Nicolas de Bonneville (Auteur)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Né à Évreux le 13 mars 1760 et mort à Paris le 9 novembre 1828, Nicolas de Bonneville est un libraire-imprimeur, journaliste, écrivain et franc-maçon français. Initié en Angleterre en 1786, acteur de la Révolution, fondateur du Cercle social et du journal La Bouche de fer, ami de Thomas Paine, il a laissé avec Les Jésuites chassés de la maçonnerie et leur poignard brisé par les maçons (1788) un pamphlet resté célèbre dans l’histoire des théories sur les origines des hauts grades.

D’Évreux à Paris

Nicolas de Bonneville, imprimeur et journaliste révolutionnaire

Fils d’un procureur du roi, Nicolas de Bonneville quitte sa ville natale après avoir refusé de soutenir que Rousseau était athée. À Paris, il étudie les langues et la philologie et bénéficie de la protection de D’Alembert. Traducteur, il publie en 1786 un Choix de petits romans imités de l’allemand.

C’est lors d’un séjour en Angleterre, en 1786, qu’il est initié à la franc-maçonnerie. L’expérience nourrit aussitôt son œuvre : deux ans plus tard paraissent La Maçonnerie écossaise et, surtout, Les Jésuites chassés de la maçonnerie.

Les Jésuites et le poignard des hauts grades

Dans Les Jésuites chassés de la maçonnerie et leur poignard brisé par les maçons (1788), Bonneville soutient que les jésuites auraient introduit dans les grades maçonniques les mythes templiers et l’esprit de vengeance. Les grades de vengeance, avec leur poignard, seraient selon lui la trace de cette infiltration.

La thèse, sans fondement documentaire, est caractéristique d’une époque où l’on cherche à expliquer la prolifération des hauts grades par des complots. Elle connaîtra pourtant une longue postérité, en inversant d’avance les accusations que l’abbé Barruel portera bientôt contre la maçonnerie elle-même.

Le Cercle social et La Bouche de fer

Dès 1789, Bonneville s’engage dans la Révolution : il compte parmi les premiers à appeler à la prise de la Bastille, devient président du district des Carmes et publie Le Tribun du peuple. En 1790, il fonde avec l’abbé Claude Fauchet le Cercle social, dont le journal La Bouche de fer diffuse les travaux. On y croise Condorcet, Louis-Sébastien Mercier ou Thomas Paine.

Le Cercle social, organisé en partie sur le modèle des loges, défend le suffrage universel, la liberté de la presse et une forme de religion civique fondée sur la fraternité. Proche des Girondins, Bonneville s’oppose aux massacres de septembre 1792 ; arrêté sous la Terreur, il est libéré après la chute de Robespierre.

L’ami de Thomas Paine

Nicolas de Bonneville – Bonneville Nicolas Francois Neufchateau

Bonneville se lie d’une profonde amitié avec Thomas Paine, dont il traduit l’essai sur l’origine de la franc-maçonnerie et qu’il héberge de 1797 à 1800. Pour avoir comparé Bonaparte à Cromwell, il est emprisonné et voit ses presses confisquées. Ruiné, il passe un temps aux États-Unis, où Paine a accueilli sa famille, puis revient tenir à Paris un modeste commerce de livres. Il meurt dans la misère ; ses obsèques sont financées par une souscription à laquelle participent Charles Nodier, Victor Hugo et Alfred de Vigny.

Principaux ouvrages

  • Choix de petits romans imités de l’allemand, 1786
  • Lettre à Condorcet, 1787
  • La Maçonnerie écossaise, 1788
  • Les Jésuites chassés de la maçonnerie et leur poignard brisé par les maçons, 1788
  • Le Tribun du peuple, 1789
  • Histoire de l’Europe moderne, 1789-1792
  • La Bouche de fer (journal), 1790-1791
  • De l’esprit des religions, 1792
  • Le Vieux Tribun du peuple, 1793
  • L’Hymne des combats, 1797

Un maçon des Lumières dans la Révolution

Nicolas de Bonneville incarne la rencontre entre la sociabilité maçonnique des Lumières et l’engagement révolutionnaire. Son pamphlet de 1788 témoigne des débats passionnés suscités par les hauts grades et la légende templière, tandis que le Cercle social montre comment des idéaux nés dans les loges – fraternité, égalité, perfectionnement de l’homme – ont pu être transposés dans l’espace public. Figure tragique, longtemps oubliée, il reste un témoin essentiel des liens réels et fantasmés entre franc-maçonnerie et Révolution.

À lire sur 450.fm : « Humanisme » explore les défis contemporains du service public, 13-15/06/24 : IXe conférence mondiale sur l’histoire de la Franc-maçonnerie, au GODF, Est-il nécessaire de croire que tous les Francs-maçons sont nos frères ?.

Voir aussi dans le glossaire : Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, Templiers (antimaçonnisme).

Glossaire de la franc-maçonnerie

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