intérieure, à lever le voile qui sépare le connu de l’inconnaissable. Leur quête n’est pas celle du pouvoir ou de la gloire, mais celle de l’équilibre, de l’harmonie entre le terrestre et le divin.
La Franc-maçonnerie n’impose pas de dogmes, elle invite à l’exploration. À travers ses symboles – l’équerre, le compas, la pierre brute – elle propose un langage universel qui transcende les cultures et les époques. Ces outils ne sont pas de simples objets ; ils sont des ponts vers le transcendant, des rappels que la vérité ne se trouve pas dans les certitudes, mais dans l’humilité de la recherche. Le troisième œil, dans ce contexte, devient une métaphore puissante : il est l’œil de la conscience, celui qui voit au-delà des illusions du monde matériel. Dans le bouddhisme, cet œil est lié à l’illumination, au Nirvana, cet état de paix où l’ego s’efface pour laisser place à l’unité. Dans l’hindouisme, il évoque Brahman, la réalité ultime qui englobe tout. En franc-maçonnerie, il se traduit par l’ouverture de l’esprit, par la dissolution des dualités – bien et mal, lumière et ombre – pour atteindre un centre, un point d’équilibre où l’initié rencontre le sacré.
Mais comment accéder à cet ineffable ? La réponse réside dans le silence. Pas un silence vide, mais un silence vivant, celui de la méditation et de la contemplation. Lorsque l’esprit se tait, lorsque les pensées s’apaisent, une porte s’ouvre. C’est dans cet espace que l’initié peut entrevoir la vérité, non pas comme une révélation spectaculaire, mais comme une douce évidence. Les grands avatars de l’histoire, qu’ils soient prophètes, sages ou philosophes, ont tous insisté sur cette vérité : vivre en harmonie avec la nature et autrui est la clé pour se connecter à l’absolu. La franc-maçonnerie, loin de s’opposer aux religions, les embrasse comme autant de chemins vers le même sommet. Elle ne prétend pas détenir la vérité, mais offre une méthode, un cadre pour la chercher. Chaque rituel, chaque symbole, est une invitation à plonger plus profondément en soi, à explorer les limites de la perception humaine.
Ce voyage n’est pas sans défis. Lever le voile de l’ignorance demande du courage, de la patience et, surtout, de la sagesse. Le monde moderne, avec son vacarme et ses distractions, nous éloigne souvent de cette quête intérieure. Pourtant, l’appel de l’ineffable reste là, tapi dans un coin de notre cœur, prêt à resurgir au moindre moment de calme. La franc-maçonnerie, par son insistance sur la discipline et la réflexion, nous rappelle que la connaissance n’est pas un don, mais une conquête. Comme le disait un ancien adage, la vérité est un trésor caché dans une grotte obscure ; seuls ceux qui osent y entrer, lampe à la main, peuvent l’entrevoir. Le troisième œil, dans cette métaphore, est la lampe, et la franc-maçonnerie, la carte qui guide nos pas.
Pourquoi cette quête est-elle si essentielle ? Parce qu’elle nous relie à quelque chose de plus grand. En cherchant l’ineffable, nous ne cherchons pas seulement à comprendre l’univers, mais à nous comprendre nous-mêmes. Nous sommes tous des ouvriers d’Hiram, des bâtisseurs de notre propre temple intérieur. Chaque effort, chaque moment de silence, chaque méditation, est une pierre de plus ajoutée à cet édifice. Et lorsque, enfin, nous atteignons cet état de plénitude, nous réalisons que l’ineffable n’était pas une destination, mais un état d’être. Il est la paix qui naît lorsque l’ego s’efface, lorsque nous cessons de nous battre contre le mystère pour l’embrasser. La franc-maçonnerie, avec sa richesse symbolique et sa profondeur spirituelle, nous offre les outils pour construire ce pont entre le visible et l’invisible, entre l’homme et l’absolu.
Oudjat – Œil d’Horus
Alors, êtes-vous prêt à entreprendre ce voyage ? Le troisième œil vous appelle, non pas pour vous perdre dans des abstractions, mais pour vous trouver dans la simplicité du silence. La franc-maçonnerie, avec ses mystères et ses promesses, n’est pas une fin, mais un commencement. Elle vous tend la main, vous invite à poser la première pierre de votre temple. Dans ce monde où tout va si vite, où les vérités s’effritent, elle offre un refuge, un espace où l’âme peut respirer. Osez regarder au-delà, osez chercher l’ineffable. Car c’est là, dans l’ombre lumineuse du troisième œil, que réside la réponse à tout ce que vous avez toujours cherché.
C’est incroyable comment un mot peut être compris différemment !
Le mot « Laïcité » appartient à l’histoire de France et aussi au monde des idées !
Dans l’histoire de France cela a constitué un objet de conflit et aussi un accord de paix sociale ! Tout cela a été profondément inscrit dans la mémoire collective et en particulier pour le peuple de la « Gauche » comme un acquit républicain !
De sorte qu’aujourd’hui encore, dès qu’on le prononce, ce mot résonne dans l’espace « sacré » d’un grand nombre gens ! Il est naturellement tentant pour les démagogues de l’utiliser pour faire frémir les foules et créer un effet de buzz !
Sur le plan des idées, ce mot renvoie à l’incompatibilité entre l’influence de l’église catholique et la bonne marche de notre république. Pour beaucoup, il est souvent compris dans le sens de la tolérance nécessaire entre les religions et aussi de la coexistence pacifique entre croyants et incroyants. Il y a aussi une extension du sens de ce mot « Laïcité » !
Il est devenu un argument pour lutter contre la dérive islamiste de la pratique du culte musulman.et figure dans l’argumentaire de l’extrême droite ! Peu de gens savent que la loi de 1905 a été une loi de compromis entre l’église catholique et l’état républicain. Ne serait-il pas temps de s’en souvenir ? D’un point de vue historique si la problématique du XIXè siècle était de préserver l’état de l’influence pernicieuse d’une église catholique toute puissante, nous sommes aujourd’hui dans une tout autre situation.
Ce n’est pas tant l’état qui est visé aujourd’hui mais plutôt les relations sociales dans l’espace public.
L’église catholique n’est plus vraiment concernée ; aujourd’hui le culte musulman devient prépondérant et connaît une phase d’extension. Au-delà de l’aspect religieux, le culte musulman est devenu une référence identitaire pour une partie importante des sociétés européennes.
Le vieillissement de la population européenne de souche et le besoin de main d’œuvre expliquent une immigration importante qui a aboutit à rendre l’Europe pluriethnique. Sur le plan sociologique, les situations de conflit inter-ethnique apparaissent à l’occasion d’événementiels particuliers comme les fêtes religieuses ou les moments de prière. Tout se complique par l’absence de référents organisationnels du culte musulman qui puissent avoir une autorité responsable.
Il est clair qu’aujourd’hui la loi de 1905 n’est plus concernée et n’apporte aucune solution concrète !
Soucieux de l’entente sociale, les francs-maçons ne peuvent que s’inquiéter de voir grandir un climat de conflit social à connotation xénophobe. L’incompréhension et la peur grandissantes méritent qu’on y prête attention et qu’on imagine des solutions.
Vouloir jeter des anathèmes, lancer des imprécations, faire des pétitions ne sert à rien !
La question de la constitutionnalisation des deux premiers articles de la loi de 1905 est beaucoup plus complexe que l’on croit et il n’est pas sûr que cela soit légalement possible ! Pourquoi ? Parce que la loi de 1905 souffre de nombreuses exceptions dans le territoire de la République ! En Alsace Lorraine ou à Wallis et Futuna , qui sont les exemples les plus connus, elle n’est pas appliquée et l’église catholique y exerce des fonctions de l’état !
François Hollande qui l’avait promise a du abandonner ce projet (cf un article du Monde). Et aujourd’hui on voudrait resservir ce plat ? Ridicule !
En citoyens responsables, dans le débat d’idées nous nous devons d’être présents !
Humblement, il me semble que la laïcité devrait être érigée comme un élément de la Fraternité !
