Aux Imaginales Maçonniques & Ésotériques d’Épinal, les mains ont bâti demain

Du 29 au 31 mai 2026, les Imaginales Maçonniques & Ésotériques d’Épinal ont tenu leur XIIIe édition au Temple maçonnique spinalien autour du thème [De]Main en Mains. Trois jours de conférences, d’art, de transmission et de fraternité, couronnés par la remise du Prix Cadet Roussel 2026 à Solange Sudarskis pour l’ensemble de son œuvre et son ouvrage L’Énigme des Maîtres – Les mains de l’éternité, publié aux éditions L.O.L.

450.fm l’avait annoncé comme l’ouverture d’un chantier de demain

Les Imaginales Maçonniques & Ésotériques d’Épinal ont tenu parole. Durant trois jours, le Temple maçonnique spinalien a accueilli une manifestation rare, à la fois savante, chaleureuse, exigeante et ouverte, fidèle à cette vocation singulière qui fait dialoguer l’imaginaire, la pensée symbolique, l’ésotérisme, la culture maçonnique et la cité. Le thème choisi, [De]Main en Mains, avait tout d’une évidence heureuse. Il suffisait pourtant de l’approfondir pour y découvrir une véritable architecture initiatique. La main n’est jamais seulement un organe. Elle est outil, signe, passage, promesse. Elle touche la matière, transmet le savoir, console, soigne, bâtit, écrit, bénit parfois, engage toujours. Entre la main et demain, les IM&E ont rappelé qu’il n’y a pas seulement un jeu de lettres, mais une responsabilité humaine.

Nées en 2013 dans le prolongement du 150e anniversaire de la Loge La Fraternité Vosgienne, installée à Épinal en 1862, les Imaginales Maçonniques & Ésotériques se sont imposées au fil des années comme l’un des rendez-vous les plus originaux du paysage maçonnique, culturel et symbolique français.

Articulées au grand festival des Imaginales d’Épinal, elles donnent à la ville une respiration particulière, entre littérature de l’imaginaire et dévoilement prudent de ce que la tradition nomme la recherche de ce qui ne se donne pas immédiatement au regard.

Patrice Lhote

Depuis leur création, plus d’une centaine d’intervenants sont venus y prendre la parole et plus de 10 000 auditeurs ont franchi le seuil du Temple. Ces chiffres disent moins une réussite quantitative qu’une fidélité collective, celle d’un public curieux, attentif, passionné, venu chercher autre chose qu’une conférence ordinaire.

Cette édition avait aussi la tonalité émouvante d’un passage

Jacques Oréfice

Jacques Oréfice, président fondateur, avait placé l’année sous le signe du geste noble entre tous, passer la main. Non pas s’effacer. Non pas abandonner. Mais reconnaître que ce qui fut bâti n’appartient jamais totalement à celui qui l’a initié. Patrice Lhote, co-président des IM&E, a rappelé avec émotion la naissance de cette aventure, depuis les premiers pas de 2013 jusqu’aux rencontres qui associèrent d’abord cafés maçonniques, cafés ésotériques, déjeuners de partage et volonté d’ouvrir les murs sans jamais faire de prosélytisme. Il a aussi rappelé la diversité des thèmes successifs, de la forêt de symboles au réenchantement du monde, du voyage au rituel, de la manipulation au mot, jusqu’à cette main devenue fil conducteur d’un avenir à construire.

Dans l’hommage rendu à Jacques Oréfice, devenu président d’honneur fondateur, il y avait beaucoup plus qu’une reconnaissance personnelle

Remise du prix par Patrice Lhote

Il y avait la mémoire d’une œuvre collective. Les noms de Jean-Claude Gérardot, Jacky Martin et Georges Bertin furent évoqués comme autant de présences discrètes au cœur de la chaîne. À travers eux, les IM&E ont rappelé que toute construction humaine repose sur des mains visibles et sur des mains invisibles. Celles qui conçoivent, celles qui accueillent, celles qui préparent, celles qui veillent, celles qui portent l’œuvre dans la durée.

Jacques Oréfice

Jacques Oréfice a répondu avec humour et gravité, rappelant que Cadet Roussel, avec son face-à-main, incarne précisément cet art de regarder les choses avec distance, sans renoncer à les aimer. Faire les choses très sérieusement sans jamais se prendre au sérieux, telle pourrait être l’une des devises spirituelles de cette belle aventure.

