Accueil Blog Page 180

Avec l’ouverture du « Cercle Thierry Marx », la GLDF met les petits plats dans les grands !

19

Le restaurant de l’hôtel de la Grande Loge de France, situé rue Louis-Puteaux à Paris (XVIIe arr.), renaît avec une nouvelle saveur. Ce jeudi 4 septembre 2025 au soir, porté par une énergie nouvelle et un souffle d’innovation. Sous un nouveau nom – « Le Cercle par Thierry Marx » – cet espace emblématique dévoile une métamorphose complète : un menu revisité, une équipe culinaire revitalisée, un esprit modernisé et une collaboration prestigieuse avec l’illustre chef Thierry Marx.

Préparez-vous à une expérience culinaire et humaine qui promet de marquer les esprits ! Une Alliance avec un Maître de la Gastronomie et de l’Inclusion.

La Grande Loge de France s’associe avec fierté à Thierry Marx, une figure incontournable de la cuisine française dont le talent et la renommée rayonnent à l’international. Mais ce partenariat dépasse la simple expertise gastronomique : le chef Marx incarne un engagement profond envers la société. Grâce à une politique audacieuse d’inclusion par la formation et l’insertion professionnelle, il transforme des vies et ouvre des horizons. Ce projet commun avec la Grande Loge de France s’inscrit dans cette vision humaniste, alliant excellence culinaire et valeurs fraternelles. Thierry Marx avait déjà assuré le remarquable service traiteur lors de l’inauguration du nouveau musée de la GLDF, le 27 mars dernier, et ce n’était donc qu’un avant-goût d’une collaboration beaucoup plus profonde entre l’Obédience et le chef multiétoilé : des pourparlers puis des négociations ont été engagés, grâce aux bons offices de Jean-Paul O’Meny, sous la Grande Maîtrise de Thierry Zaveroni ; cependant, le contrat a été conclu par le nouveau Grand Maître, Jean-Raphaël Notton qui, l’ayant revêtu de sa signature, assume donc pleinement, désormais, la responsabilité de son exécution.

Un espace repensé pour un accueil chaleureux

Après d’importants travaux réalisés tout l’été, « Le Cercle par Thierry Marx » dévoile un cadre entièrement renouvelé. Mise aux normes, entretien minutieux et décoration raffinée transforment cet espace en un lieu plus accueillant, chaleureux et lumineux. Il faut en remercier grandement l’équipe du CERP pour son dévouement exceptionnel, qui a rendu cette renaissance possible. Dès l’ouverture, les visiteurs plongeront dans une atmosphère où se mêlent élégance et convivialité, un écrin parfait pour savourer cette nouvelle aventure.

Une carte alléchante à prix doux

Table,Set,Restaurant
Banquette et Salle de restaurant avec couverts dressés, table de repas

La carte du « Cercle » a été pensée avec soin pour offrir une qualité irréprochable à un excellent rapport qualité-prix, répondant aux attentes des membres de la Grande Loge de France, tout en restant accessible. Parmi les délices proposés : des entrées oscillant entre 4 et 9 €, un plat du jour à 15 €, et des desserts entre 6 et 8 €. Chaque plat, élaboré sous la direction de Thierry Marx, promet de régaler les papilles, tout en respectant un budget raisonnable. Une invitation à déguster sans se priver !

Ouverture prochaine au public : un pont vers la cité

Grande Loge de France (GLDF), rue Louis Puteaux, Paris 17e arr.
Grande Loge de France (GLDF), rue Louis Puteaux, Paris 17e arr.

Dans la lignée de l’ouverture récente de son nouveau musée, la Grande Loge de France ouvrira bientôt « Le Cercle par Thierry Marx » à tout public pour les déjeuners, du lundi au vendredi, avec un accès dédié. Cet accès aux « profanes » est prévu dans le courant du mois de septembre. Nous ne manquerons pas vous donner alors tous les détails avec des menus et de premières photos des lieux. Bien entendu, pour la Grande Loge de France, cette initiative affirme encore davantage l’ancrage de l’institution dans la vie citoyenne, brisant les barrières entre initiés et profanes. L’effet de curiosité suscité par la notoriété de Thierry Marx, combiné à l’attractivité du musée, invite de nouveaux visiteurs à pousser les portes de cette maison maçonnique, ouvrant ainsi un dialogue inédit avec la société.

Une invitation fraternelle

intérieur de restaurant
intérieur de restaurant vide

Dans sa communication, la Grande Loge de France souligne cette ambition :

« Chers frères et sœurs, ce nouveau lieu s’offre à vous comme un espace de partage et de découverte. Nous vous encourageons vivement à venir vivre cette expérience et à nous faire part de vos impressions. Que ce soit pour un repas entre initiés ou une rencontre avec des curieux attirés par l’aura de Thierry Marx, Le Cercle promet de devenir un lieu de cœur au sein de la Grande Loge de France. »

Le premier service aura lieu le jeudi 4 septembre 2025, pour le dîner, et sera donc exclusivement réservé aux Frères pendant quelques brèves semaines, sachant que, dans un très proche avenir, les profanes pourront eux aussi apprécier la renaissance culinaire de cette crypte désormais dédiée aux réjouissances du palais.

En parodiant une formule chère au nouveau Grand Maître de l’Obédience, Jean-Raphaël Notton, on pourrait dire : « Osez pousser les portes… du Cercle ! » (chacun à son heure)

La parabole du Maître

En mourant, un vieux maître-maçon lègue à ses frères et sœurs un cadeau insolite et captivant. Dans un fragment de parchemin jauni, orné de dessins énigmatiques mais dépourvu de mots, repose un trousseau de clés : celles de sa maison, de tous les bureaux et des cachettes secrètes nichées dans cette modeste demeure. Tremblants d’émotion et d’une curiosité débordante, ses compagnons ouvrent la porte, avides de percer le mystère que leur cher ami a voulu leur transmettre.

Le premier frère interprète ce legs comme une invitation à revisiter un lieu chargé d’histoire, là où il est né, a grandi et s’est épanoui en tant qu’homme, guidant des générations de francs-maçons. Ce sanctuaire abrite les origines des grands travaux écrits, les premiers rituels célébrés, et les soirées d’agapes où résonnaient des conversations chaleureuses et détendues. Sur la table de la grande salle trônent un cordon et un bouton en cuir d’agneau, minutieusement brodés par son épouse adorée, ainsi qu’un maillet en bois gravé de symboles entrelacés, œuvre d’artisans talentueux. Plus loin, dans le bureau, s’entassent des documents fascinants : brevets, concordats, certificats honorifiques, statuts et constitutions. À côté, une boîte de velours renferme des médailles et des récompenses, témoins de ses bonnes actions, de son dévouement maçonnique et de son ancienneté. Chacun de ces objets semble vibrer d’une énergie intacte, comme si les mains de ce maître, parti vers l’Orient Éternel, y avaient laissé une chaleur persistante. Même les braises de la cheminée, allumées depuis deux décennies, paraissent encore rougeoyer d’une lueur vivante.

Le deuxième frère voit dans cet héritage un trésor enfoui dans les livres, anciens comme modernes. Il revoit ces jours mémorables où les conférences enflammaient les débats, où chaque œuvre architecturale donnait lieu à des heures de discussions, tantôt légères, tantôt profondes, mais toujours fraternelles. Avec le temps, ces architectures se sont cousues dans d’épais cahiers, puis publiées sous forme de livres richement illustrés de croquis originaux, dessins humoristiques et photographies. Ces réunions évoquent presque un conclave d’intellectuels ou d’artistes, nourries d’une pensée vive et créative. Aujourd’hui, plonger dans ce granit de la science – cette pierre précieuse léguée par une sagesse intemporelle – exige une vie entière, tant l’enseignement s’avère inépuisable.

La troisième sœur se remémore l’harmonie qui régnait dans cette maison. Comme autrefois, la salle des travaux se prépare avec soin, baignée d’une atmosphère paisible et accueillante, où chaque mérite trouve sa place. Les moments simples côtoient les défis : le Cercle de la Veuve se reforme rapidement avant de se dissoudre aussi vite ; les débats ou votes s’animent parfois, mais la liberté de chaque opinion reste sacrée au sein de la loge. De l’extérieur, la discipline et la légalité interne semblent peser lourdement sur les rituels et les relations, mais c’est une illusion !