Des va-t-en-guerre imagine une laïcité qui érige des interdits et sanctionne ! Ils oublient que la force n’a jamais constitué une solution ; bien au contraire, c’est la meilleure manière de favoriser l’exacerbation des antagonismes.
La méthode maçonnique privilégie le dialogue, la bienveillance et l’écoute !
En associant la fraternité et la laïcité on suggère que l’entente est possible pour peu que l’on fasse émerger le Bien commun qui permet de protéger et d’espérer ! Laïcité et fraternité c’est aussi la méthode pour détourner les braves gens des influenceurs pervers et complotistes qui cultivent la peur !
Oui un espoir de paix est envisageable pour permettre la cohabitation entre des modèles culturels si différents !
« A priori », une expression qui nous touche encore plus quand on est Franc-maçon, car nous avons la réputation d’avoir un esprit d’ouverture qui normalement est une de nos caractéristiques qui nous conduit vers l’universalité.
De nombreuses personnes dans la vie courante prononcent cette phrase pleine d’espoirs. Mais tout comme dans “la vie maçonnique “ qu’en est-il par la suite? Appliquons-nous ces belles phrases dans notre chemin de vie ?
« Je n’ai pas d’a priori » se rattache au même groupe de phrases banales, tel que :
« il faut de tout pour faire un monde »
J’approuve, je n’ai pas planché sur la question, mais peut-être ben qu’oui peut-être ben qu’ non.
Ceci dit, c’est un début de réflexion vers la connaissance, on veut en savoir plus à priori. Cependant cet apriorisme laisse un doute, émet une réserve qui ne nous surprend pas car nous sommes habitués à voir ce qui est blanc noir et à nous déplacer en diagonale sur le fil du pavé mosaïque. Mais une autre question me ”turlupine”:
« un franc-maÇon doit-il être exemplaire ? »
A priori ce s’rait mieux!
Allez si tous les “A prioris” pouvaient s’ donner la main, on en f’rait une chaîne d’union, on pourrait même l’appeler la chaine des “je prends pas de risques”.
C’est bien connu moins on en dit plus on reste mystérieux. Mais il me vient à l’esprit que la chaîne d’union est aussi un symbole de fraternité, alors j’arrête de critiquer les “aprioristes” car ils ouvrent malgré tout une porte vers la tolérance.
A moins que Le Grand René ait un autre avis dans sa vidéo ci-dessous :
Alexander avait de la joie triste de se souvenir d’Amélie en revivant leurs heures heureuses comme un éclat inattendu dans sa vie. Il suffisait que le parfum répandu d’une rose d’un des très beaux bouquets posés sur les guéridons du salon lui parvienne pour que les délicieuses et nostalgiques réminiscences du théâtre d’ombres et de la remarque d’Amélie sur le kyphi lui vrillent l’esprit. Il mettait alors des voilures de tulle à l’absence où il se rendait, un poudroiement d’elle séjournant au creux de ces instants de silence embaumé.
Mais, il refusait de montrer son chagrin devant ses amis, d’autant que Guido se montrait joyeusement très empressé auprès de son amie Caris Parker, la fille de James Parker, le chauffeur.
Alexander avait vite compris que James n’était pas seulement le chauffeur d’Archibald. C’est le comte lui-même qui l’avait éclairé, il y a quelques jours, lui racontant leur histoire comme pour le distraire de son tourment malgré tout apparent.
Les deux hommes s’étaient rencontrés au cours de leur engagement militaire volontaire dans l’armée. Lors d’un exercice d’entraînement particulièrement éprouvant, Archibald, épuisé, sur le point d’abandonner, fut secouru par James, fils d’un charpentier qui le motiva à poursuivre. Ce geste de solidarité scella le début d’une amitié improbable.
Dans les années 1980, ils avaient participé à la Force multinationale de sécurité à Beyrouth.Lors d’une patrouille de routine dans les rues chaotiques de la ville déchirée par la guerre civile libanaise, Archibald et James s’étaient retrouvés pris en embuscade par un groupe de miliciens armés. Pris sous un tir nourri, le jeune comte avait été grièvement blessé à la jambe. James réussit à repousser les assaillants en créant un espace de sécurité autour d’eux deux. Il fut lui-même touché au bras mais il eut la force d’hisser Archibald sur ses épaules et l’a transporté vers un véhicule blindé de l’armée britannique qui se trouvait à proximité. En attendant les secours, il put contenir l’hémorragie fémorale de son ami qui, après guérison, lui laissa une légère claudication.
Revenu à la vie civile, avec une mobilité réduite et des douleurs chroniques à son bras gauche, James ne put reprendre le travail de charpentier de son père. Archibald lui proposa un job, quel qu’il soit, qu’il choisirait. Pour rester près de son ami, ce fut chauffeur et garde du corps. Leur relation n’était pas celle d’une domestication, mais celle d’une connivence fraternelle.
Leur amitié se renforça avec le temps, d’autant plus que Parker, sans quitter son rôle, se maria avec une lointaine parente d’Archibald rencontrée lors d’une réception familiale donnée par le comte. Tout naturellement, leur enfant, la petite Caris, devint la filleule du comte qui lui transmit son savoir et ses valeurs, lui offrant des opportunités que son père n’aurait peut-être pas pu lui offrir.
Guido la voyait souvent, chaque fois qu’il venait chez leur parrain. Une durable et profonde tendresse réciproque avait accompagné leurs jeux d’enfant et leur complicité d’adolescents. Bien qu’Alexander en ait souvent entendu parler par Guido, qui aimait à l’évoquer dans l’intimité de leurs conversations parisiennes lui disant que dans ses yeux, il y voyait la couleur du chocolat au lait que lui préparait sa mère quand il était enfant, la première fois qu’il rencontra cette jeune femme épanouie, ce fut à son retour d’Istanbul.
Aujourd’hui, c’est une femme charmante et gracieuse, naturelle et spontanée, au visage fin, adouci encore par de longues boucles blondes.
Les études de Caris en mathématiques appliquées et physique quantique l’ont conduite vers la cosmologie physique, avec une thèse brillante sur la matière et l’énergie noires, s’aventurant dans les recoins sombres des premiers temps du cosmos. Puis elle a rejoint une équipe qui développe des théories mathématiques sur l’idée que la conscience n’est pas dans le cerveau. Avec le corps, il constituerait une antenne émettrice et réceptive rétroactive de l’information située dans la structure de l’espace qui recueille ainsi toutes celles de l’univers.
Elle collabore à plusieurs séries documentaires de la chaîne américaine de vulgarisation scientifique. Science Channel, ce qui la tient périodiquement éloignée de Londres mais où elle revient régulièrement pour retrouver son père et son parrain.
Au cours des pauses du déchiffrage, de la compréhension des lettres du manoir d’Obrácený et de la carte des étoiles d’Istanbul, le petit groupe eut de longues discussions dans la bibliothèque devenue leur laboratoire.
Caris expliquait :
– La conscience est tout autour de nous. Les centillions d’atomes des centillions de nos cellules et de nos émotions sont en connexion permanente non seulement à l’intérieur de nos corps mais aussi avec la structure de l’espace. Une sorte de conscience universelle dans laquelle chaque conscience puiserait et dans laquelle elle verserait son individualité en la complétant. De nombreux physiciens ont suggéré qu’une théorie unifiée finale de la physique inclurait une description de la conscience. Actuellement, la physique et, par extension, la biologie ne peuvent pas rendre compte du phénomène de la conscience au sein des systèmes matériels. Toutefois, une théorie qui considère que toutes les choses sont relatives par un champ unifié pourrait être en mesure de décrire comment la conscience fait partie du flux d’informations à travers le réseau universel de l’espace-temps et comment, par le biais de la conscience universelle, les événements s’intègrent dans une expérience temporelle vécue par des êtres conscients qui tracent des lignes du monde à travers l’espace-temps. Ils sont eux-mêmes constitués de ces lignes de monde spatio-temporel, que nous pourrions alors qualifier d’espace-mémoire, et donc de tissu de la conscience. Ce champ de conscience serait à la base même du monde physique dans la structure du vide quantique. Le cerveau serait, ainsi, un récepteur et un filtre de la conscience universelle autant qu’un générateur d’expériences.
