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En saluant l’adoption définitive du texte ouvrant un droit à l’aide à mourir, la Grande Loge Féminine de France (GLFF) ne se contente pas d’approuver une réforme sociétale. Elle rappelle que la dignité humaine ne saurait s’arrêter au seuil de la mort. Mais cette liberté nouvelle ne prendra tout son sens que si elle demeure étroitement unie à la protection des plus vulnérables, au développement effectif des soins palliatifs et à une fraternité qui n’abandonne personne à sa solitude.
Un texte définitivement adopté, mais pas encore promulgué
Le 15 juillet 2026, l’Assemblée nationale a adopté en lecture définitive la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir, par 291 voix contre 241, avec 29 abstentions.
À la suite de l’adoption définitive du texte, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé qu’il saisirait le Conseil constitutionnel sur plusieurs dispositions sensibles ; le lendemain, 16 juillet, le président du Sénat, Gérard Larcher, a officiellement déposé sa propre saisine. À l’heure où nous écrivons, le parcours parlementaire est donc achevé, mais le texte n’est pas encore devenu une loi promulguée. Avant d’entrer dans le droit positif, la réforme doit encore franchir le contrôle de constitutionnalité, ultime seuil juridique avant sa promulgation par le président de la République.
Dans un communiqué daté du 20 juillet 2026, la Grande Loge Féminine de France salue néanmoins cette adoption comme une avancée majeure pour la liberté de conscience, la dignité humaine et la fraternité républicaine. L’obédience y rend hommage aux malades, aux familles, aux soignants, aux parlementaires et aux citoyens qui, durant des années, ont porté cette question dans l’espace public.
Par cette prise de parole, la GLFF demeure fidèle à une tradition maçonnique qui ne sépare jamais complètement le travail intérieur de la responsabilité dans la Cité.
Car la Franc-Maçonnerie ne saurait parler de liberté dans le Temple et demeurer silencieuse lorsque cette liberté est interrogée dans la chambre d’un malade.
La liberté de conscience n’est pas la liberté d’abandonner
Le texte adopté définit l’aide à mourir comme la possibilité, pour une personne qui en a formulé la demande, de recourir à une substance létale qu’elle s’administre elle-même ou, lorsqu’elle en est physiquement incapable, qui peut lui être administrée par un médecin ou un infirmier.
Son accès est entouré de conditions cumulatives. La personne doit être majeure, française ou résider de façon stable et régulière en France, être atteinte d’une affection grave et incurable engageant le pronostic vital en phase avancée ou terminale, éprouver une souffrance réfractaire aux traitements ou jugée insupportable, et demeurer capable d’exprimer une volonté libre et éclairée. Une souffrance psychologique seule ne peut ouvrir l’accès au dispositif.
Ces critères ne dissipent pas toutes les inquiétudes
Aucun texte, aussi minutieux soit-il, ne supprimera entièrement la fragilité des situations humaines. Comment distinguer une volonté profonde d’un désir de mort né de la solitude, de la peur de devenir une charge, d’un épuisement familial ou d’un défaut d’accompagnement ? Comment s’assurer que la liberté invoquée n’est pas secrètement façonnée par la précarité, l’isolement ou l’inégale répartition des soins ?
C’est ici que la réflexion maçonnique doit refuser les simplifications.
La liberté n’est véritable que lorsqu’elle n’est ni extorquée par la souffrance, ni dictée par l’abandon
Reconnaître à une personne le droit de décider ne dispense donc jamais la société de créer les conditions lui permettant de désirer encore vivre. L’autonomie ne doit pas devenir le masque commode derrière lequel la collectivité dissimulerait son impuissance à soigner, à soulager, à écouter et à entourer.
La mort symbolique ne doit jamais faire oublier la mort réelle
La démarche initiatique entretient avec la mort une relation ancienne. Dans de nombreux rites, le récipiendaire traverse symboliquement une obscurité, un dépouillement ou une mise au tombeau avant de se relever sous une lumière nouvelle. Cette mort rituelle ne célèbre pourtant jamais l’anéantissement. Elle figure au contraire une transformation de l’être, la disparition de l’homme ancien et la naissance d’une conscience plus libre.
Mais il serait dangereux de confondre la mort symbolique des rituels avec la réalité physique d’une fin de vie douloureuse.
Dans le Temple, la mort est une image
Dans une chambre d’hôpital, un service d’oncologie, un établissement pour personnes dépendantes ou un domicile devenu lieu de soins, elle est une présence concrète. Elle a le visage d’une femme ou d’un homme qui souffre, doute, espère encore, se révolte parfois, demande à partir ou réclame simplement de ne pas être laissé seul.
La mort réelle ne se commente pas depuis l’abstraction. Elle s’approche avec pudeur.
Logo de la République française
Le Franc-Maçon sait que le silence peut être une parole, mais il sait aussi que certains silences sont des abandons. Accompagner ne signifie ni retenir à tout prix ni précipiter le terme. Cela signifie demeurer là, auprès de l’autre, sans lui voler sa décision et sans lui retirer notre présence.
