À Cuba, le régime tente de prendre le contrôle du Suprême Conseil maçonnique

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La franc-maçonnerie cubaine se retrouve au centre d’une confrontation directe avec l’État. Selon plusieurs médias indépendants, le Ministère de la Justice a cherché, début août 2026, à imposer un dirigeant au sommet du Suprême Conseil du Grade 33 pour la République de Cuba, l’instance qui gouverne les hauts grades du Rite Écossais sur l’île. Cette intervention, dénoncée comme une tentative de prise de contrôle par le régime, a suscité une mobilisation rare des maçons, qui ont convoqué une protestation et réaffirmé leur soutien à leur leader actuel, José Ramón Viñas Alonso.

Le cœur de la crise tient en une citation officielle remise à Viñas Alonso par une haute fonctionnaire du Ministère, lui ordonnant de se présenter au siège de l’institution pour remettre son mandat à un « intérimaire » désigné par les autorités. Pour la maçonnerie cubaine, cette démarche ressemble moins à un simple rappel aux statuts qu’à une tentative d’ingérence directe dans la gouvernance interne de l’Ordre.

Une convocation sous haute tension

José Ramón Viñas Alonso

D’après la version publiée par CiberCuba et confirmée par d’autres médias indépendants, la directrice des Associations du Ministère de la Justice, Miriam Marta García Meriño, s’est présentée au domicile de Viñas Alonso pour lui remettre une convocation l’enjoignant à se rendre, le vendredi matin à 9 h 30, au siège du Suprême Conseil. Là, selon les dénonciateurs, il devait procéder à la remise officielle de sa charge à un dirigeant intérimaire choisi par le gouvernement.

Le candidat que le régime souhaite imposer serait Lázaro Faustino Cuesta Valdés, figure maçonnique connue et par ailleurs babalawo, qui, selon les dirigeants du Suprême Conseil, a été écarté de ses fonctions actives à l’âge de 80 ans en février 2025, conformément à la législation interne, puis expulsé par décision de la Haute Chambre du Rite. Pour les membres du Conseil, le retour de Cuesta comme chef imposé par l’État constituerait une violation double : des statuts internes de l’Ordre et de son autonomie associative.

La réponse des maçons : se planter, protester, refuser

Face à cette convocation, les maçons cubains n’ont pas choisi le retrait. Ils ont appelé à une protestation et se sont rassemblés devant, puis dans, la sede du Suprême Conseil du Grade 33 à La Havane pour soutenir publiquement Viñas Alonso. Des dizaines de membres se sont « plantés » sur place, selon les témoignages recueillis, affirmant qu’ils ne reconnaissaient comme autorité suprême que le Souverain Grand Commandeur élu selon leurs propres règles.

Le ton de cette mobilisation est clair : pour les dirigeants maçonniques, il ne s’agit pas d’un simple désaccord administratif, mais d’un « nouveau zarpazo » – un nouvel assaut – de l’État contre l’autonomie d’une organisation civile. Des voix au sein de l’Ordre parlent d’« injerencia » (ingérence) et de tentative de « prendre le contrôle » du Suprême Conseil par la nomination d’un chef perçu comme proche du régime.

Le Ministère de la Justice invoque les statuts et la loi

De son côté, le Ministère de la Justice cubain a publié une note informative pour justifier sa position. Le document rappelle que la Direction des Associations est chargée de veiller au respect des statuts des organisations, en application de la Constitution et de la loi sur les associations. Il souligne que la Constitution de l’Association « Suprême Conseil du Grade 33 pour la République de Cuba » impose, à son article 10, l’obéissance aux lois du pays et la contribution à la stabilité de la République.

La note précise que Viñas Alonso a contesté une résolution ministérielle de juillet 2025 qui refusait de reconnaître sa condition de Souverain Grand Commandeur au motif qu’il aurait dépassé le limite maximum de neuf ans d’exercice fixé par les propres statuts du Suprême Conseil. Le Tribunal Suprême Populaire a finalement débouté Viñas Alonso, confirmant la décision du ministre de la Justice. Le Ministère affirme donc que le Suprême Conseil doit « rétablir l’institutionnalité » et se conformer à cette sentence.

Autrement dit, l’État soutient qu’il ne fait qu’exiger l’application des règles internes de la maçonnerie, et que son intervention est légitime au regard de la loi. Les maçons, eux, y voient une utilisation sélective des statuts pour disqualifier un leader jugé trop indépendant et imposer une figure plus accommodante.