Modestement, elle se plaisait à dire :
– Il n’y a rien de vraiment nouveau dans cette théorie qui, au fond, ne cherche qu’à démontrer scientifiquement ce que la tradition hermétique des alchimistes avait déjà annoncé avec la célèbre phrase «ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ; par ces choses se font les miracles d’une seule chose. Et comme toutes les choses sont et proviennent d’un, par la méditation d’un, ainsi toutes les choses sont nées de cette chose unique par adaptation ». L’univers est fondamentalement unifié et superficiellement diversifié. Les Vérités Gnostiques l’expriment ainsi dans un septénaire :
1. il existe un principe premier qui pénètre l’Univers dans tous ses plans,
2. la vie humaine est un point dans l’éternité,
3. l’harmonie universelle résulte de la complémentarité des contraires,
4. l’absolu est l’esprit existant par lui-même,
5. le visible n’est que la manifestation de l’invisible,
6. le mal et le malheur sont inséparables de la condition humaine,
7. l’analogie est l’unique clé de la nature.
C’est par exploration de plus en plus profonde de la réalité physique des particules élémentaires, à l’aide de nouvelles mathématiques, que les scientifiques sont arrivés à cette semblable conclusion sur leur recherche de l’origine de l’énergie. L’origine de toutes les lois de la nature qui régissent l’univers à tous les niveaux est un champ unifié, un océan de pure intelligence vibratoire qui crée un dialogue microcosme et macrocosme.
Guido essaya de résumer
– En somme, derrière toute existence physique se trouve une matrice d’énergie invisible qui est la source de toute manifestation physique ; c’est cette matrice d’énergie invisible qui matérialise tout dans le monde physique de façon imbriquée. Ce qui veut dire chaque fois que nous voyons une forme physique ne la considérons pas comme une structure solide et inerte, que ce qui se trouve derrière cette structure physique est un réseau, une matrice vibratoire d’énergie à partir de laquelle cette forme s’est cristallisée. Ce qui implique aussi que la forme physique peut changer lorsque la matrice énergétique de fond change et que la solidité de la matière est une illusion ; mais surtout que cette avancée scientifique matérialiste ne considère aucun plan supérieur au plan physique ; elle exclut donc toute discussion sur la métaphysique de la cause première.
– Alors une question mes amis. Si nous pouvons agir par notre endocausalité sur la « structure » qui, en quelque sorte, irradie les autres existences par exocausalité, en dehors de toute considération de manipulation magique, cela voudrait-il dire que chacun a une responsabilité vis-à-vis de l’humanité par ce qu’il transmet de son expérience à la « structure »? En tant que fragment du monde, l’intention d’un acte hic et nunc peut-il apporter quelque chose à un ou plusieurs individus à n’importe quel autre endroit de la Terre?
Lorsque Alexander posa cette question, tous comprirent qu’il cherchait un sens à la mort d’Amélie.
Ce fut Archibald qui reprit la parole.
– Le Zohar propose une réponse. Non seulement le Zohar en fait un usage implicite, mais encore il lui donne une expression explicite: Ainsi dans Waera, 25-a, il est dit : «Ce qui est en haut, est comme ce qui est en bas: comme les jours d’en haut sont remplis de la bénédiction de l’Homme (céleste), ainsi les jours d’ici-bas sont remplis de la bénédiction par l’intermédiaire de l’Homme (du Juste)». Il y a en permanence des enfantements en des avenirs imprévisibles.
Le pouvoir de l’intention réside dans la capacité d’un être humain à relever instantanément les probabilités d’occurrence d’un destin choisi aux dépens d’un autre destin devenant alors moins probable. Apparaissent alors des liens d’aller-retour… nommé les Séphiroth. D’après cette théologie, tout geste engendre une implication sur les Mondes d’en-haut et sans doute même sur le Divin,tous ses futurs potentiels évoluent simultanément en fonction de leurs probabilités à l’intérieur d’un arbre de vie personnel. Dans le judaïsme, est pur tout ce qui a trait à la générosité pour l’autre, est impur tout ce qui est en rapport avec l’enfermement sur soi et la mort. Le mot «clef», c’est la bonté. Pas le «bien», qui n’est qu’un mot, mais la bonté, au sens de geste ; car c’est là qu’est le véritable amour, dans les actes. Les actes de Bonté ont une portée pour tous les vivants. Ne dit-on pas que sauver une vie, c’est sauver l’humanité ?
– Autrement dit, ajouta Guido, toutes les expériences vécues s’enracineraient dans le monde de la vie par l’intermédiaire de la « structure » ? Et ainsi, l’art, la philosophie, la religion, la logique et les sciences ne seraient pas des formes de savoir fondues dans un savoir absolu et clos, mais des expériences vitales et des manifestations de la pensée historicisées en elle qu’elle reverserait dans les consciences au fur et à mesure de son actualisation.
– C’est cela : l’univers est constitué d’un seul matériau et d’une seule énergie ultime avec un nombre infini de formes vivantes « Nous sommes les abeilles de l’univers, nous butinons éperdument le miel du visible pour l’accumuler dans la grande ruche d’or de l’invisible[1] ». C’est en empruntant à Rainer Maria Rilke ce résumé poétique qu’Archibald intervint.
Il y avait des silences de réflexion entre chaque apport qui devenait questionnement ou hypothèse à son tour comme désir de la pensée. Dans un de ces interstices Alexander reprit la parole.
– Cela me rappelle des expériences que firent des scientifiques sur une île japonaise avec un groupe de singes. Ils lancèrent aux singes des patates douces dans le sable pour étudier leur comportement. Ceux-ci s’en emparèrent, les mangèrent mais remarquèrent l’effet désagréable que produisait le sable entre leurs dents. L’un d’eux, plus futé que les autres, s’approcha d’un ruisseau et lava la patate douce. Curieux comme sont les singes, les autres observèrent pour voir ce qu’il faisait. Quand ils remarquèrent qu’il appréciait apparemment le goût des patates douces sans le sable, ils l’imitèrent. Lorsque les chercheurs leur relancèrent des patates, les singes allèrent les laver directement dans le ruisseau. Quatre-vingt-dix-neuf firent pareil, sauf le centième, le seul qui n’alla pas vers le ruisseau mais à la mer pour laver sa patate à l’eau salée. Ce singe se rendit compte qu’elle avait bien meilleur goût avec du sel. C’est alors qu’il se passa quelque chose de très intéressant : non seulement les singes de cette île l’imitèrent, mais également ceux d’une île voisine située à 90 kilomètres auxquels on lança des patates. Eux aussi allèrent directement à la mer pour les laver.
Le centième singe avait libéré un potentiel d’énergie suffisant pour que sa pensée atteigne les autres singes de l’île voisine. Rupert Sheldrake désigne ces transferts du nom de «champs morphiques».
– Nous retrouvons ce même principe dans les inventions, compléta Guido. On constate qu’une découverte réalisée dans un pays l’est aussi souvent dans un autre pays sans que les deux inventeurs se connaissent. Il se peut que le premier inventeur cherche pendant des décennies pour faire une découverte. Une fois celle-ci réalisée, le processus de pensée énergétique est achevé, la diffusion s’est faite et cette pensée est maintenant enregistrée à un niveau énergétique. Pour tous les autres chercheurs qui travaillent à un projet semblable, il sera dorénavant plus facile d’atteindre ce but puisque le premier inventeur, ou le centième singe, a fait cette avancée. Au cours des Ve et VIe siècle avant J.-C. vécurent Thalès, Aristote mais aussi Zarathoustra, Lao-Tseu, Bouddha, Confucius. était-ce un hasard ou le même champ morphique orchestré par la « structure » ? La « structure » serait-elle un échangeur de trajectoires personnelles de ces éclaireurs du sens de la vie ?
