Avec Stéphane Hessel « Engagez-vous ! » Ou quand l’indignation saisit le maillet

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Au mois de juin, notre mot du mois s’arrêtait sur l’engagement et rappelait que le terme descend du gage, de ce qui se dépose entre les mains d’un autre pour garantir le poids d’une parole. Le 5 août, dans « Présider, c’est bâtir. De Gaulle à 2027, qui relèvera le Temple de la République ? », nous avons repris l’appel de Stéphane Hessel pour le tourner vers la loi commune, la laïcité et la concorde universelle. Restait à remonter jusqu’à la source, ce volume mince né d’une conversation menée durant l’été 2009 par un garçon de vingt-trois ans, Gilles Vanderpooten, avec un diplomate de quatre-vingt-onze ans que la France ne connaissait pas encore. Entre le refus et l’ouvrage, entre la colère et la truelle, ces pages posent la question que toute initiation pose à sa manière, celle de savoir ce que devient une parole lorsqu’elle accepte enfin d’avoir un poids.

« Rencontrons-nous », et un livre se met en marche

2009. Le mot de crise occupe alors toutes les bouches, et pour un garçon de vingt-trois ans qui s’apprête à entrer sur le marché du travail, l’horizon manque singulièrement de clarté. Gilles Vanderpooten aurait pu s’installer dans la plainte, ce confort national qui dispense d’agir. Il choisit une autre voie. Convaincu que la transmission demeure la seule richesse qui grandisse en se partageant, il forme le projet de recueillir la parole de ceux qui ont vécu, agi, échoué parfois, et qui savent encore d’où vient le monde qu’ils vont laisser. Trois questions le tiennent, que chaque génération reformule et que la nôtre pose avec une urgence accrue, à savoir que faire, comment agir, où s’engager.

Le hasard, ou ce que Stéphane Hessel (1917-2013) nommait plus volontiers la chance que l’Histoire sait produire, met sur sa route un monsieur âgé, peu connu du grand public. Il l’entend déclamer un poème lors d’une conférence sur l’Europe des cultures. Il le retrouve dans un documentaire, témoignant de la nécessité de désobéir devant l’inacceptable, à propos de la traque des enfants sans papiers à la sortie des écoles. Une lettre part. La réponse revient aussitôt, brève et joyeuse, « Votre projet est très intéressant, rencontrons-nous ! ». Le 9 septembre 2009, l’entretien prévu pour une heure occupe tout l’après-midi. Suivent une année entière et une quarantaine de refus d’éditeurs, jusqu’à ce que Jean Viard accueille le manuscrit aux éditions de l’Aube, le 21 octobre 2010, jour même où paraît chez Indigène un opuscule de trente-deux pages vendu trois euros et intitulé Indignez-vous !.

Cette chronologie n’est pas anecdotique, elle commande toute la lecture. Le livre que nous tenons a été pensé avant celui qui a rendu son auteur célèbre. Il n’est donc ni une suite opportuniste ni un supplément commercial, mais l’antériorité même de la pensée qui allait être résumée en trente-deux pages. Lorsque Engagez-vous ! paraît le 11 mars 2011, la vague des Indignés se lève de Tunis à Madrid, et ce livre apporte précisément ce qui manquait au manifeste, une durée. L’indignation est un mouvement du cœur, elle survient, elle soulève, elle retombe. L’engagement suppose un calendrier, des outils, des compagnons et la patience d’un chantier.

La résistance a changé d’objet, non de nature

La thèse centrale tient en une conviction que Stéphane Hessel énonce sans emphase, à savoir que la lutte a changé de forme depuis les temps héroïques de la Résistance sans avoir changé d’exigence. L’adversaire d’hier portait un uniforme, occupait un territoire, avait un visage. L’adversaire d’aujourd’hui se dissout dans des mécanismes, des flux, des arbitrages, des renoncements successifs qui n’ont jamais de signataire. Résister à une occupation demande un courage physique dont chacun sait qu’il fut immense. Résister à une dissolution demande une vigilance intellectuelle qui n’a ni gloire ni monument, et que rien ne vient récompenser.

