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Depuis ce mardi 20 octobre 2026, Riga accueille un musée entièrement consacré à la franc-maçonnerie mondiale. Plus de 2 000 objets, réunis en une dizaine d’années par un collectionneur passionné, racontent trois siècles d’histoire de l’Ordre : symboles, rituels, grandes figures, mais aussi persécutions. Avec, en vedette, Mozart et Pouchkine.

Cet article s’appuie sur le reportage d’Elena Vikhrova pour le portail de l’audiovisuel public letton LSM.lv (en russe), dont nous proposons ici une adaptation en français.
Dix ans de collection, plus de 2 000 objets
À l’origine du Riga Museum of World Freemasonry, installé au 7 de la rue Baznīcas, au cœur de la capitale lettone, il y a un homme : Konstantin Rubakhin. Pendant une dizaine d’années, il a patiemment réuni tabliers, bijoux, diplômes, livres, objets rituels et documents d’archives, dont une bonne partie acquise dans des ventes aux enchères internationales. La collection dépasse aujourd’hui les 2 000 pièces.
Le fondateur ne s’en cache pas : il est lui-même franc-maçon. Son ambition est de montrer ce qu’est réellement la franc-maçonnerie, loin des fantasmes, en laissant parler les objets. Un projet au long cours, que 450.fm avait annoncé dès 2021.
La télévision publique lettone ne permet pas d’intégrer sa vidéo sur d’autres sites : cliquez sur l’image pour la voir sur LSM.lv.
Symboles, degrés et cabinet de réflexion

Le parcours s’ouvre sur les fondamentaux : les symboles de l’Ordre, l’équerre et le compas, les différents degrés et leurs tabliers, dont certains richement brodés. Une salle reconstitue un espace rituel, afin que le visiteur profane puisse se représenter le cadre dans lequel se déroulent les tenues.
Mozart, Pouchkine, Cagliostro… les Frères célèbres
Une large place est faite aux francs-maçons illustres. Pièce maîtresse : un fac-similé, réalisé en 1932, du registre de la loge de Mozart. Il n’en existerait que trois exemplaires, l’un à Riga, un autre dans une loge anglaise, le troisième à Stockholm. Le musée expose aussi un reçu portant une devise que le compositeur aurait pu faire sienne : « Les difficultés nous fortifient ».
Alexandre Pouchkine, reçu en loge en 1821 à Kichinev, en Moldavie, a lui aussi sa vitrine. Tout comme Cagliostro, dont le passage en Courlande en 1779 a laissé des traces dans l’histoire de la région. Lord Byron, Heinrich Heine, Alfons Mucha ou Robert Burns complètent cette galerie. Le visiteur y découvre également la loge de Rudyard Kipling, qui entretient encore aujourd’hui un mémorial de la Première Guerre mondiale.

D’autres salles évoquent la bienfaisance, avec le traditionnel tronc de la Veuve, ainsi que les rois et chefs d’État qui furent initiés, parmi lesquels le président américain Harry Truman.
La franc-maçonnerie en Lettonie, une histoire mouvementée
Le musée retrace aussi l’histoire locale. Les premières loges apparaissent à Riga dans les années 1750 ; le philosophe Johann Gottfried Herder et l’écrivain Garlieb Merkel figurent parmi les Frères de l’époque. En 1822, l’interdiction des sociétés secrètes dans l’Empire russe met un coup d’arrêt à cet essor. Un diplôme de loge lettone, orné de trois cœurs couronnés et de trois épées, témoigne de cette période.

La franc-maçonnerie renaît à l’époque de l’Art nouveau, avant d’être de nouveau entravée à partir de la fin des années 1920 sous le régime de Kārlis Ulmanis, puis sous les occupations allemande et soviétique. Il faut attendre le début des années 1990 pour qu’elle reparte. On compte aujourd’hui en Lettonie treize loges régulières, reconnues par la Grande Loge Unie d’Angleterre, aux côtés de loges d’autres sensibilités, dont des loges libérales.

Une salle consacrée à l’antimaçonnisme
Le musée ne cache pas la face sombre de cette histoire. Une salle est consacrée aux persécutions : on y voit notamment un magazine letton de propagande antimaçonnique de 1942, ou encore le triangle rouge que portaient les francs-maçons déportés dans les camps nazis. Un document de 1931 relate aussi le cas d’un Frère contraint de quitter sa loge pour pouvoir conserver son emploi aux chemins de fer.
Ce que le musée veut dire au grand public
Le reportage de LSM se termine par une série de questions-réponses qui démontent quelques idées reçues. La franc-maçonnerie n’est pas un lobby ; la religion et la politique n’ont pas leur place aux agapes. On n’y est pas recruté : c’est le candidat qui frappe à la porte. La cotisation annuelle se situe, selon le fondateur, entre 150 et 200 euros, et peut atteindre 300 à 600 euros pour ceux qui pratiquent les hauts grades. Les femmes ne sont pas exclues : loges mixtes, loges féminines et, historiquement, loges d’adoption existent. Le visiteur apprend enfin la tradition du gant blanc déposé dans le cercueil d’un Frère passé à l’Orient éternel.
Un musée qui montre la franc-maçonnerie telle qu’elle est, ni plus mystérieuse ni moins humaine que ceux qui la composent.
La rédaction de 450.fm

Infos pratiques

Riga Museum of World Freemasonry
Baznīcas iela 7, LV-1010 Riga (Lettonie)
Ouverture au public : 20 octobre 2026
Site : masonicmuseum.eu
Voir aussi la fiche du musée dans le glossaire de 450.fm.
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Source : Elena Vikhrova, « Моцарт, Пушкин и тайное братство. В Риге открывается музей масонства », LSM.lv, octobre 2026. Vidéo : LTV. Photo de une : Riga, la Maison des Têtes noires et l’église Saint-Pierre – Diliff, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.


