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Chers Frères et Sœurs, chers collègues en art de la division fraternelle,
La semaine dernière, je vous parlais des papiers qui tuent la Loge. Cette semaine, parlons de l’immédiat très tempétueux : les élections 2027 qui approchent, et avec elles, la grande question qui divise nos loges presque autant que le choix du vin pour l’agape : faut-il travailler sur les sujets de société ou sur le symbolisme traditionnel ? En résumé, c’est l’intérieur de l’Homme qui influence la société… ou le travail sur l’extérieur qui améliore l’Homme ?
Au GODF, les passions maçonniques s’enflamment – et la presse profane s’en délecte. D’un côté, les Frères et Sœurs qui veulent que la loge parle du monde, du genre, du climat, des lois, des combats du jour. De l’autre, ceux qui estiment que si on veut faire de la politique, il y a déjà des partis pour ça, et que la loge doit rester un lieu de travail symbolique, rituel, intérieur.
Résultat : en loge, on ne se bat plus à coups de maillet, mais à coups d’arguments sur la laïcité, l’Europe, la PMA, l’IA, la transition écologique… et parfois, soyons honnêtes, on en vient presque aux mains sur la couleur du cordon du Vénérable.

Ma solution géniale (ou désespérée) : la loge en deux temps
Face à cette rivalité naissante, j’ai trouvé une solution digne d’un grand stratège : deux séances par mois.
- Première tenue du mois : thème de travail centré sur les problématiques sociétales à venir. Là, on parle du monde, de la cité, de l’actualité, des combats contemporains. C’est la loge « engagée », «citoyenne», « dans le siècle ».
- Seconde tenue du mois : thème symbolique traditionnel. Là, on travaille sur les grades, les symboles, les mythes, les rituels, la dimension intérieure. C’est la loge « classique », « intemporelle », « hors du temps ».
Ainsi, plus de querelles interminables en tenue. Tous les Maçons seront traités sur un pied d’égalité : il y aura les Frères et Sœurs du lundi de la première semaine, et ceux de la troisième semaine. Chacun comprendra vite s’il fait partie du camp 1 (sociétal) ou du camp 2 (symbolisme). En attendant que tout s’apaise, on aura trouvé une solution.
Bienvenue dans l’ère des loges monopensée
On a connu les loges monogenres : uniquement masculines, uniquement féminines, ou mixtes selon les obédiences. Désormais, nous allons découvrir les loges monopensée : pour être certain d’éviter les bagarres et les discussions sans fin.
- Dans la loge « sociétale », on sera sûr de ne pas entendre : « Mais revenons au symbolisme du grade… »
- Dans la loge « symbolique », on sera certain de ne pas lancer : « Et sinon, vous en pensez quoi de la réforme des retraites ? »
Chacun chez soi, les symboles chez les uns, les sujets de société chez les autres. Plus de friction, plus de tension. Juste une belle harmonie… de sourds qui ne s’écoutent plus.
Le tablier ne protège pas de tout

Comme quoi, le tablier ne protège pas de tout. On pensait qu’il suffisait de mettre un tablier blanc, de frapper trois coups, de faire la chaîne d’union, et hop, plus de conflits. Mais non : le tablier protège des taches de vin à l’agape, pas des taches idéologiques dans la tête.
Alors oui, ma solution est cynique. Oui, elle est un peu désespérée. Mais au moins, elle a le mérite de la clarté : si vous voulez parler du monde, venez la première semaine. Si vous voulez parler des symboles, venez la troisième. Et si vous voulez parler des deux… eh bien, bonne chance, vous devrez choisir votre camp, comme aux élections.
En attendant 2027
En attendant que tout s’apaise – si tant est que cela arrive un jour – nous allons tester cette formule. Peut-être que dans quelques mois, nous découvrirons que les deux séances dans la loges ont fini par se parler, se comprendre, s’enrichir mutuellement. Ou peut-être que nous aurons simplement officialisé ce qui existait déjà : deux façons d’être Maçon, deux façons de travailler, deux façons de croire que l’on détient la bonne lumière.
Et si un jour, un Frère ose venir à la tenue sociétale avec un sujet symbolique, ou inversement… eh bien, nous aurons au moins un nouveau sujet de dispute. Parce que, soyons honnêtes : sans un peu de conflit, une loge, ça s’ennuie.
À lundi prochain. Ou à dans trois semaines. Selon votre camp.
Votre Vénérable Maître