Il y a là une force et une fragilité. La force, c’est que Stéphane Hessel refuse de faire de la Résistance une relique et de son souvenir un privilège générationnel. Le Programme du Conseil national de la Résistance ne fut pas un adieu mais un plan de construction, et celui qui l’invoque sans le poursuivre le trahit deux fois. La fragilité tient à l’analogie elle-même. Comparer la dictature des marchés à l’occupation nazie expose à un aplatissement de l’Histoire dont un ancien déporté mesure mieux que quiconque le danger. Le livre demeure prudent sur ce point, mais la formule est passée dans le langage commun avec beaucoup moins de prudence, et la lectrice et le lecteur d’aujourd’hui feront bien de peser la différence entre une continuité d’exigence et une équivalence de situation.

Nos travaux connaissent cette exigence sous un autre nom. La perpendiculaire ne juge pas les autres, elle vérifie la verticalité de celui qui la tient. Se tenir droit lorsque nul ne menace demande davantage de constance que se tenir droit lorsque tout menace, car le second geste trouve sa récompense dans le péril même, tandis que le premier n’a pour témoin que la conscience.

Le plus fédérateur des combats


photographie de couv : copyright UNESCO/Michel Ravassard

Reste à nommer le terrain. Stéphane Hessel le désigne sans hésiter, la dégradation de la planète constitue selon lui le défi le plus mobilisateur pour la jeune génération, celui qui peut rassembler ce que les appartenances politiques dispersent. L’entretien suit alors une progression rigoureuse, du développement au développement durable, puis de la formation lente d’une conscience écologique à sa traduction politique. Cette architecture mérite attention. Elle refuse le raccourci qui ferait de l’écologie une conversion soudaine ou une émotion devant les images du désastre. La conscience se construit, elle s’édifie assise après assise, et son premier matériau est la connaissance.

Le diplomate reparaît ensuite avec ses réflexes, et il faut le dire sans complaisance. Stéphane Hessel réclame la création d’une Organisation mondiale de l’Environnement et pose la nécessité d’une gouvernance mondiale. Cette confiance dans l’institution n’a rien d’abstrait chez un homme qui a servi les Nations unies au berceau et qui a vu naître, dans les décombres de 1945, des architectures juridiques que nul n’osait espérer quelques années plus tôt. Elle constitue pourtant la limite la plus visible de l’ouvrage. La conversation date de 2009, avant l’enlisement des conférences climatiques et avant le retour brutal des souverainetés. Quinze ans plus tard, la lectrice et le lecteur mesurent l’écart entre l’espérance institutionnelle et l’inertie réelle, et se demandent si l’universel se décrète par traité ou s’il se construit par contagion d’exemples.

Une inquiétude plus profonde traverse pourtant ces pages et leur donne leur tranchant. Stéphane Hessel se dit préoccupé par l’écart qui sépare les forces politiques de la jeunesse française, et la formule, prononcée en 2009, n’a rien perdu de son acuité. Il ne décrit pas une désaffection électorale de circonstance mais une rupture de langue, une génération parlant de survie quand une autre parle de mandats, une génération comptant en décennies quand une autre compte en échéances. Le chapitre consacré à la crise et aux institutions internationales prolonge ce constat à l’échelle du monde. Des organisations conçues pour empêcher le retour de la guerre se trouvent sommées de réguler des flux financiers et des équilibres climatiques que leurs fondateurs n’avaient pas imaginés. Stéphane Hessel n’en conclut pas qu’il faille les abandonner, il soutient qu’il faut les refonder, position exigeante que la facilité contemporaine, toujours prompte à confondre la critique et la démolition, aurait grand tort de mépriser.

Bâtir des alternatives, ou la patience de la pierre

L’ouvrage place le mot d’alternatives entre guillemets, et cette précaution typographique en dit long. Stéphane Hessel se méfie du vocabulaire militant autant que du fatalisme. Il désigne des chantiers concrets, économie sociale et solidaire, circuits courts, énergies nouvelles, solidarité et diplomatie, sans jamais prétendre que leur addition suffirait à renverser un ordre. La question qu’il laisse ouverte est celle du passage, du moment où l’initiative devient institution, où l’exemple devient règle, où le geste devient loi. Sur ce seuil, le livre est plus riche en encouragements qu’en méthode, et il serait malhonnête de dissimuler cette insuffisance derrière l’affection que sa figure inspire.