– Alors, comment agir sur la « structure » ? Puisque l’idée remonte explicitement aux hermétistes, ne trouverions-nous pas une réponse en prenant le « chemin des alchimistes » indiqué par le portail particulier sur la carte ?
Et ce fut le nouveau projet du groupe, ouvrir le portail du « chemin des alchimistes ». évidemment, la carte d’Istanbul indiquait Lyon comme portail avec le lion sur le Rhône et la Saône comme on appelle aujourd’hui les eaux qui traversent la ville.
C’était un premier indice. En effet, avant le XVIIe s., de nombreux alchimistes espéraient trouver dans cette ville des mécènes pour financer leurs recherches, des éditeurs pour leurs travaux, des bibliothèques contenant des manuscrits anciens sur l’alchimie, et des laboratoires bien équipés. Le second indice était le mot vitriolum. Devaient-ils trouver une pierre philosophale ou une potion philosophale?
Décision fut prise ; ils partiraient ensemble pour Lyon dans sept jours ; James Parker fut chargé des préparatifs.
Ce mythe de Pâques, Pessah en hébreu, Pasqua en Grec est fondateur du peuple juif, de la religion chrétienne, il est également présent dans différent degrés du rite REAA. En Égypte, il n’y avait pas d’esclaves, Joseph a été un grand ministre de Pharaon. En tant que Maîtres Maçons, nous sommes bien placés pour comprendre la richesse de vivre un mythe.
Je me suis intéressé au premier commandement « Je suis l’Éternel ton Dieu, qui t’a fait sortir d’Égypte, de la maison d’esclavage » Exode 20.2.17 ». Je vous livre une modeste interprétation sur trois plans socio-historique, religieuse et initiatique
En moins de quinze minutes.
EGYPTE : La première nation civilisé dont parle l’histoire, c’est l’Egypte » la perle du monde antique ». Elle avait un gouvernement, une législation, des monuments, une religion. Elle a développé la géométrie, l’architecture, l’astronomie, la médecine, l’écriture. Le pharaon représente Dieu, il est l’intermédiaire responsable des crus du Nil, il s’appuie sur une classe sacerdotale d’environ 7000 prêtres qui employait de nombreux fonctionnaires. Sa religion a développé le concept de renaissance à l’image de la renaissance de la nature grâce au flux et au reflux du Nil.
Cette civilisation trois fois millénaires pour autant n’a pas d’histoire, celle-ci se résume à une chronologie de pharaons et le récit de guerres de défense pour son territoire. Ce pays est un petit paradis qui tourne en rond sur lui-même comme le Nil, la classe sacerdotale est très puissante, riche grâce aux dons des fidèles. Elle ne travaillait qu’un mois sur trois, transmettait sa charge à ses enfants, ne payait pas d’impôts. La culture de l’Egypte se situe dans l’immanence, matérielle, idolâtre, y compris sa conception de la vie après la mort puisqu’on va vivre dans l’au-delà comme sur terre.
Je vous rappelle l’église catholique possédaient au moment de la révolution française 75% des richesses et ne payaient pas d’impôt, comme la noblesse. L’église orthodoxe actuelle en Grèce, ses responsables ont décidé de rouler en Audi et d’abandonner leur Jaguar, chasser le naturel, il revient au galop. (Impôts).
L’ESCLAVE : qu’est ce que l’esclave, c’est une personne qui n’a pas d’identité, donc anonyme, la législation était différente pour les riches et les pauvres.
Moise l’Egyptien a apporté une rupture de civilisation, la fin d’un monde cosmique. Le monothéisme judaïque affirme une religion de la transcendance, Dieu UN, unique, il a crée l’homme à son image et à sa ressemblance avec un commandement corollaire » Tu ne feras pas d’idoles humaines ».
Tu ne feras aucun travail, ni pour toi, ni pour ton serviteur, tu sanctifieras le jour du sabbat » aimes l’étranger, vous qui fûtes étranger dans le pays d’Egypte ». La Tora est le premier livre à affirmer l’unité de Dieu et l’accueil de l’étranger est cité 36 fois.
L’étranger, le pauvre ont droit à une identité, à être reconnu comme une personne unique pour un Dieu unique. Sur les fresques des pyramides, les ouvriers ont tous un visage identique, ils ne sont différenciés que par leur outil.
Cette proclamation d’un Dieu Unique loin de scinder l’humanité en des cités concurrentes a l’avantage de rappeler aux hommes leur fraternité en paternité. Aucun homme ne pourra affirmer que son père est supérieur.
J’attire votre attention sur le principe d’identité, chaque homme est unique donc différent, l’universalisme judaïque et maçonnique affirme un universalisme par l’affirmation de la différence, non de l’uniformité. J’écoutais un éducateur Français qui parlait des pauvres, il disait « ils ont le sentiment de vivre en apartheid, ils ont besoin qu’on les regarde, d’avoir un visage pour nous.
Je clos ce chapitre socio-historique en vous rappelant que le problème de la liberté des peuples, l’idolâtrie, l’esclavage, le pauvre sont toujours des sujets présents dans notre actualité.
Moise, Moise… l’appel de Dieu pour la Liberté devant le buisson ardent
« J’ai vu la misère de mon peuple en Egypte, je l’ai entendu crier sous les coups de ses chefs de corvée ». L’Eternel prend l’initiative de cette apparition à Moise, il a visiblement besoin de sa collaboration pour son projet. Il lui dit « Je » et il lui dit « Tu », vous connaissez la suite de l’histoire mais cette libération ne se fera pas sans épreuves dix plaies d’Egypte, 40 d’ans d’exode dans le désert, la génération qui rentra en terre promise n’aura pas connu l’Egypte.
Moise lui demande son nom à cette voix, il entend la réponse suivante » Eheyh acher Eheyh » qu’on traduit en hébreu « Je serais qui je serais » le nom de Dieu affirme non une personne mais un mode d’être, Dieu est en devenir dans un temps futur. Il faut comprendre que le temps présent n’existe pas en hébreu, une action est accomplie ou n’inaccomplie.
« Montre moi ta gloire demande Moise » « Nul ne peut me voir et vivre » Exode 33,20
L’Egypte Mitzraim en hébreu qu’on traduit par mer des limites, des Joncs. L’Eternel invite les hébreux à sortir du monde de l’immanence, matériel, répétitif pour le monde de la transcendance, inconnu, infini et de la liberté.
Cette liberté exige une éthique les dix paroles de l’alliance, vous observerez qu’il faudra attendre que le peuple soit libéré pour recevoir les dix commandements et la Tora. Cette révélation s’adressera au peuple en totalité pour bien nous faire prendre conscience d’une responsabilité collective.
Avec l’Egypte, la Grèce nous sommes dans le monde de l’immanent, le développement de la vie part de la matière avec les minéraux, les végétaux, l’animal, l’homme qui sera défini par la raison par les Grecs. Ils ont développé le culte du corps, la science, ils opposent la matière à l’esprit et pour Platon, la vérité se trouve dans le monde des idées.
Le christianisme sous l’influence Grec considère la matière comme inférieur par rapport à la vie de l’esprit. » Je ne suis pas de ce monde, rendez à César ce qui est a César » comme si la chose publique était une chose inférieure, » mon royaume n’est pas de ce monde ». Ilsont développé la vie dans les monastères hors du monde, la chair est coupable, le non mariage des prêtres, dans la vie de l’au-delà, les pauvres seront riches, les malades guéris. La pâque chrétienne fête la libération de Jésus avec les liens avec le monde. Le défaut de cette pensée, elle tend à nous dire que la vraie vie est ailleurs. En Egypte, on est fasciné par la vie après la mort, on monte la pyramide pour atteindre le monde des Dieux. Babylone, Baby Lou qu’on traduit « la porte des Dieux ».
Le monothéisme judaïque affirme une Alliance entre la terre et le ciel, une Alliance entre Dieu et l’homme et non une opposition. Moise monte sur le Sinaï mais il redescend vers le peuple, vous avez ainsi une pyramide inversée, l’étoile de Salomon, symbole par excellence de l’union du haut et du bas. C’estaussi une religion de la transcendance, au début était l’immatériel, Ain Soph Aur, le non être infini, ensuite le verbe, la lumière, la matière.