Une loi laïque parce qu’elle ne commande aucune croyance
La GLFF qualifie cette réforme de « grande loi laïque ». La formule mérite d’être entendue dans toute sa profondeur.
Une loi laïque n’est pas une loi hostile aux religions, pas davantage qu’elle ne serait indifférente aux interrogations spirituelles. Elle est une loi qui ne transforme aucune conception particulière de la vie, de la souffrance ou de la mort en obligation universelle.
Les traditions religieuses ne portent d’ailleurs pas toutes une parole uniforme sur la fin de vie Elles partagent souvent l’affirmation de la dignité de toute existence, mais divergent sur la possibilité d’interrompre volontairement celle-ci. Ces convictions ont toute leur place dans le débat démocratique. Elles peuvent éclairer les consciences ; elles ne sauraient, dans une République laïque, s’imposer indistinctement à tous.
La laïcité ne tranche pas la question métaphysique de savoir à qui appartient la vie. Elle garantit que chacun puisse y répondre selon sa conscience, dans les limites protectrices fixées par la loi.
Le dispositif reconnaît également une clause de conscience aux professionnels de santé
Aucun médecin, aucun infirmier ne pourra être contraint de participer à la procédure. Le professionnel refusant d’intervenir devra toutefois en informer sans délai la personne et lui communiquer le nom de confrères disposés à l’accompagner. Ainsi, la conscience du malade et celle du soignant sont simultanément reconnues.
La liberté de conscience n’est pas le privilège de celui qui partage notre choix. Elle protège également celui qui s’y oppose.
Soins palliatifs et aide à mourir : deux réponses qui ne peuvent se substituer l’une à l’autre
La GLFF insiste avec raison sur un point essentiel : le droit à l’aide à mourir ne doit jamais devenir le substitut économique ou politique d’une véritable offre de soins palliatifs.
La loi du 26 mai 2026 visant à garantir l’égal accès à l’accompagnement et aux soins palliatifs affirme que ceux-ci doivent préserver la dignité, l’autonomie, la qualité de vie et le bien-être du malade. Elle prévoit également la prise en charge des douleurs physiques, des souffrances psychiques ainsi que des besoins sociaux et spirituels.
Cette reconnaissance législative constitue l’autre face du devoir collectif. Car on ne choisit réellement qu’entre des possibilités accessibles. Lorsqu’une personne demande la mort faute d’un lit, d’une équipe mobile, d’un traitement antalgique adapté ou d’une présence humaine, ce n’est plus la liberté qui parle : c’est la défaillance de la solidarité.
Les soins palliatifs et l’aide à mourir ne sont donc pas deux camps dressés l’un contre l’autre
Ils constituent deux réponses distinctes à des situations distinctes. Les premiers doivent demeurer proposés à tous et accessibles partout. La seconde ne peut être envisagée que lorsque la personne, pleinement informée, accompagnée et soulagée autant qu’il est possible, maintient une demande libre et persistante.
Le texte prévoit une procédure collégiale, une décision motivée rendue dans un délai de quinze jours, puis un temps de réflexion d’au moins deux jours avant la confirmation de la demande. La personne peut renoncer à tout moment. Une commission indépendante devra par ailleurs contrôler a posteriori les procédures et signaler les éventuels manquements professionnels ou infractions pénales.
Mais les garanties inscrites dans la loi ne valent que par leur application
Un garde-fou de papier n’arrête rien s’il n’est pas soutenu par des moyens humains, une formation exigeante et une vigilance permanente.
La vraie épreuve commencera après le vote
L’adoption du texte ne clôt donc pas le débat. Elle en ouvre une nouvelle étape.
Il faudra observer la rédaction des décrets, la définition des substances utilisées, la formation des professionnels, la composition de la commission de contrôle, l’accompagnement des familles et les conditions concrètes dans lesquelles le consentement sera recueilli.
Il faudra également regarder les chiffres, mais ne jamais réduire les personnes à des statistiques. Chaque demande devra conserver son caractère singulier. La loi peut établir une procédure ; elle ne doit jamais industrialiser la mort.
La vigilance appelée par la GLFF prend ici toute sa portée.
Être favorable au principe d’un droit n’oblige pas à fermer les yeux sur ses risques. Bien au contraire. Plus une liberté touche à l’irréversible, plus ceux qui l’ont défendue ont le devoir d’en surveiller l’exercice.
La pensée initiatique nous enseigne que tout pouvoir doit être mesuré, tout geste précédé d’un examen de conscience et toute construction vérifiée à l’équerre. La loi elle-même doit passer sous cette épreuve symbolique : est-elle juste dans son principe, équitable dans son accès, prudente dans son application et fraternelle dans ses conséquences ?
Au dernier seuil, tenir encore la main
La fin de vie révèle la vérité d’une société. Elle indique ce que valent réellement ses discours sur la dignité, l’égalité et la fraternité lorsque l’être humain n’est plus productif, autonome ou puissant.