Notre tradition connaît pourtant la valeur de cette apparente modestie. L’apprenti ne bâtit pas la cathédrale, il dégrossit une pierre. Il l’équarrit sans savoir à quelle assise elle sera destinée, ni si sa vie suffira pour voir monter les murs. Le maillet et le ciseau ne prétendent à rien d’autre qu’à rendre une matière juste, et cette justesse est la condition de tout le reste. Gilles Vanderpooten a d’ailleurs fait de cette leçon un métier, en dirigeant l’organisation Reporters d’Espoirs, en lançant La France des solutions et en publiant chez Actes Sud Imaginer le monde de demain, le rôle positif des médias. Le livre a produit ce qu’il annonçait, ce qui reste la démonstration la plus difficile à contester.

Deux textes en guise de clef de voûte

Un détail de composition mérite que nous nous y arrêtions longuement. Ce volume d’une centaine de pages consacre ses vingt dernières, en annexe, à deux textes que Stéphane Hessel n’a pas écrits, la Déclaration universelle des droits de l’homme et le Programme du Conseil national de la Résistance. Un cinquième de l’ouvrage échappe ainsi à la parole du témoin pour revenir au texte lui-même. Le geste est d’une grande justesse. Il signifie que la conversation n’est pas le but, qu’elle ne vaut que par ce qu’elle renvoie lire, et que la mesure de l’engagement se trouve ailleurs que dans celui qui en parle.

Les Frères et les Sœurs reconnaîtront ce dispositif. Une parole donnée n’a de valeur que devant un texte qui la dépasse et qui la juge. Le 15 mars 1944, la France clandestine adopte un programme dont le nom populaire, Les Jours heureux, dit assez qu’il fut écrit dans la nuit. Le 10 décembre 1948, l’Assemblée générale des Nations unies proclame que la dignité est inhérente à tous les membres de la famille humaine. Ces deux textes sont les deux colonnes entre lesquelles ce livre demande à être lu. L’un dit ce qu’un peuple se doit à lui-même dans l’ordre du pain, du soin et de l’école. L’autre dit ce qu’un être humain doit à tout autre être humain du seul fait qu’il est né. Sans le premier, le second devient une abstraction élégante. Sans le second, le premier devient une comptabilité nationale.

La légende publique a fait de Stéphane Hessel l’un des derniers rédacteurs vivants de la Déclaration universelle. La vérité est plus mesurée et, à notre sens, plus belle. Il avait trente et un ans en décembre 1948, il était chef de cabinet d’Henri Laugier au secrétariat des Nations unies, associé à la préparation d’un texte dont René Cassin, Eleanor Roosevelt, Charles Malik et Peng Chun Chang furent les artisans principaux. Servir un texte dont la signature revient à d’autres, en porter la mémoire pendant soixante ans et le placer en annexe de son propre livre, voilà une fidélité qui vaut mieux qu’une paternité.

Un homme qui avait porté le nom d’un mort

La biographie éclaire ici la pensée, et elle doit être racontée avec sobriété. Stéphane Hessel naît à Berlin en 1917. Son père, Franz Hessel, écrivain et traducteur, donne à l’allemand, avec Walter Benjamin, les premiers volumes de Marcel Proust. Sa mère, Helen Grund, forme avec Franz Hessel et Henri-Pierre Roché le trio dont naîtra Jules et Jim. La famille gagne la France dans les années vingt, l’enfant devient français en 1937, entre à l’École normale supérieure, rejoint la France libre à Londres, revient clandestinement au printemps 1944 et tombe aux mains de la Gestapo au mois de juillet.

À Buchenwald, condamné à la pendaison, il échappe à la mort en prenant l’identité d’un prisonnier français emporté par le typhus. Il vit dès lors sous un nom qui n’est pas le sien, transféré, évadé, repris, évadé encore. Que la Franc-Maçonnerie parle de mort symbolique et de renaissance sous un nom nouveau, nous le savons. Devant une existence où cette figure fut de chair et non de rituel, la lecture initiatique doit baisser la voix. Ce que nous éprouvons dans l’obscurité d’un cabinet, cet homme l’a subi dans la boue d’un camp, et la seule chose que nous puissions honnêtement en retenir est que le symbole n’a de sens que s’il nous prépare à la réalité qu’il figure.