Un mécanisme subtil désamorce les tensions, laissant s’épanouir les cordes secrètes de l’âme et révélant la beauté de l’Art Royal sur le chemin de la vie.

Dans cette loge, aucun mépris ne frappe les femmes ni ceux issus d’autres obédiences.

Regard maçonnique sur l’accueil des étrangers

32

I – Une réalité incontrôlable, témoin du désordre du Monde !

Les migrations humaines existent depuis les premiers temps de l’émergence de l’espèce humaine sur notre planète. L’origine exclusivement africaine des premiers ancêtres de l’espèce Homo explique que les premières migrations (que l’on date d’environ 1,8 millions d’années avant JC) aient participé au peuplement de la Terre.

Dès nos origines, les migrations apparaissent comme la conséquence de pulsions existentielles : apporter plus de nourritures aux groupes humains, rechercher des ressources nouvelles pouvant être des monnaies d’échanges, investir des territoires plus protecteurs.

fete-vaudou-ife-voyages-benin-750x375

Le caractère pulsionnel des migrations explique l’importante motivation qui pousse des personnes de toutes conditions à affronter les pires difficultés pour réussir leur projet. Il est impossible d’empêcher un mouvement migratoire ! Tout au plus peut-on espérer le dissuader puis l’accompagner ! Faire croire qu’une action policière de retour dans le pays d’origine est possible est une absurdité !

Il est parfois étonnant de voir les Européens aborder ce sujet comme s’il s’agissait d’une problématique ponctuelle et passagère.

cocktail au travail discussion

La démographie mondiale galopante, le vieillissement de la population européenne, la multiplication des conflits régionaux inter-ethniques, les conséquences du changement climatique en cours et la corruption endémique dans un contexte de sous-développement, sont les principales causes des migrations contemporaines.

Ces causes témoignent du désordre du Monde ; c’est un désordre durable, en espérant qu’il puisse être amendable, que les communautés humaines se doivent d’intégrer dans les projections qu’elles peuvent faire sur « le Monde d’Après » !

II – Une nécessité : Soutenir les étrangers !

Les francs-maçons, conscients des causes profondes des migrations et de la souffrance humaine que celles-ci peuvent entraîner, ne peuvent rester indifférents aux mensonges qui sont diffusés pour culpabiliser les populations étrangères et les traiter de façon indigne.

La sectorisation des territoires en états et nations a indéniablement accentué les obstacles aux migrations d’une part en interdisant certains trajets, d’autre part en faisant apparaître des zones à moindre risque où les migrants peuvent espérer soit faire une pause dans leurs pérégrinations soit en faire un but à atteindre.

Parce que l’Europe a été incapable d’agir pour améliorer les conditions de vie des étrangers dans leurs pays d’origine afin de leur faciliter le maintien au pays et malgré les difficultés de toutes sortes que les états européens ont érigées pour les dissuader de venir, l’Occident, parce qu’elle est encore globalement une zone de paix, est devenue une destination migratoire recherchée.

Cette immigration est utilisée par les partis xénophobes et démagogues pour susciter
des mouvements de rejet argumentés de façon outrancière et mensongère. Aujourd’hui encore, toute une frange de la population européenne est sensible à la diabolisation des migrants et à leur mise en cause dans les différentes problématiques des vécus des peuples de l’Europe.

Tout cela explique la permanence dans l’actualité d’images de détresse montrant combien ces populations sinistrées doivent supporter des sacrifices pour permettre aux plus chanceux ou aux plus résistants d’espérer un accueil et un peu de tranquillité pour se reconstruire.

Les francs-maçons, imprégnés par leur vocation à plus de fraternité et à plus d’universalité, sont naturellement amenés à comprendre le drame que vivent les migrants et le devoir qu’ils ressentent à déconstruire les argumentations fallacieuses qui les condamnent.

Homme âgé pensif

Les obédiences maçonniques se préoccupent essentiellement d’Ethique ; elles nous expliquent que ce n’est pas dans leurs domaines de compétence de trouver des solutions aux différentes problématiques que connaissent les migrants.

Pour porter assistance et expliquer la problématique il ne reste que l’engagement individuel et l’action publique des loges. Chaque loge peut aussi favoriser un engagement concret à travers un soutien au milieu associatif caritatif.

III – Conclusion

Le drame vécu par des milliers d’étrangers pourrait être au centre d’une action de sensibilisation des francs-maçons européens afin de faire partager deux évidences :

border, barrier, customs, zoll, red, white, boundary marker, germany, zoll, zoll, zoll, zoll, zoll

– d’une part, les étrangers qui arrivent en Europe ne sont pas responsables ; le départ de leurs pays a été motivé par une incapacité à subvenir, dans leurs pays, à leurs existences et à celle de leurs familles. L’urgence voudrait que la communauté internationale prenne à bras le corps le règlement de cette problématique en facilitant le maintien au pays.

– D’autre part, une fois sur place, dans les pays de destinations, ils ont droit au respect de leur dignité d’êtres humains. Tout doit être fait pour faciliter leur intégration en attendant le retour volontaire dans leurs pays lorsque les conditions de vie le leur permettront.

Les loges maçonniques peuvent très bien prendre des initiatives pour réaliser des actions de sensibilisation au soutien des étrangers. Ce serait à l’honneur des loges de montrer que nous ne sommes pas des privilégiés qui ne seraient préoccupés que par des préoccupations personnelles et que nous sommes capables de nous engager au service des personnes en souffrance.

Les étrangers en situation irrégulière sont d’abord des victimes qui n’ont pas d’autre choix que de fuir les zones de guerre, les zones de détresse alimentaire et les zones devenues inhabitables du fait du bouleversement climatique.

Nous ne pouvons que déplorer les conditions de vie que ces personnes affrontent du fait du refus des autorités gouvernementales des différents pays à prendre en charge les obligations sociales sous leurs responsabilités.

Comment rester silencieux devant la désinformation, diffusée par les mouvements d’extrême droite, qui les accuse d’être des facteurs de troubles sociaux et qui menace de les expulser.

Nous nous devons d’affirmer que la solidarité et la fraternité sont des valeurs universelles, facteurs de paix, qui méritent d’être mises en pratique.

Nous sommes convaincus que cette action valoriserait la perception de la démarche maçonnique par l’opinion publique.

La dimension maçonnique de la Tour Eiffel

Il est des monuments qui, au-delà de leur fonction utilitaire ou de leur beauté profane, prennent valeur de symbole et deviennent support de méditation initiatique. La Tour Eiffel, dressée au cœur de Paris depuis 1889, est de ceux-là. Conçue comme prouesse technique, elle est devenue, pour qui sait la regarder avec les yeux de l’initié, un temple moderne, un livre de fer et de lumière où se lit la vocation de l’homme à s’élever vers le ciel.

I. Le temple de fer : la matière transfigurée

La Tour Eiffel n’est pas bâtie en pierre, comme les cathédrales ou les temples antiques, mais en fer puddlé, ce métal arraché à la terre, purifié par le feu et façonné par la main de l’homme.

Ainsi, elle incarne l’image même du travail maçonnique : la transformation de la pierre brute en pierre taillée, de la matière lourde en matière lumineuse.

Terre dont la moitié est en feu, elle brûle. Planète

De la mine de Neuves-Maisons, propriété et dirigée par le comte Victor Chebrou de Lespinats, jusqu’aux ateliers de Pompey, le fer a subi toutes les épreuves du feu, du marteau et du bras de l’ouvrier. Comme l’initié, il a été travaillé, poli, éprouvé, pour devenir apte à soutenir un édifice qui défie le temps.

La Tour nous rappelle que toute matière, même la plus opaque, peut devenir élévation. De la pesanteur du fer naît la légèreté d’une flèche. De la contrainte naît la liberté. C’est la grande loi de l’initiation : le poids de l’épreuve se transforme en élan vers la lumière.

II. Le langage des formes : une grammaire initiatique

Au-delà de la matière, la Tour Eiffel parle par ses formes et ses proportions.