Une phrase importante dans le texte de l’exode » ils me construiront un sanctuaire, je résiderais parmi eux » Exode, 25,8. Pour le juif, L’homme devient responsable de la présence de Dieu sur terre, Il faut être attentif à ce texte, je résiderais parmi eux, il ne dit »je résiderais dans le temple ». Le chrétien pense davantage que c’est Dieu qui est responsable de lui.
Pour clôturer ce chapitre religieux, je laisserais la parole au plus grand philosophe du 20 siècles Emmanuel Levinas « il faut maintenir une relation entre l’immanent et le transcendant, ni l’un, ni l’autre exclusivement mais une relation voir un écart. Dans notre rituel, au premier degré, l’équerre est posée sur le compas, enfin au troisième degré, le compas est posé sur l’équerre.
L’Egypte pour l’initié, c’est notre Egypte intérieure…. !
La pyramide de Giza et son Sphinx
Elle représente le monde matériel, connu, celui de nos opinions, de nos préjugés que nous avons accepté comme vérité sans discernement. La totalité de nos énergies sont investies à l’extérieur à la recherche du pouvoir, de l’avoir, du savoir qu’on peut résumer en un seul besoin, le besoin de sécurité avec un autre désir sous jacent avoir du succès auprès de notre altérité féminine.
gravures temple antique égyptien – Horus et son soleil
L’homme est d’abord idolâtre, ensuite il devient esclave de ses idolâtries, il n’est prisonnier de ses finitudes que s’il reste enfermé dans les apparences. Un rituel maçonnique dit « vous ne percevez l’univers qu’en proportions de vos limites ». La différence entre l’exode et l’exil, l’exode est le commencement vers un futur, l’exil est une nostalgie du passé. La tradition biblique nous dit que tous les grands prophètes ont quittés leur pays. Abraham quitte sa terre, Jacob retourne dans la terre de son pays, Noé a construit l’arche et devra la quitter, Moise a traversé la mer des Jonc, plus quarante d’année d’exode dans le désert. Dans la symbolique biblique, la terre représente un état de conscience, changer de terre c’est changer d’état de conscience. Les initiés franc-maçon sont inities à chaque degré par des voyages. C’est le sens précis de pessah qui signifie passage, de l’autre côté.
L’homme ne nait pas libre mais il y a de la liberté, de l’infini dans l’homme qu’il peut découvrir par son discernement, sa persévérance.
Bon vent !!!
Références bibliographiques :
Emmanuel LEVINAS -TOTALITE ET INFINI
Marc Alain OUAKNIN JEAN BOTTERO- LA PLUS BELLE HISTOIRE DE DIEU Collection POINTS.
Yvan Amar- LES DIX COMMANDEMENTS INTERIEURS ALBIN MICHEL
Le 9 avril 1921, l’inoubliable maire de Rome Ernesto Nathan s’éteignait dans l’Orient éternel, celui qui dirigea la jeune capitale de l’Italie de 1907 à 1913, et qui fut également Grand Maître du Grand Orient d’Italie à deux reprises de 1896 à 1904 et de 1917 à 1919. Une figure extraordinaire d’homme, homme politique et Franc-maçon, des dimensions qui s’entremêlent en lui et se fondent dans ce qui fut la mission de sa vie tant dans le rôle d’administrateur des affaires publiques que comme Franc-maçon.
Une mission qui coïncidait avec les hauts objectifs de l’Art Royal, qui pour lui étaient ceux de « réveiller dans les âmes endormies l’aspiration à la rédemption morale », « tempérer les consciences, avec le sentiment du devoir civique, à l’amour fraternel, à la défense fraternelle contre l’injustice ; planter des racines profondes d’idéalité, qui en fusionnant la foi avec la science, élève l’être vers le haut ».
Nathan croyait à la beauté et à la bonté des principes initiatiques maçonniques comme moyen de conduire les hommes sur le chemin de l’amélioration morale et civile et à l’éducation du cœur et de l’esprit qui devrait conduire à l’exercice de la vertu comprise comme action. Protagoniste de son temps Juif laïc, disciple de Mazzini, réformateur à la vision large mais aussi au pragmatisme marqué, il fut parmi les principaux protagonistes de son époque. Fils d’un agent de change allemand, Moses Meyer Nathan, et de Sara Levi, amie et collaboratrice de Giuseppe Mazzini, il naît à Londres le 5 octobre 1845.
Il s’installe en Italie en 1859 et passe son adolescence et sa première jeunesse entre Florence, Lugano, Milan (où il dirige le journal l’Unità d’Italia) et la Sardaigne. L’influence de Mazzini et d’Aurelio Saffi, amis de la famille de leur époque londonienne, a eu un fort impact sur son éducation et son orientation culturelle et politique. Nathan arriva dans la Ville Éternelle en 1870, à la suite de la brèche de Porta Pia, pour travailler à l’organisation du nouvel hebdomadaire de Mazzini, La Roma del Popolo, et c’est durant cette période qu’il commença à s’impliquer activement en politique. Il acquiert la nationalité italienne en 1888 et, l’année suivante, il fait partie des fondateurs de la Société Dante Alighieri, avec Giosuè Carducci.
Il devient conseiller provincial à Pesaro (1889-1895) et conseiller municipal à Rome (1895-1902), travaillant sur le projet d’un regroupement de toutes les forces de la gauche laïque et démocratique qui seraient en mesure de s’opposer à la majorité conservatrice. Un projet qu’il continua à mener à bien, malgré de nombreux obstacles, même lorsqu’entre 1907 et 1913 il fut à la tête du concile du Capitole composé d’un bloc démocratique laïc, qui comprenait des libéraux, des démocrates constitutionnels, des républicains, des radicaux et des socialistes.
Nathan fut initié le 24 juin 1887, à l’âge de 42 ans, dans la loge maçonnique de la Propagande à Rome et neuf ans plus tard – précisément le 1er juin 1896 – il fut élu pour la première fois à la tête du Goi, succédant à Adriano Lemmi, le grand financier du mouvement patriotique du Risorgimento. En tant que Grand Maître, son objectif premier était de conduire l’Institution dans le nouveau siècle et de la faire connaître au monde extérieur, par des conférences publiques visant à diffuser les principes maçonniques, en premier lieu celui de la fraternité, qui distinguait la Franc-Maçonnerie des autres associations, et qui était le fondement de son aspiration naturelle à la paix universelle et à l’entente entre les peuples par la victoire de la loi sur la force, et à la poursuite du rêve des États-Unis d’Europe. Nathan a mis un accent particulier sur l’éducation et la formation des jeunes, de manière laïque et éthique.
« Nous sommes – aimait-il à répéter – une association éducative », dont la tâche était précisément de « réveiller dans les âmes endormies » la conscience, la soif de l’idéal. Quant à l’attitude politique de la Franc-Maçonnerie, pour Nathan, qui était un homme politique, elle devait être celle de réaffirmer l’existence d’une grande nation unie, digne de glorieuses traditions, aspirant au progrès et à la liberté, au-delà de toute école ou de tout parti.
SENATO PALAZZO GIUSTINIANI
Durant son mandat, le Grand Orient d’Italie s’installe à son siège au Palazzo Giustiniani. Et le discours inaugural que Nathan prononça dans la salle Zuccari le 21 avril 1901 en présence de députés et de sénateurs, de magistrats, de hauts fonctionnaires, d’officiers, de professeurs, d’intellectuels et de plus de deux cents dames est entré dans l’histoire. À sa gauche se trouve la table de presse. Et à eux, aux « profanes », il s’adressa, expliquant, pour la première fois dans l’histoire du Goi, ce qu’était la Franc-Maçonnerie et quels étaient ses objectifs, clarifiant la position de l’Ordre envers les différentes confessions religieuses, la politique, les femmes et l’éducation, l’idée de fraternité et de solidarité et s’attardant sur le prétendu secret maçonnique tant décrié… et même sur le divorce. Cela a conduit la Curie à renforcer son attaque contre la franc-maçonnerie, par l’action concentrique de toutes les paroisses d’Italie. Le 7 novembre 1903, Nathan démissionne de la charge de Grand Maître, bien que formellement la cessation de son premier mandat remonte au 14 février 1904.
