Quand les planches bâtissent le Temple intérieur

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Avec On va plancher ! Tome 2, Alice Néant rassemble vingt et une planches où le symbole maçonnique devient matière vécue.

Arrivée de l’Arche en Canaan, enluminure du XVIIe siècle, Matenadaran, Erevan

Le cabinet de réflexion, les trois pas, le silence, l’égrégore, la rose, Marie-Madeleine ou l’Arche d’Alliance jalonnent une autobiographie spirituelle commencée dans un premier volume consacré aux outils, aux signes et aux premiers enseignements de l’initiation. La méditation s’est désormais déplacée. Elle ne demande plus seulement ce que signifie le symbole, mais ce qu’il devient lorsque le deuil, la blessure fraternelle et le départ d’un atelier obligent la conscience à vérifier dans la vie ce que le rituel lui avait enseigné dans le Temple.

Une vie passée à rendre leur mémoire aux choses

Née à Marseille, Alice Néant appartient à cette famille d’esprits pour lesquels l’art ne constitue jamais un agrément séparé de l’existence. Diplômée des Beaux-Arts et passionnée de philosophie, elle a travaillé dans la haute couture comme styliste au sein de maisons internationales, avant de se consacrer durant plusieurs décennies à l’antiquité, particulièrement à la mode vintage et au luxe. Elle anime également à Marseille des manifestations consacrées à la brocante et au vintage, faisant dialoguer collectionneurs, professionnels et amoureux des objets porteurs d’histoire.

Ce parcours éclaire son écriture mieux qu’une longue généalogie intellectuelle

La styliste connaît la coupe, la matière et la patience du geste. L’antiquaire sait qu’un objet ancien ne livre pas immédiatement son secret, qu’il faut regarder ses usures, comprendre ses restaurations et respecter les traces laissées par des mains disparues. La Franc-Maçonne applique la même attention aux symboles. Une pierre, un fil à plomb, une fiole ou un parquet ne sont jamais pour elle de froids supports doctrinaux. Ils possèdent une épaisseur humaine. L’antiquaire restaure les traces laissées par des vies absentes, tandis que l’initiée cherche à réunir en elle ce que l’existence a dispersé.

Son entrée en Franc-Maçonnerie procède de ce même désir de restauration intérieure.

L’art lui avait appris à discerner la beauté, la philosophie à interroger le sens, le travail maçonnique lui offre une méthode pour transformer la connaissance en chemin de vie. Ses deux livres naissent au croisement de ces trois fidélités. Ils ne cherchent ni à édifier un système ni à imposer une interprétation. Ils recueillent les mouvements d’une conscience qui éprouve les symboles à la lumière de son histoire.

Le premier tome posait les outils sur l’établi

Le premier On va plancher ! rassemblait déjà des travaux où l’expérience personnelle soutenait la lecture symbolique. La pierre brute y apparaissait comme le miroir d’un être encore hérissé d’aspérités, appelé à devenir simultanément l’ouvrier et l’œuvre. Le fil à plomb traçait l’axe de la droiture et reliait la profondeur de la conscience à la verticalité spirituelle. Les métaux déposés avant l’initiation entraient dans une méditation alchimique où le plomb des passions devait être transmué en or de compréhension. Le pavé mosaïque rappelait à l’ancienne danseuse ses premiers pas sur un sol noir et blanc, faisant de l’équilibre du corps l’annonce lointaine d’un équilibre de l’âme. Le tablier blanc condensait enfin la dignité du travail, la protection de l’ouvrier et la promesse d’une page encore à écrire.

Ce premier volume ne demeurait pourtant pas enfermé dans le Temple

La planche consacrée à la République déplaçait les outils du Maçon vers la cité et présentait la justice, la prudence et la tempérance comme des instruments de réparation du lien commun. D’autres textes revenaient vers la mort symbolique, l’« Ordo ab Chao », la Kabbale, la Lumière, la vigne, le sacré, l’intimité ou la nécessité de savoir dire non. La progression conduisait du geste opératif à la conscience morale, puis de la connaissance de soi à la Fraternité.

Le « Connais-toi toi-même » y occupait déjà une place centrale.

