La poussée de l’extrême droite en Europe et sa probable arrivée aux affaires en France se fonde essentiellement sur deux facteurs bien connus :
– L’échec des partis au pouvoir
– La peur de l’avenir
Il y a aussi un troisième argument qui concerne directement les francs-maçons :
– Le respect de la tradition !
On sait que la franc-maçonnerie se réfère souvent aux valeurs traditionnelles. Est-ce à dire que, pour les francs-maçons, cela suffirait à favoriser leur vote pour un candidat de l’extrême droite aux prochaines présidentielles ?

De façon claire ou subliminale, les partis d’extrême droite s’affirment comme les défenseurs de la Tradition.
« Le combat civilisationnel que je porte, ce ne sont pas seulement des notions conceptuelles. La civilisation, la lignée, l’héritage, la tradition, la conservation, la transmission, ce sont des visages. Voilà. Et c’est le visage aussi de mes ancêtres », (Marion Maréchal sur CNews le 28 janvier).
Alain de Benoist en est l’un des théoriciens.
« C’est l’histoire qui crée les peuples, pas l’inverse. »
« Le retour/recours aux sources est tout sauf un « retour en arrière ». C’est un retour vers l’avant. La condition même d’une remise en mouvement. La source n’est pas « au début », elle est au centre. »
L’exil intérieur. Carnets intimes, Alain de Benoist – Krisis / éditions La Nouvelle Librairie, 2022
Mais l’extrême droite n’hésite pas à utiliser d’autres références :
Joseph de Maistre (1753-1821) « Toute constitution qui n’est pas l’ouvrage du temps est mauvaise. »
René Guénon (1886-1951) « La crise du monde moderne est avant tout une crise des principes. »
Oswald Spengler (1880 – 1936) auteur de « Le Déclin de l’Occident (1918-1922) »
Charles Maurras (1868–1952) – à l’origine de l’Action Française – « L’individu qui vient au monde dans une « civilisation » trouve incomparablement plus qu’il n’apporte. Une disproportion qu’il faut appeler infinie s’est établie entre la propre valeur de chaque individu et l’accumulation des valeurs au milieu desquelles il surgit… Le civilisé, parce qu’il est civilisé, a beaucoup plus d’obligations envers la société que celle-ci ne saurait en avoir jamais envers lui. » Mes idées politiques, 1937

Julius Evola (1898-1974) « Ce qui est supérieur ne peut être compris à partir de ce qui est inférieur. »
Pierre-Edouard Stérin, le milliardaire anti-IVG adepte de la « remigration » met en œuvre un soutien financier aux actions culturelles qui vont dans ce sens de valoriser le « traditionnel » .
La Tradition est devenu un mythe que l’on utilise pour se donner une crédibilité facile à partir de deux arguments assénés comme des vérités :
- La tradition comme récit fondateur donnant sens et continuité à une communauté.
- La croyance selon laquelle les traditions seraient immuables, éternelles et transmises sans transformation.
En vérité le concept de « la tradition » mérite une approche circonspecte. Claude Lévi-Strauss a montré que les traditions étaient des structures vivantes qui évoluent constamment. Globalement il considère que la tradition est moins une conservation qu’une transformation continue.
Une tradition n’est pas un passé figé ; c’est un récit vivant fondé sur une réalité historique qui n’est pas toujours complètement connue que chaque génération réinterprète. En faire un mythe, c’est l’instrumentaliser pour en faire un argument dialectique.
Comme l’écrit l’ethnologue Gérard Lenclud, dans « La tradition n’est plus ce qu’elle était… » :
« Il n’est pas sûr, en revanche, que l’emploi presque obligé du terme « traditionnel » en ethnologie ne présente pas quelque inconvénient. En effet, il contribue à la consolidation d’un cadre de référence intellectuel, constitué par un système d’oppositions binaires (tradition/changement, société traditionnelle/société moderne) dont la pertinence se révèle tout à fait problématique si l’on affecte à ces oppositions une valeur générique. »
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