À l’Arche Royale de la GLNF, les Pèlerins Précepteurs ouvrent un nouveau passage

Le 17 avril prochain, à la Maison des Maçons, une tenue exceptionnelle du Conclave Caesar Titus n°0 doit permettre l’admission de plusieurs Passés Z – les Passés Z, ou Passés Zorobabel, sont à l’Arche Royale les anciens Premiers Principaux d’un Chapitre, soit l’équivalent capitulaire de ce qu’est un ancien Vénérable Maître dans une loge symbolique et  désignent donc des Compagnons ayant exercé la présidence d’un Chapitre et franchi un seuil de responsabilité rituelle et initiatique reconnu – au sein de l’Ordre des Pèlerins Précepteurs.

Encore discret dans le paysage capitulaire français, cet ordre d’origine britannique ne relève pas d’une pure nouveauté de circonstance

Il s’inscrit dans une histoire plus ancienne, nourrie de légende, de transmission et de restauration symbolique, et vient désormais prendre place plus visiblement dans l’univers de l’Arche Royale lié à la Grande Loge Nationale Française (GLNF).

Blason de l'Arche Royale
Blason de l’Arche Royale

Il est des annonces qui semblent d’abord réservées aux seuls initiés, et qui révèlent pourtant un mouvement plus large

Celle adressée à certains Compagnons du Suprême Grand Chapitre des Maçons de l’Arche Royale de France appartient à cette catégorie. Le vendredi 17 avril, en ouverture de matinée, en présence du Très Excellent Compagnon Yves Pennes – Grand Maître de la GLNF – et autour du Most Illustrious Grand Master David John Boswell, plusieurs Passés Z doivent être admis dans l’Ordre des Pèlerins Précepteurs. Cet ordre est ouvert aux seuls Compagnons ayant achevé leur mandat de Premier Principal, et que l’admission s’inscrit dans une cérémonie exceptionnelle portée par le Conclave Caesar Titus n°0.

Il convient d’emblée de dissiper un possible malentendu

Nous ne sommes pas devant la création ex nihilo d’un ordre entièrement nouveau, mais devant l’installation plus visible, dans le cadre français, d’un système déjà constitué dans sa forme actuelle depuis 1984. Le site officiel anglais rappelle en effet que l’Ordre des Pilgrim Preceptors, tel qu’il existe aujourd’hui, a été organisé à cette date, même si ses racines rituelles sont plus anciennes et renvoient à la découverte d’un rituel d’origine irlandaise rédigé après 1862, puis retravaillé au début du XXe siècle par trois comédiens francs-maçons.

L’une des forces de cet ordre tient précisément dans cette articulation entre récit fondateur et histoire reconstituée

L’Ordre des Pèlerins Précepteurs

La présentation française insiste sur une quatrième Grande Loge formée à Rome par trois grands princes, Titus César, Simonide et Valérien, et sur une diffusion des valeurs de fraternité vers l’Europe. Le site officiel, lui, résume l’économie symbolique de l’ensemble en une phrase limpide. L’ordre repose sur l’histoire du passage de la franc-maçonnerie de Jérusalem à l’Angleterre. Nous retrouvons là une géographie initiatique très lisible, où l’Orient de la source, Rome comme lieu de transmission, puis l’Occident de la diffusion composent un itinéraire de mémoire plus qu’un simple déplacement.

Cette structure se déploie en trois degrés

Le grade de Pèlerin évoque le voyage de Jérusalem à Rome. Celui de Précepteur développe ensuite le passage de Rome à l’Angleterre. Le troisième correspond à l’installation dans la Chaire comme Illustre Précepteur. L’accent est mis sur la restauration des monuments sacrés et sur la transmission d’enseignements majeurs pour la sagesse humaine. Le site officiel ajoute que l’ethos même de l’ordre se résume dans une devise, Fraternity, Equality and Liberty. Sous cet angle, les Pèlerins Précepteurs n’ajoutent pas seulement un échelon de plus au millefeuille des grades complémentaires. Ils proposent un récit de conservation, de passage et d’enseignement.