Le miroir devenait moins l’objet de la contemplation narcissique que l’instrument d’une inquiétude féconde

Pavé mosaïque, colonnes équerre compas et symboles

Qui regarde réellement lorsque nous croyons nous regarder. Quelle part de notre identité vient du jugement d’autrui. Que reste-t-il lorsque les apparences, les fonctions et les certitudes commencent à tomber. Alice Néant convoquait Delphes, Platon, Jean-Paul Sartre, Jacques Lacan et l’Alice de Lewis Carroll afin de rappeler que la connaissance de soi ne consiste jamais à stabiliser une image, mais à traverser les illusions qui la composent.

Ce premier ensemble possédait l’élan d’une initiation encore proche, avec son émerveillement, sa ferveur et son désir de donner une signification à chaque détail. Il racontait la découverte de l’outillage et l’apprentissage d’une langue nouvelle. Le « Houzzai », la Fraternité maçonnique et le « J’ai dit » conduisaient les travaux vers la parole partagée et le sentiment d’appartenir à une communauté de recherche. Le premier tome demandait comment travailler la pierre. Le second demande ce que devient l’ouvrier lorsque le chantier lui-même se fissure.

Le symbole ne vaut que par la chair qui l’éprouve

Tablier de Maître, REAA

Le titre conserve l’allégresse familière du premier volume, mais la tonalité a changé. Alice Néant ne juxtapose pas des exposés destinés à expliquer les emblèmes du Rite Écossais Ancien et Accepté. Elle reprend les gestes et les figures de la Loge afin de mesurer ce qu’ils ont déposé en elle. La planche devient une confession initiatique, non comme aveu livré à la curiosité, mais comme exercice de vérité devant soi-même et devant la communauté fraternelle.

L’auteure relie Marseille, Paris et Arles, les études artistiques, la couture, le métier d’antiquaire, les deuils et les séparations

Cabinet de réflexion maçonnique
Cabinet de réflexion

Elle regarde une fiole, une pierre ou un vieux parquet comme des dépositaires de mémoire. Le cabinet de réflexion reçoit la terre, le crâne, la chandelle et le V.I.T.R.I.O.L., mais aussi les blessures d’une femme et son désir de réunir ce qui fut séparé. La symbolique devient crédible parce qu’elle accepte le risque de l’intime.

Cette subjectivité n’enferme pourtant pas le lecteur dans une histoire privée. Elle lui tend un miroir. Les lieux, les visages et les souvenirs demeurent ceux d’Alice Néant, tandis que les interrogations excèdent sa personne. Pourquoi avons-nous frappé à la porte du Temple. Pourquoi sommes-nous restés. Que cherchons-nous sous les mots de Lumière, de Fraternité ou de Vérité. À quel moment l’initiation cesse-t-elle d’être un souvenir cérémoniel pour devenir une manière de tenir debout.

Du seuil obscur au corps qui se met en marche

Les premiers chapitres suivent une progression rigoureuse. La question de l’entrée conduit au cabinet de réflexion, puis aux trois pas, à l’ordre des offices, au silence et à l’égrégore. Le mouvement va de la descente solitaire vers la communauté rituelle. Il commence dans une terre intérieure, se poursuit par le déplacement du corps et trouve son accomplissement provisoire dans une parole réglée par la présence des autres.

La lecture du cabinet à travers la caverne de Platon compte parmi les rapprochements les plus accessibles. L’obscurité n’y représente pas le mal. Elle désigne la condition première de toute naissance spirituelle. Le doute brise les chaînes, la douleur des yeux accompagne le retournement, la sortie exige une conversion du regard. La matière noire constitue l’athanor où l’être consent à perdre une forme devenue trop étroite.

Le chapitre consacré aux trois pas accorde au corps une dignité de langage.

Le premier pas arrache aux rôles profanes, le deuxième consent à la règle, le troisième offre la disponibilité intérieure

L’être humain grandit par séparation, se construit par l’acceptation de la limite et atteint sa maturité dans le don. Le rite rend visible ce que la vie enseigne dans la perte, la fidélité et la mesure. L’initiation ne promet pas de devenir quelqu’un d’autre, mais d’habiter avec davantage de justesse celui que nous sommes appelés à être.

Cette attention portée au corps prolonge discrètement la jeunesse artistique de l’auteure. Le geste précède parfois le concept. Les pieds savent avant l’esprit que le seuil a été franchi. Le souffle se règle, la marche se ralentit, la posture devient une parole silencieuse. La Franc-Maçonnerie apparaît alors comme une pédagogie de l’incarnation. La pensée ne s’élève pas en abandonnant la matière, mais en apprenant à l’ordonner.