  • Sa silhouette triangulaire évoque le delta lumineux, premier signe de toute initiation. Oswald Wirth écrivait : « Le triangle est le signe de toute élévation spirituelle. »
  • Ses trois plateformes rappellent les trois grades symboliques : Apprenti, Compagnon, Maître. Monter dans la Tour, c’est gravir une échelle initiatique.
  • La lumière, dès son inauguration, en fit un phare : de jour, elle reflète le soleil ; de nuit, elle s’embrase de mille feux. Victor Hugo disait : « La lumière est dans le livre. » La Tour Eiffel est un livre de lumière écrit dans le ciel.
  • Enfin, sa base arquée dessine l’image d’un compas géant ouvert sur la terre, comme si le Maître Architecte avait tracé, au cœur de Paris, le cercle de la fraternité universelle.

Ainsi, la Tour Eiffel, dans son langage muet, exprime l’essentiel de notre démarche : triangle, compas, lumière, élévation par degrés.

III. Lecture ésotérique : colonne, centre et temple invisible

René Guénon, photographie de 1925 (à 38 ans)
René Guénon, photographie de 1925 (à 38 ans)

La Tour Eiffel n’est pas seulement un monument, elle est un axe du monde. Dressée comme une colonne unique, elle relie symboliquement la terre au ciel. Guénon rappelait que le centre est le lieu où se rencontrent le haut et le bas. La Tour, plantée au Champ-de-Mars, est ce centre moderne, un omphalos (nombril) de fer autour duquel s’organise la cité.

Elle est aussi un temple invisible : pas de murs, pas de toit, seulement un espace ouvert au ciel et aux vents. Elle enseigne que le véritable temple n’est pas clos mais intérieur. Jung écrivait : « Celui qui regarde à l’extérieur rêve ; celui qui regarde à l’intérieur s’éveille. » La Tour Eiffel est un rêve de fer pour le profane, mais un éveil de lumière pour l’initié.

Enfin, elle incarne la modernité initiatique : à l’époque où la science et l’industrie triomphaient, elle rappelait que le progrès pouvait être aussi une ascension spirituelle. Teilhard de Chardin affirmait : « Tout ce qui monte converge. » La Tour Eiffel, par son élévation, manifeste cette convergence : science, art et spiritualité réunis dans une œuvre unique.

IV. Les signes visibles et invisibles

  • Visibles : verticalité, triangle, compas, lumière, trois degrés.
  • Invisibles : chemin initiatique, nombre sacré, fonction de centre, transfiguration de la matière, temple intérieur, universalité.

Ces éléments font de la Tour un livre ouvert pour l’initié, où le fer et la lumière se font langage symbolique.

Conclusion et enseignement

La Tour Eiffel n’a pas été conçue comme une œuvre maçonnique, mais elle parle le langage de la Maçonnerie. Elle est colonne dressée dans la cité, pyramide moderne, compas de lumière. Elle enseigne à l’initié que l’élévation est toujours possible, que la lumière doit rayonner, et que le temple véritable n’a pas besoin de murs : il se bâtit dans l’âme.

Pour nous, Francs-Maçons, contempler la Tour Eiffel peut devenir méditation silencieuse:

  • comme l’Apprenti, nous partons de la base lourde et opaque ;
  • comme le Compagnon, nous franchissons les degrés de l’élévation ;
  • comme le Maître, nous atteignons le sommet, non pour dominer, mais pour embrasser le monde d’un regard universel.
Vue aérienne de la Tour Eiffel et Champs de Mars
Vue aérienne de la Tour Eiffel et Champs de Mars

Ainsi, la Tour Eiffel se révèle temple moderne, phare de fraternité et axe de lumière. Elle nous murmure cette parole initiatique : « Élève-toi. Deviens colonne. Rayonne. »

Les origines du christianisme -1

Je vous propose à la lecture 10 articles qui paraîtront, à partir d’aujourd’hui et tous les jours suivants à 12h, retraçant l’origine du christianisme. Ils reprennent, documentent et résument les interventions de nombreux théologiens et spécialistes chrétiens et juifs enregistrées par Arte en 2022.

Contexte historique et question centrale : Jésus a-t-il fondé le christianisme ou l’Église ?

Vers l’an 30 de notre ère, Jésus est crucifié par les Romains sous l’accusation d’être le « roi des Juifs ». Trois siècles plus tard, l’empereur Constantin se convertit au christianisme, qui devient rapidement la religion officielle de l’Empire romain. Aujourd’hui, le Vatican est le siège de l’Église catholique apostolique et romaine, supplantant Jérusalem comme centre spirituel. Cela pose la question fondamentale : Jésus est-il à l’origine du christianisme ? A-t-il fondé l’Église ?

Jésus a vécu à l’intérieur d’Israël, a pensé sa théologie – son image de Dieu – au sein du judaïsme et pour Israël ; même s’il a fallu attendre le Concile Vatican II pour que l’Église lui rende sa judaïté (paragraphe 4 de Nostra Aetate): « Elle rappelle aussi que les Apôtres, fondements et colonnes de l’Église, sont nés du peuple juif, ainsi qu’un grand nombre des premiers disciples qui annoncèrent au monde l’Évangile du Christ.»

Jésus n’est pas un fondateur de schisme. Jésus n’a pas fondé l’Église au sens institutionnel. Il n’a pas mis en place un dispositif organisationnel qui servirait de base à ce que l’Église est devenue.

Dans le judaïsme palestinien du Ier siècle, extraordinairement diversifié avant la destruction du Temple en 70, Jésus représente, comme Jean le Baptiste, une forme particulière de croyance, mais totalement intégrée au judaïsme. Il est un fils d’Israël, juif, et propose une relecture de la tradition juive, avec une image de Dieu miséricordieux et quelques signes d’ouverture vers les païens (représentés par les publicains et les pécheurs), bien que cela soit amplifié après la résurrection.

Se demander si Jésus a fondé une Église est anachronique et dépourvu de sens. Jésus visait le renouveau d’Israël, un Israël renouvelé et eschatologique (lié à la fin des temps), inclusif et prêt à accueillir ceux que d’autres partis juifs réprouvaient. Il n’y a pas de « christianisme » du vivant de Jésus ; son but était de rassembler un Israël véritable.

Une conscience chrétienne naît plus tard, relativement rapidement, vers la fin du Ier siècle, lorsque le mouvement se positionne de manière autonome. Le terme « christianisme » est donc anachronique pour le Ier siècle ; on parle plutôt de groupes de fidèles de Jésus, et ce n’est qu’au IVe siècle que la religion se distingue et s’institutionnalise.

La propagation du christianisme : mystères et lacunes documentaires

On ignore en grande partie comment le christianisme s’est propagé.

Par exemple, on apprend l’existence d’une communauté chrétienne déjà développée en Égypte, à Alexandrie, mais le Nouveau Testament ne dit rien sur comment l’Évangile est passé de Jérusalem à Alexandrie. Le développement du mouvement à l’intérieur de la Judée et jusqu’au bassin méditerranéen est mal documenté. Ce qu’on peut dire c’est que là où il y avait des synagogues, des communautés chrétiennes émergent, parfois non juives, mais c’est extrêmement difficile à reconstruire à partir des récits du Nouveau Testament.

Les historiens soulignent une absence de documentation précise sur les mois et années suivant la mort de Jésus. Les points fixes proviennent du Nouveau Testament : la sortie de Jérusalem, la formation d’une communauté à Antioche (décisive pour le développement ultérieur).

Au début, on parle de « juifs messianiques » ou « juifs chrétiens », adoptant la foi en Jésus comme Messie. Il faut attendre des dizaines d’années pour parler d’un christianisme autonome. L’expression « chrétiens » est utilisée par simplification pour désigner ceux qui croient en Jésus-Christ comme agent eschatologique envoyé par Dieu pour le salut de l’humanité, mais au départ, ce sont des juifs professant que Jésus est le Christ, mort et ressuscité, le Sauveur. Ces catégories (Messie, Christ) sont purement juives, incompréhensibles pour les païens ; « Christ » signifie « oint » en hébreu (messie), un rôle particulier, sans la connotation dogmatique accumulée sur vingt siècles.

L’invention du christianisme commence par voir en Jésus le Christ ressuscité.