Un conflit qui s’inscrit dans une histoire longue

José Ramón Viñas / Lázaro Cuesta Valdés. (Fotos: Facebook / CiberCuba)

La tension actuelle ne surgit pas ex nihilo. Depuis plusieurs années, la maçonnerie cubaine traverse une relation complexe avec le pouvoir. En 2025, des sources indépendantes rapportaient déjà une tentative du Ministère de la Justice pour destituer Viñas Alonso et imposer Lázaro Cuesta Valdés, assortie de menaces de gel des fonds et de retrait de la reconnaissance officielle si la désignation n’était pas acceptée.

En parallèle, le Grand Maître de la Grande Loge de Cuba, Ernesto Zamora Fernández, avait renoncé à une rencontre avec le président Miguel Díaz-Canel après des pressions internes liées au traitement réservé à Viñas Alonso, ce dernier ayant même été interrogé par la Sécurité de l’État. Ces épisodes montrent que la question maçonnique est, à Cuba, un enjeu politique et non un simple débat statutaire.

La présence de Viñas Alonso sur la scène maçonnique est elle-même significative : des sources rappellent qu’il a rencontré des diplomates étrangers, notamment l’ambassade américaine, pour discuter des défis des Cubains, ce qui peut accroître sa visibilité – et sa gêne pour le régime –, au-delà des frontières de l’Ordre.

Un enjeu : l’autonomie des organisations civiles

Viñas Alonso, est Souverain Grand Commandeur (SGC) du Conseil suprême du 33e degré de la République de Cuba. Photo : CPEM Composition

Au-delà du cas personnel de José Ramón Viñas Alonso, la crise touche à une question centrale : l’autonomie des organisations civiles à Cuba. La franc-maçonnerie, qui a une longue histoire sur l’île, se présente comme une fraternité patriotique, respectueuse des lois, mais attachée à sa gouvernance interne. Le Ministère, lui, se pose en garant de la légalité et de la « stabilité de la République », en soulignant que la maçonnerie cubaine a historiquement entretenu « des relations adéquates » avec l’État.

Le conflit actuel met à nu la fragilité de cette coexistence. Pour les autorités, intervenir dans la succession d’un leader maçonnique serait une manière de faire respecter les statuts. Pour une partie de la maçonnerie, c’est une forme de contrôle politique qui menace la liberté de choisir ses propres dirigeants et de maintenir une voix indépendante.

Une maçonnerie qui « ferme les rangs »

Grande Loge de cuba

Face à cette tentative de prise de contrôle, la maçonnerie cubaine ne s’est pas contentée d’une protestation ponctuelle. Des organisations maçonniques à l’intérieur et à l’extérieur de Cuba ont exprimé leur soutien à Viñas Alonso, rappelant qu’il a été élu par ses frères et que tout changement de direction devrait relever exclusivement des mécanismes internes de l’Ordre.

Cette solidarité a une portée symbolique forte. Elle montre que la question ne se limite pas à un conflit individuel, mais touche à la perception mondiale de la maçonnerie cubaine et de sa capacité à résister aux ingérences. Dans un pays où la société civile reste étroitement surveillée, le fait que des maçons se rassemblent, protestent et revendiquent publiquement l’autonomie de leur institution n’est pas anodin.

Conclusion provisoire

À ce stade, la tentative du régime de prendre le contrôle du Suprême Conseil du Grade 33 n’a pas été pleinement réussie : Viñas Alonso demeure, pour ses frères, le Souverain Grand Commandeur, tandis que l’État affirme qu’il ne le reconnaît plus comme tel. La confrontation se joue donc à la fois dans l’espace juridique, dans la rue, et dans l’imaginaire symbolique de la maçonnerie.

Ce bras de fer illustre une tension plus large : la difficulté, pour des organisations initiatiques et fraternelles, de maintenir leur autonomie dans un régime qui revendique un contrôle serré des associations. Pour la maçonnerie cubaine, l’enjeu est clair : défendre son droit à choisir librement ses dirigeants, sans renoncer à sa tradition de patriotisme et de respect des lois. Pour le régime, il s’agit de s’assurer que même les fraternités les plus anciennes restent dans le cadre qu’il juge compatible avec sa propre définition de la « stabilité de la République ».

