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Pendant près de six ans, pendules, tarots, “flashs”, connexions avec les défunts et prétendues visions extralucides ont désigné des rivières, des fermes, des puits, des bois et des décharges. Aucun de ces oracles n’a permis de retrouver Delphine Jubillar. Il aura fallu les aveux de son mari, puis le travail méthodique des enquêteurs, pour conduire la gendarmerie jusqu’à des ossements désormais soumis aux analyses scientifiques. Une leçon sévère pour les marchands de mystère.
Les cartes se taisent lorsque celui qui sait décide enfin de parler

Le 16 juillet 2026, Cédric Jubillar a été conduit dans une zone agricole située à une dizaine de kilomètres de Cagnac-les-Mines, entre Mailhoc et Villeneuve-sur-Vère. Après avoir confirmé ses aveux devant une magistrate, il a montré aux enquêteurs l’endroit où il affirme avoir enfoui le corps de son épouse dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020. Des ossements ont été découverts, dont deux fémurs selon Le Parisien. Les recherches se poursuivent et, au 17 juillet à midi, l’identification formelle de ces restes comme étant ceux de Delphine Jubillar n’a pas encore été officiellement annoncée.
Le fait essentiel demeure pourtant éclatant : ce ne sont ni un pendule, ni un tirage de tarot, ni un message venu de “l’au-delà” qui ont conduit les gendarmes sur cette parcelle. C’est l’homme qui connaissait le lieu.
Condamné en octobre 2025 à trente années de réclusion criminelle pour le meurtre de son épouse, Cédric Jubillar avait fait appel. Après cinq années de dénégations, il a reconnu au début de juillet 2026 sa responsabilité dans la mort de Delphine, avant de participer aux opérations de terrain.
Ils avaient pourtant “tout vu”

Dès les premiers mois de la disparition, plusieurs dizaines de voyants, médiums, magnétiseurs, radiesthésistes, thérapeutes énergétiques et adeptes de prétendues communications avec les morts ont assailli les enquêteurs de leurs certitudes.
L’une affirmait que Delphine lui avait personnellement révélé se trouver dans une ferme incendiée du Garric. Une autre établissait une correspondance entre le jeu Game of Thrones, auquel jouait Cédric Jubillar, et la rivière Vère. Un médium allemand assurait avoir géolocalisé le corps dans un bois, entre le cimetière de Cagnac-les-Mines et le chemin de Saint-Quentin. D’autres parlaient d’un puits, d’une décharge, d’un cours d’eau ou d’une terre récemment remuée.

En avril 2024 encore, la justice avait fait vérifier les déclarations d’une voyante affirmant avoir vu Delphine séquestrée dans le vide sanitaire d’un corps de ferme. Les investigations n’avaient rien donné. La Dépêche confirmait alors qu’aucune des nombreuses pistes médiumniques transmises depuis 2020 n’avait abouti.
Lorsque l’on désigne successivement des bois, des rivières, des fermes, des cimetières, des décharges et des puits dans une région rurale, on ne démontre aucun don : on disperse les probabilités jusqu’à pouvoir, après coup, revendiquer une vague ressemblance avec la réalité.
La sincérité ne transforme pas l’erreur en vérité
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Tous ceux qui se prétendent médiums ne sont probablement pas animés par la cupidité. Certains peuvent être sincèrement convaincus de leurs perceptions. Mais la bonne foi n’est ni une méthode d’enquête ni une preuve.
Une personne peut éprouver intensément une impression et se tromper totalement. Elle peut aussi interpréter inconsciemment des informations déjà publiées, reconstruire un récit à partir de lieux connus ou retenir seulement les coïncidences favorables. Plus l’affaire est médiatisée, plus les “visions” se multiplient et se nourrissent les unes des autres.
François Daoust, ancien directeur de l’Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale, rappelait à propos de ces interventions que l’on se trouvait dans un domaine peu rationnel et dépourvu de véritable fondement scientifique. Les enquêteurs peuvent néanmoins être contraints de vérifier certaines indications, non parce qu’ils croient à la voyance, mais parce qu’une information apparemment extravagante peut parfois dissimuler un renseignement réel, obtenu autrement.
Voilà toute l’ambiguïté : la justice ne vérifie pas un “flash” parce qu’il serait surnaturel, mais parce qu’elle doit déterminer si celui qui parle possède une information concrète qu’il cherche à maquiller sous les oripeaux du paranormal.
Une violence supplémentaire faite aux familles

Ces proclamations ne sont pas anodines. Dire à une famille que son enfant, sa sœur ou sa mère est enfermée dans une cave, jetée dans un puits ou abandonnée dans une forêt, c’est déposer dans sa douleur des images parfois insoutenables.
Chaque nouvelle “révélation” peut ranimer l’espérance, provoquer une battue, susciter des soupçons contre des innocents ou entraîner des proches dans une quête sans fin. Lorsque s’ajoutent consultations payantes, publicité personnelle, vidéos et passages médiatiques, la souffrance d’autrui devient une scène sur laquelle certains viennent exhiber leur prétendu pouvoir.
L’affaire Jubillar montre aussi la facilité avec laquelle des médias, fascinés par le spectaculaire, accordent aux voyants une visibilité disproportionnée. Une prédiction fausse disparaît rapidement des mémoires ; une formulation assez vague pour ressembler de loin à un fait réel est aussitôt présentée comme une troublante prémonition. C’est le mécanisme classique de l’oracle : il ne gagne jamais par sa précision, mais par l’interprétation rétrospective de ses ambiguïtés.
Le symbole n’est pas une expertise criminelle

Il convient pourtant de ne pas confondre ésotérisme et superstition, symbolisme et divination de foire. Le tarot peut être étudié comme un ensemble d’images archétypales ; le pendule peut appartenir à une histoire culturelle ; les traditions spirituelles peuvent aider l’être humain à méditer la mort, l’absence et le deuil. Mais aucun symbole ne devient, par enchantement, une photographie aérienne ou une analyse ADN.
Dans une perspective initiatique, le symbole n’est jamais destiné à remplacer la raison. Il invite à descendre en soi, non à prétendre fouiller à distance le champ d’un inconnu. L’authentique démarche spirituelle apprend le discernement, l’humilité et le silence devant ce que l’on ignore. Le charlatan, lui, transforme l’invisible en certitude et son intuition en verdict.
Entre la Lumière recherchée et l’illusion complaisante demeure une frontière essentielle : celle de la méthode, de la preuve et de la responsabilité.
Rendre enfin Delphine à elle-même

Pendant des années, Delphine Jubillar aura été ensevelie sous les commentaires, les hypothèses, les cartes tirées et les visions proclamées. Il importe maintenant de la délivrer aussi de ce vacarme.
Les analyses devront établir scientifiquement l’identité des ossements retrouvés. La justice devra préciser les circonstances du meurtre et les conséquences de ces aveux sur la procédure d’appel. Mais une première vérité est déjà acquise : les morts ne doivent pas devenir la matière première des fabricants de prodiges. Aucun esprit n’a révélé le lieu. Aucun tarot n’a percé le secret. Aucun pendule n’a fait surgir la vérité.
Celui qui savait a parlé. Les enquêteurs ont creusé. La science, désormais, tranchera.