Cette confession de foi donne naissance à l’Église, mais à l’origine, l’Église n’est pas une institution structurée. C’est un ensemble de communautés unies par la même foi, sans organisation centralisée. On parle de petits groupes de fidèles se retrouvant dans des maisons (30-40 personnes), très différent du christianisme comme religion mondiale.

Au Ier siècle, le mot « ecclesia » (église) signifie simplement « assemblée », au sens politique ou synagogal, sans connotation institutionnelle.
C’est seulement au chapitre 5,11 des Actes des Apôtres que ce mot désigne la communauté : «  Une grande crainte saisit toute l’Église et tous ceux qui apprenaient cette nouvelle ».  Auparavant, on parle de « communion » ou « disciples ». Influencé par la tradition juive (ecclesia pour l’assemblée d’Israël dans la Bible grecque) et le monde grec (assemblée des hommes libres), le terme s’impose progressivement. Paul, dans ses lettres, l’utilise pour des communautés locales (ex. : l’église des Corinthiens, ou celle chez Priscille et Aquilas).

La distance entre le Royaume annoncé par Jésus et l’Église : le rôle de Paul

Selon une formule célèbre, Jésus a annoncé le Royaume, et c’est l’Église qui est venue. Cette distance sépare-t-elle Jésus de Paul, vu comme l’inventeur de la nouvelle religion ?

Le Royaume annoncé par Jésus est très différent de l’Église naissante. Après la mort de Jésus, l’Église s’éloigne du judaïsme originel. Si Jésus revenait, il ne reconnaîtrait probablement pas la religion développée par Paul.

Cependant, il n’y a pas de « blanc » entre la crucifixion/résurrection et Paul.

Les écrits de Paul aident des communautés païennes à vivre le christianisme. Son apport est fondamental pour façonner le christianisme actuel, mais pas comme inventeur radical.

Avec vingt siècles de recul et peu de sources, Paul ressort énormément car on a ses épîtres (le plus de renseignements). Son succès vient du christianisme qu’il propose, séducteur : un homme (Jésus) a prêché le salut, est mort et ressuscité. Paul est le grand apôtre des Gentils (non-Juifs), qui deviennent majoritaires, le rendant central.

Le christianisme qui émerge est paulinien : il réfute la Loi juive, critique la circoncision, refuse le casher et les fêtes juives. Jésus s’est transformé en Jésus-Christ, personnalité divine, éloignée du prophète messianique juif. Au fil du temps, on s’éloigne du Jésus terrestre, juif, pour un Jésus spiritualisé, fils de Dieu dès l’origine (au lieu de fils de David, messie d’Israël). Les Évangiles montrent ce doublement : Jésus humain (marchant sur l’eau, calmant la tempête comme Dieu). Le nœud est là : Jésus devient homme et Dieu, Verbe incarné.

Jésus évolue dans le judaïsme, même s’il peut être vu comme un grand hérésiarque. Le christianisme se forme quand on professe « Jésus est Dieu », nouveauté absolue. Les conciles des IVe-Ve siècles débattent de cela : Jésus est-il totalement homme, totalement Dieu, ou les deux ? On accepte la double nature.

La crucifixion et la résurrection : fondement de la foi

L’exécution de Jésus sur la croix marque la ruine des espoirs de ses disciples. La croyance en sa résurrection permet de surmonter cela. La crucifixion prend les disciples au dépourvu ; ils attendaient une ère triomphale. Dans Luc, ils changent leurs espérances via des apparitions ou un processus intime. Les premières confessions de foi : « Il est mort et ressuscité » – une mort infamante (croix pour esclaves, abominable pour Juifs et païens).
C’est un scandale pour les Juifs (messie crucifié introuvable dans les Écritures), une folie pour les Grecs. Les Évangiles montrent un désarroi : trahison (Judas), reniement (Pierre), fuite des disciples ; seules des femmes regardent de loin. Le groupe se reconstitue car Jésus se manifeste. Quelque chose s’est passé : résurrection pour les croyants, expérience religieuse pour d’autres.  

Les apparitions en Galilée ou Jérusalem, correspondant à des groupes : Paul (vers 50) dit que le corps ressuscité n’est pas de chair ; les Évangiles (80-100) insistent sur le corporel (toucher, manger du poisson). Il y a donc des divergences dès les traditions anciennes

Les croyances en immortels existaient déjà (ex. : Platon sur Socrate enlevé aux cieux), mais elles ne sont pas universelles. Dans «Matthieu, certains doutent même face au ressuscité. Paul liste les témoins : Pierre d’abord, puis les Douze, 500 frères, Jacques, apôtres, et lui-même (comme avorton). C’est une tradition des années 30, un credo liturgique.
L’historien ne juge pas la vérité, mais constate les effets : cet événement fonde le christianisme.

Le rôle de Pierre : une figure complexe

Pierre est le premier à voir le ressuscité, cela l’introduirait-il comme successeur ? Dans «Matthieu 16:18 (« Tu es Pierre, sur cette pierre je bâtirai mon église ») , cela pourrait remonter à la communauté primitive de Jérusalem, où Pierre en était le représentant. Mais Marc et Luc l’omettent, et cela est impensable si c’est historique.
Cela réfère à une symbolique juive : la pierre cosmique du Temple (jonction ciel-terre). Pierre reçoit les clés du Royaume, mais son portrait est ambivalent : fonceur, gaffeur, impulsif, douteur, reniant trois fois Jésus (récupéré dans Jean 21 par triple affirmation d’amour).

Pierre est porte-parole des Douze, mais mal comprenant (paroles, passion). la Tradition ne l’idéalise pas ; il illustre le croyant faillible par de multiples portraits : impulsif, inconstant, reconnaissant Jésus comme Christ, mais remettant en cause sa mort.

D’autres figures comme Pierre, Paul, Jacques (frère de Jésus) sont emblématiques, variant selon les textes. Pierre symbolise plus qu’il n’exerce un pouvoir ; proche de Jésus, continuant en Palestine, puis ailleurs (Corinthe, Rome ?). Cependant, il n’est pas désigné chef unique par Jésus ; dans Matthieu,16, le pouvoir est, certes, donné à Pierre, il l’est aussi aux autres (Matthieu. 18,4).

Ce contre-sens historique a influé sur l’Église catholique.

À Jérusalem (années 30-40), la communauté lutte pour survivre. La famille de Jésus, menée par Jacques le frère du Seigneur (ainsi nommé par Hégésippe, Épiphane de Salamine, Eusèbe de Césarée et même par Paul de Tarse), s’oppose au groupe des disciples mené par Pierre.
Jacques le Juste, est appelé frère du Seigneur par Paul et frère de Jésus par Flavius Josèphe. La question de son identité historique ne rencontre pas un accord unanime chez les historiens. Traditionnellement identifié à un frère de l’Apôtre Jude, on voit en lui non point l’un des Douze, mais un parent de Jésus.

Alors, « Jésus avait-il un frère ? »comme l’écrit aussi Matthieu en 13,55 :  « N’est-ce pas le fils du charpentier? n’est-ce pas Marie qui est sa mère? Jacques, Joseph, Simon et Jude, ne sont-ils pas ses frères? »

Lire la suite n°2

La Franc-maçonnerie dans le monde séfarade (suite) : un héritage vivant et symbolique

Du site enlacejudio.com – Par Maria José Arevalo Gutierrez

(Suite de l’article n°1 sur le même thème)

Dans la continuité de notre exploration de la franc-maçonnerie dans le monde séfarade, cette troisième partie s’attarde sur l’empreinte durable de cet ordre initiatique dans les communautés séfarades, non seulement à travers les loges, mais aussi dans les symboles, les cimetières et les traditions culturelles qui transcendent les frontières géographiques et temporelles. De l’introduction du Rite Écossais dans le Nouveau Monde à l’héritage architectural et funéraire, la franc-maçonnerie séfarade illustre une quête d’universalité et de fraternité, marquée par une riche interaction entre identités culturelles et spirituelles.