Le programme 2026 a donné toute son ampleur au thème choisi

Jean-Jacques Zambrowski

Claude Vautrin a ouvert la voie avec Les Mains qui parlent. Francis Janot a conduit l’auditoire vers l’Égypte ancienne avec Le tour de Main d’un faïencier d’Amon révélé. Pierre-Yves Bocquet a interrogé l’état de droit et les libertés avec Main-basse sur la Constitution. Éric Badonnel a questionné les solidarités de demain. Joëlle Marchal a donné à entendre la promesse d’adelphité. Pierre Douglas a replacé la justice dans les mots d’aujourd’hui. Yves Jacob a ouvert un horizon scientifique et médical autour de la chirurgie de la main. Le dimanche, Jacques Oréfice a parlé de la main de l’accoucheur, Jean-Jacques Zambrowski de la poignée de main en franc-maçonnerie, Olivier Dartevelle de la main du musicien, Yonnel Ghernaouti de la main ouvrière, compagnonnique et bâtisseuse de l’Antiquité à nos jours, avant que Solange Sudarskis ne propose une méditation sur la main fraternelle en franc-maçonnerie comme toucher de l’œuvre initiatique.

L’une des grandes beautés de cette édition fut aussi plastique

Annie Tremsal

L’exposition d’Annie Tremsal, artiste peintre et plasticienne, a offert au public un contrepoint sensible aux conférences. Originaire des Vosges, Annie Tremsal déploie une œuvre où l’abstraction matiériste, la pensée taoïste, la surface méditative et la lumière intérieure se répondent. Chez elle, la matière n’est jamais un simple support. Elle devient un espace d’expérience, un lieu de passage, une chambre silencieuse où le visible apprend à respirer. Ses œuvres travaillent la densité, le vide, le blanc, le noir, la trace et le retrait. Dans le contexte des IM&E, cette exposition disait mieux qu’un long discours ce que signifie le geste créateur. La main n’y impose pas seulement une forme. Elle écoute la matière, elle laisse advenir, elle accompagne ce qui cherche à paraître. Très belle exposition, en vérité, parce qu’elle prolongeait le thème jusque dans l’épaisseur du silence.

Le moment le plus attendu du dimanche fut naturellement la remise du Prix Cadet Roussel 2026 à Solange Sudarskis

Le prix lui a été attribué pour l’ensemble de son œuvre et pour son ouvrage L’Énigme des Maîtres – Les mains de l’éternité, publié aux éditions L.O.L.

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Maître de conférences honoraire, Chevalier des Palmes académiques, membre de la Fédération française du Droit Humain depuis 1977, essayiste, romancière, conférencière, chroniqueuse régulière de 450.fm, Solange Sudarskis occupe depuis longtemps une place singulière dans la pensée maçonnique contemporaine. Ses ouvrages explorent le mythe d’Hiram, la théâtralité maçonnique, les tracés symboliques, le passage du profane au sacré, le vocabulaire maçonnique et les chemins de l’imaginaire initiatique. Elle sait unir l’exigence intellectuelle, la fantaisie savante, la liberté de ton et la profondeur symbolique.

Cette distinction avait donc valeur de reconnaissance et de signe

Elle honorait une œuvre au long cours, mais aussi une manière d’habiter l’écriture maçonnique. Chez Solange Sudarskis, la littérature n’est jamais un simple ornement posé sur la pensée. Elle devient une voie d’accès, une chambre d’échos, une manière de faire parler les signes sans les enfermer. Dans L’Énigme des Maîtres – Les mains de l’éternité, le lecteur entre dans un récit qui emprunte au thriller ésotérique ses ressorts narratifs, mais qui vise bien plus loin. Derrière l’énigme, le suspense, la traque, la trahison et le diamant alchimique, se dessine une réflexion sur la création, la transmission, la mémoire des symboles et la puissance des gestes. La main y devient à la fois indice, instrument, signature, empreinte et mystère.

La force de Solange Sudarskis est précisément de ne jamais séparer le jeu de l’esprit de la gravité initiatique

Elle sait que la franc-maçonnerie vit de signes, de paroles, de silences, de déplacements, de regards et de gestes. Elle sait aussi que les symboles ne sont pas des objets morts, mais des présences actives, des forces de transformation, des invitations à lire autrement le monde. En recevant le Prix Cadet Roussel, elle ne recevait donc pas seulement une distinction littéraire. Elle entrait dans une lignée d’auteurs et d’auteures dont les œuvres ont accompagné les IM&E depuis 2014, de Philippe Benhamou à Joël Gregogna, de Céline Bryon-Portet à Dominique Jardin, de Georges Bertin à Claude Vautrin. Cette lignée dit à sa manière que la littérature maçonnique, lorsqu’elle est exigeante, libre et inspirée, peut devenir un véritable chantier de conscience.