L’histoire moderne de l’ordre mérite aussi d’être racontée avec précision

La tradition évoque bien un long week-end pluvieux à Manchester, lorsque trois acteurs et maçons, rendus disponibles par l’annulation d’une représentation, décidèrent de donner vie à un rituel oublié. Mais le site officiel précise que cette première élaboration releva d’abord d’une entreprise privée, sans volonté immédiate d’expansion. Il faudra attendre la transmission des manuscrits après Albert Le Fre (1870-1969), puis leur reprise par John Edward Nowell Walker à la fin des années 1970, avant qu’une structuration réelle ne s’opère.

Le premier conclave consacré comme unité de l’ordre fut Saint Augustine en 1998, et l’expansion internationale s’est ensuite accélérée, avec un conclave itinérant aux États-Unis en 2010, puis le premier conclave d’Europe continentale à Athènes en 2019. Le site officiel indique aujourd’hui 52 conclaves répartis entre l’Angleterre et le Pays de Galles, les États-Unis, la Grèce et Malte, sous l’autorité d’un septième Grand Maître, David John Boswell, installé le 28 juin 2025.

Les conditions d’accès disent beaucoup, elles aussi, de la nature de cette voie

Dans la présentation française, elles supposent d’être Passé Maître d’une loge symbolique et Passé Premier Principal d’un Chapitre de l’Arche Royale. Le site officiel anglais formule la même exigence dans le cadre de sa juridiction d’origine, en précisant qu’il s’agit d’une admission par invitation. Autrement dit, nous sommes ici devant un ordre réservé à des frères déjà éprouvés par la charge, déjà passés par l’exercice de la présidence et appelés non à collectionner des décors, mais à prolonger une responsabilité intérieure.

C’est là que commence la véritable question maçonnique

Un ordre complémentaire n’a d’intérêt que s’il apporte davantage qu’un apparat nouveau, davantage qu’un insigne rare, davantage qu’une filiation flatteuse. Il doit donner une forme sensible à une exigence, offrir une matière de méditation, réveiller une fidélité. L’Arche Royale a toujours porté en elle cette tension entre la mémoire du dépôt et l’acte de relèvement. Les Pèlerins Précepteurs ne seront véritablement reçus dans le paysage capitulaire français que s’ils savent habiter cette tension avec justesse.

Dans un temps où tant d’institutions initiatiques cherchent à transmettre sans disperser et à enrichir sans superposer, l’arrivée plus visible de cet ordre à la GLNF pourra être lue comme un test de densité.

La légende, l’histoire, la structure en trois degrés et la sélection des candidats composent un ensemble cohérent. Reste l’essentiel, qui n’appartient ni aux brochures ni aux annonces officielles. La qualité du rituel, la tenue de ceux qui le servent, la vérité de la transmission et la profondeur du travail intérieur feront seules la différence.

Toute naissance institutionnelle attire les regards, mais toutes ne laissent pas une trace.

Les Pèlerins Précepteurs arrivent aujourd’hui dans le paysage de l’Arche Royale française avec une histoire singulière, une filiation britannique assumée et une promesse de continuité symbolique. Il leur faudra désormais prouver qu’ils n’apportent pas seulement un degré de plus, mais un passage de plus, non vers l’accumulation, mais vers une fidélité plus vive à ce que la transmission maçonnique a de plus exigeant.

Ordre des Pèlerins Précepteurs, en savoir + : le site, l’histoire, les dignitaires anglais, la galerie photos

4 Commentaires

  1. Mon Frère Pierre,
    Je m’interroge juste sur ce qu’il faut comprendre par la phrase « nébuleuse de grades anglo-saxons inventés de toutes pièces ».
    Faut-il comprendre que tous les degrés des autres rites, y compris le 3e, ne sont pas sortis ex nihilo de l’esprit de certains qui voulaient que, comme le disait Coluche, « si nous sommes tous égaux, il y en a qui sont plus égaux que d’autres » ?, et que la multitude de ces derniers ne constituait pas une nébuleuse plus grande encore ?
    D’ailleurs, « grade » n’est-il pas, lui-même, une invention que les Constitutions d’Anderson, et ce qui précédait, ne connaissaient pas ?
    Peut-être que, pour une fois, mon commentaire ne restera pas « commentaire-mort ».
    Frat.:,
    Robert DUFAUT