L’Expansion du Rite Écossais et les « Sociétés de Pensée »

Yucatan - Mexique
Yucatan – Mexique

Dès le XVIIIe siècle, la franc-maçonnerie s’est implantée en France et en Espagne, portée par des idéaux de liberté et d’égalité. Le Rite Écossais, introduit dans le Nouveau Monde par Morín, voyagea de France aux Antilles, puis se diffusa progressivement en Amérique latine, notamment au Mexique. Les origines de la franc-maçonnerie mexicaine remontent à des « Sociétés de Pensée », fondées à la fin du XVIIIe siècle en Espagne et dans ses colonies. Ces cercles intellectuels, précurseurs de l’ordre maçonnique, attiraient des esprits éclairés, dont certains deviendraient plus tard francs-maçons. La première trace documentée d’une loge au Mexique remonte au 24 juin 1791, établie par des résidents français récemment arrivés, marquant le début d’une présence maçonnique durable dans la région.

Dans le monde séfarade, ces loges ont souvent servi de refuge pour des communautés en quête d’intégration. À Thessalonique, par exemple, la première loge, fondée en 1904 sous le patronage du Grand Orient de France, fut initiée par des dirigeants juifs. Rapidement, des Grecs, des Arméniens et des musulmans rejoignirent l’initiative, bien que les Juifs séfarades restèrent majoritaires. Cette diversité reflète l’universalité de la franc-maçonnerie, qui transcendait les clivages religieux et ethniques, tout en s’appuyant sur des liens linguistiques et culturels forts, notamment l’usage du ladino dans les loges hispanophones.

Une fraternité forgée dans l’adversité

Les loges séfarades étaient souvent composées de réfugiés ou d’immigrants ayant fui des persécutions, comme les Cubains luttant contre le régime espagnol au XIXe siècle. Ces loges, unies par la langue et des idéaux communs, offraient un espace de solidarité face aux oppressions, qu’elles soient religieuses ou politiques. Manuel Creso, directeur d’une loge séfarade, soulignait cette fraternité en déclarant :

« Parce que leurs ancêtres ont fondé de vastes colonies en Espagne au XIe siècle, ou ont épousé des femmes indigènes, ils pourraient être considérés comme nos frères de sang, fiers d’être appelés Espagnols, et nous sommes heureux de les appeler frères. »

Synagogue of Bayonne (France) – Inside.

Ce sentiment d’appartenance, renforcé par une langue commune, a permis aux Juifs séfarades d’Orient de s’intégrer dans des loges hispanophones, malgré les persécutions historiques subies par les francs-maçons de la part de l’Église catholique et de certains gouvernements.

Cependant, la franc-maçonnerie séfarade ne se limitait pas aux travaux des loges. Les traditions extra-logiales, comme les coutumes alimentaires, ont parfois souffert d’un relâchement, conduisant à des conséquences dramatiques. En Galice, par exemple, la consommation excessive de maïs, presque exclusif dans l’alimentation, a provoqué des épidémies de pellagre, ou « mal de rosa », au XIXe siècle. Ce laxisme dans la transmission des pratiques culturelles montre comment l’oubli des principes fondamentaux peut avoir des répercussions sociales profondes, un enseignement que les francs-maçons, attachés à la mémoire et à la symbolique, s’efforcent de préserver.

Un héritage gravé dans la pierre : les cimetières séfarades

L’influence maçonnique dans le monde séfarade ne s’éteint pas avec la mort. Les cimetières juifs, comme celui de Coro au Venezuela, témoignent de cette pérennité. Fondé en 1832 par Joseph Curiel et Débora Levy Maduro, ce cimetière, considéré comme le plus ancien d’Amérique utilisé sans interruption, abrite 182 tumulus, dont 16 portent des symboles maçonniques tels que le sablier, l’ouroboros, les fleurs, les griffes de lion ou le pavé à damier. La tombe d’Abraham de Meza Myerston, ornée d’une colonne commémorative, concentre plusieurs de ces symboles, illustrant l’importance de l’appartenance maçonnique, même dans l’au-delà.

Ce phénomène n’est pas unique au Venezuela. À Guadalajara, au Mexique, comme dans de nombreux cimetières à travers le monde, les pierres tombales révèlent des symboles maçonniques, non seulement comme marque d’appartenance, mais aussi comme témoignage de l’importance accordée à la fraternité. En Espagne, ces traces se retrouvent dans l’architecture quotidienne : sur les façades des maisons, les balcons, les linteaux ou les vitraux, voire dans les plans polygonaux d’églises flanquées de colonnes, rappelant les temples maçonniques. Ces détails, souvent discrets, invitent à une lecture attentive du paysage, où l’héritage maçonnique dialogue avec l’histoire séfarade.

Une symbiose culturelle et spirituelle

La franc-maçonnerie séfarade incarne une symbiose unique entre identité culturelle et quête spirituelle. Les Juifs séfarades, en rejoignant les loges, ont non seulement trouvé un espace d’intégration, mais ont également enrichi l’ordre maçonnique de leur héritage kabbalistique et de leur langue. Le ladino, langue des Séfarades d’Orient, a joué un rôle clé dans la cohésion des loges hispanophones, renforçant les liens entre membres d’origines diverses. Cette fraternité linguistique et culturelle a permis à la franc-maçonnerie de prospérer dans des contextes parfois hostiles, où les Juifs et les maçons étaient stigmatisés comme des menaces par les autorités religieuses et politiques.

Pourtant, cet héritage n’est pas sans défis. La transmission orale des traditions maçonniques, qu’il s’agisse des rituels ou des coutumes, a parfois conduit à leur oubli, comme dans le cas des pratiques alimentaires.

Un héritage vivant

La franc-maçonnerie dans le monde séfarade, du XVIIIe siècle à nos jours, illustre une histoire de résilience, de fraternité et de dialogue interculturel. Des premières loges fondées par des réfugiés aux symboles gravés dans les cimetières, cet ordre initiatique a offert aux communautés séfarades un espace de liberté et d’émancipation, tout en laissant une empreinte durable dans l’architecture, les traditions et les mémoires collectives.

Relire le volet de cette série de 2 articles

Les entretiens d’été 2025 : clôture en beauté avec « Du profane à l’initié »

Les amateurs de réflexion et de dialogue initiatique sont invités à marquer leur calendrier pour le dernier volet des Entretiens d’Été 2025, organisé par le Collège Maçonnique. Ce jeudi 4 septembre 2025 à 19h30 (CEST), l’événement intitulé Migrations… Odyssées du Vivant s’achèvera sur une note profonde avec la conférence Du Profane à l’Initié, animée par deux figures emblématiques de la pensée maçonnique : Catherine Quentin et Jean Dumonteil.

Cette session, accessible gratuitement via Zoom, promet d’explorer les voyages symboliques qui jalonnent le chemin initiatique, une thématique qui résonne avec les mutations contemporaines et les quêtes de sens.

L’inscription est obligatoire sur https://us06web.zoom.us/webinar/register/WN_VVSVEmjERd-YrFf8QdKxyQ.

Une exploration des migrations et des voyages initiatiques

Catherine Quentin

Depuis le début de l’année, les Entretiens d’Été 2025 ont offert un voyage intellectuel à travers les notions de migrations, d’évolutions et de transformations, examinées sous divers angles : les avancées médicales, l’intelligence artificielle, les mutations sociétales et l’évolution de l’éthique. Ce cycle s’est enrichi d’une dimension maçonnique en s’intéressant aux « voyages » symboliques proposés aux francs-maçons, une errance intérieure qui invite à un changement de perspective et de manière d’être. Ces voyages, bien que qualifiés d’imaginaires, soulèvent une question essentielle : ne sont-ils pas plutôt une quête inlassable de sens, une exploration d’une réalité plus profonde que le quotidien ?

Jean Dumonteil

Catherine Quentin et Jean Dumonteil, experts reconnus dans leurs domaines respectifs, apporteront leur éclairage sur cette transition du profane à l’initié. Leur conférence promet de dépasser la simple métaphore pour interroger la profondeur de cette démarche, un thème central dans la tradition maçonnique qui invite à repenser l’existence à travers l’initiation.