Le Temple collectif demeure soumis à l’épreuve humaine

La réflexion sur la hiérarchie, les offices et l’obéissance présente la Loge comme une architecture d’accord plutôt que comme une distribution de pouvoir. Le Vénérable Maître donne le diapason, les Surveillants veillent au travail, l’Orateur garde la conscience, le Secrétaire préserve la mémoire, l’Hospitalier rend la Fraternité concrète. Chacun reçoit une fonction afin que personne ne confisque le centre.

Cette vision révèle pourtant l’une des tensions du livre. L’obéissance symbolique peut libérer lorsque l’autorité reste au service du rite. L’expérience institutionnelle montre que l’office n’abolit ni l’ego, ni la rivalité, ni la volonté de domination. L’auteure le sait, puisque les derniers chapitres racontent la nécessité de quitter un atelier marqué par les soupçons et les blessures. La hiérarchie rêvée et la Loge vécue ne coïncident pas toujours. Cette fissure ne ruine pas l’idéal. Elle lui rend sa gravité, car la Fraternité doit être choisie contre les passions qui la démentent.

Le passage de l’égalité à la Fraternité approfondit cette interrogation.

Dans le monde profane, chacun apprend très tôt à se situer par rapport aux autres, à se comparer, à revendiquer une place ou à défendre une identité. La Loge devrait interrompre ces classements. Sous le tablier, le titre social, la réussite, l’échec et la fortune sont appelés à perdre leur pouvoir de séparation. Pourtant, cette égalité rituelle n’est jamais acquise. Elle exige une conversion du regard et la mort lente de toute volonté de supériorité.

L’égrégore peut être reçu comme entité subtile, mémoire collective ou métaphore de la communion rituelle. Dans chaque cas, il rappelle que la qualité d’un atelier dépend de la rectitude des intentions et du soin accordé aux paroles. La Chaîne d’Union n’efface aucune singularité. Elle demande à chaque présence de consentir à une œuvre qui la dépasse.

Deux héritages religieux se rencontrent dans le silence

L’un des fils les plus personnels du recueil unit l’héritage juif de la lignée maternelle et la prière chrétienne du père. Les bougies du Shabbat et le recueillement dominical donnent une origine familiale au silence maçonnique. Avant d’être une discipline proposée à l’Apprentie, le silence fut une présence éprouvée dans l’enfance, au voisinage de la flamme, du psaume, de l’église et des gestes transmis.

Cette double mémoire éclaire Marie-Madeleine et l’Arche d’Alliance

Arche d’alliance

Marie de Magdala devient la figure de la femme relevée et de la fidélité qui demeure lorsque les autres se dispersent. Elle est celle qui accompagne, qui veille et qui reconnaît une présence lorsque la mort semblait avoir clos toute espérance. Sa place dans le livre répond à une spiritualité féminine du témoignage et de la fidélité, davantage attentive à la proximité qu’au pouvoir.

L’Arche rassemble la Loi, la manne, la verge refleurie et le vide entre les Chérubins. Ce vide accueille la Shekhinah et devient le lieu d’une présence qui ne se possède pas. Le coffre sacré n’enferme pas Dieu. Il ménage un espace pour la rencontre. Cette distinction importe, car toute démarche initiatique se pervertit dès qu’elle confond l’accueil du mystère avec sa possession.

Alice Néant privilégie la lecture spirituelle et symbolique.

L’histoire critique des traditions et les débats exégétiques demeurent en retrait. Cette option limite la portée savante de certaines pages, mais elle correspond au projet du livre, qui cherche moins à établir ce que l’Arche ou Marie-Madeleine furent historiquement qu’à comprendre ce qu’elles deviennent dans une conscience initiatique. Le sacré ne se laisse ni enfermer dans un objet ni retenir dans une institution. Il advient dans la relation et dans le cœur rendu disponible.

Au commencement, Alice Néant cherchait un Temple où réparer son unité

À la fin, l’Arche devient une manière d’être. Le Temple extérieur a rempli sa mission lorsqu’il a rendu possible un sanctuaire intérieur assez vaste pour accueillir l’altérité, la Loi et l’infini.

