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(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)
Léon XIV a quitté la France, le 28 septembre dernier, au terme d’une visite triomphale de quatre jours. Son voyage apostolique a été marqué par des appels nombreux et solennels à la paix et à la dignité humaine, toutes déclarations qui sont indiscutablement entrées en résonance avec les valeurs républicaines et maçonniques, sans, pour autant, parvenir à gommer entièrement certaines lignes de fracture, notamment en ce qui concerne l’aide à mourir, désormais, encadrée par la loi du 18 août 2026, venue s’ajouter aux dispositifs de la loi Claeys-Leonetti de 2016 relative aux soins palliatifs.
Sur ce dernier point, le pape a montré qu’il restait vent debout contre ces audaces législatives, tandis que la franc-maçonnerie n’avait pas, au demeurant, manifesté, en sens inverse, un point de vue ni tout à fait unanime ni particulièrement offensif. En revanche, l’évêque de Rome semble s’être, par son silence, facilement accommodé de la conception française de la laïcité, protectrice de la liberté de conscience, n’hésitant pas, en outre, à invoquer la Déclaration universelle des droits de l’homme, née en terre française, et à labourer plus généralement, lors de ses prises de parole, le même terrain que la République qui place les droits humains, la paix et la cohésion civique, au cœur de son idéal.

Au plan de la franc-maçonnerie – certes, diverse par ses rites, ses obédiences et ses sensibilités –, des convergences sont apparues, dans les appels à la paix du souverain pontife, avec l’idéal de fraternité entre les peuples prôné par les Loges. La défense de la dignité humaine rencontre naturellement les démarches maçonniques qui placent la personne au centre de toute réflexion éthique. Le dialogue entre convictions différentes, encouragé dans une société pluraliste, fait aussi écho à une pratique de discussion et de recherche partagée que le chef de l’église catholique approuve et revendique.
Dans cette perspective, il est regrettable que le Vatican s’obstine à condamner la franc-maçonnerie, principalement en raison de son « relativisme », alors même que le refus des dogmes absolus affiché par celle-ci se conjugue, en réalité, avec sa volonté de placer toutes les convictions sur un pied d’égalité. En ce sens, est-il à ce point inconcevable d’y élargir la mission du Dicastère pour le Dialogue Interreligieux qui promeut une « attitude d’écoute, d’estime et de respect » envers toute une panoplie de courants spirituels, en cherchant à favoriser des rapprochements sur des valeurs et des objectifs, sans, d’ailleurs, réclamer aucune identité de pensée ?

Si l’actuel occupant du trône de Saint-Pierre souhaite réellement être entendu au-delà du monde catholique et parler à tous les hommes de bonne volonté – j’allais dire, de bonne foi, mais j’ai craint que l’expression ne prête ici à confusion –, il ne semblerait pas absurde, surtout en l’état du monde et des forces obscurantistes voire ténébreuses qui s’y déchaînent, d’ouvrir un espace de dialogue non seulement avec des citoyens croyants ou non, mais aussi avec des traditions maçonniques attachées à la fraternité et à la recherche éthique.
À aucun moment, il ne saurait, d’aucune part, s’agir de confondre les doctrines mais d’enterrer des querelles qui appartiennent irrévocablement au passé, comme la papauté sait le faire, depuis longtemps, à l’égard d’autres cultes et même à l’égard de la science continuellement en mouvement. La franc-maçonnerie doit-elle ainsi demeurer la seule école de pensée ouverte et humaniste poursuivie par des relents d’hérésie ? N’est-il pas aujourd’hui nécessaire voire urgent d’unir toutes les forces de l’esprit disponibles, au nom de ces très sains principes, désormais, invoqués par le Saint-Siège dans le concert des nations, et ce, à une époque où l’état de droit est de toutes parts menacé, le multilatéralisme désespérément mis à mal et où l’Intelligence Artificielle, dépassant le simple cadre de l’évolution technique, risque de modifier profondément le statut anthropologique de l’être humain ? Comme le savent tous les esprits conscients des enjeux complexes et des dangers multiples d’aujourd’hui, la paix civile et le bien commun se construiront encore moins que jadis par des accords sur les croyances mais bel et bien par la capacité à se parler, à se respecter et à agir ensemble, là où, non seulement, les valeurs se rejoignent mais où les intérêts supérieurs de l’humanité sont exposés à de nombreux périls.
Il reste donc quelques zones d’ombre, quelques points obscurs d’intolérance à dissiper, de part et d’autre, peut-être… mais plus sûrement d’un côté que de l’autre, me semble-t-il.
À part ça, reviens quand tu veux !