    • Mon cher Robert,
      Tu as raison de relever la formule. Elle était volontairement rapide et un peu ironique, mais prise à la lettre elle est trop large. Je ne voulais évidemment pas soutenir que les seuls ordres anglo-saxons seraient « inventés », tandis que le reste de l’édifice maçonnique relèverait d’une pure origine intangible. Toute l’histoire maçonnique montre au contraire des constructions successives, des sédimentations, des réécritures et des réorganisations. La phrase en question visait surtout la prolifération tardive de certains ordres additionnels de la maçonnerie post-maîtrise, non l’idée même de grade en général.
      Sur le fond, ton rappel est juste. Les sources montrent que le vocabulaire, la hiérarchie et la structuration des degrés ne sont pas tombés du ciel d’un seul bloc. Les Constitutions dites d’Anderson de 1723 distinguent déjà l’Entered Apprentice et le Fellow-Craft, et mentionnent aussi un Master dans leur appareil textuel, ce qui montre un paysage encore en formation. De leur côté, les travaux historiques sur les premières loges écossaises rappellent qu’un système à deux degrés a précédé l’installation explicite du troisième, dont l’une des premières mentions documentées apparaît en 1726.
      Ce que je voulais pointer, plus modestement, c’est autre chose. Dans l’univers anglais, au-delà des trois degrés de l’Art Royal, on rencontre une multiplication de corps additionnels, souvent administrés séparément. Sous la Constitution anglaise, la Holy Royal Arch est présentée comme le seul degré officiellement reconnu au-delà des trois degrés de la Craft, tandis qu’existent par ailleurs de nombreux « additional orders » ou « appendant bodies ». C’est cette inflation périphérique que je visais, sans doute trop vivement, en parlant de « nébuleuse » (cf. site UGLE).
      Tu as donc raison sur un point essentiel. J’aurais été plus exact en écrivant « prolifération d’ordres additionnels tardifs » que « grades inventés de toutes pièces ». Merci d’avoir forcé la précision. Et non, cette fois, ton message ne sera pas un commentaire-mort.
      Très fraternellement et bon dimanche à toi.
      Pierre

  2. C’est vraiment passionnant ! Merci Pierre.
    J’ai entendu récemment que les Anglais avaient implanté à la GLNF un side degree anglais appelé l’Ordre maçonnique d’Athelstan. Est-ce que tu es au courant de ça ? TAF

    • Très cher Joseph,
      Oui, l’Ordre maçonnique d’Athelstan (Masonic Order of Athelstan) existe bel et bien.
      Il s’agit d’un ordre maçonnique « appendice » (side degree) fondé en 2005 en Angleterre – plus précisément « The Masonic Order of Athelstan in England, Wales and its Provinces Overseas » –, inspiré de la légende du roi Athelstan (Xe siècle), souvent mentionné dans les Old Charges comme ayant convoqué une assemblée des maçons à York en 926.
      Cet ordre est strictement réservé aux Maîtres Maçons ayant également reçu l’Arche Royale (Royal Arch). Il est pratiqué en France, notamment au sein de la GLNF, qui reste très proche – pour ne pas dire alignée – de la maçonnerie anglaise dite « régulière » (certains diraient même « sous tutelle » de ce qu’on appelle parfois le Vatican maçonnique…).
      Ce n’est donc pas une rumeur, mon TC Joseph : c’est une implantation réelle, même si elle demeure relativement discrète et confidentielle.
      En France, on murmure que c’est l’ancien Grand Maître Jean-Pierre Rollet qui en assure la Grande Maîtrise.
      Une sorte de « lot de consolation » ou de sinécure, sans doute offerte pour adoucir la descente de charge après son mandat à la GLNF…
      Très fraternellement,
      Pierre
      NB : Et pour résumer l’esprit de la chose, avec la maçonnerie « latérale » post-maîtrise, cette nébuleuse de grades anglo-saxons inventés de toutes pièces sans remonter jusqu’à Mathusalem… On ne s’ennuie jamais !

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Pierre d’Allergida
Pierre d’Allergida
Pierre d'Allergida, dont l'adhésion à la Franc-Maçonnerie remonte au début des années 1970, a occupé toutes les fonctions au sein de sa Respectable Loge Initialement attiré par les idéaux de fraternité, de liberté et d'égalité, il est aussi reconnu pour avoir modernisé les pratiques rituelles et encouragé le dialogue interconfessionnel. Il pratique le Rite Écossais Ancien et Accepté et en a gravi tous les degrés.

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