La rose et la joie portent encore la marque de l’épreuve

La seconde moitié du livre rassemble la joie, la nuit et le jour, l’homme intérieur, la grotte, la rose, l’amour et le bonheur. Toutes ces méditations cherchent ce qui survit à la perte. La joie n’est pas l’euphorie. Le bonheur n’est pas une possession. L’amour n’efface ni la mort ni la fracture. La rose porte ensemble l’éclosion et l’épine. Le pavé mosaïque enseigne que la clarté ne supprime pas l’ombre, mais lui donne une place dans une totalité devenue consciente.

La rose prolonge la symbolique alchimique présente dès le premier tome.

Ses racines plongent dans la terre obscure, sa tige traverse l’espace et sa corolle s’ouvre vers la lumière

Nigredo rubedo albedo : les étapes alchimiques
Nigredo rubedo albedo : les étapes alchimiques

Elle porte ainsi l’œuvre au noir, l’œuvre au blanc et l’œuvre au rouge. La souffrance n’est pas glorifiée, mais reconnue comme l’une des matières que l’être humain doit transformer. La rose n’ignore pas l’épine. Elle refuse seulement que l’épine empêche l’éclosion.

Cette pensée atteint sa vérité la plus nue dans « La Fraternité retrouvée ». La mort du père y rejoint l’éloignement des frères de sang, la colère, le désir de réparation et l’incertitude du pardon. La Fraternité maçonnique cesse d’être un principe abstrait. Elle devient le miroir douloureux d’une fraternité familiale blessée. Alice Néant reconnaît que certaines déchirures demeurent, tout en refusant de laisser la colère décider de l’avenir.

La fragilité assumée donne à ces pages leur autorité. La main fraternelle ne supprime pas la chute, mais elle empêche que la chute devienne une identité. De là vient la continuité entre la joie, l’amour, l’action au-dehors et le bonheur. Tous affirment que la Lumière reçue n’a de sens que si elle devient attention, présence et secours.

La corrida introduit une dissonance féconde

Engagée en faveur des animaux, Alice Néant demeure pourtant fascinée par une cérémonie où la beauté du geste côtoie la mort infligée. La lecture symbolique ne résout pas la contradiction morale. Elle oblige à regarder le paradoxe sans l’embellir et à juger sans cesser de comprendre. Cette hésitation révèle une pensée qui ne cherche pas toujours à se mettre à l’abri de ses propres contradictions.

Quitter un atelier peut devenir un acte de fidélité

« Achevez au-dehors » et « La Démission » donnent au recueil son enjeu éthique. La sortie du Temple ne marque pas l’interruption du travail. Elle vérifie sa fécondité. Consoler, relever, écouter et rendre la dignité ne sont pas des ornements moraux ajoutés au rituel. Ils en sont la preuve. La pierre ne se polit pas pour être admirée sous la voûte étoilée. Elle doit trouver sa place dans le chantier humain.

Le texte sur la démission refuse l’amertume autant que le déni. Alice Néant reconnaît les ombres rencontrées en Loge et remercie pourtant l’atelier qui lui a permis de discerner sa route. Sa formule la plus juste affirme que « l’initié n’appartient pas à un lieu, il appartient à un chemin ». Le départ ne devient ni victoire personnelle ni accusation générale. Il représente le moment où la fidélité à l’initiation exige de poursuivre la taille ailleurs.

Cette maturité protège le livre d’une idéalisation complète de la Franc-Maçonnerie. L’institution peut blesser, la Fraternité peut manquer à sa parole, les passions profanes peuvent franchir la porte du Temple. Pourtant, l’échec des êtres ne condamne pas le symbole. Il oblige chacun à demander ce qu’il a réellement construit. Emporter le Temple en soi, c’est devenir responsable de la Lumière reçue lorsque aucune colonne extérieure ne garantit plus notre droiture.

Le second tome prend ici toute sa distance avec le premier.

La jeune initiée recevait alors les outils avec confiance. La femme qui écrit aujourd’hui sait que ni le tablier, ni l’office, ni l’ancienneté ne protègent mécaniquement contre l’orgueil. La véritable progression ne se confond pas avec l’accumulation des années ou des degrés. Elle se reconnaît dans la capacité à demeurer juste lorsque l’appartenance ne suffit plus à soutenir la conscience.