Il revient ainsi à s’engager pleinement dans la politique publique et en 1907, alors qu’il est à la tête du « Bloc populaire », il est élu maire de Rome, devenant bientôt un modèle à suivre pour une myriade de municipalités italiennes de l’union des forces laïques et populaires contre les conservateurs et les pro-cléricaux. Une formule réussie, à laquelle Giovanni Giolitti a également contribué avec une série de lois en faveur de Rome, avec qui Nathan partageait le réformisme et le désir de moderniser le pays, un autre franc-maçon, dans son troisième mandat de Premier ministre. Lorsqu’il devient maire de la capitale, Nathan a 62 ans et est considéré comme un homme et un homme politique rigoureux, compétent, responsable et attentif. Le bloc populaire dirigea Rome jusqu’en 1913 et comprenait Achille Ballori, Meuccio Ruini, Giovanni Montemartini, Gustavo Canti, Ivanoe Bonomi, Giovanni Antonio Vanni, Tullio Rossi Doria. Le discours inaugural qu’il a prononcé occupe une place particulière dans l’histoire du Capitole.
Tombe d’Ernesto Nathan au cimetière de Verano à Rome
« Ici, réunis hommes de divers partis et de diverses écoles, membres et confessions différentes, nous sommes venus sur cette colline sacrée au nom de la grande et élevée politique qui a eu la vertu de nous unir en un faisceau ; la politique nationale face à la politique anti-unitaire, la politique de la liberté face à celle de l’intolérance, la politique du progrès face à celle de la réaction ». Si ce ne sont pas les paroles d’un franc-maçon ? École, logement, problèmes budgétaires, santé publique, municipalisation, éducation, soutien à la formation professionnelle, étaient les points clés de son programme. Nathan connaissait bien les besoins de Rome, qui, bien que riche en trésors historiques, artistiques et archéologiques, était dans un état extrêmement arriéré.
En 1909, le premier plan directeur de la ville est approuvé et la municipalisation du service de tramway et de l’électricité commence. Nathan a également initié une politique de construction de travaux publics. En 1911, à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’unification de l’Italie, furent inaugurés le Vittoriano, le Palais de Justice, la promenade archéologique et le stade de Flaminio, première installation moderne destinée aux événements sportifs. Nathan s’est battu pour l’ouverture d’environ 150 jardins d’enfants municipaux et a terminé son mandat en 1913. Au début de la Première Guerre mondiale, il s’est enrôlé comme volontaire. Il avait 70 ans et combattait sur le Col de Lana. En 1917, il est de nouveau élu Grand Maître du Grand Orient d’Italie après que le candidat déjà choisi, son ami Achille Ballori, ait été assassiné par un fou au Palazzo Giustiniani. Nathan était considéré comme le plus autorisé à gérer l’institution maçonnique dans un scénario dévasté par le conflit mondial. Mais en raison de son âge et de son état de santé, il n’a détenu le maillet suprême que pendant deux ans. Il meurt à Rome le 9 avril 1921.
Dans l’après-midi du 11 avril 2025, le conseil municipal a consacré la séance à sa commémoration. Il repose dans une tombe monumentale au cimetière du Verano, non loin du Panthéon des Grands Maîtres et Grands Dignitaires du Grand Orient.
« Le silence et l’étendue vont de pair. L’immensité du silence est l’immensité d’une conscience en laquelle n’existe pas de centre. La perception de cet espace et de ce silence n’est pas du domaine de la pensée. La pensée ne peut percevoir que sa propre projection, et lorsqu’elle la reconnaît, elle trace sa propre frontière » Krishnamurti (La révolution du silence)
La Franc-Maçonnerie peut se vanter d’avoir reçu parfois des personnages hors normes dans ses rangs ! C’est le cas de notre frère Paul Lafargue (1842-1911), auteur du célèbre pamphlet « Le droit à la paresse », publié en 1880 (1), où il écrit, avec un humour dévastateur : « Jéovah, le dieu barbu et rébarbatif donne à ses adorateurs le suprême exemple de la paresse idéale : après six jours de travail, il se repose pour l’éternité » ! Il s’attaquait là, à la fois, au capitalisme sauvage du XIXe siècle et à son beau-père, Karl Marx qui, avec son « Droit au travail » rejoignait l’idéologie capitaliste.
Mine de rien, il bousculait également un peu la Maçonnerie avec sa « Gloire au travail » ! Mais, au-delà de la blague anarchiste, se lit une autre dimension : Lafargue voit dans le travail une forme de rituel qui est mis en place à partir du récit de la Genèse sur la malédiction d’Adam et Eve chassés du Paradis (Lieu ou apparemment le travail n’existe pas !) et le remplacement de ce farniente par « gagner son pain à la sueur de son front ».
Pour bien montrer que l’exemple vient de haut, Dieu lui-même participe à la création par le verbe : « Dieu dit » (Genèse 1) C’est à la fois la mise en place d’un rituel, qui va être appris et récité par les créatures elles-mêmes et par une gestuelle soit de type religieux (déambulation, maniements d’objets symboliques, fumigation, etc.), soit de type économico-social (rituels du travail, du repos et des loisirs, de la politique et même de la guerre). Il semble que tout groupe ou individu ne peut échapper à un rituel qui, en fait, lui donne une légitimité, une appartenance, et qui calme ses propres angoisses en le remettant, si besoin est, dans la parole censée l’avoir créé. Après, sûr de son appartenance par le rituel, il peut s’adonner au quiétisme, retrouver l’Eden du silence. Comme Dieu le fait après le dur travail de la création, nous dit Lafargue !
Cependant, le Verbe est-il une action symbolique ? Les philosophes de l’Antiquité et les théologiens du Moyen-Age, nous disent que le « Logos Spermatikos », le « dit qui crée », hors de toute action, où la création est avant-tout une nomination : la chose devient réalité, fait sens, car elle sort du chaos, de l’innommé. Toute la Bible, par exemple, est une recherche de retrouver un dialogue avec un Dieu qui, désormais se tait et qu’il faut remplacer son absence de parole par des rituels religieux ou philosophiques, dont la fonction est provisoire et fatalement incomplète, sorte de mise en scène sacrée, où l’homme se persuade qu’un Principe s’adresse à lui par le truchement d’un texte et d’une théâtralité. Mais nous savons que le rite est une construction imaginaire qui ferait avancer la rencontre principielle de l’Autre, mais qui ne peut finalement se faire qu’essentiellement dans le silence, compte-tenu de l’insuffisance du langage humain.
psychothérapie maçonnique
Le rituel est, par excellence, un « Ersatz ». Il est souvent bavard et n’est là que pour l’accueil du « Rien » qui est « Tout », comme le développe Maître Eckhart dans sa théologie apophatique. Mais n’oublions pas que ce Rien devient Tout. Dans l’un de ses derniers ouvrages, la psychanalyste et philosophe Cynthia Fleury nous le rappelle (2) : « S’il fallait faire une comparaison insuffisante, ce serait du côté du lien qui existe entre le rituel et la répétition, ou cette capacité qu’a le rituel de nous projeter dans l’immanence, avec ce lien au transcendant. Le rituel permet d’habiter le monde. La répétition stylistique permet d’habiter le monde, précisément en créant à l’intérieur de celui-ci, ou ailleurs, un espace-temps sur lequel ce dernier n’a pas de prise ». Cette réflexion nous permet d’approfondir la notion et la fonction du rituel.
I- QU’EN EST T-IL DE LA FONCTION DU RITUEL ?