La fraternité ne consiste pas à décider à la place de l’autre. Elle ne consiste pas davantage à lui répondre : « Vous êtes libre », avant de refermer la porte.
Elle est cette présence difficile qui respecte sans délaisser, écoute sans juger, protège sans confisquer. Elle accepte parfois de ne pas comprendre entièrement la décision d’autrui, mais refuse que cette décision soit prise dans l’abandon.
Au seuil de la mort, il n’existe peut-être plus ni vainqueur ni certitude. Il demeure une conscience, une souffrance, une parole fragile et une main qui cherche une autre main.
Le Temple nous apprend à mourir symboliquement à nos préjugés. La Cité nous commande de ne jamais laisser mourir un être humain dans l’indifférence.
En saluant l’adoption du droit à l’aide à mourir, la Grande Loge Féminine de France place ainsi le débat à sa véritable hauteur. Il ne s’agit pas de choisir entre la vie et la mort comme entre deux opinions. Il s’agit de savoir comment une République peut rester humaine lorsque l’un de ses membres parvient au terme de son chemin.
La liberté doit alors être respectée, la vulnérabilité protégée, la conscience entendue et la fraternité maintenue jusqu’au dernier souffle.
Le communiqué de presse de la Grande Loge Féminine de France, daté du 20 juillet 2026, est reproduit intégralement ci-dessous.
militant actif de l’association Ultime liberté je peux témoigner que les adhérent.e.s que je rencontre ne se satisfont pas de ce texte qui impose tellement de critères que peu de patients pourront bénéficier d’une aide à mourir dont aucun qui estiment que leur vie n’a plus d’intérêt, ceux que je rencontre. la Suisse sera pour longtemps le pays d’accueil pour ces derniers à la condition qu’ils disposent d’environ 12 000 € ce qui n’est pas le cas de beaucoup de nos concitoyens. je note également que le vote de l’assemblée n’a voté le texte qu’à 55% des députés présents quand la commission citoyenne s’était déclarée favorable à 70 %. Pas glorieux
Comment garantir cette liberté alors que 60% du territoire n’est pas couvert par des soins palliatifs ? Que la quasi totalité du corps médical notamment celui qui œuvre aux soins palliatifs y est opposé ? Pourquoi l’ensemble des organismes de mutuelle ont soutenu cette loi ?
C’est sûr et certain, si l’homme – au sens universel – pouvait seulement se souvenir de sa véritable origine, et de ce qu’il devient réellement, après avoir quitté son vêtement corporel – dixit ce que croit la philosophie orientale et l’ensemble des communités humaines, excepté l’Occident cartésien, – il réfléchirait à 2 fois avant de se suicider … … …
« Le 21e siècle sera spirituel, ou ne sera pas » André Malraux
Yonnel Ghernaouti a été directeur de la rédaction de 450.fm, de sa création jusqu’en septembre 2024. Chroniqueur littéraire, animé par sa maxime « Élever l’Homme, éclairer l’Humanité », il a siégé au bureau de l’Institut Maçonnique de France, est médiateur culturel au musée de la franc-maçonnerie, directeur de collection chez des éditeurs maçonniques et auteur de plusieurs ouvrages maçonniques. Il contribue notamment à des revues telles que « La Chaîne d’Union » du Grand Orient de France, « Chemins de traverse » de la Fédération française de l’Ordre Maçonnique Mixte International Le Droit Humain, et « Le Compagnonnage » de l’Union Compagnonnique. Il a également été commissaire général des Estivales Maçonniques en Pays de Luchon, qu’il a initiées.
militant actif de l’association Ultime liberté je peux témoigner que les adhérent.e.s que je rencontre ne se satisfont pas de ce texte qui impose tellement de critères que peu de patients pourront bénéficier d’une aide à mourir dont aucun qui estiment que leur vie n’a plus d’intérêt, ceux que je rencontre. la Suisse sera pour longtemps le pays d’accueil pour ces derniers à la condition qu’ils disposent d’environ 12 000 € ce qui n’est pas le cas de beaucoup de nos concitoyens. je note également que le vote de l’assemblée n’a voté le texte qu’à 55% des députés présents quand la commission citoyenne s’était déclarée favorable à 70 %. Pas glorieux
Comment garantir cette liberté alors que 60% du territoire n’est pas couvert par des soins palliatifs ? Que la quasi totalité du corps médical notamment celui qui œuvre aux soins palliatifs y est opposé ? Pourquoi l’ensemble des organismes de mutuelle ont soutenu cette loi ?
C’est sûr et certain, si l’homme – au sens universel – pouvait seulement se souvenir de sa véritable origine, et de ce qu’il devient réellement, après avoir quitté son vêtement corporel – dixit ce que croit la philosophie orientale et l’ensemble des communités humaines, excepté l’Occident cartésien, – il réfléchirait à 2 fois avant de se suicider … … …
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