Appel aux Frères

TRÈS GRAVE

La dernière tentative de coup de force de la dictature dans ses ingérences dans les affaires maçonniques a eu lieu aujourd’hui au Suprême Conseil du 33e degré, où le régime intervient depuis quelque temps par l’intermédiaire des instances gouvernementales, en violation de ce qui est établi par les lois internationales des Suprêmes Conseils du monde — dont Cuba fait pleinement partie de droit — au bénéfice idéologique des gouvernants en place et dans des affaires étrangères à la Maçonnerie.

Miriam García, fonctionnaire du MINJUS [ministère de la Justice], s’est présentée au domicile du Souverain José Ramón Viñas Alonso, 33e, afin de lui remettre une convocation officielle pour demain à 9 h 30. Il devra alors remettre le Suprême Conseil à un « intérimaire » qu’ils ont eux-mêmes choisi et qui a été expulsé de la Maçonnerie par décision de la Haute Chambre du Rite.

Auparavant, ce Frère, en raison de ses 80 ans atteints en février 2025, conformément à la législation du Suprême Conseil — et après approbation des instances gouvernementales — avait déjà été démis de ses fonctions de Membre Actif et était devenu Membre Émérite. Il ne peut donc plus, de ce fait, exercer de fonctions dirigeantes.

Ce Frère choisi par le régime, dans une attaque frontale contre les décisions de ses Frères maçons et répondant à ses ambitions personnelles, est Lázaro Faustino Cuesta Valdés. Celui-ci, sans aucune autorité au regard des décisions de la Haute Chambre du Rite — qui est celle qui décide depuis des siècles de nos destinées — a été désigné « à dedo », c’est-à-dire nommé directement par le gouvernement, comme celui qui doit remplacer le Souverain actuel, élu démocratiquement avec les voix de tous les membres du Rite, conformément à la législation écossaise, et qui bénéficie du soutien de la quasi-totalité des membres du Rite écossais.

Tous les Corps maçonniques au niveau national ont déposé auprès des registres municipaux et provinciaux leur désaccord avec la mesure que le régime veut nous imposer, tout en faisant officiellement état de leur soutien sans réserve au Souverain actuel.

En tant que Grand Chancelier du Suprême Conseil, je lance un appel aux Suprêmes Conseils du monde entier et à la Maçonnerie en général afin de donner de la visibilité à cette violation flagrante.

Une fois encore, ils avaient déjà tenté de le faire à la Grande Loge, pendant une période de deux ans, au cours de laquelle ils avaient essayé d’imposer deux Grands Maîtres qui répondaient à leurs intérêts et non à ceux de leurs Frères maçons, violant ainsi leurs droits sous couvert des lois approuvées par les maçons et par l’État.

Les Grands Maîtres et les Souverains ne seront jamais élus en fonction des préférences ou des avantages politiques du régime. Ils sont choisis afin de défendre les droits des maçons.

Cette estocade « finale » est préparée depuis cinq ans, à partir des manifestations du 11-Juillet, après que la Haute Chambre du Rite eut approuvé une charte que José Ramón Viñas Alonso, en tant que Souverain, aurait dû signer et qui, à la suite de cette demande, était destinée au gouvernant Díaz-Canel, désapprouvant l’ordre de réprimer les personnes désarmées, ce qui aurait entraîné violence, morts, milliers d’arrestations et condamnations à de longues peines injustes.

Demain, les maçons concernés seront présents et attendront ladite commission, qui cherche à agir contre les intérêts véritables des maçons.

Nous vous demandons de prêter attention aux événements qui se produiront à ce sujet.

Sans autre objet,

IPH Ángel Santiesteban Prats, 33e
Grand Chancelier du Suprême Conseil de Cuba

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Charles-Albert Delatour
Charles-Albert Delatour
Ancien consultant dans le domaine de la santé, Charles-Albert Delatour, reconnu pour sa bienveillance et son dévouement envers les autres, exerce aujourd’hui en tant que cadre de santé au sein d'un grand hôpital régional. Passionné par l'histoire des organisations secrètes, il est juriste de formation et titulaire d’un Master en droit de l'Université de Bordeaux. Il a été initié dans une grande obédience il y a plus de trente ans et maçonne aujourd'hui au Rite Français philosophique, dernier Rite Français né au Grand Orient de France.

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