Les intervenants : une alliance de savoir et d’engagement

Catherine Quentin, issue d’une formation classique et philosophique, a débuté sa carrière comme enseignante d’allemand avant de se tourner vers la communication stratégique. Après avoir collaboré avec des figures comme Michel Baroin et dirigé la communication de structures telles que la CAPEB, l’ANCV et PRO-BTP, elle a rejoint la Grande Loge Féminine de France. Actuellement Grand Commandeur du Suprême Conseil Féminin de France, elle est une voix respectée, enrichissant les travaux maçonniques par ses planches et articles.

Jean Dumonteil, quant à lui, apporte une perspective complémentaire avec ses études en théologie morale et exégèse biblique, suivies d’une carrière en journalisme et développement social. Membre de la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française, il a été Vénérable Maître de la loge nationale de recherche et promeut une spiritualité active à travers des ouvrages comme Éloge du local (Éditions de l’Aube, 2023) et Au Centre de la Loge, les symboles maçonniques restitués (Numérilivre, 2025).

Une clôture inspirante avec Christian Roblin

Christian Roblin
Christian Roblin

La soirée du 4 septembre s’achèvera par les conclusions de ce cycle 2025, prononcées par Christian Roblin, Président du Collège Maçonnique. Sous la médiation d’Alain-Noël Dubart (Ancien Grand Maître de la Grande Loge de France) et Marie-Thérèse Besson (Ancienne Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France), cette session offrira un moment de synthèse et de prospective, fidèle à l’esprit ouvert et fraternel des Entretiens d’Été.

Un accès universel et gratuit

Conformes à leur vocation inclusive, toutes les conférences des Entretiens d’Été sont gratuites, ouvertes à tous, enregistrées et disponibles en replay sur le site du Collège Maçonnique www.collegemaconnique.fr ou via https://collegemaconnique.fr/entretiens-dete/videos-des-conferences-entretiens-dete/. Cette accessibilité permet à chacun, profane ou initié, de s’immerger dans ces réflexions profondes, prolongeant ainsi le dialogue au-delà de la soirée.

Une invitation à la réflexion

À l’aube de cette nouvelle étape des Entretiens d’Été, le 4 septembre 2025 à 19h30, Catherine Quentin et Jean Dumonteil nous invitent à embarquer dans une odyssée intérieure, où les migrations du vivant rencontrent les voyages symboliques de l’initiation. Que vous soyez novice ou familier de la pensée maçonnique, cette conférence promet d’ouvrir des perspectives nouvelles sur la quête de sens dans un monde en mutation. Inscrivez-vous dès aujourd’hui pour ne pas manquer ce moment de partage et de lumière.

Inscription :

https://us06web.zoom.us/webinar/register/WN_VVSVEmjERd-YrFf8QdKxyQ

Certitude ou Vérité (suite) : Le chemin de l’humilité et du doute initiatique

De notre confrère elnacional.com – Par Mario Múnera Muñoz

« Le problème du monde, c’est que les gens stupides sont certains de tout, et les gens intelligents sont pleins de doutes. »

Ces mots de Bertrand Russell résonnent comme une mise en garde intemporelle contre les pièges de la certitude absolue. Dans la continuité de notre réflexion sur la quête de vérité, cet article explore la tension entre certitude et doute, et leur rôle dans le chemin initiatique, en s’appuyant sur des perspectives philosophiques, historiques et spirituelles. À l’heure où le dogmatisme et le fanatisme continuent de marquer nos sociétés, comment la franc-maçonnerie, en particulier au sein de l’Ordre maçonnique mixte international Le Droit Humain, peut-elle nous guider vers une sagesse équilibrée, mêlant humilité et discernement ?

Suite de l’article d’hier que vous trouverez sur ce lien

L’illusion de la certitude : un obstacle à la fraternité

La certitude, lorsqu’elle devient inflexible, peut se transformer en un frein à l’épanouissement individuel et collectif. Comme l’illustre Russell, l’arrogance de croire « j’ai toujours raison » est l’apanage des dictateurs, non des leaders. Un véritable leader maçonnique, incarne une approche différente : il propose, écoute et analyse en équipe, favorisant le dialogue et la collaboration. La certitude, lorsqu’elle est érigée en dogme, devient l’ennemie du travail d’équipe, essentiel à la démarche maçonnique qui prône l’union pour le bien commun.

Le dogmatisme et le fanatisme, souvent nés d’une quête de sécurité psychologique, prospèrent sur des certitudes absolues. L’histoire en témoigne tragiquement : de la Sainte Inquisition, qui brûlait les hérétiques au nom de vérités religieuses, aux régimes totalitaires du XXe siècle – Hitler, Mussolini, Staline – qui ont semé la guerre et la souffrance pour imposer leurs idéaux, la certitude mal placée a causé des ravages. Ces exemples montrent que le problème n’est pas la certitude en soi, mais son maintien aveugle, dépourvu d’humilité et de remise en question.

L’humilité épistémologique : une arme contre le dogmatisme

L’humilité épistémologique, qui consiste à reconnaître les limites de notre savoir, est une discipline essentielle pour distinguer une connaissance valide d’une croyance infondée. Comme l’écrivait Thomas Hobbes dans Leviathan (1651), les êtres humains sont mus par un désir incessant de pouvoir, et la certitude devient souvent une arme pour asseoir ce pouvoir. Karl Popper, défenseur de la société ouverte, affirmait quant à lui que le dogmatisme étouffe la pensée critique, annihilant toute possibilité de progrès. Le danger réside non dans la croyance, mais dans l’étroitesse d’esprit, comme le soulignait Protagoras :

« La pire forme d’ignorance est d’être certain de ce que l’on ignore. »

Un bol tibétain, pour faire du son méditatif
Un bol tibétain, pour faire du son méditatif

Dans le bouddhisme, l’attachement aux opinions est considéré comme une source de souffrance. Cette idée trouve un écho dans le chemin initiatique maçonnique, où le doute est sacré. La vérité ne s’impose pas comme une révélation figée ; elle se découvre à travers une quête dynamique, faite d’exploration et de questionnement. Georges Ivanovitch Gurdjieff, mystique et créateur de la Quatrième Voie, allait jusqu’à dire que « le rêve des certitudes est le plus grand ennemi de l’éveil ». Pour le maçon, abandonner le besoin de certitudes absolues revient à retirer des feuilles sèches d’un étang, laissant place à la clarté de l’introspection.

La justice : entre certitude des principes et doute dans l’application

La justice humaine illustre parfaitement cette tension entre certitude et doute. Le Code d’Hammourabi, avec son principe d’« œil pour œil », était considéré comme juste en son temps, mais apparaît aujourd’hui comme une rigidité excessive. Comme l’expliquait Aristote, « l’équité corrige la rigidité des lois », tandis que John Rawls, dans sa théorie de la justice comme impartialité, soulignait que la justice ne repose pas sur une vérité absolue, mais sur une approximation raisonnée. Une justice humaine, imparfaite par nature, exige des principes clairs – comme l’égalité devant la loi – mais aussi une humilité dans leur application, prenant en compte les circonstances et les nuances.

Dans le cadre maçonnique, cette réflexion s’applique à la manière dont les loges abordent les questions éthiques et sociétales.

Le doute initiatique : une voie vers la sagesse

Sur le chemin initiatique, la certitude absolue est un obstacle, car elle ferme les portes du discernement. Le maçon, en quête de lumière, apprend à embrasser le doute comme un outil sacré. Comme le suggère l’adage hermétique

« Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas »

la vérité n’est pas une loi immuable, mais une invitation à explorer les correspondances entre le microcosme et le macrocosme. Croire « je sais déjà » équivaut à stagner spirituellement, car, comme le souligne Gurdjieff, l’égo spirituel est un frein à l’éveil.

Le véritable initié ne craint pas le doute ; il redoute l’arrogance de penser qu’il n’y a plus rien à découvrir. Avant chaque méditation, le maçon est invité à se défaire de son besoin de certitudes, répétant mentalement :

« Je ne cherche pas des réponses, mais de la profondeur dans les questions. »

Cette démarche, empreinte d’humilité, permet de cultiver un équilibre entre certitude et doute, où la première donne du sens à l’action et le second garantit l’ouverture d’esprit.

