Départ de Rudyard Kipling de sa loge mère de Lahore, 1889 (date historique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

En 1889, Rudyard Kipling quitte l’Inde britannique et, selon la tradition, se retire de la loge Hope and Perseverance n° 782 de Lahore, la « loge mère » où il avait été initié trois ans plus tôt, à vingt ans, par dispense d’âge. Les archives de la loge nuancent ce récit : dès 1888, muté à Allahabad, le jeune journaliste avait demandé à rester inscrit comme « frère absent ». Quelle que soit la forme exacte de ce départ, il clôt la période indienne et active de la vie maçonnique de l’écrivain, celle qui nourrira ses poèmes et nouvelles maçonniques les plus célèbres.

Date : 1889
Lieu : Lahore, Pendjab (aujourd’hui Pakistan)

Le contexte : un jeune journaliste dans le Pendjab britannique

Départ de Rudyard Kipling de sa loge mère de Lahore, 1889
Source : Wikimedia Commons – auteur inconnu – Public domain

Né à Bombay en 1865, Rudyard Kipling revient en Inde à seize ans, après une scolarité en Angleterre, pour travailler à la Civil and Military Gazette de Lahore, le journal où son père, John Lockwood Kipling, dirige par ailleurs l’école d’art. Lahore est alors la capitale du Pendjab britannique, une ville de garnison et d’administration où la franc-maçonnerie anglaise est solidement implantée.

La loge Hope and Perseverance n° 782, sous la Grande Loge unie d’Angleterre, y a été fondée le 27 décembre 1858 ; la première pierre de son temple, dans le quartier d’Anarkali, est posée le 6 septembre 1859. Dans son roman Kim, Kipling décrira ce bâtiment blanc et bleu comme la « maison des sorciers », le Jadoo-Gher des habitants de Lahore.

Une initiation par dispense d’âge

Kipling est initié dans cette loge au printemps 1886, le 5 ou le 6 avril selon les sources, par dispense, car il n’a pas encore vingt et un ans. Il est passé compagnon le 3 mai et élevé maître le 6 décembre 1886. Possesseur d’une machine à écrire, chose rare, il devient presque aussitôt secrétaire de la loge, fonction qu’il exerce officiellement de janvier à novembre 1887.

Il prend sa maçonnerie au sérieux : il lit en loge en 1887 deux planches, l’une sur les origines de l’Ordre, l’autre sur les idées reçues au sujet de la franc-maçonnerie. Il est aussi avancé dans le grade de Maître de la Marque à la loge Fidelity n° 98 et reçoit celui de Mariner de l’Arche à la loge Mount Ararat de Mian Mir, en 1887 ou 1888 selon les auteurs.

Le départ : de Lahore à Allahabad, puis hors de l’Inde

À l’automne 1887, Kipling est muté au Pioneer, grand quotidien d’Allahabad. Il fait ses adieux à sa loge ; une lettre de sa main, datée du 22 mars 1888 et lue en tenue le 2 avril suivant, demande qu’il soit maintenu sur les registres comme « frère absent ». Le 17 avril 1888, il s’affilie à la loge Independence with Philanthropy n° 391 d’Allahabad.

En mars 1889, il quitte définitivement l’Inde pour Londres en passant par l’Asie et le Pacifique ; il note au passage une loge en activité à Penang. Plusieurs ouvrages, dont l’article de Wikipédia consacré au temple de Lahore, datent de 1889 sa sortie de la loge mère. Les archives publiées par la loge suggèrent plutôt un lien maintenu sous forme d’absence, ce qui invite à parler d’éloignement plutôt que de rupture.

Les acteurs et le lieu

Départ de Rudyard Kipling de sa loge mère de Lahore, 1889
Source : Wikimedia Commons – Unknown photographer – Public domain

Autour du jeune Kipling, la loge de Lahore rassemble des frères de toutes confessions : Kipling évoquera plus tard des maçons hindous, musulmans, sikhs, juifs et chrétiens assis côte à côte, souvenir qui inspirera le poème The Mother-Lodge. Le temple d’Anarkali, démoli par la loge en 1914, a été remplacé par un nouveau bâtiment dessiné par Basil M. Sullivan, architecte du gouvernement du Pendjab, qui en réemploie la première pierre.

Portée : une expérience fondatrice pour l’œuvre

Si la vie maçonnique active de Kipling s’arrête pour l’essentiel en 1889, la maçonnerie irrigue son œuvre. La nouvelle The Man Who Would Be King (1888) met en scène deux aventuriers maçons ; The Mother-Lodge, écrit dans le Vermont en 1894, célèbre la fraternité de Lahore ; le recueil Debits and Credits (1926) réunit des récits situés dans la loge imaginaire Faith and Works n° 5837. Ces textes ont fait de Kipling l’un des écrivains les plus cités en loge dans le monde anglophone.

Postérité et mémoire

Kipling renoue avec l’Ordre après la Grande Guerre : membre fondateur des loges Builders of the Silent Cities, n° 12 à Saint-Omer sous la Grande Loge nationale française (1922) et n° 4948 à Londres (1925), liées à la Commission des sépultures de guerre. Peu avant sa mort, en 1936, il offre à sa loge mère un maillet gravé ; élu membre d’honneur en 1935, il donne son nom à la loge, surnommée « The Kipling’s Lodge » dès décembre 1936. En 1972, l’interdiction de la franc-maçonnerie au Pakistan met fin à l’activité du temple de Lahore, devenu bâtiment administratif.

Repères chronologiques

  • 27 décembre 1858 : fondation de la loge Hope and Perseverance n° 782 à Lahore.
  • Avril 1886 : initiation de Kipling par dispense d’âge.
  • 6 décembre 1886 : Kipling est élevé maître.
  • 17 avril 1888 : affiliation à la loge Independence with Philanthropy n° 391 d’Allahabad.
  • 1889 : départ de l’Inde et éloignement de la loge mère.
  • 1922 et 1925 : fondation des loges Builders of the Silent Cities en France et à Londres.
  • 1972 : interdiction de la franc-maçonnerie au Pakistan.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Loge Mère, Initiation, Dispense, Livre des marques de la loge d’Aberdeen, 1670 (date historique).

Glossaire de la franc-maçonnerie

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