Il y a toujours une dualité des formes ritualistes : paroles sacrées et gestuelles se trouvent conjuguées et nécessitent un discernement afin de percevoir que c’est la gestuelle qui conduit à la parole et non l’inverse. Le verbe prime sur l’action, mais c’est seulement dans le silence et l’écoute que peut opérer la réception de la Parole qui viendrait de ce que nous pourrions appeler le « Tout Autre ». Existent des formes religieuses, où le rituel a comme absorbé, assimilé la parole, et d’autres où c’est la parole au contraire qui semble avoir volatilisé le rite. Dans la religion romaine de l’Antiquité, nous voyons de tels cultes, comme celui des prêtres saliens où les paroles sacrées avaient perdu toute intelligibilité pour les prêtres eux-mêmes et où l’on aboutissait à une forme de glossolalie (3). Le rituel est une action où l’homme se sent agissant dans l’agir du Principe et ce que l’homme y fait, c’est une action de type religieux, c’est une action que Dieu ferait pour lui, en lui ; autant que lui la fait en Dieu, par Dieu. Reste la question familière au religions : le rituel se fait-il « en souvenir de », de façon commémorative, comme dans les Eglises liées à la Réforme protestante, ou comme une « transsubstantiation » (4) propre à la catholicité ?
fleur d’après la suite de Fibonacci
Dans le rituel, l’action doit-être spiritualisée par une parole entendue au-delà du rituel en question, dans un silence intérieur qui ramène à l’origine. Si son sens n’est pas éclairé par une parole qui se voudrait authentiquement divine, le rituel dégénère en magie ou en simple superstition. Cependant, la pratique ritualiste ne peut pas être réduite à une simple figuration, plaquée sur des mythes par des paroles abstraites, sinon le rituel disparaît en échange d’une espèce de pieuse charade. C’est, en somme, le sens du symbole qui doit d’abord être recouvré, pour que la parole elle-même redevienne la parole de la transcendance, et non pas une simple formule qui, substituée à la réalité, ne saurait plus la rejoindre. Dès lors, le silence devient le lieu de la rencontre que le rituel est censé mettre en mouvement. Mais tout silence et ce qu’il fait découvrir est une mort et cette « mise en terre » est incontournable pour une résurrection dans la lumière par le Verbe. Ce que résume St. Jean (12, 24-25) : « Si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais si il meurt, il porte beaucoup de fruit. Celui qui aime la vie la perdra, et celui qui hait la vie en ce monde, la conservera pour la vie éternelle ». Le rituel du 3em degré maçonnique, s’est beaucoup inspiré de cette pensée johannique semble-t-il !
II-APRES L’ACTION RITUELIQUE, LE SILENCE DE LA TRANSMUTATION.
Statut de Platon assis en marbre blanc devant un chapiteau de Temple
Le rituel maçonnique s’inscrit, comme dans toute démarche spirituelle, dans cette dialectique entre action et réflexion, parole et silence, perception d’une autre voix qui parle à-travers le discours du prochain ou dans le silence de l’épreuve, comme chez Jean de La Croix, dans sa traversée de la « nuit obscure » (5). Comme dans la République de Platon et de son (trop ?) célèbre mythe de la caverne, il est fait référence à ces prisonniers de l’illusion plongés dans le silence et l’obscurité dont certains postulent à la lumière en se soumettant au rituel de l’escalade vers cette dernière, l’atteignant pour s’entendre dire qu’il convient, qu’éclairés, ils doivent retourner vers les autres, dans le lieu obscure et silencieux, tels des Boddhisatvas du bouddhisme du Grand véhicule. En revanche, dans l’enfer de la Divine Comédie de Dante, les damnés hurlent leur désespoir et leurs griefs, dans un lieu dénué de lumière, où le feu destructeur n’est plus que la seule alternative. Le chaos, sans le rituel de l’ « ordo » crie, vocifère ; tandis que l’ordonnance au rituel réparateur conduit à la quiétude contemplative par le silence. Le rituel n’est pas une fin en soi, mais un chemin vers le silence. La différence, d’ordre pictural, en est bien évidemment, « Le Cri », d’Edvard Münch (1863-1944), ou de Jérôme Bosch (1450-1516) et ses « Visions de l’Au-Delà ». De manière évidente, c’est dans la mise en scène rituélique maçonnique que la place du silence va se révéler : Nous assistons là, à un va-et-vient entre silence et révélation, cette dernière n’étant que le fruit du premier, comme la graine est obligée de passer par le silence de la terre pour donner naissance à l’ordonnance de sa création particulière, de sa vérité.
Trouver « Sa » vérité, son rituel en quelque sorte, oblige au silence du voyage intérieur, de descendre dans le « caveau voûté », afin de quitter le monde bruyant de la surface, le domaine de la « Doxa », du lieu commun, du « bla-bla », pour celui du silence de sa vérité qui est souvent la découverte de son propre inconscient. Ce « retournement intérieur » (6), cette plongée silencieuse dans ce monde symbolique demande cependant d’être relié à l’extérieur : le silence et la recherche de sens ne peut s’effectuer qu’en relation, non comme la restauration d’un cordon ombilical, mais d’un lien qui rassure durant cette spéléologie intérieure. L’autre, le prochain, devient le moyen de recevoir un air nouveau, sans m’asphyxier dans une solitude qui ne serait que le reflet de mon narcissisme. L’aboutissement au silence comme but et conséquence du rituel ne vise naturellement pas au mutisme et l’état catatonique (7), ne présente nullement un idéal ! Dans la vie spirituelle, le silence est celui de l’ego qui laisse place en lui à une autre parole qui le submerge et dont il devient porteur. Ce qui est le cas des prophètes et mystiques de toutes les religions et cela sera aussi le statut officiel du Grand-Prêtre du Temple de Jérusalem, seul dans le silence du Saint des saints et porteur d’un seul nom et de sa prononciation. Cependant, Cynthia Fleurit nous prévient (8) : « Tout le monde n’est pas immédiatement apte au silence, à transformer de façon créatrice le silence. L’art est alors de produire une parole qui va restituer cette confiance sans pour autant orienter le sujet, et qui invite le sujet à traverser son silence, à comprendre qu’il y a à l’intérieur de celui-ci des ressources pour penser, pour affirmer ce que l’on croit savoir et qu’on ne sait pas ». En fait, découvrir que le silence est source de vie et non de disparition en se servant, en premier lieu du facteur rassurant d’un encadrement rituel théâtral, pour déboucher sur la réalité du sujet.
III – CONCLUSIONS-ALLER AU-DELA DU RITUEL POUR NE PAS ÊTRE VICTIME DU RITUEL !
La cérémonie d’initiation à la franc-maçonnerie : on pose solennellement au candidat des questions rituelles, en dirigeant les pointes des épées vers sa poitrine nue. Gravure des années 1740
Un rituel est un abécédaire qui, une fois acquit, sert à d’autres lectures. C’est juste un outil, mais si on le considère comme « une écriture sacrée », il se transforme en idéologie mortifère au lieu d’être un passage vers une parole vivifiante et une rencontre qui dépasse même la parole. S’il est appliqué « comme une fin en soi », il devient le texte mort du rituel d’une secte. De surcroît, le rituel doit laisser libre-cours à la libre interprétation du sujet, de son histoire, et des interprétations et évolutions qu’il est seul à pouvoir conduire, sinon nous tombons dans un dogmatisme catéchisé. Le rituel tue la spiritualité s’il n’est pas mis de côté : le bouddhisme dit que construire un radeau est nécessaire pour traverser un fleuve, mais qu’une fois l’autre rive atteinte, il ne sert plus à rien, petit ou grand, il n’est qu’un véhicule ! Les traditions religieuses occidentales suivent le même cheminement, à l’aide d’un langage différent. Par exemple, la vie monacale est un lieu où le rituel est observé de façon scrupuleuse, mais de façon à aboutir au silence. La vie monacale est, en elle-même, un rituel qui prépare au silence intérieur et extérieur qui laisse place à la rencontre avec le Principe. Mais ce silence débute par le silence dans la vie communautaire pour écouter l’autre, le frère, dont la parole véhicule aussi une parcelle de divin. Dans la célèbre règle de Saint-Benoît, où le silence est le leitmotiv, on peut y lire par exemple, dans la règle intitulée « De l’habitude de se taire » (9) : « Faisons ce que dit le prophète : « J’ai dit : je surveillerai ma conduite, afin de ne pas pécher par ma langue. J’ai placé une garde à ma bouche ; je suis devenu muet et me suis humilié. J’ai gardé le silence sur les choses bonnes » (Psaume 38, 2-3). Ici, le prophète montre que, si l’on doit parfois se taire en matière de bons discours, par amour du silence, combien plus doit-on s’abstenir des paroles mauvaises à cause de la peine due au péché ». La perturbation langagière gêne ou interdit l’écoute de l’essentiel…
Citons un autre exemple, issu de la Réforme protestante du 17em siècle : les Quakers qui eux rejettent tout rituel, toute organisation confessionnelle et tout clergé. Fondé par Georges Fox (1624-1691), celui-ci proposera des cultes du silence où le croyant, sans rituel, rencontre le Principe grâce à sa « lumière intérieure », propre à tout homme et la communique, si besoin est, à l’assemblée réunie. Ce qui amène un Quaker britannique à écrire (10) : « What I am talking about here is meditation that is beyond words and is communion with God’s langage of silence ? (« Ce que j’évoque ici est la méditation qui est au-delà des mots et qui devient une communion avec la parole de Dieu qui est silence »).