Vers une sagesse dynamique

Fil a plomb au dessus du Pavé moisaïque

La certitude, lorsqu’elle est dénuée d’humilité, est un piège qui enferme l’esprit dans l’illusion de la vérité absolue. Le doute, loin d’être une faiblesse, est une force qui ouvre les portes de la découverte et de la fraternité. En franc-maçonnerie, cette dialectique entre certitude et doute est au cœur de la quête initiatique. Comme le souligne Protagoras, l’ignorance véritable réside dans la certitude aveugle.

En cultivant l’humilité et en embrassant le doute, le maçon s’engage sur un chemin dynamique, où la vérité ne s’impose pas, mais se révèle à travers la patience, le dialogue et la quête incessante de lumière.

Relire le volet n° 1 de cet article

La Fontaine Saint-Michel Alchimique

La Fontaine Saint-Michel de Paris attire comme un aimant les parisiens et les touristes depuis son inauguration en 1860, un succès qui semble aller de soi puisqu’elle est située au carrefour de voies parisiennes majeures de circulation traçées par le baron Haussmann. Les passants aiment à se croiser en ce lieu particulier donnant à la vie en mouvement une autre densité et au temps présent le sens d’un rendez-vous avec les autres et avec soi-même. Puis ils passent leurs chemins et redeviennent les badauds d’une vie ordinaire, loin de ce lieu et de ce moment insaisissables pour des esprits rationnels accrochés à l’aspect extérieur des choses.

Saint-Michel Dragon Portrait à Paris

Ce monument semble tout faire pour désorienter les badauds par une composition d’ensemble et des motifs éclectiques sans cohérence, tout au moins en apparence. Dès son inauguration, les critiques s’en prirent à la polychromie de ses matériaux, à la profusion de statues de sculpteurs différents annulant leur talent individuel, et même à l’emplacement du monument devant un mur, et non au centre de la place.

Pourtant, la coloration des volumes de la fontaine conçue par l’architecte Gabriel Davioud permet de la distinguer des immeubles monochromes qui l’entourent, tout en répondant au cahier des charges d’une composition chromatique précise. Ainsi, les vasques et le bassin sont en pierre de Saint-Ylie (Jura) d’un gris jaune nuancé de rouge ; le rocher de l’archange en pierre bleue de Soignies (Belgique) ; le reste de l’élévation en pierre blanche de banc royal de Méry (Oise). Les marbres sont aussi utilisés en abondance : rouge, blanc ou vert. Et Davioud joue avec les patines du bronze : claire pour l’archange, plus foncée pour le diable.

L’archange Saint-Michel Portrait

Les férus de symbolisme qui voient au-delà des apparences soupçonnent derrière cette polychromie d’ensemble une composition symbolique racontant une histoire aux chapitres illustrés par des couleurs différentes, une base en forme de vasque d’eau et un sommet couronné donnant un sens global à l’histoire. Cette symbolique offerte aux regards des passants avertis les projette dans la verticalité dès qu’ils suivent la direction indiquée par le doigt levé de l’archange Saint-Michel. Mais aussitôt après, l’archange ramène les regards à lui, à l’épée flamboyante qu’il tient en main droite, au démon qu’il terrasse, et globalement au combat victorieux du bien contre le mal qu’il incarne et symbolise. Car Saint-Michel en occident est plus qu’un symbole et incarne la conscience spirituelle active face au chaos.

Saint-Michel Dragon Portrait

Le christianisme n’a jamais représenté Saint-Michel triomphant définitivement de ses ennemis, mais comme le témoin actif d’une tension permanente entre lui et un dragon vivant prêt à le blesser à mort, et avec lui les chevaliers à la conscience spirituelle endormie. Mais cette tension intérieure est aussi une source d’énergie mise à profit par les adeptes de l’alchimie spirituelle pour se battre contre leurs propres dragons et se transformer intérieurement. L’issue positive de ce combat glorifiée par les artistes alchimistes de la Renaissance, tel Albrecht Dürer, est le terrassement de ce dragon intérieur. Même si ce combat se prolonge indéfiniment et son issue se fait attendre désespérément, tous les coups donnés au dragon marquent la mémoire des chevaliers combattants, comme est intégrée en soi-même « la geste » de Saint-Michel à l’issue nécessairement positive.

La Fontaine Saint-Michel représente la progression et les stades successifs de ce combat des chevaliers par un ensemble de symboles alchimiques. Les étages de pierres successivement lisses et rugueuses des deux pans latéraux et de la niche où œuvrent Saint-Michel et les chevaliers qui s’y reconnaissent et s’y projettent, symbolisent cette succession de vécus intérieurs faciles et difficiles accompagnant leur transformation intérieure.

Macarons du couronnement

Les colonnes de marbre rouge et blanc, aux châpiteaux corinthiens, encadrent deux macarons circulaires et leurs motifs de bronze vert, symboles du lion rouge et du lion vert et du moment où le lion vert mange le soleil et devient le lion rouge. Une tête de lion solaire surmonte chaque colonne pour célébrer ce triomphe solaire, et à l’aplomb des têtes de lions, sur des socles prennent place les quatre vertus cardinales : la Prudence, la Force, la Justice, et la Tempérance, emblèmes actifs de l’Œuvre alchimique encadrant dans la cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul de Nantes le tombeau de François II de Bretagne et de Marguerite de Foix.

Macarons gauche et droit

Ces vertus encadrent deux écus où s’enlacent les deux lettres majuscules M et S, initiales des éléments clés de l’Œuvre, le Mercure et la Soufre, qui après s’être combattus aux stades précédents des pierres lisses et rugueuses, sont à présent en paix et prêts à donner naissance au REBIS androgyne. Des pommes de pin, symboles universels de la glande épiphyse et du troisième œil des êtres éveillés spirituellement, encadrent aux angles supérieurs des écus des visages d’angelots contemplant avec bienveillance l’œuvre accomplie. En bas des écus, des cornes d’abondance gratifient les « œuvrants » des fruits matériels et spirituels de leur travail intérieur, offerts à présent sans compter par la vie.

Frise Saint Jacques

Cette vie gratifiante des alchimistes épanouis intellectuellement, mentalement, et spirituellement, est célébrée par la frise centrale entre les écus et les vertus, et symbolisée par des boucles en rotation, symboles des pensées en mouvement se croisant avec intelligence et harmonie, véritables générateurs de beauté et d’énergie. Des angelots volent et se laissent porter avec joie dans ces courants d’air et ces tourbillons, le tout dans dans une profusion de feuilles d’acanthe, symboles d’immortalité et de résurrection. Cet état bienheureux pourrait même faire tourner la tête des alchimistes s’ils n’avaient pas la maîtrise de l’Art Royal, l’art de fixer certaines limites à ces tourbillons, comme ici par un cadre aux proportions définies ; une allégorie du « fixe » et du « volatil » des alchimistes qui fixent le volatil, avant de rendre volatil le fixe, et ceci indéfiniment.

Fronton Puissance et modération

Car après ce triomphe solaire, l’Œuvre se poursuit sous d’autres influences et d’autres cieux figurés par la partie supérieure de la fontaine où trônent la Puissance et la Modération soutenant les armes de Paris, le tout sous une puissante couronne, droit dans l’axe vertical central de la fontaine. Mais ce niveau spirituel de l’Œuvre échappe aux alchimistes qui doivent juste entretenir une tension intérieure pour se laisser aspirer par un au-delà qui les transcende. Les boucles et les entrelacs qui s’enchaînent verticalement de part et d’autre du panneau central supérieur où est inscrite la dédicace de la fontaine, traduisent cette aspiration individuelle dans un autre espace-temps. Les lacs d’amour des tableaux de loges maçonniques tracés horizontalement en sont le prélude collectif. Tout le symbolisme ultime de cette élévation spirituelle est ainsi déjà présent dès les premiers degrés des rites maçonniques, comme est présente la lumière dans la « pierre noire » initiale de l’Œuvre alchimique frappée de son épée par l’archange Saint-Michel pour en faire jaillir une fontaine.