Le Prix Cadet Roussel possède d’ailleurs une symbolique propre

Son image d’Épinal, son face-à-main, son pavé mosaïque, son équerre et son compas composent une petite scène initiatique. Cadet Roussel observe le monde à distance, mais il ne s’en retire pas. Il sourit, regarde, interroge, avance parmi les opposés. Il rappelle que l’humour peut être une sagesse, que la distance peut être une forme de lucidité, que le regard oblique voit parfois mieux que le regard frontal. En ce sens, remettre ce prix à Solange Sudarskis avait quelque chose d’évident. Son œuvre sait regarder de biais, avec profondeur, avec finesse, avec cette liberté intérieure qui permet de tenir ensemble l’érudition, l’invention romanesque et le mystère.

La présence des élus a donné à cette clôture une résonance particulière

Benoît Jourdain, maire d’Épinal
Stéphane Viry, député

Aux côtés de Benoît Jourdain, maire d’Épinal, et de Stéphane Viry, député de la première circonscription des Vosges, les IM&E ont rappelé qu’elles n’étaient pas seulement une manifestation maçonnique et culturelle, mais aussi un lieu de dialogue vivant avec la cité.

Dans son propos final, Éric Badonnel a justement ouvert cette perspective avec hauteur et finesse

Il a souligné combien la franc-maçonnerie, sans se substituer au politique ni entrer dans la politique partisane, peut contribuer à préserver un espace public de délibération, d’écoute et de discernement. Dans une société fragilisée par la défiance, l’abstention, les crispations et l’hystérisation du débat public, les Imaginales Maçonniques & Ésotériques d’Épinal apparaissent comme une école de patience civique, de parole maîtrisée et de fraternité concrète.

Éric Badonnel Prix Cadet Roussel 2023

Éric Badonnel a aussi rappelé que le thème [De]Main en Mains contenait en lui-même une promesse de coopération

La main désigne le rapport à la matière, à l’autre, au soin, à la transmission et à ce qui peut advenir. Elle invite à ne pas laisser le demain aux seules forces anonymes, mais à le reprendre ensemble, avec lucidité et confiance.

En présence du maire et du député, cette parole prenait un relief particulier. Elle ouvrait la possibilité de travailler mieux, et plus encore, avec la ville d’Épinal, dans le respect des rôles de chacun, mais avec une volonté partagée de faire vivre un espace culturel, symbolique et citoyen capable de relier les habitants, les élus, les chercheurs, les artistes, les auteurs et les francs-maçons autour d’un même chantier humaniste.

Les Imaginales Maçonniques & Ésotériques ne vivent donc pas à côté d’Épinal, mais avec Épinal

Cadet Roussel et une Marianne maçonnique reçu par Jacques Orifice des mains de Patrice Lhote

Elles prolongent, à leur manière, le dialogue entre culture, imaginaire, spiritualité, citoyenneté et transmission. Dans une époque dominée par l’immédiateté, elles offrent un espace rare, celui du temps long, de la réflexion partagée, de la pensée qui accepte d’être travaillée. Elles montrent qu’une manifestation maçonnique ouverte au public peut être à la fois digne, joyeuse, fraternelle, savante et profondément humaine. Cette main tendue vers la cité constitue sans doute l’un des grands enseignements de cette XIIIe édition.

Et peut-être est-ce là la plus belle leçon de ces Imaginales

Demain ne surgit pas d’une abstraction. Il naît d’une main tendue, d’une œuvre reprise, d’un livre ouvert, d’un signe observé, d’une parole écoutée. Sous le regard amusé de Cadet Roussel, dans le blanc méditatif d’Annie Tremsal et dans l’honneur rendu à Solange Sudarskis, les IM&E d’Épinal ont rappelé que toute fraternité véritable commence par un geste. Une main se tend, une autre répond, et déjà le chantier recommence.

Temple de la Fraternité Vosgienne

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Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti a été directeur de la rédaction de 450.fm, de sa création jusqu’en septembre 2024. Chroniqueur littéraire, animé par sa maxime « Élever l’Homme, éclairer l’Humanité », il a siégé au bureau de l’Institut Maçonnique de France, est médiateur culturel au musée de la franc-maçonnerie, directeur de collection chez des éditeurs maçonniques et auteur de plusieurs ouvrages maçonniques. Il contribue notamment à des revues telles que « La Chaîne d’Union » du Grand Orient de France, « Chemins de traverse » de la Fédération française de l’Ordre Maçonnique Mixte International Le Droit Humain, et « Le Compagnonnage » de l’Union Compagnonnique. Il a également été commissaire général des Estivales Maçonniques en Pays de Luchon, qu’il a initiées.

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