Il reste de cette épreuve une leçon qui touche au cœur de nos travaux. Dépouillé de tout, Stéphane Hessel avait conservé la poésie, apprise par cœur, récitée dans les baraquements, seule richesse qu’aucune fouille ne pouvait saisir. Ô ma mémoire. La poésie, ma nécessité rassemblera plus tard ces textes qui l’ont tenu debout. La parole gardée dans la mémoire vive, transmise de bouche à oreille, restituée sans support, désigne exactement ce que nous nommons transmission. Sa bibliographie, de Danse avec le siècle à Citoyen sans frontières, de Tous comptes faits… ou presque au Chemin de l’espérance écrit avec Edgar Morin, ne cesse de revenir à cette conviction, la mémoire n’est pas un culte du passé, elle est un outil de construction.

Le gage, et ce qu’il coûte

Nous voici ramenés au mot par lequel nous avions commencé. S’engager, c’est mettre en gage. Ce n’est pas adhérer, ce n’est pas approuver, ce n’est pas signer une pétition dont la signature ne coûte que le temps d’un geste. C’est déposer quelque chose de soi qui ne pourra être repris sans reniement. Toute la différence entre les deux titres de Stéphane Hessel tient dans cet écart. Indignez-vous ! mobilise une émotion. Engagez-vous ! réclame un gage. La première est gratuite, la seconde se paie.

Cette économie du gage éclaire ce que nous écrivions le 5 août à propos du Temple républicain. Une République ne tient pas par la beauté de ses principes mais par le nombre de celles et de ceux qui acceptent d’en répondre. La liberté de conscience, la laïcité, l’égale dignité des femmes et des hommes ne se conservent pas comme des pièces de collection, elles s’entretiennent comme un feu, et un feu sans gardien s’éteint quelle que soit la noblesse de son origine. Stéphane Hessel, qui avait vu de ses yeux ce que produit l’effondrement d’une civilisation juridique, savait qu’aucun texte ne protège personne s’il n’existe des femmes et des hommes disposés à en payer le prix. Lire ces entretiens en 2026, dans une France travaillée par les assignations identitaires et par la tentation de substituer une loi particulière à la loi commune, leur confère une gravité que leur auteur n’avait pas anticipée.

L’usage de l’impératif mérite d’ailleurs un examen critique. Un ordre ne fabrique pas un homme libre, et une injonction, fût-elle admirable, ne remplace pas la délibération intérieure d’où seul naît un engagement véritable. Stéphane Hessel le savait, lui qui n’a jamais recruté personne. Il est d’ailleurs frappant que Gilles Vanderpooten, en refermant son hommage quelques jours après la mort de son aîné, écrive d’abord « Engageons-nous ! » avant de reprendre « Engagez-vous ! ». Le passage de la deuxième à la première personne du pluriel accomplit exactement ce que le livre demande, puisqu’un appel ne devient légitime qu’au moment où celui qui le lance s’y inclut lui-même. Nos rituels ne procèdent pas autrement, où nul ne prête d’obligation à la place d’un autre et où l’engagement se prend debout, à voix haute, devant ceux qui devront en vérifier la tenue.

Les fragilités d’une parole trop aimée

L’honnêteté critique impose de nommer ce qui, dans ce livre, demeure inachevé. La forme orale lui donne sa vivacité et lui coûte sa profondeur. Certaines réponses avancent par ellipses là où l’argumentation manquerait. L’optimisme, qui fut chez Stéphane Hessel une discipline et non un tempérament facile, glisse parfois sur des obstacles qui méritaient d’être affrontés. Surtout, l’ouvrage dit magnifiquement le commencement et beaucoup moins la persévérance. Il enseigne comment partir, non comment tenir lorsque la cause est perdue, lorsque les compagnons se dispersent, lorsque la fraternité proclamée se révèle inférieure à ses promesses. Or l’usure est le véritable adversaire de tout engagement, et le premier enthousiasme n’a jamais suffi à finir un mur.

Il faut ajouter une remarque plus rude encore. Ce livre s’est vendu à deux cent cinquante mille exemplaires et a été traduit en dix-sept langues. Un tel succès pose une question redoutable à qui prêche l’action, car il est possible d’acheter un livre sur l’engagement, de l’aimer, de le citer, et de n’avoir rien engagé du tout. La figure du sage consolé remplace commodément l’exigence qu’il portait. Stéphane Hessel n’est évidemment pas responsable de la dévotion qui l’a entouré, et nul ne trouverait dans ces pages la moindre complaisance envers lui-même. Reste que la meilleure façon de lui rendre justice consiste à le lire comme un homme faillible et non comme une icône, à discuter ses solutions plutôt qu’à les célébrer, et à considérer que les controverses des dernières années, postérieures à cet entretien de 2009 et absentes de ce volume, appartiennent elles aussi à la vérité d’une vie.