Vierge noire Portrait

Le travail sur la Pierre des Maçonnes et Maçons équivaut ainsi à la recherche et la préparation de la pierre intérieure par les alchimistes, symbolisée par les « vierges noires » en occident. « C’est la « vierge » et la « mère des métaux » que les textes décrivent comme un corps noir, d’aspect peu attirant, un individu déshérité de la grande famille des minéraux. Elle est pourtant à l’origine de la « fontaine de jouvence » dont l’eau dispense aux êtres des trois règnes « vie, force, et santé ». Traditionnellement, la première opération des travaux du « premier œuvre » consiste à frapper ce « rocher », considéré comme le « patient » avec une verge de fer, pour en faire sortir l’eau mercurielle qu’il contient avec abondance. Cette réalité expérimentale est voilée dans les traités, l’iconographie et les légendes, sous les images de chevaliers combattant des dragons, ou du jaillissement miraculeux de sources sortant d’un rocher ou du pied d’un vieux chêne.

Griffons Fontaine Saint-Jacques

« Le produit ainsi obtenu a reçu le nom de « griffon », animal fabuleux, mi-lion mi-aigle, à la fois fixe et volatil, qui passait pour veiller sur les trésors (comme les deux griffons veillant sur la fontaine devant les vasques). Ce vocable désigne aussi l’endroit précis d’où jaillit une source d’eau minérale. Dans la fontaine Saint-Michel, l’eau sortant de la roche tombe successivement dans trois vasques superposées où elle subit trois décantations, image des trois purifications requises pour la réussite de l’opération canonique. Si la roche noire qui donne naissance à la source figure le patient ou la « femelle » (mercure), l’agent ou le « mâle » (soufre) est évidemment Saint-Michel lui-même, et son instrument est le feu sidéral représenté ici par l’épée dite « flamboyante » parce que sa lame imite les ondulations de la flamme. » (Paris et l’Alchimie, Bernard Roger)

La Fontaine Saint-Michel est ainsi l’allégorie de l’Œuvre alchimique dans son ensemble, de son commencement à des fins spirituelles qui dépassent les œuvrants eux-mêmes. Chaque phase y est magnifiée sous les ciseaux de sculteurs inspirés et guidés par Gabriel Davioud, et sans doute aussi par des maîtres anonymes. Il y a encore beaucoup à dire sur les correspondances entre cette eau de source et l’eau du corps des alchimistes, sur le sens alchimique des armoiries de Paris « un écu dont le champ est de gueules, à la nef d’argent, au chef d’azur, semé de fleurs de lys d’or », sur les volutes baroques et les projections verticales de la conscience dans la partie supérieure de la fontaine, sur les cornes d’abondance et leurs cascades de fruits gratifiant chaque projection en son au-delà spirituel …

Pour développer ces points et prolonger cet exposé écrit,

Patrick Carré donne rendez-vous à ses lecteurs devant la Fontaine Saint-Michel le samedi 11 ocobre 2025 à 10h, pour une conférence interactive (durée 2h).

Un groupe WhatsApp sera créé à cette occasion pour accueillir les participants, après demande par mail à l’adresse patricarre@orange.fr

Il sera demandé aux participants d’apporter un livre du conférencier pour participation aux frais.

Les livres « Francs-Maçons Alchimistes », « Dürer Alchimiste », « Nous sommes tous Androgynes », « L’Epopée alchimique (poèmes), incluant le CD Le Flambeau », sont à commander chez les libraires et les grands distributeurs sur internet, ou directement à l’éditeur LiberFaber à l’adresse (avancer dans la page vers le bas et choisir parmi les auteurs) :

https://www.liberfaber.com/autres

Le livre « Méditations du Sphinx » est à commander directement à l’éditeur GAMAYUN à l’adresse :

https://gamayun-legs.eu/E-Gmn/index.php?id_product=25&rewrite=les-meditations-du-sphinx&controller=product

Régularité ! Régularité ! Régularité ! Fraternité ! Fraternité ! Fraternité !

5

(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)

Déjà septembre et le temps de reprendre le chemin des Loges. Certaines et certains s’interrogent et songent à suspendre leur fréquentation. Un peu de lassitude, des soucis personnels, des changements dans leur vie. La motivation s’essouffle. Il faut dire que le climat général est assez déboussolant, de quelque côté que l’on se tourne, d’aussi près et d’aussi loin que l’on considère le monde. On peut, dans ces circonstances, avoir tendance à se replier sur soi-même. Il faut réagir.

Tout d’abord, la pratique régulière de la Franc-maçonnerie demeure un puissant antidote au coup de blues et un bon traitement d’appoint des mélancolies plus profondes.

J’évoquais une pratique régulière, non point au sens des obédiences qui se seraient à elles seules arrogé une reconnaissance exclusive de régularité, mais au sens d’une pratique qui suit fidèlement son calendrier.

La régularité renvoie, certes, ensuite, à la constance que l’on met dans la recherche comme dans l’application des règles que l’on entend suivre. Il s’agit d’une saine discipline de l’esprit, même s’il arrive que l’on n’en  perçoive pas toujours, dans l’instant, une portée concrète possible, surtout quand on traverse personnellement ou dans son environnement des périodes troublées, bref quand on se sent un peu démuni face aux événements que l’on subit. Cependant, ce travail sur soi qui ne s’interrompt pas aide à ne pas sombrer davantage et à conserver une conscience mieux adaptée aux situations qu’on est appelé à vivre et, si possible, à transformer.

Enfin, la régularité englobe et couronne les deux acceptions précédentes quand elle en vient à qualifier cette patience qu’on appelle parfois équanimité voire à revivifier en soi ce fonds de sagesse que les traditions immémoriales n’ont cessé d’enseigner aux hommes, avec, on le sait, de trop modestes succès. Et c’est pour cette raison que l’on ne peut concéder à la barbarie, à la sottise et à l’aveuglement le déplorable abandon d’un idéal que sont parvenus à conserver, malgré tout, des êtres sur lesquels se sont abattues d’immenses calamités. C’est là, d’ailleurs, que se noue le lien avec la fraternité.

La fraternité résulte, primo, de cette solidarité originelle sans laquelle l’espèce humaine n’aurait pu apprendre ni progresser,  forgeant et perfectionnant des outils de siècle en siècle et sur plusieurs millénaires.

Femmes massai dans le désert
Groupe de Femmes massai alignée dans le désert avec des robes coloorées

C’est ainsi, d’ailleurs, secundo, que l’on ne saurait restreindre cette fraternité aux seuls liens de parenté naturelle ou d’étroite amitié unissant des personnes qui se connaissent mais qu’au-delà, on souhaiterait la voir régner entre les tribus et les peuples dans une aspiration commune à la justice et à la paix – jusqu’à ce rêve qui nous parcourt intimement d’être capable d’aimer tous les hommes ou d’accepter, du moins, que ce soit possible, indépendamment des cultures, des croyances et des convictions, sachant qu’irréductiblement, l’autre est notre semblable dans les aspects fondamentaux de sa vie.

C’est pourquoi, tertio, nous ne pouvons mieux employer notre intelligence qu’à cultiver les conditions de l’entente et de l’harmonie, c’est-à-dire à nous respecter mutuellement et à vivre ensemble dans un monde par nature divers mais dans un esprit de clémence et de concorde. Est-ce naïf de s’y employer sans relâche, d’autant plus que nous n’oublions pas – cruelle évidence – que l’œuvre de civilisation, à toutes époques et sous tous les cieux, n’a cessé d’être accompagnée de guerres ?

Pour finir, je vous dois une confidence sur mon inspiration de ce jour : un des premiers frères, déjà aguerri, avec qui j’avais noué des liens d’amitié quelques mois même avant mon initiation, il y a plus de quarante ans, avait énoncé avec gravité qu’il y avait trois règles en franc-maçonnerie : « la régularité, la régularité et la régularité ! », m’invitant à y réfléchir tout au long de mon parcours. Quand, vingt-cinq ans plus tard, alors qu’à soixante-seize ans, il traversait encore tout Paris en métro pour venir en loge, je rappelais à ce cher Robert D. sa sentence ternaire, il fit mine de s’en étonner et fredonna comme on le ferait d’un refrain, en adoucissant sa voix :

« Aujourd’hui, je dirais : la fraternité, la fraternité et la fraternité ! »

Je dédie cette chronique à sa mémoire car, non seulement, je la lui dois, mais, surtout, vous imaginez bien que ses simples mots, encadrant un quart de siècle, continuent de me guider.