Une langue de feu qui gagnerait parfois à consentir à la mesure

L’écriture d’Alice Néant procède par images et correspondances. La pierre respire, la nuit enfante, la rose veille, le silence coule, la Lumière brûle. Cette profusion convient aux planches prononcées en Loge, où la voix et les pauses soutiennent le rythme. Elle prolonge aussi la formation artistique de l’auteure. Les symboles sont vus avant d’être conceptualisés, puis touchés, respirés et replacés dans une mémoire charnelle.

Cette abondance constitue également la fragilité du recueil. Les majuscules, les accumulations métaphoriques et les retours vers la flamme, l’étoile ou la nuit atténuent parfois les intuitions. Les passages les plus accomplis sont ceux où l’image se retire devant une scène vécue, une voix au téléphone, une main tendue, un pas sur le vieux parquet, une décision de partir. La mesure offrirait davantage d’espace à ce qui brûle réellement.

Certaines références philosophiques, bibliques, kabbalistiques ou alchimiques sont davantage convoquées pour leur fécondité poétique que véritablement approfondies. Le lecteur en quête d’une démonstration historique ou d’une exégèse rigoureuse pourra rester sur sa faim. La singularité du livre se trouve ailleurs, dans la manière dont une femme recueille ces traditions, les fait passer par sa sensibilité et les confronte aux accidents de son existence.

Cette réserve ne diminue ni la sincérité de la démarche ni la cohérence des deux volumes. Le premier livre donnait aux outils une voix intérieure. Le second laisse la vie contredire, éprouver et parfois purifier cette voix. Entre les deux, une écriture s’est déplacée de l’enthousiasme de la découverte vers une conscience plus grave de la responsabilité initiatique.

La pierre ne devient Lumière qu’en demeurant humaine

On va plancher ! Tome 2 dessine moins un traité du symbole qu’une cartographie du relèvement. Le livre part d’une femme qui cherche un lieu où rassembler ses fragments. Il traverse la nuit initiatique, le corps ritualisé, la mémoire religieuse, le deuil, la fraternité blessée, l’amour, le service et la séparation. Il s’achève devant une Arche devenue intérieure, non comme possession du divin, mais comme disponibilité à sa venue.

Sa leçon la plus vivifiante tient dans ce déplacement

Le Temple ne protège pas de la vie. Il enseigne à y retourner autrement. Le symbole n’abolit pas la blessure. Il lui refuse le dernier mot. La Fraternité ne garantit pas l’accord. Elle commande de ne jamais réduire l’autre à la faute qui nous a atteints. Quant à la Lumière, elle ne se mesure ni au nombre de grades ni à l’éclat des paroles, mais à la qualité d’une présence lorsque quelqu’un vacille.

Du premier coup porté sur la pierre brute jusqu’à l’Arche intérieure, les deux tomes dessinent donc une même ligne.

Il faut d’abord recevoir les outils, puis apprendre qu’ils ne travaillent vraiment qu’au contact du réel. La perpendiculaire doit résister aux vents contraires. Le tablier doit protéger un labeur véritable. La Fraternité doit survivre à la déception. Le Temple doit demeurer debout lorsque ses murs ne nous entourent plus.

Reste alors la question que le livre dépose en chacun. Lorsque l’atelier se tait, lorsque le tablier est retiré, lorsque les certitudes et les appartenances cessent de nous soutenir, quelle part de notre Temple demeure réellement debout dans notre manière d’aimer, de juger, de pardonner et de servir ?

On va plancher ! Tome 2

Alice Néant, Éditions L.O.L., 2026, 298 pages, 9,90 € – numérique 5 €

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Aratz Irigoyen
Aratz Irigoyen
Né en 1962, Aratz Irigoyen, pseudonyme de Julen Ereño, a traversé les décennies un livre à la main et le souci des autres en bandoulière. Cadre administratif pendant plus de trente ans, il a appris à organiser les hommes et les dossiers avec la même exigence de clarté et de justice. Initié au Rite Écossais Ancien et Accepté à l’Orient de Paris, ancien Vénérable Maître, il conçoit la Loge comme un atelier de conscience où l’on polit sa pierre en apprenant à écouter. Officier instructeur, il accompagne les plus jeunes avec patience, préférant les questions qui éveillent aux réponses qui enferment. Lecteur insatiable, il passe de la littérature aux essais philosophiques et maçonniques, puisant dans chaque ouvrage de quoi nourrir ses planches et ses engagements. Silhouette discrète mais présence sûre, il donne au mot fraternité une consistance réelle.

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