Plaque du Square Stéphane Hessel Université Libre de et à Bruxelles

Passer les outils

Le dernier chapitre porte sur la transmission intergénérationnelle, et il justifie le dispositif entier. Deux hommes séparés par soixante-dix ans se parlent, et aucun des deux ne joue le rôle attendu. L’aîné n’enseigne pas, il interroge autant qu’il répond. Le cadet ne recueille pas une relique, il demande des instruments. Ce qui circule entre eux n’est ni une doctrine ni une nostalgie, mais un goût du travail et la conviction que le monde reste ouvrable.

Nous savons ce que cette scène désigne. La chaîne d’union ne se contente pas de réunir des présents, elle relie ceux qui ne se rencontreront jamais. Le maître qui trace ne verra pas l’édifice achevé, et cette certitude, loin de le décourager, fonde la dignité de son geste. Transmettre, ce n’est pas léguer un résultat, c’est confier des outils à quelqu’un qui s’en servira autrement que nous. Stéphane Hessel n’a pas demandé à la jeunesse de continuer son combat, il lui a demandé de trouver le sien, ce qui est infiniment plus exigeant et infiniment plus respectueux.

Une parole qui demeure quand l’homme s’en va

Les dernières lignes de l’hommage de Gilles Vanderpooten portent une date, celle du début du mois de mars 2013, quelques jours après la disparition de Stéphane Hessel, et se referment sur deux vers de Guillaume Apollinaire où le temps s’écoule tandis que la voix demeure. Rien ne dit mieux la nature véritable de ce petit livre. Il ne transmet pas une doctrine, il transmet une tenue. Il ne clôt pas une existence, il ouvre un chantier dont les plans sont connus depuis 1944 et 1948, et dont les ouvriers manquent toujours.

Le Temple de la République ne se relèvera pas par les discours d’un seul homme, pas davantage que le Temple intérieur ne s’édifie par la seule admiration des bâtisseurs anciens. Ce qui est en jeu ici n’est pas notre approbation, qui ne coûte rien, mais notre gage, qui coûte tout. L’impératif qui donne son titre à ces entretiens s’adresse à autrui, et il n’a de force que dans la bouche de celui qui l’a d’abord retourné contre lui-même. Demeure alors une question que nul ne peut poser à notre place, et que ce livre laisse intacte dans la main de qui l’a lu, celle de savoir quelle part de nous-mêmes nous avons réellement déposée, et ce qu’il nous en coûterait aujourd’hui de la reprendre.

Stéphane Hessel, Engagez-vous !, entretiens avec Gilles Vanderpooten, Éditions de l’Aube, collection « Monde en cours », série « Conversation pour l’avenir », 2011, deuxième édition augmentée en 2013, 112 pages, 7 €. Une édition de poche ultérieure, Engagez-vous ! suivi de Ma philosophie, Éditions de l’Aube, 2015, 128 pages, 9 €, adjoint à l’entretien deux dialogues, l’un avec Nicolas Truong autour de la philosophie, l’autre avec Edgar Morin autour de la politique.

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Aratz Irigoyen
Aratz Irigoyen
Né en 1962, Aratz Irigoyen, pseudonyme de Julen Ereño, a traversé les décennies un livre à la main et le souci des autres en bandoulière. Cadre administratif pendant plus de trente ans, il a appris à organiser les hommes et les dossiers avec la même exigence de clarté et de justice. Initié au Rite Écossais Ancien et Accepté à l’Orient de Paris, ancien Vénérable Maître, il conçoit la Loge comme un atelier de conscience où l’on polit sa pierre en apprenant à écouter. Officier instructeur, il accompagne les plus jeunes avec patience, préférant les questions qui éveillent aux réponses qui enferment. Lecteur insatiable, il passe de la littérature aux essais philosophiques et maçonniques, puisant dans chaque ouvrage de quoi nourrir ses planches et ses engagements. Silhouette discrète mais présence sûre, il donne au mot fraternité une consistance réelle.

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