Ces deux approches permettent aux Maçons de se situer : engagés dans le siècle, ils ne relèvent pas de l’idéal de la vie monacale, mais ils ne relèvent pas non plus de l’approche Quaker, car ils ont besoin d’un minimum de rituel, quitte à le dépasser, avant le silence et ce « quelque chose » qui les dépasse et les entraîne…
montre, temps, spirale, infini, spirale, nombres, blanc, or
Le but du rituel est de nous entraîner dans une confrontation au temps (à trois temps devrions-nous dire !) : le « Chronos » qui représente le linéaire, l’historique, la continuité, le « une pierre après l’autre » ; l’ « Aiôn » qui est le sentiment de suspens et d’éternité et qui pourrait être l’équivalence de la sublimation, où le sujet a l’impression de dépasser sa finitude et celle d’autrui ; et enfin le « Kairos » qui est l’instant à saisir, la possibilité, le droit pour chacun de faire histoire, c’est-à-dire déclencher une action qui crée un avant et un après. C’est dans ce vécu d’un temps trinitaire que le silence fait irruption. Silence allant de pair avec présence ; celle de son inconscient ou d’un « Interlocuteur » qui serait l’ « Agalma », le trésor de la source des signifiants, qui me rendrait « signifié » moi-même ?
Venir en Maçonnerie, c’est rajouter du rituel à ceux qui nous encadrent dans notre vie profane habituelle afin de nous rassurer (ou nous bloquer malheureusement !), avec la différence toutefois de nous conduire vers le silence qui nous confronte enfin à notre vérité, au-delà de la théâtralité de ces mêmes rites. Quitter notre imaginaire pour notre réel et tenter d’en bâtir une symbolique qui peut faire sens voilà le rude travail qui nous attend…
TELS LA DEESSE ISIS, NOUS VOILA CONDAMNES A POSER NOTRE DOIGT SUR LA BOUCHE !
NOTES
(1) Lafargue Paul : Le droit à la paresse. Paris. Ed. Alia. 1999.
(2) Fleury Cynthia : Ci-gît l’amer guérir du ressentiment. Paris. Ed. Gallimard. 2020. (Pages 75 et 76).
(3) Glossolalie : Fait de parler ou de prier à haute voix dans une langue étrange ou étrangère, inconnue des personnes qui la parle eux-mêmes. Elle est assimilée parfois comme l’assimilation à une maladie mentale. En ce qui concerne les religions elle est l’expression d’un langage divin, d’un « parler en langues », que nous retrouvons, dans le Nouveau Testament, lors de la Pentecôte, lorsque les Apôtres sont réunis, après la mort de Jésus (Actes des Apôtres, 2, 4) : « Et ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et se mirent à parler en d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer ».
(4) Transsubstantiation : Conversion surnaturelle d’une substance en une autre. Dans la chrétienté catholique, conversion du pain et du vin en corps et sang du Christ, lors de l’eucharistie, par l’opération du Saint-Esprit.
(5) Jean de La Croix : La nuit obscure. Paris. Ed. Du Cerf. 1992.
(6) Le « retournement intérieur », en hébreux, se dit « Techouva » et correspond à ce que nous pourrions appeler « conversion » qui n’est pas adopter une autre religion, mais retourner sur son origine où se trouverait sa vérité.
(7) Catatonie : affection cérébrale indépendante à évolution cyclique, revêtant tour à tour l’aspect de la mélancolie, de la manie, de la stupeur, finalement de la démence, et caractérisée par une perte de l’initiative motrice et une inertie confinant à l’immobilité complète et au silence.
Thuillier Jean : Folie-Histoire et dictionnaire. Paris. Ed. Robert L affont. 1996. (Page 478).
(8) Fleury Cinthia : idem. (Page 100).
(9) Saint-Benoît : La règle. Le Jas du Revest-Saint-Martin. Le club du Livre Chrétien. Ed. Robert Morel. 1961. (Page 61).
(10) Eddleston Richard : What is meditation ? U.K. London. The Friend’s Quaterly. 2016. (Page 14)
BIBLIOGRAPHIE
Vergote Antoine : Interprétation du langage religieux. Paris. Ed. Du Seuil. 1974.
Bouyer Louis : Le rite et l’homme. Paris. Ed. du Cerf. 1962.
Cassirer Ernst : La philosophie des formes Symboliques. Paris. Ed. De Minuit. 1972.
Cazeneuve Jean : Les rites et la condition humaine. Paris. PUF. 1958.
Chauvet Louis-Marie : Du symbolique au symbole. Essai sur les sacrements. Paris. Ed. Du Cerf. 1979.
Cocagnac Henri : Les symboles bibliques. Lexique théologique. Paris. Ed. Du Cerf. 1994.
Diel Paul : Le symbolisme dans la Bible : l’universalité du langage symbolique et sa signification psychologique. Paris. Ed. Payot. 1975.
Heidegger Martin : Acheminement vers la parole. Paris. Ed. Gallimard. 1976.
Ortiques Edmond : Le discours et le symbole. Paris. Ed. Aubier-Montaigne. 1962.
Pozzi Giovanni : Silence. Paris. Ed. Payot. 2014.
Van Eten Henry : Georges Fox et les Quakers. Paris. Ed. Du Seuil. 1956.
Ce samedi 19 avril à 10h30, l’Académie maçonnique Paris recevra, lors de son webinaire mensuel, pour une conférence intitulée :
« Henri Corbin, Théosophie et initiation »
YVES BOMATI, Membre de la Grande Loge de France, docteur ès lettres et sciences humaines, historien diplômé de l’École pratique des hautes études, dernier ouvrage paru :
YVES BOMATI
Les Assassins d’Alamût – Les dessous d’une politique de la terreur (Armand Colin, 2024)
Ce webinaire est gracieusement accessible aux Sœurs et aux Frères de toutes Obédiences, titulaires du grade de Maître, sur inscription préalable : (Cliquez ici)
Yves BOMATI est un historien des religions. Il s’intéresse depuis une trentaine d’années à l’histoire de l’Iran (Perse) sur laquelle il a déjà publié six ouvrages.
YVES BOMATI
Le sujet qu’il traitera lors de cette conférence étant très vaste, il se contentera d’en explorer certaines arcanes à partir de trois courts récits théosophiques d’Avicenne (980-1037), troisième maître après Aristote, et du Livre du Sage et du disciple, ouvrage du Xe siècle iranien (sans nom d’auteur connu) sur l’initiation ismaélienne.
Henri Corbin, iranologue éminent, qui a traduit et étudié ces textes, en est le trait d’union. Chacun pourra y trouver des éléments qui intéressent directement l’initiation maçonnique. Ils en éclairent, en effet, les prémices et nous ouvrent les voies de l’ésotérisme, de façon aussi simple qu’enrichissante.